Le Rwanda est, depuis 1990, un laboratoire des Maîtres du Monde

Introduction

 

Nous parlons du Rwanda comme “un laboratoire”, un lieu aménagé pour effectuer des essais dans le cadre de l’expérimentation de tous ordres.

L’expérimentation étant elle-même une méthode scientifique qui consiste à tester, par des expériences répétées, la validité d’une hypothèse et à obtenir des données quantitatives permettant de l’affiner. Elle repose sur des protocoles expérimentaux permettant de normaliser et de formaliser la démarche. Cette démarche se fixe des expériences théoriques à faire dans différents domaines : hypothèse de travail. Elle relève les conditions théoriques de réussite pour chaque domaine.

Illustrations concrètes des domaines soumis depuis bien avant 1990 à l’expérimentation en ce qui concerne le Rwanda.

 

Hypothèses de travail

 

Première hypothèse. Dans un pays ou deux ethnies d’inégale importance se disputent le pouvoir, l’ethnie minoritaire peut-elle accéder au pouvoir ? Si oui à quelles conditions ?

– Surarmer la minorité en vue d’une lutte armée ;

– Lui assurer une base arrière sûre et permanente que constituerait un des pays voisins ;

– Imposer au régime au pouvoir un deuxième front intérieur que constituerait une opposition favorable ou même alliée à la branche armée de l’ethnie minoritaire en lutte pour le pouvoir ;

– Mener une guerre d’usure mêlée d’actes terroristes de nature à semer le chaos dans le pays à conquérir ;

– Feindre de négocier et de s’inscrire dans une logique d’accord de paix mais en réalité pour pouvoir pénétrer jusqu’au cœur du pouvoir en place sans entraves (cheval de Troie) ;

– Faire respecter le soi-disant accord de paix par une force internationale à double mission dont celle d’espionner pour cette branche armée de la minorité et de couvrir ses assassinats et ses violations de l’accord ;

– Le moment venu, décapiter le pouvoir en assassinant en même temps le leader politique et le chef militaire du pays.

– Profiter du chaos qui s’en suivrait pour monter l’assaut final et s’emparer du pouvoir laissé vacant par l’ethnie majoritaire déboussolée.

Pour le cas du Rwanda, cette hypothèse fut adoptée et les conditions de sa réussite furent garanties et l’expérience fut tentée à partir du 01 octobre 1990. Comme par enchantement et comme l’avait prévu les think tank, la minorité tutsi s’empara sans coup férir du pouvoir en juillet 1994.

 

Deuxième hypothèse. Une fois accédé au pouvoir, l’ethnie minoritaire peut-elle le garder sans risque de revanche de l’ethnie majoritaire chassée par les armes qui elle aussi utiliserait les armes ? Autrement dit ce pouvoir ainsi conquis, comment le garder ? Si oui à quelles conditions ?

– L exonérer de gouverner selon les principes et pratiques démocratiques généralement admis ailleurs ;

– Par une campagne médiatique très forte et soutenue, présenter la conquête militaire de la branche armée de la minorité non pas comme une guerre de conquête mais comme “ une opération humanitaire” et imposer à l’opinion mondiale cette interprétation au risque de subir des sanctions.

– Faire la chasse aux anciens leaders politiques ou militaires de la majorité partout où ils se trouveraient à travers le monde. Leur sort doit être : ou bien tués, jetés en prison. Pour ce faire, mettre sur pied une juridiction internationale chargée de les juger et les condamner pour tous les crimes commis dans le pays surtout pour ceux commis par la minorité désormais au pouvoir.

– Le régime de la minorité décrétera des lois déshumanisant et diabolisant toute personne de l’ethnie majoritaire écartée du pouvoir de façon que ceux qui sont dans le pays soient persuadés qu’ils doivent la vie à la minorité et donc qu’ils doivent accepter d’être leurs serfs sans réclamer aucun droit. Les grands médias internationaux doivent relayer cette sentence et refuser toute voix discordante.

En ce qui concerne le Rwanda, l’hypothèse étant posée et les conditions de réussite définies, l’expérience fut tentée dès 1994. Et ça marche !

 

Troisième hypothèse. Un tel régime illégitime et forcément impopulaire doit, pour s’imposer, recourir aux pratiques que le monde qualifierait de “violations massives des Droits de l’Homme”. Et un tel qualificatif le rendrait infréquentable et même appellerait à sanctionner ses tenants. Comment l’en préserver et fermer les yeux sur les pratiques d’un tel régime, pratiques qui sont, sous d’autres cieux, dénoncées et même sanctionnées ? Si c’est possible sous quelles conditions ?

– Mettre le régime en contact avec les grandes agences de communication qui seront chargées, moyennant payement, de présenter chaque fois une image positive du régime, en même temps en occultant ou en minimisant les aspects concernant ses violations des droits de l’homme.

– Imposer à ce régime, ou plutôt à celui qui l’incarne, un gouvernement bis composé de célèbres personnalités du monde du domaine politique (anciens chefs d’Etats ou de gouvernements), économiques et financiers (PDG de grandes entreprises mondialement connues) comme étant ses conseillers et que donc aucune instance internationale encore moins les puissances d’où proviennent ces personnalités, n’osera les critiquer et à travers eux le régime dont ils sont des “conseillers-membres du gouvernement bis”.

