France. Fin du harcèlement politico-judiciaire d’Agathe Kanziga, veuve du président Juvénal Habyarimana ?

L’actualité judiciaire en France aura été dominée en ce mois de mai 2025 par l’affaire Madame Agathe Habyarimana née Kanziga. Ainsi le19 mai, les médias ont annoncé  que « les investigations visant Agathe Habyarimana pour complicité dans le génocide des Tutsis en 1994 au Rwanda ont pris fin, sans que la veuve de l’ancien président rwandais n’ait été mise en examen ».

 

Le 22/5/2025, les mêmes médias ont rapporté que la Cour d’appel de Paris avait rendu sa décision et rejeté la demande du parquet qui peut encore faire appel.  Son arrêt disait qu’il n’y aura pas d’enquête sur de nouvelles charges contre Madame Agathe Habyarimana.

 

Historique

 

Pour essayer de comprendre ce méli-mélo politico-judiciaire en France et dans lequel est cité le nom de la respectueuse et respectée grand-mère Agathe Kanziga Habyarimana, un petit rappel historique est nécessaire.

 

Madame Agathe Kanziga, actuellement âgée de 82 ans, est la veuve du président de la IIè République Rwandaise, le général major Juvénal Habyarimana avec qui elle s’est mariée le 18 août 1963 et avec lequel elle a eu 8 enfants  dont six sont encore en vie.

 

Dans la soirée du 06 avril 1994, dans leur résidence privée de Kanombe située sur le prolongement-Est de la seule piste d’atterrissage de l’aéroport international du pays, quand elle attendait son mari de retour d’un sommet des chefs d’Etats tenu à Dar-es-Salaam en Tanzanie, elle fut, tout comme ses enfants, secouée par la chute des débris métalliques dans l’enceinte de la résidence-même. Sans tarder le constat fut cruel et terrifiant : c’était l’avion présidentiel qui ramenait son mari qui venait de s’y écraser tuant ainsi tous ses passagers ainsi que l’équipage constitué de 3 coopérants français.

 

Sous le choc comme cela est compréhensible et en plus qu’elle-même et ses enfants se sentaient  menacés par les opérations meurtrières et ciblées que menaient les troupes du FPR de Kagame sorties de leur cantonnement au Parlement dès le matin du 07 avril, elle fut évacuée du Rwanda le 09 avril 1994 en même temps que les forces françaises venues évacuer les ressortissants occidentaux encore au Rwanda. A partir de cette date, elle n’est plus jamais revenue au Rwanda  et donc n’a pas assisté au génocide rwandais déclenché par l’assassinat de son mari.

 

Elle a séjourné dans certains pays africains avant d’arriver en France où elle a demandé l’asile sans jamais l’obtenir. Au contraire, elle fut  visée, depuis 2008, par une enquête en France pour “complicité de génocide et de crimes contre l’humanité”, ouverte après une plainte du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR) d’un français, un certain Alain Gauthier et de sa femme Tutsi Dafroza.

 

Madame Agathe Kanziga fut placée, depuis 2016, sous le statut intermédiaire de “témoin assisté”. Les investigations avaient déjà été clôturées en 2022, mais le Pnat (le parquet national antiterroriste ) avait demandé en août de la même année de nouvelles investigations, et avait pris un nouveau réquisitoire supplétif en vue de sa mise en examen pour “entente en vue de commettre le génocide” début septembre 2024.

 

C’est ainsi qu’une ordonnance datée de vendredi 16 mai 2025 répondant au réquisitoire supplétif de septembre 2024 et rejetant des demandes du Pnat, et ordonnant que les investigations visant Agathe Habyarimana pour complicité dans le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda ont pris fin, sans que la veuve de l’ancien président rwandais n’ait été mise en examen. Ceci signifiait qu’il n’y aura pas d’enquête sur de nouvelles charges contre Agathe Habyarimana, ce qui fut confirmé par la Cour d’appel le 21 mai 2025.

 

Les juges d’instruction auront trois mois pour prendre une décision définitive, soit une mise en examen puis un renvoi devant le tribunal, soit un non-lieu.

Si le Procureur fait appel, il aura trois mois pour formuler de nouvelles réquisitions.

