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Dissidence au sein du parti FDU : vers une clarification ?

Eugène Ndahayo, président du Mouvement national_Inkubiri

Eugène Ndahayo, président du Mouvement national_Inkubiri

Plus de deux ans après que quelques membres du parti FDU-Inkingi (Forces Démocratiques Unifiées–Inkingi) aient boudé et même saboté les activités du parti mais sans oser en sortir officiellement, il semble que cette fois-ci le groupe de dissidents grossi par les frondeurs et mauvais perdants du congrès d’Alost (13 et 14 septembre  2014), aient franchi le Rubicon pour quitter le parti « Forces Démocratiques Unifiées »-Inkingi et fonder le leur sous l’appellation  de : « Mouvement National- Inkubiri ». En effet, le 9 novembre 2014,  réunies à Bruxelles, une dizaine de personnes [voir Charte et signataires du Mouvement national_Inkubiri] ont signé un document mettant sur pied un nouveau parti politique d’opposition au régime en place à Kigali. Ainsi donc, après des mois de tergiversations, les dissidents, menés par Eugène Ndahayo puis rejoints par Nkiko Nsengimana et les autres déçus du congrès d’Alost, viennent de se rendre à l’évidence qu’ils ne pourraient pas continuer à agir politiquement sous le couvert d’un parti dont ils sont en profond désaccord idéologiquement.

D’ailleurs, dans l’exposé des motifs, les fondateurs du nouveau parti signalent clairement que ces divergences étaient manifestes dès la création du Parti FDU-Inkingi dans ses composantes FRD (Forces de résistance pour la Démocratie), RDR (Rassemblement Républicain pour la Démocratie au Rwanda) et ADR (Alliance démocratique rwandaise). Mais, ils omettent de signaler aussi que la nouvelle entité FDU-Inkingi, née de ces trois composantes, n’était point une juxtaposition des idéologies de ces anciennes composantes, mais bien un nouveau parti qui s’était alors doté de son propre projet de société et de son programme politique n’ayant rien à voir avec ceux des anciens FRD, RDR et ADR. Mais Ndahayo et consorts auraient toujours cru qu’ils étaient dans le parti FDU-Inkingi pour y défendre les intérêts et idéologies politiques de FRD ou ADR. Il semble donc que c’est ce malentendu de départ qui a été à la base de ces dissidences et que donc maintenant la situation devient plus claire avec la formation de leur parti par ceux qui se croyaient des FRD et de ADR opérant au sein des FDU-Inkingi.

Divergences idéologiques ou mauvaise foi ?

Les fondateurs du parti « Mouvement National-Inkubiri » reprochent aux cadres actuels du parti FDU-Inkingi orthodoxe d’être des anciens du MRND de l’ancien président Juvénal Habyarimana, ce qui ne correspond pas du tout à la configuration actuelle des membres et leaders des FDU-Inkingi dont la majorité a rejoint ses rangs après 2006. Ce seul pretexte suffit au groupe Ndahayo de vouer aux gémonies ses anciens partenaires au sein du parti FDU-Inkingi. Ce faisant, ces inquisiteurs politiques oublient ou tentent de faire oublier qu’ils furent tous des collaborateurs du FPR que ce soit lors de sa guerre de conquête ( 1990-1994) quand ils étaient ses complices de l’intérieur, ou après sa victoire quand ils sont entrés dans les institutions que cette ancienne rébellion mettait en place après juillet 1994. Le message que nous livre le groupe Ndahayo est que pour lui, avoir collaboré avec le régime Habyarimana est de loin plus criminel que d’avoir collaboré avec le FPR (Front Patriotique Rwandais) ou participé à son pouvoir comme l’ont fait Ndahayo, Musangamfura et Mberabahizi.

Les anciens dissidents de FDU-Inkingi désormais dans le parti « Mouvement National-Inkubiri » entendent se distinguer de FDU-inkingi en soulignant dans leur « projet de société » que sur la question du génocide, ils affirment mordicus, en dépit des recherches infructueuses du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) et d’autres instances internationales, que le « génocide des Tutsi » a été planifié  par le régime du président Habyarimana. Seul le FPR est aussi catégorique sur cette affirmation. Mais si pour le FPR, il y va de sa légitimité dans la conquête et l’asservissement du Rwanda, on comprend mal dans quel intérêt Ndahayo et consorts feraient eux aussi de cette supercherie leur fond de commerce. Enfin, le nouveau venu sur l’échiquier politique, nous voulons citer le parti « Mouvement National-Inkubiri », entend amener la communauté internationale à modifier l’appellation consacrée par l’ONU de «  génocide contre les Tutsi » en « génocide tutsi ». Ici aussi on ne sait pas dans quel intérêt.

Fixation maladive sur le RDR

Jean Baptiste Mberabahizi, 2è Vice-président du Mouvement national_Inkubiri

Jean Baptiste Mberabahizi, 2è Vice-président du Mouvement national_Inkubiri

Le nouveau parti de Ndahayo, pour se justifier ou pour s’attirer quelques sympathies, se décharge sur le RDR, cette organisation née dans les camps de l’Est du Zaïre après 1994 et qui avait pour but de défendre les intérêts de plus de 2 millions de réfugiés alors entassés dans des camps de l’Est de l’actuelle RDC. Sixbert Musangamfura, alors chef des Renseignements du FPR ou un Mberabahizi qui avait rejoint ce mouvement et qui fut nommé député du FPR en 1994, devraient avoir informé plutôt leurs collègues que le RDR ne rassemblait  pas que  les tenants de l’ancien régime de la IIè République comme ils le mentionnent dans  leur projet de société. Il est risible de prétendre que seuls les partisans du régime de Habyarimana se trouvaient dans ces camps dont, rappelons-le, la population était de plus de 2 millions.

La vérité est que  les leaders du RDR venaient de tous les horizons de la scène politique rwandaise. Pour preuve, à la fondation du RDR, ce fut JMV Ndagijimana, issu du MDR, qui a été le premier responsable des Relations extérieures de cette organisation alors qu’un certain Habimana, lui aussi du MDR, en était le 2è vice-président. De même, c’est Ildephonse Munyeshyaka qui était responsable du RDR à Nairobi où cette organisation avait implanté l’essentiel des ses activités. Il était lui aussi du MDR. Le  secrétaire général  du comité régional était Vincent Ruhamanya, également du MDR. De plus, le RDR a cessé d’exister avec la création du parti FDU-Inkingi en 2006.

Il est donc surprenant que Ndahayo et son groupe, qui pourtant furent témoins de la fin du RDR, se réveillent quelques années plus tard en criant « au loup… c’est le RDR !» qui sous le couvert de FDU-Inkingi tenterait de réinstaurer le régime du MRND ! Le seul enseignement que l’on peut retenir de cette fixation maladive de Ndahayo et consorts sur le RDR est que le sort des réfugiés au Zaïre en 1994 ne les préoccupait pas, et pour cause, ils étaient des dignitaires du régime FPR qui devait pourchasser et exterminer ces réfugiés. Mais, même aujourd’hui, 20 ans après, il semble que ce groupe soit contrarié que ces mêmes réfugiés aient survécu et font encore parler d’eux, grâce notamment à ceux qui les ont défendus en leur temps dont en premier lieu le RDR. Il est significatif de noter que tout au long de leur  long exposé, Ndahayo et compagnie ne font d’ailleurs nullement allusion au sort  impitoyable qui attend  beaucoup de ces réfugiés qui errent encore dans les forêts congolaises.

Conséquences pratiques de la clarification

Sixbert Musangamfura, Secrétaire général du Mouvement national_Inkubir

Sixbert Musangamfura, Secrétaire général du Mouvement national_Inkubir

En rompant officiellement le lien avec le parti FDU-Inkingi et en rendant public un manifeste d’une nouvelle formation politique, Ndahayo et compagnie ont agi logiquement et ont fait un pas dans la levée d’une confusion qui était entretenue sur cette question. Seulement, ils ne sont pas allés assez loin car il semble qu’ils veulent encore s’accrocher sur l’acronyme « FDU » auquel ils adjoignent le nom du nouveau parti « Mouvement National-Inkubiri ». Le bon sens voudrait qu’ils abandonnent définitivement l’acronyme FDU et tout sera clair. En effet, l’acronyme FDU reste et restera à jamais associé à l’héroïne de la lutte démocratique qu’est Madame Victoire Ingabire Umuhoza incarcérée au Rwanda mais toujours présidente du parti-FDU-Inkingi.

Or, vous aurez remarqué que tout au long de leur développement  sur une  dizaine de pages, il n’est nulle part fait référence à Madame Victoire Ingabire et ses compagnons d’infortune au Rwanda. D’autres cadres du parti FDU-Inkingi et des militants en payent un lourd tribut : Sylvain Sibomana, secrétaire général du parti, purge 8 ans de prison. Plus d’une dizaine de jeunes militants viennent de terminer leur peine de 6 ans de prison. Leur seul péché est d’avoir voulu répandre les idéaux démocratiques des FDU-Inkingi au Rwanda. Ndahayo et son groupe ayant coupé tout lien avec Victoire Ingabire et ayant clairement exposé leurs divergences idéologiques avec son parti, la logique voudrait qu’aucune référence aux FDU ne devrait être faite dans la dénomination de leur nouvelle formation politique. De mauvaises langues sont d’avis que Eugène Ndahayo et son groupe sont pour le parti FDU ce qu’est Mukabunane pour le PS Imberakuri. Ils ont peut-être raison.

Du reste on ne peut que souhaiter « bon vent » au nouveau parti d’Eugène Ndahayo, JB Mberabahizi et autres Sixbert Musangamfura que les connaisseurs de la vie politique rwandaise n’hésitent pas à le qualifier  de « vagabond politique » au vu de son parcours. En effet rares sont les politiciens qui comme Sixbert Musangamfura,  peuvent se prévaloir d’avoir été successivement militant des partis : MDR, FPR, FRD, ADR, FDU et maintenant Inkubiri !

Il reste à  demander aux dirigeants du nouveau « mouvement national – Inkubiri» de clarifier l’objet de leur lutte : soit être opposants au régime de Kigali, soit être opposants à leurs anciens compagnons de lutte des FDU-Inkingi. Leurs attitudes de ces derniers temps tendent plutôt à démontrer qu’ils s’inscrivent dans cette dernière option.  Est-ce innocent ce genre de  comportements ?

