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Rwanda : populations en danger

Emmanuel Munyaruguru

Ingénieur de formation, Emmanuel Munyaruguru s’occupe, parallèlement à son travail, de la défense des droits humains dans la région des Grands Lacs en général et au Rwanda en particulier. Il le fait à  travers une organaisation : « Terre de paix Agakiza ».

Dans la lettre ci-dessous, il dénonce les travers du régime incarné par le général Paul Kagame, un régime qui assassine  les opposants politiques et les journalistes,  les emprisonne impunément et étend sa terreur sur toute la région.

Pour Munyaruguru, le secrétaire général de l’ONU est une autorité morale qui pourrait intervenir pour faire comprendre raison à Paul Kagame afin qu’il permette à la population rwandaise de vivre en paix.

Echos d’Afrique

 

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Terre de Paix AGAKIZA
PO. BOX 6415,
9294 TROMSØ, NORVEGE                                                                        Tromsø le  09.8.11

 

Excellence Mr Ban Ki Moon
Secrétaire  Général des Nations Unies
Fax : 1- 212 963 2155

C/I :

Excellence Dr Richard Sezibera
Secrétaire Général de  la Communauté
des Etats d’Afrique de l’Est
FAX ; +255 27 250 4255

Objet: SOS pour le Rwanda.

Excellence,

Il nous fait honneur de nous adresser à votre Excellence pour vous entretenir d’une situation catastrophique de violation des droits humains au Rwanda. L’évolution actuelle et la dérive dangereuse d’un régime totalitaire rwandais, nous poussent au devoir de solliciter votre intervention afin de donner au peuple rwandais ainsi qu’à celui de la sous-région, l’opportunité de vivre une paix sûre et durable.

En effet, au lendemain de sa prise de pouvoir en 1994, Monsieur Paul Kagame et son régime n’ont cessé de s’illustrer dans des actions hors la loi, par des massacres des populations à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, portant la guerre au Congo-Kinshasa sous prétexte de pourchasser les responsables du génocide commis au Rwanda. Il ne s’en soit pas fallu longtemps pour constater que les visées et les motivations de son gouvernement étaient de nature criminelle, comme l’étaye le dernier rapport de l’ONU dit « Mapping report ».

La tolérance et/ou la complaisance dont il a bénéficié dans ces entreprises meurtrières, ont conféré à cette équipe un sentiment d’impunité au point que le crime est devenu son état de raison. Par une insolente et systématique violations des droits fondamentaux des populations, elle est arrivée à museler par la peur et l’intimidation ses propres concitoyens, érigeant une politique d’exclusion sociale et un pouvoir sans partage en système de gouvernance.

Ce pouvoir porte en lui tous les ingrédients d’un système qui s’engage sur la voie du suicide collectif d’autant plus que ses anciens architectes et collaborateurs ayant fait défection le dénoncent fermement. Dans l’émission « Straight Talk Africa » de VOA animée par le journaliste Chaka Saali, Monsieur Théogène Rudasingwa fustige l’inquiétante tendance à une âpre bipolarisation ethnique de la société rwandaise. Nous avons pu ainsi apprendre, sur lesdites ondes, que seulement les personnes d’ethnie tutsie et leurs proches ont accès aux hautes fonctions, dans les services publics. On relèvera, par ailleurs, que le Président de la République, le Ministre de la défense, le chef d’Etat – Major Général et ses adjoints, les chefs de la police, ainsi que les chefs des services de renseignement sont tous de la même ethnie tutsi. Ceci confirme que les autres ethnies sont complètement écartées de la gestion de leur propre pays.

L’on vous dira quand vous arrivez au Rwanda, que les ethnies n’existent pas et qu’il n y a ni hutu, ni twa ni tutsi. Et pourtant cette réalité est loin de s’estomper tant les Rwandais se reconnaissent entre eux et la vivent au quotidien. Le chef de l’État, quand bien même il la dénie farouchement, la même réalité resurgit sans face cachée dans les nominations des responsables de son administration. Tout ceci est de nature à engendrer frustrations, rancunes, méfiance, animosité, haine, et discorde entre communautés dont la seule conséquence envisageable reste la révolte populaire.

C’est dans cette même logique discriminatoire que les dirigeants de Kigali ont forcé à l’exil, éliminé moralement et physiquement ou jetés arbitrairement en prison l’élite originaire des autres ethnies. D’une liste non exhaustive nous citerons le Gen Rusatira, le Col Kanyaregwe Alexis et son fils, le Col Hakizimana, le Col Nzabanita, le Col Sebahire, le Maj Bizabarimana, le Maj Rugambage, le Président Bizimungu, les 1ers Ministres Twagiramungu et Rwigema, les Ministres Sendashonga et Gasana, le Cap Kayihura, le Cap Bwanakweri,  le Col  Lizinde, le Col Biseruka, etc.., collaborateurs des premières heures dont le sort est aujourd’hui connu de tous. Une vraie catastrophe pour le Rwanda et pour l’humanité.

Les récentes défections constatées dans les rangs du FPR, suivies de tentatives d’assassinat contre entre autre la personne du Gen Kayumba, l’emprisonnement de plusieurs officiers généraux et supérieurs, le harcèlement et l’élimination des opposants politiques dont la plupart d’ethnie tutsi, sont le signal d’un malaise plus profond et de la prise de conscience du danger « Kagame et son régime sous FPR». Des témoins rapportent, en effet, que le gouvernement rwandais s’emploie à stigmatiser et à s’acharner avec les méthodes inhabituelles sur des tutsis modérés ; surtout sur ceux qui osent décrier la discrimination ethnique en vigueur au sein des services et sur des lieux publics. Par ces observations, on conclut que le problème hutu-tutsi n’est pas seulement la fumée d’un programme obscur au profit des seuls dirigeants rwandais mais bien un programme judicieusement élaboré de dépeuplement systématique de l’Afrique Centrale et celui d’abrutissement des rares survivants ; les porte-flambeaux dudit programme étant le régime actuel au Rwanda et ses régimes satellites de la Région des Grands Lacs.

