Agression de la RDC par le Rwanda sous la couverture du M23 : quand Paul Kagame reprend du poil de la bête

SITREP (Situation Report) : Rapport de situation d’étape arrêtée au 02 décembre 2022, ou évaluation d’étape de la ‘‘feuille de route’’ de Luanda du 23 novembre 2022.

 

Rappel de la feuille de route établie lors du mini-sommet de Luanda

 

C’est sur initiative du président de l’Angola Joao Lurenço en tant que président en exercice de la CIRGL, qu’il a convoqué un sommet à Luanda le 23 novembre 2022. Mais ce mini-sommet a été snobé par Paul Kagame pourtant concerné au premier chef. Un accord de cessez-le-feu et une feuille de route avec un chronogramme clair a été signé par les chefs d’Etats ou leurs représentants. Quelques décisions fortes ont été prises et qui furent présentées sous forme de “feuille de route pour le retour de la Paix à l’Est de la RDC”.

 

Chronogramme précis et échéances claires

 

D’après le chronogramme défini par la feuille de route de Luanda, à partir du vendredi 25 novembre 2022 à 18 heures locales,  un cessez-le feu général devrait être observé.

Dimanche 27 novembre 2022, on assisterait au retrait du M23 des zones conquises suivi de leur occupation par les troupes de l’EAC et la MONUSCO.

Mercredi 30 Novembre 2022, l’on procéderait au désarmement du M23 et autres groupes et à leur cantonnement.

Et enfin, 7 jours après l’instauration du cessez-le-feu, soit vendredi 02 décembre 2022, on assisterait alors au  retour des déplacés, par l’offensive du M23, dans leurs biens.

 

Evaluation d’étape au 02 décembre 2022

 

Sur le plan militaire: Echec sur toute la ligne

 

Alors que tout le processus devrait commencer par le cessez-le-feu décrété pour vendredi 25 novembre 2022 à 18 heures, celui-ci n’a pas tenu plus de cinq jours. Conséquence: toutes les autres activités planifiées dans la feuille de route tombent à l’eau.

 

Le cessez-le-feu décrété pour vendredi 25 novembre 2022 à partir de 18 heures semblait être globalement respecté  cinq jours après son décret. Mais hélas ! le M23 a, ce jeudi 01 décembre 2022, repris officiellement les combats. C’est précisément à Kirima, à l’extrême ouest du territoire du Rutshuru et à la frontière avec le Masisi, que des affrontements à l’arme lourde ont eu lieu jeudi 01/12/2022 matin. Depuis plusieurs jours, la propagande de Kagame relayée par ses supplétifs du M23 qualifiait cette zone à proximité de Bambo, de “fiefs des FDLR’’ et donc des Hutu à maintenir sous tension. Sur le terrain, depuis mardi 29 novembre 2022, des combats entre le M23/Kagame et un groupe d’autodéfense armé local, les Maï-Maï Nyatura, ont eu lieu dans le groupement de Bambo.

 

Il semble qu’en reprenant les hostilités le M23/Kagame ait opté pour un modus operandi simple et déjà expérimenté par le FPR de Kagame lors de sa conquête du Rwanda entre 1990 et 1994. Celui-ci consiste tout simplement à tuer tout civil, de préférence mâle, partout où ses troupes passent. Comme ce qui vient de se passer ce mardi 29 novembre 2022 à Kisheshe, à environ 70 km au nord de la capitale provinciale Goma. Des informations recueillies sur place  mercredi faisaient état de nombreux civils tués par le M23 dès sa rupture du cessez-le- feu. Ainsi les rescapés et la Société civile du Nord Kivu disent tous que le M23/Kagame a massacré mardi au moins 50 civils dans ce village simplement parce que Hutu ou supposés comme tels par les envahisseurs du M23/Kagame. Vous avez dit “génocide”!?

 

D’après la feuille de route établie pour ce  processus de paix, le M23 avait jusqu’au 30 novembre 2022, selon les décisions du Mini-sommet de Luanda, pour désarmer et se cantonner. Cela sous le contrôle de l’armée congolaise et de la force régionale de l’EAC, en collaboration avec la Monusco. Pourtant, le mouvement, qualifié avec raison, de  « groupe terroriste », garde ses positions conquises.

