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Actualité de la RDC – Semaine du 30 avril au 6 mai 2011

Sièges sculptés Bakuba - Musée du Congo belge

Sièges sculptés Bakuba - Musée du Congo belge

En RDC, l’événement de la semaine a été la publication d’un nouveau calendrier électoral qui prévoit le couplage des élections présidentielle et législative qui auront lieu un jour plus tard que prévu initialement, doit le 28 novembre au lieu du 27 : le nouveau président, dont le nom sera connu le 6 décembre prêtera serment le 20 décembre tandis que les élections locales, qui marqueront la fin du processus électoral, se dérouleront en mai 2013.  Un rapport de l’ICG se montre pessimiste sur les échéances de ce calendrier et sur la légitimité finale : la nouvelle loi électorale n’est toujours pas votée, des incertitudes existent sur les financements, l’enrôlement des électeurs pose de nombreux problèmes logistiques, etc. En matière de financement extérieur, l’ambassadeur de la RDC en Belgique a critiqué le niveau « dérisoire » de l’appui belge aux élections, ce à quoi les Affaires étrangères ont répondu que la Belgique était le troisième bailleur de fonds dans ce domaine, après l’UE et la Grande-Bretagne. Tandis que l’UDPS dénonce l’inconstitutionnalité de ce calendrier, le président de la CENI estime qu’il n’y aura pas de vide juridique puisque le nom du nouveau chef de l’Etat sera connu avant le 6 décembre, date de la fin du mandat de l’actuel président. Pendant ce temps, l’enrôlement se poursuit avec des fortunes diverses, y compris le lancement d’une nouvelle opération d’enrôlement à Kinshasa qui avait pourtant eu lieu en 2009.

Parmi les autres nouvelles politiques, on mentionnera que l’UNC demande au gouvernement du Sud-Kivu d’assurer la sécurité de ses membres régulièrement menacés Du côté de l’autre grand parti d’opposition, le MLC, l’ancien secrétaire général porte plainte en justice contre sa démission forcée. Par ailleurs, la ministre des Transports a été révoquée pour négligence par le chef de l’Etat suite à plusieurs naufrages de bateaux qui ont fait plusieurs centaines de morts. On signalera aussi que la Ligue contre la corruption, après avoir accusé de corruption des autorités nationales, dénonce le train de vie luxueux des autorités provinciales. Enfin, un débat a eu lieu à l’Assemblée nationale sur l’uniformisation et la mécanisation des salaires des fonctionnaires.

Dans le domaine de la sécurité, au Nord Kivu, des incursions et des pillages ont été perpétrés par les Maï-Maï Pareco et une coalition Maï-Maï – FDLR en territoire de Lubero, tandis que les FDLR ont attaqué et commis des pillages dans la cité de Kiwanja et que les populations se plaignent des tracasseries et des exactions commises par les 1.500 soldats des FARDC déployés à Walikale. Au Sud Kivu, une attaque des FDLR a eu lieu près de Kamituga en territoire de Mwenga. En province Orientale, on signale des attaques de la LRA à Aba en territoire de Faraje, tandis qu’un général des FARDC, ancien leader de l’UPC, a été abattu – assassiné, déclare les membres de ce mouvement rebelle devenu parti politique – en territoire de Djugu.

Dans le domaine de la justice, le procès Bemba a repris à La Haye avec l’audition d’un juge d’instruction centrafricain qui a donné les motifs pour lesquels la RCA a abandonné les poursuites contre l’intéressé. Par ailleurs, le procès des deux chefs rebelles du FDLR, accusé de crimes contre l’humanité en RDC, a débuté en Allemagne. Quant au procès Chebeya qui touche à sa fin, l’un des prévenus, en détention secrète, n’a toujours pas été entendu : la défense soutient qu’il pourrait faire des révélations embarrassantes. En matière de liberté de la presse, JED dénonce, à l’approche des élections, la montée de l’intolérance et l’interférence des services de sécurité. Le dernier exemple en date est celui de l’arrestation d’un journaliste d’une chaîne de télévision socio-culturelle et politique accusée de monter les artistes de la diaspora congolaise à ceux du pays.