Excellence, en tant qu’êtres humains, notre responsabilité, devenu prioritaire est de mettre fin à cette prise d’otages et d’empêcher qu’un seul homme et sa bande sèment impunément et indéfiniment la terreur dans le pays et dans la sous-région. Vous avez, en tant que le Secrétaire Général des  Nations Unies, la possibilité et les moyens de venir efficacement en aide aux populations des pays des Grands Lacs afin de leur permettre de vivre une paix réelle, sûre et durable.

Les populations des Grands Lacs attendent impatiemment votre ferme intervention contre un régime qui martyrise non seulement sa population mais aussi celles des pays voisins. Aussi, nous vous prions d’user de votre influence et autorité pour favoriser, au Rwanda,  l’émergence d’un authentique État de droit, respectueux du droit et lois internationaux.

Nos sincères respects,

Emmanuel Munyaruguru
Terre de Paix Agakiza

Rwanda:une leçon de courage et de détermination par Victoire Ingabire

Victoire Ingabire au Tribunal ce 20/06/2011_Photo Umuvugizi.com

Le lundi 20 juin 2011, l’opposante rwandaise Madame Victoire Ingabire détenue à Kigali depuis octobre 2010 pour avoir voulu faire enregistrer son parti FDU et se présenter contre le dictateur Paul Kagame à l’élection présidentielle d’août 2010, devait comparaître devant la Haute Cour de Kigali pour le début de ce procès politique.

A son arrivée au tribunal où étaient massée une foule de sympathisants et d’admirateurs, elle a étonné par son assurance et la détermination affichées sur son visage malgré plusieurs mois passés dans la sinistre prison connue sous l’appellation de « 1930 » allusion à l’année de sa construction.

Mais ce qui restera dans les annales comme un des gestes les plus beaux d’une prisonnière politique, c’est quand elle a levé ses deux bras encore menottées, les deux pouces en l’air comme pour dire à la foule : « Nous défendons la bonne cause et nous vaincrons ». Ces geôliers déployés en masse n’en croyaient pas leurs yeux.

Finalement, la Haute Cour a accédé à la demande de la défense qui, lors de sa comparution en mai dernier, avait demandé en vain, que le procès soit reporté au moins en septembre2011. La défense demandait en effet un délai raisonnable pour pouvoir étudier le dossier d’accusation qui contient pas moins de 2500 pages rédigées pour l’essentiel en kinyarwanda alors que deux des avocats de Victoire Ingabire, de nationalité anglaise, ne maîtrisent pas cette langue.

S’adressant à la cour, la présidente du parti FDU-Inkingi s’est dite prête à se défendre contre les témoins de l’accusation que sont Uwumuremyi Vital, Nditurende Tharcisse, Habiyaremye Noel et Karuta, des anciens rebelles des Forces de Libération du Rwanda (FDRL) selon le Parquet. Ils ont déjà plaidé coupables et souhaitent un procès immédiat. Poursuivant son intervention, Victoire Ingabire a fait savoir que certains de ses droits sont bafoués notamment le fait de ne pas lui permettre de communiquer avec sa famille, ni par écrit, ni par téléphone ou le fait de la maintenir dans des menottes au sein du Tribunal. Les juges ont estimé qu’effectivement devant les juges, l’accusé ne doit pas être menotté mais ils n’ont pas pris une décision à ce sujet.

Vu les vacances judiciaires qui approchent, le procès a été reporté au 5 septembre 2011. Les juges ont fait savoir qu’à cette date, aucune autre raison ne pourra plus être évoquée pour reporter le procès.

Jane Mugeni
EdA Press

Rwanda : un procès politique contre Mme Victoire Ingabire Umuhoza

Victoire Ingabire Umuhoza/photo EdA Press

Ce lundi 20 juin 2011, s’ouvre à la Haute Cour de Kigali, le procès contre Mme Victoire Ingabire Umuhoza, Présidente des FDU-Inkingi, parti d’opposition que les autorités rwandaises refusent toujours de reconnaître. Officiellement, elle est accusée : d’idéologie du génocide, de collaboration avec un groupe terroriste, de divisionnisme, de propagation des rumeurs visant à soulever la population contre le pouvoir, de création d’une armée rebelle, de vouloir renverser le pouvoir par la force. Mais derrière ce maquillage judiciaire, se cachent en réalité des motifs politiques de la dictature du FPR comme nous allons le démontrer.

Mme Victoire Ingabire Umuhoza avait été présentée devant la même Cour, lundi 16 mai 2011, contre l’avis de ses avocats qui avaient demandé un délai de 3 mois pour être en possession de la traduction de plus de 2400 pages du dossier, afin de l’étudier avec leur cliente qu’ils n’ont jamais pu rencontrer sans la présence des éléments des services de renseignement rwandais. Elle avait été présentée à la cour avec quatre co-accusés: Tharcisse Nditurende, Jean Marie Vianney Karuta, Noël Habiyaremye et Vital Uwumuremyi. Ils étaient escortés par une multitude d’agents pénitenciers, de policiers et d’agents des services de renseignement (CID: Département des Investigations Criminelles). Cette équipe était dirigée par le chef de la police dans le district de Nyarugenge, M. Mutezintare, accompagné par le directeur de la prison centrale de Kigali, dite de « 1930 ».

a. Motifs politiques :

Depuis l’installation du pouvoir dirigé par le FPR-Inkontanyi, ses responsables ont instauré une tradition d’organiser des procès judiciaires dans le but d’écarter des opposants réels ou supposés. Dès l’entrée en fonction, le régime de Paul Kagame a jeté en prison des centaines des milliers de personnes accusées à tort ou à raison de participation au génocide. Si parmi ces prisonniers il y avait des personnes qui auraient pu participer au génocide, petit à petit, des personnes furent faussement accusées de ce crime dans le but de les exproprier de leurs biens ou pour les mettre hors jeu politiquement. C’est aussi ce que dit en substance le dernier communiqué de l’organisation Amnesty International[1].

