Ingabire Day. Edition 2025. Résumé des discours
La soirée dédiée à Ingabire Day , Edition 2025, s’est tenue le 25 octobre à Bruxelles, rassemblant de nombreux militants, intellectuels et défenseurs des droits humains autour d’un idéal commun : la liberté, la justice et la dignité du peuple rwandais.
Placée sous le thème évocateur « Rwanda, la démocratie : à quel prix ? » annoncé dans le communiqué du 14 octobre 2025, cette rencontre a été bien plus qu’un simple événement commémoratif. Elle a constitué un moment de solidarité, de réflexion et d’engagement citoyen, consacré à l’hommage rendu aux prisonniers politiques et d’opinion au Rwanda, et à la revendication d’un avenir démocratique bâti sur la non-violence et le courage collectif.
Organisée conjointement par le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RIFDP) et la Fondation Victoire pour la Paix (FVP) membres du Collectif Ingabire Day, la soirée a été marquée par des discours empreints d’émotion et de détermination.
Dans son allocution, le président de la FVP a tenu à remercier chaleureusement les participants venus exprimer leur soutien à Madame Victoire Ingabire, symbole du combat pacifique pour la démocratie au Rwanda. Il a rappelé l’appel vibrant de Victoire Ingabire en ces termes : « Réveillez-vous, renoncez à la peur et libérons-nous pacifiquement. Ensemble, nous vaincrons. »
Dans la continuité de cet appel à la mobilisation et à la résistance pacifique, le représentant de la communauté rwandaise de Lyon, également impliquée dans cette dynamique, a souligné que l’Ingabire Day est célébré depuis douze ans à travers le monde. Chaque 14 octobre, des cérémonies et des moments de recueillement marquent le début des commémorations. Au Rwanda même, malgré les menaces et la répression, des compatriotes observent une minute de silence à midi en mémoire de tous les prisonniers politiques et d’opinion: un acte simple, mais chargé de sens, incarnant le courage d’un peuple refusant la résignation.
Autour d’une communauté rwandaise mobilisée et déterminée, plusieurs personnalités de renom ont également pris la parole pour exprimer leur soutien à Madame Victoire Ingabire et à tous ceux qui osent défendre la vérité dans un contexte de répression politique.
Le premier intervenant de la soirée fut Monsieur Srdja Popovic, directeur exécutif du CANVAS (Centre pour l’Action et les Stratégies Non Violentes Appliquées) et auteur du célèbre ouvrage « Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, petit et sans arme ». Son discours, empreint de sagesse et de détermination, a marqué les esprits par son appel à la résistance pacifique et à la puissance de la conscience collective.
Il a exprimé l’honneur qu’il ressentait à s’adresser au public à l’occasion d’Ingabire Day, une journée dédiée au courage, à la liberté de conscience et à l’idée fondamentale selon laquelle penser librement ne devrait jamais être un crime.
Monsieur Popovic a expliqué qu’il n’aurait jamais imaginé qu’un jour, la simple lecture d’un livre sur le changement pacifique puisse conduire des personnes en prison. Il a précisé que son ouvrage n’était pas un roman sulfureux comme Cinquante nuances de Grey – un livre qui brouille la frontière entre le bien et le mal – mais un manuel qui enseigne comment désarmer les dictateurs grâce à la créativité, à l’unité et à l’humour.
Selon lui, c’est précisément ce que les dictateurs redoutent le plus. Ils ne craignent ni les armes, ni les bombes, ni même les foules en colère. Ce qu’ils craignent vraiment, a-t-il insisté, c’est le pouvoir du peuple, cette prise de conscience que le véritable pouvoir ne se trouve pas dans les palais, ni dans les uniformes, ni derrière les podiums dorés, mais bien entre les mains des citoyens. Et une fois que cette vérité est comprise, tout change.
Il a ajouté que c’est là tout le sens de son livre : montrer comment des citoyens ordinaires – étudiants, parents, chauffeurs, voisins – peuvent, à travers la stratégie, la discipline et le rire, renverser les régimes les plus autoritaires.
Évoquant la situation du Rwanda, Monsieur Popovic a rappelé qu’en 2021, plusieurs militants et un journaliste avaient été arrêtés simplement pour avoir lu son ouvrage et discuté de l’action non violente. Ces personnes ont passé des années en détention illégale, sans procès.
