Pourquoi les processus de Washington et de Doha sont condamnés à l’échec en RDC

Toute initiative visant à ramener la paix dans l’est de la RDC doit écouter les cris de souffrance des victimes civiles et innocentes de ce conflit, à savoir les réfugiés hutus rwandais et les communautés non tutsi du Nord et du Sud-Kivu, et intégrer leurs demandes dans les conditions de cette paix.

 

Situation fin 2025

 

Après le pied de nez de Paul Kagame au président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, alors qu’un « accord de paix » entre la RDC et le Rwanda venait à peine d’être signé le 4 décembre 2025 par les présidents Tshisekedi et Kagame sous l’égide de Donald Trump, le dictateur rwandais a relancé ses offensives à l’est de la RDC et a conquis d’autres territoires, dont la ville d’Uvira, chef-lieu intérimaire du Sud-Kivu. Tous les observateurs estiment que le processus de paix est au point mort dans l’est de la RDC.

 

Ceci d’autant plus que, avec cette violation du cessez-le-feu et ce déni de ses engagements, Paul Kagame a également bloqué le processus de Doha au Qatar, dans lequel ses supplétifs de l’AFC/M23 étaient en négociations avec le gouvernement de la RDC. En effet, le processus de Doha devait compléter celui de Washington. Si celui de Washington est foulé aux pieds par Paul Kagame, celui de Doha perd toute raison d’être.

 

Ainsi, la dynamique observée les mois précédents s’est essoufflée en fin d’année 2025.

En bref, les multiples accords signés entre la RDC et l’AFC/M23 n’ont pas réussi à faire taire les armes. Les processus de Washington et de Doha semblent moribonds, la guerre s’installe dans la durée et le président congolais Félix Tshisekedi n’a plus beaucoup de cartes en main pour reprendre l’avantage. Ceci est d’autant plus vrai que dans un conflit armé, c’est le rapport de force sur le terrain qui donne du poids aux discours et aux arguments diplomatiques lors des négociations.

 

Or, les FARDC sont peu performantes et inefficaces sur le champ de bataille ; leur seule tactique est le « repli stratégique » face à chaque offensive ennemie. Dans ces conditions, le gouvernement de Kinshasa ne peut pas se contenter de jouer la carte diplomatique pour gagner ou sortir la tête haute de cette guerre. Il doit méditer l’adage qui dit : « Le faible n’est pas le convive désiré à la table des forts. » « Le faible n’est pas le convive désiré à la table des forts. »

 

Face à ce constat, beaucoup se posent la question reprise dans le titre de cet article : « Comment sauver les processus de Washington et de Doha ? »

 

La réponse est pourtant facile à trouver et les analystes sont unanimes pour la proclamer : « en associant les victimes civiles de cette guerre et en écoutant leur voix ».

 

Nouvelle donne

Le rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo (fin 2025).

 

Le message principal de ce rapport peut se résumer ainsi :

« Les populations civiles hutu, réfugiés rwandais et communautés congolaises, figurent parmi les principales victimes du conflit, exposées à des violences répétées, à des déplacements forcés, à la destruction de leurs moyens de subsistance et à une insécurité chronique. »

 

La voix des réfugiés hutus de la RDC, principales victimes des troupes rwandaises qui ont envahi ce pays, doit désormais être entendue.

 

Il apparaît nécessaire que la dynamique ouverte à Washington intègre plus explicitement la situation des populations civiles affectées, en particulier celle des réfugiés rwandais hutus et des communautés congolaises hutus, comme un enjeu humanitaire et politique central.

 

À la lecture de ce rapport, une association à but non lucratif (ALL FOR RWANDA) ayant pour objectif de parler au nom des réfugiés hutus rwandais en RDC et de défendre leurs droits légitimes de « réfugiés » reconnus, a publié le 8 janvier 2026 un communiqué de presse interpellant et constructif à ce sujet.

 

Recommandations de « ALL FOR RWANDA » asbl.

 

Avant de diffuser les recommandations de cette association sur ce sujet, nous répondrons à ceux qui se demanderaient « Qu’est-ce que ALL FOR RWANDA et quels sont ses origines et ses objectifs ? ».

 

Comme indiqué dans le communiqué annonçant son lancement le 1er mars 2023, un groupe d’activistes rwandais répartis dans le monde entier a lancé un appel à la mobilisation générale pour soutenir, défendre et œuvrer en faveur du retour digne des réfugiés rwandais se trouvant à l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

 

En réponse à cet appel, des organisations de la société civile et des partis politiques d’opposition ont apporté leur soutien à cette initiative. Ils ont décidé de mettre en œuvre leurs ressources pour résoudre la problématique des réfugiés rwandais, qui seraient plus de 245 000 en RDC selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

 

Après avoir consulté un grand nombre de personnes et d’organisations ayant apporté leur soutien, il a été décidé de lancer un mouvement pour porter cette mobilisation citoyenne en faveur des réfugiés rwandais.

