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« Espérer contre tout espérance ». Un hymne à la réconciliation dans la région des Grands Lacs

Mgr Munzihirwa

Un titre banal pour beaucoup d’entre nous. Un livre inouï pour quelqu’un qui souffre pour son pays, qui sait le désir de vengeance et le climat d’injustice qui y mine de jour en jour le lien social. Ils sont nombreux, nos sœurs et frères Rwandais qui souffrent pour leur pays. Car, quoiqu’on en dise, le pays des milles collines vit un drame ; le   drame d’une opposition dialectique : amis – ennemis, innocents – coupables, bons et méchants, vainqueurs et vaincus. Le même drame comme une malédiction a poursuivi le Rwanda a travers le monde, singulièrement en RDCongo, dans le Kivu.

Lui, Joseph Sagahutu, prêtre catholique rwandais, le seul rescapé de onze (11) martyrs de Kalima, prêtres et religieuses rwandais, a tenu à témoigner.

La dure réalité et la brutalité des faits vécus et relatés  contrastent avec les mots. C’est avec un cœur de baptisé où l’amour prime sur la haine qu’il parle.

Exercice difficile parce qu’il vous plonge dans le tréfonds de soi, dans l’animalité de l’homme (homini lupus) mais heureux dès lors qu’il confond les bourreaux et leurs chiens de garde avec des mots dénués de haine et de vengeance : « dimanche 2 mars 1997, vers 5 heures, les religieux furent entassés dans une voiture Land Rover et conduits sur le lieu du supplice sur la route vers Kindu (…). Là, ils furent dépouillés de leurs habits et de tous leurs effets. Les bourreaux leur crevèrent les yeux à l’arme blanche. Ils leur trouèrent les oreilles l’une après l’autre avec des couteaux. (…). La sœur Marie – Francine Nyirarunkundo avait été épargnée sous prétexte qu’elle était Tutsi comme les bourreaux. Celle-ci rétorqua que les religieuses assassinées étaient devenues en quelque sorte des membres de sa famille biologique. Elle fut également soumise au supplice de lamort ». pp.106-07.Unique rescapé du massacre de Kalima (RDCongo), le prêtre Joseph Sagahutu a hérité de Mgr Christophe Munzihirwa, l’archevêque de Bukavu avant d’être assassiné, le message aussi fort et réconfortant d’Espérer contre toute espérance et garder courage comme le peuple et les prophètes d’Israël en exil. Il ne pouvait s’en douter que ce message prophétique lui était comme du sel dans le long calvaire et le long combat à mener. Ce message était une nouvelle naissance, un nouveau baptême que Joseph Sagahutu a expérimenté et continue d’expérimenter depuis le début du génocide rwandais jusqu’à cet instant.

C’est au Zaïre (RDCongo) dans l’ancien Kivu que le prêtre a vécu la vraie expérience de la foi à travers de pauvres gens qui n’avaient que de la joie (hospitalité) à lui offrir en prenant sa croix : « le commandant Caeser Kayizari donna l’ordre de me capturer vivant dans le but de me torturer lui-même. (…) Ce mardi – là, je me glissai alors par la fenêtre discrètement et parvins à fuir dans la brousse. Il faisait très froid et il pleuvait abondamment. (…) je me suis égaré dans la forêt. Le vendredi, je me suis encore perdu dans ce labyrinthe de forêt dense, sans boussole, sans point de repère, sans route. Fatigué par une marche infructueuse sans issue, j’ai glissé à cause de l’obscurité dans un étang naturel très large. J’y suis resté plusieurs heures avant de pouvoir m’en sortir au petit matin (…) tout mouillé et couvert de boue » pp.122-23

L’abbé Joseph Sagahutu se révèle dans ce récit un bon géographe de la région Est de la RDCongo qui a bénéficié de beaucoup de solidarité, d’une chaîne de solidarité de la part des populations congolaises et du clergé catholique. Car, ainsi devait s’accomplir la parole prophétique de Mgr Munzihirwa fondée sur l’amour du prochain, notre semblable.

La fin de la lecture soulève deux interrogations. Par rapport à l’auteur. Après tant d’épreuves où lui était chassé comme du gibier, comment vit-il tous ses souvenirs ? Comment regarde-t-il l’homme et que prêche-t-il à ses paroissiens ? Naturellement d’espérer contre toute espérance.

Par rapport à notre vie. Gaspard Musabyimana, me demandait en mars 2004 : vous êtés d’accord avec moi qu’il ne peut y avoir une réconciliation véritable au Rwanda tant qu’il n’y a pas de justice pour toutes les victimes. Tant qu’on continuera à considérer tout Hutu comme une cible légitime.

Vous avez dit « cible » ? Avec raison. Car, dans cette guerre-là, la principale cible de ces persécutions est l’Eglise catholique. Et comme le témoignait Mgr Kataliko : « plusieurs prêtres, religieux et religieuses ont été froidement assassinés. Nous avons le sentiment que par-delà les faits isolés reprochés à l’un ou l’autre, à raison ou à tort, il y a une stratégie qui vise à détruire tout ce qui est considéré par le peuple comme sacré. Une fois détruit le noyau autour duquel se construisent la cohésion et l’identité communautaire des peuples, il serait plus facile de soumettre des populations désormais sans défense et sans repères à l’arbitraire d’une idéologie et d’un système totalitaire qui veulent s’imposer à tout prix » (Cibles, 235 prêtres africains tués, p.124)

Le livre de l’abbé Joseph Sagahutu est un hymne à l’humilité, à la réconciliation dans la vérité et la justice à travers une cohabitation pacifique et, au delà du Rwanda, que les peuples de la sous région cessent de considérer le Rwandais comme un envahisseur méprisant les autres peuples.

Il faut le lire car il est écrit avec le cœur. Aux Editions Sources du Nil, 10 Euros, Lille, France, 200 pages.

Nicaise Kibel’Bel Oka
Les Coulisses

 

 

 

 

Rwanda : un procès politique contre Mme Victoire Ingabire Umuhoza

Victoire Ingabire Umuhoza/photo EdA Press

Ce lundi 20 juin 2011, s’ouvre à la Haute Cour de Kigali, le procès contre Mme Victoire Ingabire Umuhoza, Présidente des FDU-Inkingi, parti d’opposition que les autorités rwandaises refusent toujours de reconnaître. Officiellement, elle est accusée : d’idéologie du génocide, de collaboration avec un groupe terroriste, de divisionnisme, de propagation des rumeurs visant à soulever la population contre le pouvoir, de création d’une armée rebelle, de vouloir renverser le pouvoir par la force. Mais derrière ce maquillage judiciaire, se cachent en réalité des motifs politiques de la dictature du FPR comme nous allons le démontrer.

Mme Victoire Ingabire Umuhoza avait été présentée devant la même Cour, lundi 16 mai 2011, contre l’avis de ses avocats qui avaient demandé un délai de 3 mois pour être en possession de la traduction de plus de 2400 pages du dossier, afin de l’étudier avec leur cliente qu’ils n’ont jamais pu rencontrer sans la présence des éléments des services de renseignement rwandais. Elle avait été présentée à la cour avec quatre co-accusés: Tharcisse Nditurende, Jean Marie Vianney Karuta, Noël Habiyaremye et Vital Uwumuremyi. Ils étaient escortés par une multitude d’agents pénitenciers, de policiers et d’agents des services de renseignement (CID: Département des Investigations Criminelles). Cette équipe était dirigée par le chef de la police dans le district de Nyarugenge, M. Mutezintare, accompagné par le directeur de la prison centrale de Kigali, dite de « 1930 ».

a. Motifs politiques :

Depuis l’installation du pouvoir dirigé par le FPR-Inkontanyi, ses responsables ont instauré une tradition d’organiser des procès judiciaires dans le but d’écarter des opposants réels ou supposés. Dès l’entrée en fonction, le régime de Paul Kagame a jeté en prison des centaines des milliers de personnes accusées à tort ou à raison de participation au génocide. Si parmi ces prisonniers il y avait des personnes qui auraient pu participer au génocide, petit à petit, des personnes furent faussement accusées de ce crime dans le but de les exproprier de leurs biens ou pour les mettre hors jeu politiquement. C’est aussi ce que dit en substance le dernier communiqué de l’organisation Amnesty International[1].

