Archives du mot-clé Burundi

Burundi/Makamba : silence autour des viols incestueux

(Syfia/PMB-30-09-2011) Les viols au sein même des familles sont monnaie courante au Burundi mais les mères préfèrent souvent se taire pour ne pas être contraintes de quitter leur foyer. Ce silence gardé pour préserver l’unité de la famille encourage les violeurs et dessert la justice.

Au début du mois de juillet, un homme d’une quarantaine d’années habitant la province de Makamba a été accusé d’avoir violé une fillette de neuf ans, la fille de sa femme. La mère de la fille, une veuve qui avait quatre enfants avant de se marier avec le présumé violeur, a voulu étouffer l’affaire. « Quand la maman est arrivée à la maison, elle a intimé l’ordre à la victime et à tous ses enfants de ne pas divulguer ce qui était arrivé », témoigne une sage femme des environs. En dépit de sa grande douleur, la mère ne voulait pas que les gens sachent que l’auteur du viol était son propre mari, un scandale qui porterait atteinte à l’honneur de la famille. Un de ses fils a cependant fini par tout dire et l’homme a été emprisonné. « La maman est en train de chercher quelqu’un à qui vendre un petit lopin de terre pour graisser la patte au commissaire qui instruit le dossier », avertit la même sage femme.
Fin juin, dans cette même région, c’est un garçon de douze ans qui a violé sa demi-sœur âgée de quatre ans. Les tristes exemples ne manquent pas : fin 2010, un homme a violé sa propre fille de deux ans et demi tandis qu’à Mabanda, un autre a violé une fille de son frère. Ces viols incestieux sont très fréquents mais très rarement dénoncés. Un agent d’une association impliquée dans la lutte pour les droits des enfants parle de malédiction. Pour lui, « on ne sait pas quels mauvais esprits attaquent les hommes ! »

Représailles sur les femmes
Selon Pétronille Ntahiraja, présidente de l’association Abana Makamba qui s’occupe de l’assistance aux orphelins, le silence qui entoure ces viols au sein des familles fait qu’ils sont impunis et par conséquent se répètent. Pour elle, ces mères se taisent pour ne pas subir des représailles de leur mari, frère ou fils violeurs qui les contraindraient à fuir leur ménage. S’il arrive que des associations s’impliquent pour faire arrêter ces coupables, les mamans s’attèlent à les faire libérer par tous les moyens, notamment en payant des pots-de-vin.
Dans les rares cas où elles finissent par se libérer de ces lourds secrets et à porter plainte, elles doivent quitter le toit conjugal et s’installer loin ailleurs. C’est ainsi qu’un mari de la zone Bukeye dans la commune Kibago qui violait ses filles chaque fois qu’elles atteignaient cinq ans n’a été arrêté que la troisième fois. La mère avait décidé de ne plus se taire et de dénoncer son propre mari. « Quand nous avons poussé la mère à porter l’affaire devant la justice, explique une sage femme, son mari a été arrêté et détenu à la prison centrale de Rumonge dans la province Bururi. Mais malheureusement la justice ne nous a pas aidé » car après deux mois il a été libéré et sa femme a fui vers la province de Rutana. »
Face à de tels viols, un avocat de l’Ong Avocat sans frontières oeuvrant à Makamba reconnaît les limites des poursuites judiciaires. Pour lui, les viols entre enfants d’une même famille par exemple, sont doublement difficiles à réprimer : l’auteur est un enfant, il ne peut donc pas être poursuivi en justice ; la famille lésée ne peut pas ensuite porter plainte. Pour les autres cas, l’avocat explique qu’en l’absence d’une plainte des mères des enfants, si ces viols sont connus par l’entourage le ministère public devrait agir et décourager de tels comportements. Il conseille aux associations qui militent pour le bien être familial de se saisir des cas de ce genre pour faire aboutir les procès.