Toutes les personnes qui ont, à un moment ou un autre, essayé de contredire les tenants du pouvoir, ont été poursuivies soit pour génocide, soit pour idéologie du génocide et ce, même après plusieurs années de bons et loyaux services envers ce régime. Les exemples ne manquent pas : l’ex-premier ministre Pierre Célestin Rwigema, l’ex-président du parlement Alfred Mukezamfura ou encore l’ancien sénateur Safari Stanley furent poursuivis et condamnés pour génocide, alors qu’ils avaient occupé ces hautes fonctions pendant plusieurs années. Tous ceux qui ont voulu se montrer critiques ou qui ont voulu quitter le FPR officiellement pour créer un parti d’opposition tels que l’ancien Président Pasteur Bizimungu, l’ancien ministre Charles Ntakirutinka, l’ex-candidat à l’élection présidentielle de 2003, le docteur Théoneste Niyitegeka, ont été poursuivis pour des crimes fabriqués de toutes pièces. La réalité est pourtant tout autre : les motifs politiques sont les principales raisons  de ces procès.

Lorsque Mme Victoire Ingabire arrive au Rwanda le 16 janvier 2010, le régime est décontenancé devant la détermination de cette dame qui ne mâche pas les mots pour dénoncer le musèlement de la presse, les injustices sociales, des procès inéquitables et un deuil discriminatoire.  Défier le général Paul Kagame et aspirer à être son challenger aux élections présidentielles, ne pouvait qu’attirer les foudres contre la Présidente des FDU-Inkingi.  Le régime du FPR n’a pas lésiné de moyens pour trainer Mme Ingabire dans la boue tout en se cachant derrière les motifs judiciaires.

i.     Persécution de Mme Victoire Ingabire Umuhoza  dès son arrivée au Rwanda

Lorsque les FDU-Inkingi annoncèrent leur intention d’aller s’implanter au Rwanda en vue de participer aux élections présidentielles d’août 2010, les actes d’intimidation et autres menaces commencèrent pour dissuader les FDU-Inkingi de rentrer au Rwanda. Les premières tentatives furent évidemment le refus d’octroi des passeports aux candidats potentiels au retour au Rwanda en vue d’y implanter le parti. Ce refus n’entama en rien la détermination des FDU-Inkingi à rentrer au Rwanda pour y exercer les droits politiques reconnus par la Constitution en vigueur au Rwanda. Le gouvernement rwandais recourut alors aux médias qu’il contrôle pour  diaboliser Mme Victoire Ingabire Umuhoza et au lobbying pour l’accuser d’avoir osé participer, avec des représentants des FDLR, à une réunion sur la réconciliation des Rwandais. Comble de l’ironie, le FPR avait été aussi convié et était représenté à cette réunion organisée à Barcelone par une ONG espagnole. Pourtant, tout le monde reconnaît que les FDLR font parti de l’équation à résoudre pour garantir une paix durable à la région des Grands Lacs en général et au Rwanda en particulier.

Les appels au lynchage de la Présidente des FDU-Inkingi furent lancés par les plus hautes autorités de l’Etat. L’unique quotidien rwandais, le pro-gouvernemental The New Times (TNT), se consacra à une série d’éditoriaux et d’articles, qui chaque jour, déformèrent, transformèrent les discours de Mme Ingabire, la dénigrèrent, la traitèrent de tous les noms d’oiseaux, l’accusèrent de défendre la thèse du double génocide, de propager l’idéologie génocidaire, de prêcher le divisionnisme, de porter atteinte à l’unité nationale, de collaborer avec les FDLR, etc. Les autres médias de l’Etat ou qui sont proches du pouvoir emboîtèrent le pas à TNT et relayèrent les appels au lynchage à son encontre. Son seul crime : avoir osé évoquer les poursuites contre les personnes responsables des massacres, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre les Hutus à l’instar des responsables du génocide contre les Tutsis.  Elle est « coupable » d’avoir appelé à lutter contre l’impunité en pointant du doigt des crimes commis par l’armée du FPR. Or ces crimes ont été confirmés par ailleurs par le rapport de l’ONU « Mapping exercice » publié le 1 octobre 2010.

Le 3 février 2010, elle sera agressée dans l’enceinte du bureau administratif du Secteur Kinyinya. Comme cela ne suffisait pas pour décourager la présidente des FDU-Inkingi, la  police prit le relais et commença à la convoquer quasi-quotidiennement pour des interrogatoires qui dureront des fois jusqu’à 10 heures par jour. L’épreuve d’usure psychologique entre alors en marche. Lorsqu’elle voulut prendre l’avion pour aller rendre visite à sa famille, la police l’en empêcha alors qu’aucun ordre de quitter le territoire ne lui avait été intimé précédemment. Le 22 avril 2010, elle est placée en résidence surveillée. En réalité, les torts majeurs reprochés à Madame Victoire Ingabire Umuhoza et son parti sont ceux d’avoir osé créer un parti d’opposition et d’avoir demandé que les personnalités politiques et militaires au sein du régime coupables présumés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité soient déférés devant la justice.

ii. Persécution des autres membres des FDU-Inkingi

En même temps que la campagne de diabolisation et d’agression contre Mme Ingabire s’intensifiait, les autres membres du parti qui ont osé s’affirmer comme tels ou soupçonnés de l’être, furent à leur tour persécutés, renvoyés de leur travail, battus et certains furent emprisonnés ou portés disparus. Alors qu’ils se préparaient à participer à une manifestation organisée par l’opposition[2] en date du 24 juin 2010, des centaines de membres des FDU- Inkingi ont été interpellés et battus par des policiers à Gishushu (Remera) ainsi que devant le ministère de la Justice à Kimihurura. Ils se rendaient à une manifestation pacifique devant le ministère pour demander au gouvernement de lever : le refus d’enregistrement des FDU-Inkingi ;  les mesures restrictives et les fausses accusations contre leur présidente Mme Victoire Ingabire Umuhoza placé en résidence surveillée depuis le 22 avril 2010 et privée de ses droits publics élémentaires.