Dans le domaine financier, alors que le gouvernement se déclare satisfait des performances macro-économiques du pays, le FMI, qui vient d’octroyer 80 millions $ à la RDC, prévient que la hausse des prix alimentaires et pétroliers est un défi majeur pour le pays. En matière économique, on signalera qu’un conflit violent oppose une société forestière et les populations en territoire de Bumba, suite au non-respect des engagements de la première.

Dans le domaine des relations extérieures, des troupes angolaises ont pénétré en RDC pour s’attaquer aux rebelles du FLEC et ont provoqué de ce fait la fuite de populations dans le Bas Congo. Par ailleurs, les Etats-Unis, plus que jamais déterminés à lutter contre l’exploitation illégale des minerais en RDC, ont octroyé dans le cadre de la nouvelle loi américaine un montant de 11 millions $ à la RDC.

Eurac

Ignace Murwanashyaka, Président des FDRL_photo Umuseso

Allemagne-Rwanda. Le procès des leaders des FDLR : un procès politique ?

Ignace Murwanashyaka, Président des FDRL_photo Umuseso

Ignace Murwanashyaka, Président des FDRL_photo Umuseso

Depuis le 4 mai 2011, un tribunal de Stuttgart en Allemagne juge Messieurs Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni respectivement Président et Vice-président des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), un mouvement politico militaire basé en République Démocratique du Congo (RDC) et qui combat le régime du général Paul Kagame. Murwanashyaka et Musoni vivent en Allemagne depuis plusieurs années et n’ont été élus à la tête de la branche politique des FDLR qu’en 2002. La branche armée de ce mouvement constituée de combattants souvent recrutés parmi les réfugiés est quant à elle confinée dans les forêts de l’Est de la RDC. Ces deux responsables sont accusés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Nord et au Sud Kivu par des groupes armés sur le principe de la « responsabilité du supérieur hiérarchique ».

Or, plusieurs mouvements armés sont actifs dans l’Est de la RDC et des crimes de guerre sont régulièrement commis sans que l’on puisse identifier les vrais coupables.

En effet selon un récent rapport d’IRIN, un service du Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies, pas moins de DIX mouvements armés évoluent dans l’Est de la RDC :

–  FRF : Forces Républicaines Fédéralistes. Ce groupe évolue au Sud Kivu sous le commandement d’un certain Michel Rukunda.
– Les groupes Mai Mai
. PARECO : Patriotes Résistants Congolais
. APCLS : Alliance des Patriotes pour un Congo Libre et Souverai
. Groupe Yakoumba
–  CNDP : Conseil National pour la Défense du Peuple, groupe armé des Tutsi congolais. Après l’éviction de Laurent Nkunda et son remplacement par Bosco Ntaganda, ce groupe a conservé ses chaînes de commandement et a gardé ses fiefs au nord Kivu surtout dans le Masisi même après son intégration officielle dans l’armée gouvernementale.
– FPLC : Forces Patriotiques pour la Libération du Congo avec à sa tête le général Gad Ngabo
– ADF/NALU : Les Forces Démocratiques Alliées/ Armée Nationale de Libération de l’Uganda. Il s’agit d’un mouvement armé ougandais qui s’est replié dans la région de Beni en RDC. A sa tête se trouve Jamil Mukulu.
–  Et « Last but not least » les FARDC, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo qui sont déployées en force dans les deux Kivu. A leurs côtés, des unités spéciales de l’armée rwandaise de Paul Kagame qui sont restées sur place (secrètement) après la fin de l’opération « Umoja Wetu » qui avait réuni les armées des deux pays officiellement dans la traque des FDLR en 2009.

