Relations France-Rwanda: Quand la justice ploie sous le poids de la politique. Dernière illustration : l’Affaire Aloys Ntiwiragabo contre Maria Malagardis

Présentation des protagonistes

 

Maria Malagardis est une journaliste franco-grecque  née à Athènes en Grèce. Elle couvre l’actualité africaine et grecque pour le journal Libération. Fanatique du FPR et grande admiratrice de Paul Kagame, elle a publié plusieurs ouvrages au sujet du Rwanda, n’hésitant devant aucune énormité ou affabulation pour faire passer dans l’opinion les propagandes du régime dictatorial de Kagame.

 

Aloys Ntiwiragabo est un rwandais vivant en exil en France. Au Rwanda d’avant 1994, il fut, depuis les années 1970, Commissaire de Police, puis officier de la Gendarmerie à sa création en 1974. En 1992, en pleine guerre déclenchée par les éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda pour conquérir le Rwanda, le Colonel Ntiwiragabo fut nommé Chef du Bureau 2 (G2) de l’Etat Major de l’Armée Rwandaise (AR) autrement dit chargé des renseignements militaires. Après la défaite des Forces Armées Armées Rwandaises (FAR) et leur repli au Zaire,  le Colonel Ntiwiragabo sera parmi les cadres civils ou militaires qui encadreront les millions de réfugiés hutu entassés dans des camps au Nord et Sud Kivu.

 

Après le démantèlement de ces camps en novembre 1996 et la chasse à tout réfugié hutu au Zaïre par l’armée de Paul Kagame jusqu’à sa prise de pouvoir à Kinshasa, le Colonel Ntiwiragabo restera auprès des rescapés qui parvenaient à atteindre Kinshasa ou ses environs après une traversée de deux milles kilomètres à pieds et sous les balles du FPR.

 

C’est ainsi qu’il fut parmi les premiers qui organisèrent une force de défense des réfugiés hutu et à laquelle le tombeur du Maréchal Mobutu, Laurent Désiré Kabila, a donné son aval après avoir découvert la vraie nature du FPR de Kagame et exiger que les troupes tutsi commandées par James Kabarebe qu’on lui avait imposé comme Chef d’Etat Major des Armées Congolaises, quitte son pays. Cette hardiesse lui coûtera la vie. Mais, entretemps, les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda ) étaient nées. On est alors en 2003.

 

Aloys Ntiwiragabo, alors Général Major dans les FDLR, après plusieurs années, il rejoindra sa famille vivant en France de manière tout à fait officielle et régulière avec un visa Schengen en janvier 2017.

 

Les faits

 

Le 29 juillet 2020, Aloys Ntiwiragabo déposait une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction de ce tribunal […] du chef d’injure publique envers un particulier contre X à propos des propos suivants publiés depuis le compte Twitter @ mariamalagardis le 24 juillet 2020 dont la teneur suit :  “Un Nazi africain en France? Quelqu’un va réagir? @ EmmanuelMacron, @justice-gouv#Rwanda#Genocide et bravo@TheoEnglebert”.

 

Aloys Ntiwiragabo faisait valoir, à l’appui de sa plainte, que le propos “Nazi africain” était outrageant et méprisant en son encontre.

 

Une information judiciaire fut ouverte. Après les investigations par la Brigade de répression de la délinquance contre la personne, Maria Malagardis confirmait être l’auteur du message poursuivi.

 

Par ordonnance du 14 septembre 2021, le magistrat instructeur renvoyait Maria Malagardis pour être jugée par le Tribunal correctionnel pour les faits pour lesquels elle avait été mise en examen.

Le procès a eu lieu au cours de l’audience unique le 19 janvier 2023.

 

Déroulement du procès

 

En guise de procès, on a eu droit à un show médiatique de la part de la journaliste Maria Malagardis qui d’accusée, s’est transformée en accusatrice. Certains parmi l’assistance n’ont pas hésité à parler, et avec raison, d’un “procès dans le procès”.

 

En effet la subite procureur Maria Malagardis a accusé pêle-mêle Aloys Ntiwiragabo de:

*Planification de génocide, chef d’accusation que même le TPIR n’a pas pu établir, en plus de 20 ans de travail.

*D’avoir dressé des listes des tutsi à tuer sans en fournir la moindre preuve.

*D’avoir participé à plusieurs réunions d’Etat-Major comme si cette activité n’était pas parmi celles auxquelles chaque officier d’Etat-Major, comme l’était Ntiwiragabo, devait s’adonner.

 

Pour sa défense, l’accusée Maria Malagardis répétait à chaque instant qu’elle regrettait que le TPIR ait abandonné toute poursuite d’Aloys Ntiwiragabo mais qu’elle espère que la justice française saisira la balle au bond pour juger et condamner le “Nazi africain’’ Aloys Ntiwiragabo.

 

A ce sujet, il y a lieu de signaler que le dossier de Ntiwiragabo devant la justice française ne contient que des accusations du régime du FPR de Kagame et que toutes ce sont révélées, à d’autres occasions, non fondées.

Ainsi:

Le régime Kagame a tenté d’accuser Aloys Ntiwiragabo d’assassinat des Casques Bleus belges lynchés au camp Kigali le 07 avril 1994. Il fonde cette accusation sur le fait que le Colonel Ntiwiragabo aurait été à ce moment le Commandant du camp Kigali et donc responsable et donneur d’ordres aux soldats qui ont lynché ces casques bleus belges!

