Liberté d’expression au Rwanda : la mécanique de la répression
- Introduction
À y regarder de plus près, on constate que le secret pour vivre au Rwanda est de se taire et de ne pas exprimer ses opinions. Nombreux sont ceux qui ont adopté ce secret, car toute critique du gouvernement peut mener à la prison, voire à la mort.
C’est dans ce contexte que de nombreux journalistes sont harcelés, certains emprisonnés, d’autres disparaissent. Ce déni de la liberté d’expression a pour conséquence de réduire au silence ou d’emprisonner les opposants politiques. Poursuivons sur ce sujet : au Rwanda, tous les médias encensent le gouvernement en place ; de nombreux partis devraient qualifier les partis d’opposition de complices du FPR, car ils doivent éviter de critiquer la direction dictatoriale de ce parti au pouvoir.
Pour empêcher toute critique des injustices commises dans le pays, le régime du FPR a mis en œuvre des lois répressives, comme celle qui interdit et punit l’idéologie génocidaire. Ces lois visent à empêcher les gens d’exprimer leurs opinions sur les injustices commises par le FPR, qui favorise la discrimination entre les composantes de la société rwandaise.
Mme Ingabire Victoire, figure emblématique de la lutte pour la démocratie au Rwanda, est souvent accusée de critiquer le gouvernement de Kagame pour son oppression de la majorité et sa répression des idées démocratiques. Mme Ingabire Umuhoza Victoire, connue pour être une victime des militants pro-démocratie, affirme régulièrement qu’il n’y a pas de place au Rwanda pour les partis d’opposition au gouvernement du FPR.
- Lois régissant la liberté d’expression
La liberté d’expression est consacrée par le droit international et reconnue par le droit national dans de nombreuses constitutions de différents pays. La Convention internationale relative aux droits civils et politiques, adoptée le 16 décembre 1966 par la résolution 2200 A (XXI) de l’Assemblée générale des Nations Unies, stipule dans son article 19, paragraphe 1, que toute personne a le droit d’avoir des opinions sans ingérence.
Ce même article stipule également que toute personne a le droit à la liberté d’expression. Il précise que ce droit comprend la liberté de rechercher et de recevoir des informations et des idées de toute nature, oralement, par écrit ou sous forme imprimée, artistique ou par tout autre moyen d’expression de son choix. Toutefois, cette section de la Convention consacre certaines restrictions à la liberté d’expression : a) pour le respect des droits ou de la réputation d’autrui ; b) pour la protection de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la santé publique ou de la moralité publique.
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948) précise dans son article 19 que toute personne a droit à la liberté d’opinion et d’expression. Ceci implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinion et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération des frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.
Le droit d’expression est un droit fondamental sur le continent européen. Il est consacré par l’article 11 de la Charte des droits fondamentaux et l’article 10 de la convention européenne des droits de l’homme. Ce droit garantit la liberté d’opinion et d’expression d’informations sans ingérence.
Ce droit d’expression est le fondement des partis d’opposition. Sur le continent européen le droit d’expression est la base sommaire du journalisme libre et indépendant car il protège la presse et les médias comme principes de base de la démocratie. Bien que ce droit soit limité pour des raisons constitutionnellement légitimes fondées sur le respect des droits des autres et leur réputation, sa protection est farouchement sauvegardée par d’autres lois qui tendent à le concilier avec la lutte contre la désinformation, les discours et des publications remplis de haine et qui peuvent diviser la société.
La liberté d’expression est garantie par la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, principalement dans son Article 9, qui protège le droit de chercher, recevoir et répandre des informations et des idées, sans distinction de frontières. Ce droit fondamental inclut la liberté d’opinion et protège contre l’ingérence illégale, bien qu’il puisse être soumis à des restrictions légalement établies pour des raisons du respect des droits des autres ou la réputation d’autrui. Ce droit peut être restreint pour des raisons de la protection de l’ordre public.
L’internet est devenu l’objet majeur qui est débattu en rapport avec la liberté d’expression; il ouvre la voie de limitation de rechercher et de répandre des informations dans les pays dictatoriaux comme le Rwanda.
Le droit à la vie privée est un droit fondamental protégeant l’intimité d’une personne, son domicile, sa famille et sa correspondance, contre les intrusions extérieures. Le droit à la liberté d’expression confère à chacun le droit inaliénable de ne pas être écouté à son insu lors de ses conversations téléphoniques, le droit à ce que son courrier reste non ouvert par les services de sécurité, et le droit à ce que ses courriels et messages WhatsApp ne soient pas accessibles sans autorisation judiciaire.
Chacun a le droit d’être informé et de rechercher des informations par tous les moyens. Par conséquent, nul ne devrait être emprisonné pour avoir écouté les chansons de Bikindi ou pour avoir lu des opinions de membres de partis dissidents résidant à l’étranger.