Achel Bayisenge

Actualités des Grands-Lacs – Semaine du 20 au 26 août 2011

Mbusa Nyamwinshi (RDC), Emmanuel Ndahiro et Paul Kagame

En RDC, la CENI, dont le travail a été salué par l’ambassadeur des Etats-Unis à Kinshasa, a publié le calendrier définitif des élections présidentielles et législatives. L’appel à candidatures lancé par la CENI a laissé apparaître que ce sont surtout des candidats indépendants, et non de membres de partis, qui sont venus retirer les formulaires ad hoc au Katanga et à Kinshasa : au vu du peu d’engouement pour le dépôt des candidatures, le Sénat a demandé à l’unanimité à la CENI le report au 15 septembre de ce dépôt qui doit normalement se terminer le 5 septembre. Cette semaine, le PPRD a investi le président Kabila comme son candidat unique, tandis que le fils de l’ancien président Mobutu a été intronisé par son parti et que le président du Sénat a été désigné par son parti, l’UFC, comme candidat à la présidence tout en appelant au dépôt d’une candidature unique de l’opposition. Du côté de cette opposition, 24 petits partis ont proposé la candidature d’Etienne Tshisekedi comme candidat unique à la présidence, au grand dam des autres partis d’opposition (UFC, UNC, MLC) qui ont réaffirmé la poursuite de leur concertation et la nécessité d’un programme commun qui permette de dégager la personne qui représente mieux l’opposition.

Parmi les autres nouvelles politiques, on signalera l’investiture par le président de la République des 15 membres du Conseil supérieur de l’audio-visuel et de la communication qui remplacera la Haute autorité des médias (HAM).

Dans le domaine de la sécurité, les bandes armées demeurent toujours très actives surtout au Sud Kivu où le commandant de l’opération Amani Leo a annoncé le redéploiement de troupes nouvellement formées : attaque d’hommes armés non identifiés à Uvira, affrontements entre des éléments FARDC contre un chef de groupement, accusé d’appartenance au Maï-Maï Yakutumba, en territoire de Fizi, occupation d’une chefferie du territoire de Shabunda par des FDLR qui pillent, tuent et violent, rébellion des FARDC à Baraka, mécontents de la mort d’un de leur officier tué par des Maï-Maï Yakutumba, violents affrontements entre FARDC et divers groupes armés (FDLR, FNL, Maï-Maï, déserteurs) en territoire d’Uvira, conflits armés entre deux familles qui se disputent un carré minier dans le territoire de Walungu.

Au Nord Kivu, l’arrestation à Goma d’un chauffeur de la MONUSCO qui transportait plus d’une tonne de cassitérite à destination du Rwanda a fait grand bruit : ce chauffeur et le commerçant qui était de mèche avec lui ont écopé de trois ans de prison. Par ailleurs, l’ancien chef Maï-Maï Zabuloni, qui bloque l’axe routier Goma – Masisi, refuse sa nomination comme commandant de police à Goma. Enfin, la Voix des sans voix dénonce la justice populaire qui sévit à Butembo. On trouvera aussi dans cette livraison une analyse critique de la législation américaine sur les minerais de conflit au Kivu.

Au Nord Katanga, les FARDC ont repris à une coalition de groupes armés (FDLR, FNL, Maï-Maï) un bastion de cette coalition.

En Province Orientale, le Haut Uélé n’en finit pas de recevoir des déplacés suite aux attaques de la LRA : le commandant américain d’Africom promet à ce sujet une assistance militaire aux FARDC pour aider à la traque du mouvement rebelle. Au Kasaï Oriental, vols à main armée et viols se multiplient à Mbuji-Mayi. Enfin, à Kinshasa, les personnes enlevées la semaine dernière par des hommes armés ont été libérées après avoir été interrogées par l’ANR et après avoir été dépouillées de leurs biens.

