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L’Ambassadeur du Rwanda à Bruxelles vient encore de « frapper » !

Olivier Nduhungirehe

Olivier Nduhungirehe

Dans le cadre de son offensive pour faire taire toute voix discordante dans des forums de discussion et sur les réseaux sociaux, le très médiatique représentant du régime de Kigali à Bruxelles Olivier Nduhungirehe, vient d’obtenir qu’un certain Zac Biampa soit bientôt banni de DHR (Democracy and Human Rights), un des forums de discussion les plus fréquentés des exilés rwandais.

Au cours du week-end de fin d’année 2016 et du nouvel an 2017, il y a eu des échanges sur le forum DHR sur le thème du phénomène de « hutu de service ». Ces échanges faisaient échos d’un article qui  venait d’être publié sur le site echosdafrique.com.

Parmi ces messages, on notera celui de l’actuel ambassadeur du Rwanda en Belgique, Olivier Nduhungirehe, dans lequel il entend répondre à l’auteur de l’article qui n’est pas membre de DHR mais en le confondant avec un autre forumiste qui lui est bien sur DHR.

Le Lundi 2 janvier 2017 17h37,
« Olivier Nduhungirehe
oliviernduhungirehe@yahoo.fr
[Democracy_Human_Rights] »
<Democracy_Human_Rights@yahoogroupes.fr> a écrit : 

Ignace Rudahunga, 

Le problème n’est pas informatique. La preuve est en que dernièrement, après plus de 24 heures sans voir deux de mes messages apparaître sur DHR, j’ai écrit au Modérateur et mes messages ont subitement été postés!
Quand aux insultes ethnistes, c’est cette expression de « Hutu de service » avec laquelle E. N, vieux ex-FAR déchu, « hors service« , sans avenir et sans espoir, se console derrière son ordinateur. Non seulement Agnes Murebwayire n’a pas condamné cette insulte (vous pouvez à  juste titre me dire qu’elle n’en avait pas l’obligation) mais surtout elle l’a publiquement soutenue jusqu’à l’expliquer, s’adonnant à des comparaisons historiques douteuses.
Je comprends parfaitement la critique politique, même la plus dure et la plus injuste, mais j’ai horreur de ce genre d’attaques personnelles, arrogantes et ethnistes.
Que cela vienne d’E. N, c’est compréhensible. N’a-t-il pas publiquement regretté, ici sur DHR, que « cette Tutsi de Chantal Karara » soit encore « sur cette terre »? Mais qu’Agnes Murebwayire l’ai appuyé, j’en ai pris bonne note.
OJPN
Sent from my iPhone

  (NDLR : En réalité c’est Zac Biampa qui, au cours des échanges avec cette dame, s’était exclamé que l’on dirait que Chantal Karara ne vivrait  point sur cette terre tellement elle semblait ignorer les réalités du terrain).

Le même forumiste  Zac Biampa a naturellement répliqué à cette mise en cause de l’ambassadeur Olivier Nduhungirehe via les forumistes qui venaient d’échanger avec lui sur ce sujet :

A Murebwayire et I. Rudahunga

Il semble que le « hutu de service » ff d’ambassadeur soit survolté et comme dans un état second, il fait feu de tout bois et tire sur tout ce qui bouge. Mais au passage, il laisse évidemment des perles historiques en absurdité.
Ainsi, il est convaincu et voudrait l’en convaincre d’autres que tout hutu qui ne serait pas « de service » comme lui serait « hors service » ! Pour lui il n’y a que deux catégories de hutu : les « hutu de service » et les hutu « hors service ». Autrement dit hors de la domination tutsi point de vie ni de salut ! De même, il est convaincu que  ceux qu’il considère comme vieux (qui ont l’âge de celui qu’il voudrait faire taire et qu’il nomme dans son posting ), n’ont plus droit à la parole et surtout au débat politique. Mais le rejeton de feu J C Nduhungirehe oublie que beaucoup de ses propres maîtres approchent, ont atteint ou ont dépassé cet âge. Le disant, il risque de se tirer une balle dans les pieds. Voilà un exemple des dégâts que peuvent causer la campagne de déshumanisation entreprise par le FPR dans les têtes de certains cadres hutu faibles d’esprit et psychologiquement  vulnérables comme Olivier Nduhungirehe. C’est malheureux  et regrettable !
Zac

 

Sans tarder le Modérateur de ce forum, visiblement contacté par « Son Excellence », a aussitôt adressé une mise en demeure à Zac Biampa:

Bonjour Zac,
Pour maintenir la qualité élevée du débat,  respectons les règles du jeu notamment le respect mutuel et la tolérance de nos interlocuteurs malgré l’opposition de nos idées et positions politiques.
Évitez les termes blessants inutilement et sans aucun apport à l’évolution des idées politiques dans notre société. Gardons le privilège de la contradiction des débats sur ce forum.
Nous apprenons énormément dans la diversité.
Cet avertissement vaut mise en demeure.
Bonne compréhension
IT

Le condamné Zac Biampa ne pouvait qu’accuser réception après que le couperet soit tombé. Il l’a fait en ces termes :

On Tuesday, January 3, 2017 4:58 PM,
« Zac Biampa zac.biampa@yahoo.fr
[Democracy_Human_Rights] »
<Democracy_Human_Rights@yahoogroupes.fr> wrote:

Dont Acte,

Maître,
Je ne dois plus intervenir dans un débat dans lequel « Son Excellence » l’Ambassadeur est mêlé et souvent en me confondant avec ses contradicteurs éventuels.. Et comme il se mêle de tout, ceci signifie que je dois désormais me taire.« Findifindi » irutwa na « So araroga« .
Bien noté.

Conclusion.

Il semble hélas, que Olivier Nduhungirehe, depuis qu’il est « ambassadeur » à Bruxelles soit en train de convaincre une certaine opinion que certains  principes de savoir vivre ne le concernaient pas  mais surtout  que ses contradicteurs n’avaient  pas le droit de répliquer à ses invectives. Ainsi quand on parle de l’assassinat de son petit frère Janvier par les combattants du FPR en 1994 et que l’on fait remarquer qu’il doit taire ce fait ou acclamer ses assassins  comme gage de son allégeance au régime de Kigali, il crie à une « attaque personnelle » qui ne devrait pas être évoquée dans un débat politique. Par contre, quand lui-même déclare que tel activiste politique de l’opposition devrait se taire car sa femme N. Mu. serai fichée par Kigali comme étant liée à « une organisation terroriste » que constituent   les FDLR, Nduhungirehe se défend de se livrer là à une attaque personnelle contre cet opposant. De même quand il évoque l’âge d’un ancien officier des FAR, âge respectable auquel dans le monde entier les officiers ne sont plus du service actif dans l’armée, pour le qualifier de « hors service » et donc prétendre que celui-ci ne devrait plus émettre aucun avis sur la marche de son pays, il se défend maladroitement de ne pas se livrer là à une attaque personnelle.

Le plus inquiétant est que visiblement sa vision erronée de la façon selon laquelle les débats politiques devraient se dérouler est gobée par certains acteurs, en témoigne la mise en garde adressée à Zac Biampa. Il faudrait  que l’opinion tranche ou alors ce serait encore l’occasion de confirmer les adages rwandais : « Urwishe ya nka, ryuracyayirimo… » ou alors « Uko zivuze niko zitambirwa ».

Jean-Charles Murego

 

 

ONU : Ne tirez pas sur des innocents!

Cet article a miraculeusement disparu du site, signe qu’il y a des gens qui veulent nous faire taire. Nous le reproduisons en intégralité.

réfugiésLes principaux partis politiques d’opposition au régime rwandais (FDU-Inkingi, RNC-Ihuriro Nyarwanda, Amahoro People’s Congress, PDR-Ihumure, PS-Imberakuri, PDP-Imanzi) sont unanimes pour dénoncer l’option belliqueuse de l’ONU comme réponse à un problème politique.

Dans une lettre datée du 12 janvier 2015 mais rendue publique le 22 janvier, les principaux partis politiques d’opposition  ont attiré l’attention de la Communauté Internationale sur la dangerosité et l’injustice des opérations militaires que le Conseil de Sécurité de l’ONU ordonne ordre à ses troupes de mener sur les réfugiés rwandais à l’Est de la RDC en général et sur le  groupe FDLR en particulier.