Jane Mugeni
31/12/2014

Au Rwanda l’arbitraire et la répression politique font office de « Justice » : Le cas de Sylvain Sibomana

Sylvain Sibomana

Sylvain Sibomana

Sylvain Sibomana est Secrétaire Général du parti d’opposition FDU-Inkingi. Il est, depuis plusieurs mois, détenu au Rwanda où il purge des peines infligées arbitrairement parce qu’il s’oppose au régime du FPR.

Malgré les aides massives versées au régime dictatorial de Paul Kagame par les puissances occidentales pour soi-disant améliorer et soutenir son système judiciaire, en dépit des dispositions de la Constitution dont plusieurs articles reconnaissent les droits fondamentaux de l’homme, admettent la démocratie basée sur la diversité des idées et proclament que la bonne administration de la Justice est le garant de la liberté publique (Art. 44), la réalité est que ce qui, au Rwanda, est présentée comme « Justice »  n’est qu’une machine aux mains de l’exécutif et servant à faire taire toute voix discordante.

Le cas de Sylvain Sibomana en est une des visibles illustrations. Ce leader du parti FDU-Inkingi fut arbitrairement condamné par la Haute Cour de Karongi à 6 ans d’emprisonnement. C’était le 13/01/2014. Il a fait appel auprès de la Cour Suprême le 18/02/2014. Quelques mois plus tard, à savoir le 13/06/2014, il adressa un courrier au Président de la Cour Suprême demandant que les dates de son procès soient fixées. Ne recevant aucune réponse, il adressa des lettres de rappel à la même Cour Suprême successivement les 18/08/2014 et 29/09/2014, lettres qui, jusqu’à ce jour, n’ont reçu aucune réponse.

Les partis politiques démocratiques et au premier rang le parti FDU-Inkingi ne peuvent que dénoncer cette injustice dont est victime Monsieur Sylvain Sibomana en particulier et de tous les opposants politiques en général. De même, les défenseurs des Droits de l’Homme devraient exiger au régime de Paul Kagame de respecter les principes élémentaires repris dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme que le Rwanda a pourtant ratifiée.

Jane Mugeni
01/11/204

Le meeting du parti FDU-Inkingi à Bruxelles : les militants et sympathisants n’ont pas cédé à une propagande mensongère

Dr Emmanuel Mwiseneza, secrétaire général du parti FDU-Inkingi. Il remplace Sylvain Sibomana en prison au Rwanda. Joesph Bukeye, 2è Vice-président. Il est parti à l'extérieur. Le premier vice-président, Boniface Twagirimana est au Rwanda.

Dr Emmanuel Mwiseneza, secrétaire général adjoint du parti FDU-Inkingi. Il remplace Sylvain Sibomana en prison au Rwanda. Joseph Bukeye, 2è Vice-président. Il est responsable du parti à l’extérieur. Le premier vice-président, Boniface Twagirimana est au Rwanda.

Le meeting du parti FDU-Inkingi tenu à Bruxelles le 25/10/2014 a affiché complet. Les militants et sympathisants du parti étaient au rendez-vous malgré la propagande mensongère relayée par des journaux paraissant sur le net. Des articles anonymes faisaient état de ce que le parti FDU-Inkingi aurait empêché des gens à participer à la manifestation contre Paul Kagame à Londres. Pourtant, le porte-parole du parti, Justin Bahunga, était bien présent et la vidéo de son intervention après la manifestation le prouve bien. Il était en compagnie des autres militants qui étaient partis de Bruxelles. Le groupe FDU-Inkingi constituait le gros des manifestants présents à Londres. A une question posée à ce sujet, Joseph Bukeye, 2è Vice-président parti, l’orateur du jour, ne s’est pas attardé sur cette campagne orchestrée par ceux-là même qui ont opéré un coup d’Etat contre la présidente du parti, Victoire Ingabire.

Dans son intervention, Joseph Bukeye a présenté au public les dirigeants du parti élus lors du congrès tenu à Alost en

Les repséntants des autres formations politiques invités dans le meeting. De gauche à adroite J.B. Ryumugabe du PS-Imberakuri, J.D. Munyampeta du PDP-Imanzi, Twagiramungu de RDI-Rwanda Rwiza, Micombero de RNC et J. Ngarambe de PDR-Ihumure

Les repséntants des autres formations politiques invités dans le meeting. De gauche à adroite J.B. Ryumugabe du PS-Imberakuri, J.D. Munyampeta du PDP-Imanzi, Th. Twagiramungu de RDI-Rwanda Rwiza, Micombero de RNC et J. Ngarambe de PDR-Ihumure

Belgique et a passé en revue les résolutions prises à cette occasion. Il a réaffirmé que le parti FDU-Inkingi reste au Rwanda sous la présidence de Victoire Ingabire actuellement en prison. La collaboration avec les autres partis politiques reste également une des priorités du parti, en témoignent les représentants des autres formations politiques invités dans le meeting et qui ont tous loué l’application des principes démocratiques au sein du parti FDU-Inkingi qui s’est concrétisée entre autres par des élections organisées récemment lors du congrès d’Alost. C’est un bon apprentissage de la démocratie qui devrait servir d’exemple aux autres partis.

Un des représentants du parti au Rwanda est intervenu pour informer le public des réalités qui sont les leurs dans un Rwanda qui croule sous la dictature du général Paul Kagame.

Les questions ont été nombreuses. Un des participants a demandé si le nom du parti ne devrait pas changer, mais il lui fut

Une parti du public dans la salle de conférence de Rue Washington n°40 à Bruxelles (Belgique)

Une partie du public dans la salle de conférence de Rue Washington n°40 à Bruxelles (Belgique)

répondu que « FDU » est une marque déposée. Y a-t-il un ou plusieurs FDU a renchéri un autre? La réponse a été claire : le parti FDU est au Rwanda depuis 2010. Le parti est un et unique. L’un ou l’autre membre qui quitte le parti et usurpe le nom du parti ne va rien changer. Celui qui veut se proclamer président du parti n’a qu’à aller au Rwanda pour ce faire.

Le public a été tenu en haleine pendant plus de 3 heures. Il était encore intéressé par des éclaircissements des responsables du parti, mais il a fallu clôturer pour  respecter le contrat de location de la salle. Le meeting, qui avait débuté à 15h, a été clôturé à 18h30.

Gaspard Musabyimana
26/10/2014

Quatre ans de sit-in devant l’ambassade du Rwanda à Bruxelles

L’histoire du sit-libérez les opposants politiquesin qui se tient devant l’ambassade du Rwanda à Bruxelles remonte à l’arrestation de Victoire Ingabire à Kigali le 13/10/2010.

Le lendemain matin, ses partisans se sont donnés rendez-vous à l’angle de l’avenue de Tervuren et de l’avenue des Fleurs à Woluwe Saint Pierre où ils ont fait une chaîne humaine pour réclamer la libération de leur leader politique.

Les diplomates rwandais ont dû faire appel à la police pour pouvoir franchir le portail de l’ambassade et accéder à leurs  bureaux.

Tente

Une tente abritant les manifestants

Le rassemblement étant pacifique, la police a invité la foule  à aller de l’autre côté de la rue en face des bâtiments de l’ambassade et  de continuer leur manifestation. Depuis lors, cet endroit est devenu un lieu de résistance pour des revendications légitimes :  libérer tous les opposants politiques  dont Victoire Ingabire, présidente du parti FDU-Inkingi emprisonnée parce qu’elle voulait se présenter en challenger de Paul Kagame dans les élections présidentielles de 2010, Déo Mushayidi, président de PDP-Imanzi, Dr Théoneste Niyitegeka, un autre challenger de Kagame lors des élections présidentielles de 2003, Lieutenant Colonel Rugigana Rugemangabo, parce qu’il est le frère  du Général Kayumba Nyamwasa,  ex-chef d’Etat-major de l’armée du FPR exilé en Afrique du Sud, etc.

Une des façades de la tente avec un message revendicateur

Une des façades de la tente avec un message revendicateur

Pour ce combat noble, le sit-in est fait chaque mardi, de 10 à 16h, à tour de rôle, par les partis politiques, la société civile, et autres militants et militantes qui luttent pour l’avènement de la démocratie au Rwanda. Une tente arborant des messages revendicateurs est dressée et est démontée à la fin du sit-in. Ce rassemblement continuera tant que Victoire Ingabire et ses compagnons d’infortune ne seront pas libérés.

Ambassade du  Rwanda à Bruxelles

Ambassade du Rwanda à Bruxelles

Ce sit-in vient de durer presque 4 ans et la détermination des acteurs est loin de s’estomper.

Gaspard Musabyimana
14/08/2014

Rwanda: Gandhi, Mandela et Victoire Ingabire: l’exemple d’une femme africaine

Victoire_Ingabire_UmuhozaDans les Grands Lacs africains la plupart pensent indubitablement que si ce n’était pas pour l’attention portée à l’échelle internationale, Victoire Ingabire aurait déjà été tuée. En dépit de cela, elle demeure une héroïne relativement anonyme en Europe. Réduite au silence par la force, Ingabire est l’une de ces femmes qui incarnent courageusement l’espoir des millions d’africains avec une volonté indomptable, que de nombreux africains comparent à Nelson Mandela.

Cette femme de nationalité rwandaise menait une vie confortable en exil avec son mari et ses trois enfants en Hollande. Toujours active dans la lutte pour la justice dans son pays, en 2006 elle fut nommée présidente de la coalition de l’opposition politique de la diaspora, des Forces Démocratiques Unifiées FDU-Inkingi. De cette façon, Ingabire accepta le difficile et dangereux défi de retourner au Rwanda pour se présenter aux élections présidentielles d’Août 2010. Peu de temps après, elle fut arrêtée et jetée en prison sur la base d’accusations de terrorisme et de délits d’opinion, et soumise à des procédures judiciaires en l’absence de garanties légales, comme le dénonce Amnistie Internationale.