 

Le retrait des zones conquises par le M23/Kagame dont Bunagana, Rutchuru centre, Kiwanja et le camp militaire de Rumangabo fixé au dimanche 27 novembre 2022 n’a toujours pas eu lieu. Tout comme le cantonnement du M23 dans ces précédentes positions de novembre 2021. Et encore moins, l’occupation des zones que le M23 avait conquises, par les forces de l’EAC et de la MONUSCO. On ne peut même pas rêver du retour des déplacés par l’avancée du M23 dans le Nord Kivu dans leurs biens, surtout dans le territoire de Rutchuru, qui était prévu pour vendredi 02 décembre 2022.

 

Sur le plan politico-diplomatique

 

Pour la relance du processus de Nairobi, la session allant du 29/11 au 03/12 a été ouverte le 29/11/2022. L’on se souviendra que lors du premier processus de Nairobi en avril dernier, le M23 avait été convié puis exclu du dialogue. Cette fois, le groupe terroriste n’a pas été invité. Plus de quarante groupes armés de l’Est de la République Démocratique du Congo sont tout de même représentés à Nairobi ainsi qu’une centaine de délégués de la société civile. Les travaux n’ont pas pu débuter au moment prévu car plus de 80 représentants de groupes armés et de la société civile des provinces du Maniema, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu n’ont atterri à Nairobi que mardi, à la mi-journée. La délégation de Kinshasa, elle, était partiellement arrivée. Le début effectif de cette session fut donc le 30/11/2022. La liste complète des participants n’est pas encore rendue publique. Dans l’entre-temps, le groupe des Banyamulenge a claqué la porté et a quitté les pourparlers. Dans une lettre adressée au facilitateur, il évoque le massacre d’au moins 7 de leurs membres qui ont trouvé la mort dans la région de Minembwe par une coalition Maï-Maï.

 

Lors de la séance d’ouverture de ce dialogue inter-congolais le ‘‘facilitateur’’ désigné tout comme les Chefs d’Etat de l’EAC présents ou qui sont intervenus par vidéo conférence ont indiqué œuvrer pour voir si le M23 remplit les conditions pour rejoindre la rencontre entre le gouvernement de la RDC et des groupes armés.

Tout comme ils ont insisté sur la clause de l’initiative de Luanda du 23 novembre 2022 exigeant la neutralisation des groupes armées étrangers et les rapatrier.

 

Mais curieusement rien n’a été décidé en ce qui concerne le Rwanda de Paul Kagame dont les preuves accablantes de son soutien et son instrumentalisation du M23 dans la déstabilisation de la RDC sautent aux yeux.

 

Pourtant ceci aurait été une occasion propice pour démolir le prétexte éternel et passe-partout de Kagame dans son agression en RDC que sont les FDLR.

Il suffirait de rappeler les opérations conjointes entre les FARDC et l’Armée de Kagame pour, disaient-ils, traquer et neutraliser les FDLR, et qui ont duré plus de dix ans. Que ce soit UMOJA Wetu I et II, Kimya I et II et Sokola I et II toujours en cours au moment de la résurrection du M23/Kagame et son offensive en Mars 2022.

 

Bien plus, il suffirait de rappeler au même Kagame que c’est lui-même qui se disait satisfait de la collaboration du gouvernement de la RDC plus spécialement son armée FARDC dans l’anéantissement des FDLR. Mais c’est à partir de fin 2018 après l’accès au pouvoir de Félix Tshisekadi que Kagame a eu les coudées franches pour opérer militairement en RDC sous prétexte de pourchasser les hutu des FDLR. En effet ses ‘‘forces spéciales’’ opérant souvent sous l’uniforme des FARDC, avaient droit de vie et de mort à quiconque n’était pas tutsi à l’Est de la RDC. C’est dans de telles opérations que le commandant militaire des FDLR, le général Mudacumura Sylvestre, trahi par certains officiers congolais en qui il avait confiance, mais qui n’ont pas résisté aux liasses de billets de dollars brandis par Kagame pour avoir sa tête. Il  fut lâchement assassiné en septembre 2019 par un commando envoyé spécialement de Kigali pour la sale besogne. Soulignons que les FDLR comme mouvement politico-militaire a un Commandement militaire différent de la direction politique du mouvement.