Toutes les personnes qui ont, à un moment ou un autre, essayé de contredire les tenants du pouvoir, ont été poursuivies soit pour génocide, soit pour idéologie du génocide et ce, même après plusieurs années de bons et loyaux services envers ce régime. Les exemples ne manquent pas : l’ex-premier ministre Pierre Célestin Rwigema, l’ex-président du parlement Alfred Mukezamfura ou encore l’ancien sénateur Safari Stanley furent poursuivis et condamnés pour génocide, alors qu’ils avaient occupé ces hautes fonctions pendant plusieurs années. Tous ceux qui ont voulu se montrer critiques ou qui ont voulu quitter le FPR officiellement pour créer un parti d’opposition tels que l’ancien Président Pasteur Bizimungu, l’ancien ministre Charles Ntakirutinka, l’ex-candidat à l’élection présidentielle de 2003, le docteur Théoneste Niyitegeka, ont été poursuivis pour des crimes fabriqués de toutes pièces. La réalité est pourtant tout autre : les motifs politiques sont les principales raisons  de ces procès.

Lorsque Mme Victoire Ingabire arrive au Rwanda le 16 janvier 2010, le régime est décontenancé devant la détermination de cette dame qui ne mâche pas les mots pour dénoncer le musèlement de la presse, les injustices sociales, des procès inéquitables et un deuil discriminatoire.  Défier le général Paul Kagame et aspirer à être son challenger aux élections présidentielles, ne pouvait qu’attirer les foudres contre la Présidente des FDU-Inkingi.  Le régime du FPR n’a pas lésiné de moyens pour trainer Mme Ingabire dans la boue tout en se cachant derrière les motifs judiciaires.

i.     Persécution de Mme Victoire Ingabire Umuhoza  dès son arrivée au Rwanda

Lorsque les FDU-Inkingi annoncèrent leur intention d’aller s’implanter au Rwanda en vue de participer aux élections présidentielles d’août 2010, les actes d’intimidation et autres menaces commencèrent pour dissuader les FDU-Inkingi de rentrer au Rwanda. Les premières tentatives furent évidemment le refus d’octroi des passeports aux candidats potentiels au retour au Rwanda en vue d’y implanter le parti. Ce refus n’entama en rien la détermination des FDU-Inkingi à rentrer au Rwanda pour y exercer les droits politiques reconnus par la Constitution en vigueur au Rwanda. Le gouvernement rwandais recourut alors aux médias qu’il contrôle pour  diaboliser Mme Victoire Ingabire Umuhoza et au lobbying pour l’accuser d’avoir osé participer, avec des représentants des FDLR, à une réunion sur la réconciliation des Rwandais. Comble de l’ironie, le FPR avait été aussi convié et était représenté à cette réunion organisée à Barcelone par une ONG espagnole. Pourtant, tout le monde reconnaît que les FDLR font parti de l’équation à résoudre pour garantir une paix durable à la région des Grands Lacs en général et au Rwanda en particulier.

Les appels au lynchage de la Présidente des FDU-Inkingi furent lancés par les plus hautes autorités de l’Etat. L’unique quotidien rwandais, le pro-gouvernemental The New Times (TNT), se consacra à une série d’éditoriaux et d’articles, qui chaque jour, déformèrent, transformèrent les discours de Mme Ingabire, la dénigrèrent, la traitèrent de tous les noms d’oiseaux, l’accusèrent de défendre la thèse du double génocide, de propager l’idéologie génocidaire, de prêcher le divisionnisme, de porter atteinte à l’unité nationale, de collaborer avec les FDLR, etc. Les autres médias de l’Etat ou qui sont proches du pouvoir emboîtèrent le pas à TNT et relayèrent les appels au lynchage à son encontre. Son seul crime : avoir osé évoquer les poursuites contre les personnes responsables des massacres, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre les Hutus à l’instar des responsables du génocide contre les Tutsis.  Elle est « coupable » d’avoir appelé à lutter contre l’impunité en pointant du doigt des crimes commis par l’armée du FPR. Or ces crimes ont été confirmés par ailleurs par le rapport de l’ONU « Mapping exercice » publié le 1 octobre 2010.

Le 3 février 2010, elle sera agressée dans l’enceinte du bureau administratif du Secteur Kinyinya. Comme cela ne suffisait pas pour décourager la présidente des FDU-Inkingi, la  police prit le relais et commença à la convoquer quasi-quotidiennement pour des interrogatoires qui dureront des fois jusqu’à 10 heures par jour. L’épreuve d’usure psychologique entre alors en marche. Lorsqu’elle voulut prendre l’avion pour aller rendre visite à sa famille, la police l’en empêcha alors qu’aucun ordre de quitter le territoire ne lui avait été intimé précédemment. Le 22 avril 2010, elle est placée en résidence surveillée. En réalité, les torts majeurs reprochés à Madame Victoire Ingabire Umuhoza et son parti sont ceux d’avoir osé créer un parti d’opposition et d’avoir demandé que les personnalités politiques et militaires au sein du régime coupables présumés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité soient déférés devant la justice.

ii. Persécution des autres membres des FDU-Inkingi

En même temps que la campagne de diabolisation et d’agression contre Mme Ingabire s’intensifiait, les autres membres du parti qui ont osé s’affirmer comme tels ou soupçonnés de l’être, furent à leur tour persécutés, renvoyés de leur travail, battus et certains furent emprisonnés ou portés disparus. Alors qu’ils se préparaient à participer à une manifestation organisée par l’opposition[2] en date du 24 juin 2010, des centaines de membres des FDU- Inkingi ont été interpellés et battus par des policiers à Gishushu (Remera) ainsi que devant le ministère de la Justice à Kimihurura. Ils se rendaient à une manifestation pacifique devant le ministère pour demander au gouvernement de lever : le refus d’enregistrement des FDU-Inkingi ;  les mesures restrictives et les fausses accusations contre leur présidente Mme Victoire Ingabire Umuhoza placé en résidence surveillée depuis le 22 avril 2010 et privée de ses droits publics élémentaires.

Deux membres du comité exécutif provisoire des FDU-Inkingi, M. SylvainSibomana, Secrétaire général, et Mme Alice Muhirwa, furent arrêtés et torturés par les éléments de la police nationale. Mme Alice Muhirwa sera hospitalisée plusieurs jours suite à ces maltraitances. D’autres responsables des FDU-Inkingi notamment ceux de la Ville de Kigali furent également battus, arrêtés et mis en cachot avec des membres du PS-Imberakuri dont leur président  Me Bernard Ntaganda. Derrière les accusations criminelles portées à l’encontre de tous ces membres, se cachent des motifs politiques : aucun citoyen n’a le droit de manifester pacifiquement contre le régime et les lois liberticides taillées sur mesure afin de se maintenir indéfiniment au pouvoir.

iii. Refus d’enregistrement du parti FDU-Inkingi

Les FDU-Inkingi sont un parti d’opposition fondé en exil et qui a pris la décision de rentrer au Rwanda, y exercer ses droits politiques reconnus par la Constitution rwandaise et ce d’autant plus que les autorités rwandaises n’arrêtent pas de crier au monde entier que les portes sont ouvertes pour tous les réfugiés qui souhaitent rentrer dans leur pays. Lorsqu’elle arrive au Rwanda, Mme Ingabire entame directement les démarches administratives en vue de faire enregistrer les FDU-Inkingi, qui entre-temps avaient pu recruter les membres à l’intérieur du pays. Comme le prévoit la loi rwandaise sur les partis politiques[3], pour être agréé, chaque formation politique doit tenir une Assemblée Constituante, réunissant les représentants  du parti de chaque district, selon une répartition imposée par cette loi.

Les FDU-Inkingi ont demandé à plusieurs reprises l’autorisation de tenir la Constituante,  mais chaque fois cela leur fut refusé. Dans un premier temps, les autorités locales prétendirent qu’il fallait d’abord la permission de la police, ce que cette dernière rejeta, avant de se rabattre comme toujours sur des crimes supposés de Mme Ingabire, alors même que lors des premières demandes, elle ne faisait jusqu’alors l’objet d’aucune inculpation. Lorsque l’autorisation fut demandée par le premier vice-président du Comité Exécutif Provisoire, ce fut la même rengaine, alors que lui non plus, ne faisait l’objet d’aucune poursuite. L’évidence finit par s’imposer, le régime en place ne voulait d’aucune manière la reconnaissance d’un véritable parti d’opposition, mais pour tromper l’opinion, ce fut toujours les motifs criminels supposés de la présidente de Mme Ingabire qui furent mis en exergue.

