Enlisement de la guerre d’agression de la RDC par Paul Kagame sous le couvert du M23

Comment sortir de l’impasse dans laquelle s’enfonce chaque fois toute initiative de paix à l’Est de la RDC depuis dix ans?

 

Introduction

 

Après Addis Abeba 1 (février 2013), Luanda 1 (novembre 2022), Nairobi 3 (décembre 2022), le présent article pose la question de savoir comment les pays et organisations régionales peuvent-ils cesser de se ridiculiser et ainsi de perdre toute crédibilité face aux populations meurtries de la région.

 

Pour la paix à l’Est de la RDC, les initiatives se suivent et se ressemblent : vagues, non réalistes et tendancieuses, … et donc vouées à l’échec. Les dernières en date sont le sommet de Luanda de novembre 2022 d’où est sortie une “feuille de route“ et le troisième round des pourparlers de Nairobi entre le gouvernement de la RDC et les groupes armés actifs à l’Est de ce pays.

 

Rappelons que dix ans avant les présentes initiatives de Luanda et de Nairobi, il avait été signé un accord cadre à Addis Abeba en Ethiopie censé indiquer les voies et moyens de résoudre définitivement le problème de l’insécurité à l’Est de la RDC.

 

Devant la persistance de l’insécurité à l’Est de la RDC et même d’une conquête militaire d’une grande partie de la province du Nord Kivu par un groupe terroriste armé et aux ordres d’un pays voisin de la RDC depuis début 2022, ces initiatives ou processus vont être renouvelés et des sommets et autres conciliabules sont attendus dans les prochains jours en ce 2023.

 

Déjà en ce début de 2023, la réunion du mécanisme de suivi de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba pour la paix en RDC et dans la Région est annoncée. Elle se tiendra le 24 février 2023 à Bujumbura au Burundi dix ans après sa signature en février 2013 par neuf pays qui partagent les frontières naturelles et artificielles avec la RD Congo, y compris la République Sud-Africaine, sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU ). Le Kenya et le Sud Soudan ont aussi ratifié récemment cet accord. Cet Accord est tombé dans l’oubli et avec raison, tellement son bilan est quasiment nul car depuis dix ans qu’il est signé, la situation de paix et la sécurité dans la région est devenue pire que ce qu’elle était lors de la signature de cet accord.

 

Les dates d’un autre mini-sommet en Angola ou ailleurs (Luanda 2) ainsi que du quatrième round de Nairobi ne tarderont pas à être annoncées.

 

Ceci dit, en respectant certains détails méthodologiques, dans l’organisation de ces prestigieuses rencontres, les organisateurs mettraient touts les atouts de leur côté pour que les résolutions qui en sortent aient un peu de chance d’être suivies d’effet au lieu de rester la risée de certains acteurs comme il en est le cas actuellement.

 

Ordre logique de succession

 

En toute logique, Luanda 2, s’il devait se tenir, devrait précéder Nairobi 4. En effet, Luanda 2 aurait à l’ordre du jour les points suivants et incontournables :

L’évaluation de l’état d’exécution des décisions de Luanda 1 de novembre 2022 notamment la feuille de route dressée à ce moment,

 

Dresser une nouvelle feuille de route car celle de novembre 2022 est devenue lettre morte. Et ce constat devrait être fait par tous sans faux fuyants,

 

Préciser les missions des troupes de l’EAC à l’Est de la RDC,  notamment en les rendant claires et les mêmes  pour tous les contingents que sont celui du Burundi au Sud Kivu, celui du Kenya au Nord Kivu et ceux de l’Ouganda et du Soudan du Sud en Ituri car à l’état actuel, c’est une cacophonie sans nom!

 

Ainsi :

Au Sud Kivu, les troupes du Burundi ont une mission offensive pour appliquer les décisions des Chefs d’Etats et opèrent sous le Commandement des FARDC.

 

Mais au Nord Kivu, les troupes du Kenya déclarent avoir une mission de maintient de la paix et donc d’interposition et opèrent indépendamment des FARDC. Elles en sont arrivées même à déclarer certaines parties du territoire de la RDC de “zone tampon” et donc qui échappent au contrôle des FARDC.

 

A l ‘extrême Nord Kivu et en Ituri, les missions et les relations de subordination des troupes de l’Ouganda et du Soudan du Sud restent inconnues.