De nombreux journalistes ont été emprisonnés pour les informations qu’ils publient. Cyuma Hassan en est un exemple. Cela illustre les difficultés de la vie au Rwanda, où la liberté d’expression est souvent bafouée. Sur le plan juridique, une loi relative au génocide a été promulguée, interdisant toute expression d’opinion sur les massacres que le FPR a commis contre les Hutus. De ce fait, cette loi empêche toute recherche visant à publier le nombre de Tutsis et de Hutus morts lors du génocide.
Bien que la liberté d’expression soit fermement garantie dans les constitutions de divers États, elle est clairement soumise aux limitations liées aux droits d’autrui. Dans ce contexte, la liberté d’expression est restreinte par le droit de chacun à ne pas être diffamé ou insulté. Quiconque profère des insultes ou des diffamations envers autrui est passible de poursuites pénales. Tout propos excessif ou toute fausse information, communiqués verbalement, par écrit, par image ou par toute autre manière, qui portent atteinte aux droits d’autrui, sont punissables. Par conséquent, chacun est responsable de ses opinions et pensées, dans la mesure où elles sont de nature ad hominem (attaque personnelle).
Le droit à la liberté d’expression est limité par le fait de déformer ou d’exagérer délibérément les idées d’autrui, de le discréditer ou simplement altérer ses opinions initiales. Les propos haineux sont punis par de nombreux textes de loi. Ainsi, la liberté de la presse est soumise à cette limitation dans la mesure où les propriétaires des maisons d’édition, des radios et des télévisions doivent veiller à ce que les idées exprimées par leurs médias ne véhiculent aucun message incitant à la haine fondée sur l’appartenance ethnique, la région, la race, l’affiliation politique, etc.
Les articles 163 et 164 du code pénal rwandais punissent tout discours pouvant être interprété comme une incitation à la haine. La loi sur l’idéologie du génocide est une loi spécifique qui restreint la liberté d’expression au Rwanda. Cette loi est instrumentalisée politiquement au point de cibler les dissidents des partis d’opposition qui évoquent, de quelque manière que ce soit, les crimes commis par des soldats du FPR contre les Hutus.
- Liberté de presse et vie privée au Rwanda
Au Rwanda, la liberté de la presse, écrite ou orale, est gravement menacée et la liberté d’expression y est étouffée. Dans les pays démocratiques, le journalisme est le cinquième pouvoir, après l’exécutif, le législatif, le judiciaire et les défenseurs des droits humains. Il constitue donc une arme puissante, utilisée pour critiquer les gouvernements et influencer leurs décisions.
L’article 34 de la Constitution rwandaise reconnaît la liberté de la presse et l’article 38 stipule clairement que la liberté d’expression est garantie dans le pays. La loi sur les médias, telle que modifiée, protège efficacement les journalistes dans leur recherche d’informations et leur diffusion sous toutes ses formes. Cependant, la loi sur l’idéologie du génocide et la loi de 2018 sur les cybercafés les empêchent souvent d’exercer librement leur métier.
Au Rwanda, le droit de diffuser des informations exactes, même lorsqu’elles contredisent les intérêts du FPR, est soumis à un contrôle excessif de la part du parti au pouvoir. La population vit dans la crainte de lire ou d’écouter certaines informations. La loi sur l’idéologie du génocide a privé les citoyens de leur capacité à s’exprimer librement.
Pour survivre au Rwanda, le silence est de rigueur, car exprimer son opinion sur la politique gouvernementale peut mener en prison. Les médias sont strictement contrôlés et les forces de sécurité écoutent illégalement les conversations téléphoniques sans autorisation judiciaire. Les agents de sécurité ouvrent les boîtes mail et autres moyens de communication des citoyens sans leur consentement. Cette violation de la vie privée démontre que la liberté d’expression est menacée.
Les citoyens sont soumis à une surveillance gouvernementale stricte via Pegasus. Dans ce contexte, la vie privée est infiltrée par les agents du gouvernement qui contrôlent les conversations téléphoniques, les courriels, les messages WhatsApp, etc. Le droit à la vie privée est ainsi gravement bafoué.
Au Rwanda, de nombreux journalistes ont été arrêtés et d’autres tués en raison de leur travail. Williams John Ntwali, fondateur de la chaîne d’information PAX TV-IREME News et rédacteur en chef du journal Independent, a été assassiné en 2023. Les enquêteurs de police ont donné des versions contradictoires quant aux circonstances de sa mort, affirmant initialement qu’il était décédé dans un accident de la route. Ntwali était une épine dans le pied du gouvernement rwandais, car il n’a jamais cessé de critiquer sa politique; souvent il était victime d’intimidations à cause de ses articles et il exprimait constamment des craintes pour sa sécurité.