Deux membres du comité exécutif provisoire des FDU-Inkingi, M. SylvainSibomana, Secrétaire général, et Mme Alice Muhirwa, furent arrêtés et torturés par les éléments de la police nationale. Mme Alice Muhirwa sera hospitalisée plusieurs jours suite à ces maltraitances. D’autres responsables des FDU-Inkingi notamment ceux de la Ville de Kigali furent également battus, arrêtés et mis en cachot avec des membres du PS-Imberakuri dont leur président  Me Bernard Ntaganda. Derrière les accusations criminelles portées à l’encontre de tous ces membres, se cachent des motifs politiques : aucun citoyen n’a le droit de manifester pacifiquement contre le régime et les lois liberticides taillées sur mesure afin de se maintenir indéfiniment au pouvoir.

iii. Refus d’enregistrement du parti FDU-Inkingi

Les FDU-Inkingi sont un parti d’opposition fondé en exil et qui a pris la décision de rentrer au Rwanda, y exercer ses droits politiques reconnus par la Constitution rwandaise et ce d’autant plus que les autorités rwandaises n’arrêtent pas de crier au monde entier que les portes sont ouvertes pour tous les réfugiés qui souhaitent rentrer dans leur pays. Lorsqu’elle arrive au Rwanda, Mme Ingabire entame directement les démarches administratives en vue de faire enregistrer les FDU-Inkingi, qui entre-temps avaient pu recruter les membres à l’intérieur du pays. Comme le prévoit la loi rwandaise sur les partis politiques[3], pour être agréé, chaque formation politique doit tenir une Assemblée Constituante, réunissant les représentants  du parti de chaque district, selon une répartition imposée par cette loi.

Les FDU-Inkingi ont demandé à plusieurs reprises l’autorisation de tenir la Constituante,  mais chaque fois cela leur fut refusé. Dans un premier temps, les autorités locales prétendirent qu’il fallait d’abord la permission de la police, ce que cette dernière rejeta, avant de se rabattre comme toujours sur des crimes supposés de Mme Ingabire, alors même que lors des premières demandes, elle ne faisait jusqu’alors l’objet d’aucune inculpation. Lorsque l’autorisation fut demandée par le premier vice-président du Comité Exécutif Provisoire, ce fut la même rengaine, alors que lui non plus, ne faisait l’objet d’aucune poursuite. L’évidence finit par s’imposer, le régime en place ne voulait d’aucune manière la reconnaissance d’un véritable parti d’opposition, mais pour tromper l’opinion, ce fut toujours les motifs criminels supposés de la présidente de Mme Ingabire qui furent mis en exergue.

b. Transformations des motifs politiques en raisons criminelles

Ce que tout le monde redoutait depuis un certain temps, notamment depuis l’entrée en scène du Président Kagame, arriva. Répondant à une énième convocation de la police anti-criminelle (CID), Mme Ingabire fût arrêtée le 21 avril 2010 vers 9 h GMT. Stupeur et consternation s’installèrent parmi ceux qui luttent pour la démocratie et qui rêvaient d’une amorce d’un changement démocratique et pacifique. Le même jour, elle fut présentée au parquet pour lui signifier qu’elle était inculpée pour idéologie du génocide, divisionnisme et collaboration avec un mouvement terroriste, les FDLR. Sa maison fut fouillée de fond en comble, ses ordinateurs, téléphones portables, flashs disc, SIM cards, CD’s, documents divers furent emportés par la police et elle fut emmenée au cachot où elle passa la nuit. Par ces documents la police a pu se procurer tout le fonctionnement des FDU-Inkingi, les noms de leurs membres qu’elle a commencé à intimider et à harceler. Le 22 avril 2010, Mme Ingabire sera mise en liberté sous contrôle judiciaire. Les harcèlements vont cependant continuer jusqu’à sa seconde arrestation le 14 octobre 2010 après une semaine de siège. Elle fut d’abord détenue à la station de police de Kicukiro avant d’être transférée à la prison centrale de Kigali, appelée « 1930 », où elle est détenue jusqu’aujourd’hui.

c. Les chefs d’accusation :

i.      L’idéologie du génocide :

« Moi et ma formation politique FDU-Inkingi, fondée en 2006, reconnaissons qu’en 1994 il y a eu au Rwanda un génocide contre les Tutsi. Nous reconnaissons aussi qu’avant 1994, en 1994 et après 1994, il y a eu au Rwanda des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ayant visé les autres composantes de la population rwandaise. Ce sont des faits concrets auxquels nous avons assisté et qui ont été reconnus par l’Organisation des Nations Unies dans sa Résolution 955 du 08 novembre 1994. Nous affirmons aussi sans ambages que toute personne ayant une responsabilité dans ces crimes, qu’elle ait fait partie de l’ancien régime ou qu’elle fasse partie du régime actuel, doive répondre de ses actes devant la justice. Tous ces deux crimes sont graves et sont imprescriptibles mais nous n’avons jamais cherché à les comparer ni à exonérer les responsabilités des uns par les responsabilités des autres. Nous reconnaissons aussi que le crime de génocide est le degré le plus haut de l’inhumanité. Nous militons pour que la souffrance de tous les rescapés soit suffisamment reconnue et qu’une indemnisation spéciale leur soit accordée », Mme Victoire Ingabire Umuhoza, Communiqué des FDU-Inkingi du 03 mai 2010.

Cette déclaration est on ne peut plus claire et reprend ce que les FDU-Inkingi et sa présidente ont toujours dit publiquement. Il n’y a aucun doute sur la reconnaissance du génocide par les FDU-Inkingi et par sa présidente. Elle est donc victime de la délation mensongère du FPR qui veut liquider tout leader d’opinion en se servant de la loi n°18/2008 du 23/07/2008 sur l’idéologie génocidaire. Cette loi a été conçue d’une façon voulue vague et ambigüe comme outil de chantage, pour la faire peser comme l’épée de Damoclès, sur toute personne qui ne partage pas la pensée unique du FPR ou qui se hasarde à affirmer que le FPR a commis des crimes contre l’humanité, voire même des actes qui pourraient être qualifiés de génocide contre les hutus (Procès Peter Erlinder, V. Ingabire Umuhoza, Deo Mushayidi, Paul Rusesabagina, Ntaganda Bernard, etc. ).