Elle et son groupe politique estiment fermement que les problèmes du Rwanda sont d’origine politique et méritent aussi une solution politique. En tant que bons africains, leur programme politique fait partie de la philosophie d’Ubuntu, la résolution de problèmes par le dialogue, l’unité et la collaboration. A la tête de son parti, Ingabire lutte, avec toutes les conséquences que cela implique, pour la paix et la réconciliation du Rwanda qui est depuis tant d’années sous le joug de la peur et de l’inégalité. Elle suit les maximes d’Ubuntu, elle défend la compréhension mutuelle et non pas la vengeance ; la réparation mutuelle et non pas les représailles.

Sa famille, ses amis, ses partisans, ses collègues de parti et de nombreux congolais, rwandais, ugandais et burundais viennent de créer le groupe Les Amis de Victoire Ingabire en Europe. De cette façon, ils prétendent principalement rendre visible la lutte de Victoire, car c’est ce qui la maintient en vie.

Mais ils travaillent également pour la prise de conscience des citoyens européens sur les réalités du Rwanda et de la région des Grands Lacs africains et pour la collecte des fonds pour les honoraires des avocats de Victoire et d’autres prisonniers d’opinion qui, comme elle, languissent dans des prisons du régime brutal du FPR au Rwanda.

Des poursuites judiciaires auxquelles est confrontée Ingabire constituent probablement l’histoire la plus longue et la plus complexe du pays. Le gouvernement du Rwanda, dirigé par Paul Kagame, et tout son appareil répressif savent que s’ils laissent cette femme sortir de prison et se présenter aux élections, elle balaierait les élections telle une véritable vague déferlante.

Des gens qui n’ont plus peur de manifester publiquement leur sympathie se font de plus en plus nombreux. Victoire, avec ses principes d’Ubuntu et la non-violence, a secoué le système de terreur qui opprime la plupart des Rwandais depuis maintenant des décennies. Dans cette lutte pour la paix et la réconciliation, ce que nous pouvons l’offrir, c’est de ne pas l’oublier. C’est important pour la garder en vie, alors elle gagnera, parce que, comme le disait Gandhi, quand ceux qui détiennent le pouvoir vous ignore, ensuite vous raille, après vous combattent, à la fin, vous gagnez.

Rosa Moro
04/08/2014

 

Rosa Moro est une journaliste et activiste. Elle aime l’Afrique, la communication et la révolution. Elle collabore avec plusieurs médias et organisations et est l’auteur du blog África en Mente.

 

Traduction: Romain Minga

Rwanda : Victoire Ingabire pourra-t-elle avoir un procès équitable?

Confrontée à la question de la compétence de la Haute Cour, la juge craque, ajourne le procès de Madame Victoire Ingabire au 4 octobre et traite sa défense de «barbare» 

Alors que l’opposition rwandaise est encore traumatisée par l’attaque à main armée contre un de leurs membres, Eric Nshimyumuremyi, qui a survécu une balle tirée par la police à la poitrine le 15 Septembre 2011, les trois premières semaines du procès politique de la leader de l’opposition Mme Victoire Ingabire Umuhoza ont été marquées par des élucubrations sans fin.

Aujourd’hui, la juge-présidente Alice Rulisa, perd son sang-froid, craque et furieusement décide de reporter les audiences jusqu’au 4 Octobre 2011, afin de permettre au procureur de préparer sa réponse aux observations de la défense sur le principe de non-rétroactivité de la loi pénale, et sur la compétence territoriale de la Haute Cour.

Les visages des témoins clés du procureur font croire à un coup monté par des «techniciens» du régime comme d’habitude.
Ce qui semblait être pour le régime une facile condamnation à perpétuité de la leader de l’opposition de premier plan, devient un procès manifestement chargé de rancœurs, contradictions et menaces.

La juge qui préside a perdu toute son Independence en s’alignant trop étroitement derrière le procureur. Elle a dit que la requête de la défense est non seulement «choquante mais aussi présentée d’une manière barbare». Elle a refusé à la défense le droit de réponse à ses insultes. Dans l’intérêt d’un procès équitable, la juge Alice Rulisa devrait se récuser d’elle même. En trahissant publiquement ses inimitiés, elle a ouvert une boîte de pandore sur le manque de crédibilité et d’indépendance de la cour dans cette parodie de justice.

Selon les conclusions de la défense, plus de 75% des preuves présentées par le ministère public n’ont aucun fondement juridique. La Haute Cour n’a pas compétence pour juger l’accusée de tout acte ou omission qui selon le Procureur relèverait :

– dudit crime d’idéologie du génocide commis avant la publication de la loi N° 18/2008 du 23 Juillet 2008 dans le journal officiel le 15 octobre 2008 ;
– dudit crime de complicité dans des actes terroristes commis avant la publication de la loi n°45/2008 du 9 septembre 2008 dans le journal officiel le 6 avril 2009 ;
– dudit crime de discrimination ou de sectarisme commis en dehors du territoire du Rwanda, par conséquent, l’accusé ne peut être tenu criminellement responsable de tout acte ou omission commis avant le 16 Janvier 2010, date de son retour au Rwanda;
– dudit crime de diffusion de rumeurs volontiers visant à inciter le public contre le pouvoir établi etc… commis en dehors du territoire du Rwanda. Par conséquent, l’accusée ne peut être tenue criminellement responsable de tout acte ou omission commis avant le 16 Janvier 2010 ; dudit crime de recrutement d’une force armée commis en dehors du territoire du Rwanda. Par conséquent, l’accusée ne peut être tenue criminellement responsable de tout acte ou omission commis avant le 16 Janvier 2010 ;

Du 5 au 23 Septembre 2011 Mme Ingabire, détenue dans la prison centrale de Kigali depuis le 14 Octobre 2010, n’a pas encore eu l’opportunité de faire une déclaration.

Les témoins clés du ministère public ont été mauvais élèves et se sont embrouillés dans leurs plaidoyers de culpabilité visiblement arrangés et se sont simplement bornés à demander la clémence du gouvernement. Des contradictions graves sur le modus operandi ont été relevées par la Cour jusqu’à ce que le procureur mette en garde ses protégés de ne s’en tenir qu’à leurs déclarations faites par écrit lors de leurs interrogatoires à la police. Tous les témoins ont confondu des noms des localités, des dates des réunions et des voyages, des hôtels, des moyens de transports, des détails opérationnels ou des soi-disant agents. Le rôle de Mme Ingabire dans leurs activités criminelles n’a pas été du tout établi.

Des menaces contre les avocats de la défense ont été très flagrantes. Ils ont été minutieusement fouillés avant d’entrer à la Cour et la confidentialité de leurs documents a été parfois violée. Il leur a été refusé le droit d’apporter à l’audience l’eau minérale à boire durant les plaidoiries. L’avocat Maitre Gatera a été agressé verbalement et gardé environ 30 minutes à l’extérieur des locaux du tribunal.

Le procureur a surpris le public lorsqu’il a affirmé que personne ne devrait avoir confiance en ces avocats de la défense qui défendent «des criminels». Ce fut une mise en garde sérieuse car deux autres avocats de Mme Victoire Ingabire ont été déjà incarcérés l’an dernier : le Professeur américain Peter Erlinder et Maitre Théogène Muhayeyezu.

Les partisans de Mme Ingabire ont aussi été intimidés. Le personnel de sécurité s’est acharné à prendre des photographies et à surveiller quotidiennement la plupart des membres de l’opposition qui viennent régulièrement suivre le déroulement du procès au tribunal.
Il ne fait aucun doute que ce procès est vicié.

Nous appelons la communauté internationale à rappeler au gouvernement de Paul Kagame de respecter ses obligations internationales en matière de justice équitable, des droits civils et politiques.

FDU-Inkingi
Boniface Twagirimana
Vice-président intérimaire

Kigali, 26 septembre 2011

 

 

Rwanda : RNC et FDU, un même agenda pour le changement

Nkiko Nsengimana des FDU et Joseph Ngarambe de RCN à Bruxelles le 31-07-2011

Nkiko Nsengimana des FDU et Joseph Ngarambe de RCN à Bruxelles le 31-07-2011

C’est une marée humaine qui a investi la rue Washington au cœur du quartier d’Elsène à Bruxelles. C’est là que s’est tenu le meeting des partis politiques RNC et FDU ce 31/07/2011. L’affluence a été telle que des chaises ont dû être ajoutées dans les allées centrales et latérales ainsi que dans des coins et des recoins de la salle et même dans la mezzanine.

Le parterre des organisateurs sur le podium était lui aussi impressionnant. On pouvait y apercevoir entre autres : Dr Nkiko Nsengimana, Joseph Bukeye, Sixbert Musangamfura, Dr Emmanuel Mwiseneza et Charles Ndereyehe des FDU ; Jonathan Musonera, Joseph Ngarambe et Kazungu; Paul Rusesabagina de RNC. Dans la salle, Karagwa Gérard de PDP-Imanzi, JMV Ndagijima du volet « justice internationale » et Jean Baptiste Ryumugabe de PS-Imberakuru ont été présentés à l’assistance. La technologie moderne a permis également les interventions de Sylvain Sibomana et d’Alice Muhirwa du Comité exécutif provisoire des FDU à Kigali ; le général Kayumba Nyamwasa de RNC à partir d’Afrique du Sud et de Gerald Gahima et Dr Théogène Rudasingwa à partir de Washington.

Ouverte à 14h00, la conférence avait Joseph Bukeye comme modérateur. Il a passé la parole à Théogène Rudasingwa pour introduire les débats. Parlant par le biais de SKYPE, il a entre autres insisté sur la coopération en construction entre son parti et les FDU-Inkingi et a invité les autres forces politiques à adhérer à la plate-forme de collaboration de ces deux partis.

Le président du Comité de coordination des FDU, Nkiko Nsengimana (Suisse), est revenu sur le contenu du rapport Mapping et a souligné que leurs mouvements s’attèlent à demander qu’il ne soit pas enterré consacrant ainsi l’impunité de Paul Kagame et de ses hommes. Il a été sceptique sur le développement économique tant vanté au Rwanda car les gens sont en train de mourir de faim. Il a fustigé le HCR qui veut céder aux demandes de Kigali de mettre en exécution la clause de cessation de la qualité de réfugiés pour les rwandais. Le pays est plus que jamais instable et l’insécurité des personnes et des biens règnent en maître. Dans ces conditions, il est inconcevable, a-t-il martelé, que l’on veuille priver les réfugiés de leurs droits.