     Contexte

Depuis le 02 janvier 2015, le monde retient son souffle car d’un moment à l’autre, les troupes des Nations Unies peuvent déclencher une vaste offensive à l’Est de la RDC censée éradiquer les combattants d’origine rwandaise regroupé   dans un mouvement politico-militaire – FDLR- créé en 2000 et depuis lors basé dans cette zone.

Pour les moins intéressés par les problèmes de la Régions des Grands Lacs, cela n’a rien de spécial que l’ONU ordonne à ses troupes de démanteler un groupe armé si pour ramener la paix dans la zone où elles sont déployées, il faut passer par là. Mais pour les observateurs avisés, le cas est plus que spécial et risque même de devenir tristement historique car inédit dans les annales des Nations Unies. En effet, il est quand même extraordinaire et même rare, que le Conseil de Sécurité de l’ONU, censée assurer la paix et la sécurité dans le monde, refuse la main tendue pacifiquement par un groupe armé qui se bat contre un régime dictatorial, qui dépose volontairement les armes et qui demande uniquement que ses revendications politiques soient entendues,  mais que l’ONU plutôt s’obstine à exiger une action armée contre ces combattants de la liberté,  tout ça pour faire plaisir à un des Etats membres de la même ONU dont le régime installé par la force en 1994 est notoirement connu pour ses actions contre la paix dans la région et ses violations des Droits de l’Homme à l’intérieur.

Dans le cas d’espèce, le groupe armé FDLR s’est résolu à déposer les armes avant de négocier les conditions de leur retour au Rwanda en toute dignité et sécurité. Ce groupe, dont les experts estiment que ses effectifs avoisinent 1.200 à 1.500 combattants avait, depuis juillet 2014 jusqu’au 02 janvier 2015, pour déposer les armes et mettre ses combattants et leurs dépendants aux mains de la RDC et de l’ONU pour être cantonnés en attendant la suite des événements.

Pendant cette période, et en trois vagues, plus de 300 combattants ainsi que leurs dépendants (femmes et enfants) ont pu être acheminés à travers la jungle et parcourant des centaines de kilomètres à pied jusqu’aux zones de regroupement au Sud et au Nord Kivu qui leur avaient été indiquées.

Au premier janvier 2015, un premier contingent avait déjà été délocalisé à Kisangani dans un camp de l’ONU comme s’était prévu. Dès le 02 janvier 2015, avant même qu’il n’ait reçu le rapport d’évaluation de comment s’étaient déroulées les opérations de désarmement volontaire des FDLR et éventuellement analyser pourquoi tous les combattants n’avaient pas été regroupés avant la date fatidique du 02 janvier 2015, le Conseil de Sécurité déclara la guerre à l’Est de la RDC au motif que son ultimatum du 02 janvier 2015 n’avait pas été respecté.

Depuis lors, les appels à la guerre, les menaces, les intimidations sont devenues le leitmotiv des instances de l’ONU à New York comme en RDC et dont les déclarations semblent être rédigées directement au Village Urugwiro, siège de la Présidence du Rwanda !

Principe foulé aux pieds avec un prétexte douteux

En optant pour la guerre aux réfugiés rwandais en RDC dans un cas où l’option pacifique était pourtant envisageable, l’ONU foule ainsi aux pieds son idéal comme contenu dans le Chapitre I de la Charte. Du coup, en usant abusivement du Chapitre VII de la même Charte, le Conseil de Sécurité perd de sa crédibilité tout cela pour faire plaisir à un de ses Etats membres qu’est le Rwanda. Le Conseil de Sécurité justifie l’usage de la force contre les FDLR notamment en soulignant que ce groupe constitue une menace pour la paix internationale et dans la région mais surtout pour le Rwanda. Or, le Rwanda lui-même déclare à qui veut l’entendre que les FDLR ne constituent en aucun cas une menace pour sa sécurité. Le ministre de la défense du Rwanda, qui est l’ancien Chef d’Etat Major de l’Armée Congolaise, le général James Kabarebe, a lui-même récemment déclaré que les combattants de FDLR ne peuvent même pas rester sur le sol rwandais plus d’une heure s’ils osaient l’envahir militairement.

Pour avoir commandé l’offensive qui a chassé le maréchal Mobutu du pouvoir, pour avoir été Chef d’Etat Major de la RDC pendant deux ans, et par la suite pour avoir en tant que Chef d’Etat Major de l’Armée Rwandaise puis comme Ministre de la Défense ordonné et supervisé les opérations « Kimia I et Kimia II, Umoja Wetu » censées éradiquer les FDLR à l’Est de la RDC, l’analyse du général Kabarebe devrait être prise au sérieux.
Quant à la paix et la sécurité régionale, tous les observateurs ainsi que la société civile dans la région sont unanimes pour dire que les réfugiés hutu en  RDC sont mieux intégrés et acceptés par les populations autochtones que d’autres et que les zones occupées par les FDLR sont les plus sûres du Nord et du Sud Kivu.

Tuer une mouche avec un marteau

Selon les dernières estimations de l’ONU elle-même, les combattants des FDLR seraient réduits entre 1.200 et 1.500 hommes mal encadrés, mal armés et en mauvaise santé… Désormais à ce chiffre, il faudra retrancher le nombre de 350 combattants déjà mis aux mains de la MONUSCO et cantonnés à Kisangani pour certains en attendant leur sort. C’est donc en définitive moins de 1.000 malheureux hères dispersés sur un territoire cinq fois plus grand que le Rwanda qui constituent l’objectif de la fameuse Brigade d’Intervention l’ONU intégrée dans la MONUSCO en appui à la vaillante armée de la RDC, les FARDC, dont les effectifs dépassent les 100 mille hommes ! Pour rappel, cette Brigade de 3.000 hommes est composée d’unités spécialisées comprenant des chars de combat, des hélicoptères d’attaque, de l’artillerie lourde et des éléments de reconnaissance dont les fameuses et désormais célèbres drones. L’on se demande comment les commandants militaires, techniciens sur le terrain vont faire pour ne pas paraître (ou  souffrir d’être) ridicules en déployant une telle armada dans le vide contre un « ennemi » qui n’en est pas un, mais malgré tout désigné et imposé par Kigali.

Dégâts collatéraux humainement énormes mais politiquement « insignifiants » pour l’ONU

D’après le dernier décompte du Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés HCR, quelques 250.000 (deux cents cinquante mille) réfugiés rwandais se trouvent encore en RCD principalement dans le Nord et Sud le Kivu. C’est justement dans ces provinces que sont localisés les combattants des FDLR, en fait parmi ces réfugiés, et donc où vont être dirigées les attaques militaires de l’ONU. Si l’on en croit les porte- paroles de la MONUSCO surtout un certain  Général Abdallah Wafy, les dégâts collatéraux, entendez la mort ou la disparition des réfugiés lors de ces opérations sont insignifiants pourvu qu l’on parvienne à éliminer le petit millier de combattants hutu mal armés même si pour cela il faudrait déplorer la perte de plus de 200.000 civils innocents. rwandais et congolais confondus.

Mettre le M23 dans la balance 

L’autre argument que les va-t-en guerre de New York avancent pour transformer l’Organisation censée assurer la paix en un bloc militaire prêt à mener des opérations dans la région des Grand Lacs est que les combattants hutu des FDLR devraient subir le sort desTutsi du M23.

Rappelons que le M23 est cette nième rébellion tutsi née sur les cendres du CNDP de Laurent Nkunda aujourd’hui replié au Rwanda et qui, après s’être emparé de presque toute la province du Nord Kivu et surtout de son chef-lieu Goma, fut chassé et définitivement défait par la Brigade d’Intervention de la MONUSCO en décembre 2013.