Toute différence de point de vue sur les faits avérés de notre histoire récente, toute évocation des crimes et des victimes du FPR pendant le conflit de 1990 à 1994 et après, peut être assimilé à l’idéologie du génocide. Le ministre rwandais de la justice Tharcisse Kagarurama avait lui-même reconnu que cette loi posait problème, cela après que les organisations de défense des droits de l’homme telle que l’organisation Amnesty International avaient émis des réserves fortes dans ce sens, mais depuis lors rien n’a changé[4].

ii.      Divisionnisme :

Les FDU-Inkingi sont une formation d’opposition. Cela n’est nullement un mystère que sur le plan de la gouvernance du pays et de la cohésion nationale les FDU-Inkingi sont en opposition totale avec le régime. Notre formation ne peut pas accepter de se ranger derrière le parti qui dirige actuellement le pays sous prétexte que ne pas avoir la même vision que le FPR est volontairement assimilé à du divisionnisme. La Constitution de notre pays, que le régime du FPR a mise en place lui-même, reconnaît le multipartisme, les citoyens ont en principe le  droit d’avoir des projets politiques concurrents  de ceux du parti au pouvoir. Dire au monde entier que les Rwandais sont sous le joug  de la peur et d’un totalitarisme politique d’un autre âge, dénoncer une justice qui est sous la coupole de l’exécutif et des tribunaux populaires “gacaca“ qui ne permettent pas l’assistance par un conseil, dénoncer la famine criante dans les campagnes rwandaises et les bidonvilles, regretter que les soins de santé de base fassent défaut malgré l’affiliation obligatoire à une mutuelle de santé, et que l’accès aux écoles secondaires et supérieures soit soumis à des critères discriminatoires, condamner les violations graves du droit humanitaire et le pillage massif des ressources naturelles du Congo et demander que les auteurs de tels crimes soient poursuivis; c‘est cela que le régime appelle le divisionnisme et qui est reproché à la présidente des FDU-Inkingi.

iii.      Collaboration avec un groupe terroriste :

La décision de rentrer pacifiquement faire la politique au Rwanda et contre un régime que nous savions dictatorial et irrespectueux des droits fondamentaux des citoyens n’a pas été simple et n’a pas été prise à la légère. Tous les scenarii pour résoudre les problèmes politiques du Rwanda ont été examinés avec leurs conséquences,  et bien que nous  trouvions la voie pacifique semée de beaucoup d’embûches, elle nous est parue la meilleure solution à long terme, car elle est la seule capable de garantir une alternance sans nouvelle effusion de sang et en  préservant le tissu social rwandais.

En tant que politique, Mme Ingabire a effectivement rencontré un délégué des FDLR, à Barcelone en Espagne ; la rencontre était facilitée par des Organisations Non-Gouvernementales de ce pays. Beaucoup de participants ont pris part à cette rencontre, parmi lesquels une délégation venue du Rwanda dont un parmi eux s’est déclaré ouvertement d’appartenance FPR[5]. Les FDLR sont des Rwandais comme les autres, elles ont besoin d’être rassurées pour regagner le bercail sans avoir peur d’être accusées arbitrairement, et il n’y a rien d’anormal à ce qu’ils participent à une réunion ayant pour objet la réconciliation.

Les FDU-Inkingi sont en désaccord total avec la politique du gouvernement de « débauchage » de quelques dirigeants des FDLR, tout en privilégiant l’usage de la force contre tous les autres, comme si le gouvernement n’avait aucun intérêt à ce que le problème des FDLR soit résolu une fois pour toutes. Nous savons par expérience, que jamais le seul usage de la force n’a contribué à résoudre les problèmes ayant des origines politiques. C’est cette position politique qui vaut à la présidente des FDU-Inkingi d’être accusée de collaboration avec un mouvement « terroriste ».

iv.      Propagation des rumeurs visant à soulever la population contre le pouvoir :

Les FDU-Inkingi sont une formation qui s’intéresse d’abord à la population. Lorsqu’ elles montrent  tous les problèmes auxquels la population est confrontée, ce n’est pas elles qui doivent être accusées de soulever la population contre le pouvoir. C’est au contraire ce même pouvoir qui est à l’origine du mécontentement de la population, qui doit être dénoncé, à cause de sa politique qui privilégie les intérêts d’un groupe d’individus au détriment du reste de la population, exerce une justice politique qui fait la chasse aux sorcières, développe la délation pour semer la haine et les rancœurs entre les citoyens pour continuer à régner sur les divisions, ravage les cultures des agriculteurs pour les affamer et les maintenir dans la dépendance. Ce n’est donc pas un crime pour une formation d’opposition de pointer du doigt les problèmes majeurs auxquels la population fait face et auxquels le parti veut proposer des solutions alternatives.

v.      Création d’une armée rebelle pour renverser le pouvoir par la force :

Connaissant les antécédents qu’il a créés lui-même, contrairement à l’assertion prétendant qu’il se soucie de l’intérêt de la sécurité du peuple rwandais, le FPR cherche à protéger à tout prix son système, et crie au loup chaque fois qu’un opposant ose se déclarer ouvertement contre son totalitarisme. En effet, ce régime, parce qu’il ne croit pas du tout en l’alternance politique par des voies pacifiques et démocratiques, a peur qu’une autre organisation ne cherche à rééditer ses exploits de conquête du pouvoir par les armes. Le Général Paul Kagame, à cause de sa gouvernance dictatoriale et des graves crimes contre l’humanité qu’il est soupçonné d’avoir personnellement ou par délégation commis, sait pertinemment qu’il ne peut pas gagner des élections libres et transparentes.