Quant à Jonathan Musonera, il a rendu un hommage appuyé à Victoire Ingabire Umuhoza qui croupit dans les geôles rwandaises. Il l’a comparé à Ndabaga, cette héroïne de la mythologie rwandaise qui a été sur le champ de bataille pour terrasser les ennemis qui attaquaient le pays. Il a rappelé son discours à Gisozi au mémorial du génocide Tutsi qui plaidait pour la reconnaissance des massacres des Hutu. Musonera annoncé le calendrier des actions à venir : il est envisagé prochainement un sit-in à Genève pour protester contre le projet de cessation de la qualité de réfugiés pour les Rwandais ; une manifestation à Paris le 12/9/2011 à l’occasion de la visite du président Paul Kagame en France ; une manifestation en Australie car Kagame envisage y faire une visite ; une manifestation à Londres au siège du Commonwealth.

Revenant sur la question des réfugiés, Michel Niyibizi (Belgique) a détaillé les raisons qui montrent que le Rwanda n’est pas un pays sûr de façon que les réfugiés peuvent rentrer en toute sécurité : au Rwanda, le FPR a le monopole politique; la presse est muselée et les journalistes assassinés ; il y a des violations constantes des droits de l’Homme ; il n’y a pas d’indépendance de la justice. Il a rappelé que le Rwanda est l’un des rares pays au monde à avoir bombardé sa population réfugiée, soit à Kibeho en 1995, soit dans les camps de l’ex-Zaïre en 1996-1998. Il a informé le public qu’une lettre signée par 34 ONG et les deux formations politiques RNC et FDU a été envoyée au Haut Commissaire du HCR pour revoir la clause de cessation qui doit prendre effet le 31/12/2011. Niyibizi a en outre annoncé qu’un congrès des réfugiés rwandais se tiendra prochainement pour débattre des questions existentielles relatives à leur situation d’exilés.

De son exil en Afrique du Sud, le général Kayumba Nyamwasa s’est appesantie sur la sécurité des personnes au Rwanda et à l’étranger. Il a rappelé l’emprisonnement arbitraire de l’ex-président Pasteur Bizimungu pour le seul crime d’avoir voulu fonder un parti politique. Il a été de même de Maître Ntaganda, de Déo Mushayidi et de Victoire Ingabire qui croupissent en prison pour avoir voulu exercer leurs droits politiques. Pour lui, les rwandais de l’extérieur ont encore la liberté de parole. Ils doivent faire tout pour dénoncer les dérives du régime de Paul Kagame. La manifestation de Chicago a montré que cela est possible car les médias ont répercuté le message des manifestants et n’ont placé aucun mot de Paul Kagame. Le mot d’ordre lancé par Nyamwasa fut de lutter contre Paul Kagame et ses services de sécurité qui envoient des tueurs à gage à l’extérieur. Il faut les dénoncer, comme il est capital de dénoncer les diplomates rwandais qui leur servent de couverture. Embrayant sur l’actualité, Kayumba Nyamwasa a fait remarquer que la visite de président Museveni au Rwanda ne doit tromper personne. La normalisation des relations entre les deux hommes est un trompe-l’œil. Il a fait le parallèle avec Habyarimana que Museveni n’a pas hésité à laisser tomber, malgré les très nombreuses visites de par et d’autre.

Une vue du public dans la salle

Chargé de l’information au sein des FDU, Emmanuel Mwiseneza, a souligné l’importance de l’utilisation de nouvelles technologies de l’information en politique. Il a rappelé que les réseaux sociaux et les forums de discussions, ont montré leur efficacité pour la destitution des dictatures. Il a informé le public que le site web officiel des FDU est www.fdu-udf.org, que les autres sites avec le sigle FDU ne sont que des usurpations.

Paul Rusesabagina est intervenu pour parler de la réconciliation qui doit être recherchée par les formations politiques et les ONG de la société civile rwandaise et que cette réconciliation passe par la vérité.

La parole a été ensuite accordée à Jean Mari Ndagijimana (France) qui a informé le public qu’il a été mis sur pied un « Collectif des victimes de masse de la région des Grands-lacs ». Cela a été motivé par le fait que tout rwandais est rescapé. Il n’y a aucun rwandais qui n’ait perdu un membre de famille depuis que le FPR a attaqué le pays en octobre 1990 jusqu’à ce jour. Le Collectif va rassembler des témoignages de ceux qui ont perdu les leur pour saisir la justice. Le premier acte d’accusation devra concerner le président rwandais Paul Kagame pour les crimes commis au Rwanda et en RDC. Il devra être déposé devant la justice française avant la venue du président rwandais en France. JMV Ndagijimana demandé au général Kayumba Nyamwasa et au Dr Théogène Rudasingwa et à leur groupe d’accepter d’être cités comme témoins sur tout ce qu’ils savent de ces crimes. Il a félicité en outre Kayumba Nyamwasa d’avoir eu le courage de demander pardon à tous les rwandais pour les crimes qui seraient imputés au FPR qu’il a servi.

Le PDP-Imanzi de Déo Mushayidi, en prison au Rwanda, était représenté par Gérard Karangwa (Pays-Bas). Il a rendu hommage aux compagnons d’infortune du président du parti.

Gérard Karangwa a démontré qu’il existe au Rwanda une ségrégation qui fait des Hutu des citoyens de seconde zone. Comme exemple, il montré que dans l’enseignement supérieur, les bourses d’études ont été coupées. Mais les enfants tutsi eux bénéficient de ces bourses via le FARG (Fonds d’aide aux rescapés du génocide). Donc la mesure n’a frappé que les enfants hutu. Cela est également vrai pour les études à l’étranger. Ce sont presque exclusivement des enfants tutsi qui les reçoivent. Dans l’armée, c’est la même chose. La prépondérance des Tutsi est écrasante. Ainsi parmi les 163 officiers promus récemment, il n’y avait que 13 hutu. Tous les services de sécurité sont 100% gérés par les Tutsi. Gérard Karangwa, qui est un ancien militaire du FPR, a rappelé qu’il a fait la guerre mais qu’il s’est rendu compte que la guerre ne résout rien. Qu’il faut des solutions négociées.

Le parti PS Imberakuri a été représenté par Jean Baptiste Ryumugabe (Belgique). Il a rendu hommage à leur leader emprisonné. Il a lui aussi fait remarquer que la politique au Rwanda est dominée par le mensonge, comme par exemple avancer qu’il n’y pas d’ethnies mais en même temps dire qu’il ya eu génocide des Tutsi. Il a souhaité que les dissensions au sein du défunt Comité de Soutien car elles affaiblissent leurs partis politiques respectifs au Rwanda.

Le secrétaire général du Comité exécutif provisoire des FDU au Rwanda, Sylvain Sibomana, a pris la parole et a rappelé que le parti est au Rwanda depuis plus des 500 jours et que sa présidente, Victoire Ingabire, est en prison depuis bientôt 390 jours. Il a fait un tour d’horizon sur les actions d’implantation du parti dans tout le pays et a montré que leurs militants continuent de subir des tracasseries voire des emprisonnements par les forces de sécurité. La trésorière du parti, Alice Muhirwa, a transmis au public les salutations de Victoire Ingabire. Muhirwa la rencontre chaque jour car c’est elle qui lui apporte à manger en prison. Elle a informé l’assistance que Victoire Ingabire est en totale isolement dans sa cellule. Elle n’a pas droit de sortir pour assister à la messe dominicale ni prendre de l’air dans le préau de la prison comme les autres détenus. A cela s’ajoute que les visites lui sont interdites depuis un certain temps. Muhirwa s’est inquiétée de la détérioration de la santé de Victoire Ingabire. Elle souffre notamment des dents. Pour consulter un médecin, les autorités de la prison ont exigé la permission du Commissaire général. Les collaborateurs de la présidente ont écrit une lettre et l’autorisation a été accordée. Mais les services de sécurité sont passés à côté pour aller dissuader le médecin qui devait consulter Victoire Ingabire. Celui-ci, pour éviter des ennuis à son cabinet et pour sa sécurité, s’est désisté. Un autre médecin est en train d’être cherché. Mais pourra-t-il lui, résister aux intimidations des services de sécurité, s’est interrogée Alice Muhirwa.

Les questions ont été nombreuses et variées mais la question lancinante a été celle des crimes reprochés au Général Kayumba Nyamwasa. Celui-ci est intervenu et a fait remarquer que depuis qu’il est en Afrique du Sud, aucun dossier ne lui a été soumis, aucun juge, aucun service ne l’a convoqué pour s’expliquer sur ces accusations. Il s’est dit prêt à répondre de ses actes devant la justice et pour ce faire, il a préparé son dossier mais sa stratégie de défense ne lui permet pas de l’exposer dans une conférence publique comme plus d’un le lui demandait. A ceux qui voudraient que Kayumba prenne l’initiative de se présenter lui-même devant la justice, il dit qu’il préfère répondre aux convocations éventuelles qui lui seraient adressées, ce qui n’est encore le cas depuis plus d’une année qu’il est en Afrique du Sud.

D’autres participants ont souhaité que RNC ait une présence au Rwanda à l’instar des FDU et de PS-Imberakuru. Ils se sont vu répondre que cela n’est pas encore à l’agenda du parti.

Le silence des partis politiques sur les pratiques quasi criminelles du régime comme par exemple la vaccination obligatoire des jeunes filles rwandais contre le cancer de l’utérus avec un vaccin contesté ou l’enregistrement audio dans lequel Dan Munyuza est dans des manœuvres de faire empoisonner Kayumba Nyamwasa, a été relevé par un participant. Joseph Ngarambe de RNC a rappelé que le vaccin contre le cancer du col utérin est contesté par des uns mais que scientifiquement, il n’y pas une étude scientifique sur laquelle on peut s’appuyer pour le dénoncer. Quand aux documents audio évoqués dans la question, il a rappelé qu’ils ont été miss en ligne par RNC.