La défaite militaire du M23 était conditionnée à une approche politique qui incluait la pris en compte par le gouvernement de la RDC des revendications du M23. Effectivement après sa défaite, le M23 a passé plusieurs semaines en négociations avec la RDC à Kampala et jusqu’à maintenant les accords conclus sont en train d’être mis en application. Contrairement au M23, les FDLR qui pourtant ont d’elles mêmes opté pour l’abandon de l’option militaire et qui ne demandaient que la prise en compte de leurs revendications politiques légitimes, se voient refuser toute référence à un quelconque droit politique au Rwanda. Que donc l’ONU,  à travers le patron de la MONUSCO Monsieur Kobler, cesse de berner le monde en disant que cela se passera comme pour le M23 ou alors qu’il pousse la logique jusqu’à dire aussi que les revendications politiques des FDLR seront prises en compte après leur neutralisation militaire; ce que Kigali lui ferait payer cher !

Coup de théâtre de dernière minute: les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont annoncé avoir lancé seules, sans les troupes de l’ONU, la très attendue et médiatique offensive pour écraser les FDLR.

Dans une déclaration faite à Beni au Nord Kivu ce 29 janvier 2015, le Chef d’Etat Major général des FARDC le général Didier Etumba a surpris tous les
observateurs en déclarant que
son armée venait de lancer l’offensive baptisée du nom de code de « Sokola 2 » selon ses propres plans tandis que la MONUSCO serait appelé à les appuyer s’il en était besoin.

Il est encore trop tôt pour connaître les tenants et les aboutissants dans cette saga macabre dans laquelle les puissances se disputent le palmarès de qui versera le plus de sang des réfugiés hutu en RDC. Quant au bilan de « Sokola 2 », il ne serait être moins lourd que ceux de Kimia I et II et autre « Umoja Wetu » auxquels était associée l’armée de Paul Kagame, cette fois-ci remplacée par la MONUSCO, aux côtés des mêmes FARDC. Bilan : des milliers de morts, des civils pour la plupart, mais les FDLR (moins de 1500 combattants) toujours déclarés intacts !

Aussi cynique et insensé que cela puisse paraître, il semble que la fameuse Communauté Internationale soit convaincue que l’élimination physique des réfugiés hutu en RDC constitue un solution, et se soit fixée un objectif chiffré en nombres de victimes hutu en RDC pour considérer que le problème politique qu’ils posent soit complément résolu. Quelle naïveté !

Les problèmes politiques du Rwanda ne seront jamais résolus par l’élimination physique des opposants désignés par le régime dictatorial installé à Kigali depuis 1994.

Emmanuel Neretse
31/01/2015

Le problème rwandais ne se limite pas qu’aux seules FDRL

Joseph Bukeye/FDU-Inkingi, s'adressant aux manifestants

Joseph Bukeye/FDU-Inkingi, s’adressant aux manifestants

L’analyse erronée du problème rwandais par la communauté internationale consiste à le limiter aux seules FDRL (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda). C’est par ces mots que Joseph Bukeye, du parti FDU-Inkingi, a conclu son discours après avoir conduit une délégation qui a été reçue par les autorités de l’Union Européenne (UE) en charge du Rwanda et de la région des Grands-Lacs.

En effet, le 11/02/2015, au cours d’une manifestation devant les locaux de l’Union Européenne au Rond Point Schuman à Bruxelles (Belgique), les délégués des organisations politiques et de la société civile ont présenté  un mémorandum à la Directrice du Desk Rwanda de l’UE accompagnée de son collègue en charge de la région des Grands Lacs.

L’objet de la manifestation et du mémorandum était de solliciter l’intervention des autorités de l’UE afin de sauver la vie de plus de 245.000 réfugiés rwandais de l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Ceux-ci risquent d’être décimés par l’opération militaire de démantèlement des FDRL par la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo (MON USCO), assistée par sa Brigade d’intervention de la Force (FIB), selon l’agenda, à partir du 2 janvier 2015. On rappelle que les FDLR sont constituées, selon les estimations de la MONUSCO, d’environs 1.000 à 1.500 combattants entremêlés avec la population civile congolaise et plus de 245.000 réfugiés rwandais non armés.

Par le passé, lors des guerres dites « Kimia I, Kimia II et Umoja Wetu » menées contre les FDLR, un nombre incommensurable de victimes rwandaises non encore identifiées ni répertoriées ont péri. Quand les quelques rescapés de ces hécatombes racontent les horreurs vécues, l’on ne s’empêche pas de constater avec les experts internationaux qu’il s’agit bel et bien de « crimes contre l’humanité ».

Il est tout à fait légitime que les organisations ayant initié la manifestation soient profondément préoccupées par la sécurité de ces populations civiles congolaises et celle des réfugiés rwandais non armés surtout qu’à ce jour, la MONUSCO ne donne aucune indication claire sur la façon dont elle envisage leur protection.

Pour dire vrai, qu’est-ce qui empêche le retour volontaire des réfugiés rwandais dans leur pays ?

Une vue des manifestants du 11/02/2015 devant les bâtiments de l'UE à Bruxelles

Une vue des manifestants du 11/02/2015 devant les bâtiments de l’UE à Bruxelles

Les obstacles viennent des actions et décisions du gouvernement rwandais. Pour mettre sur place un climat propice au retour volontaire des réfugiés, il doit mettre fin à sa campagne de harcèlement et de divisionnisme au sein des réfugiés rwandais et s’atteler à créer les conditions propices à leur retour en toute sécurité. Ceci signifie l’élimination de tous les obstacles notamment: la cessation d’un régime policier, l’organisation d’un dialogue inter-rwandais hautement inclusif, la mise en place des institutions complètement indépendantes du pouvoir exécutif, le respect des droits de l’homme, le démantèlement de toutes les lois liberticides, l’ouverture de l’espace politique, garantie de la liberté d’expression et d’association,  et la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques.

Une des nombreuses banderoles des manifestants

Une des nombreuses banderoles des manifestants

Mais ces conditions sont loin d’être réunies et se sont même empirées ces derniers mois. Il y a de nouveaux meurtres et disparitions de personnes qui continuent d’être signalés dans le pays. En effet, plusieurs familles au Rwanda continuent de rapporter la disparition de leurs proches, et les corps sans vie viennent d’être découverts flottants dans des rivières et des lacs, des charniers sont repérés dans certaines régions, y compris la capitale Kigali (près de la prison centrale).

Pour que le désarmement des FDLR se fasse en épargnant des vies des populations civiles, les organisations politiques et la société civile sont convaincues que la communauté internationale devrait être plus persuasive tout en offrant des garanties plutôt que d’user des mesures de coercition. Les problèmes rwandais sont si compliqués que seule une solution politique est la meilleure car les opérations militaires causeraient d’autres bains de sang comme prouvé dans le passé très récent sans garantie d’aboutir à une paix durable dans la région.

Gaspard Musabyimana
Bruxelles, 12/02/2015

Le cantonnement des FDRL : Colette Braeckman commise à vendre les thèses du régime de Kigali ?

Colette Braeckman

Colette Braeckman

On ne présente plus Colette Braeckman dans la région des Grands Lacs. En effet, cette journaliste du quotidien belge « Le Soir » s’est rendue célèbre depuis une vingtaine d’années en publiant des ouvrages plus ou moins téléphonés et présentés comme résultant des recherches sérieuses, de telle sorte qu’elle est actuellement affublée du qualificatif de « spécialiste de la Région des Grands Lacs » comme tant d’autres qui ont proliféré depuis l’invasion et la conquête du Rwanda par des éléments de l’armée ougandaise.

Ayant accompagné les conquérants qui s’étaient organisés en un mouvement politico-militaire dénommé « Front Patriotique Rwandais : FPR » dès le 01 octobre1990 jusqu’en juillet 1994, c’est d’autorité que Colette Braeckman peut toujours parler du FPR devenu parti-Etat au Rwanda et auquel elle est particulièrement attachée.

Déjà pendant la phase de consolidation du pouvoir du FPR, quand les conquérants s’adonnaient aux massacres de masse (Kibeho avril 1995 : 8000 morts parmi les déplacés pour la plupart des femmes, des vieillards et des enfants), Colette Braeckman se distinguait par un silence assourdissant ou alors louait la bravoure de l’Armée Patriotique Rwandaise pour son efficacité dans le « maintien de l’ordre ». Par contre, quand la population tentait de résister à cette armée d’occupation qui tuait, pillait et violait sur son passage (soulèvements au Nord et à l’Ouest entre 1998 et 2000), Colette Braeckman criait « au feu » et agitait le spectre du «  génocide » pour justifier la répression aveugle et brutale de l’Armée patriotique rwandaise. On ne s’attardera pas sur les attaques et les massacres des réfugiés dans les camps de l’ex-Zaire (1996) que Colette Braeckman a magistralement justifiés, ni à la chasse des Hutu dans les forêts du Zaïre (1996-1997) et qui s’est soldée par plus de deux millions de morts selon le Mapping Report de l’ONU de 2010 et qu’encore Madame Braeckman présente comme « une opération humanitaire ».