Paradoxalement et comme par enchantement, le gouvernement congolais, le Rwanda, la MONUSCO (Mission de l’ONU au Congo) et ses agences et organes de presse ne parlent plus d’aucun autre groupe armé au Nord ou au Sud Kivu qui ne soit FDLR. Même certains groupes Mai Mai qui mènent des actions armées et qui entendent les revendiquer voient leurs revendications reniées sous le prétexte que tout ce qui se passe à l’Est de la RDC doit être mis sur le dos des FDLR. Il semble qu’un « deal » ait été conclu entre la RDC, le Rwanda et la Communauté Internationale (MONUSCO) pour tout mettre sur le dos des FDLR.

La RDC, confrontée à plusieurs rebellions, est ainsi soulagée d’entendre qu’enfin dans le Kivu, ce sont des Rwandais qui y sèment la désolation et qu’aucun groupe congolais ne défit plus le pouvoir de Kinshasa. Le Rwanda y trouve son compte en brandissant la menace que constituerait les FDLR, ce qui lui permet de se maintenir en état de guerre et de se surarmer et ainsi continuer à occuper l’Est de la RDC. La MONUSCO, dont les soldats sont frileux pour aller sur le terrain craignant d’être accrochés par les rebelles, est soulagée dans la mesure où chaque fois qu’il se passe quelque chose dans un coin éloigné de Goma ou de Bukavu, un communiqué est toujours prêt attribuant la responsabilité aux FDLR.

Voilà pourquoi, depuis quelques années, l’opinion internationale est abusée par un trio dont la convergence d’intérêts saute aux yeux. Jusqu’ici, tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Mais maintenant qu’un procès est intenté contre la direction politique des FDLR, il y a un « hic ». Murwanashyaka et Musoni sont jugés pour des crimes commis en RDC au titre de la responsabilité du supérieur hiérarchique. Or, jusqu’à ce jour, les FDLR ont toujours clamé n’avoir commis aucun crime de guerre ou crime contre l’humanité en RDC. Leurs statuts et leur programme politique sont parfaitement clairs : lutter pour instaurer la démocratie au Rwanda. La direction politique jure de n’avoir donné aucun ordre de commettre un quelconque crime et affirme n’avoir jamais été mis au courant que les combattants sur le terrain auraient commis des crimes. Parmi les milliers de documents saisis chez les deux hommes, le Procureur n’a pu y déceler un seul prouvant qu’ils donnaient des ordres de commettre des crimes. Au contraire, chaque fois que la propagande attribuait à tort une action (viol, pillage, incendies,…) aux FDLR, celles-ci publiaient immédiatement un démenti.

Mais là où ça se complique pour la Justice allemande, c’est qu’aucun des crimes dont sont accusés les FDLR, donc Murwanashyaka et Musoni, n’a été formellement attribué aux FDLR suite à une enquête indépendante. On les accuse des crimes qui ont été même revendiqués par certains groupes armés, mais en vain. Pour qu’un supérieur hiérarchique soit rendu responsable de ce qu’a fait son subordonné, il faut au préalable qu’il soit établi que le subordonné était bien aux ordres du supérieur, que ce dernier ait donné l’ordre ou ait été informé des actes du subordonné sans intervenir pour l’empêcher ou pour le sanctionner mais surtout que ce subordonné ait réellement commis ce crime !

Murwanashayaka et Musoni risquent d’être condamnés pour des crimes commis en RDC mais que rien n’indique que ces crimes ont été commis par les FDLR.

En conclusion, nous pensons qu’en les jugeant pour les crimes commis au Congo par des groupes armés mais dont aucune enquête indépendante n’a formellement établi qu’ils furent commis par leurs hommes sur le terrain, les responsables politiques des FDLR sont sacrifiés sur l’autel de la Realpolitik qui veut que le Communauté internationale se doit de décourager ou démanteler toute opposition armée au régime du dictateur Kagame. La justice allemande s’inscrit-t-elle dans cette logique ?
EdA Press

 

 

 

La région des Grands-Lacs

La lutte contre le terrorisme, une aubaine pour les régimes dictatoriaux : le cas du Rwanda

La région des Grands-Lacs

La région des Grands-Lacs

Dès l’annonce de l’exécution d’Oussama Ben Laden par les forces spéciales américaines au Pakistan le 01 mai 2011, les régimes dictatoriaux qui assimilent leurs opposants démocrates aux terroristes se sont empressés de resurgir leur supercherie en faisant comprendre qu’eux aussi étaient confrontés aux « terrorisme » mais que leurs «  Ben Laden » à eux, entendez par là les opposants démocrates,  sont encore en vie et toujours au large.