Les accusations selon lesquelles la présidente des FDU-Inkingi serait impliquée dans des actions militaires et dans la formation de groupes terroristes sont mensongères et des pures affabulations. Le procureur de la République appuie toute son accusation sur les déclarations d’un autre accusé devenu témoin clé, un certain Vital Uwumuremyi, qui affirme qu’il aurait proposé à madame Victoire Ingabire la création d’un mouvement rebelle CDF, et qu’elle aurait accepté le plan, et payé quelques milliers de dollars pour une étude de faisabilité. Personne dans la région n’est au courant de ce mouvement. Le même témoin clé a fourni une liste de complices, eux aussi ex-membres des FDLR, qui par hasard étaient déjà en prison avant le retour de l’accusée principale au Rwanda.

Autour des déclarations de ces accusés-témoins, le ministère public a construit une double accusation de création d’une rébellion, d’actes terroristes pour tenter de renverser le régime par  la force. Heureusement que le ridicule ne tue pas ! Le parquet rwandais a même prétendu que le puits perdu de sa maison de location destiné à collecter des eaux de pluies serait une tranchée militaire. Aussi, ces délations soutenues par des prisonniers qui se rachètent ou sont payés aux gros sous par les services secrets, sont-elles dénuées de tout fondement et sont devenues monnaies courantes pour neutraliser ou emprisonner tous les opposants au régime du Général Kagame[6]. C’est ainsi que Déo Mushayidi, Bernard Ntaganda, Paul Rusesabagina, et caetera font tous l’objet du même chef d’accusation que Mme Victoire Ingabire Umuhoza.

vi.Complicité dans les actes visant à renverser le pouvoir par la force :

Toute formation d’opposition s’inscrit dans la ligne de remplacement du pouvoir auquel il est opposé. En choisissant de rentrer au Rwanda pour y faire la politique, les FDU-Inkingi ont annoncé clairement leur intention de remplacer le pouvoir du FPR par un pouvoir issu des urnes, c’est-à-dire issu du choix du peuple. Pour des raisons que nous avons expliquées, les FDU-Inkingi ont cependant exclu l’usage de la force et ont choisi la voie pacifique, la seule nous semble être la meilleure solution à long terme. Les FDU-Inkingi n’ont donc rien avoir avec ceux qui prépareraient le renversement du pouvoir par la force. C’est de nouveau un crime fabriqué de toutes pièces pour empêcher les FDU-Inkingi d’être en compétition pour le pouvoir.

d. Ingérences de l’exécutif et des autorités politiques dans le dossier judiciaire

 

Dans un Etat de droit digne de ce nom, le système exécutif est garant du respect de la Constitution. La Constitution rwandaise reconnaît l’indépendance du système judiciaire et l’égalité de tous les citoyens devant la loi. La présomption d’innocence est par ailleurs reconnue par la loi aussi longtemps qu’il n’y a pas eu de condamnation par un tribunal compétent.

Même si l’indépendance de la justice rwandaise est sujette à caution, les plus hautes autorités rwandaises, à commencer par la première d’entre-elles, le Président de la République, le Général Paul Kagame, n’ont pas attendu que la justice se prononce dans le dossier de Mme Ingabire pour l’accuser sans nuance aucune des crimes inventés de toutes pièces.

Le ballet des attaques fut initié dès le lendemain de son arrivée au Rwanda par le ministre de la sécurité intérieure et président du Parti Démocratique Idéal, un parti-satellite du FPR, Sheikh Mussa Fazil Harerimana. Dans son interview dans le quotidien indépendant pro-gouvernemental, The New Times[7],  le ministre Harerimana charge Mme Ingabire et l’accusa de révisionniste et de négationniste et la menaça de poursuites pour la simple raison qu’elle avait osé dire que les victimes hutues du conflit rwandais devaient elles aussi à l’instar des victimes du génocide des Tutsis, être honorées dignement. Voilà la dialectique du FPR , évoquer les victimes hutues est assimilée à nier le génocide des Tutsis!

Dans le même ordre d’idées, le Secrétaire Exécutif de la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG), Jean de Dieu Mucyo s’en est  pris violemment à Mme Ingabire qu’il accusa de divisionniste et en appela aux autorités pour trouver une suite appropriée. Le même discours fut poursuivi ensuite les partis satellites du FPR. M. Jean Damascène Ntawukuriryayo, président du Parti Social Démocratique (PSD) et porte-parole du Sénat d’alors, qui insinua que Mme Ingabire semait le doute sur l’existence du génocide commis contre les Tutsis., Ensuite M. Protais Mitali, président du Parti Libéral, qui accusa Mme Ingabire de jouer la carte ethnique[8].

A tout seigneur tout honneur, la palme d’or revient enfin au Président Paul Kagame lui-même. Dans un discours très remonté prononcé le 07 avril 2010, à l’occasion de la commémoration du génocide, le président Paul Kagame traita publiquement Mme Victoire Ingabire Umuhoza de « hooligan que les Occidentaux veulent placer à la tête du pays »[9].

Dans plusieurs sorties publiques, le président de la République se prit à elle, allant jusqu’à déclarer que Mme Ingabire allait se heurter à un « mur de lois » qui l’empêchera de se présenter à l’élection présidentielle. Il n’hésita pas à déclarer que « nous nous sommes battus et ce que nous [le FPR, ndlr] avons obtenu par les armes, ils ne nous le prendront pas par les urnes ». Dans un autre discours, il déclara que l’espace politique au Rwanda était pleine. Dès lors que le Président de la République parle en ces termes, on comprend aisément le lien entre la politique et la justice ainsi que la marge de manœuvre qui reste à cette dernière, qui désormais peut se mettre au travail pour exécuter les ordres venus de la présidence de la République.

e. Conclusion

 