 

Non seuleument Ntiwiragabo n’a jamais été Commandant du camp Kigali durant toute sa carrière, mais encore, le 07 avril 1994, il était en mission en dehors du Rwanda d’où il n’est revenu que le 09/4. Tout comme l’accusation faisant état de sa présence dans Gaseke en préfecture Gisenyi en date du 07 avril 1994.

 

Enfin, pour établir le lien avec Félicien Kabuga dont le procès se déroule à la Haye devant le Mécanisme qui a succédé au TPIR, le régime de Kagame a eu recours à une accusatrice de métier et à vie, à savoir l’ancienne animatrice à la radio RTLM aujourd’hui condamnée à la réclusion à  perpétuité et qui, pour tenir le coup et avoir un peu de répit avant sa crevaison, elle doit accuser toute personne qu’on lui présente, même quand elle ne l’a jamais connue. C’est le cas d’Aloys Ntiwiragabo qu’elle n’a jamais aperçu à RTLM et moins encore, eu des contact avec elle. Nous voulons parler de la pauvre Valérie Bemeriki que le régime Kagame envoie en rescousse pour sortir de l’embarras tout procureur (du TPIR ou de Paris) quand il est coincé à propos des accusations en rapport avec la RTLM.

 

Juges mis sous fortes pressions

 

Au cours de l’audience du 19 janvier 2023, les observateurs ont été étonnés du spectacle auquel s’adonnaient des lobbies pro-Kagame de France. En effet, tout autour du tribunal, une foule avec des pancartes et des signes permettant leur identification criait à tue-tête leur “indignation qu’un Nazi, génocidaire hutu, etc., puisse oser porter plainte contre un journaliste en France”. Ces lobbies sont le CPCR d’Alain Gauthier que l’on ne présente plus, SURVIE dont on connaît le mobile et la puissance, et Ibuka-France, autrement dit les militants du parti-Etat le FPR et les plus extrémistes des tutsi de France.

 

Les juges sont d’abord des humains avant d’être juges. Des fois, il est impossible de résister aux pressions médiatico-politiques surtout quand celles-ci viennent des lobbies qui dominent le monde comme ceux qui ont créé et qui soutiennent Kagame dont on a eu l’échantillon ce 19 janvier 2023 devant le Tribunaal correctionnel de Paris.

 

Témoin gênant

 

Certains peuvent se demander pourquoi cet acharnement des lobbies pro-Kagame contre  un honnête officier comme Ntiwiragabo. Mais pour les initiés, cet homme constitue un témoin gênant et une voix à faire taire car ses témoignages ou révélations, s’ils étaient répandu dans l’opinion publique, pourraient ébranler l’édifice des mensonges et le mythe sur lequel est bâti le régime Kagame et d’où il tire sa légitimité. C’est ainsi que quand vous écoutez Aloys Ntiwiragabo, vous vous rendez compte que Kagame n’était pas intéresséé par l’arrêt des massacres interethniques après le 06 avril 1994, ni pour sauver les tutsi et encore moins “arrêter un quelconque génocide” comme il le prêche.

 

En effet, Aloys Ntiwiragabo est signataire du communiqué du commandement des FAR de la nuit du 12 au 13 avril 1994, qui proposait un cessez-le-feu pour s’occuper de la pacification. Le FPR l’a rejeté.

Il est signataire du cessez-le-feu du 23 avril 1994 à Gbadolité, le FPR l’a boycotté.

Il a  proposé les mesures de pacification qui devaient être exécutées par des patrouilles mixtes FAR, FPR et MINUAR. Le FPR a refusé.

Ces trois rapports sont des archives de la MINUAR.

 

Le prononcé du verdict

 

Le jugement a été prononcé le 15 mars 2023 devant la 17è Chambre correctionnelle de Paris. Comme on pouvait s’y attendre, la journaliste Maria Malagardis a été relaxée et Aloys Ntiwiragabo debouté. En plus, Ntiwiragabo doit payer une somme équivalente à 127 milles Francs Rwandais.

 

La jurisprudence

 

Une affaire apparemment banale mais donc le jugement risque de faire jurisprudence , surtout en France-même et dans les affaires en rapport avec le problème du Rwanda. En effet , plusieurs journalistes ou écrivains sont déférés devant la justice comme vient de l’être Maria Malagardis, mais pour des motifs tout à fait opposés. Un journaliste ou écrivain qui ose publier que “le régime de Paul Kagame est dictatorial et que ce dernier est coupable des crimes de guerre, crimes contre l’humanité, voire de génocide au Rwanda ou en RDC” est automatiquement déféré aux tribunaux par les mêmes lobbies pro-Kagame de France qui ont défendu Maria Malagadis sous prétexte qu’elle jouissait de la liberté d’opinion comme journaliste.

 

Nous sommes curieux de lire, dans les prochains jours, les motivations des juges qui vont condamner des journalistes qui ont osé dire que Paul Kagame est un criminel et en employant des termes moins méprisants et dégradants que ceux utilisés par Maria Malagardis pour qualifier Aloys Ntiwiragabo.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

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