Il a également souligné qu’aujourd’hui encore, Madame Victoire Ingabire, une femme dont le seul tort est de croire que les Rwandais méritent la démocratie, a de nouveau été arrêtée.
Monsieur Srdja Popovic a affirmé que chaque fois que les citoyens commencent à s’organiser et à agir collectivement, les régimes autoritaires se mettent à paniquer. Lorsqu’il a appris l’arrestation de plusieurs personnes simplement pour avoir lu son livre, il a été profondément choqué. Il s’est demandé avec ironie comment un petit manuel consacré à la lutte pacifique pouvait désormais être considéré comme une menace sérieuse pour un pouvoir politique.
Il a expliqué qu’un des accusés l’avait contacté et qu’après avoir échangé avec les avocats de ce dernier, ceux-ci lui avaient demandé s’il accepterait de témoigner au procès. Monsieur Popovic a accepté sans hésitation, affirmant qu’il était prêt à témoigner en direct, pour rappeler qu’une personne qui lit un ouvrage sur la résistance non violente n’est pas un criminel.
Cependant, le tribunal a refusé sa demande de témoignage. Pour lui, cette décision démontre que les juges qui craignent la vérité préfèrent rédiger les verdicts plutôt que d’écouter les témoins. Monsieur Popovic a souligné que ce procès n’avait rien à voir avec la justice, mais qu’il traduisait avant tout la peur – la peur de l’action collective, de la pensée libre et de la puissance des citoyens.
Il a ajouté qu’un régime qui en vient à emprisonner les gens non pas pour avoir brûlé des livres, mais simplement pour les avoir lus, révèle sa fragilité. À ce moment-là, a-t-il affirmé, le pouvoir commence à trembler, car on ne peut pas emprisonner une idée.
Monsieur Popovic a tenu à saluer tous les Rwandais qui refusent de céder à la peur, ainsi que les prisonniers de conscience qui continuent de croire que la vérité et le courage triompheront de la propagande et de la répression. Il a adressé une pensée particulière à Madame Victoire Ingabire et à tous les militants encore emprisonnés, en leur rappelant qu’ils ne sont pas oubliés.
S’adressant également à ceux qui les ont fait incarcérer, il leur a rappelé que lorsqu’un régime commence à craindre un livre, l’humour ou l’imagination, cela signifie qu’il a déjà perdu le combat des idées. Aucune prison ni aucune loi rédigée dans la panique, a-t-il ajouté, ne peut empêcher les gens de penser ou de rire.
En conclusion, Monsieur Srdja Popovic a exhorté chacun à continuer de croire en sa propre force et en son pouvoir d’agir, car, selon lui, c’est précisément ce que les régimes autoritaires redoutent le plus.
Allocution de M. Kayumba Placide, Président des FDU-Inkingi
Kayumba Placide, président des FDU-Inkingi, a expliqué que l’Ingabire Day n’est pas seulement une journée portant un nom : c’est une journée qui retrace l’histoire douloureuse du peuple rwandais.
C’est l’histoire d’un pays où parler peut conduire à la mort, où beaucoup pleurent leurs proches en silence, sans même avoir le droit de les enterrer dignement. C’est aussi l’histoire d’un peuple qui vit dans la peur depuis plus de trente ans, craignant qu’un simple mot puisse lui coûter la vie.
Dans cette atmosphère de terreur, une femme s’est levée : Madame Victoire Ingabire. Avec courage, elle a refusé le silence et a choisi de défendre les sans-voix et les oubliés. Elle a incarné l’espoir d’un peuple croyant avoir perdu sa force : la capacité d’aimer, de se réconcilier et de se relever.
Kayumba a rappelé que cette journée est aussi dédiée à tous ceux qui ont donné leur vie pour la vérité et la justice, notamment M. Boniface Twagirimana, vice-président des FDU-Inkingi, enlevé en 2018 et dont on est sans nouvelles depuis. Il a également cité Kizito Mihigo et d’autres artistes et poètes assassinés pour avoir osé parler et prôner la réconciliation.
Selon lui, leur mémoire doit rester vivante. Ces hommes et ces femmes nous appellent à ne pas oublier, à faire entendre la vérité malgré les tentatives d’étouffement. Il a rappelé que le peuple rwandais doit retrouver sa responsabilité collective : se souvenir, témoigner et refuser l’oubli.