 

Ce mouvement, dénommé « ALL FOR RWANDA », revendique le fait que le Rwanda doit être une maison commune pour tous les Rwandais, et que le pays doit rompre avec la culture de l’exclusion systématique de ses propres citoyens, qui se retrouvent alors apatrides et réfugiés.

 

ALL FOR RWANDA se veut large et inclusif, et rassemble toutes les ressources disponibles pour soutenir, défendre et faire entendre la voix des réfugiés.

 

Ses recommandations, après le constat :

“1. Intégrer formellement la situation des réfugiés rwandais hutu civils dans les mécanismes de suivi de l’Accord de Washington,[…].

 2. Assurer l’application effective et sans délai du régime de sanctions existant du Conseil de sécurité des Nations Unies relatif à la République démocratique du Congo,[…].

 3. Demander au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) de cesser toute pratique ou tout soutien pouvant s’apparenter à des retours forcés ou contraints de réfugiés rwandais depuis la République démocratique du Congo vers le Rwanda,[…].

 4. Mettre en place un mécanisme structuré et consultatif avec des représentants des réfugiés rwandais, chargé de travailler sur :

* les préoccupations politiques, juridiques et sécuritaires qui entravent leur retour ;

*les conditions d’un retour massif, volontaire, sûr et digne, fondé sur des garanties crédibles.

 5. Déployer une assistance humanitaire spécifique et ciblée en faveur des réfugiés rwandais hutu civils et des communautés congolaises hutu civiles affectées.’’

 

Une occasion à saisir pour venir en aide à ces populations martyres de l’est de la RDC et de la région.

 

Le gouvernement de la RDC devrait prendre conscience qu’il est en guerre, une guerre imposée par le Rwanda de Paul Kagame. Et qu’en cas de conflit armé, malgré le droit et les bons arguments diplomatiques, lors de négociations pour mettre fin à une guerre, « le faible n’est pas le convive désiré à la table des forts ». Les FARDC devraient donc être plus performantes, efficaces, et donc plus fortes sur le terrain qu’elles ne le sont actuellement.

 

Les politiciens congolais, surtout ceux qui ne jurent que par le « dialogue inclusif », devraient comprendre que celui-ci vise à mettre fin à la guerre imposée à la RDC par Paul Kagame, sous couvert du M23, pour la balkaniser et s’emparer de sa partie est, un projet téléguidé par Paul Kagame. Si, après l’échec du processus de Doha, marqué par des impositions favorables à Kigali, la RDC choisit la voie de la souveraineté en envisageant ce dialogue, c’est pour « le congoliser » mais en écartant toute ingérence étrangère. Ce ne doit surtout pas être l’occasion rêvée de réaliser le fameux « partage du pouvoir » entre les élus et les non-élus, comme le prêchent et l’exigent des instances religieuses influentes telles que la CENCO et l’ECC. Il ne doit surtout pas servir à assurer l’impunité aux criminels de guerre par des amnisties ou à récompenser les groupes armés terroristes par des brassages avec les FARDC, ce qui serait un appel aux politiciens sans idées et aux jeunes désœuvrés à créer des groupes armés.

 

La Société civile du Nord et du Sud Kivu, qui est témoin des victimes civiles de cette guerre que sont les réfugiés hutus rwandais, mais qui sont l’objet d’accusations en miroir de la part des troupes d’invasion de Paul Kagame, devrait continuer à ouvrir les yeux des décideurs de la communauté internationale en leur faisant comprendre qu’aucun processus visant à ramener la paix durable dans la région n’aboutira efficacement sans tenir compte des doléances légitimes et existentielles des réfugiés hutus rwandais survivant à l’est de la RDC depuis des décennies, comme le suggère All for Rwanda.

 

L’opposition au régime dictatorial de Paul Kagame : Quelles que soient les tendances et les appartenances ethniques (Hutu ou Tutsi), les opposants à la dictature de Paul Kagame devraient tous intégrer les droits des réfugiés hutus en RDC depuis 1994 dans leurs revendications, afin de pouvoir vivre en paix et en sécurité dans ce pays d’exil, en attendant de pouvoir rentrer dignement dans leur pays, avec des garanties pour leur sécurité au Rwanda.