b. Transformations des motifs politiques en raisons criminelles

Ce que tout le monde redoutait depuis un certain temps, notamment depuis l’entrée en scène du Président Kagame, arriva. Répondant à une énième convocation de la police anti-criminelle (CID), Mme Ingabire fût arrêtée le 21 avril 2010 vers 9 h GMT. Stupeur et consternation s’installèrent parmi ceux qui luttent pour la démocratie et qui rêvaient d’une amorce d’un changement démocratique et pacifique. Le même jour, elle fut présentée au parquet pour lui signifier qu’elle était inculpée pour idéologie du génocide, divisionnisme et collaboration avec un mouvement terroriste, les FDLR. Sa maison fut fouillée de fond en comble, ses ordinateurs, téléphones portables, flashs disc, SIM cards, CD’s, documents divers furent emportés par la police et elle fut emmenée au cachot où elle passa la nuit. Par ces documents la police a pu se procurer tout le fonctionnement des FDU-Inkingi, les noms de leurs membres qu’elle a commencé à intimider et à harceler. Le 22 avril 2010, Mme Ingabire sera mise en liberté sous contrôle judiciaire. Les harcèlements vont cependant continuer jusqu’à sa seconde arrestation le 14 octobre 2010 après une semaine de siège. Elle fut d’abord détenue à la station de police de Kicukiro avant d’être transférée à la prison centrale de Kigali, appelée « 1930 », où elle est détenue jusqu’aujourd’hui.

c. Les chefs d’accusation :

i.      L’idéologie du génocide :

« Moi et ma formation politique FDU-Inkingi, fondée en 2006, reconnaissons qu’en 1994 il y a eu au Rwanda un génocide contre les Tutsi. Nous reconnaissons aussi qu’avant 1994, en 1994 et après 1994, il y a eu au Rwanda des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ayant visé les autres composantes de la population rwandaise. Ce sont des faits concrets auxquels nous avons assisté et qui ont été reconnus par l’Organisation des Nations Unies dans sa Résolution 955 du 08 novembre 1994. Nous affirmons aussi sans ambages que toute personne ayant une responsabilité dans ces crimes, qu’elle ait fait partie de l’ancien régime ou qu’elle fasse partie du régime actuel, doive répondre de ses actes devant la justice. Tous ces deux crimes sont graves et sont imprescriptibles mais nous n’avons jamais cherché à les comparer ni à exonérer les responsabilités des uns par les responsabilités des autres. Nous reconnaissons aussi que le crime de génocide est le degré le plus haut de l’inhumanité. Nous militons pour que la souffrance de tous les rescapés soit suffisamment reconnue et qu’une indemnisation spéciale leur soit accordée », Mme Victoire Ingabire Umuhoza, Communiqué des FDU-Inkingi du 03 mai 2010.

Cette déclaration est on ne peut plus claire et reprend ce que les FDU-Inkingi et sa présidente ont toujours dit publiquement. Il n’y a aucun doute sur la reconnaissance du génocide par les FDU-Inkingi et par sa présidente. Elle est donc victime de la délation mensongère du FPR qui veut liquider tout leader d’opinion en se servant de la loi n°18/2008 du 23/07/2008 sur l’idéologie génocidaire. Cette loi a été conçue d’une façon voulue vague et ambigüe comme outil de chantage, pour la faire peser comme l’épée de Damoclès, sur toute personne qui ne partage pas la pensée unique du FPR ou qui se hasarde à affirmer que le FPR a commis des crimes contre l’humanité, voire même des actes qui pourraient être qualifiés de génocide contre les hutus (Procès Peter Erlinder, V. Ingabire Umuhoza, Deo Mushayidi, Paul Rusesabagina, Ntaganda Bernard, etc. ).

Toute différence de point de vue sur les faits avérés de notre histoire récente, toute évocation des crimes et des victimes du FPR pendant le conflit de 1990 à 1994 et après, peut être assimilé à l’idéologie du génocide. Le ministre rwandais de la justice Tharcisse Kagarurama avait lui-même reconnu que cette loi posait problème, cela après que les organisations de défense des droits de l’homme telle que l’organisation Amnesty International avaient émis des réserves fortes dans ce sens, mais depuis lors rien n’a changé[4].

ii.      Divisionnisme :

Les FDU-Inkingi sont une formation d’opposition. Cela n’est nullement un mystère que sur le plan de la gouvernance du pays et de la cohésion nationale les FDU-Inkingi sont en opposition totale avec le régime. Notre formation ne peut pas accepter de se ranger derrière le parti qui dirige actuellement le pays sous prétexte que ne pas avoir la même vision que le FPR est volontairement assimilé à du divisionnisme. La Constitution de notre pays, que le régime du FPR a mise en place lui-même, reconnaît le multipartisme, les citoyens ont en principe le  droit d’avoir des projets politiques concurrents  de ceux du parti au pouvoir. Dire au monde entier que les Rwandais sont sous le joug  de la peur et d’un totalitarisme politique d’un autre âge, dénoncer une justice qui est sous la coupole de l’exécutif et des tribunaux populaires “gacaca“ qui ne permettent pas l’assistance par un conseil, dénoncer la famine criante dans les campagnes rwandaises et les bidonvilles, regretter que les soins de santé de base fassent défaut malgré l’affiliation obligatoire à une mutuelle de santé, et que l’accès aux écoles secondaires et supérieures soit soumis à des critères discriminatoires, condamner les violations graves du droit humanitaire et le pillage massif des ressources naturelles du Congo et demander que les auteurs de tels crimes soient poursuivis; c‘est cela que le régime appelle le divisionnisme et qui est reproché à la présidente des FDU-Inkingi.

iii.      Collaboration avec un groupe terroriste :

La décision de rentrer pacifiquement faire la politique au Rwanda et contre un régime que nous savions dictatorial et irrespectueux des droits fondamentaux des citoyens n’a pas été simple et n’a pas été prise à la légère. Tous les scenarii pour résoudre les problèmes politiques du Rwanda ont été examinés avec leurs conséquences,  et bien que nous  trouvions la voie pacifique semée de beaucoup d’embûches, elle nous est parue la meilleure solution à long terme, car elle est la seule capable de garantir une alternance sans nouvelle effusion de sang et en  préservant le tissu social rwandais.

En tant que politique, Mme Ingabire a effectivement rencontré un délégué des FDLR, à Barcelone en Espagne ; la rencontre était facilitée par des Organisations Non-Gouvernementales de ce pays. Beaucoup de participants ont pris part à cette rencontre, parmi lesquels une délégation venue du Rwanda dont un parmi eux s’est déclaré ouvertement d’appartenance FPR[5]. Les FDLR sont des Rwandais comme les autres, elles ont besoin d’être rassurées pour regagner le bercail sans avoir peur d’être accusées arbitrairement, et il n’y a rien d’anormal à ce qu’ils participent à une réunion ayant pour objet la réconciliation.

Les FDU-Inkingi sont en désaccord total avec la politique du gouvernement de « débauchage » de quelques dirigeants des FDLR, tout en privilégiant l’usage de la force contre tous les autres, comme si le gouvernement n’avait aucun intérêt à ce que le problème des FDLR soit résolu une fois pour toutes. Nous savons par expérience, que jamais le seul usage de la force n’a contribué à résoudre les problèmes ayant des origines politiques. C’est cette position politique qui vaut à la présidente des FDU-Inkingi d’être accusée de collaboration avec un mouvement « terroriste ».

iv.      Propagation des rumeurs visant à soulever la population contre le pouvoir :

Les FDU-Inkingi sont une formation qui s’intéresse d’abord à la population. Lorsqu’ elles montrent  tous les problèmes auxquels la population est confrontée, ce n’est pas elles qui doivent être accusées de soulever la population contre le pouvoir. C’est au contraire ce même pouvoir qui est à l’origine du mécontentement de la population, qui doit être dénoncé, à cause de sa politique qui privilégie les intérêts d’un groupe d’individus au détriment du reste de la population, exerce une justice politique qui fait la chasse aux sorcières, développe la délation pour semer la haine et les rancœurs entre les citoyens pour continuer à régner sur les divisions, ravage les cultures des agriculteurs pour les affamer et les maintenir dans la dépendance. Ce n’est donc pas un crime pour une formation d’opposition de pointer du doigt les problèmes majeurs auxquels la population fait face et auxquels le parti veut proposer des solutions alternatives.

v.      Création d’une armée rebelle pour renverser le pouvoir par la force :

Connaissant les antécédents qu’il a créés lui-même, contrairement à l’assertion prétendant qu’il se soucie de l’intérêt de la sécurité du peuple rwandais, le FPR cherche à protéger à tout prix son système, et crie au loup chaque fois qu’un opposant ose se déclarer ouvertement contre son totalitarisme. En effet, ce régime, parce qu’il ne croit pas du tout en l’alternance politique par des voies pacifiques et démocratiques, a peur qu’une autre organisation ne cherche à rééditer ses exploits de conquête du pouvoir par les armes. Le Général Paul Kagame, à cause de sa gouvernance dictatoriale et des graves crimes contre l’humanité qu’il est soupçonné d’avoir personnellement ou par délégation commis, sait pertinemment qu’il ne peut pas gagner des élections libres et transparentes.