La palme revient au régime rwandais du dictateur général- président Paul Kagame. Le 3 mai, il annonce dans son quotidien « The New Times » sous la plume d’un certain Rwayitare, que le Rwanda possède ses « Ben Laden ». Et d’énumérer tous les opposants politiques en exil ou en détention. Il cite au passage Madame Victoire Ingabire, Déo Mushayidi, Barnard Ntaganda et arrive à Kayumba Nyamwasa, Patrick Karegeya, Gerald Gahima et  Théogène Rudasingwa en passant par Paul Rusesabagina. Toutes ces personnes, si elles ne sont pas déjà dans ses geôles, devraient être exécutées.

Le régime dictatorial de Paul Kagame va enfoncer le clou le lendemain le 4 mai, quand dans le même quotidien « The New Times », sous la plume d’un certain Sunny Ntayombya, il va faire le parallèle entre Oussama Ben Laden et Félicien Kabuga. L’auteur met même un point d’honneur en affirmant que Félicien Kabuga serait plus dangereux pour la paix mondiale que Ben Laden car ce dernier n’aurait tué « que 3000 personnes dans les Tours du World Trade Center » alors que Kabuga en aurait massacré un million au Rwanda ! Quand on sait que ce paisible homme d’affaires, qui n’a jamais fait de politique et qui ne pouvait tuer même pas une poule, est poursuivi uniquement parce que ses biens ont été accaparés par le FPR à sa prise du pouvoir en 1994 et qu’il n’entend pas les lui restituer, on réalise jusqu’où peut pousser le cynisme des dictateurs.

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis l’attaque du 11 septembre 2001 sur le Word Trade Center de New York, le président d’alors des Etats Unis George W. Bush a fait de la lutte contre le terrorisme une priorité absolue. Dans cette nouvelle croisade, il a invité ses traditionnels alliés à le rejoindre et a ordonné à ses protégés d’appliquer ses consignes en matière de lutte contre ce « nouvel ennemi du monde libre » que lui seul devait identifier. Les alliés traditionnels l’ont accompagné dans l’aventure irakienne et afghane d’où ils sont jusqu’à ce jour empêtrés. Les régimes installés par l’Amérique triomphante ou qui ne doivent leur survie que par le soutien militaire ou financier des USA ont obtempéré, tandis que d’autres se sont engouffrés dans la brèche pour mener une lutte féroce contre toute opposition en l’assimilant au terrorisme. L’Organisation des Nations Unies est aussi mise à contribution et n’hésite pas à qualifier des mouvements opposés aux régimes soutenus par les USA de « terroristes ». Le comble du ridicule est atteint quand des dictateurs n’hésitent pas à affirmer que le soulèvement de leur peuple qui réclament plus de liberté est l’œuvre des mêmes mouvements terroristes dénoncés et combattus par les USA.

Lutte contre l’islamisme

Au nom de la lutte contre l’islamisme, l’Occident mené par les USA va laisser les régimes corrompus et rétrogrades régner en Egypte et en Tunisie jusqu’aux révoltes populaires du début 2011 qui va les balayer. Les mêmes occidentaux, champions des droits de l’Homme en  paroles, ne sont pas trop regardant des situations qui règnent dans les monarchies du Golfe Persique toujours sous le prétexte que ces régimes  archaïques constituent un rempart contre l’islamisme. Même en Afrique, les USA ont « installé » ou soutenu des régimes les plus répressifs qui soient à condition qu’ils apparaissent comme des remparts contre l’islamisme dans la région. En Ethiopie, la dictature de Meles Zénawi est chouchoutée car il est censé contrer l’islamisme en Somalie voisine. Yoweri Museveni règne en maître absolu sur l’Ouganda et sème depuis 25 ans la désolation dans la région pour simplement être perçu comme un rempart contre l’islamisme au Sud-Soudan et l’anti-américanisme dans la région des Grands Lacs.