 

Les médiateurs et facilitateurs dans ce conflit :

 

* Washington et Doha

Même en restant réaliste et pragmatique, on ne peut pas exiger de l’administration actuelle de Trump, en poste depuis un an, qu’elle aille à l’encontre des puissants lobbies pro-Kagame opérant aux États-Unis depuis des décennies et influençant toute décision du gouvernement, pour qu’elle prenne de sévères sanctions contre le régime dictatorial de Paul Kagame pour ses violations du droit international et ses crimes contre l’humanité au Rwanda, en RDC et dans la région, et surtout pour son mépris des processus de paix, comme celui de Washington.  On devrait quand même demander à Washington d’écouter la voix des principales victimes de Paul Kagame : les réfugiés hutus rwandais de la RDC.

 

Il en va de même pour le Qatar, qui ne peut pas être invité à rompre ou à perdre ses investissements au Rwanda, où il est actionnaire majoritaire de RwandAir et propriétaire du plus grand aéroport de la région, en construction à 40 km de Kigali, dans la région de Bugesera.

 

De plus, le Qatar est un « paradis fiscal » qui accueille dans ses banques la fortune de Paul Kagame et de sa famille, qui se chiffre en centaines de milliards de dollars, car Kagame est devenu l’un des hommes les plus riches d’Afrique et du monde. Il faut toutefois rappeler à cet émirat arabe du Moyen-Orient qu’il peut certes profiter du régime dictatorial de Paul Kagame pour mettre la main sur le Rwanda, étendre son influence sur la région, etc., mais qu’il ne doit pas oublier que les victimes de ce régime sont issues d’un peuple rwandais qui survivra à Paul Kagame.

 

Les premières victimes du régime de Kagame sont les réfugiés hutus rwandais en RDC.  Dans le processus qu’il pilote pour ramener la paix à l’est de la RDC, processus complémentaire à celui de Washington, le Qatar devrait écouter la voix des réfugiés hutus rwandais de l’est de la RDC, à travers leurs représentants, et intégrer leurs doléances à toute solution, comme le propose ALL FOR RWANDA.

 

          * Union africaine avec ses facilitateurs.

Les facilitateurs de l’Union africaine dans ce conflit sont actuellement l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta et l’ex-président botswanais Mokgweetsi Masisi. Il y a également l’ancienne présidente centrafricaine Catherine Samba-Panza et l’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde. Ils sont si disparates et ont des intérêts si divergents par rapport au Rwanda de Paul Kagame, pays agresseur, et à la RDC, pays agressé, qu’ils ont du mal à prendre ou à proposer des décisions neutres et donc crédibles. On n’attend donc pas grand-chose d’eux.

 

Même si la voix de l’Union africaine et son rôle sont insignifiants dans la résolution des crises et des conflits armés entre les États membres, Luanda apparaît actuellement comme la nouvelle plaque tournante des efforts de paix pour la RDC, après les résultats jugés mitigés de Washington et de Doha. En effet, le président angolais João Lourenço a joué le rôle de médiateur régional et est actuellement président en exercice de l’Union africaine. Il devrait donc être approché afin qu’il intègre à sa feuille de route pour restaurer la paix dans l’est de la RDC l’exigence que les réfugiés hutus rwandais en RDC soient également écoutés et que leurs doléances soient prises en compte dans les solutions possibles.

 

Responsabilités du HCR

Le HCR est un organe de l’ONU qui est plus que jamais un « machin », pour reprendre les mots du général de Gaulle, car l’ONU ne sert plus à rien, pas même comme « autorité morale », et les principes inscrits dans sa Charte sont rejetés ou bafoués par la puissance qui l’héberge à New York, sans qu’elle puisse y faire quoi que ce soit. On peut la comprendre, car l’ONU et son Conseil de sécurité, dans lequel la première puissance du monde détient le droit de veto, ne peuvent s’opposer au président des États-Unis d’Amérique quand il veut redessiner la carte du monde ou substituer ses caprices aux règles du droit international classique.

 

Mais dans le cas des réfugiés hutus ayant trouvé refuge en RDC, le HCR peut tout de même, sans contredire le locataire de la Maison Blanche et donc sans risque de se voir couper les vivres, traiter ces réfugiés comme les autres réfugiés du monde dont il a la charge, notamment en ne les rapatriant pas vers le pays qu’ils ont fui, en leur venant en aide dans les camps où ils sont abandonnés et en les associant à toute initiative visant à résoudre la question des réfugiés rwandais, en leur donnant la parole pour qu’ils puissent donner leur avis, comme le demande ALL FOR RWANDA.

 

Nous adressons nos vives félicitations à ALL FOR RWANDA asbl pour son engagement bénévole à faire entendre les cris d’alarme des réfugiés hutus rwandais et des autres populations de l’est de la RDC à tous ceux qui sont engagés dans les processus visant à ramener la paix dans cette région.

 

La communauté internationale se doit d’écouter sa voix et d’associer les victimes de ce conflit, principalement les réfugiés hutus rwandais en RDC, à la recherche de solutions pour y mettre fin.

 

Emmanuel Neretse

 

 

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