Comme nous venons de le montrer tout au long de ce document, le procès intenté à Mme Victoire Ingabire Umuhoza est un procès politique destiné à écarter un concurrent politique dans le but de pérenniser  la dictature du parti-Etat, le FPR. Dès que les FDU-Inkingi ont annoncé leur intention de rentrer faire la politique au Rwanda, les attaques de toutes sortes ont commencé et aucune initiative n’a été laissée de côté pour dissuader les FDU-Inkingi de rentrer au Rwanda. Du refus des passeports aux membres du parti qui souhaitaient rentrer au Rwanda avec la présidente pour implanter le parti, aux accusations sans fondement de collaboration avec les rebelles des FDLR opérant à l’Est de la République Démocratique du Congo, rien n’a été laissé au hasard. Voyant la détermination toujours intacte de la Présidente des FDU-Inkingi, les stratèges du régime ont opté pour la transformation sournoise des motifs politiques en raisons criminelles pour barrer la route aux FDU-Inkingi et à Mme Ingabire, leur présidente. La transformation de son discours au mémorial de Gisozi, la campagne médiatique haineuse menée par une presse du régime partisane, l’ingérence des autorités dans le dossier judiciaire, les attaques physiques dirigées contre Mme Ingabire dans les locaux administratifs du secteur Kinyinya, alors qu’elle y avait été invitée par les autorités pour des démarches administratives, le changement permanent des charges portées contre elles, la fabrication des témoins et des preuves par le procureur et les services secrets, le refus de laisser Mme Ingabire s’entretenir avec ses avocats en toute liberté, etc. sont autant d’éléments qui nous permettent de conclure que ce procès est politique et que sa solution ne peut être que politique.

Comme l’a dit le professeur Filip Reyntjens (chronique politique du Rwanda 2009-2010, Anvers, mai 2010), Mme Ingabire est en fin de compte victime d’avoir publiquement mis en cause les fondements même du pouvoir en s’attaquant à trois monopoles du FPR: a) le statut du FPR comme “autorité morale”, b) le statut des Tutsis comme “seuls victimes” du génocide rwandais, c) le statut des Hutus comme “criminels”. Ces trois piliers constituent en fait la base de la légitimité interne et internationale du FPR. Son régime a donc vu l’émergence d’une réelle opposition à l’intérieur du pays, qui revendique l’ouverture de l’espace politique, comme une menace d’une situation que le FPR considérait comme acquise, à savoir : le contrôle total de la politique et de la société rwandaise.

Mais alors, un pouvoir qui s’est imposée par la force et par conséquent illégitime, peut-il rendre justice ? Un pouvoir totalitaire usé, présumé criminel, népotiste, clientéliste, incapable de résoudre l’épineux problème de la réconciliation nationale et la plupart des problèmes auxquels sont confrontés nos concitoyens, ne mérite-t-il pas plutôt d’être remplacé par un pouvoir choisi par le peuple ? Nous tenterons prochainement d’apporter une esquisse de réponse à toutes ces interrogations

Fait à Paris, le 19 juin 2011
Pour le Comité de coordination
Dr Emmanuel Mwiseneza
Délégué à l’Information et à la Communication


[1] Amnesty International on Saturday called on Rwanda to stop using a law aimed preventing « genocide ideology » to stifle dissent and charge critics and journalists, in http://news.yahoo.com/s/afp/20110618/wl_africa_afp/rwandapoliticsrightsmedia_20110618152919

[2] Cette manifestation dont l’autorisation avait été demandée par le Parti PS-Imberakuri fondé par Me Bernard Ntaganda, aujourd’hui lui-même en prison, fut réprimée sauvagement par la police avant même qu’elle n’ait lieu.

[3] Loi organique n° 19/2007 du 04/05/2007, complétant la loi organique n° 16/2003 du 27/06/2003 : même si cette loi est conçue sur mesure pour dissuader les autres partis politiques de voir le jour, les FDU-Inkingi avaient décidé de la respecter et avaient réussi à remplir les conditions draconiennes imposée par cette loi.

[4] « Réagissant à ce texte, le ministre rwandais de la Justice Tharcisse Karugarama a estimé que ces lois ont été votées dans l’intérêt du Rwanda pour éviter la réédition du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. « Comme d’autres pays à travers le monde, le Rwanda a des lois sur l’idéologie du génocide pour que nous ne retournions jamais à la haine et au divisionnisme du passé », a expliqué M. Karugarama, dans un communiqué officiel dénonçant un rapport « inexact et partisan ». « Toutefois, dans le processus de reconstruction de notre pays et de développement de notre système de justice, nous sommes en train d’amender tous nos textes de loi », a-t-il expliqué. « Ainsi, les lois sur l’idéologie du génocide et le divisionnisme sont actuellement en cours de révision et nous les amenderons dans l’intérêt du Rwanda », a ajouté ce responsable, sans préciser la nature de cette révision. », (http://www.challenges.fr/actualites/medias/20110603.AFP3584/
rwanda_amnesty_demande_la_revision_des_lois_sur_lideolo.html)

[7] The New Times, Monday 18th January 2010

[8] Idem

[9] http://www.rnanews.com/index.php?option=com_content&view=article&id=3115:qforeigners-imposing-hooligans-like-ingabire-on-rwandaq&catid=17:politics&Itemid=36

Caricature - Paul Kagame prêtant serment

Transition politique rime avec violence au Rwanda. P. Kagame peut-il éviter ce scénario à son pays ?

Caricature - Paul Kagame prêtant serment

Caricature - Paul Kagame prêtant serment

Il est un constat au Rwanda : chaque fois qu’il y a un changement politique, celui-ci se fait par la violence. Et cela depuis des temps immémoriaux. Dans les rites de la royauté, aucun monarque ne pouvait être intronisé du vivant de son prédécesseur. Vieux ou empêché de régner, les ritualistes de la cour faisaient ingurgiter du lait au roi, à grand débit, le nez bouché. Il mourrait par suffocation. Par euphémisme, il était dit : « Le roi a bu » pour signifier qu’il a été abreuvé mortellement.

