Rwanda–Belgique : Maxime Prévot joue-t-il une partie perdue d’avance ?

Quinze mois après la rupture spectaculaire des relations diplomatiques entre le Rwanda et la Belgique, les interrogations demeurent entières. Entre tentatives de rapprochement avec Kigali, ambiguïtés sur la crise dans l’est de la RDC et soutien controversé à certaines figures de la Francophonie, la politique belge dans la région des Grands Lacs semble osciller entre prudence, contradictions et perte d’influence. Cet article examine les choix du ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot et s’interroge sur la cohérence de la diplomatie belge face au régime de Paul Kagame.

 

Le divorce diplomatique du 17 mars 2025 : retour sur une rupture historique

 

En ce 17 juin 2026, c’est l’occasion d’évaluer les relations entre la Belgique et l’une de ses anciennes colonies d’Afrique, le Rwanda.

 

On se souvient que le 17 mars 2025, le Rwanda a brusquement rompu ses relations diplomatiques avec la Belgique. Depuis lors, la Belgique a tout tenté pour que le régime de Paul Kagame revienne à la raison et accepte le rétablissement de ces relations, mais en vain !

 

Les gestes du ministre belge des Affaires étrangères dans ce sens sont soit considérés avec mépris par le régime de Paul Kagame, soit moqués comme des signes de faiblesse et de décadence de l’ancienne puissance coloniale.

 

Quinze mois après : une Belgique devenue le bouc émissaire de Kigali

 

En ce mois de juin 2026, on assiste à une humiliation de la Belgique par le Rwanda. Elle est par ailleurs devenue le bouc émissaire des déboires du régime de Paul Kagame en Occident, et plus particulièrement en Union européenne, à cause de ses crimes et violations des droits de l’homme, pour lesquels il commence à être sanctionné.

 

Lorsque le régime de Kagame est sanctionné, il met cela sur le compte de la Belgique, qui, pour se dédouaner, accourt auprès des entités qui ont prononcé ces sanctions (États-Unis, Union européenne, Nations unies, etc.) pour leur demander de les annuler ou de les alléger.

Dans le conflit à l’est de la RDC, la Belgique semble souffler le chaud et le froid, exprimant sa compréhension envers la RDC agressée, sans toutefois pointer du doigt l’agresseur, le Rwanda de Paul Kagame, ni le condamner.

 

Tout cela se passe dans le cadre de processus et de démarches de demande de grâce initiés et conduits par le ministre Maxime Prévot.

 

Entre Kinshasa et Kigali : les ambiguïtés de la diplomatie belge

 

Ainsi, le 12 juin 2026, au nom de la Belgique, Maxime Prévot a réagi aux troubles survenus lors du sit-in de l’opposition devant le palais du Parlement à Kinshasa.

 

Il a alors déclaré : « Les violences d’hier à Kinshasa sont interpellantes. Les débordements violents, l’usage excessif de la force qui aurait entraîné des pertes en vies humaines et le saccage de sièges de partis n’ont pas leur place en démocratie. La liberté de manifester pacifiquement son opposition est un principe essentiel, dans le respect des lois de la République. »

 

Il n’a toutefois pas mentionné que la manifestation était interdite à cet endroit en raison du risque de trouble à l’ordre public. Or, même à Bruxelles, les forces de l’ordre ont le devoir de disperser les fauteurs de troubles.

 

Si, à Bruxelles, la police, parfois appuyée par l’armée, disperse les manifestants non autorisés devant le siège de la Commission européenne, au rond-point Schuman, ou au 16, rue de la Loi, au cabinet du Premier ministre, ou encore au siège du Parlement fédéral belge, au palais de la Nation, etc., qui, de la Belgique et de la RDC, respecte le plus les lois dans une démocratie ?

 

Par ailleurs, le ministre belge Maxime Prévot affirme soutenir l’intégrité territoriale de la RDC, mais se garde de parler et de condamner la conquête et l’occupation de l’est du pays par les troupes rwandaises et leurs pantins de l’AFC/M23.

 

Le ministre Prévot se livre à toutes ces contradictions et incohérences concernant la RDC pour ne pas mettre en colère le régime de Kagame, s’il condamnait l’agression de la RDC par le Rwanda, alors que ce dernier est pourtant l’auteur et le responsable des crimes et violations qu’il dénonce dans cette partie de la RDC.

 

Maxime Prévot et le Rwanda : diplomatie pragmatique ou dépendance politique ?

 

Face aux tergiversations du gouvernement belge qui frisent l’humiliation face au régime dictatorial de Paul Kagame, il est légitime de se poser des questions.

Le gouvernement de Bart De Wever assume-t-il cette posture ou le ministre Maxime Prévot joue-t-il cavalier seul ?

Avec Maxime Prévot, on a l’impression que la Belgique court après une influence perdue.

Mais en réalité, c’est Maxime Prévot seul qui est l’otage de ses relations avec certaines personnalités influentes du régime de Paul Kagame.

Il est manipulé et entraîné depuis des années par Louise Mushikiwabo à travers le major Désiré Nyaruhirira, conseiller spécial de la secrétaire générale de l’OIF, à qui, selon nos informations, il s’est lié en 2021, alors qu’il était encore maire de Namur.

 

Ce sont donc ces personnalités de l’OIF qui sont à l’origine de sa visite au Rwanda, après la rupture des relations diplomatiques. En effet, Maxime Prévot s’est rendu à Kigali pour la première fois depuis la rupture des relations diplomatiques en mars 2025, sous prétexte de participer à la conférence ministérielle de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en novembre 2025.