Les accusations selon lesquelles la présidente des FDU-Inkingi serait impliquée dans des actions militaires et dans la formation de groupes terroristes sont mensongères et des pures affabulations. Le procureur de la République appuie toute son accusation sur les déclarations d’un autre accusé devenu témoin clé, un certain Vital Uwumuremyi, qui affirme qu’il aurait proposé à madame Victoire Ingabire la création d’un mouvement rebelle CDF, et qu’elle aurait accepté le plan, et payé quelques milliers de dollars pour une étude de faisabilité. Personne dans la région n’est au courant de ce mouvement. Le même témoin clé a fourni une liste de complices, eux aussi ex-membres des FDLR, qui par hasard étaient déjà en prison avant le retour de l’accusée principale au Rwanda.

Autour des déclarations de ces accusés-témoins, le ministère public a construit une double accusation de création d’une rébellion, d’actes terroristes pour tenter de renverser le régime par  la force. Heureusement que le ridicule ne tue pas ! Le parquet rwandais a même prétendu que le puits perdu de sa maison de location destiné à collecter des eaux de pluies serait une tranchée militaire. Aussi, ces délations soutenues par des prisonniers qui se rachètent ou sont payés aux gros sous par les services secrets, sont-elles dénuées de tout fondement et sont devenues monnaies courantes pour neutraliser ou emprisonner tous les opposants au régime du Général Kagame[6]. C’est ainsi que Déo Mushayidi, Bernard Ntaganda, Paul Rusesabagina, et caetera font tous l’objet du même chef d’accusation que Mme Victoire Ingabire Umuhoza.

vi.Complicité dans les actes visant à renverser le pouvoir par la force :

Toute formation d’opposition s’inscrit dans la ligne de remplacement du pouvoir auquel il est opposé. En choisissant de rentrer au Rwanda pour y faire la politique, les FDU-Inkingi ont annoncé clairement leur intention de remplacer le pouvoir du FPR par un pouvoir issu des urnes, c’est-à-dire issu du choix du peuple. Pour des raisons que nous avons expliquées, les FDU-Inkingi ont cependant exclu l’usage de la force et ont choisi la voie pacifique, la seule nous semble être la meilleure solution à long terme. Les FDU-Inkingi n’ont donc rien avoir avec ceux qui prépareraient le renversement du pouvoir par la force. C’est de nouveau un crime fabriqué de toutes pièces pour empêcher les FDU-Inkingi d’être en compétition pour le pouvoir.

d. Ingérences de l’exécutif et des autorités politiques dans le dossier judiciaire

 

Dans un Etat de droit digne de ce nom, le système exécutif est garant du respect de la Constitution. La Constitution rwandaise reconnaît l’indépendance du système judiciaire et l’égalité de tous les citoyens devant la loi. La présomption d’innocence est par ailleurs reconnue par la loi aussi longtemps qu’il n’y a pas eu de condamnation par un tribunal compétent.

Même si l’indépendance de la justice rwandaise est sujette à caution, les plus hautes autorités rwandaises, à commencer par la première d’entre-elles, le Président de la République, le Général Paul Kagame, n’ont pas attendu que la justice se prononce dans le dossier de Mme Ingabire pour l’accuser sans nuance aucune des crimes inventés de toutes pièces.

Le ballet des attaques fut initié dès le lendemain de son arrivée au Rwanda par le ministre de la sécurité intérieure et président du Parti Démocratique Idéal, un parti-satellite du FPR, Sheikh Mussa Fazil Harerimana. Dans son interview dans le quotidien indépendant pro-gouvernemental, The New Times[7],  le ministre Harerimana charge Mme Ingabire et l’accusa de révisionniste et de négationniste et la menaça de poursuites pour la simple raison qu’elle avait osé dire que les victimes hutues du conflit rwandais devaient elles aussi à l’instar des victimes du génocide des Tutsis, être honorées dignement. Voilà la dialectique du FPR , évoquer les victimes hutues est assimilée à nier le génocide des Tutsis!

Dans le même ordre d’idées, le Secrétaire Exécutif de la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG), Jean de Dieu Mucyo s’en est  pris violemment à Mme Ingabire qu’il accusa de divisionniste et en appela aux autorités pour trouver une suite appropriée. Le même discours fut poursuivi ensuite les partis satellites du FPR. M. Jean Damascène Ntawukuriryayo, président du Parti Social Démocratique (PSD) et porte-parole du Sénat d’alors, qui insinua que Mme Ingabire semait le doute sur l’existence du génocide commis contre les Tutsis., Ensuite M. Protais Mitali, président du Parti Libéral, qui accusa Mme Ingabire de jouer la carte ethnique[8].

A tout seigneur tout honneur, la palme d’or revient enfin au Président Paul Kagame lui-même. Dans un discours très remonté prononcé le 07 avril 2010, à l’occasion de la commémoration du génocide, le président Paul Kagame traita publiquement Mme Victoire Ingabire Umuhoza de « hooligan que les Occidentaux veulent placer à la tête du pays »[9].

Dans plusieurs sorties publiques, le président de la République se prit à elle, allant jusqu’à déclarer que Mme Ingabire allait se heurter à un « mur de lois » qui l’empêchera de se présenter à l’élection présidentielle. Il n’hésita pas à déclarer que « nous nous sommes battus et ce que nous [le FPR, ndlr] avons obtenu par les armes, ils ne nous le prendront pas par les urnes ». Dans un autre discours, il déclara que l’espace politique au Rwanda était pleine. Dès lors que le Président de la République parle en ces termes, on comprend aisément le lien entre la politique et la justice ainsi que la marge de manœuvre qui reste à cette dernière, qui désormais peut se mettre au travail pour exécuter les ordres venus de la présidence de la République.

e. Conclusion

 

Comme nous venons de le montrer tout au long de ce document, le procès intenté à Mme Victoire Ingabire Umuhoza est un procès politique destiné à écarter un concurrent politique dans le but de pérenniser  la dictature du parti-Etat, le FPR. Dès que les FDU-Inkingi ont annoncé leur intention de rentrer faire la politique au Rwanda, les attaques de toutes sortes ont commencé et aucune initiative n’a été laissée de côté pour dissuader les FDU-Inkingi de rentrer au Rwanda. Du refus des passeports aux membres du parti qui souhaitaient rentrer au Rwanda avec la présidente pour implanter le parti, aux accusations sans fondement de collaboration avec les rebelles des FDLR opérant à l’Est de la République Démocratique du Congo, rien n’a été laissé au hasard. Voyant la détermination toujours intacte de la Présidente des FDU-Inkingi, les stratèges du régime ont opté pour la transformation sournoise des motifs politiques en raisons criminelles pour barrer la route aux FDU-Inkingi et à Mme Ingabire, leur présidente. La transformation de son discours au mémorial de Gisozi, la campagne médiatique haineuse menée par une presse du régime partisane, l’ingérence des autorités dans le dossier judiciaire, les attaques physiques dirigées contre Mme Ingabire dans les locaux administratifs du secteur Kinyinya, alors qu’elle y avait été invitée par les autorités pour des démarches administratives, le changement permanent des charges portées contre elles, la fabrication des témoins et des preuves par le procureur et les services secrets, le refus de laisser Mme Ingabire s’entretenir avec ses avocats en toute liberté, etc. sont autant d’éléments qui nous permettent de conclure que ce procès est politique et que sa solution ne peut être que politique.

Comme l’a dit le professeur Filip Reyntjens (chronique politique du Rwanda 2009-2010, Anvers, mai 2010), Mme Ingabire est en fin de compte victime d’avoir publiquement mis en cause les fondements même du pouvoir en s’attaquant à trois monopoles du FPR: a) le statut du FPR comme “autorité morale”, b) le statut des Tutsis comme “seuls victimes” du génocide rwandais, c) le statut des Hutus comme “criminels”. Ces trois piliers constituent en fait la base de la légitimité interne et internationale du FPR. Son régime a donc vu l’émergence d’une réelle opposition à l’intérieur du pays, qui revendique l’ouverture de l’espace politique, comme une menace d’une situation que le FPR considérait comme acquise, à savoir : le contrôle total de la politique et de la société rwandaise.