La réunion a clos ses travaux à 19h30 mais le public voulait encore poser des questions. Il a été remarqué que durant cette conférence marathon de plus de 5h, le public est resté attentif, signe que les sujets traités rencontraient les attentes de l’assistance. La police, déployée en grand nombre, n’a pas eu à intervenir car tout s’est déroulé dans le calme.

EdA Press

 

 

Rwanda : la presse pro-régime agite le spectre de l’ethnisme pour diaboliser l’opposition politique

logo des "Points Focaux"

Dans son n° 482 du 12 au 18 juin 2011, «Points Focaux », qui est une « Revue hebdomadaire de la presse rwandaise », l’éditorialiste Ndayishimiye Jovin qui est aussi le chef de cette publication, a mis tout son talent pour présenter la dictature de Paul Kagame comme la seule alternative politique au Rwanda, pour minimiser le poids de l’opposition à la même dictature et au passage pour la diaboliser.

Revenant sur le show budgétivore de Chicago où du 10 au 11 juin le dictateur Kagame avait fait venir du monde entier (et surtout du Rwanda des centaines de courtisans pour l’acclamer à tout rompre), Ndayishimiye Jovin écrit : « Le régime de Kigali à la tête duquel Paul Kagame, président, a bien calculé son coup : montrer la faiblesse de la force de frappe de ceux qui s’érigent leaders de l’opposition.  De petits milliers de participants à la fête rwandaise contre de petites dizaines de manifestants contre le régime de Paul Kagame… » Franchement, est-ce à l’aune des rassemblements de curieux payés pour venir acclamer le dictateur que doit se mesurer le poids de son opposition qui ne dispose pas des moyens énormes comme ceux de l’Etat et dont les membres doivent se saigner à blanc pour militer et défendre leurs idéaux démocratiques malgré la chasse à l’homme qu’exerce sur eux Paul Kagame? Fallait-il dépenser des milliers de dollars en frais d’hôtels, de transports et de lobbying pour que Kagame prouve qu’il est plus fort « matériellement » que son opposition ? C’est tout simplement ridicule, minable et digne d’une république bananière.

Non content de les avoir déjà discrédités, l’éditorialiste assène à l’encontre des manifestants de Chicago : « Ils brandissaient les anciens emblèmes dont le drapeau national en vigueur sous les régimes des prédécesseurs de Kagame. Ils montraient, par là, que dans le fond, ils abhorrent tout du régime du Président Paul Kagame. »

Ce qu’oublie notre « nouveau rwandais » c’est que ce drapeau Rouge-Jaune-Vert fait partie intégrante et indissociable de l’histoire et de la culture du Rwanda. Et d’ailleurs, il se trompe lourdement et de là nous trompe aussi en prétendant que ce drapeau était en vigueur seulement sous les régimes que Kagame a renversé. La vérité est que Paul Kagame lui-même s’est incliné devant ce drapeau pendant près de 10 ans après sa conquête du pays en 1994. Il n’y a donc aucune hôte et encore moins aucun crime à en posséder un spécimen et à le brandir en privé. Après tout à Chicago, il n’était pas hissé sur un édifice public rwandais.

Sur sa lancée, Ndayishimiye Jovin étale au grand jour le « syndrome d’encerclement » qui semble l’habiter. Dans une gymnastique intellectuelle dont il a seul le secret, il tente de nous démontrer que toutes les activités en rapport avec le Rwanda sont infectées par l’opposition au dictateur Kagame. Et pour lui, cette opposition n’est autre que les FDU de Victoire Ingabire. Toujours selon lui, les tentacules de l’opposition s’étalent partout ! Ainsi, les ONG de défense des Droits de l’Homme ont été récupérées par cette opposition. Il écrit : « Alors que ces associations militant pour les droits humains font leur travail correctement tout en invitant le régime à tempérer ses élans jusqu’auboutistes, leurs publications sont récupérées par l’opposition qui enfonce politiquement le régime de Kigali dont elle ne reconnaît pas la légitimité. »

Les intellectuels et autres analystes politiques ne sont à ses yeux que des agents de l’opposition. La presse indépendante, les sites internet et même les maisons d’Editions qui publient des œuvrent critiques au dictateur Kagame sont en réalité des relais de cette opposition. « Il y a des leaders politiques qui ne font que cela. Ils sont appuyés par des leaders d’opinion œuvrant dans le domaine des droits de l’homme. On entendra les CLIIR/ Centre de Lutte contre les Injustices et l’impunité au Rwanda, d’un certain MATATA. Il y a aussi de fins rhétoriciens attaquant dans le domaine des lettres tournées vers le combat pour la victoire  de la cause de la ré intronisation du règne de la majorité. Ici Mr MUSABYIMANA, INYENYERINEWS, JAMBONEWS et autres EDITIONS SOURCES DU NIL … jouent excellemment le jeu. Leurs activités intellectuelles dans le domaine de la publication épatent et attirent l’opinion internationale. » Il est aussi intéressant de voir comment tous ces différents pouvoirs- car être un leader d’opinion vous confère un ascendant social certain, donc un pouvoir sur des sujets- se jouent apparemment sans lien entre eux et pourtant la résultante étant une : créer des conditions propices de capture du pouvoir sous une forme de révolution sociale dans une sorte de réédition de celle de 1959. »

Au Rwanda même le bouc émissaire idéal est vite trouvé : il s’agit de l’Eglise catholique dont selon le journaliste les « communautés de base » ne seraient que les cellules de l’opposition incarnée par le parti FDU de Victoire Ingabire. Il déclare en effet : « Puis à l’intérieur du pays, l’organisation de cette formation FDU est profonde dans les communautés de base avec des liens étroits avec les MIRYANGO REMEZO de la sacrée Eglise Catholique. Certains prêtres trouveront même qu’ils peuvent troquer leurs soutanes et chasubles pour entrer dans la mêlée politique avec leur Website très négativement percutant dénommé LE PROPHETE.FR. Il ne vient pas aider le citoyen rwandais à avancer dans le domaine de la culture démocratique. Il vient attiser le feu entre Gouvernement et Opposition. »

Soulignons aussi le procès d’intention que l’éditorialiste intente à l’opposition en l’accusant « d’ethnisme » et de vouloir restaurer le régime installé par la révolution populaire de 1959. « Il est aussi intéressant de voir comment tous ces différents pouvoirs- car être un leader d’opinion vous confère un ascendant social certain, donc un pouvoir sur des sujets- se jouent apparemment sans lien entre eux et pourtant la résultante étant une : créer des conditions propices de capture du pouvoir sous une forme de révolution sociale dans une sorte de réédition de celle de 1959. »

On se demande sur quoi il se base pour affirmer cela. L’a-t-il lu dans un quelconque manifeste ou statut d’un parti d’opposition ou l’a-t-il entendu dans un discours d’un leader de l’opposition ?

Notre confrère devait avoir compris que le temps d’agiter des épouvantails ou crier au loup (minorité menacée) pour attirer la sympathie et laisser « génocider en paix » comme au Burundi en 1972, est révolu. Les peuples sont assez mûrs pour exiger la démocratie sans tomber dans la démagogie. Paradoxalement les Barundi l’ont bien compris et ils sont sur la bonne voie.

Emmanuel Neretse
Echos d’Afrique

 

Rwanda:une leçon de courage et de détermination par Victoire Ingabire

Victoire Ingabire au Tribunal ce 20/06/2011_Photo Umuvugizi.com

Le lundi 20 juin 2011, l’opposante rwandaise Madame Victoire Ingabire détenue à Kigali depuis octobre 2010 pour avoir voulu faire enregistrer son parti FDU et se présenter contre le dictateur Paul Kagame à l’élection présidentielle d’août 2010, devait comparaître devant la Haute Cour de Kigali pour le début de ce procès politique.

A son arrivée au tribunal où étaient massée une foule de sympathisants et d’admirateurs, elle a étonné par son assurance et la détermination affichées sur son visage malgré plusieurs mois passés dans la sinistre prison connue sous l’appellation de « 1930 » allusion à l’année de sa construction.

Mais ce qui restera dans les annales comme un des gestes les plus beaux d’une prisonnière politique, c’est quand elle a levé ses deux bras encore menottées, les deux pouces en l’air comme pour dire à la foule : « Nous défendons la bonne cause et nous vaincrons ». Ces geôliers déployés en masse n’en croyaient pas leurs yeux.

Finalement, la Haute Cour a accédé à la demande de la défense qui, lors de sa comparution en mai dernier, avait demandé en vain, que le procès soit reporté au moins en septembre2011. La défense demandait en effet un délai raisonnable pour pouvoir étudier le dossier d’accusation qui contient pas moins de 2500 pages rédigées pour l’essentiel en kinyarwanda alors que deux des avocats de Victoire Ingabire, de nationalité anglaise, ne maîtrisent pas cette langue.

S’adressant à la cour, la présidente du parti FDU-Inkingi s’est dite prête à se défendre contre les témoins de l’accusation que sont Uwumuremyi Vital, Nditurende Tharcisse, Habiyaremye Noel et Karuta, des anciens rebelles des Forces de Libération du Rwanda (FDRL) selon le Parquet. Ils ont déjà plaidé coupables et souhaitent un procès immédiat. Poursuivant son intervention, Victoire Ingabire a fait savoir que certains de ses droits sont bafoués notamment le fait de ne pas lui permettre de communiquer avec sa famille, ni par écrit, ni par téléphone ou le fait de la maintenir dans des menottes au sein du Tribunal. Les juges ont estimé qu’effectivement devant les juges, l’accusé ne doit pas être menotté mais ils n’ont pas pris une décision à ce sujet.

Vu les vacances judiciaires qui approchent, le procès a été reporté au 5 septembre 2011. Les juges ont fait savoir qu’à cette date, aucune autre raison ne pourra plus être évoquée pour reporter le procès.

Jane Mugeni
EdA Press

Rwanda : un procès politique contre Mme Victoire Ingabire Umuhoza

Victoire Ingabire Umuhoza/photo EdA Press

Ce lundi 20 juin 2011, s’ouvre à la Haute Cour de Kigali, le procès contre Mme Victoire Ingabire Umuhoza, Présidente des FDU-Inkingi, parti d’opposition que les autorités rwandaises refusent toujours de reconnaître. Officiellement, elle est accusée : d’idéologie du génocide, de collaboration avec un groupe terroriste, de divisionnisme, de propagation des rumeurs visant à soulever la population contre le pouvoir, de création d’une armée rebelle, de vouloir renverser le pouvoir par la force. Mais derrière ce maquillage judiciaire, se cachent en réalité des motifs politiques de la dictature du FPR comme nous allons le démontrer.