Toujours en ce qui concerne le Rwanda, l’hypothèse fut mise à l’essai sous ces conditions, et ça marche !

 

Quatrième hypothèse. Un tel régime forcément impopulaire et qui est plus préoccupé par son image à l’extérieur que du bien-être de la population ne tiendrait pas car il apparaîtrait vite comme ayant échoué malgré sa conquête du pouvoir par les armes. Comment faire en sorte que malgré tout, il soit perçu dans l’opinion mondiale qu’il aurait réussi et au mieux le présenté comme modèle dans sa région ? Si c’est possible, à quelles conditions ?

– Conseiller à un tel régime de se consacrer à ériger une seule vitrine (Capitale ou une autre ville du pays) à travers laquelle l’extérieur est autorisé à voir le pays. S’il le faut et c’est souvent nécessaire, y chasser les pauvres ou d’autres personnes pouvant attester de l’état de misère dans lequel se vautre la majorité du menu peuple depuis la prise du pouvoir par la minorité. Etant entendu qu’aucun étranger ne sera autorisé à aller au fin fond de l’intérieur du pays. Par contre, les itinéraires que l’étranger serait autorisé à emprunter quand il y débarque, soit pour les missions officielles, soit pour affaires ou tourisme, seront mis aux normes des pays développés même au prix d’affamer la population. Les grands médias du monde seront invités (ou plutôt sommés) de véhiculer cette image en claironnant que ce régime est un modèle de réussite et même à recommander ce modèle dans les pays voisins plus démocratiques et respectueux des Droits de l’Homme.

Toujours en ce qui concerne le Rwanda, cette expérience fut tentée et c’est ainsi que le monde voit le Rwanda à travers la ville de Kigali qui ne représente en rien la réalité socio-économique du pays réel. Mais ça marche !

 

Cinquième hypothèse. Un tel régime qui, pour sa survie, se doit d’être une dictature féroce, corrupteur et corrompu, imperméable à la Démocratie….Comment faire pour que les vieilles démocraties occidentales qui sont promptes à dénoncer et à sanctionner des régimes plus fréquentables que celui-là, ferment les yeux et laissent perdurer son règne ? Si c’est possible, à quelles conditions ?

–  Le faire adopter pas les puissants lobbies actifs dans ces pays qui influenceront l’opinion publique tout en faisant des pressions et chantages sur les instances politiques qui oseraient dénoncer la nature de ce régime qui est à l’opposé des valeurs qui fondent leur démocratie.

– Lui doter d’une ADM (Arme de Destruction Massive) imparable à brandir pour faire taire toute voix critique des instances dirigeantes dans ces pays. Pour ce faire, considérer et faire admettre que le fait d’avoir entretenu des relations diplomatiques normales avec le régime démocratique de la majorité que la minorité a renversé, constitue un crime ou une complicité dans le crime.

Dans le cas du Rwanda, les choses furent simples. Deux de ces puissances démocratiques étant déjà acquises à sa cause car ayant initié et mis en pratique le plan de confier le pouvoir au tutsi et par les armes, il ne restait que quelques autres dont il fallait s’occuper.

Les Etats Unis et la Grande Bretagne étant déjà acquis car initiateurs et soutiens pour la conquête militaire du Rwanda de 1990 à 1994 par la minorité tutsi, il ne restait que la France à “traiter”. Etant entendu que la pauvre Belgique elle, n’oserait pas dénoncer les crimes d’un régime qui a à son crédit d’avoir réussi à reconquérir le pouvoir perdu durant la Tutelle belge qui, avant de quitter le pays le 01 juillet 1962, avait favorisé l’émergence d’un Rwanda indépendant, démocratique et républicain en lieu et place d’une monarchie féodale, hélas restaurée en 1994.

Pour faire taire la France officielle et même pour l’amener à ramper devant le régime rwandais actuel, il suffit de brandir les bonnes relations qu’elle a entretenues avec le régime renversé qualifié de “ régime hutu” par les puissants lobbies pro-tutsi de France qui font trembler l’Elysée et le Palais Bourbon en passant par Matignon. L’Arme de Destruction Massive et imparable dont s’est dotée ce régime du Rwanda depuis sa conquête du pays en 1994, est de présenter sa conquête militaire entamée le 01 octobre 1990, comme “une opération ayant pour but d’arrêter le génocide”. Ensuite de faire admettre par toutes les instances internationales dont l’ONU, que l’assaut final qu’il a monté le 06 avril 1994 après avoir assassiné DEUX Chefs d’Etats hutu et leurs suites, que donc les tueries et massacres qui s’en sont suivis dont beaucoup commis par son armée tutsi et dont les victimes furent majoritairement hutu, constitue “ un génocide’’. Et le tour est joué. Quiconque ne s’inscrit pas dans cette logique, sera qualifié de ”négationniste” et s’il est hutu de” génocidaire” et traité comme tel.