Mais alors, un pouvoir qui s’est imposée par la force et par conséquent illégitime, peut-il rendre justice ? Un pouvoir totalitaire usé, présumé criminel, népotiste, clientéliste, incapable de résoudre l’épineux problème de la réconciliation nationale et la plupart des problèmes auxquels sont confrontés nos concitoyens, ne mérite-t-il pas plutôt d’être remplacé par un pouvoir choisi par le peuple ? Nous tenterons prochainement d’apporter une esquisse de réponse à toutes ces interrogations

Fait à Paris, le 19 juin 2011
Pour le Comité de coordination
Dr Emmanuel Mwiseneza
Délégué à l’Information et à la Communication


[1] Amnesty International on Saturday called on Rwanda to stop using a law aimed preventing « genocide ideology » to stifle dissent and charge critics and journalists, in http://news.yahoo.com/s/afp/20110618/wl_africa_afp/rwandapoliticsrightsmedia_20110618152919

[2] Cette manifestation dont l’autorisation avait été demandée par le Parti PS-Imberakuri fondé par Me Bernard Ntaganda, aujourd’hui lui-même en prison, fut réprimée sauvagement par la police avant même qu’elle n’ait lieu.

[3] Loi organique n° 19/2007 du 04/05/2007, complétant la loi organique n° 16/2003 du 27/06/2003 : même si cette loi est conçue sur mesure pour dissuader les autres partis politiques de voir le jour, les FDU-Inkingi avaient décidé de la respecter et avaient réussi à remplir les conditions draconiennes imposée par cette loi.

[4] « Réagissant à ce texte, le ministre rwandais de la Justice Tharcisse Karugarama a estimé que ces lois ont été votées dans l’intérêt du Rwanda pour éviter la réédition du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. « Comme d’autres pays à travers le monde, le Rwanda a des lois sur l’idéologie du génocide pour que nous ne retournions jamais à la haine et au divisionnisme du passé », a expliqué M. Karugarama, dans un communiqué officiel dénonçant un rapport « inexact et partisan ». « Toutefois, dans le processus de reconstruction de notre pays et de développement de notre système de justice, nous sommes en train d’amender tous nos textes de loi », a-t-il expliqué. « Ainsi, les lois sur l’idéologie du génocide et le divisionnisme sont actuellement en cours de révision et nous les amenderons dans l’intérêt du Rwanda », a ajouté ce responsable, sans préciser la nature de cette révision. », (http://www.challenges.fr/actualites/medias/20110603.AFP3584/
rwanda_amnesty_demande_la_revision_des_lois_sur_lideolo.html)

[7] The New Times, Monday 18th January 2010

[8] Idem

[9] http://www.rnanews.com/index.php?option=com_content&view=article&id=3115:qforeigners-imposing-hooligans-like-ingabire-on-rwandaq&catid=17:politics&Itemid=36

Pierre-Célestin Rwigema

Rwanda:Pierre Célestin Rwigema retourne dans le giron du FPR

Pierre-Célestin Rwigema

Pierre-Célestin Rwigema / photo igihe.com

Du 10 au 11 juin 2011, le régime rwandais avait mobilisé l’Amérique entière et spécialement la ville de Chicago pour accueillir en grande pompe Paul Kagame. A coût de millions de dollars, rien ne fut épargné : recours aux lobbyistes bien connus aux Etats Unis, contrats de communication avec les organes de presse, transport et hébergement des Rwandais vivant aux Etats Unis, au Canada, en Europe et même…au Rwanda. Tout cela pour promouvoir l’image du dictateur dont les services redoutaient d’être ternie par la campagne des opposants qui étaient déterminés à dénoncer publiquement et pour la première fois en Amérique même, les crimes du dictateur Paul Kagame. Résultats des courses : quelques centaines de personnes se sont retrouvés dans la flamboyante salle de l’Hotel Hyiatt et ont comme convenu et sur un claquement de doigts acclamé à tout rompre le dictateur Kagame même quand il lançait des propos décousus et dignes d’un psychopathe. Dehors, une centaine d’opposants chantaient et brandissaient des pancartes sur lesquels on pouvait lire la vraie nature de l’homme qui règne sur le Rwanda depuis 1994. La presse locale n’en revenait pas, elle qui gobait le mensonge présentant Paul Kagame comme un « héros » qui a arrêté le « génocide » et un « visionnaire » qui a propulsé le Rwanda au rang de pays modèle en Afrique. Les organisateurs de la manifestation, notamment Dr Théogène Rudasingwa et Paul Rusesabagina, n’ont pas eu beaucoup de peine à démontrer que l’homme que Chicago avait accueilli dans ses mûrs ce week-end était l’un des pires dictateurs que le monde ait connu.

Mais ceux qui se trouvaient dans la salle ont observé un fait insolite. L’ancien Premier ministre de Paul Kagame de 1995 à 2000, Monsieur Pierre Célestin Rwigema, a littéralement fait un « chemin de croix à genoux » pour parvenir à s’incliner et à serrer la main de Paul Kagame.

L’on se souviendra qu’il y a quelques semaines, plus exactement le 20 mai dernier, nous nous étions étonné de l’annonce par le Procureur général de Kigali de l’abandon des poursuites pour génocide qui étaient intentées contre P.C Rwigema depuis son exil en 2001.Nous avions alors parlé de « deal politique » et que sa concrétisation ne saurait tarder. Le rendez-vous de Chicago constitue donc un premier pas de P.C.Rwigema vers son berceau initial, le FPR, dans ce marché de dupes.

Pour rappel, PC Rwigema fut nommé Premier ministre en remplacement de Faustin Twagiramungu et après avoir trahi ses collègues du parti MDR qui avaient décidé de démissionner collectivement en 1995. Il sera à la base de la dissolution du même parti MDR dont pourtant il se réclamait. Plus grave, il se distinguera par ses discours haineux et incendiaires contre les populations du Nord du Rwanda (Ruhengeri et Gisenyi) qui étaient alors l’objet d’une répression aveugle de l’Armée du FPR (APR) sous prétexte que les « infiltrés » étaient leurs fils. Il a notamment déclaré que ces paysans du Nord devaient être exterminés car « on ne peut pas soigner une taupe de la myopie » autrement dit qu’ils étaient irrécupérables pour vivre avec d’autres Rwandais. Ensemble avec ses collègues Stanley Safari et Anastase Gasana (qui, en tant que le plus perfide de politiciens rwandais, était aussi venu acclamer Kagame à Chicago), il fut à la base des lois liberticides et des termes stigmatisant tout Hutu à volonté comme «  ingengabitekerezo… ». Il est allé jusqu’à affirmer que tous les Hutu devaient demander pardon aux Tutsi !

Pour réussir son show à Chicago, le régime a donc fait un marché avec P.C. Rwigema en lui accordant « l’amnistie » et en retour en lui demandant de venir faire publiquement allégeance à Paul Kagame. Toute la presse du régime ne parle que de cela ! Parions que dans les jours à venir, il va retourner à Kigali pour occuper l’un ou l’autre des postes symboliques réservés aux Hutu de service. Mais parions aussi que aussitôt retourné au Rwanda, les accusateurs retrouveront des éléments nouveaux qui le feront arrêter pour « génocide », ce crime étant imprescriptible. Et l’accord passé avec le Procureur général n’ayant pas force de loi, il sera arrêté, jugé et condamné. Bon voyage monsieur le Premier ministre, mais à bon entendeur, Salut !

Echos d’Afrique

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Rwanda-USA : Que faire des criminels au sein de l’armée rwandaise ? Cas du Major Majyambere.

Les officiers du FPR Kayonga, Muhire, Kayizari

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Le major Justus Majyambere est un officier de l’actuelle armée rwandaise. Avec 39 autres militaires, il est, depuis 2008, visé par un mandat d’arrêt international lancé par le juge espagnol Fernando Merelles pour des crimes commis au Rwanda après 1994 notamment l’assassinat de ressortissants espagnols.

Le 20 mai 2011, la presse a fait état de l’arrestation aux Etats Unis de cet officier par la police américaine en exécution de ce mandat d’arrêt espagnol. Il devait donc éventuellement être remis à la justice espagnole. Aussitôt après, un diplomate rwandais basé à New-York, sans préciser si oui ou non Justus Majyambere avait été arrêté puis relâché ou expulsé vers le Rwanda, faisait savoir que l’intéressé venait de débarquer à Kigali ce 22 mai en provenance des Etats Unis où il était en voyage d’études. Dans la foulée, le porte-parole de l’armée, le lieutenant-colonel Jill Rutaremara, dans un communiqué solennel, indiqua que le major Majyambere était bel et bien de retour Rwanda venant des Etats Unis où il était arrivé le 13 mai pour un stage…qui n’aura donc duré que moins de 7 jours. Tout est dit. Le major Majyambere, avec un mandat d’arrêt qui pend sur son coup, est un hôte encombrant des Etats Unis comme les 39 autres de ses collègues recherchés par la justice espagnole. Son seul sursis est dû au soutien inconditionnel des USA au régime rwandais qui ne permettrait pas de remettre les criminels à ceux qui les recherchent mais toujours en les refoulant vers le Rwanda.