Mme Victoire Ingabire Umuhoza avait été présentée devant la même Cour, lundi 16 mai 2011, contre l’avis de ses avocats qui avaient demandé un délai de 3 mois pour être en possession de la traduction de plus de 2400 pages du dossier, afin de l’étudier avec leur cliente qu’ils n’ont jamais pu rencontrer sans la présence des éléments des services de renseignement rwandais. Elle avait été présentée à la cour avec quatre co-accusés: Tharcisse Nditurende, Jean Marie Vianney Karuta, Noël Habiyaremye et Vital Uwumuremyi. Ils étaient escortés par une multitude d’agents pénitenciers, de policiers et d’agents des services de renseignement (CID: Département des Investigations Criminelles). Cette équipe était dirigée par le chef de la police dans le district de Nyarugenge, M. Mutezintare, accompagné par le directeur de la prison centrale de Kigali, dite de « 1930 ».

a. Motifs politiques :

Depuis l’installation du pouvoir dirigé par le FPR-Inkontanyi, ses responsables ont instauré une tradition d’organiser des procès judiciaires dans le but d’écarter des opposants réels ou supposés. Dès l’entrée en fonction, le régime de Paul Kagame a jeté en prison des centaines des milliers de personnes accusées à tort ou à raison de participation au génocide. Si parmi ces prisonniers il y avait des personnes qui auraient pu participer au génocide, petit à petit, des personnes furent faussement accusées de ce crime dans le but de les exproprier de leurs biens ou pour les mettre hors jeu politiquement. C’est aussi ce que dit en substance le dernier communiqué de l’organisation Amnesty International[1].

Toutes les personnes qui ont, à un moment ou un autre, essayé de contredire les tenants du pouvoir, ont été poursuivies soit pour génocide, soit pour idéologie du génocide et ce, même après plusieurs années de bons et loyaux services envers ce régime. Les exemples ne manquent pas : l’ex-premier ministre Pierre Célestin Rwigema, l’ex-président du parlement Alfred Mukezamfura ou encore l’ancien sénateur Safari Stanley furent poursuivis et condamnés pour génocide, alors qu’ils avaient occupé ces hautes fonctions pendant plusieurs années. Tous ceux qui ont voulu se montrer critiques ou qui ont voulu quitter le FPR officiellement pour créer un parti d’opposition tels que l’ancien Président Pasteur Bizimungu, l’ancien ministre Charles Ntakirutinka, l’ex-candidat à l’élection présidentielle de 2003, le docteur Théoneste Niyitegeka, ont été poursuivis pour des crimes fabriqués de toutes pièces. La réalité est pourtant tout autre : les motifs politiques sont les principales raisons  de ces procès.

Lorsque Mme Victoire Ingabire arrive au Rwanda le 16 janvier 2010, le régime est décontenancé devant la détermination de cette dame qui ne mâche pas les mots pour dénoncer le musèlement de la presse, les injustices sociales, des procès inéquitables et un deuil discriminatoire.  Défier le général Paul Kagame et aspirer à être son challenger aux élections présidentielles, ne pouvait qu’attirer les foudres contre la Présidente des FDU-Inkingi.  Le régime du FPR n’a pas lésiné de moyens pour trainer Mme Ingabire dans la boue tout en se cachant derrière les motifs judiciaires.

i.     Persécution de Mme Victoire Ingabire Umuhoza  dès son arrivée au Rwanda

Lorsque les FDU-Inkingi annoncèrent leur intention d’aller s’implanter au Rwanda en vue de participer aux élections présidentielles d’août 2010, les actes d’intimidation et autres menaces commencèrent pour dissuader les FDU-Inkingi de rentrer au Rwanda. Les premières tentatives furent évidemment le refus d’octroi des passeports aux candidats potentiels au retour au Rwanda en vue d’y implanter le parti. Ce refus n’entama en rien la détermination des FDU-Inkingi à rentrer au Rwanda pour y exercer les droits politiques reconnus par la Constitution en vigueur au Rwanda. Le gouvernement rwandais recourut alors aux médias qu’il contrôle pour  diaboliser Mme Victoire Ingabire Umuhoza et au lobbying pour l’accuser d’avoir osé participer, avec des représentants des FDLR, à une réunion sur la réconciliation des Rwandais. Comble de l’ironie, le FPR avait été aussi convié et était représenté à cette réunion organisée à Barcelone par une ONG espagnole. Pourtant, tout le monde reconnaît que les FDLR font parti de l’équation à résoudre pour garantir une paix durable à la région des Grands Lacs en général et au Rwanda en particulier.

Les appels au lynchage de la Présidente des FDU-Inkingi furent lancés par les plus hautes autorités de l’Etat. L’unique quotidien rwandais, le pro-gouvernemental The New Times (TNT), se consacra à une série d’éditoriaux et d’articles, qui chaque jour, déformèrent, transformèrent les discours de Mme Ingabire, la dénigrèrent, la traitèrent de tous les noms d’oiseaux, l’accusèrent de défendre la thèse du double génocide, de propager l’idéologie génocidaire, de prêcher le divisionnisme, de porter atteinte à l’unité nationale, de collaborer avec les FDLR, etc. Les autres médias de l’Etat ou qui sont proches du pouvoir emboîtèrent le pas à TNT et relayèrent les appels au lynchage à son encontre. Son seul crime : avoir osé évoquer les poursuites contre les personnes responsables des massacres, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre les Hutus à l’instar des responsables du génocide contre les Tutsis.  Elle est « coupable » d’avoir appelé à lutter contre l’impunité en pointant du doigt des crimes commis par l’armée du FPR. Or ces crimes ont été confirmés par ailleurs par le rapport de l’ONU « Mapping exercice » publié le 1 octobre 2010.

Le 3 février 2010, elle sera agressée dans l’enceinte du bureau administratif du Secteur Kinyinya. Comme cela ne suffisait pas pour décourager la présidente des FDU-Inkingi, la  police prit le relais et commença à la convoquer quasi-quotidiennement pour des interrogatoires qui dureront des fois jusqu’à 10 heures par jour. L’épreuve d’usure psychologique entre alors en marche. Lorsqu’elle voulut prendre l’avion pour aller rendre visite à sa famille, la police l’en empêcha alors qu’aucun ordre de quitter le territoire ne lui avait été intimé précédemment. Le 22 avril 2010, elle est placée en résidence surveillée. En réalité, les torts majeurs reprochés à Madame Victoire Ingabire Umuhoza et son parti sont ceux d’avoir osé créer un parti d’opposition et d’avoir demandé que les personnalités politiques et militaires au sein du régime coupables présumés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité soient déférés devant la justice.

ii. Persécution des autres membres des FDU-Inkingi

En même temps que la campagne de diabolisation et d’agression contre Mme Ingabire s’intensifiait, les autres membres du parti qui ont osé s’affirmer comme tels ou soupçonnés de l’être, furent à leur tour persécutés, renvoyés de leur travail, battus et certains furent emprisonnés ou portés disparus. Alors qu’ils se préparaient à participer à une manifestation organisée par l’opposition[2] en date du 24 juin 2010, des centaines de membres des FDU- Inkingi ont été interpellés et battus par des policiers à Gishushu (Remera) ainsi que devant le ministère de la Justice à Kimihurura. Ils se rendaient à une manifestation pacifique devant le ministère pour demander au gouvernement de lever : le refus d’enregistrement des FDU-Inkingi ;  les mesures restrictives et les fausses accusations contre leur présidente Mme Victoire Ingabire Umuhoza placé en résidence surveillée depuis le 22 avril 2010 et privée de ses droits publics élémentaires.

Deux membres du comité exécutif provisoire des FDU-Inkingi, M. SylvainSibomana, Secrétaire général, et Mme Alice Muhirwa, furent arrêtés et torturés par les éléments de la police nationale. Mme Alice Muhirwa sera hospitalisée plusieurs jours suite à ces maltraitances. D’autres responsables des FDU-Inkingi notamment ceux de la Ville de Kigali furent également battus, arrêtés et mis en cachot avec des membres du PS-Imberakuri dont leur président  Me Bernard Ntaganda. Derrière les accusations criminelles portées à l’encontre de tous ces membres, se cachent des motifs politiques : aucun citoyen n’a le droit de manifester pacifiquement contre le régime et les lois liberticides taillées sur mesure afin de se maintenir indéfiniment au pouvoir.

iii. Refus d’enregistrement du parti FDU-Inkingi

Les FDU-Inkingi sont un parti d’opposition fondé en exil et qui a pris la décision de rentrer au Rwanda, y exercer ses droits politiques reconnus par la Constitution rwandaise et ce d’autant plus que les autorités rwandaises n’arrêtent pas de crier au monde entier que les portes sont ouvertes pour tous les réfugiés qui souhaitent rentrer dans leur pays. Lorsqu’elle arrive au Rwanda, Mme Ingabire entame directement les démarches administratives en vue de faire enregistrer les FDU-Inkingi, qui entre-temps avaient pu recruter les membres à l’intérieur du pays. Comme le prévoit la loi rwandaise sur les partis politiques[3], pour être agréé, chaque formation politique doit tenir une Assemblée Constituante, réunissant les représentants  du parti de chaque district, selon une répartition imposée par cette loi.

