Décès de Mikhaïl Gorbatchev: coïncidence entre la fin d’un homme et la fin d’une époque? Que reste-il de l’ordre mondial auquel il avait contribué à mettre en place?

Son impact dans le monde, en Afrique et au Rwanda

 

Introduction

 

Toute la presse mondiale du 31 août 2022 a annoncé que le dernier dirigeant de l’Union soviétique (URSS) et dernier dirigeant de la guerre froide qui était encore en vie, Mikhaïl Gorbatchev, est mort, mardi 30 août, à l’âge de 91 ans en Russie.

Tous les commentateurs furent unanimes sur le fait que la mort de Gorbatchev, est « le symbole de la fin du monde unipolaire, de l’hégémonie des Occidentaux ». Certains ajoutaient que cette hégémonie est « toujours directement liée aux erreurs du même  Gorbatchev quand il dirigeait l’Union soviétique ».

 

Son action concrète et ses conséquences

 

Dans l’ordre mondial

 

Des son accession au Soviet Suprême, Gorbatchev inventa et vulgarisa les concepts de “ glasnost”(La glasnost (en russe : гласность /, traditionnellement traduit par « transparence ») est une politique de liberté d’expression et de la publication d’informations qui s’amorça par l’accident nucléaire de Tchernobyl puis fut portée en URSS par Mikhaïl Gorbatchev à partir de 1986”, et de “perestroïka”. La perestroïka [peʁɛstʁɔjka] (en russe : перестройка [pʲɪrʲɪˈstrojkə]), littéralement « la reconstruction », est le nom donné aux réformes économiques et sociales menées par le président de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique d’ avril 1985 à décembre 1991 )[wikipedia].

 

C’était ainsi la fin de la guerre froide, mais c’était surtout la fin du monde bipolaire, c’est-à-dire de la rivalité Est-Ouest américano-soviétique, la glasnost et la perestroïka, furent des fossés pour accélérer la descente et le déclin de l’influence internationale de l’URSS.

 

Pour cela Gorbatchev a reçu le Prix Nobel de la part du même Occident à qui il venait de servir sur une assiette dorée l’Empire soviétique signant ainsi la soumission du monde entier aux Etats Unis et ses acolytes occidentaux.

 

C’est pourquoi certains, en Russie actuelle, le considèrent comme un traître et un agent de l’Occident qui a fait que le même Occident conduit par les Etats Unis, gagne la guerre froide sans avoir tiré un seul coup de feu signant ainsi la fin de la puissance de l’Union Soviétique et donc de la Russie.

 

En Afrique

 

Pour l’Afrique, l’action de Gorbatchev d’enterrer l’Union Soviétique va se traduire par le retrait de l’Union soviétique où elle était quand même fortement présente comme en Angola, au Mozambique, en Éthiopie et dans un certain nombre de pays. Certains estimeront que cette fin de ce monde bipolaire a ouvert la voie à une ouverture politique en Afrique qui a commencé avec les conférences nationales, puis les processus électoraux. Mais ils n’ajoutent pas que tout était désormais soumis aux desiderata des USA et de ses supplétifs occidentaux.

 

Les conférences nationales souveraines (Rukokoma) n’ont eu raison que sur ceux qui étaient dans le collimateur des Occidentaux tandis que d’autres furent balayés par des rebellions ou maquisards venus de nulle part en chassant des armées nationales dont les mains étaient liées au dos (embargos).

 

Au Rwanda

 

L’Occident en général, les Etats Unis et la Grande Bretagne en particulier, ont choisi le Rwanda pour en faire “un laboratoire”, un lieu aménagé pour effectuer des essais dans le cadre de l’expérimentation de tous ordres. Dans le chapitre politique, ces puissances ont voulu expérimenter cette hypothèse: “Dans un pays ou deux ethnies d’inégale importance se disputent le pouvoir, l’ethnie minoritaire peut-elle accéder au pouvoir ? Si oui à quelles conditions ?”

 

Les conditions:

– Surarmer la minorité en vue d’une lutte armée ;

– Lui assurer une base arrière sûre et permanente que constituerait un des pays voisins

– Imposer au régime au pouvoir un deuxième front intérieur que constituerait une opposition favorable ou même alliée à la branche armée de l’ethnie minoritaire en lutte pour le pouvoir ;

– Mener une guerre d’usure mêlée d’actes terroristes de nature à semer le chaos dans le pays à conquérir ;

– Feindre de négocier et de s’inscrire dans une logique d’accord de paix mais en réalité pour pouvoir pénétrer jusqu’au cœur du pouvoir en place sans entraves (cheval de Troie) ;

– Faire respecter le soi-disant accord de paix par une force internationale à double mission dont celle d’espionner pour cette branche armée de la minorité et de couvrir ses assassinats et ses violations de l’accord;

– Le moment venu, décapiter le pouvoir en assassinant en même temps le leader politique et le chef militaire du pays.

– Profiter du chaos qui s’en suivrait pour monter l’assaut final et s’emparer du pouvoir laissé vacant par l’ethnie majoritaire déboussolée.

 

Pour le cas du Rwanda, cette hypothèse fut adoptée et les conditions de sa réussite furent garanties et l’expérience fut tentée à partir du 01 octobre 1990. Comme par enchantement et comme l’avait prévu les think tank, la minorité tutsi s’empara sans coup férir du pouvoir en juillet 1994. Depuis lors, le peuple rwandais vit sous le régime issu des éprouvettes du laboratoire des puissances occidentales. Les rwandais sont donc des cobayes confiés à un laborantin des USA et de la Grande Bretagne nommé Paul Kagame.