Aujourd’hui en 2014, il est question de la réeddition des combattants qui avaient pris les armes pour défendre physiquement et politiquement les réfugiés hutu qui se faisaient massacrer par les troupes de Paul Kagame qui ont occupé la RDC depuis 1997. Ces réfugiés hutu étant aux yeux de Kagame des objectifs militaires, en l’an 2000, leurs enfants s’étaient organisés en un mouvement politico-militaire dénommé « Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda : FDLR ». Aujourd’hui, ils ont décidé de déposer les armes et réclamer leurs droits politiques de manière pacifique. C’est donc dans ce cadre que depuis le 30 mai 2014, ces ex-combattants continuent de déposer leurs armes devant la MONUSCO, le Gouvernement congolais et la SADC. Initialement regoupés dans des localités du Nord et du Sud Kivu, le Gouvernement congolais s’est engagé à ce que ceux d’entre eux qui auront des motifs de craindre de rentrer au Rwanda seront relocalisés loin de la frontière avec le Rwanda à un millier de kilomètres environ où ils seront cantonnés en attendant un éventuel pays d’acceuil.

C’est apparemment cette perspective de résolution définitive et pacifique de la question des FDLR qui a fait sortir Colette Braeckman de ses gonds. Dans un billet publié dans le journal Le Soir du 23 juin 2014 la journaliste n’évite aucune énormité pour discréditer les FDLR et tenter de torpiller le processus de leur cantonnement.

Anachronisme

Madame Braeckman prétend que les FDLR sont sorties du Rwanda en juillet 1994 pour s’installer à l’Est de la RDC. Quand on sait que ce mouvement politico-militaire a été fondé en mai 2000, on se demande sur quoi se base la journaliste pour faire remonter cette organisation à 1994. En effet, avant l’année 2000, on ne trouve aucun texte, aucune déclaration ni même une trace dans la presse faisant état de l’existence des FDLR.

Contradictions

Lorsqu’en octobre 1990, les éléments de l’Armée régulière de l’Ouganda ont envahi le Rwanda, Colette Braeckman fut parmi les premiers journalistes qui ont fustigé ceux parmi les Rwandais qui estimaient que ces assaillants n’étaient autres que des hordes de monarchistes qui s’étaient donnés le nom de guerre d’« INYENZI » et qui ont mené des attaques incessantes sur la jeune République Rwandaise de 1961 à 1968. Colette Braeckman expliquait alors que même si ces combattants de 1990 qui se sont donnés le nom de FPR-Inkotanyi étaient des descendants biologiques des Inyenzi, ils n’avaient rien de commun sur le plan idéologique que ce soit sur leurs objectifs et leurs méthodes. Et voilà que 20 ans après, la même Braeckman défend avec la même hargne sinon davantage, que les FDLR nées en 2000 sont bel et bien les mêmes FAR (Forces Armées Rwandaises) et les Interahamwe de 1994 sans autre argument ou preuve que de dire : «  ils sont tous hutu et sont parents, donc ce sont eux ».

Globalisation et accusations sans fondement   

Madame Braeckman accuse les FDLR d’avoir massacré les Tutsi en 1994. Nous avons souligné cet anachronisme à laquelle elle veut s’attacher mordicus. Elle peut se permettre d’accuser les FDLR des crimes commis avant même leur naissance qu’elle est sûre de ne pas être contredite par ces mêmes FDLR réduites au silence et qu’elle calomnie et encore moins être traduite en justice pour cette infraction. Elle est en position de force. Mais elle devait au moins se souvenir de cette citation de Racine : « A vaincre sans périr, on triomphe sans gloire ». De même, la journaliste belge croit savoir que les FDLR ont commis des crimes en RDC : meurtres, viols, vols, pillages, … Evidemment quand il s’agit des Hutu des FDLR, elle ne prend pas de précaution par rapport au principe que l’infraction pénale est individuelle ; et il lui suffit de décréter que les crimes commis à l’Est de la RDC sont l’oeuvre des Hutu donc des FDLR sans préciser qui a commis quoi, où et quand.

C. Braeckman méprise les Congolais car trop naïfs à ses yeux

En versant des larmes de crocodile sur les souffrances que des populations de l’Est de la RDC endurent depuis 1996, elle en conclut que cette fois-ci, ces mêmes populations devraient s’opposer au cantonnement des FDLR partout en RCD sous prétexte que ce sont ces FDLR qui les auraient fait souffrir. La journaliste se trahit dans son mépris envers les Congolais. En effet, les populations de l’Est de la RDC savent très bien que c’est l’armée de Paul Kagame qui a mis à feu et à sang les deux Kivu depuis 1996. Que ce sont les milices fondées par le même FPR de Kagame qui écument les 2 Kivu, le dernier en date étant le M23 défait en 2013 mais qui pourrait renaître sous une autre forme ; que ce sont les Forces Spéciales de Paul Kagame qui commettent des atrocités envers la population presque sous les caméras des médias ameutés par Kigali lesquels médias auront été payés pour attribuer ces atrocités aux FDLR (Jeune Afrique, …). Les populations congolaises de l’Est de la RDC savent aussi que dans certaines localités, elles n’ont eu la vie sauve que grâce aux FDLR et aux bonnes relations tissées avec les réfugiés rwandais en général. Colette Braeckman croit toujours que les Congolais vont gober ce qu’elle a écrit car les croyant toujours naïfs comme du temps de « Tintin au Congo ».

Méthode de détection de l’idéologie du génocide

Lorsque Madame Braeckman décrète que les FDLR véhiculent l’idéologie du génocide, on s’attendrait à ce qu’enfin il soit révélé comment on décèle ce virus chez un individu ou dans un groupe donné. On s’attendrait à lire un extrait du manifeste des FDLR ou d’un discours de ses dirigeants dans lequel la journaliste montre bien qu’il s’agit de la preuve de l’idéologie du génocide qui habiterait les FDLR. Rien de tout cela. Tout comme le régime de Kagame, Colette Braeckman part du fait que les FDLR sont opposées à la politique menée depuis 1994 par le parti au pouvoir FPR et réclament un système démocratique dans lequel les libertés individuelles sont garanties et où tous les citoyens sont égaux devant la loi sans considérer leurs appartenances ethniques ou leurs pays d’origines (venus d’Ouganda versus venus du Burundi ou du Zaïre, … et tous versus autochtones …comme c’est le cas actuellement). C’est donc cette méthode que Braeckman nous propose de déceler chez quelqu’un « l’idéologie du génocide » : voir s’il réclame la démocratie au Rwanda et sutrout s’il est opposé à Paul Kagame et à son parti FPR. On aurait préféré mieux de la part de notre « spécialiste de l’Afrique »

Haine des Hutu ou défense maladroite des Tutsi.

Les FDLR, en déposant les armes, se sont inscrits dans une dynamique de paix et se sont constitués réfugiés dans le sens des Conventions de Genève relatives au HCR. Dans son billet du 23 juin 2014, Madame Braeckman leur dénie ce droit et recommande carrément qu’ils soient livrés au régime qu’ils ont fui. En affirmant qu’un réfugié hutu ayant fui le régime dictatorial du FPR ne doit pas obtenir la protection du HCR, Madame Braeckman croit accabler les Hutu, mais ne perçoit pas que du même coup, elle dessert les Tutsi qui sont alors de plus en plus perçus par les autres peuples de la région comme des super-hommes à qui tout est permis et  qui ne doivent pas être politiquement contredits. Cette frustration des autres communautés est de nature à générer une haine ou tout au moins une méfiance envers les Tutsi. Est-ce là le but recherché par Colette Brackman ?