Dans le domaine de la justice et des droits humains, le procès du chef de milice Lubanga, coupable « au-delà de toute doute » selon le procureur, touche à sa fin à La Haye, tandis que la CPI poursuit ses auditions dans l’affaire Bemba, ce dernier n’ayant toujours pas reçu l’autorisation de se rendre à Kinshasa pour s’inscrire comme candidat à l’élection présidentielle. On signalera aussi qu’un tribunal pour enfants, créé il y a trois mois à Goma, a surtout reçu des dossiers pour violences sexuelles. Enfin, une « marche de colère » a été organisée par des journalistes pour protester contre les violences physiques et verbales contre les journalistes.

Dans le domaine économique, le gouvernement a démis le conseil d’administration de la SNEL suite aux coupures d’électricité récurrentes qui seraient cependant liées selon les techniciens au bas niveau d’eau à Inga. Par ailleurs, le Premier ministre a annoncé que le petit commerce sera exclusivement réservé aux Congolais, sauf dans l’hôtellerie, les supermarchés, le transport aérien et les pièces de rechange.

Au Burundi, un bras de fer a lieu entre le pouvoir et les compagnies pétrolières qui n’importent plus d’essence depuis environ un mois.

Au Rwanda, deux défenseurs congolais des droits de l’homme, en route pour Bujumbura où ils devaient assister à une réunion de la Ligue des droits de l’homme des Grands Lacs, ont été arrêtés à Kigali, puis relâchés. Par ailleurs, les deux principaux partis d’opposition, interdits au Rwanda, ont appelé à une manifestation à Paris contre la prochaine visite du président Kagame.

Kris Berwouts
EurAC

Burundi : Signal fort des ambassadeurs

Carte du Burundi/photo AFP

Carte du Burundi/photo AFP

Selon l’agence Belga (03/06/11), au nom des Etats membres de l’Union Européenne (UE) représentés au Burundi (Allemagne, Belgique, France, Pays-Bas, Royaume Unie), des Etats-Unis, du Vatican, de Suisse et de Norvège, les ambassadeurs de plusieurs pays occidentaux au Burundi ont adressé une note au chef de la diplomatie burundaise dans laquelle ils expriment leurs vives préoccupations à propos «des dizaines de cas d’exécutions extrajudiciaires et de torture recensés par l’ONU depuis 2010 dans ce pays ».
Dans cette note, les ambassadeurs écrivent : «Les Nations Unies ont récolté des informations sérieuses et circonstanciées concernant au moins 20 cas d’exécutions extrajudiciaires, ainsi que plusieurs dizaines de cas de torture qui auraient été commis par des agents des services de sécurité entre juin 2010 et mars 2011 ».«Cette situation nous préoccupe, soulignent-ils, d’autant que plusieurs Etats membres de l’UE sont engagés dans un partenariat de coopération avec la police et l’armée », en référence notamment à la Belgique, à la France et aux Pays-Bas.
Les ambassadeurs «espèrent fortement que le gouvernement et l’appareil judiciaire burundais feront tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre fin à ces pratiques intolérables et pour traduire en justice les auteurs présumés de ces actes ».  Pour sa part, en terminant sa visite de deux jours au Burundi, le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, a appelé le pouvoir et l’opposition à « dialoguer pour dissiper la méfiance et les malentendus », affirmant qu’il n’y avait pas de place pour une « rébellion en gestation ».  Il a indiqué sur une radio locale: «Chacun doit privilégier la voie du dialogue (…), mais le plus important est que ce dialogue soit entamé pour dissiper la méfiance et les malentendus ».
Le ministre Vanackere a souligné qu’«en aucun cas» il s’agissait de remettre en cause les résultats des élections de 2010.  Et de conclure : « Il est clair que tous les partis politiques doivent sans ambiguïté prendre leurs distances de toute option armée ou violente et reconnaître pleinement la légitimité des institutions.» (kb)
Extrait « Bulletin EurAc »
www.eurac-network.org

 

 

Des négociations seront encore nécessaires pour sauver la paix au Burundi

enfants burundais-photo unicef.org

Après des élections générales de 2010 boycottées par des partis d’opposition regroupés aujourd’hui au sein de l’Alliance des Démocrates pour le Changement au Burundi (ADC-Ikibiri), certains leaders politiques ont préféré regagner le maquis. Le plus en vue est Agathon Rwasa à la tête des rebelles des FNL. La conséquence est que l’insécurité devient grandissante dans la capitale Bujumbura où des assassinats inexpliqués deviennent monnaie courante.