La nébuleuse « Al Qu’aida » et son leader Ben Laden

Au nom de la lutte contre Al Qu’aida et Ben Laden, tout est permis dans les pays comme le Pakistan et l’Afghanistan. La corruption, le trafic des stupéfiants, l’extermination des tribus rivales… tout est occulté car mis sur le compte de la lutte « contre le terrorisme ». La recette a tellement pris que partout au Moyen Orient et en Afrique , tout ce qui ne va pas est le fait de Ben Laden et de son Al Quaida. Même le Colonel Kadhafi confronté à une révolte populaire ne trouve pas mieux que de dire que son peuple qui se soulève contre sa dictature qui dure depuis 42 ans, est le fait d’Al Quaida ! Il compte sûrement s’attirer la sympathie des USA et qui sait, obtenir le soutien et l’aide de l’Amérique ou de ses alliés pour lutter contre « le terrorisme ».

Les nouveaux dictateurs s’engouffrent dans la brèche

Les dictateurs, surtout ceux qui sont arrivés au pouvoir par les armes comme Yoweri Museveni d’Ouganda ou Paul Kagame du Rwanda ont vite fait de réaliser tous les avantages qu’ils peuvent tirer de cette obsession de l’Amérique contre tout ce qui est qualifié de « terrorisme ». En Ouganda, après avoir présenté la rébellion dénommée Lord Resistance Army (LRA) comme une organisation mystico-religieuse, Museveni a vite convaincu les USA et donc la communauté internationale que cette opposition armée était un mouvement terroriste. La LRA figure donc comme tel sur la liste de l’ONU et doit être éradiquée sans ménagement. Pourtant, au départ, ces combattants originaires du Nord de l’Ouganda entendaient protester contre les massacres commis par les combattants qui ont installé  Museveni au pouvoir à Kampala en 1986 et qui, sous le commandement d’un certain…Paul Kagame, commettaient des massacres sur la population innocente d’ethnie Acholi.

Le Rwanda de Paul Kagame et l’épouvantail « FDLR »

Depuis que les Nations Unies, sur instigations des USA et à la requête du Rwanda, ont inscrit une organisation dénommé FDLR sur la liste des organisations terroristes, le régime dictatorial en use et en abuse à volonté. Tout opposant qui ose revendiquer ses droits est aussitôt accusé d’être de mèche avec les FDLR et ainsi discrédité. Même les anciens rebelles du FPR actuellement au pouvoir qui osent dire publiquement qu’ils en ont assez d’une dictature brutale et corrompue de Paul Kagame sont présentés par le régime comme étant de connivence avec les FDLR, donc des terroristes infréquentables. Le régime de Paul Kagame pousse le bouchon trop loin puisqu’il arrive même à associer des personnalités de la société civile mais qui dénonce le manque de liberté, aux mêmes FDLR et donc eux aussi qualifiés de terroristes. C’est le cas de Paul Rusesabagina, qui a inspiré le film « Hotêl Rwanda » et qui fut un temps considéré par le régime du FPR et les parrains américains de Kagame comme un héros avant d’être la cible des attaques du régime de Paul Kagame quand il a osé dénoncer sa dérive dictatoriale. Même le grand argentier du FPR, celui-là même qui a financé dès 1990 la reconquête du Rwanda par des éléments tutsi issus de l’armée régulière ougandaise jusqu’à la prise de Kigali en juillet 1994 n’est pas épargné. Pour être actuellement en conflit avec l’entourage du dictateur Kagame, Tribert Rujugiro, actuellement en exil en Afrique du Sud, est accusé lui-aussi de collaborer avec un mouvement terroriste à savoir, les FDLR.

Qui sont les FDLR ?

