Kagame réhabilité ? Quand pétrole, diplomatie et guerre rebattent les cartes dans les Grands Lacs

Le retour diplomatique de Paul Kagame sur la scène internationale interroge. Alors que des sanctions visant l’armée rwandaise semblaient fragiliser Kigali, des intérêts énergétiques, sécuritaires et stratégiques auraient rapidement rebattu les cartes. Entre mégaprojets gaziers au Mozambique, rivalités d’influence occidentales et guerre persistante dans l’est de la RDC, cette nouvelle dynamique pourrait redessiner les équilibres géopolitiques de toute la région des Grands Lacs.

 

Introduction

 

Dans son édition du 22 mai 2026, Africa Intelligence, un quotidien d’informations en français et en anglais publié à Paris par la société de presse indépendante Indigo Publications, a annoncé que les États-Unis avaient suspendu les sanctions qu’ils avaient prises contre l’armée rwandaise de Paul Kagame pour la guerre meurtrière qu’il mène à l’est de la RDC, où il commet des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, ainsi que des pillages constituant des crimes économiques.

 

Selon ce média, et comme le confirment les sociétés pétrolières elles-mêmes, TotalEnergies (France) et ExxonMobil (États-Unis) ont obtenu une dérogation pour coopérer avec les forces de Paul Kagame, président du Rwanda. Pourtant, la RDF était sous sanctions de l’OFAC (Office of Foreign Assets Control) dépendant du département du Trésor américain depuis mars 2026.

 

Grâce à cette dérogation, la RDF de Kagame pourra intervenir et opérer sans difficulté au Mozambique, en Centrafrique, au Soudan, et partout ailleurs où cela est rentable économiquement, sans état d’âme.

 

L’administration Trump, par l’intermédiaire de l’OFAC, vient donc d’accorder une exemption à ExxonMobil et TotalEnergie, sous prétexte qu’ils bénéficient de la protection de l’armée de Paul Kagame à Cabo Delgado, au Mozambique. Les deux géants de l’industrie pétrolière opérant au Mozambique affirment qu’ils ne pourraient pas assurer la sécurité de leurs mégaprojets gaziers sans les 5 000 soldats rwandais déployés dans la région depuis 2021. Ces sociétés estiment que les armées mozambicaines sont incapables de prendre la relève des Rwandais.

 

Ces arguments ont donc été entendus par l’administration américaine, qui lève ses sanctions contre l’armée de Paul Kagame, à la grande satisfaction de ce dernier, car il en tire deux avantages :

1) D’abord, il pourra continuer à vendre ses mercenaires, constituant ses troupes, à ces sociétés et donc à gagner des millions.

2) Ensuite, et surtout, comme il l’exigeait en contrepartie, il va obtenir le soutien de ces multinationales dans la guerre qu’il mène à l’est de la RDC, que cela plaise ou non aux États-Unis, qui sont « médiateurs ».

 

Cadre et contexte

 

Avec l’implication des États-Unis dans le conflit de l’est de la RDC en tant que « médiateur » pour y mettre fin, certaines puissances ont senti leur perte d’influence en Afrique s’accélérer. Avec les sanctions qui frappaient l’armée de Paul Kagame, ces puissances ont voulu s’attirer les services de ce dernier, désormais fragilisé, afin de regagner de l’influence dans des pays où le dictateur rwandais fait la loi, ayant déployé ses troupes pour assurer la sécurité rapprochée des dirigeants ou permettre l’exploitation des minéraux rares, précieux ou stratégiques sans contrainte.

 

C’est ainsi qu’on a vu la France de Macron, pour compenser la perte d’influence dans son ancien pré-carré de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel, s’appuyer sur le Rwandais anglophone Paul Kagame pour vendre une nouvelle image de la France dans des pays anglophones, notamment en Afrique de l’Est, où Kagame est chez lui. C’est dans ce contexte qu’il faut placer le sommet France-Afrique dit « Africa Forward » qui s’est tenu à Nairobi, au Kenya, les 11 et 12 mai 2026.

 

En contrepartie, Emmanuel Macron s’est engagé à tout mettre en œuvre pour, si ce n’est faire annuler, du moins atténuer les effets des sanctions américaines qui frappaient l’armée de Paul Kagame sur le régime dictatorial du Rwanda.

 

Acteurs actifs en géopolitique régionale

 

Les activités relatives à la marche du monde en ce qui concerne l’Afrique sont les suivantes :

– les tentatives pour mettre fin aux conflits inévitables ;

– les efforts pour faire respecter les règles du droit international, pour que chaque acteur assume ses responsabilités et les conséquences de ses actes ;

– mais aussi placer ses intérêts en tant qu’État devant toute autre chose, et pour cela, être prêt à nouer des alliances qui peuvent paraître contre-nature ou immorales. Bref, la Realpolitik !