Suite à cette insécurité, les députés du parti pour l’Union pour le Progrès National (UPRONA), qui participe au pouvoir avec le parti CNDD/FDD du président Pierre Nkurunziza, estiment dans un communiqué du 14 juin 2011, que l’armée étant mieux formée en « matière des droits de l’homme », elle devrait remplacer temporairement la police dans le maintien de l’ordre dans la capitale.

D’un autre côté, il ya une demande insistante des partis de l’ADC-Ikibira pour des négociations avec le pouvoir de Bujumbura, ce qui permettrait de voir comment ramener la paix et la concorde nationale. Le pouvoir leur a opposé un refus catégorique, estimant sa légitimité totale car issue des élections transparentes de 2010. Il demande à ces opposants d’attendre les élections prochaines de 2015 pour se représenter.

Echos d’Afrique a cherché à savoir le hic de cette situation au Burundi et a  tendu son micro baladeur dans les milieux des intellectuels burundais de Bruxelles. Certains estiment que les accords de paix inter-burundais ont permis des avancées considérables, mais ils ont raté une belle occasion, celle de réformer l’armée de fond en comble. Naguère dominée par les Tutsi, cette armée n’a pas intégré les Hutu ayant gagné leurs galons au sortir du maquis. Il y a eu comme un rapprochement côte-à- côte de deux corps, sans véritable mélange. Les anciens restent avec leur code, leur langage, leur lexique ; les nouveaux venus restent quant à eux avec leurs habitudes du maquis. Il y a comme deux armées dans une armée. L’harmonisation de la conduite à tenir est nécessaire à toute organisation pour que ses membres puissent émettre sur une même longueur d’ondes. Devant cette sorte d’obstruction, les anciens rebelles se sont rués sur la police dans laquelle ils sont en grand nombre, certains ne sachant ni lire ni écrire selon le communiqué de l’UPRONA ci-haut cité. Qu’ils soient déniés de leur rôle d’assurer la sécurité quotidienne dans la capitale, il n’y a qu’un pas.

D’autres pensent que le pouvoir a été accaparé par des arrivistes jusqu’au plus haut somment de l’Etat. Ils donnent pour exemple que ceux qui se sont élevés contre la dictature de l’armée putschiste qui a assassiné Melchior Ndadaye, le premier président démocratiquement élu au Burundi, tel Léonard Nyangoma, ont été écartés sans ménagement. A cela il faut ajouter l’intervention de l’homme fort du Rwanda, Paul Kagame, dans les affaires burundaises. Ceux qui y vont avec un langage cru n’hésitent pas à affirmer que le Burundi est dirigé à partir de Kigali.

Malgré les rancœurs visibles d’un côté comme de l’autre, les hommes politiques burundais devraient encore une fois se dépasser, laisser de côté leurs égos et retourner à la table de négociations pour sauver la paix dans leur pays. Autrement, il faut prier pour le Burundi et la Première dame, Madame Denise Nkurunziza, en a donné l’exemple en organisant, les 3 et 4 juin 2011 à l’hôtel Sheraton à Bruxelles, des séances de prière avec la diaspora burundaise de Belgique.