Quelques enseignements à retenir de cette affaire : le régime rwandais devrait savoir que les mandats d’arrêts émis par la justice d’un régime démocratique doivent être pris au sérieux sinon davantage que ceux fantaisistes qu’il émet à tort et à travers et dont il demande l’exécution notamment par Interpol. Au lieu de continuer à jouer au chat et à la souris avec la justice pour protéger les criminels en son sein, le régime du FPR devrait laisser la justice suivre son cours afin que tous les criminels de quelque bord qu’ils soient, répondent de leurs actes.

Jane Mugeni
EdA Press

 

Des enfants affamés dans un camp de réfgiés hutu au sud de Kisangani (RDC) en avril 1997 / photo K. Miller/Gazetta

Rwanda : L’aveuglement des activistes du FPR (suite)

Des enfants affamés dans un camp de réfugiés hutu au sud de Kisangani (RDC) en avril 1997 - photo K. Miller/Gazetta

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II. Le FPR n’a fait qu’exercer son droit de légitime défense.

Cette prétendue légitime défense repose sur des spéculations, des faits non pertinents et des interprétations en contradiction avec la réalité.

1. L’ONU n’a pas respecté les règles en matière de réfugiés et les autorités congolaises se sont montrées complaisantes envers les ex-FAR.

Il est vrai que les réfugiés rwandais se sont installés, comme en Tanzanie et au Burundi, tout près de la frontière rwandaise avec la RDC. Mais, en réalité, ni le FPR et ses mentors, ni les autorités congolaises ne voulaient le déplacement des réfugiés hutu vers l’intérieur de ce pays. Quel aurait été l’intérêt du régime de Kagame dans une telle opération ? Aucun. L’éloignement de près deux millions de réfugiés hutu de la frontière ne lui aurait pas permis de les rapatrier par la force pour assurer sa consolidation et d’en prendre prétexte pour envahir le Zaïre. Si ces réfugiés avaient été installés loin de la frontière du Rwanda, ils auraient continué à exercer une pression sur le pouvoir rwandais pour l’amener à négocier. Or une solution pacifique du problème des réfugiés était incompatible avec la volonté de domination du FPR et la nécessité d’accomplir la mission de ceux qui l’instrumentalisaient. N’est-ce pas, d’ailleurs, pour ces motifs qu’il avait, deux ans avant, torpillé l’Accord d’Arusha ? C’est donc la volonté du FPR et de ses parrains d’éliminer toute opposition aux nouvelles autorités rwandaises et d’introniser en RDC un pouvoir favorable à leurs intérêts qui explique l’attaque des camps et la traque, à des milliers de kilomètres du Rwanda, de ceux qui avaient pu échapper au rapatriement forcé. D’ailleurs, cette politique de rapatriement forcé des réfugiés hutu se poursuit, par diverses tactiques, partout à travers le monde comme il sera montré plus loin.

La position des autorités zaïroises, compréhensible et raisonnable, au regard des dégâts environnementaux et économiques causés par ce nombre considérable de réfugiés, était que ceux-ci rentrassent chez eux le plus rapidement possible. Aussi se sont-elles investies activement dans la recherche d’une solution négociée sans succès parce que le FPR et ses sponsors refusaient tout pourparler avec les réfugiés.

L’accusation selon laquelle elles auraient apporté leur concours aux ex-FAR en vue de reformer une armée, de préparer l’attaque contre le Rwanda en leur fournissant des armes et des munitions semble peu crédible. L’armée congolaise en déliquescence, mal payée, mal organisée, mal équipée n’était pas en mesure d’assister les ex-FAR en quoi que ce soit. Au contraire. Les armes que les FAR avaient emportées dans leur fuite ont été saisies et vendues, à leur insu, par les militaires congolais.

Mais à supposer même que les autorités congolaises aient été capables de contribuer à la réorganisation et au réarmement des ex-FAR afin qu’elles puissent contraindre le régime illégitime et antidémocratique du FPR à négocier pour faciliter le retour des réfugiés dans leur pays, en quoi leur attitude aurait été différente de celle des dirigeants ougandais qui ont soutenu  le FPR dont les objectifs déclarés étaient supposés être le retour des réfugiés tutsi et l’instauration d’une démocratie ? Les responsables ougandais, en dépit d’un accord tripartite Réfugiés-Gouvernement ougandais-HCR pour le retour pacifique des réfugiés tutsi, ont aidé le FPR à envahir le Rwanda, lui ont permis de reconstituer son armée après sa défaite du 30 octobre 1990 et ont continué, après la reprise de la guerre, à l’équiper et à l’appuyer militairement, médiatiquement et diplomatiquement. Rien ne justifie que le soutien réel et considérable de l’Ouganda au FPR soit passé sous silence tandis que l’aide imaginaire ou au plus insignifiante des autorités zaïroises soit invoquée comme une justification de la destruction des camps des réfugiés et de ses conséquences en termes de pertes humaines.

L’échec d’une solution pacifique au problème des réfugiés tutsi en 1994 et hutu en 1996 et la défaillance de l’ONU lors des divers massacres des civils dans la région des Grands Lacs africains ne sont imputables ni au Secrétariat Général de l’ONU, ni aux autorités zaïroises ni aux ex-FAR mais au FPR, à ses alliés qui ont fait le choix de sacrifier des millions de Rwandais, de Burundais et de Congolais à leurs intérêts politiques, économiques et financiers. En effet, si, au Rwanda, en avril-juillet 1994, et en RDC en 1996-1997 et en 1998-2003, l’ONU a manqué à son devoir d’assistance à personnes en danger, c’est parce que le FPR, l’AFDL et leurs sponsors anglo-saxons se sont opposés à toute intervention d’une force d’interposition ou d’imposition de paix.

Seuls les Hutu ont demandé le concours de la communauté internationale pour mettre fin aux conflits et préserver les vies humaines. Mais personne n’a voulu les écouter. En avril 1994, l’armée rwandaise a proposé un cessez-le-feu et une force d’interposition mais le FPR a rejeté ses propositions. Au contraire, le 9 et le 10 avril, il a sommé tous les étrangers de quitter le Rwanda dans un délai de vingt quatre heures et a poursuivi la guerre en dépit de ses conséquences sur l’expansion de la violence. De plus, la thèse très répandue selon laquelle Paul Kagame a sauvé les Tutsi du génocide est contredite par son comportement pendant la guerre. Il a ignoré l’avertissement d’une délégation de Tutsi de l’intérieur, conduite par Charles Shamukiga, qui lui faisait remarquer le risque de mort qu’il leur faisait courir s’il s’en prenait au président Habyarimana d’ethnie hutu. En commanditant son meurtre, il a décidé consciemment de sacrifier ses congénères pour accéder au pouvoir et aux richesses de la RDC. Ensuite, après avoir déclenché les massacres des Tutsi, il a rejeté tout cessez-le-feu et toute intervention d’une force étrangère et il ne s’est pas empressé de les secourir d’après le lieutenant Abdul Ruzibiza[1].

En 1996-1997, lorsque les réfugiés rwandais ont supplié la communauté internationale de leur porter secours, une « certaine communauté internationale », en complicité avec le FPR, a affirmé mensongèrement qu’il n’y avait plus de réfugiés rwandais au Zaïre alors qu’ils étaient en train d’être chassés et abattus comme des animaux à travers le pays. Leur priorité était d’écarter toute intervention et d’assurer la victoire du FPR et de son allié l’AFDL quoi qu’il en coûtât en vies humaines.

A l’évidence, ni la proximité des camps de réfugiés de la frontière rwandaise, ni la complaisance éventuelle des autorités zaïroises envers les ex-FAR ni l’ aide qu’elles auraient fournie aux ex-FAR ne pouvaient légitimer l’attaque des camps des millions d’individus innocents et les massacres de ceux qui ont échappé au rapatriement forcé. L’allégation selon laquelle les camps étaient contrôlés par les génocidaires, même si elle était prouvée, ce qui n’est pas le cas, ne pouvait pas non plus justifier la destruction des camps des réfugiés à l’arme lourde. Rappelons que ce genre d’argument a également été utilisé lors des massacres de Kibeho. Cette logique selon laquelle il serait permis de massacrer des innocents pour pouvoir tuer ceux qu’on juge coupables est absurde et dangereuse. Tous ceux qui ont tué des gens qui se sont regroupés dans un endroit peuvent y recourir pour se disculper.

2. Les camps étaient contrôlés par les génocidaires qui empêchaient la majorité des réfugiés de retourner au pays et massacraient ceux qui manifestaient la volonté de rentrer.