 

Fin de l’ère Gorbatchev et naissance du nouvel ordre mondial

 

Comme signalé en titre, la disparition de Mikhaïl Gorbatchev semble curieusement coïncider avec l’ère qui a commencé avec la destruction de l’Union Soviétique signant ainsi l’avènement du monde unipolaire traduit par l’hégémonie de l’Occident.

 

Sur le plan mondial

 

Sur le plan mondial, on note, depuis ces derniers mois, que le diktat de la “ mondialisation” est de plus en plus remise en cause. Par exemple certains pays et qui pourraient être des puissances qui comptent, commencent à se poser des questions si vraiment ils continueront à dépendre du bon vouloir des Etats Unis pour acheter ou vendre n’importe que produit. Actuellement, les banques, et donc les échanges monétaires, sont tous contrôlés par les Etats Unis. D’où la menace de sanctions brandie à tout bout de champ par Washington contre n’importe quel pays du monde dont ils ne digèrent pas les dirigeants. Et avec pertinence car dans le système actuel, même une épouse ou un enfant d’un président ou d’un ministre de n’importe quel pays peut manquer de quoi se payer une chemise ou même une chambre d’hôtel sans parler d’un ticket d’avion… dès lors que les Etats Unis décrètent des sanctions et bloquent leurs comptes bancaires. Quel pays ne souhaiterait pas se libérer de cette servitude? Déjà la Chine et la Russie disent ouvertement souhaiter la fin de la mondialisation “Made in USA”.

 

Fin de l’hégémonie US et de l’Occident sur le Monde

 

Sur le plan géostratégique, depuis l’opération de la Russie en Ukraine en mars 2022, le monde se rend de plus en plus compte que les Etats Unis et leurs alliés européens ne sont plus ou ne resteront pas toujours les seuls maîtres du monde.

 

D’autres puissances apparaissent en filigrane et qui pourraient même être rejointes et donc renforcées par d’autres pays émergents pour peser face à l’Occident. On peut citer la Chine, la Russie qui peuvent être rejointes par l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud ou l’Iran  par exemple…

 

En Afrique

 

Face à cette nouvelle donne, l’Occident est en pleine confusion quant à son emprise sur ses anciennes colonies africaines. En insistant pour que leurs pré-carrés leur restent fidèles, les pays, comme la France, risquent de pousser ses anciennes colonies dans les bras de la nouvelle alternative qu’est la Russie ou la Chine. Le cas du Mali peut l’illustrer mais d’autres sont latents.

 

Les pays africains eux-mêmes sont en plein tâtonnements et balbutiements pour savoir comment se positionner par rapport à cette nouvelle donne géopolitique mondiale.

 

Au Rwanda

 

Le Rwanda constitue le cas le plus caricatural de l’échec des actions des Etats Unis et de l’Occident dans leur gestion du monde depuis l’ère Gorbatchev. Ayant installé par les armes un régime ultraminoritaire en plus sanguinaire et dictatorial avec à sa tête un agent de leurs services secrets, trois décennies n’ont pas suffi à faire passer la pilule et banaliser cette forfaiture. Actuellement le régime de Paul Kagame, quoique jouissant de toute impunité pour ses crimes et violations des droits de l’homme et même du droit international (agresser ses voisins), est malgré tout à bout de souffle.

 

Naturellement et comme prévisible, le régime installé au Rwanda dans le cadre de redessiner la carte du Monde et de l’Afrique après l’effondrement de l’URSS et donc le triomphe de l’Occident grâce à Gorbatchev, se sent menacé. Mais au lieu de chercher comment en sortir en sauvant l’essentiel, Kagame et sa clique s’obstinent  et même font une fuite en avant en faisant taire toute voix rwandaise discordante par les assassinats , emprisonnements et même des disparitions forcées ou enlèvements, jusque dans des pays étrangers. Et dans sa fuite en avant, Paul Kagame n’hésite pas à agresser les pays voisins principalement la RDC et le Burundi en le justifiant par sa volonté de défendre les intérêts de l’Occident. Mais ce faisant,  il dessert cet Occident et le met en embarras.

 

Face à la nouvelle donne géopolitique (fin d’un monde unipolaire), l’Occident en général et les Etats Unis en particulier, sont maintenant gênés par le pouvoir installé au Rwanda en 1994 pour expérimenter l’hypothèse si la minorité sanguinaire peut régner sur une majorité démocratique mais démunie. Ces puissances sont actuellement d’avis que le régime minoritaire et dictatorial présenté depuis près de 3 décennies comme un “ modèle” est en passe d’être présenté et passer dans l’Histoire comme “anti-modèle” par les mêmes “juges’’. Reste à trouver l’occasion propice en termes de temps et de prétexte.

 

En conclusion

 

Lorsque Mikhaïl Gorbatchev, entre 1985 et 1991, appliqua sa “glasnost” et sa “perestroïka” et contribua ainsi à la chute du mûr de Berlin, à la fin de l’Union Soviétique, beaucoup n’ont pas réalisé que c’était la fin d’une époque et le début d’une autre qui allait durer 30 ans. Aujourd’hui avec sa disparition, beaucoup sont d’avis que sa mort correspond à la fin de l’époque qu’il avait inaugurée. Et ce constat n’est pas fait uniquement dans les milieux occidentaux, russes ou chinois… mais curieusement mêmes jusque dans les fins fonds des vallées et des milles collines d’un petit pays appelé le Rwanda, tellement cette époque a marqué ce pays. Attendons ce que nous réserve la nouvelle ère géopolitique qui a commencé en cette année 2022.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

 

 

 

 

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