Ghislain Mikeno
Echos d’Afrique

Burundi: Une enquête judiciaire sur une liste noire d’activistes des droits de l’Homme

Bujumbura, Burundi, 2011-05-10 (Afrique en Ligne)

Pana 10/05/2011

Ouverture d’une enquête judiciaire sur une „ liste noire « d’activistes des droits de l’Homme au Burundi – Le président de l’Observatoire de lutte contre la corruption, les malversations économiques (OLUCOME), Gabriel Rufyiri, a comparu lundi devant un magistrat instructeur du tribunal de grande instance de Bujumbura pour répondre de la divulgation d’une présumée „ liste noire « d’activistes des droits de l’Homme et opposants politiques qui seraient dans le collimateur du pouvoir en place au Burundi, apprend-on du prévenu. La liste comprendrait une quarantaine de membres influents de la Société civile, des journalistes et opposants politiques „ à abattre «.

Au sortir de l’audience, le président de l’OLUCOME a déclaré à la presse qu’il avait eu à répondre à trois „ simples questions « du magistrat, sans les préciser.

„Je reste disposé à collaborer mais la justice a été déjà mise sur la piste et c’est à elle maintenant de pousser encore plus loin les investigations pour en savoir plus sur le dossier «, a-t-il estimé.

Les membres du gouvernement burundais avaient éclairé l’opinion la semaine dernière sur les véritables „ ennemis publics « du moment dans le pays, en faisant surtout allusion à d’anciens chefs rebelles en exil qui œuvreraient à relancer la guerre civile dans le pays.

Le ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants, le général Pontien Gaciyubwenge, a accusé les anciens chefs rebelles, Léonard Nyangoma, du Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD) et Agathon Rwasa, des Forces nationales de libération (FNL) d’être à l’origine du regain d’insécurité, principalement dans Bujumbura-Rural, une province frontalière de la capitale burundaise et berceau de l’insurrection armée au Burundi.

Le chef de l’Etat burundais, Pierre Nkurunziza, a donné deux mois aux corps de défense et de sécurité pour étouffer dans l’oeuf toute velléité de relance des hostilités dans le pays au sortir de plus d’une décennie de guerre civile ayant fait au moins 300.000 morts et poussé à l’exil plus d’un million de Burundais.

 

Burundi : Biographie du président Melchior Ndadaye

Melchior NDADAYE est né le 28 mars 1953 à Murama dans la province de Muramvya. Après ses études primaires (1960-1966), il fut admis à l’Ecole normale de Gitega qu’il a dû quitter en 1972 vers le Rwanda suite à la guerre civile qui sévissait au Burundi. Il termina ses humanités au Groupe Scolaire de Butare (Rwanda). Entre 1975 et 1980, il fit une licence Sciences de l’Education à l’Institut Pédagogique National du Rwanda. De retour dans son pays en 1983, il poursuivit une formation bancaire à l’Institut Technique de Banque du Conservatoire National des Arts et Métiers de France (1987-1992).

Très intéressé par la politique, il participa, en 1979, à la fondation du Parti des Travailleurs du Burundi (UBU) et en 1986, il fut l’un des principaux membres fondateurs du parti SAHWANYA-FRODEBU (FROnt pour la DEmocratie au BUrundi). A la tête de ce parti, il se présenta aux élections présidentielles et fut élu à la magistrature suprême du Burundi en juin 1993 avec 64,79 % des suffrages. Sa carrière politique fut brève car il sera assassiné par des militaires putschistes le 21 octobre 1993.

Le livre : Raphaël Ntibazonkiza, Biographie du Président Melchior Ndadaye. L’homme et son destin, Sofia, Bulgarian Helsinki Committee, 1996.

EdA Press

Le leader de l'opposition ougandaise Dr Kizze Besigye à l'hôpital de Naïrobi - Kenya, le 29/04/2011/photo AP

Afrique des Grands-Lacs : des révolutions démocratiques pointent-elles à l’horizon ?

 Le leader de l'opposition ougandaise Dr Kizza Besigye à l'hôpital de Naïrobi - Kenya, le 29/04/2011 - photo AP

Le leader de l'opposition ougandaise Dr Kiizza Besigye à l'hôpital de Naïrobi - Kenya, le 29/04/2011 - photo AP

Va-t-on assister au phénomène de « Printemps arabe » dans la région des Grands Lacs?