En guise de conclusion, un constat se dégage :

– Le processus engagé pour que les FDLR abandonnent la lutte armée et consacrent leurs efforts dans la lutte politique par des voies pacifiques inquiète Kigali ;

– Ce régime s’agite dans tous les sens pour maintenir l’épouvantail que constitue les FDLR , qui menaceraient sa sécurité et donc lui serviraient de prétexte pour continuer à semer le chaos à l’Est de la RDC, un chaos propice aux pillages organisés ;

– Les inquiétudes du régime sont si sérieuses que Paul Kagame doit faire appel à ses anciens fidèles porte-voix comme Colette Braeckman pour reprendre du service afin d’essayer de faire enrayer ce processus qui, s’il aboutissait, le contraindrait à parler des FDLR en termes politiques ;

– Enfin, le cas Colette Braeckman est le prototype même d’un journalisme militant qui, généralement, est chaque fois mis à profit dans les remodelages géo-politiques du monde tels que les conçoivent les super-puissances et les mettent en oeuvre le moment venu. La « presse » alors se doit d’accompagner ces décisions en diffusant les thèses officielles.

Ainsi va le monde!

Ghislain Mikeno
27/06/2014

Rwanda/Ngororero : 16.000 personnes disparues !

James Musoni et Paul Kagame

James Musoni et Paul Kagame

Au Rwanda le journal pro-gouvernemental « igihe.com » dans son édition du 02 juin 2014 rapporte que 16.000 personnes ont disparu de la région de Ngororero (Gisenyi-Nord du pays). Comme ler apporte le journal, les autorités locales et le ministre de l’Intérieur, James Musoni, minimisent la situation, se contentant d’affirmer que ces personnes sont parties dans d’autres régions du pays à la recherche des terres ou qu’elles auraient rejoint les FDRL (Forces de Libérations du Rwanda) en République Démocratique du Congo (RDC).

Le nombre de 16.000 personnes est impressionnant. Il est impossible qu’un mouvement aussi massif de populations passe inaperçu dans une région donnée du Rwanda. En effet, le territoire rwandais est quadrillé par des militaires. Ils sont éparpillés par petits groupes sur bon nombre de collines du pays. Ils sont secondés par les membres de la défense locale (LDF : Local Defense Force), une milice chargée d’encadrer la population par tranches de 10 ménages.

Il y a également la tentaculaire DMI (renseignements militaires). Ses agents sont parsemés dans le Nord du pays où l’on craint des infiltrations des combattants des FDRL. L’avènement des « Intore » (les élus, les meilleurs) est une autre trouvaille du FPR pour surveiller la population. Il s’agit des personnes choisies et qui passent de maison à maison pour vérifier si leurs occupants sont affiliés au parti FPR, au pouvoir. Au niveau communal, il y a les « abakada » (cadres), et la police communale.

Le citoyen est tenu donc quotidiennement à l’œil par ces structures qui ne lui laissent pas la liberté de mouvement. Même pour une simple visite familiale est assujettie aux formalités administratives : le visiteur doit aller d’abord se faire enregistrer auprès de l’autorité sitôt arrivé dans une localité.

Dans ces conditions, il est clair que ces personnes ont été victimes de « disparitions forcées », c’est-à-dire qu’elles ont été arrêtées ou enlevées par ces milices et ces militaires qui sillonnent les collines en repérant leurs cibles. Ces personnes sont détenues dans des endroits secrets de façon que nul ne sait ce qu’elles sont devenues. Il est évident que cela se fait avec l’acquiescement des hautes autorités du pays car 16000 personnes, c’est toute une région qui a été quasi littéralement vidée de ses habitants.

Les disparitions forcées sont monnaie courante ces derniers temps au Nord du pays. Dans son communiqué du 16 mai 2014, Human Right Watch parle d’un nombre croissant de personnes qui ont été victimes de disparitions forcées ou qui ont été officiellement portées disparues au Rwanda depuis mars 2014. Cette organisation précise qu’un grand nombre de cas sont survenus dans le district de Rubavu, dans la province de l’Ouest. HRW a reçu des informations selon lesquelles certaines victimes de disparitions forcées ont été appréhendées par des militaires de l’armée  rwandaise et autres milices qui infestent la région.

Ces disparitions massives dans la région nord du Rwanda sont juridiquement des disparitions forcées selon la définition de HRW, car ces personnes sont privées  de leur «  liberté par des agents de l’État ou par des personnes agissant avec son consentement, suivi d’un refus de reconnaître la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ».

Il est à rappeler, à l’attention des autorités rwandaises concernées, qu’une disparition forcée est un crime contre l’humanité selon les lois internationales.

Gaspard Musabyimana
03/06/2014

L’UE doit exiger du Rwanda de mettre fin à son implication dans le conflit à l’Est de la RDC

militaires du FPR

EurAc demande à l’Union Européenne d’exiger du Rwanda  de mettre fin immédiatement à son implication  dans le conflit à l’Est de la RDC

Le Réseau Européen pour l’Afrique Centrale (EurAc) et ses ONG membres ont à plusieurs reprises fustigé l’implication du Rwanda dans l’alimentation et le maintien  de l’insécurité à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), en appuyant des groupes armés. Ces dénonciations viennent encore une fois d’être corroborées par le rapport annuel du Comité des sanctions de l’ONU sur la RDC. Le groupe d’experts de l’ONU affirme que le gouvernement rwandais fournit « assistance directe à la création du M23 en facilitant le transport des armes et des troupes à travers le territoire rwandais », soutient et protège le général Bosco Ntaganda, actuellement recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.

Non seulement le Rwanda recrute des éléments démobilisés des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) rapatriés au Rwanda, mais son soutien au M23 donne plus de temps à ces rebelles rwandais de se réorganiser alors qu’ils étaient fragilisés par les opérations de l’armée régulière (FARDC) et la mission onusienne (MONUSCO). Ces actes du Rwanda s’opposent au droit international et sont à la base de plusieurs crimes de guerre et crimes contre l’humanité  sur le territoire congolais et contribuent à la déstabilisation de  la région des Grands Lacs.

Jusque là, la communauté internationale en général et l’Union européenne en particulier ont toujours basé leurs stratégies relatives à la stabilisation de l’Est de la RDC sur un postulat volontariste selon lequel la RDC et le Rwanda veulent la paix et, en conséquence, devraient travailler ensemble pour cette fin. Le problème n’est pas  un manque de dialogue entre la RDC et le Rwanda, mais plutôt l’absence d’une volonté politique. Le groupe d’experts de l’ONU montre  l’existence d’un agenda caché de Kigali qui fait toujours retomber l’Est de la RDC dans la guerre après la signature des accords. Un tel comportement du Rwanda devrait remettre en question sa crédibilité dans ses relations avec l’UE dont, jusque là, la réaction au rapport du groupe d’experts de l’ONU reste faible.

EurAc estime que tout dialogue ou toute nouvelle action militaire conjointe entre le Rwanda et la RDC resteront improductifs du moment qu’il n’y a pas de réelle volonté politique du Rwanda qui ne peut être obtenue que par un positionnement ferme de la part de la communauté internationale en général et de l’UE en particulier. 

Pour ces raisons, EurAc demande à l’Union Européenne et à ses Etats membres de :
1.      Prendre une position forte en dénonçant l’appui du Rwanda aux rebelles du M23 et sa protection au général Bosco Ntaganda ;

2.      Exiger du gouvernement  rwandais de mettre fin immédiatement et sans condition à cet appui au M23 et à d’autres groupes armés à l’Est de la RDC ;

3.      Revoir sa stratégie sécuritaire sur l’Est de la RDC dans laquelle le Rwanda ne devrait plus être considéré comme un acteur pacifique voulant promouvoir la paix à l’Est de la RDC et user de la pression et des sanctions pour le contraindre au respect du droit international ;

4.      Prendre des sanctions contre les officiels rwandais cités dans le rapport de l’ONU dont : le ministre de la Défense, le général James Kabarebe ;  le chef d’état-major, le général Charles Kayonga ; et les généraux Jack Nziza, Emmanuel Ruvusha et Alexis Kagame ;

5.      Mettre en place des mécanismes afin de s’assurer que l’aide budgétaire et militaire octroyée au gouvernement rwandais ne soit pas utilisée pour le soutien aux groupes rebelles et à la déstabilisation de la région des Grands Lacs ;

6.      Soutenir efficacement la RDC dans la restauration de l’autorité de l’Etat à travers tout son territoire et en particulier à l’Est du pays, notamment dans le cadre de la réforme du secteur de la sécurité (armée, police, justice) ;

7.      S’opposer à la candidature du Rwanda pour un siège non permanent au Conseil de sécurité, siège qui risquerait d’accroitre son influence qui jusque là n’a pas été positive dans les efforts de pacification de l’Est de la RDC.