Un journaliste du nom de Cyuma Hassan, également connu sous le nom de Niyonsenga Dieudonnée a été arrêté et torturé en prison. Accusé d’entrave aux travaux publics pour ses publications sur la Covid-19, il a été reconnu coupable et purge actuellement une peine d’emprisonnement. Cyuma était à l’avant-garde du journalisme rwandais, dénonçant la désinformation du gouvernement face à la pandémie.
Au Rwanda, la liberté de la presse est de facto restreinte par les agents du FPR qui harcèlent les journalistes et contrôlent leurs publications régulières via Pegasus. Les journalistes sont en danger de mort et doivent faire preuve de la plus grande prudence lorsqu’ils critiquent le gouvernement du FPR. Nombre d’entre eux ont décidé de quitter le pays et de s’installer en exil.
- Liberté d’expression et partis politiques d’opposition au Rwanda
Les principaux leaders de l’opposition politique sont victimes de terreur et d’intimidation. Ils ne sont pas libres d’exprimer leurs opinions sur les politiques et les décisions du gouvernement. L’exemple de Mme Ingabire Victoire, fondatrice de FDU-Inkingi avant de créer Umurinzi, est particulièrement frappant. Après près de vingt ans d’exil aux Pays-Bas, elle est rentrée au Rwanda pour se présenter à l’élection présidentielle de 2010. Ce droit lui a été refusé, car elle a été poursuivie et condamnée pour des motifs politiques, dans une véritable parodie de justice. Il convient de rappeler que la Cour africaine de justice d’Arusha, en Tanzanie, l’a déclarée innocente et a recommandé sa libération, mais les autorités rwandaises ont fait la sourde oreille et prolongé sa détention.
Récemment, elle a été de nouveau arrêtée et détenue pour des raisons politiques. La communauté internationale, notamment le Parlement européen, a recommandé sa libération immédiate et sans condition, mais le régime dictatorial de Kigali persiste dans ses erreurs délibérées. Cela démontre clairement qu’il n’existe aucun espace politique pour l’opposition au Rwanda.
Tous les politiciens doivent suivre la ligne du FPR sans écouter ceux qui pourraient avoir des opinions divergentes.
Par ailleurs, appartenir à un parti d’opposition au Rwanda est dangereux. Tous les employés du secteur public doivent verser des cotisations au FPR, prélevées sur leurs salaires. Ces cotisations servent à aliment les caisses destinées à financer le M23/RDF et à poursuivre sa longue guerre au Congo.
Les citoyens doivent prêter allégeance au FPR ; ils n’ont pas le choix et ne peuvent pas se plaindre publiquement. De nombreux partisans de Madame Ingabire Victoire ont été harcelés et détenus arbitrairement ; le gouvernement invente les crimes qu’il leur impute et ils sont finalement condamnés.
De nombreux partis d’opposition sont en réalité manipulés par le FPR et ne sont plus indépendants. Des partis comme le PL et le MDR sont constamment perturbés car certains de leurs dirigeants refusent d’être des agents du FPR au sein de leurs formations politiques. De nombreux politiciens qui ont refusé de se soumettre au FPR dans leurs partis ont décidé de fuir le pays ou ont été victimes d’intimidations et de harcèlement.
- Liberté d’expression et la loi sur l’idéologie de génocide au Rwanda
La loi sur l’idéologie du génocide est un prétexte utilisé par le gouvernement pour punir durement et impitoyablement ceux qui osent parler de la vérité sur la guerre de 1990-1994. Cette loi cible les personnes qui expriment des opinions, les qualifiant de révisionnistes ou de négationnistes du génocide perpétré contre les Tutsis.
Ainsi, personne n’ose évoquer la possibilité de deux génocides, l’un contre les Tutsis et l’autre contre les Hutus. Cela empêche les Hutus d’exprimer leurs opinions sur leurs proches tués par les soldats du FPR. De ce fait, la loi sur l’idéologie du génocide est ethniquement orientée et favorise une clique, qui instrumentalise le terme « génocide » pour s’enrichir, réduire au silence et opprimer les Hutus.
Au Rwanda, il est impossible de parler d’ethnicité ; les autorités répandent des mensonges en affirmant qu’il n’existe aucun groupe ethnique dans le pays. Toute référence aux termes « Hutu », « Twa » ou « Tutsi » constitue une infraction au regard de cette loi.
Agnes Uwimana Nkusi, journaliste rwandaise, a été arrêtée et accusée de minimiser le génocide. Elle a été condamnée en vertu de la loi relative à l’idéologie du génocide. Saidati Mukakibibi a également été condamnée dans la même affaire. Ces deux femmes avaient courageusement publié des articles révélant la vérité sur le génocide au Rwanda et les attitudes de la population face à sa commémoration.