Les FDU-Inkingi ont demandé à plusieurs reprises l’autorisation de tenir la Constituante,  mais chaque fois cela leur fut refusé. Dans un premier temps, les autorités locales prétendirent qu’il fallait d’abord la permission de la police, ce que cette dernière rejeta, avant de se rabattre comme toujours sur des crimes supposés de Mme Ingabire, alors même que lors des premières demandes, elle ne faisait jusqu’alors l’objet d’aucune inculpation. Lorsque l’autorisation fut demandée par le premier vice-président du Comité Exécutif Provisoire, ce fut la même rengaine, alors que lui non plus, ne faisait l’objet d’aucune poursuite. L’évidence finit par s’imposer, le régime en place ne voulait d’aucune manière la reconnaissance d’un véritable parti d’opposition, mais pour tromper l’opinion, ce fut toujours les motifs criminels supposés de la présidente de Mme Ingabire qui furent mis en exergue.

b. Transformations des motifs politiques en raisons criminelles

Ce que tout le monde redoutait depuis un certain temps, notamment depuis l’entrée en scène du Président Kagame, arriva. Répondant à une énième convocation de la police anti-criminelle (CID), Mme Ingabire fût arrêtée le 21 avril 2010 vers 9 h GMT. Stupeur et consternation s’installèrent parmi ceux qui luttent pour la démocratie et qui rêvaient d’une amorce d’un changement démocratique et pacifique. Le même jour, elle fut présentée au parquet pour lui signifier qu’elle était inculpée pour idéologie du génocide, divisionnisme et collaboration avec un mouvement terroriste, les FDLR. Sa maison fut fouillée de fond en comble, ses ordinateurs, téléphones portables, flashs disc, SIM cards, CD’s, documents divers furent emportés par la police et elle fut emmenée au cachot où elle passa la nuit. Par ces documents la police a pu se procurer tout le fonctionnement des FDU-Inkingi, les noms de leurs membres qu’elle a commencé à intimider et à harceler. Le 22 avril 2010, Mme Ingabire sera mise en liberté sous contrôle judiciaire. Les harcèlements vont cependant continuer jusqu’à sa seconde arrestation le 14 octobre 2010 après une semaine de siège. Elle fut d’abord détenue à la station de police de Kicukiro avant d’être transférée à la prison centrale de Kigali, appelée « 1930 », où elle est détenue jusqu’aujourd’hui.

c. Les chefs d’accusation :

i.      L’idéologie du génocide :

« Moi et ma formation politique FDU-Inkingi, fondée en 2006, reconnaissons qu’en 1994 il y a eu au Rwanda un génocide contre les Tutsi. Nous reconnaissons aussi qu’avant 1994, en 1994 et après 1994, il y a eu au Rwanda des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ayant visé les autres composantes de la population rwandaise. Ce sont des faits concrets auxquels nous avons assisté et qui ont été reconnus par l’Organisation des Nations Unies dans sa Résolution 955 du 08 novembre 1994. Nous affirmons aussi sans ambages que toute personne ayant une responsabilité dans ces crimes, qu’elle ait fait partie de l’ancien régime ou qu’elle fasse partie du régime actuel, doive répondre de ses actes devant la justice. Tous ces deux crimes sont graves et sont imprescriptibles mais nous n’avons jamais cherché à les comparer ni à exonérer les responsabilités des uns par les responsabilités des autres. Nous reconnaissons aussi que le crime de génocide est le degré le plus haut de l’inhumanité. Nous militons pour que la souffrance de tous les rescapés soit suffisamment reconnue et qu’une indemnisation spéciale leur soit accordée », Mme Victoire Ingabire Umuhoza, Communiqué des FDU-Inkingi du 03 mai 2010.

Cette déclaration est on ne peut plus claire et reprend ce que les FDU-Inkingi et sa présidente ont toujours dit publiquement. Il n’y a aucun doute sur la reconnaissance du génocide par les FDU-Inkingi et par sa présidente. Elle est donc victime de la délation mensongère du FPR qui veut liquider tout leader d’opinion en se servant de la loi n°18/2008 du 23/07/2008 sur l’idéologie génocidaire. Cette loi a été conçue d’une façon voulue vague et ambigüe comme outil de chantage, pour la faire peser comme l’épée de Damoclès, sur toute personne qui ne partage pas la pensée unique du FPR ou qui se hasarde à affirmer que le FPR a commis des crimes contre l’humanité, voire même des actes qui pourraient être qualifiés de génocide contre les hutus (Procès Peter Erlinder, V. Ingabire Umuhoza, Deo Mushayidi, Paul Rusesabagina, Ntaganda Bernard, etc. ).

Toute différence de point de vue sur les faits avérés de notre histoire récente, toute évocation des crimes et des victimes du FPR pendant le conflit de 1990 à 1994 et après, peut être assimilé à l’idéologie du génocide. Le ministre rwandais de la justice Tharcisse Kagarurama avait lui-même reconnu que cette loi posait problème, cela après que les organisations de défense des droits de l’homme telle que l’organisation Amnesty International avaient émis des réserves fortes dans ce sens, mais depuis lors rien n’a changé[4].

ii.      Divisionnisme :

Les FDU-Inkingi sont une formation d’opposition. Cela n’est nullement un mystère que sur le plan de la gouvernance du pays et de la cohésion nationale les FDU-Inkingi sont en opposition totale avec le régime. Notre formation ne peut pas accepter de se ranger derrière le parti qui dirige actuellement le pays sous prétexte que ne pas avoir la même vision que le FPR est volontairement assimilé à du divisionnisme. La Constitution de notre pays, que le régime du FPR a mise en place lui-même, reconnaît le multipartisme, les citoyens ont en principe le  droit d’avoir des projets politiques concurrents  de ceux du parti au pouvoir. Dire au monde entier que les Rwandais sont sous le joug  de la peur et d’un totalitarisme politique d’un autre âge, dénoncer une justice qui est sous la coupole de l’exécutif et des tribunaux populaires “gacaca“ qui ne permettent pas l’assistance par un conseil, dénoncer la famine criante dans les campagnes rwandaises et les bidonvilles, regretter que les soins de santé de base fassent défaut malgré l’affiliation obligatoire à une mutuelle de santé, et que l’accès aux écoles secondaires et supérieures soit soumis à des critères discriminatoires, condamner les violations graves du droit humanitaire et le pillage massif des ressources naturelles du Congo et demander que les auteurs de tels crimes soient poursuivis; c‘est cela que le régime appelle le divisionnisme et qui est reproché à la présidente des FDU-Inkingi.

iii.      Collaboration avec un groupe terroriste :

La décision de rentrer pacifiquement faire la politique au Rwanda et contre un régime que nous savions dictatorial et irrespectueux des droits fondamentaux des citoyens n’a pas été simple et n’a pas été prise à la légère. Tous les scenarii pour résoudre les problèmes politiques du Rwanda ont été examinés avec leurs conséquences,  et bien que nous  trouvions la voie pacifique semée de beaucoup d’embûches, elle nous est parue la meilleure solution à long terme, car elle est la seule capable de garantir une alternance sans nouvelle effusion de sang et en  préservant le tissu social rwandais.

En tant que politique, Mme Ingabire a effectivement rencontré un délégué des FDLR, à Barcelone en Espagne ; la rencontre était facilitée par des Organisations Non-Gouvernementales de ce pays. Beaucoup de participants ont pris part à cette rencontre, parmi lesquels une délégation venue du Rwanda dont un parmi eux s’est déclaré ouvertement d’appartenance FPR[5]. Les FDLR sont des Rwandais comme les autres, elles ont besoin d’être rassurées pour regagner le bercail sans avoir peur d’être accusées arbitrairement, et il n’y a rien d’anormal à ce qu’ils participent à une réunion ayant pour objet la réconciliation.

Les FDU-Inkingi sont en désaccord total avec la politique du gouvernement de « débauchage » de quelques dirigeants des FDLR, tout en privilégiant l’usage de la force contre tous les autres, comme si le gouvernement n’avait aucun intérêt à ce que le problème des FDLR soit résolu une fois pour toutes. Nous savons par expérience, que jamais le seul usage de la force n’a contribué à résoudre les problèmes ayant des origines politiques. C’est cette position politique qui vaut à la présidente des FDU-Inkingi d’être accusée de collaboration avec un mouvement « terroriste ».

iv.      Propagation des rumeurs visant à soulever la population contre le pouvoir :

Les FDU-Inkingi sont une formation qui s’intéresse d’abord à la population. Lorsqu’ elles montrent  tous les problèmes auxquels la population est confrontée, ce n’est pas elles qui doivent être accusées de soulever la population contre le pouvoir. C’est au contraire ce même pouvoir qui est à l’origine du mécontentement de la population, qui doit être dénoncé, à cause de sa politique qui privilégie les intérêts d’un groupe d’individus au détriment du reste de la population, exerce une justice politique qui fait la chasse aux sorcières, développe la délation pour semer la haine et les rancœurs entre les citoyens pour continuer à régner sur les divisions, ravage les cultures des agriculteurs pour les affamer et les maintenir dans la dépendance. Ce n’est donc pas un crime pour une formation d’opposition de pointer du doigt les problèmes majeurs auxquels la population fait face et auxquels le parti veut proposer des solutions alternatives.

v.      Création d’une armée rebelle pour renverser le pouvoir par la force :

Connaissant les antécédents qu’il a créés lui-même, contrairement à l’assertion prétendant qu’il se soucie de l’intérêt de la sécurité du peuple rwandais, le FPR cherche à protéger à tout prix son système, et crie au loup chaque fois qu’un opposant ose se déclarer ouvertement contre son totalitarisme. En effet, ce régime, parce qu’il ne croit pas du tout en l’alternance politique par des voies pacifiques et démocratiques, a peur qu’une autre organisation ne cherche à rééditer ses exploits de conquête du pouvoir par les armes. Le Général Paul Kagame, à cause de sa gouvernance dictatoriale et des graves crimes contre l’humanité qu’il est soupçonné d’avoir personnellement ou par délégation commis, sait pertinemment qu’il ne peut pas gagner des élections libres et transparentes.

Les accusations selon lesquelles la présidente des FDU-Inkingi serait impliquée dans des actions militaires et dans la formation de groupes terroristes sont mensongères et des pures affabulations. Le procureur de la République appuie toute son accusation sur les déclarations d’un autre accusé devenu témoin clé, un certain Vital Uwumuremyi, qui affirme qu’il aurait proposé à madame Victoire Ingabire la création d’un mouvement rebelle CDF, et qu’elle aurait accepté le plan, et payé quelques milliers de dollars pour une étude de faisabilité. Personne dans la région n’est au courant de ce mouvement. Le même témoin clé a fourni une liste de complices, eux aussi ex-membres des FDLR, qui par hasard étaient déjà en prison avant le retour de l’accusée principale au Rwanda.