 

Mais une fois sur place, c’est son homologue rwandais, Olivier Nduhungirehe, qui lui a signifié qu’il effectuait en réalité une visite officielle au Rwanda, dont le programme et le protocole seraient déterminés par les autorités rwandaises. Maxime Prévot a ainsi été contraint de se recueillir au mémorial du génocide de Gisozi et d’y inscrire un message dans le livre d’or. Le texte à copier, rédigé et validé par les services rwandais, lui a été remis tel quel, selon nos informations.

 

Le voyage à Kigali : un « Canossa diplomatique » sans résultat ?

 

Ce fut donc l’occasion pour Maxime Prévot de poser un acte de soumission pour obtenir un « retour en grâce » auprès du régime de Paul Kagame.

 

Il s’agissait donc d’un « aller à Canossa » diplomatique de Maxime Prévot, qui a reconnu sa faiblesse et a accompli une démarche humiliante comparable à celle du roi Henri IV à Canossa. Mais dans ce cas, cela n’a eu aucun résultat, si ce n’est le mépris du régime dictatorial de Paul Kagame. En effet, la réaction du régime n’a été qu’une nouvelle fois méprisante, voire ouvertement accusatrice. Ce climat s’est illustré dans un article du média pro-gouvernemental IGIHE, signé par Tom Ndahiro.

 

Plus récemment, on a pu constater sa rencontre avec Louise Mushikiwabo dans le cadre de sa campagne pour un troisième mandat à la tête de l’OIF.

 

Le 11 juin 2026, au palais d’Egmont, rue des Petits-Carmes, à Bruxelles, Maxime Prévot a en effet reçu la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo. Une rencontre qui, selon les observateurs, était chaleureuse et qui, en quelques heures, a réveillé toutes les tensions de la région des Grands Lacs. À cette occasion, Maxime Prévot aurait signifié à la Rwandaise que la Belgique (la région Wallonie-Bruxelles) soutenait sa candidature, notamment pour faire échec à celle de la Congolaise Juliana Amato Lumumba.

 

Une crédibilité belge affaiblie dans la région des Grands Lacs

 

Au Rwanda même, après la rupture des relations suivie de la fermeture de l’école belge qui accueillait depuis plus de 60 ans les enfants des hauts cadres politiques et des hommes d’affaires rwandais, mais surtout avec la diabolisation de la Belgique auprès de l’opinion publique, présentée comme la source de tous les malheurs que le Rwanda a subis depuis 1959, sans que l’ancienne puissance coloniale n’y réponde pour contredire le régime dictatorial incarné par le général Paul Kagame, le Royaume de Belgique est un État ennemi du Rwanda. Chaque citoyen belge, même s’il a acquis la nationalité rwandaise, est considéré comme un « ennemi du Rwanda » et doit être traité comme tel. Ce qui est très grave !

 

Au Burundi, après le refus de la Belgique de délocaliser ses services expulsés du Rwanda vers Bujumbura/Gitega, comme le lui proposait le Burundi, et cela à cause de Maxime Prévot, qui ne voulait pas énerver Paul Kagame, le Burundi considère la Belgique comme un État non sûr, car pas sérieux et incohérent.

 

De plus, les citoyens burundais avertis se montrent méfiants envers tout ce qui a trait à la Belgique, d’autant qu’elle accueille plusieurs génocidaires tutsi de 1972, 1988, 1973, etc., qui sont à la tête de groupes terroristes basés au Rwanda et dans l’est de la RDC, comme Red-Tabara, et qui ne rêvent que d’instaurer au Burundi un régime dictatorial sectaire à l’image de celui de Paul Kagame au Rwanda.

 

En RDC, l’expertise de la Belgique, unanimement reconnue, qui faisait d’elle une référence pour quiconque souhaitait comprendre la RDC, n’est plus crédible depuis qu’elle-même ne sait pas comment se positionner face à l’agression de son ancien Congo belge par son voisin le Rwanda, ancienne colonie belge également.

 

Dans l’Union africaine, tous les États savent que la Belgique n’a plus de politique cohérente en ce qui concerne ses relations avec ses anciennes colonies, et qu’il faudrait donc l’éviter quand on débat de la région des Grands Lacs, ou ne pas tenir compte de ses positions.

 

Tout ce gâchis diplomatique est dû à un régime dictatorial installé au Rwanda depuis 1994, le FPR de Paul Kagame, qui semble avoir pris la Belgique en otage, allant même jusqu’à l’humilier et la ridiculiser face au grand Congo, et même dans toute l’Afrique.

 

L’heure des explications : quelle politique belge pour l’Afrique centrale ?

 

Il apparaît indispensable que le gouvernement belge fournisse des explications et des éclaircissements sur cette situation. Les représentants du peuple, députés et sénateurs, ont le devoir d’interroger l’exécutif. Dans une démocratie parlementaire, où l’opposition a pleinement droit de cité et où tout gouvernement repose sur une coalition, aucune question ne devrait être taboue. Même les dossiers classés « secret-défense » peuvent, si le Parlement l’exige, être rendus publics. Maxime Prévot, en tant que ministre, surtout dans un gouvernement de coalition, a le devoir de venir s’expliquer à ce sujet devant les représentants du peuple.

 

Emmanuel Neretse

 

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