Dans les pays arabes, les dictateurs sont en train de déguerpir sur pression de la rue. Des manifestations monstres ont forcé déjà les présidents tunisiens et égyptiens à quitter le pouvoir. Ces révolutions démocratiques se poursuivent en Syrie, au Yémen et en Libye.

En Afrique noire, et particulièrement en Afrique des Grands Lacs, le mouvement qui vient de commencer en Ouganda va-t-il venir à bout du président Museveni au pouvoir depuis 25 ans et qui vient de se faire élire pour un nouveau mandat de 5 ans ?

Le leader de l’opposition ougandaise, Dr Kiiza Besigye, a contesté ces élections et ses partisans sont descendus dans la rue. La manifestation a été réprimée sévèrement par la police. Ces manifestations ont eu lieu à Kampala mais également dans différentes autres villes de l’Ouganda comme Mbarara. Dr Kiiza Besigye, blessé, a été finalement autorisé à sortir du pays. Il a été admis dans un hôpital de Naïrobi au Kenya. Ce vent de fronde est loin de se calmer.

En RDC, les élections présidentielles sont prévues en novembre de cette année. Mais déjà, des manifestations dans différentes capitales européennes scandent « Kabila dégage ». A l’intérieur, Etienne Tshisekedi, un challenger de taille face à Joseph Kabila, cherche des alliances avec d’autres partis politiques de l’opposition dont celui de Vital Kamerhe. Celui-ci a été évincé de la fonction de président de la chambre basse de l’assemblée nationale pour avoir protesté contre la décision de la présidence de laisser les troupes rwandaises intervenir sur le territoire congolais sans consulter les parlementaires, représentants du peuple.

Les élections congolaises s’annoncent houleuses. L’opposition reproche à Joseph Kabila d’avoir procédé au changement précipité de la Constitution pour mettre les chances de son côté. Il est également dit  que certains préalables ne sont pas remplis pour des élections transparentes. Selon une certaine opposition, il aurait fallu d’abord procéder à un recensement national pour savoir quelle majorité se prononcera pour donner la vraie légitimité à celui qui serait élu. De même, il n’ ya pas de cartes d’identité indispensables pour confirmer l’état civil de toute personne ayant le droit de vote. Même si Joseph Kabila est élu, l’après-élection reste incertaine.

Au Rwanda, Paul Kagame a pris le pouvoir par les armes en  juillet 1994. Il vient d’être élu, sans opposition véritable à un second mandat de 7 ans. Après son élection, tous les opposants politiques ont été jetés en prison. Victoire Ingabire, présidente du parti FDU-Inkingi, Déo Mushayidi du parti PDP et Bernard Ntaganda du parti PS Imberakuri croupissent tous derrière les barreaux. Durant son précédent mandat, Paul Kagame a mis en prison son challenger Dr Théoneste Niyitegeka, condamné à plus de 15 ans. Pour avoir voulu fonder un parti politique, Pasteur Bizimungu, ex-président rwandais, a été mis en prison avec Charles Ntakirutinka qui reste en taule. Les tentatives de manifester contre le pouvoir pour l’inscription du parti FDU-Inkingi ont été réprimées violemment par la police. Mais déjà, sur les réseaux sociaux comme Facebook, des messages de « Kagame dégage » sont régulièrement échangés et aboutiront un jour à une concrétisation. Cela est d’autant plus probable que des remous s’observent dans la jeunesse universitaire.

Au Burundi, le président Nkurunziza a été réélu récemment. Il était seul candidat, l’opposition ayant décidé de boycotter les élections. Les anciens rebelles ont regagné le maquis avec leurs chefs. Actuellement, une sorte de guerre civile a commencé. Des assassinats mis tantôt sur le dos des rebelles d’Agathon Rwasa, tantôt sur le dos de l’armée burundaise, sont régulières. Pourtant le Burundi avait fait un pas de géant après des négociations inter-burundaises qui avaient permis de trouver une sorte de démocratie consensuelle. Cet équilibre, qui avait été difficilement mis en place, est aujourd’hui rompu et il faut donc s’attendre au pire. Une nouvelle révolution démocratique ne va pas tarder, initiée malheureusement par des mouvements rebelles en lieu et place du compromis qui avait déjà fait ses preuves.