De nombreux enseignants et élèves ont été arrêtés en vertu de cette même loi. Dans ce contexte, les enseignants ne peuvent plus s’exprimer librement en classe, notamment lors de cours d’histoire ou d’éducation civique, car la simple mention de trois groupes ethniques peut les conduire en prison. Ils doivent donc être prudents, car un élève pourrait les accuser d’avoir utilisé un langage qui ravive le souvenir du massacre de ses proches.
- Conclusion
L’homme possède une capacité naturelle de parler. La parole est donc une faculté naturelle qui est indissociable de sa dignité humaine. Respecter quelqu’un inclut le fait de lui permettre d’exprimer sa pensée, l’empêcher de dire ce qu’il pense revient à se croire supérieur, à l’empêcher de corriger ou même de commenter vos idées.
La liberté d’expression est un critère essentiel du processus de démocratisation, un élément clé pour déterminer si une société est démocratique ou autoritaire. Ainsi, la liberté d’expression est un indicateur d’émancipation dans le domaine de la presse qui constitue un puissant outil de contrôle du pouvoir lorsqu’il est instrumentalisé par certains individus à des fins égoïstes.
Le FPR empêche les Rwandais d’exprimer librement leurs idées afin de dissimuler la vérité sur certaines actions qui révèlent sa véritable nature. Le FPR restreint la liberté de la presse car il craint que des médias libres ne dénoncent sa mauvaise gestion des deniers publics.
Les politiciens membres des partis d’opposition constituent un obstacle au pouvoir du FPR. Le FPR doit les intimider afin de les empêcher d’exercer leur liberté d’expression, qui pourrait leur permettre de dénoncer les actes odieux et oppressifs que ce parti politique commet contre les citoyens.
La liberté d’expression est un rêve au Rwanda, où les citoyens vivent sous la terreur du FPR. Ils sont contraints d’adhérer au programme politique du FPR qui ne tolère pas la moindre critique. Il est impossible d’exprimer une opinion qui remette en cause les décisions des dirigeants. Ce travail de critique le Gouvernement devrait être la principale mission des journalistes et des politiciens de l’opposition, mais ils sont harcelés, intimidés, arrêtés, tués ou détenus.
Concluons notre réflexion sur la liberté d’expression au Rwanda. La liberté d’opinion n’existe pas au Rwanda ; elle est restreinte par les agents du FPR qui contrôlent toute personne tentant d’exprimer ses idées mettant en cause la gouvernance du pays. Il est intolérable de parler de discrimination ethnique ou des massacres perpétrés par le FPR. La liberté de la presse est bafouée par le parti dictatorial au pouvoir. Les partis d’opposition n’ont aucun espace pour exprimer démocratiquement leurs opinions sur la mauvaise gestion des affaires publiques. Vivre au Rwanda sous le régime du FPR sans danger de mort, c’est se taire.
Athanase Dushimirimana
23/01/2026
Vous pourriez être intéressé(e)

Kagame est il aux abois ? Après les sanctions américaines, Kigali cherche des boucs émissaires et lance une campagne contre Jean-Luc Habyarimana
Jean-Luc Habyarimana - 7 mars 2026Dans un discours prononcé devant le corps diplomatique à Kigali le 6 mars 2026, le président Paul Kagame s'en est pris à Jean-Luc Habyarimana, fils de l'ancien président…

SITREP du 6 mars 2026 : Washington durcit le ton, la guerre continue
Emmanuel Neretse - 7 mars 2026Le terme « Sitrep » (abréviation de Situation Report) désigne un rapport de situation concis, standardisé et régulier, souvent quotidien en temps de guerre, utilisé dans le…

Genève-Aéroport : un journaliste doctorant en retour de son voyage de recherche en Afrique arrêté et tabassé
Tharcisse Semana - 6 mars 2026Un journaliste réfugié rwandais, Tharcisse Semana, doctorant à l’Université de Lausanne, en retour de son voyage de recherche en Afrique, a été arrêté, dimanche 15 février 2026,…
Les plus populaires de cette catégorie


Bruxelles célèbre la démocratie : le Prix Victoire Ingabire face aux vents contraires
Vestine Mukanoheri - 2 mars 2026
Guerre à l’Est de la RDC : la “solution africaine” ou le grand partage sans vainqueur ni vaincu ?
Emmanuel Neretse - 28 février 2026




















![Paul Kagame a fait main basse sur le commerce juteux de la friperie et sur la culture et la vente du cannabis [Série 8]](http://www.echosdafrique.com/wp-content/uploads/2021/07/cannabis-Kagme_Marijuana-250x161.jpg)