 

On pourrait rappeler aussi à Paul Kagame la remise automatique des cadres non opérationnels des FDLR et des civils même ayant la nationalité congolaise mais ayant le défaut d’être nés Hutu,  par Joseph Kabila mais surtout et plus arbitrairement et brutalement par Félix Tshisekedi qui en a remis plus d’un millier à moins de quatre ans seulement de présidence.

 

Mensonges, menaces, insultes et bassesse de Paul Kagame

 

Un fait qui s’est produit à Kigali le 30 novembre 2022, permet de comprendre ce qui se passe dans les coulisses concernant l’agression de la RDC par l’armée de Paul Kagame. Il permet aussi de réaliser que la guerre d’agression entre dans une nouvelle phase et qui est diamétralement opposée à l’initiative de paix de Nairobi ou de Luanda. Ce fait est la déclaration de Kagame devant son Parlement le 30 novembre 2020.

 

Pendant plus d’une heure le dictateur du Rwanda s’est adressé à sa chambre d’enregistrement appelée abusivement “Parlement”. D’un ton offensif souvent méprisant et insultant envers la RDC en général et son président actuel en particulier, l’ancien enfant de rue de Kampala et ancien enfant-soldat dans les rebellions ougandaises est resté égal à lui-même. Ainsi:

Il a solennellement déclaré son  refus catégorique de condamner les actes, même criminels, de son M23 en RDC.

Il a aussi déclaré avoir eu plusieurs occasions pour envahir la RDC en guise de riposte mais qu’il se serait toujours abstenu. L’occasion de menacer en disant que sa patience a des limites.

Il ne s’est pas privé de s’immiscer ouvertement dans la politique interne de la RDC. Après avoir qualifié le président Tshisekedi “d’illégitime” pour ne pas avoir été élu à 99% des voix comme lui, Paul Kagame a parié sur le report des élections prévues en décembre 2023. Et que donc la guerre contre son M23 à l’Est de la RDC servirait de prétexte à Tshisekedi pour évoquer le fameux glissement du calendrier électoral cher à son prédécesseur Joseph Kabila ancien combattant dans les rangs du FPR, comme garçon de course d’un certain officier rwando-ougandais  nommé James Kabarebe.

 

A bien écouter les déclarations du dictateur Kagame du 30 novembre 2022 devant sa chambre d’enregistrement, on peut se convaincre que dans le bras de fer entre les instances politiques (Gouvernements, Parlements) des puissances occidentales et les puissants lobbies de Paul Kagame, ces derniers viennent d’en sortir vainqueurs. En effet , depuis quelques mois surtout suite à sa Nième agression contre la RDC, les puissances occidentales parmi lesquelles celles qui ont toujours assuré l’impunité au dictateur Kagame, ont montré des signes comme quoi elles en avaient assez des agissements de leur enfant gâté qu’est Paul Kagame et qu’il serait temps de lui dire que : “Assez c’est assez”. Mais les puissants lobbies qui parrainent Kagame et qui sont à la tête des finances et des médias du monde ne veulent pas encore le lâcher. Ainsi donc  les instances administratives de ces puissances (USA, GB, France, Canada, Allemagne…) doivent remiser leurs bons sentiments surtout que, elles aussi, leur survie politique est aux mains de ces lobbies de Paul Kagame.

 

Perspectives de l’avenir proche

 

L’avenir de la région des Grands Lacs s’annonce sombre pour ne pas dire explosif. En effet la feuille de route établie à Luanda le 23 novembre 2022 et censé tracer la voie pour la paix est présentement réduite en “chiffon de papier” car aucune de ses clauses n’est respectée. Même le précaire cessez-le-feu, point de départ et condition sine qua non pour appliquer d’autres clauses, vient d’être rompu par le M23/Kagame.

 

En plus le dictateur Paul Kagame semble plus requinqué que jamais dans son aventure en RDC. Il apparaît, d’après ses dires, qu’il aurait reçu des puissances occidentales sur pressions de ses lobbies, encore un “chèque en blanc” pour faire ce qu’il voudrait en RDC.

 

Mais aussi à ne pas négliger, il faudrait tenir compte du ras-le-bol des Congolais de tous bords (au pouvoir comme de l’opposition, de toutes les régions et tribus), face à cette injustice et à l’humiliation à laquelle un petit quidam qu’est Paul Kagame soumet plus de 100 millions d’habitants de la RDC simplement au seul motif qu’il est tutsi.

 

Au lieu de conclure nous disons: “A suivre”.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

 

 

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