La nouvelle échéance est donc en août 2025 et en cas de nouvel appel du Parquet, la nouvelle échéance sera janvier 2026. Ce procureur a donc encore six mois pour continuer son jeu macabre contre une femme  que celui qui l’a rendu veuve voudrait qu’elle soit “tuée deux-fois” en l’accusant de s’être rendue elle-même veuve!

 

Analyse et interprétations

 

Madame Agathe Habyarimana née Kanziga est lavée et débarrassée de tout soupçon dans le génocide rwandais de 1994, mais le Parquet, visiblement sur pression de Kagame à travers ses puissants lobbies de France qui se portent automatiquement “parties civiles” dans toute affaire visant un Hutu en France, se donne encore six mois d’acharnement contre elle.

 

Comme elle ne peut pas être accusée de “génocide” commis au Rwanda entre avril et juillet 1994, ayant été évacuée du pays pour sa sécurité au lendemain de l’assassinat de son mari, les lobbies pro-FPR de Kagame de France et qui font la pluie et le beau temps dans le ciel politique et surtout judiciaire en France sous la Macronie que sont: le CPCR du couple franco-Tutsi d’Alain et Dafroza Gauthier, IBUKA-France, CRF, Survie,…, ont suggéré de l’accuser d’“entente en vue de commettre le génocide”, entente qui aurait donc eu lieu bien avant avril 1994 quand elle était encore au Rwanda.

 

Mais même le TPIR n’a pas réussi à condamner pour ce chef d’accusation aucun parmi la centaine de Hutu jugés. Même le Colonel Bagosora, pourtant présenté dans tous les médias comme étant “ le cerveau du génocide” fut acquitté du chef d’accusation d’ »entente en vue de commettre le génocide ». Mais eux veulent en faire condamner cette veuve que même ce TPIR n’avait pas inculpée.

 

Espérons que même sous la Macronie, il existe quand même des juges indépendants, libres, équitables apolitiques, …, qui ne suivront pas ces officiers du Parquet instrumentalisés par les Lobbies pro-Kagame de France.

 

Réaction des puissants des lobbies pro-FPR en France

 

C’est dans la presse du 23 mai 2025 que les puissants lobbies constitués d’agents de Paul Kagame et de son parti-Etat FPR se sont exprimés. On a noté entre autres, Philibert Gakwenzire comme président d’IBUKA, le sinistre Gasana Ndoba connu comme ancien président de la Commission des Droits de l’Homme version FPR au Rwanda, et Dafroza Gauthier, la franco-Tutsi apparentée à James Kabarebe mais qui s’exprime comme membre de la boîte de son mari français Alain Gauthier, le CPCR qui fut fondée pour faire la chasse aux Hutu et opposants au FPR de  Paul Kagame exilés en France.

 

Dans leur réaction à l’arrêt de la Cour d’abandonner toute poursuite judiciaire contre Madame Agathe Habyarimaa, ces puissants lobbies ont dévoilé leur but ultime.

 

En effet, ils regrettent que parmi les requêtes du parquet rejetées par les juges figure l’extension de l’enquête sur les mois précédant le génocide.

 

Avec cette requête ces puissants lobbies voulaient que les investigations pour génocide au Rwanda de 1994 ne se limitent pas seulement à la période d’après 06 avril 1994. Leur désir profond était que, en poursuivant Madame Agathe Kanziga pour des faits antérieurs à avril 1994, cela ferait jurisprudence et qu’ils pourraient donc accuser tout Hutu de génocide de 1994 même s’il ne se trouvait pas physiquement au Rwanda au moment des faits. Ainsi, la planification du génocide et l’entente en vue de commettre le génocide seraient accolées à tout Hutu et cela depuis le 06 novembre 1959 date du déclenchement de la révolution populaire et sociale qui a mis fin à la monarchie féodale et a instauré la République dans la démocratie.

 

Enfin, sur ce point, on a noté l’accusation en miroir lancée par Dafroza Gauthier Mukarumongi, cette  franco-rwandaise qui poursuit en France depuis 30 ans les opposants au FPR et les HUTU du Rwanda.