Camp de réfugiés Lac VertLe FPR aurait attaqué les camps pour délivrer les bons hutu de leurs congénères extrémistes qui les retenaient de force. Quelle manipulation ! Continuer à laisser penser que les Hutu ont pris le chemin de l’exil devant l’avancée du FPR et n’ont pas voulu retourner dans leur  pays après sa victoire parce qu’ils étaient sous l’influence des génocidaires, c’est oublier que, avant 1959, pendant des siècles,  les Hutu ont subi, de la part des Tutsi, des traitements inhumains et humiliants, que, à partir d’octobre 1990, au Nord du pays, ils ont été massacrés ou chassés de leurs terres au point où, en avril 1994, un million avaient déjà fui cette organisation et vivaient, privés de leurs biens et de leurs droits, dans une situation de misère et promiscuité indicibles, que, à la reprise de la guerre, ils ont détalé devant les soldats du FPR qui tiraient indistinctement sur eux et, que, le 22 avril 1995, 8000 hutu ont été liquidés  à Kibeho sous l’œil de la MINUAR II.

Ces souvenirs ancrés dans la mémoire collective et ces faits récents suffisaient à les persuader de ne pas regagner immédiatement leur patrie d’autant plus qu’ils croyaient ingénument que la communauté internationale allait imposer une négociation et non un pouvoir non-démocratique et ethniste alors qu’elle affirmait aider le FPR à combattre la dictature et la discrimination du régime Habyarimana. Que les anciens dirigeants, qualifiés abusivement tous de génocidaires, aient pu aussi leur conseiller de ne pas rentrer sans condition n’était que normal mais ils n’avaient pas besoin de les contraindre à rester dans les camps car ils prêchaient les convertis. Dans tous les cas, aucun réfugié n’avait appelé le FPR à son secours.

Et puis, la suite a montré qu’ils avaient raison de refuser de retourner au pays sans application de l’Accord d’Arusha qui avait défini les principes fondamentaux du système politique à instaurer au Rwanda et la répartition des postes clefs à l’armée, à l’assemblée législative et au gouvernement pendant la période de transition. Le rapatriement forcé des réfugiés hutu a enterré définitivement l’esprit de l’Accord d’Arusha et a permis au FPR de soumettre la population rwandaise à son pouvoir et de la traiter comme des citoyens de seconde zone. La discrimination dont elle fait l’objet est telle que les Tutsi, qui représentent moins de 20% de la population rwandaise, occupent plus de 80% dans plusieurs secteurs notamment dans l’administration, l’économie et l’armée. Les opposants réels ou supposés d’ethnie hutu sont injustement accusés de génocide, d’idéologie génocidaire et de divisionnisme et arbitrairement emprisonnés s’ils ne sont pas tout simplement liquidés.

Le régime du président Kagame, conscient de sa fragilité en raison de son caractère minoritaire et dictatorial, est obsédé par l’idée d’une opposition de la majorité hutu. Cette obsession le pousse à s’en prendre même aux Hutu qui vivent en exil parce qu’il les considère tous comme des opposants sinon réels du moins potentiels. Pour miner cette opposition extérieure qu’il ne peut museler comme celle de l’intérieur, il use de plusieurs moyens. Il essaie d’abord d’accuser de génocide les opposants les plus influents mais ces accusations n’aboutissent pas toujours parce qu’elles ne sont toutes fondées et, en plus, elles ne peuvent que concerner quelques individus. Aussi est-il obligé de procéder, parallèlement, à une politique de séduction de la diaspora, qui ne semble pas avoir plus d’effets car rares sont ceux qui sont assez bêtes pour ajouter foi à son discours sur la paix et le respect des droits de l’homme alors que les Rwandais y compris des Tutsi continuent à fuir le pays.

La troisième méthode consiste à tenter de convaincre les autorités de certains pays, en particulier africains, d’expulser des Hutu auxquels elles ont accordé asile. Il leur explique qu’il y a maintenant de la sécurité au Rwanda comme si celle-ci impliquait forcément le respect des droits de l’homme et donnait au gouvernement le droit de décider où doit résider chaque Rwandais. Dans les pays démocratiques où une telle méthode ne peut fonctionner, il recourt au noyautage des partis de l’opposition extérieure et à la diabolisation de ses membres importants tout en créant des structures destinées à y manipuler l’opinion. Malheureusement, l’opposition lui facilite la tâche par l’absence d’objectifs communs, les divergences d’interprétations de l’histoire récente du Rwanda, la tendance à créer une multitude de partis à coloration régionale et ethnique ou motivés par des ambitions personnelles ou la nécessité de s’assurer l’impunité par la prise du pouvoir.

Tous ces éléments ne sont pas de nature à favoriser l’union de l’opposition, indispensable pour déjouer les pièges du FPR et faire entendre sa voix. Pour réaliser cette union, il faudrait que la majorité des opposants tant hutu que tutsi se rassemblent, avec conviction, autour de quelques principes, stratégies, objectifs et faits historiques essentiels tels que la réalité des ethnies, la reconnaissance et la condamnation de l’usage de la violence des Hutu et des Tutsi dans leur lutte pour le pouvoir , l’existence des victimes des deux côtés de ces guerres, l’obligation de rendre justice à toutes les victimes, la nécessité de changer le système dictatorial qui a marqué tous les régimes rwandais y compris celui du FPR.

Ce changement doit viser la transformation de la société rwandaise en une démocratie respectueuse des droits de l’homme et caractérisée par l’indépendance de la justice, la bonne gouvernance, la méritocratie, un système efficace de contrôle de l’exécutif pour limiter la corruption et la coexistence pacifique et neutre à la suisse avec tous les pays de la région des Grands Lacs africains. Ce contexte de liberté, de paix durable avec les pays voisins et de participation de la population à leur destin créerait les conditions indispensables pour l’accomplissement d’un progrès économique partagé.

La difficulté de l’opposition à s’entendre pour mener un combat commun contre la dictature du FPR est liée au fait que tous les opposants n’ont pas la même conception de la métamorphose politique et sociétale à opérer au Rwanda. Certains voudraient seulement prendre la place des autorités actuelles comme l’a fait le FPR en écartant le président Habyarimana et le MRND avec le concours de l’opposition intérieure alors que d’autres, les vrais politiques, s’intéressent à la transformation de la société rwandaise pour assurer à tous ses membres le respect de leurs droits, une coexistence pacifique et un développement économique  équitablement réparti.

Une partie du premier groupe est composée des gens qui ont tendance à interpréter tout en fonction de ce qui arrange leur ethnie, leur clan ou leur région et à refuser d’intégrer la structure existante de coopération entre les principaux partis de l’opposition (FDU). Une autre partie comprend ceux qui ne se préoccupent que de leur ventre et sont prêts à trahir leurs « convictions » si le FPR leur offre un poste dans l’administration ou quelques euros.

Face à la cupidité des uns et à l’ethnisme et au régionalisme viscéraux des autres, l’opposition démocratique se doit d’être vigilante et de renforcer sa structure de coordination pour mieux contrecarrer les plans de sape du FPR. Il serait idiot d’être encore dupe comme dans les années 1990, faute d’analyse pertinente des objectifs et des motivations des partenaires.

Mais la prudence inspirée par l’expérience ne doit conduire ni à stigmatiser ni à exclure un groupe régional ou ethnique par globalisation abusive comme le fait le FPR qui affirme que tous les ex-FAR et tous les Interahamwe sournoisement assimilés à la majorité des Hutu voulaient revenir au Rwanda pour massacrer les rescapés du génocide des Tutsi. Cette thèse dont se sert également M. Aldo Ajello et d’autres activistes pour légitimer l’attaque des camps de réfugiés en RDC ne constitue pas un argument plus fondé que les deux précédents.

3. Les ex-FAR et les Interahamwe avaient l’intention d’envahir le Rwanda pour y poursuivre leur œuvre d’extermination des Tutsi.

Le FPR et ses activistes justifient toutes les guerres que cette organisation a initiées dans la région des Grands-Lacs africains par une même raison principale : protéger les Tutsi des génocidaires hutu. Expliquer l’invasion du Rwanda en octobre 1990 et la reprise des hostilités en avril 1994 par la nécessité de sauver les Tutsi du génocide ne repose sur aucun fait. Avant l’invasion du FPR, les Tutsi n’étaient menacés par aucun génocide. Depuis la prise du pouvoir par le président Habyarimana en 1973, les Hutu et les Tutsi vivaient en paix. Les rancœurs ethniques, nées à l’époque féodale, avaient fortement diminué sous le régime Habyarimana après être montées d’un cran à la révolution de 1959. C’est le FPR qui, à la suite de l’attaque d’octobre 1990, et surtout de l’assassinat du président Habyarimana et de la volonté manifeste de s’approprier le pouvoir par les armes, a ravivé l’animosité ethnique parmi les Rwandais. A force de l’entretenir par une politique de deux poids deux mesures, de vendetta et de ségrégation outrancières, la haine entre les deux ethnies est devenue vive et générale sous le régime actuel. Elle a atteint son niveau le plus élevé depuis la monarchie.