Kayumba a également évoqué la liste de 25 personnes publiée par les autorités rwandaises et présentées comme des terroristes. Plusieurs membres des FDU y figurent. Il estime que ces personnes sont des cibles désignées par le régime de Kigali, qui cherche à les éliminer. Selon lui, cette démarche traduit la peur du pouvoir en place face à la vérité et révèle les signes d’un régime à bout de souffle, désormais discrédité au niveau international.
Pour comprendre la tragédie qui frappe la région des Grands Lacs, il a rappelé les événements des années 1990, lorsque le Front Patriotique Rwandais (FPR) a attaqué le Rwanda à partir de l’Ouganda. Depuis le 1er octobre 1990, les guerres, massacres et attentats n’ont jamais cessé. Il a souligné que ceux qui, aujourd’hui, accusent les autres de terrorisme sont les mêmes qui ont commis des actes terroristes, notamment l’attentat du 6 avril 1994, qui a coûté la vie aux présidents Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira, déclenchant ainsi le génocide.
Des millions de personnes ont fui la terreur du FPR vers les pays voisins, avant d’être poursuivies et massacrées dans les forêts congolaises à partir de 1996. Aujourd’hui encore, plus de 250 000 réfugiés rwandais vivent cachés dans ces forêts, traqués par les forces du régime.
Kayumba a dénoncé l’impunité dont bénéficie le président Paul Kagame, soutenu selon lui par la communauté internationale et l’ONU, malgré les nombreux crimes documentés dans le Mapping Report. Il a affirmé que si les responsables de ces crimes avaient été arrêtés et jugés, d’autres massacres auraient pu être évités.
Enfin, il a appelé chacun à suivre l’exemple de Victoire Ingabire et à lutter pacifiquement pour qu’un jour, la démocratie et la justice reviennent au Rwanda, et que le pouvoir appartienne réellement au peuple. Pour lui, Ingabire Day est aussi un moment de réflexion sur la liberté : sommes-nous vraiment libres lorsque la peur nous domine ? La véritable liberté, a-t-il insisté, réside dans le courage et la détermination que nous enseignent Victoire Ingabire et les autres prisonniers politiques.
Il a conclu en affirmant que le peuple rwandais possède la force de se libérer, mais que cette force reste trop dispersée entre de nombreuses organisations. Il a invité tous les Rwandais à s’unir au sein du mouvement “All for Rwanda”, afin de construire un Rwanda où chacun a le droit de vivre librement et d’éduquer ses enfants dans la dignité.
Intervention du Dr Charles Onana
Le Dr Charles Onana, bien qu’il ne réside pas dans la région des Grands Lacs, consacre une grande partie de ses écrits à cette zone et à ses drames humains. Il a d’ailleurs été lauréat du Prix Victoire Ingabire pour la Paix.
En cette journée de soutien et de solidarité avec les prisonniers politiques du Rwanda, le Dr Onana a tenu à exprimer une pensée profonde pour Madame Victoire Ingabire, Monsieur Déo Mushayidi, Aimable Karasira ainsi que pour tous les autres prisonniers d’opinion.
Il a rappelé qu’il connaît Victoire Ingabire et Déo Mushayidi depuis de nombreuses années et que leur absence lui pèse profondément. Il a regretté de ne pas pouvoir échanger avec eux sur les conditions difficiles dans lesquelles ils vivent, mais a tenu à leur adresser un message clair : ils ne sont pas oubliés.
Le Dr Charles Onana a souligné que ces femmes et ces hommes incarnent le courage, la dignité et le sens du sacrifice. Ils ont choisi de se battre pour la liberté et la justice, au prix de leur propre sécurité. Pour lui, leur engagement est un exemple pour tous ceux qui jouissent encore de la liberté de parole.
Il a rappelé que ceux qui sont libres ont le devoir moral d’utiliser leur voix pour soutenir ces prisonniers et ne pas les laisser sombrer dans l’oubli. Conscient de la dureté de leurs conditions de détention, il a insisté sur l’importance de leur témoigner une solidarité constante, afin qu’ils sachent qu’ils ne sont pas seuls.
Enfin, il a adressé un message d’encouragement et de fraternité : « Vous n’êtes pas seuls. Nous sommes là, derrière vous. Nous vous soutenons, nous pensons à vous et à vos familles, à tous ceux que vous aimez. »
Il a conclu en exprimant l’espoir de les revoir un jour libres, ajoutant simplement : « À bientôt, je l’espère. »
Intervention de Maître Valentin Akayezu, Juriste
Maître Valentin Akayezu a rendu hommage à Madame Victoire Ingabire ainsi qu’à Monsieur Déogratias Mushayidi, dont l’engagement indéfectible pour la liberté et la justice demeure une source d’inspiration malgré les épreuves traversées.