Le mouvement politico-militaire qui s’est donné le nom de « Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda » (FDLR)  est né en 2001 à la suite du démantèlement des camps des réfugiés hutu en ex-Zaïre et des massacres des milliers d’entre eux par l’armée de Paul Kagame commis depuis1996. Les rescapés de ces massacres que le Mapping Rapport de l’ONU a publié en octobre 2010 qualifie de « crimes de guerre,   crimes contre l’humanité et peut-être de génocide », n’ont eu d’autres choix que de se constituer en force d’auto-défense pour résister à la chasse à l’homme à laquelle se livrait l’armée de Paul Kagame. Sur le plan politique, les FDLR réclament un dialogue avec le régime, préalable à leur retour au Rwanda dans la dignité et en toute sécurité.

Gestion du problème des FDLR par le régime de Kigali

Rompue dans l’art de la supercherie et du double langage, la clique au pouvoir à Kigali ne va pas contredire cette réputation quand on considère la manière dont elle gère le dossier des FDLR. Tout y passe : manipulation, mensonges, chantages, pots-de-vin… bref, tout ce qui peut être fait ou dit afin de profiter de l’existence des FDLR a été et est encore tenté par le régime de Paul Kagame. Ainsi, dès le départ, le dictateur a brandi la carotte et le bâton. Dans son obsession à vouloir faire condamner ses compatriotes réfugiés en RDC comme des terroristes, Paul Kagame n’a pas hésité à violer la Constitution en extradant ses propres nationaux vers les Etats Unies. L’on se souviendra en effet qu’à la suite de l’assassinat de touristes américains et britanniques dans le parc de Bwindi en Ouganda en 1999, le Rwanda avait tout de suite conclut que ce crime était le fait des réfugiés hutu vivant au Nord-Kivu et n’avait pas hésité à livrer deux d’entre eux  capturés à la frontière ougandaise aux autorités américaines. Après enquêtes et procès, les deux malheureux seront innocentés et relâchés. Tous les éléments rendaient plutôt les forces ougandaises et rwandaises coalisées pour l’invasion et le pillage de la RDC responsables de ce crime odieux. Loin de se décourager, Paul Kagame déploya des efforts pour rapatrier les combattants des FDLR « sans condition ». En fait, tout en multipliant des opérations militaires pour massacrer ceux qui ne répondaient pas à ses avances, parallèlement il faisait croire à la communauté internationale que la déstabilisation de la région est le fait des mêmes FDLR alors que c’est de Kigali que partait toutes les rébellions qui ensanglantent l’Est de la RDC (cas Laurent Nkunda). Ce refus de dialogue avec les réfugiés rwandais se trouvant en RDC et défendus par les FDLR permet ainsi à Paul Kagame de rester en RDC, d’exploiter des gisements de minerais tout en criant à la menace que constitueraient les FDLR. La réalité est qu’il a plus besoin des FDLR en RDC que les concernés eux même qui ne demandent qu’à rentrer au Rwanda en toute dignité.

En 2008, grâce à ses réseaux mafieux et à son penchant pour corrompre, Paul Kagame a effectué un coup de génie en réussissant à faire inscrire les FDLR sur la même liste des mouvements terroristes tel que Al Qu’Aïda ! Pour y arriver, il a eu recours aux ONG dites de Défense des Droits de l’Homme mais qui sont en fait des cabinets de promotion du FPR comme « Africa Rights » de Rakiya Omar ou « Redress » de Carla Ferstman. Ce sont ces pseudo-défenseurs des droits de l’homme qui vont approcher les fonctionnaires de l’ONU et d’autres « spécialistes de la région » pour leur vendre l’analyse et les recommandations rédigées par les services secrets de Paul Kagame qui seront ensuite présentées comme « Rapport d’Experts des Nations Unies ».