 

En ce qui concerne la guerre à l’est de la RDC et le cas de Paul Kagame, le président rwandais qui l’a déclenchée et la mène, certains acteurs paraissent plus actifs que d’autres.

 

L’Union européenne se montre active à travers la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et la commissaire aux affaires étrangères et à la politique de sécurité. Madame Kaja Kallas. L’objectif est de maintenir son influence sur les deux parties (Rwanda et RDC) et d’éviter que les États-Unis soient les seuls à avoir leur mot à dire dans la région. Mais surtout, elle ne veut pas abandonner à son triste sort le régime dictatorial de Paul Kagame, au pouvoir depuis 3 décennies, malgré ses crimes et violations. L’UE se porte donc toujours et systématiquement à sa défense lorsqu’il s’agit de le sanctionner ou même de dénoncer ses crimes.

 

Des acteurs passifs ou distraits par d’autres choses.

 

Dans la même région, d’autres acteurs semblent passifs ou distraits par d’autres choses.

Les États-Unis d’Amérique sont certes « médiateurs » dans ce conflit et ont initié plusieurs processus dont certains ont abouti à des « accords » ou protocoles d’entente. Mais depuis la fin du mois de février 2026, ils sont en guerre au Moyen-Orient et le conflit à l’est de la RDC ne peut logiquement pas être une priorité ou une préoccupation quotidienne pour eux, pas plus que la guerre contre l’Iran.

 

En RDC, l’occupation d’une grande partie des provinces du Nord et du Sud-Kivu, dont leurs chefs-lieux, Goma et Bukavu, par les troupes de Paul Kagame soutenant ses pantins de l’AFC/M23, ainsi que ses violations répétées des cessez-le-feu décrétés dans le cadre des processus de Washington et de Doha, et son refus catégorique de retirer ses troupes de la RDC, alors qu’il s’y était pourtant engagé fin 2025, tout cela semble ne plus préoccuper la classe politique congolaise. Même le retour en force de Paul Kagame sur la scène internationale, alors qu’il semblait de plus en plus isolé après les sanctions américaines, ne semble pas attirer outre mesure l’attention des politiciens congolais ou de la société civile, qui sont préoccupés depuis un mois par autre chose, plus grave et donc plus préoccupant pour eux : une probable et hypothétique révision de la Constitution.

 

L’annulation des sanctions infligées à certaines personnalités du régime et à l’armée de Paul Kagame marque le retour en force du dictateur tutsi sur la scène régionale.

 

Ce coup, réussi par ses lobbies en Occident et par son allié et complice Macron, signe le positionnement de la France par rapport à cette guerre : la France se range ouvertement dans le camp de Paul Kagame et est donc en faveur de l’annexion de l’est de la RDC par le Rwanda, ou de sa balkanisation.

 

Mais cela montre aussi que les États-Unis, avec la politique dite « MAGA » (Make America Great Again) prônée par Donald Trump, se moquent de l’Afrique et n’hésiteraient pas à laisser tomber la RDC au profit du Rwanda de Paul Kagame, dès lors qu’ils auraient la garantie, surtout de la part des puissances européennes ayant colonisé ces pays (la France et la Belgique), que leurs intérêts en matière de minerais stratégiques seraient garantis, surtout contre la Chine.

 

C’est ce que viennent de réussir la France, la Belgique, le Royaume-Uni et l’Union européenne.

 

Conséquences diplomatiques et militaires

 

Après ce coup d’éclat qui a permis à Paul Kagame de briller à nouveau au firmament de la région, quelques mois après les sanctions qui l’avaient terni, Washington, Bruxelles et Paris montent au créneau.

 

Ainsi, le 23 mai, des informations faisaient état de la demande des États-Unis à Tshisekedi de négocier avec le M23. Or, le principe de ces négociations est déjà acquis, car elles se déroulent à Doha ou en Suisse, quand c’est possible. On ignore donc ce que le président Trump veut insinuer avec cette demande sans objet.

 

On apprend également que les États-Unis rejoignent officiellement la France et l’UE pour affirmer qu’« il n’y a pas de solution militaire » à la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo. Le Groupe international de contact pour les Grands Lacs (ICG), composé notamment des États-Unis, de l’Union européenne, de la France, du Royaume-Uni et de la Belgique, fait donc désormais front commun pour redonner une stature diplomatique à Paul Kagame et faire pression sur la RDC, pourtant agressée par ce dernier.

 

Sur le plan militaire, le 23 mai 2026, le Rwanda a déployé des éléments de sa garde républicaine dans la zone minière de Rubaya pour en conserver le contrôle.

 

Ce déploiement vise à empêcher la cité minière de passer sous le contrôle des FARDC.  Kigali cherche à protéger les carrières de Rubaya, qu’il qualifie d’enjeu économique majeur pour le Rwanda. Paul Kagame tente ainsi de montrer que son invasion et l’occupation de l’est de la RDC, qui visent à mettre la main sur des minéraux stratégiques à mettre à la disposition de l’Occident sans trop d’efforts, devraient être approuvées et surtout durables.