Il a également salué le courage des journalistes Cyuma Hassan et Théoneste Nsengimana, qui ont choisi la lumière plutôt que l’ombre, l’information plutôt que la propagande. Selon lui, leurs caméras sont devenues des armes de conscience.
Il a tenu à exprimer sa reconnaissance envers les influenceurs et youtubeurs tels que Yvonne Idamange Iryamugwiza, Rachid Hakuzimana, Aimable Karasira, ainsi que tant d’autres militants de la vérité. À tous, il a adressé ce message : « Votre voix compte, votre engagement nous oblige. »
Ces hommes et ces femmes, a-t-il poursuivi, ne sont pas de lointains héros, mais des éclaireurs d’un avenir possible. Ils nous rappellent que la démocratie se conquiert, que les libertés ne se négocient pas, mais se défendent, et que la vérité doit être proclamée.
Maître Akayezu a affirmé la solidarité indéfectible envers ces combattants de la justice et s’est engagé, au nom de tous, à porter leur voix là où elle est muselée.
Réflexion sur l’État de droit
Une question, a-t-il confié, le hante : « Qu’est-ce que l’État de droit ? »
Il a rappelé qu’on lui a enseigné qu’il s’agissait de l’application de la loi en vigueur. Pourtant, dans la pratique, les juges, avocats et agents judiciaires se retrouvent souvent prisonniers d’une fidélité à la lettre qui oublie l’esprit de la loi.
Même les régimes les plus autoritaires prétendent respecter la loi. Mais quelle loi ? Celle qui autorise la détention arbitraire, la censure, la persécution ? Ces États, selon lui, respectent des lois déshumanisantes, instrumentalisées et violentes, qui ne servent qu’à justifier l’injustice.
Il a interrogé la conscience collective : « Devons-nous nous soumettre à une justice tortionnaire qui humilie, qui écrase et nie la dignité humaine ? Peut-on imaginer une justice qui répare ? »
La manipulation du récit historique
Maître Akayezu a dénoncé la stratégie de manipulation des récits historiques. Au Rwanda, selon lui, la justice ne se contente pas de punir : elle réécrit l’histoire. Les procès des opposants politiques et des défenseurs des droits humains sont souvent fondés sur des récits falsifiés, construits pour justifier l’injustifiable.
Il a accusé le régime de Paul Kagame de juger non pas selon les faits, mais selon une histoire officielle verrouillée et sacralisée, utilisée comme arme politique. Cette histoire, a-t-il dit, condamne avant même que le procès ne commence, transforme les victimes en coupables, les résistants en traîtres, et les penseurs en criminels.
Face à cette situation, il a affirmé que le devoir des Rwandais est double : dénoncer les procédures iniques et démasquer les récits falsifiés, car la vérité historique est elle aussi un champ de bataille.
S’il est permis au mensonge de s’imposer dans les archives, les manuels scolaires et les verdicts, alors l’injustice s’enracinera dans les consciences. Les récits manipulés deviennent ainsi des armes de légitimation internationale, servant à justifier l’exclusion, la répression et les dérives judiciaires contre certains groupes.
Le danger d’une histoire unique
Selon Maître Akayezu, le régime de Paul Kagame a construit une façade de respectabilité internationale – faite de conférences, de partenariats et d’événements sportifs – qui dissimule des familles brisées, des voix étouffées et des récits falsifiés.
Le récit officiel du FPR réduit l’histoire du Rwanda à une version unique, où les Hutus sont collectivement coupables, où toute contestation est assimilée au négationnisme, et où toute mémoire alternative devient une menace.
Les conséquences sont graves : cette vision fragilise les communautés hutues, au Rwanda comme dans la diaspora, en les privant de leur droit à la mémoire, à la parole et à la dignité.
Pire encore, elle convainc la communauté internationale que les abus du régime sont légitimes, voire nécessaires pour maintenir la paix. C’est là, selon lui, le danger d’une seule histoire : une histoire qui détourne la justice de sa mission et transforme les abus en devoirs d’État.