 

En effet après une logorrhée, elle a posé la question-réponse en disant: “Est-ce que cette personne est protégée ? On peut le présumer » . Quand on sait que elle-même et son mari pour leur boîte CPCR sont non seulement protégés par les instances politiques et qu’ils font trembler les instances judiciaires au premier chef le Parquet, on ne peut que constater la constance et la spécialité du FPR et ses agents dans l’art de lancer des accusations en miroir.

 

Pour faire passer la pilule, ressusciter le cas Callixte Mbarushimana

 

Mais comme preuve que le Parquet (pour ne pas dire la justice) de France est soumis aux ordres de Paul Kagame en ce qui concerne le génocide rwandais, le hutu Callixte Mbarushimana, pour qui un non-lieu avait été prononcé en octobre 2024 voit la réouverture et la relance de la procédure judiciaire contre lui.

Comme par hasard ceci fut annoncé le jour même de la clôture des enquêtes contre Madame Habyarimana: Ce n’est pas une pure coincidence!

 

Le 7 octobre 2024, le « Pôle crimes contre l’Humanité » avait prononcé un non-lieu dans l’affaire Callixte Mbarushimana. Mercredi 21 mai 2025, la Cour d’appel a donne raison aux parties civiles en demandant la réouverture de l’information judiciaire.

 

Callixte Mbarushimana, en 1994, occupait la fonction d’informaticien du programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Comme par hasard lors des commémorations d’avril 2024, le président Kagame avait accusé Callixte Mbarushimana d’être à l’origine de l’assassinat de sa « sœur » Florence Ngirumpatse qui travaillait aussi au PNUD. Seul Alain Gauthier et sa boîte CPCR peuvent s’en réjouir en chantant: “Le CPCR se réjouit qu’une telle décision ait été prise et espère que les témoins qui seront entendus permettront de confondre monsieur Mbarushimana.” Mais personne n’est dupe! Il s’agit de contrebalancer le non-lieu évident dans le dossier de Madme Agathe Habyarimana.

 

Conséquences et suites logiques

Si le Parquet de Paris trouve indiqué de continuer à s’acharner contre une dame rendue veuve par l’attentat du 06 avril 1994, il devrait aussi s’acharner à rendre justice aux familles des victimes de cet attentat terroriste dans lequel ont péri deux Chefs d’Etats africains en exercice et leurs suites dont trois coopérants français qui étaient en mission officielle et commandée.

 

Ainsi donc, la poursuite de la procédure dans l’affaire de l’attentat du 06 avril 1994 devrait être aussi une préoccupation sinon une priorité de ce Parquet.

 

Pour avoir permis et même encouragé l’acharnement de l’un de ses échelons à savoir le Parquet de Paris contrôlé par les lobbies comme le CPCR d’Alain Gauthier à s’acharner, contre toute logique et avis des juges indépendants, la France devrait verser des dommages et intérêts à la veuve et aux orphelins du président Habyarimana après 30 ans de persécution et de torture morale. Trente ans de persécution d’une veuve par ceux qui l’en ont rendue ainsi en assassinant son mari ; cela mérite réparation.

 

Enfin, au minimum, la France dont trois de ses citoyens ont trouvé la mort dans l’attentat terroriste du 06 avril 1994 et même le Burundi qui y a perdu son chef d’Etat et 2 de ses ministres, devraient exiger le versement des frais d’assurances de la Falcon 50 aux ayant droit mais touchés frauduleusement et donc scandaleusement par Paul Kagame l’auteur  de cet attentat.

 

Sinon alors il faudrait stipuler dans des conditions générales des Sociétés d’assurances du domaine des transports que : “Ce sont les auteurs de l’accident qui devraient toucher les frais d’assurances-accident et pas ceux qui ont payé l’assurance ou leurs ayants droit” ; et pour tout argument et référence juridique donner le cas de Paul Kagame et l’attentat contre le Falcon 50 du 06 Avril 1994.

 

Attendons donc les nouvelles échéances judiciaires dans ce dossier soit en août 2025 ou trois mois plus tard pour savoir si Madame Agathe Habyarimana sera enfin débarrassée de ce harcèlement par un non-lieu définitif ou si les puissants lobbies de France imposeront leur volonté comme d’habitude.

 

Emmanuel Neretse

 

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