 

Recommandations

 

La RDC

– Le gouvernement a marqué des points sur le plan diplomatique en faisant entendre sa voix et en rendant ses arguments convaincants face à la propagande et aux mensonges de l’agresseur Paul Kagame. Toutefois, il faut reconnaître que les seules voies régulières ne suffisent pas pour atteindre les décideurs des puissances de ce monde. C’est ainsi que les puissants lobbies de Paul Kagame sont parvenus à faire revenir l’administration Trump sur ses décisions, allant même jusqu’à ignorer les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment la résolution 2773.

 

Il faudrait donc que les diplomates très efficaces sous l’autorité de la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner s’occupent aussi de ces lobbies, ou alors qu’ils trouvent des contreparties qui les empêcheraient de continuer à égarer les décideurs occidentaux.

 

Les politiciens et la société civile de la RDC, en particulier la puissante et influente CENCO des évêques catholiques, devraient prendre conscience de leur responsabilité historique et cesser de se livrer à des manœuvres de diversion qui pourraient conduire à la disparition du Congo en tant qu’« État ». Ainsi, la révision de la Constitution n’est pas plus grave pour la nation que la conquête et l’occupation du Nord et du Sud Kivu par une puissance étrangère, comme ils le prétendent, et se mobilisent contre ce « danger », alors qu’ils n’ont jamais fait preuve d’autant de détermination pour défendre leur pays contre l’agression.

 

Comme toujours dans cette situation, les FARDC restent le seul recours, mais aussi les premiers sacrifiés. Dans la situation actuelle, où l’ennemi Paul Kagame revient en force, sans contraintes diplomatiques (sanctions), les FARDC ne devraient pas se laisser distraire de leur devoir de défendre la nation, même au prix de leur vie, comme ils en ont prêté serment, mais exiger un minimum de moyens logistiques et de cohérence dans le commandement.

 

Les pays de la région

 

Le Burundi qui était déjà dans le collimateur du conquérant et déstabilisateur de la région Paul Kagame avant sa réhabilitation et son retour en forces , doit plus que jamais être en alerte et se préparer à se défendre à outrance contre l’agression plus que imminente de Paul Kagame car annoncée pour avant les élections de Mai 2027.

 

– La Tanzanie sous la Présidente Samia Suhulu Hassan est courtisée par le dictateur rwandais Paul Kagame uniquement pour l’impliquer dans ses crimes et violations du Droit international en RDC. Maintenant qu’il est relancé et son armée n’étant plus sous sanctions américaines, la Tanzanie devrait non seulement se méfier mais s’allier à la RDC déjà sous agression de Paul Kagame et le Burundi sa prochaine cible afin de résister ensemble contre le dictateur et déstabilisateur de la région Paul Kagame.

 

L’opposition politique au régime dictatorial de Kagame que l’on dit actuellement unifiée devrait d’abord exister médiatiquement en exhibant ses leaders mais surtout en démontrant que pour instaurer au Rwanda un régime démocratique en remplacement de celui dictatorial du FPR de Paul Kagame, ces leaders ont mis en sourdine leurs divergences régionales et ethniques. Ainsi cette opposition pourrait contrer la remontée  en puissance du dictateur Paul Kagame surtout aux Etats Unis où les sanctions infligées à son armée viennent d’être levées . Le  » Launching Conference » du CNRD du 29 Mai 2026 pourrait offrir  une belle occasion pour cette opposition de paraitre et être audible.

 

Les réfugiés hutus rwandais en RDC

 

Comme toujours dans ce drame humanitaire qui se déroule depuis 3 décennies dans la région, ces réfugiés sont les « laissés-pour-compte » et le prétexte de tous les crimes du dictateur Paul Kagame. Ceci est d’autant plus vrai que le HCR semble avoir failli à ses responsabilités à leur égard, car ils ne sont ni reconnus comme réfugiés, ni protégés par cette instance de l’ONU.

 

Maintenant que le dictateur Paul Kagame, qu’ils ont fui et qui continue de les pourchasser pour les exterminer, revient en force dans sa guerre en RDC avec l’aval des grandes puissances, les défenseurs des droits humains et les représentants de ces réfugiés abandonnés devraient redoubler d’efforts pour faire entendre les cris de souffrance de ces réfugiés hutus rwandais, afin que leur situation soit systématiquement prise en compte dans toute initiative visant à ramener la paix dans la région, et surtout dans l’est de la RDC, occupé par les troupes de Paul Kagame. Mais avant tout, il faut continuer à interpeller le HCR sur ce cas, comme le font les associations « All For Rwanda », « l’Observatoire pour les droits de l’homme au Rwanda (ODHR) », « Jambo asbl », et d’autres impliquées dans la défense des droits des réfugiés rwandais, qui sont presque en permanence au siège du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à Genève, sans être écoutées, mais que nous soutenons et encourageons.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

 

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