 

Pour plus d’informations contacter :

Donatella Rostagno

Secrétaire Exécutif a.i. d’EurAc

Tél :  +32 2 213 04 00

e-mail : donatella.rostagno@eurac-network.org

www.eurac-network.org

 

RDC: la mutinerie à l’est, une initiative rwandaise ?

L'armée congolaise patrouille à Jomba, dans le Nord-Kivu, le 19 mai 2012. AFP PHOTO/PHIL MOORE

Par Bruno Minas/ Source : http://www.rfi.fr/afrique

Selon plusieurs enquêtes menées actuellement par les autorités congolaises et par les Nations unies, la mutinerie en cours d’une partie de l’armée nationale, qui a déjà causé de nombreux drames humains et des déplacements massifs de population, serait activement soutenue, notamment en hommes, depuis le Rwanda. Voici les premiers éléments de ces enquêtes que RFI a pu rassembler.

À ce jour, au moins cinquante et un combattants de nationalité rwandaise se sont rendus aux autorités en RDC. Vingt-quatre sont hébergés dans le camp de la force de paix des Nations unies, la Monusco, à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu ; treize autres sont entre les mains de l’armée régulière (FARDC), et enfin quatorze qui étaient arrivés à la Monusco le 17 mai dernier ont disparu, probablement reconduits en toute discrétion au Rwanda.

Lundi 28 mai 2012, la fuite d’un rapport confidentiel de la Monusco faisait état des premiers onze jeunes Rwandais, dont un mineur, qui avaient déserté le mouvement rebelle M23, composé à priori de déserteurs congolais. L’armée FARDC a lancé une vaste offensive contre le M23 dans les collines autour de la ville frontalière de Runyioni.

Mardi 29 mai, le Rwanda a vivement démenti avoir envoyé des hommes sur le sol congolais. Le lendemain, la Monusco a prudemment déclaré que « les autorités rwandaises ne pouvaient pas être mises en cause ». Le gouvernement congolais a lui aussi adopté un profil bas, évitant toute surenchère à l’égard de son voisin. « Ce sont des individus qui se déclarent Rwandais, mais nous n’en avons pas la preuve », affirmait samedi le ministre porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende.

Des témoignages accablants pour le Rwanda

Les onze premiers à s’être rendus à la Monusco ont été interrogés les 29 et 30 mai derniers par des officiers congolais et rwandais à l’intérieur du camp de l’ONU à Goma, en présence de témoins membres de la force des Nations unies.

La RDC et le Rwanda entretiennent depuis 2009 une commission conjointe qui vient d’être réactivée, mais elle pourrait faire long feu au vu des réponses à ces interrogatoires, accablants pour le Rwanda. Les résultats de ces auditions ne laissent en effet plus de doute sur le caractère systématique du recrutement et de l’envoi de ressortissants rwandais vers la RDC, où ils combattent l’armée régulière aux côtés des mutins.

Ces Rwandais ne sont pas des soldats professionnels. Ils sont jeunes, à peine vingt ans, de milieu rural défavorisé, recrutés pour la plupart dans les collines de Mudende, à quelques kilomètres de la frontière congolaise.

Plusieurs témoignages de ces jeunes Rwandais ramènent à un personnage : un bouvier – un gardien de vaches – qui joue le rôle d’agent recruteur dans la région de Mudende. Il approche les jeunes désoeuvrés des villages et leur dit « qu’il y a de l’embauche dans l’armée rwandaise ». Quand il rassemble suffisamment de volontaires, il organise lui-même le transport par autobus, et les recrues sont rassemblées à Kinigi, à l’entrée d’un parc naturel célèbre pour ses gorilles.

Leurs effets personnels, cartes d’identité, téléphones portables et argent liquide rwandais sont confisqués. De là, privés de toute identification, ils partent en colonnes à pied vers la forêt de Runyioni, subissant au passage une formation militaire sommaire ; et ils se retrouvent en territoire congolais.

De nombreuses désertions

Runyioni est la place forte des mutins du M23. Ils y tiennent deux collines frontalières du Rwanda que les FARDC s’efforcent de reprendre depuis plusieurs semaines. C’est la plupart du temps en fuyant les bombardements que les jeunes recrues se sont rendues à la Monusco ou aux FARDC. Beaucoup auraient réussi à rejoindre leurs villages, d’autres seraient encore en train d’errer dans cette région forestière.

L’un des rescapés de cette fuite a raconté avoir croisé au moins une soixantaine de jeunes en train de fuir. « Arrivés à Runyioni, nous avons vu des militaires blessés », a-t-il dit aux enquêteurs. « Nous avions peur, nous étions démoralisés, nous n’avions à manger que quelques pommes de terre ». « Au début, on nous employait à chercher de l’eau et du bois, à porter des caisses de munitions, et installer les bâches des bivouacs, mais quand les bombardements ont commencé, il fallait que l’on aille sous le feu récupérer les blessés dans les trous de fusiliers ».

« On m’a envoyé chercher des bambous pour confectionner des brancards », déclare l’un d’eux, « j’en ai profité pour m’échapper en longeant une rivière ». Après deux jours de marche, certains de ces jeunes en fuite ne savaient plus s’ils se trouvaient au Congo ou au Rwanda quand ils sont arrivés à proximité d’un camp de la Monusco à Rugari (RDC).

Interrogés par les enquêteurs congolais et onusiens sur les raisons de cette guerre, ces jeunes recrues ne savent pas grand-chose. « On nous a dit qu’il fallait que l’on défende ceux qui parlent notre langue, que le gouvernement congolais combattait la langue rwandaise, et que nous devions nous battre pour la protéger ».

« Une agression préméditée »

Tous ont entendu dire que leur « grand chef » était le général Bosco Ntaganda, et qu’il leur rendrait visite à la fin de leur formation, mais ils déclarent ne l’avoir jamais vu. Bosco Ntaganda, recherché pour crimes de guerre par la CPI, a longtemps été protégé par les autorités congolaises, avant de prendre le maquis.

Le nom d’un autre chef du M23 présent à Runyioni est souvent cité : le Major Rukara. Mais « aucun major Rukara ne figure dans les registres de l’armée congolaise », affirme une source militaire, ajoutant qu’il s’agit probablement d’un officier venu « d’un pays voisin ».

Un autre élément trouble les enquêteurs congolais et onusiens : les premières défections des proches de Bosco Ntaganda au sein des FARDC datent du 9 avril dernier. Or, plusieurs des recrues rwandaises déclarent avoir été acheminés sur le territoire congolais dès le mois de février. « C’est la preuve d’un plan minutieusement préparé de longue date, une infiltration pour une agression préméditée », dit un responsable qui tient à garder l’anonymat.

Plus troublant encore : les FARDC affirment détenir, à Goma, neuf anciens miliciens des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) qui auraient rejoint le M23, après avoir été désarmés et rapatriés au Rwanda par la Monusco. Ce groupe rebelle a été constitué à l’origine par d’anciens militaires des Forces armées rwandaises, accusés d’avoir perpétré le génocide de 1994, avant de fuir vers le Congo lors de l’arrivée au pouvoir du président Kagamé. Les FDLR – théoriquement en lutte contre le régime de Kigali – mènent cependant leurs actions meurtrières uniquement sur le territoire congolais. Ce mouvement est en principe le pire ennemi du Rwanda.

L’ingérence rwandaise, un secret de polichinelle

Le gouvernement congolais sera-t-il amené à hausser le ton vis-à-vis de son voisin ? « C’est très difficile », avoue un conseiller ministériel. « Pour cela, il faudrait que nous soyons bien épaulés par la communauté internationale ». « Le régime rwandais bénéficie de beaucoup de soutien, bien plus que nous », ajoute-t-il.