 

Enfin le contingent kenyan, en déclarant solennellement qu’il n’avait pas une mission de combat au Nord Kivu et en allant négocier avec le M23 pour son retrait et à certaines conditions alors que ce groupe terroriste devait, d’après l’ordre des Chefs d’Etat, évacuer “sans condition”, ces militaires-diplomates se sont tirés une balle dans le pied. On se demande maintenant en effet comment ces mêmes militaires du Kenya vont faire quand certains groupes armés opérant au Nord Kivu, surtout étrangers, refuseront de déposer les armes pour être rapatriés de force comme le prévoit la feuille de route de Luanda 1. Le commandement du contingent kenyan ira-t-il négocier avec ces groupes comme il est en train de le faire pour le M23/Kagame? Ou alors se résoudra-t-il à imposer  la paix par les armes? Toutes ces questions devraient être répondues et des précisions données au cours du mini-sommet de Luanda 2.

 

Nairobi 4 devrait logiquement se tenir bien après Luanda 2

 

Le quatrième round des pourparlers entre le gouvernement de la RDC et les groupes armés opérant à l’Est de ce pays ne devrait, en toute logique, se tenir avant une nouvelle évaluation des Chefs d’états et la présentation d’une nouvelle feuille de route à tous les acteurs car celle de novembre 2022 est restée “lettre morte” et donc n’est plus qu’un chiffon de papiers.

 

En ce qui concerne les groupes armés, ils ne devraient être invités dans le round de Nairobi 4 que si et seulement si, ils auraient rempli les conditions fixées par le sommet des Chefs d’états de Luanda 1 ou 2. Celles-ci comprennent notamment l’obligation de déposer les armes sans conditions et l’abandon des positions qu’ils occuperaient au Nord Kivu après mars 2022 quand les hostilités furent déclenchées par le M23/ Kagame.

 

Ce même M23 y serait aussi admis après avoir déposé les armes et évacué les zones conquises au Nord Kivu. Mais sans traitement particulier par rapport aux autres groupes ayant déposé les armes. En échange, il serait admis aussi à rejoindre “le programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation en RDC (P-DDRCS)”, tel qu’adopté par le gouvernement de la RDC en 2021.

 

Manœuvres en cours

 

Entretemps, les puissants lobbies qui conseillent et protègent Kagame lui auraient signalé que le moment était venu de brandir sa carte-Joker imparable à savoir “le génocide des Tutsi”.  C’est pourquoi il commence à agiter le spectre du supposé “génocide des Tutsi” congolais qui seraient les seuls discriminés parmi plus de 400 ethnies composant la population de la RDC. Ceci contrairement au Rwanda de 1990-1994 où la lutte à mort pour le pouvoir et l’avoir opposait deux des  trois seules ethnies du Rwanda à savoir les Hutu et les Tutsi en négligeant les Twa.  Cet argumentaire repose sur le seul postulat que les Tutsi  ne dominent pas les autres ethnies de la RDC, comme il se devait naturellement, et que le simple fait de refuser ou de résister à ce fantasme dominateur des Tutsi devrait être assimilé au “génocide” contre eux. Ceci a  pour effet d’occulter la souffrance et le massacre de millions de congolais par les mêmes Tutsi qui viennent de l’armée de Paul Kagame.

 

En effet, les informations diffusées au départ du Rwanda et relayées une fois encore par les médias de ses puissants lobbies et des ONG créées par eux, font de plus en plus état de ce « génocide » qui serait en train de se commettre contre les tutsi en RDC, comme le note même le quotidien belge Le Soir dans un article publié le 08 janvier 2023.

Passant sous silence l’enchaînement des causes et des conséquences, ces témoignages réels mais isolés  renforcent l’argumentaire du Rwanda, occultent le sort des Congolais massacrés à Kishishe et ailleurs par le M23 et l’errance de plus de 300.000 réfugiés civils dans le seul territoire de Rutshuru au Nord Kivu.

 

Menaces, contradictions et incohérence de Paul Kagame

 

Le lundi 09 janvier 2023, devant sa caisse d’enregistrement  appelée abusivement “ Parlement”, le dictateur du Rwanda a tenu un discours centré sur la guerre en RDC dans lequel l’ambiguïté et l’incohérence se disputaient la prévalence. Il a en effet notamment affirmé:

 

Que les réfugiés congolais au Rwanda étaient d’une seule ethnie de ce pays et qui fuient le “génocide” qui s’y commet. Avant d’ajouter en menaçant:

 

Que désormais il ne va plus accueillir des réfugiés congolais et que ceux qui sont déjà au Rwanda seront rapatriés en RDC. Reste à savoir si ceux-ci seront d’abord  armés par lui avant de les envoyer conquérir une partie de la RDC comme il le fait actuellement aux autres tutsi du M23. En fait une déclaration de guerre à la RDC à peine déguisée.