Autour des déclarations de ces accusés-témoins, le ministère public a construit une double accusation de création d’une rébellion, d’actes terroristes pour tenter de renverser le régime par  la force. Heureusement que le ridicule ne tue pas ! Le parquet rwandais a même prétendu que le puits perdu de sa maison de location destiné à collecter des eaux de pluies serait une tranchée militaire. Aussi, ces délations soutenues par des prisonniers qui se rachètent ou sont payés aux gros sous par les services secrets, sont-elles dénuées de tout fondement et sont devenues monnaies courantes pour neutraliser ou emprisonner tous les opposants au régime du Général Kagame[6]. C’est ainsi que Déo Mushayidi, Bernard Ntaganda, Paul Rusesabagina, et caetera font tous l’objet du même chef d’accusation que Mme Victoire Ingabire Umuhoza.

vi.Complicité dans les actes visant à renverser le pouvoir par la force :

Toute formation d’opposition s’inscrit dans la ligne de remplacement du pouvoir auquel il est opposé. En choisissant de rentrer au Rwanda pour y faire la politique, les FDU-Inkingi ont annoncé clairement leur intention de remplacer le pouvoir du FPR par un pouvoir issu des urnes, c’est-à-dire issu du choix du peuple. Pour des raisons que nous avons expliquées, les FDU-Inkingi ont cependant exclu l’usage de la force et ont choisi la voie pacifique, la seule nous semble être la meilleure solution à long terme. Les FDU-Inkingi n’ont donc rien avoir avec ceux qui prépareraient le renversement du pouvoir par la force. C’est de nouveau un crime fabriqué de toutes pièces pour empêcher les FDU-Inkingi d’être en compétition pour le pouvoir.

d. Ingérences de l’exécutif et des autorités politiques dans le dossier judiciaire

 

Dans un Etat de droit digne de ce nom, le système exécutif est garant du respect de la Constitution. La Constitution rwandaise reconnaît l’indépendance du système judiciaire et l’égalité de tous les citoyens devant la loi. La présomption d’innocence est par ailleurs reconnue par la loi aussi longtemps qu’il n’y a pas eu de condamnation par un tribunal compétent.

Même si l’indépendance de la justice rwandaise est sujette à caution, les plus hautes autorités rwandaises, à commencer par la première d’entre-elles, le Président de la République, le Général Paul Kagame, n’ont pas attendu que la justice se prononce dans le dossier de Mme Ingabire pour l’accuser sans nuance aucune des crimes inventés de toutes pièces.

Le ballet des attaques fut initié dès le lendemain de son arrivée au Rwanda par le ministre de la sécurité intérieure et président du Parti Démocratique Idéal, un parti-satellite du FPR, Sheikh Mussa Fazil Harerimana. Dans son interview dans le quotidien indépendant pro-gouvernemental, The New Times[7],  le ministre Harerimana charge Mme Ingabire et l’accusa de révisionniste et de négationniste et la menaça de poursuites pour la simple raison qu’elle avait osé dire que les victimes hutues du conflit rwandais devaient elles aussi à l’instar des victimes du génocide des Tutsis, être honorées dignement. Voilà la dialectique du FPR , évoquer les victimes hutues est assimilée à nier le génocide des Tutsis!

Dans le même ordre d’idées, le Secrétaire Exécutif de la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG), Jean de Dieu Mucyo s’en est  pris violemment à Mme Ingabire qu’il accusa de divisionniste et en appela aux autorités pour trouver une suite appropriée. Le même discours fut poursuivi ensuite les partis satellites du FPR. M. Jean Damascène Ntawukuriryayo, président du Parti Social Démocratique (PSD) et porte-parole du Sénat d’alors, qui insinua que Mme Ingabire semait le doute sur l’existence du génocide commis contre les Tutsis., Ensuite M. Protais Mitali, président du Parti Libéral, qui accusa Mme Ingabire de jouer la carte ethnique[8].

A tout seigneur tout honneur, la palme d’or revient enfin au Président Paul Kagame lui-même. Dans un discours très remonté prononcé le 07 avril 2010, à l’occasion de la commémoration du génocide, le président Paul Kagame traita publiquement Mme Victoire Ingabire Umuhoza de « hooligan que les Occidentaux veulent placer à la tête du pays »[9].

Dans plusieurs sorties publiques, le président de la République se prit à elle, allant jusqu’à déclarer que Mme Ingabire allait se heurter à un « mur de lois » qui l’empêchera de se présenter à l’élection présidentielle. Il n’hésita pas à déclarer que « nous nous sommes battus et ce que nous [le FPR, ndlr] avons obtenu par les armes, ils ne nous le prendront pas par les urnes ». Dans un autre discours, il déclara que l’espace politique au Rwanda était pleine. Dès lors que le Président de la République parle en ces termes, on comprend aisément le lien entre la politique et la justice ainsi que la marge de manœuvre qui reste à cette dernière, qui désormais peut se mettre au travail pour exécuter les ordres venus de la présidence de la République.

e. Conclusion

 

Comme nous venons de le montrer tout au long de ce document, le procès intenté à Mme Victoire Ingabire Umuhoza est un procès politique destiné à écarter un concurrent politique dans le but de pérenniser  la dictature du parti-Etat, le FPR. Dès que les FDU-Inkingi ont annoncé leur intention de rentrer faire la politique au Rwanda, les attaques de toutes sortes ont commencé et aucune initiative n’a été laissée de côté pour dissuader les FDU-Inkingi de rentrer au Rwanda. Du refus des passeports aux membres du parti qui souhaitaient rentrer au Rwanda avec la présidente pour implanter le parti, aux accusations sans fondement de collaboration avec les rebelles des FDLR opérant à l’Est de la République Démocratique du Congo, rien n’a été laissé au hasard. Voyant la détermination toujours intacte de la Présidente des FDU-Inkingi, les stratèges du régime ont opté pour la transformation sournoise des motifs politiques en raisons criminelles pour barrer la route aux FDU-Inkingi et à Mme Ingabire, leur présidente. La transformation de son discours au mémorial de Gisozi, la campagne médiatique haineuse menée par une presse du régime partisane, l’ingérence des autorités dans le dossier judiciaire, les attaques physiques dirigées contre Mme Ingabire dans les locaux administratifs du secteur Kinyinya, alors qu’elle y avait été invitée par les autorités pour des démarches administratives, le changement permanent des charges portées contre elles, la fabrication des témoins et des preuves par le procureur et les services secrets, le refus de laisser Mme Ingabire s’entretenir avec ses avocats en toute liberté, etc. sont autant d’éléments qui nous permettent de conclure que ce procès est politique et que sa solution ne peut être que politique.

Comme l’a dit le professeur Filip Reyntjens (chronique politique du Rwanda 2009-2010, Anvers, mai 2010), Mme Ingabire est en fin de compte victime d’avoir publiquement mis en cause les fondements même du pouvoir en s’attaquant à trois monopoles du FPR: a) le statut du FPR comme “autorité morale”, b) le statut des Tutsis comme “seuls victimes” du génocide rwandais, c) le statut des Hutus comme “criminels”. Ces trois piliers constituent en fait la base de la légitimité interne et internationale du FPR. Son régime a donc vu l’émergence d’une réelle opposition à l’intérieur du pays, qui revendique l’ouverture de l’espace politique, comme une menace d’une situation que le FPR considérait comme acquise, à savoir : le contrôle total de la politique et de la société rwandaise.

Mais alors, un pouvoir qui s’est imposée par la force et par conséquent illégitime, peut-il rendre justice ? Un pouvoir totalitaire usé, présumé criminel, népotiste, clientéliste, incapable de résoudre l’épineux problème de la réconciliation nationale et la plupart des problèmes auxquels sont confrontés nos concitoyens, ne mérite-t-il pas plutôt d’être remplacé par un pouvoir choisi par le peuple ? Nous tenterons prochainement d’apporter une esquisse de réponse à toutes ces interrogations

Fait à Paris, le 19 juin 2011
Pour le Comité de coordination
Dr Emmanuel Mwiseneza
Délégué à l’Information et à la Communication


[1] Amnesty International on Saturday called on Rwanda to stop using a law aimed preventing « genocide ideology » to stifle dissent and charge critics and journalists, in http://news.yahoo.com/s/afp/20110618/wl_africa_afp/rwandapoliticsrightsmedia_20110618152919

[2] Cette manifestation dont l’autorisation avait été demandée par le Parti PS-Imberakuri fondé par Me Bernard Ntaganda, aujourd’hui lui-même en prison, fut réprimée sauvagement par la police avant même qu’elle n’ait lieu.

[3] Loi organique n° 19/2007 du 04/05/2007, complétant la loi organique n° 16/2003 du 27/06/2003 : même si cette loi est conçue sur mesure pour dissuader les autres partis politiques de voir le jour, les FDU-Inkingi avaient décidé de la respecter et avaient réussi à remplir les conditions draconiennes imposée par cette loi.

[4] « Réagissant à ce texte, le ministre rwandais de la Justice Tharcisse Karugarama a estimé que ces lois ont été votées dans l’intérêt du Rwanda pour éviter la réédition du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. « Comme d’autres pays à travers le monde, le Rwanda a des lois sur l’idéologie du génocide pour que nous ne retournions jamais à la haine et au divisionnisme du passé », a expliqué M. Karugarama, dans un communiqué officiel dénonçant un rapport « inexact et partisan ». « Toutefois, dans le processus de reconstruction de notre pays et de développement de notre système de justice, nous sommes en train d’amender tous nos textes de loi », a-t-il expliqué. « Ainsi, les lois sur l’idéologie du génocide et le divisionnisme sont actuellement en cours de révision et nous les amenderons dans l’intérêt du Rwanda », a ajouté ce responsable, sans préciser la nature de cette révision. », (http://www.challenges.fr/actualites/medias/20110603.AFP3584/
rwanda_amnesty_demande_la_revision_des_lois_sur_lideolo.html)

[7] The New Times, Monday 18th January 2010

[8] Idem

[9] http://www.rnanews.com/index.php?option=com_content&view=article&id=3115:qforeigners-imposing-hooligans-like-ingabire-on-rwandaq&catid=17:politics&Itemid=36