La Monusco prendra-t-elle une initiative pour stopper cette ingérence qui met en péril la paix qu’elle essaie difficilement de préserver depuis plus de dix ans ? L’opinion congolaise en doute. Depuis 1994, l’ingérence rwandaise à l’est est un secret de polichinelle.

Que vont devenir ces dizaines de jeunes enrôlés entraînés malgré eux dans une guerre qui ne les concerne pas ? En toute logique, ils devraient être rapatriés. C’est d’ailleurs leur souhait. « Mais nous avons peur », déclarent-ils aux enquêteurs. « Ceux qui nous ont recrutés et qui ont confisqué nos papiers pourraient se venger, après tout ce que nous avons révélé à la Monusco ».

Le recruteur-gardien de vaches de Mudende aurait beaucoup travaillé, si l’on en croit les témoignages. Il aurait enrôlé une centaine de jeunes. Ces derniers révèlent aussi que le propriétaire du troupeau est un gradé de l’armée rwandaise.

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RDC – Pâques au rythme des bottes au Nord-Kivu

photo cicr.blog

Les nord-kivutiens ont passé Pâques dans un climat de peur et de violence. Il est signalé dans tous les coins de la province une série d’incidents violents qui ont fait vite de ressusciter les souvenirs encore frais des rébellions.

A Goma, un couple a été attaqué dans la matinée de ce dimanche de Pâques. Madame Muhozi Jeanne, commerçante bien connue dans la ville, et son mari Valentin Twagirayezu ont vu des hommes armés faire irruption dans leur parcelle vers 8heures, tirer plusieurs balles, avant de monter tranquillement dans leur 4×4 et de s’évanouir dans la nature. Le couple a survécu, mais ils sont actuellement en soins dans un hôpital de la place, car ils sont grièvement blessés.

Pendant ce temps, à Bunagana, petite ville située à une centaine de kilomètres au nord de Goma, à la frontière avec l’Ouganda et ancien bastillon du CNDP de Nkunda, des affrontements violents ont opposé dans la matinée les dissidents du 805 ème Régiment dirigés par le Colonel Innocent N. aux FARDC. La cité serait tombée entre les mains des dissidents avant d’être reprise à la mi-journée grâce à une intervention partie de Rumangabo, et conduite par le royaliste colonel Yav. La population a dû fuir vers l’Ouganda voisin. Aucun bilan de ces affrontements n’a été fourni. On sait par contre que ces mutins qui étaient basés à Rutshuru (camp de Nyongera, près de Kiwanja) ont la veille pillé le dépôt de munitions et brûlés ce qu’ils n’ont pas pu emporter, avant de prendre le chemin de Bunagana, via le groupement de Busanza.

A Walikale, des affrontements sont signalés sur plusieurs fronts, à Kibua, Isangi, et dans d’autres villages entre des FDLR et la milice Rahiya Mutomboki, et entre les FARDC et la milice des Guide. Comme toujours, la population est obligée de se réfugier dans la forêt et dans la province voisine du Maniema.

A Masisi, dans le groupement Ufamandu, la société civile signale le massacre de plusieurs personnes par des hommes en arme et appelle les autorités militaires à parer à la carence de militaires royalistes dans le milieu.

A Butembo, dans le grand-nord, la population a enterré Monsieur Zawadi Kambale, fameux gardien de but d’une équipe de foot locale, qui a été assassiné la veille de Pâques. Tableau sombre pour une journée normalement somptueuse, et pire, les lendemains du nord-kivu sentent davantage des bruits de bottes. Pendant ce temps, il y en a de nos foutus dirigeants qui sabrent le champagne, insouciants !

Le blog de Jean-Mobert N’Senga !

Éphémérides des Grands Lacs – Semaine du 31 mars au 6 avril 2012

En RDC, on a assisté à une levée de bouclier contre le rapport définitif de la mission d’observation électorale de l’Union européenne par les députés de la majorité présidentielle qui en dénoncent la subjectivité et par le président de la CENI qui récuse toutes les allégations de tricheries et qui se réserve le droit d’accepter le financement belge pour les futures élections.

Par ailleurs, la CSJ a clôturé l’examen des contentieux électoraux et a approuvé le règlement d’ordre intérieur amendé par l’Assemblée nationale laquelle ne devrait pas tarder à former son bureau définitif qui sera composé de cinq membres de la majorité et deux de l’opposition. Du côté des partis politiques, la permanence de l’UDPS de Mbuji-Mayi a été interdite de fonctionnement par la police, tandis que, au sein du parti PPRD du Kasaï Oriental, un conflit oppose deux prétendants au poste de secrétaire fédéral de ce parti.

Cette semaine, l’insécurité s’est accrue au Kivu avec des mouvements de troupes inhabituels du CNDP de Bosco Ntanganda qui ont fait beaucoup de bruit. Se sentant peut-être menacé par une exécution du mandat de la CPI réclamé par l’ambassadeur des Etats-Unis à Kinshasa, Ntanganda aurait lancé une démonstration de force qui a créé une panique à Goma et à Rutshuru, tandis que la communauté tutsi s’élève contre une éventuelle arrestation de l’intéressé, que le CNDP en tant que parti dénonce ce qu’il considère être des « défections » au sein des FARDC et que des troupes régulières ont été envoyées en renfort à Goma, le gouvernement appelant les FARDC à la discipline.

Ailleurs au Nord Kivu, les organisations humanitaires dénoncent l’insuffisance d’accès aux personnes vulnérables du territoire de Walikale du fait de la recrudescence de l’activisme des bandes armées. Dans les territoires de Rutshuru et de Lubero, les FDLR sont accusées de lever des taxes, tandis que ces mêmes FDLR ont perpétré des attaques dans une cité située à la lisière des territoires de Masisi et Walikale et qui est abandonnée par la FARDC dont les soldes ne seraient plus payées. Toujours au Nord Kivu, on note des déplacements de population en territoire de Beni par crainte d’attaques imminentes d’hommes armés non identifiés : dans ce même territoire, de violents affrontements ont eu lieu cette semaine entre les FARDC et les rebelles ougandais de l’ADF-NALU.

Au Sud Kivu, où s’est rendue la représentante spéciale adjointe du Secrétaire général des N.U. qui a plaidé pour une meilleure protection de la population par les FARDC qui ne sont le plus souvent pas cantonnées selon une autorité locale, on signalera qu’un véhicule a été attaqué par des bandits armés près d’Uvira et que des habitants d’une localité du territoire de Shabunda, qui fuient les affrontements entre FARDC et Maï-Maï, vivent en brousse depuis trois mois.

En Province Orientale, les communautés de l’Ituri demandent que le Chef de l’Etat s’implique personnellement pour permettre la réintégration des rebelles du FPRI et de son chef Cobra Matata qui a accepté de rejoindre les FARDC. En territoire d’Ango, la MONUSCO a ouvert un poste pour renforcer la sécurité dans une région où la cohabitation avec les pasteurs Bororo est problématique. Dans le territoire de Bafwasende, on observe des déplacements de populations qui fuient les affrontements entre des braconniers et les FARDC.

Au Katanga enfin, les populations de Mitwaba et Malemba Nkulu accusent les militaires de semer la terreur dans leur région et demandent que les troupes soient envoyées ailleurs.

Dans le domaine de la justice et des droits humains, le ministre de la Justice plaide pour une abolition « raisonnable » de la peine de mort. Par ailleurs, la FIDH et deux ONG ont déposé plainte contre la société minière de Georges Forrest (CMSK) qui aurait détruit près de Lubumbashi plusieurs centaines de maisons pour éliminer des creuseurs artisanaux opérant dans cette région. Cette accusation est catégoriquement rejetée par le groupe Forrest qui affirme que les destructions auraient été ordonnées par les autorités politiques et judiciaires, qui déclare qu’elle investi beaucoup en RDC et qui menace de porter plainte au civil et au pénal. On signalera enfin que l’ONG La Voix des Sans Voix dénonce l’arrestation « pour ses convictions politiques » d’un ancien député congolais accusé par les autorités de détenir la double nationalité.

Dans le domaine économique, l’affaire de l’octroi d’une concession d’exploration de pétrole dans le Parc des Virunga est toujours d’actualité : l’UNESCO examinera prochainement un rapport sur la question, tandis que quelques villages ont organisé une manifestation de soutien à l’exploitation pétrolière dans la région. Dans le domaine financier, un expert congolais dément les allégations de la Banque mondiale selon laquelle la RDC serait toujours « dans le rouge » en matière de gestion des finances publiques.