EdA Press

Burundi : Une dizaine de cadavres découverts à Muyinga

Un enfant victime de la guerre / photo Imvaho nshya 2004

Entre quatre et treize cadavres ont été découverts dans une rivière dans la province de Muyinga (est du Burundi).

Un porte-parole de la police a affirmé de son côté que deux corps seulement avaient été trouvés, d’autres cadavre évoqués étant ceux « d’animaux ».

« La population des communes de Muyinga et de Buhinyuza a annoncé avoir découvert depuis le début du mois 13 cadavres flottant sur la rivière Ruvubu », a déclaré à l’AFP Pierre Claver Mbonimpa, président de l’association pour la protection des personnes détenues et des droits humains (Aprodeh).

Certains des cadavres étaient « emballés dans des sacs, d’autres portaient des traces de mort violente ou étaient ligotés », selon les témoignages recueillis par l’organisation.

« Nous avons dépêché une équipe sur place et nos enquêteurs ont pu voir quatre cadavres de leurs yeux, (…), les gens assurent que les autres ont été emportée par la rivière qui est en crue », a-t-il poursuivi.

Les responsables administratifs des deux communes ont confirmé la découverte de quatre cadavres, alors que la station privée RPA a avancé le chiffre de 13.

En revanche un porte-parole de la police, dépêché sur place par le ministère de la Sécurité publique, a affirmé que la plupart des cadavres étaient ceux d’animaux et non pas d’humains.

« Le ministère de la sécurité publique m’a envoyé sur le terrain lorsqu’on a entendu cette information qui parlait de 13 cadavres ligotés et jetés dans la rivière Ruvubu (…), je n’ai rien trouvé », a annoncé ce porte-parole, le major Pierre Chanel Ntarabaganyi, parlant d' »une information incendiaire ».

« Sur place, j’ai contacté les responsables administratifs et policiers, la population, (…), ils ont dit avoir vu un cochon qui flottait sur la rivière, ils ont vu aussi deux chiens et un peu plus loin, ils ont fait état de deux cadavres sur la Ruvubu », a-t-il expliqué.

« Je n’ai pas poussé plus loin pour connaître les circonstances de la mort de ces deux personnes », a reconnu le major Ntarabaganyi, insistant sur le fait que « aucun témoin ne lui a parlé de 13 cadavres ».

Le président de l’Aprodeh avait déclaré que l’on n’avait « pas encore identifié » les cadavres et « les circonstances exactes de leur mort, mais plusieurs éléments (…) semblent indiquer qu’il s’agit de victimes d’exécutions extra-judiciaires ».

En 2006, l’Aprodeh avait révélé l’exécution dans un camp militaire de Muyinga d’au moins 31 membres des Forces nationales de libération (FNL), jetés ensuite dans la Ruvubu, avant la signature d’un accord de cessez-le-feu définitif avec le pouvoir burundais.

Une quinzaine de cadavres, identifiés par la suite comme des militants des FNL détenus par la police, ont été ensuite découverts dans la rivière de Rusizi (ouest) en 2010, après les violences qui ont suivi les élections.

Cette nouvelle découverte a lieu alors que des sources concordantes assurent qu’il existe de nouvelles poches de rébellion sous la direction du leader historique des FNL, Agathon Rwasa, qui opèrent essentiellement à partir des marais de la Rukoko (ouest) et de la forêt de la Kibira (centre).