Un appel à la vérité et à la mémoire partagée
Pour Maître Akayezu, les masques doivent tomber. Il a appelé la jeunesse rwandaise à se lever, à briser le silence, à parler de son identité, de son histoire et de sa douleur. C’est dans cette parole retrouvée, a-t-il dit, que commencera la véritable libération nationale.
Il a insisté sur la responsabilité collective de démasquer les mythes d’État et de rendre aux familles hutu et tutsi leur droit à l’histoire. Tant que le monopole narratif persistera, la justice restera une façade et la dignité, un privilège réservé. L’avenir du Rwanda dépendra de la capacité du peuple à refuser la peur, la passivité et l’histoire unique, pour construire ensemble une mémoire plurielle, une justice consciente et une liberté partagée.
En dénonçant les bavures judiciaires contre les prisonniers politiques rwandais, Maître Akayezu a rappelé qu’il ne s’agit pas seulement de contester des procédures, mais de rejeter une histoire falsifiée qui justifie l’injustice.
Il a appelé la communauté internationale à ne plus fermer les yeux devant une narration qui présente les bourreaux comme des bâtisseurs et les résistants comme des fauteurs de troubles.
Son discours s’est achevé sur un hommage vibrant : « Notre devoir est de raconter l’histoire de Victoire Ingabire, de Déogratias Mushayidi, de Cyuma, de Théoneste, d’Yvonne, de Rachid, d’Aimable, et de tous les Rwandais qui rêvent d’un pays libre, pluriel et juste. Nous refusons la fatalité juridique que l’on veut nous imposer, car lorsque la loi devient l’instrument de l’oppression, la légitimité revient au droit des peuples à résister.
Aujourd’hui, en rendant hommage à nos prisonniers, nous affirmons que la vérité ne meurt pas en prison : elle devient semence, et nous en sommes les semeurs. »
Allocution de Byansi Baker
Byansi Baker appelle les Rwandais à s’unir au-delà de leurs différences politiques ou idéologiques pour faire connaître au monde la véritable histoire du Rwanda.
Il accuse le régime de Paul Kagame de pratiquer une politique délibérée de division et de répression, soutenue par certains pays européens. Selon lui, ces divisions maintiennent le peuple rwandais dans la peur et empêchent l’unité nationale réelle.
Baker encourage les Rwandais de la diaspora à témoigner des crimes du régime devant les institutions européennes et à sensibiliser les citoyens européens, afin qu’ils cessent de soutenir un gouvernement qu’il qualifie de criminel. Il affirme que Kagame et son entourage ont pris le pays en otage, empêchant ceux qu’ils n’aiment pas d’y retourner.
Malgré les sacrifices que cela demande, il appelle à la résistance pacifique et collective pour restaurer la vérité, la justice et les droits fondamentaux du peuple rwandais.
Remy Amahirwa, fils de Victoire Ingabire
Rémy Amahirwa explique que c’est après avoir vu sur YouTube une interview de Denise Zaneza et Byansi Baker qu’il a trouvé la motivation de s’impliquer dans la lutte pour la liberté du Rwanda. Cette vidéo l’a poussé à mieux comprendre l’histoire et la réalité du pays, en lisant plusieurs livres sur le Rwanda dont entre autres Our Man Is Finished de David Himbara, Do Not Disturb de Michela Wrong et Modern Rwanda : A Political History. de Filip Reyntjens.
Il dit avoir compris que, depuis longtemps, les Rwandais qui vivent au pays survivent dans un système autoritaire où leurs droits ne sont pas respectés. Malgré cela, ils gardent une force silencieuse de résistance.
Rémy remercie tous ceux qui ont contribué aux commémorations d’Ingabire Day, et se souvient du courage de sa mère, Victoire Ingabire, partie au Rwanda en 2010 pour se présenter aux élections, consciente qu’elle risquait la prison ou la mort. Elle voulait défendre le droit des Rwandais à vivre libres et à s’exprimer sans peur.
Selon lui, le véritable problème du Rwanda n’est pas le conflit entre Hutu et Tutsi, mais le régime de Paul Kagame, qui a divisé le pays et ne pense qu’à sa propre génération. Rémy croit que le temps est venu pour une nouvelle génération – la jeunesse rwandaise – de prendre la relève et de construire un Rwanda libre et juste.
Il affirme que si la génération actuelle n’y parvient pas, la suivante réussira, car le changement est inévitable.