Exploitation politique des vrais-faux rapports des Nations-Unies

Aussitôt après qu’il ait réussi à faire inscrire les FDLR sur la liste des organisations terroristes, le régime dictatorial de Paul Kagame va l’exploiter à fond. En effet c’est en novembre 2009 qu’un panel d’expert aussi inconnus que partiaux ont apposé leurs signatures au bas d’un document sortis tout droit des services de renseignement rwandais comme étant un rapport des Nations Unies démontrant le caractère « terroriste » des FDLR . Les braves messieurs (Dinesh Mahtani, Raymond Debelle, Muctar Kokouma Diallo, Christian B ; Dietrich et Claudio Gramizzi) croient avoir joint l’utile à l’agréable mais ils resteront dans l’Histoire comme une honte et une caricature de la communauté internationale. Le dictateur va demander et obtenir l’arrestation des leaders politiques des FDLR vivant en Occident. Certains seront même accusés de crimes précis qu’ils auraient personnellement commis en RDC alors qu’ils n’y ont jamais mis les pieds.

Mais l’exploitation éhontée du caractère « terroriste » des FDLR  fait que Paul Kagame risque d’ouvrir les yeux même aux moins clairvoyants  et d’énerver ses maîtres américains et britanniques qu’il embarrasse  par de telles raccourcis. En effet, Kagame , sa presse et sa justice n’y vont pas par quatre chemins. Tous les opposants politiques qui ont voulu le défier lors des élections de 2010 sont actuellement incarcérés sous l’inculpation d’être de connivence avec un mouvement terroriste, les FDLR. Madame Victoire Ingabire est ainsi maintenue dans la sinistre prison de 1930 pour ce chef d’inculpation. Pour monter des dossiers contre les opposants, Paul Kagame courtise plus que jamais les combattants des FDLR vivant en RDC. Il remue ciel et terre pour en rapatrier quelques uns à coup de milliers de dollars, de promesses et de menaces. Une fois rentrés au Rwanda, l’ex-combattant est briefé et sommé de condamner tel ou tel opposant politique qu’il n’a peut-être jamais vu. Pour charger la Présidente des FDU, Madame Victoire Ingabire, les services secrets de Kagame ont retrouvé des anciens élèves officiers de 1994 qui vivaient dans la jungle du Congo depuis 1994 mais qui aujourd’hui témoignent être au courant des activités politiques de Victoire Ingabire qu’ils n’ont jamais rencontrée. De même, après l’exil et la déclaration politique des quatre anciens hauts cadres du FPR( Kayumba-Rudasingwa-Karegeya-Gahima), Kagame s’est empressé de trouver un ex-combattant des FDLR qui affirme que ces quatre sont en liaison avec eux . Pourtant, ce pauvre candidat sous-lieutenant en 1994, bombardé Colonel pour la circonstance à savoir, charger la bande à Kayumba, n’avait jamais entendu parler de ces personnalités autrement que par la presse officielle. Plus ridicule encore, le régime Kagame est en train de demander à un pauvre combattant malade qui rentre de Masisi où il ne pouvait même pas savoir ce qui se passe à Goma, de dire qu’il a suivi les tractations entre les FDLR et le milliardaire Tribert Rujugiro en Afrique du Sud ! Tout cela parce que cet homme d’affaires est en conflit avec le régime Kagame dont il a financé la guerre de conquête. Il doit absolument être accusé de collaborer avec un mouvement terroriste.

En conclusion

L’épouvantail des FDLR a été créé et est entretenu par Paul Kagame lui-même pour lui permettre de continuer à faire la pluie et le beau temps dans l’Est de la RDC, notamment en pillant allégrement des richesses et en pourchassant ses opposants. La reddition de quelques combattants fatigués ou manipulés lui permet de disposer de témoins à charge contre n’importe qui dès lors qu’il est parvenu à présenter les FDLR et tous ceux qui les fréquenteraient comme des terroristes. L’article constitue un appel à ce que cessent ce chantage et cette supercherie imaginée par un dictateur pour se débarrasser de ses opposants et qui curieusement fut endossée par ce qui est appelée « la Communauté Internationale ». Il est temps que ça change.

Jean-Charles Murego
EdA Press