 

Pourtant, ce sont ses propres services de sécurité et de propagande qui incitent, depuis 2001, tout tutsi congolais de se réfugier au Rwanda. Tout comme actuellement son M23 force les populations Tutsi des territoires qu’il occupe en RDC à fuir vers le Rwanda.

 

Comble d’ironie et de ridicule! Paul Kagame continue de demander, mordicus, à ce que les Afghans, les Syriens, les Irakiens, les Yéménites, les Erytréens, etc. indésirables en Grande Bretagne lui soient envoyés moyennant paiement d’au moins un million de Livres Sterling par tête de réfugié !

 

Enfin, en parlant longuement des réfugiés congolais, Kagame a semblé ou feint d’ignorer que son régime est le plus grand fournisseur de réfugiés aux pays voisins ou d’autres régions. Les réfugiés rwandais se comptent par millions uniquement en Afrique dont la majorité en RDC. Et d’ailleurs, les habitants du Rwanda qui en ont l’occasion et les moyens, continuent à le fuir. Mais ce dictateur croit que son forcing, en complicité avec le HCR pour imposer la “Clause de cessation du statut de réfugié à tout rwandais ”, les a rendus tous physiquement inexistants, même s’ils le sont administrativement partout où ils sont (apatrides, sans papiers, sans résidence fixe, sans droit de propriété, …).

 

En conclusion

 

N’ayant aucun levier à notre portée pour influer sur cette situation évolutive, explosive et dramatique pour les peuples de la région des Grands Lacs d’Afrique, nous nous contentons d’exprimer nos souhaits à l’intention de certains acteurs de ce drame.

 

A certains décideurs de la communauté internationale, nous osons espérer qu’ils puiseront dans ce qui leur reste de dignité, de crédibilité et de cohérence pour oser résister aux assauts des puissants lobbies de Paul Kagame qui, encore une fois, voudraient leur faire endosser ses fantasmes et ses crimes en décrétant ”un génocide en RDC” quitte, s’il le faut,  à le déclencher comme il l’a fait au Rwanda en Avril 1994.

 

Aux pays et organisations régionales qui se penchent sur cette situation, d’oser ouvrir les yeux et regarder Paul Kagame en face en lui disant : “Assez c’est assez/ Trop c’est trop”! Surtout qu’il a déjà endeuillé plus d’un de ces pays avec des conséquences  graves et encore visibles, tout cela impunément: trois Chefs d’Etats hutu en exercice assassinés dans un intervalle de six mois en 1993 et 1994 (deux du Burundi et un du Rwanda) et un Chef d’Etat de la RDC assassiné en 2001, etc.

 

Au gouvernement de la RDC de rester vigilant et de prendre toutes les mesures possibles et adéquates afin de prendre le Monde à témoin quand Paul Kagame décrétera qu’il va le renverser et prendre le pouvoir à Kinshasa “pour y arrêter le génocide contre les tutsi”. Ne pas lésiner sur les moyens pour contrer l’action des lobbies pro-Kagame dans les instances dirigeantes du Monde occidental et surtout dans les médias. Bref, une diplomatie directe et offensive et une communication adaptée au temps de guerre imposée.

Aux FARDC de poursuivre leur montée en puissance mais en se convainquant qu’aucune armée étrangère, si puissante soit-elle, ne défendra le peuple congolais ou l’intégrité du territoire de la RDC plus que ses dignes et réels fils et filles.

 

Enfin, aux Tutsi congolais de refuser de continuer à être instrumentalisés par un dictateur sans foi ni loi qu’est Paul Kagame pour ses intérêts égoistes et inhumains. Il ne faut surtout pas qu’il continue à leur faire croire qu’ils ont été créés pour régner sur le reste des plus de 100 millions de congolais et donc qu’il fera tout pour que ce destin se réalise comme ce fut le cas pour lui au Rwanda en 1994 grâce à Museveni. Le meilleur avenir des Tutsi congolais, qu’ils soient baptisés pour l’occasion “Banyamulenge” ou identifiés abusivement comme “Rwandophones”, réside dans leur coexistance pacifique avec les autres communautés de la Grande RD-Congo.

 

Emmanuel Neretse

 

 

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