Enfin, il appelle les jeunes du Rwanda et de la diaspora à s’unir et à agir, convaincu que, tôt ou tard, ils parviendront à libérer leur pays : « Ensemble, nous pouvons y arriver. »
Discours de Monsieur Normand Nishimwe, Président de Jambo asbl
Monsieur Norman Ishimwe ouvre son discours en saluant l’assemblée et rappelle que ce soir nous sommes tous réunit pour honorer le courage, la dignité et la persévérance d’une femme exceptionnelle : Madame Victoire Ingabire Umuhoza.
Mais au-delà de sa personne, souligne-t-il, cette rencontre est aussi un moment de réflexion sur ce que son parcours révèle du Rwanda d’aujourd’hui, et sur le long chemin collectif qu’il reste à parcourir pour que le peuple rwandais retrouve enfin la liberté de penser, d’agir et de vivre sans peur dans son propre pays.
Monsieur Norman rappelle que lorsque Victoire Ingabire a quitté les Pays-Bas pour retourner au Rwanda, elle incarnait le rêve de nombreux réfugiés rwandais : celui de rentrer pour servir leur pays. Elle portait la conviction qu’un changement pacifique, fondé sur le dialogue, était possible. Pourtant, son emprisonnement a démontré que le verrou politique n’avait pas été levé.
Selon lui, la situation de Victoire Ingabire illustre encore aujourd’hui le dilemme de nombreux réfugiés rwandais : ils ne peuvent pas rentrer, car les conditions politiques nécessaires à un retour sûr et libre ne sont toujours pas réunies.
Le président de Jambo asbl a également tenu à exprimer sa solidarité envers les prisonniers politiques du 14 octobre, ainsi qu’envers toutes celles et ceux qui ont été arrêtés pour avoir simplement lu un livre, écrit un poème, chanté une chanson ou publié une vidéo sur YouTube. Qu’ils soient journalistes, artistes ou citoyens ordinaires, ils méritent, affirme-t-il, tout le soutien du peuple rwandais. Car là où le droit s’arrête, la peur gouverne. Ces hommes et ces femmes paient le prix d’avoir osé dire la vérité.
Monsieur Norman met aussi en garde contre le danger de la lassitude. Lors du premier emprisonnement de Victoire Ingabire, la mobilisation était forte, vibrante, pleine d’espoir. Aujourd’hui, constate-t-il, les réactions sont plus dispersées, plus timides ; les soutiens, plus rares.
Pour lui, c’est le signe que la peur s’est transformée en fatigue, et que la fatigue risque de devenir résignation. Il appelle chacun à ne pas laisser la normalisation de l’injustice endormir les consciences.
Au sein de Jambo asbl, rappelle-t-il, la conviction demeure que le courage de Victoire Ingabire ne relève pas seulement du symbole, mais d’une stratégie politique lucide. Elle a démontré que la stabilité du Rwanda ne doit pas se construire sur la peur, mais sur la justice, le dialogue et la reconnaissance mutuelle.
Monsieur Norman réaffirme la mission de Jambo : promouvoir les droits humains et encourager la cohabitation pacifique à travers un dialogue sincère entre Rwandais, où qu’ils se trouvent.
C’est dans cet esprit que Jambo asbl soutient la feuille de route proposée par Victoire Ingabire et Bernard Ntaganda, un cadre pragmatique de réforme, de réconciliation et de transition vers un Rwanda juste, stable et souverain.
Le président de Jambo souligne enfin que ce qui arrive aujourd’hui à Victoire Ingabire reflète le sort de nombreux compatriotes réfugiés : le démantèlement du camp de Kintélé, les massacres à l’est de la République Démocratique du Congo… Leur seul tort, dit-il, est d’exister hors du contrôle du pouvoir rwandais. Leur point commun avec Victoire : le refus de la peur.
En conclusion, Monsieur Norman rappelle que, même si personne ne peut aujourd’hui libérer Victoire de sa prison, il est possible – et nécessaire – de refuser qu’elle disparaisse du débat public. Il exhorte chacun à continuer de parler, à mobiliser, à témoigner, car l’oubli est la plus subtile des censures, et le silence des libres, la plus grande victoire des oppresseurs.