Dans le domaine social, alors que le « barème de Mbudi » pour la fonction publique n’est toujours pas entré en application depuis sa création en 2004, aucun compromis n’a été trouvé entre le gouvernement et les syndicats sur le nouveau barème proposé actuellement. On signalera enfin que le ministre de la Santé s’élève contre la grève lancée par le syndicat des médecins dans les hôpitaux publics depuis le 2 avril.

Au Burundi, le CNDD-FDD a un nouveau président : celui-ci s’est prononcé pour un dialogue avec l’opposition, mais pas pour un dialogue en vue du partage du pouvoir.

Au Rwanda, une nouvelle attaque à la grenade a eu lieu à Kigali, tandis qu’à Bruxelles, les deux partis d’opposition animés par des ex-compagnons d’armes de Paul Kagame ont décidé de joindre leur force pour œuvrer au retour d’une « démocratie authentique » au Rwanda. En France, la justice a donné pour la première fois son feu vert à l’extradition d’un franco-rwandais suspecté de génocide. De son côté, le parquet rwandais, après la « fâcherie » de la semaine dernière, a finalement accepté que la justice française puisse poursuivre ses enquêtes au Rwanda.

Sur le plan régional, on mentionnera que le HCR a dressé le bilan des attaques meurtrières de la LRA survenues ces dernières semaines en RDC, en Ouganda et en RCA.

EurAC
06/04/2012

Actualité des Grands-Lacs – Semaine du 7 au 13 janvier 2012

RDC/photo wikipédia

En RDC, alors que la nouvelle société civile congolaise ne croit pas en la réussite de la mission des experts internationaux pour appuyer la CENI dans la compilation des résultats des législatives, les contestations et accusations de fraudes, opposant aussi des candidats de la majorité présidentielle, se succèdent dans le cadre de la cette compilation au Kasaï Oriental, au Kasaï Occidental, en Equateur, à Lubumbashi et au Nord Kivu  où les fraudes pourraient exacerber des conflits ethniques. Du côté de la majorité présidentielle, une cellule de gestion du contentieux électoral a été créée pour régler les conflits.

De son côté, la CENI, qui annonce avoir déjà compilé plus de 80 % des résultats, a confirmé sa détermination à publier tous les résultats à la date du 13 janvier, avant de repousser finalement la date d’une semaine[1]. Pendant ce temps, les résultats de l’élection présidentielle donnent toujours lieu à des contestations. Le clergé congolais annonce de possibles manifestations pacifiques pour protester contre les « tricheries avérées et peut-être planifiées » » à cette élection de même qu’aux législatives : il dénonce avec force le travail bâclé de la CENI dont les dirigeants devraient soit « corriger leurs erreurs », soit « démissionner ».

La Voix des Sans Voix demande quant à elle l’organisation de nouvelles élections et, dans l’attente de leur tenue, l’établissement d’un dialogue contre les deux prétendants au pouvoir : la majorité présidentielle salue l’idée de cette rencontre (sans accepter la tenue de nouvelles élections), mais l’UDPS la récuse en la qualifiant d’inopportune.

À l’extérieur du pays, une manifestation (pacifique) a encore eu lieu contre l’élection de J. Kabila à Leuven en Belgique, alors que le nouveau Premier ministre belge a envoyé, à l’instar d’autres chefs d’Etat tels le président nord-coréen et celui de l’Iran, un message au président sortant qui salue « les forces congolaises pour la tenue des élections ». Ce message, considéré comme une « gaffe diplomatique » par le parti écologiste flamand, a créé un certain malaise au sein de la majorité : deux ministres belges, l’ancien et le nouveau ministre des Affaires Etrangères, qui avaient émis des doutes sur la manière dont le processus électoral s’était déroulé, ont répété à nouveau qu’aucune délégation ministérielle belge ne serait « éventuellement » envoyée en RDC avant la publication du résultat des législatives. Devant les députés de la Chambre belge, le Premier ministre a réitéré son message à la RDC. De leur côté, les diplomates africains de Kinshasa ont salué la tenue des élections qui, pour beaucoup d’entre eux, se sont déroulées normalement : ils ont souhaité le renforcement de la coopération avec la RDC.

Pendant ce temps, les critiques continuent à se manifester sur les dérapages en matière de droits de l’homme survenus à l’occasion des élections. La Voix des Sans Voix dénonce la détention et les tortures à l’encontre d’un officier de la police judiciaire qui aurait salué un avocat d’Etienne Tshisekedi. L’Observateur des médias congolais (OMEC) exige la réouverture des stations de radio-télévision suspendues et demande au Conseil supérieur de l’audio-visuel de « sortir de sa torpeur » : on notera ici que seule la diffusion de RFI a été rétablie.

Enfin, une ONG spécialisée dans la réforme du secteur de la sécurité accuse les forces de l’ordre d’avoir tiré à balles réelles lors des manifestations politiques récentes. Toujours dans le domaine de la justice et des droits humains, 300 personnes inculpées dans l’attaque contre la résidence du président Kabila en février de cette année attendent toujours le début de leur procès. Par ailleurs, le ministre de la Justice a promis une enquête sur l’incendie récente de l’habitation du vice-président de la FIDH.

Dans le domaine de la sécurité, le Secrétaire général des N.U. a évoqué le prolongement de la MONUSCO jusqu’en 2014 « face aux défis majeurs qui restent à relever ». Sur le terrain en effet, l’insécurité reste une contrainte majeure au Kivu. Cette semaine des affrontements entre les FARDC et la nouvelle milice Maï-Maï « Guides » se sont poursuivis dans le Masisi et entre ces mêmes FARDC et d’autres milices Maï-Maï dans une enclave du parc des Virunga. Au Sud Kivu, un couvent de religieuses a été attaqué par des hommes armés non identifiés en territoire de Kabare, tandis que les bandes du FDLR ont sévi dans les territoires de Fizi et de Walungu.

En Province Orientale, un détachement de 5.000 hommes de la MONUSCO et des quatre pays affectés par la LRA va être mis en place : cette semaine, les milices de ce mouvement ont pillé des habitations et mutilé des personnes au nord de Faradje. En Equateur, les populations du territoire de Djolu se plaignent de multiples tracasseries de la part des services de sécurité. Enfin, au Katanga, l’église catholique demande une assistance humanitaire pour 12.000 déplacés dans la région de Mitwaba qui ont fui leurs villages suite à des affrontements entre les FARDC et les milices du « seigneur de guerre » Gédéon qui s’était enfui de prison il y a plusieurs mois.

Dans le domaine social et économique, la société canadienne First Quantum Minerals a annoncé la vente de ces mines du Katanga à sa rivale, une société contrôlée par des capitaux kazakhs, tandis que, toujours au Katanga, un conflit social a éclaté à la CMSK dans la foulée d’une rivalité entre deux grosses sociétés minières qui ont des parts dans la CMSK, la Gécamines et la société EGMF. Enfin, on notera que la grève des enseignants se poursuit à l’Université de Kinshasa : elle dure depuis deux mois.

Au Burundi, le FNL compte organiser un congrès en 2013 et appelle son chef, Agathon Rwasa, à rentrer au Burundi. Par ailleurs, le chef d’un parti d’opposition aurait été arrêté en Tanzanie pour un motif inconnu, une nouvelle qui n’est ni confirmée, ni infirmée par des sources judiciaires.

Au Rwanda, l’actualité a été dominée par la publication d’un rapport d’enquête qui crée un vif émoi en France : il met à mal la thèse du juge Bruguière qui mettait en cause le président Kagame et son entourage dans l’attentat d’avril 1994. Parmi les autres nouvelles, on citera la plainte contre un ex-ministre rwandais, fondateur du FDLR, récemment libéré par la justice en France, et dont Kigali réclame l’extradition, ainsi que le refus d’une cours française d’extrader un ancien magistrat rwandais, naturalisé français et vivant dans une maison de retraite.

Kris Berwouts
Eurac



[1] Au 12 janvier, la moitié des résultats des élections législatives avait été publiée sur le site de la CENI.