Dans le cas où il y avait des rivalités entre les prétendants au pouvoir, il s’ensuivait une guerre rangée. Le gagnant éliminait physiquement tous les membres de famille de son rival ainsi que tous ses partisans. Si le roi mourrait d’une mort naturelle, il devait être « accompagné ». Il fallait désigner une famille-victime dont les membres devaient servir à venger le défunt. Ceux-ci étaient mis à mort.

Plus près de nous, l’histoire offre des exemples épatants des survivances de cette violence politique qui est devenue comme un mode de gouvernement au Rwanda.

Le roi Kigeri Rwabugiri (1853-1895), ayant appris que Kabare, un de ses chefs militaires, engendrerait un roi, exigea que le malheureux soit castré. A la mort de Rwabugiri, son successeur Rutalindwa sera incendié dans sa hutte avec toute sa famille. Ses chefs militaires et ses courtisans furent tous traqués et mis à mort atrocement par la bande à Kabare. Le nouveau roi fut Musinga. Il s’opposa au christianisme et fut exilé au Congo où il mourut. Son fils Mutara Rudahigwa (1931-1959) lui succéda et mourut à Bujumbura dans des circonstances non éclaircies. Il était un obstacle au changement de l’ordre ancien. Il fut remplacé par Kigeri Ndahindurwa qui fut chassé par la révolution sociale de novembre 1959. Il vit en exil aux USA. Grégoire Kayibanda (1924-1976) remplaça Dominique Mbonyumutwa (1921-1986) qui avait été agressé par des partisans du roi. Kayibanda quitta le pouvoir par un coup d’Etat de Juvénal Habyarimana (1937-1994) en juillet 1973 et mourut des suites de mauvaises conditions dans lesquelles il avait été mis. Plus d’une cinquantaine de ses ministres et hauts cadres moururent en prison. Paul Kagame s’empara du pouvoir en juillet 1994 après l’assassinat de Juvénal Habyarimana.

Que fait Paul Kagame, qui rempile pour un deuxième et dernier mandat de 7 ans, pour que sa succession se fasse sans effusion de sang ? Rien. Normalement, dans des pays démocratiques, le pouvoir est donné par le peuple par des élections libres et transparentes. Le parti qui a gagné dirige le pays et les partis politiques perdants vont dans l’opposition. Au Rwanda, Paul Kagame organise des simulacres d’élections qu’il gagne à plus de 90%. Il s’en suit, comme dans l’ancien temps, la persécution des opposants politiques. Ainsi, après son élection en 2003, son challenger, Faustin Twagiramungu, a vite fait de quitter le pays pour sauver sa vie. Un autre candidat malheureux contre Paul Kagame, Théoneste Niyitegeka, a été mis en prison pour plus d’une dizaine d’années. Le prédécesseur de Paul Kagame, Pasteur Bizimungu, faute de l’éliminer physiquement, a été mis en prison durant des années et libéré après avoir demandé pardon. Il avait commis le crime de lèse-majesté de fonder un parti politique d’opposition.

Après un mandat de 7 ans, Paul Kagame a été réélu en 2010 avec le même score stalinien. Une fois investi, il s’est occupé de ses opposants. Bernard Ntaganda a été mis en prison et condamné à de lourdes peines. Déo Mushayidi, un autre opposant politique a été condamné à perpétuité. Une autre opposante de taille, Victoire Ingabire, et qui voulait se présenter contre Paul Kagame à la magistrature suprême dans les dernières élections présidentielles, a été mise, elle aussi, en prison. Selon des observateurs avertis, elle risque une peine de 30 ans ou la prison à vie car son dossier est dans las mains de la juge Angeline Rutazana, connue pour ses excès de zèle dans de telles affaires. C’est elle, en effet, qui a condamné Déo Mushayidi à perpétuité et a infligé de lourdes peines aux journalistes indépendants que le régime avait mis dans son collimateur.

Comme Paul Kagame ne veut pas d’opposants politiques qui un jour pourraient lui succéder démocratiquement, il va continuer à user de la violence pour se maintenir au pouvoir, en les éliminant par tous les moyens. Quiconque veut le remplacer ne peut que lui aussi recourir à la violence pour l’écarter. Paul Kagame, tant vanté par certains médias internationaux, se rend-il compte de ce qu’il l’attend ? Les opposants, il en a et pas des moindres. Déo Mushayidi est un rescapé du génocide. Ceux qui le soutiennent et qui soutiennent un autre rescapé du génocide, Sebarenzi Kabuye, ancien président du Parlement poussé à l’exil par Paul Kagame, sont aux aguets au Rwanda même. Son ancien conseiller Théogène Rudasingwa et son Procureur général Gerald Gahima, en exil eux aussi, ont des attaches profondes dans le pays. Son ancien chef d’Etat-major, le général Kayumba Nyamwasa et le colonel Patrick Karegeya, sont encore populaire dans l’armée. Son ancien ministre de la défense, le général Emmanuel Habyarimana est actif en politique en Suisse. Il a sans aucun doute des fidèles au Rwanda. Le parti de maître Bernard Ntaganda avait été légalement agréé. Il a ses partisans qui continuent à réclamer son élargissement. Victoire Ingabire, elle aussi, est une icône politique au Rwanda. Ses visites en prison en témoignent. Des gens venus de toutes les régions du pays se bousculent à la porte de la prison, mais seulement une vingtaine de personnes sont autorisées à la voir chaque vendredi. Il y a lieu d’y ajouter les partisans des hommes d’affaires Tribert Rujugiro, Valens Kajeguhakwa et d’autres milliers de militaires et de civils lésés par le régime. Deux anciens premiers ministres en exil, des dizaines de ministres et de parlementaires qui l’ont échappé belle lui gardent une certaine rancœur. Tout ce monde et leurs partisans constituent un volcan prêt à exploser. Si Paul Kagame s’entête et continue à faire l’unanimité contre lui notamment par l’élimination des opposants politiques, il ne peut que céder le pouvoir après un bain de sang.
Suis-je un oiseau de mauvais augure ?

Ghislain Mikeno
EdA Press