Discours de Madame Gakwaya, Présidente du RIFDP
Madame Gakwaya rappelle que ce soir on est réuni non seulement pour commémorer, mais aussi pour affirmer, avec courage et dignité, l’engagement envers une cause qui dépasse les frontières et les générations : la quête d’une véritable démocratie au Rwanda. Elle souligne qu’il s’agit d’une démocratie où chaque voix compte, où chaque vie a de la valeur, et où nul ne devrait être emprisonné pour avoir pensé autrement.
Madame Gakwaya évoque particulièrement Madame Victoire Ingabire Umuhoza, dont le nom et le parcours inspirent profondément en ce jour symbolique. Elle rappelle que Victoire Ingabire incarne la persévérance, la dignité et une voix inébranlable pour la justice. Son combat, précise-t-elle, n’est pas seulement celui d’une femme, mais celui d’un peuple tout entier, qui aspire à la liberté d’expression, au pluralisme politique et à la vérité historique.
La présidente du RIFDP rend également hommage à tous les prisonniers politiques et d’opinion au Rwanda – ces hommes et ces femmes souvent oubliés, qui continuent de souffrir en silence pour avoir simplement revendiqué le droit de penser, d’écrire, de parler et de rêver d’un Rwanda libre et juste. Elle rappelle aussi le souvenir des prisonniers d’octobre, détenus depuis déjà quatre ans, ainsi que de toutes les personnes injustement emprisonnées au Rwanda ou ailleurs et affirme qu’ils ne sont pas oubliés car nous restons leur voix. Elle annonce le thème de cette soirée pour cette année: « Au Rwanda, la démocratie, à quel prix ? »
Selon elle, cette interrogation douloureuse mais nécessaire doit interpeller chaque conscience. Le Rwanda présente au monde l’image d’un pays stable et prospère, mais, derrière cette façade, persistent les cicatrices profondes de la peur, du contrôle et du silence. Elle demande : à quel prix cette stabilité est-elle acquise ? À quel prix ce développement se construit-il lorsque les médias sont muselés, lorsque les opposants sont réduits au silence, lorsque la justice devient un instrument du pouvoir ? Peut-on encore parler de démocratie dans de telles conditions ?
Madame Gakwaya rappelle que la démocratie ne se mesure pas à l’ordre apparent, mais au respect des droits humains et se construit par la confiance. La présidente réaffirme la position du RIFDP, selon laquelle la paix durable ne peut exister sans justice, et la justice ne peut exister sans vérité ni liberté. Ce soir, le RIFDP se tient debout pour la vérité. Elle lance un appel à la solidarité et réaffirme l’engagement de son organisation à soutenir les prisonniers politiques, à défendre la liberté d’expression, le droit à la différence, et à promouvoir un dialogue sincère entre tous les Rwandais, quelles que soient leurs origines. Elle exprime l’espoir de construire, pas à pas, un avenir où la peur cédera la place à la confiance.
Enfin, Madame Gakwaya souhaite que cette soirée Ingabire Day ne soit pas seulement un moment de souvenir, mais un acte de foi en l’avenir, un engagement renouvelé pour la liberté. Elle conclut en rappelant qu’il faut continuer à parler, à témoigner et à agir, jusqu’à ce qu’aucun Rwandais ne soit plus emprisonné pour ses idées, jusqu’à ce que la liberté et la réconciliation remplacent la peur et le silence.
Conclusion
La soirée Ingabire Day 2025 s’est achevée dans une atmosphère d’émotion, de solidarité et d’espoir.
À travers les interventions riches et profondes de M. Srdja Popovic, du Dr Charles Onana, de Maître Valentin Akayezu, de M. Kayumba Placide, de M. Byansi Baker et de Rémy Amahirwa, un message clair s’est imposé : le combat pour la vérité, la justice et la liberté du peuple rwandais se poursuit, pacifiquement mais résolument.
Chacun, à sa manière, a rappelé que la pensée libre ne devrait jamais être un crime, que la mémoire des victimes et des prisonniers politiques demeure un devoir, et que l’unité du peuple rwandais est la clé d’un avenir démocratique. La jeunesse, portée par des voix comme celle de Rémy Amahirwa, incarne désormais l’espoir d’un renouveau fondé sur le courage, la non-violence et la dignité.
En clôture, Ingabire Day 2025 a réaffirmé son sens profond : faire vivre la flamme de la liberté et du courage citoyen, pour qu’un jour, le Rwanda retrouve sa voix, sa vérité et sa paix durable.
Vestine MUKANOHERI
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