De même prétendre que le FPR a attaqué les camps des réfugiés rwandais en ex-Zaïre en 1996 pour éviter la reprise du génocide des Tutsi au Rwanda relève de la pure spéculation. Jusqu’à présent, aucune preuve n’a été apportée quant à l’intention prêtée aux ex-FAR « d’avoir voulu achever leur œuvre de génocide » Cette affirmation paraît d’autant plus infondée que la  thèse de la planification des massacres des Tutsi par les extrémistes Hutu parmi lesquels sont abusivement rangés tous les ex-FAR n’a jamais été établie par le TPIR. Le régime du FPR, lui-même, ne semble pas y croire puisqu’il n’hésite pas à intégrer ceux qu’il considérait hier comme planificateurs du génocide ou étaient censés être des extrémistes hutu dès lors qu’ils acceptent de le servir loyalement et aveuglement.

La guerre que le FPR a menée contre les réfugiés rwandais en RDC n’a rien à voir avec la protection des Tutsi. Remarquez que ceux qu’on a appelés les infiltrés n’ont attaqué le régime du FPR qu’en fin 1997 après la destruction des camps des réfugiés. La théorie de guerre préventive à la Bush que le FPR et ses activistes s’ingénient à légitimer vise seulement à atténuer les atrocités perpétrées par l’APR en RDC et à justifier les attaques permanentes contre les opposants hutu au régime criminel et autocratique de Kigali, qui se plait à les qualifier tous de génocidaires ou d’extrémistes devant être combattus pour prétendument parer à tout risque d’un nouveau génocide des Tutsi. Ceux qui cautionnent cette politique de guerre préventive oublient que, en appliquant la même logique, les Hutu pourraient aussi prétexter que les massacres des Tutsi, après l’attentat contre le président Habyarimana, étaient motivés par une légitime défense dans la mesure où ils auraient imaginé qu’une organisation tutsi, en assassinant un président hutu, voulait les exterminer.

L’idée de la guerre préventive est très dangereuse parce que la guerre n’est plus considérée comme une mesure de dernier ressort, ce qui ne peut que multiplier les conflits. La preuve est que ceux-ci se succèdent les uns aux autres dans la région depuis octobre 1990 sans qu’il en résulte une véritable stabilité à ne pas confondre avec une accalmie avant la tempête. Après l’invasion du Rwanda par le FPR, la région a connu la guerre du Burundi après l’assassinat du président Melchoir Ndadaye par des militaires tutsi, la 1ière et la 2ème guerre du Congo, celle de Laurent Nkunda et celle de l’opération ‘Umoja Wetu’ dans lesquelles les autorités rwandaises actuelles ont joué un rôle néfaste. Tous ces conflits n’ont fait que déstabiliser, de façon permanente, la région du Kivu et apporter la souffrance aux peuples rwandais, ougandais, burundais et congolais.

Aucun recours à la force ne garantira une protection définitive à qui que ce soit et  n’apportera une solution à long terme aux problèmes de partage du pouvoir et de coexistence pacifique entre les peuples de la région. Seul un débat dans le cadre d’une commission « Vérité et Réconciliation » à la sud-africaine permettrait de trouver des remèdes adéquats à la lutte pour le pouvoir entre les divers protagonistes. Si non, un jour ou l’autre, les peuples n’auront d’autre choix que de se révolter contre leurs oppresseurs en vue de conquérir leur liberté, chère à tout être humain, ce qui engagera la région dans un autre cycle de conflits armés.

Il ressort de l’analyse ci-dessus que les éléments présentés pour tenter de crédibiliser les thèses de la planification des massacres des Tutsi et de l’assassinat du président Habyarimana par les extrémistes hutu ont été démentis par différentes enquêtes indépendantes et divers jugements du TPIR et que les arguments avancés pour légitimer la destruction des camps des réfugiés en RDC et réduire à de simples homicides involontaires les massacres massifs et systématiques des réfugiés rwandais et des civils congolais auxquels s’est livrée l’APR reposent sur des suppositions et des interprétations sujettes à caution.

Pourtant, les activistes du FPR continuent de se fonder sur les versions des faits propagées par  cette organisation tutsi, qui est aussi suspectée de crimes contre l’humanité. Leur stratégie manipulatoire consiste à répandre sournoisement l’idée qu’aucun Tutsi ne peut être extrémiste. C’est sur la base de cet à-priori qu’ils estiment impensable que l’armée tutsi du FPR ait pu commettre des crimes de guerre et, pire encore, des actes de génocide.

Mais aucun d’eux ne nous dit, par quel phénomène surnaturel, tous les Tutsi seraient immunisés contre la haine ethnique et l’extrémisme. Sauf à ajouter foi au mythe de peuple élu, il n’existe aucune raison d’exclure la présence des extrémistes tutsi au sein de l’APR et du FPR et la possibilité que, dans le contexte de lutte pour le pouvoir entre les Hutu et les Tutsi, ces enragés aient commis des actes de génocide par haine ethnique et ou par volonté d’asseoir leur régime. Il incombe à un Tribunal Pénal International pour la RDC de confirmer les crimes qu’aurait perpétrés l’APR dans ce pays, de les qualifier et d’identifier les suspects éventuels à poursuivre comme le proposent les experts de l’ONU. Si le FPR n’a rien à se reprocher, il n’a rien à craindre à moins qu’il ne croie pas à l’équité de la justice internationale ? Dans ce cas, pourquoi les Hutu devraient-ils être les seuls à en subir l’iniquité ?

Photo de la manifestation anti-Kagame lors de sa visite à Bruxelles en décembre 2010

Photo de la manifestation anti-Kagame lors de sa visite à Bruxelles en décembre 2010

La solution définitive des conflits dans la région des Grands-Lacs passera obligatoirement par l’établissement de la vérité sur ce qui s’y est passé et par une justice pour toutes les victimes. L’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, l’avait compris même s’il n’a pu rien faire à cause des mentors américains et britanniques du FPR. En 1998, il notait que l’une des causes profonde des conflits dans la région des Grands-Lacs résidait dans un cycle vicieux de violations des droits de l’homme et de vengeances, alimenté par l’impunité. La seule façon d’y mettre fin est de lutter contre l’impunité quelle que soit l’ethnie ou la tribu du criminel et de sortir de la culture du mensonge et de la haine pour entrer dans celle de la vérité et du pluralisme où les Rwandais affrontent, le plus objectivement possible, toute leur histoire, l’assument courageusement et trouvent un modus vivendi dans leur diversité.

Nier l’existence des problèmes réels tels que la réalité des ethnies (Hutu, Tutsi et Twa), les massacres et les humiliations des uns par les autres, le caractère dictatorial et ethniste, bien qu’à des degrés divers, des différents régimes rwandais qu’a connus le Rwanda depuis l’époque féodale, procède de la même attitude que celle d’un toxicomane qui, incapable de faire face à la réalité, se réfugie dans l’illusion jusqu’à sa déchéance. Si les régimes ethnistes, tribalistes, répressifs, liberticides, antipatriotiques et corrompus continuent à se voiler la face, à ignorer le besoin de démocratie et de liberté pour tous les peuples de la région et à s’accrocher au pouvoir en fermant toute possibilité d’alternance pacifique, il ne restera que la voie de la révolution.

L’histoire du monde nous apprend que tout peuple finit par se trouver un véritable héros capable de l’aider à se débarrasser de son oppresseur et à conquérir sa liberté, chère à tout être humain. Le vent de démocratie a soufflé successivement sur l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Asie à l’exception de la Chine et de la Corée du Nord, l’Europe de l’Est et maintenant sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Même si l’Afrique noire, est à la traîne comme toujours, ce vent de liberté finira par y arriver et y balayer tous ces oppresseurs des peuples. Le président Kagame 1er, le visionnaire, ou plutôt le sanguinaire, ne semble pas, comme d’autres dictateurs africains, avoir conscience de cette évolution inéluctable. Peut-être se dit-il qu’à long terme il sera mort- tant pis pour ses enfants et à ses partisans-ou que, le moment venu, il s’envolera, avec son Akazu, en Ile Maurice pour y couler des jours « heureux »! pendant que ses courtisans affronteront seuls la colère populaire et que ses sponsors et activistes étrangers se morfondront en excuses en affirmant qu’ils ont été abusés par le dictateur.

Jean Charles Murego
EdA Press

 

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[1] Ruzibiza Abdul, Rwanda : L’histoire secrète, éd. Panama, 2005