Voilà pourquoi, les gouvernements occidentaux spécialement celui de la France sont réduits à faire des courbettes devant la dictature de Paul Kagame et sont même prêts à aller à Canossa et à déshonorer leurs armées en endossant des crimes imaginaires… pour que le régime rwandais ne les accuse pas de “complicité dans le génocide”.  Mais en croyant céder le petit doigt, la France officielle se verra arracher tout le bras.

 

Sixième hypothèse. Comment tirer profit d’un tel état de fait, pour avoir installé un régime illégitime et impopulaire et qui doit survivre en exerçant la terreur et la spoliation de la population ? Que peuvent gagner les puissances et les lobbies qui régentent le monde depuis 1989 en installant un tel régime dans un pays donné ?

Ces puissances et puissants lobbies peuvent y gagner sous des conditions suivantes :

–  Considérer ce pays et en convaincre les tenants du pouvoir qui y sont installés que ce pays constitue une tête de pont dans la région pour toute action à mener dans les pays voisins par ces puissances : déstabilisation et renversement des régimes, pillage des ressources naturelles et leur blanchiment en les présentant comme produits dans ce pays conquis…

– Faire admettre à ces fantoches qui détiennent le pouvoir que le territoire sur lequel ils règnent (terres et sites naturels) n’appartient pas aux habitants mais aux multinationales de ces puissances qui peuvent les exploiter comme elles l’entendent contre protection internationale et enrichissement illicite et impunité de l’élite au pouvoir.

– Profiter de cet espace de non-droit mais ayant le statut d’un état pour y mener des expériences dans tous les domaines mais que l’on ne pourrait mener ailleurs : hôpitaux pour essayer de nouveaux médicaments ou vaccins, terres pour essayer de nouvelles plantes génétiquement modifiées, méthodes d’enseignement à l’essai dans des soi-disant “ universités” bidons ouvertes à cet effet, etc.

– Essais pour obtenir des validations pour des nouvelles technologies inutiles dans ce pays devenu laboratoire, mais que l’on ne pourrait expérimenter ailleurs car les autorisations seraient difficiles ou trop couteuses à obtenir.

 

Toujours dans le cas du Rwanda l’expérience tentée selon l’hypothèse de travail et les conditions posées a réussi conformément aux attentes.

Ainsi, depuis 1996, le régime installé au Rwanda par ces puissances et lobbies par son armée monoethnique est devenu le faiseur de rois dans la région. Des régimes longtemps jugés inamovibles sont renversés par ces proxies des puissances qui n’ont plus besoin d’y envoyer leurs concitoyens comme troupes d’intervention mais qui n’ont qu’à fournir à l’armée tutsi des appuis en renseignements et en matériels et de leur donner une couverture médiatique tout en lui évitant des condamnations pour violation de la paix régionale, et à elle de faire le sale boulot. D’autres pays sont déstabilisés et à défaut d’y renverser le pouvoir, ceux qui sont destinés à y régner selon les volontés de ses puissances, sont logés à Kigali le temps d’affiner leurs plans avant de monter à l’assaut final. De même les soldats de l’armée monoethnique tutsi sont utilisés comme des supplétifs des forces de ces puissances qui sont chaque fois envoyés surveiller et contrebalancer d’autres puissances qui pourraient étendre leur hégémonie dans certains pays. C’est ainsi que dans un pays ou région où la Russie serait supposée déployer ses forces, l’armée monoethnique tutsi de Kagame y est dépêchée pour veiller au grain, au profit de ces puissances à qui elle doit rendre compte des faits et gestes de ces intrus.

 

C’était brièvement pour le cas du Rwanda. Et ailleurs ?

 

De telles expériences sont tentées dans d’autres coins du Monde depuis 1989. Seules les hypothèses de travail et les conditions de réussite changent. Nous ne nous y étendrons pas mais nous tenons à signaler qu’une des hypothèses de travail et expériences menées dans certains pays depuis les années 2000 consiste à évaluer comment le chaos (la quasi-disparition d’un état organisé) peut profiter à ces puissances et comment tirer profit de cette situation. Ce chaos se révèle doublement payant. En effet, en se débarrassant des leaders ou régimes qui leur faisaient ombrage, ces puissances se retrouvent sans trop d’efforts en termes militaires et diplomatiques, maîtres ces pays devenus inexistants car devenus chaotiques, mais surtout de leurs richesses sans trop d’efforts ou contrepartie. A titre d’exemple, depuis le règne du chaos en Irak, en Lybie, en Syrie qui résiste désespérément ou au Yémen…, jamais le prix du pétrole n’a été aussi bas dans les pays occidentaux qui l’importent et les entreprises de ses puissances n’ont fait d’aussi florissantes affaires sous prétexte d’aller “reconstruire ces pays”.

 

Moralité : Le cynisme et le mépris envers les peuples sont devenus le leitmotiv des nouveaux Maîtres du Monde depuis la chute du Mur de Berlin en 1989. Ce ne sont pas les Rwandais seulement (donc pas seulement les Hutu) qui l’apprendront à leurs dépens. Le plus affligeant est que sur le terrain, ce sont ces peuples qui sont les bourreaux d’eux-mêmes.

 

Emmanuel Neretse

 

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