La contestation du processus électoral par l’opposition suscite la crainte d’une reprise de la violence au Burundi, pays marqué par une longue guerre civile qui a fait près de 300.000 morts entre 1993 et 2006.
AFP

 

Les causes du conflit hutu-tutsi au Rwanda et au Burundi

Dans son livre « Une archéologie de la violence en Afrique des Grands lacs » (Editions du CICIBA, Libreville, 1999), le professeur Maniragaba Balibutsa se propose d’étudier le phénomène de la violence endémique, depuis bientôt un demi-siècle, dans les deux pays que sont le Rwanda et le Burundi

Il se pose la question de savoir comment cette violence va jusqu’à atteindre des formes extrêmes et entraîner des peuples entiers dans la logique de l’autodestruction. Pour lui, il faut au moins se demander comment cela est possible.

Selon Balibutsa, le conflit entre les Hutu et les Tutsi au Rwanda et au Burundi n’est ni une simple lutte pour le pouvoir, ni une lutte entre deux tribus ou deux ethnies identitairement différenciées, mais une lutte entre deux groupes de la même population à identité variable et arbitrairement désignée selon les intérêts à défendre. Il constate cependant que les deux groupes se comportent entre eux comme s’il s’agissait de deux espèces biologiques incompatibles cherchant à s’exterminer.

Pourtant ces deux peules ont tout en commun : ils sont tous noirs, ils parlent tous la même langue, ils ont toujours partagé la même vision du monde, ils se classent indistinctement dans les mêmes clans, ils ont tous consulté les mêmes devins, ils ont pratiqué les mêmes cultes aux ancêtres, ils ont toujours échangé les femmes, le feu et les vaches, ils ont toujours combattu dans les mêmes armées contre leurs paisibles voisins, ils ont tous dansé dans les mêmes groupes, etc.  Bref, il s’agit de deux groupes de la même population dont les critères de démarcation, au fur et à mesure qu’on s’éloigne du présent pour s’enfoncer dans l’histoire et la tradition nationale et régionale, deviennent de plus en plus flous.

Balibutsa souligne que le problème de cette région est donc celui de l’ethnisme endogène entre les groupes sociaux de la population qui fut renforcé et exacerbé par l’idéologie hamitique importée par la colonisation. Celle-ci a consacra cette division en transformant lesdits groupes en « races ».

Sa conclusion est on ne plus pertinente : « En Afrique comme ailleurs, la reconnaissance du caractère polymorphe des populations humaines et de la valeur unique de l’individu dans des sociétés pluralistes, le développement de la solidarité intraspécifique au détriment des sectarismes, le respect des droits de la personne et des peuples, la justice, la participation démocratique, sont les piliers sur lesquels s’édifiera la société moderne et la mondialisation et non le racisme, l’ethnisme, le fascisme et la violence ».

Echos d’Afrique

Burundi: L’Etat fait la promotion de la circoncision pour lutter contre le SIDA

Bujumbura, Burundi – Une campagne nationale de sensibilisation à la circoncision pour lutter plus efficacement contre la propagation du VIH/SIDA est mise en oeuvre au Burundi où la pandémie toucherait déjà au moins 3% de l’ensemble des quelque 8,1 millions de citoyens, apprend-on de la ministre burundaise de la Santé publique, Mme Sabine Ntakarutimana. Se basant sur des ‘études’ qui ont prouvé que des hommes circoncis présentaient moins de risques de contamination que ceux qui ne le sont pas, la ministre Ntakarutimana a appelé d’autres institutions, comme le Parlement national, les confessions religieuses ou encore les pouvoirs publics à se joindre aux efforts du gouvernement dans la sensibilisation à cette autre méthode de lutte contre le SIDA qui suscite déjà des espoirs et l’enthousiasme ailleurs dans le monde.

La ministre s’est dit, notamment, ‘encouragée’ par les voisins du Rwanda qui ont expérimenté avec succès la nouvelle méthode de lutte contre la propagation du VIH/SIDA.

L’expérience est également encouragée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’ONUSIDA qui vont jusqu’à soutenir que la circoncision peut diminuer le risque d’infection par le VIH de 55 à 60%.

Pana 15/04/2011