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L’Afrique a commencé à être recolonisée sous une nouvelle forme depuis 1990

afrique-carteLa nouvelle forme de colonisation de l’Afrique initiée après la chute du mur de Berlin est désormais d’usage courant. Cas illustratifs du Rwanda et de la République Démocratique du Congo.

Avec la fin de la guerre froide symbolisée par la chute du mur de Berlin en 1989  et la désintégration de l’ancienne URSS qui s’en est suivie, le camp occidental mené par les Etats-Unis d’Amérique eut le contrôle total sur les affaires du monde. Il lui fut donc logiquement loisible d’ initier une nouvelle forme de colonisation en Afrique d’autant plus que ce pays ce pays l’Oncle Sam n’avait pas été convié à Berlin en 1885 quand l’Europe se partageait l’Afrique. L’ancienne colonie britannique d’outre atlantique n’était pas encore une puissance jouissant des mêmes prérogatives que les grands pays européens qu’étaient alors la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne de Bismarck et dans une moindre mesure l’Espagne et le Portugal. Mais la Première Guerre Mondiale allait se terminer en révélant les Etats-Unis comme une puissance montante dont aura besoin l’Europe vieillissante. La fin de la Deuxième Guerre mondiale allait non seulement affermir les Etats-Unis comme une Grande Puissance mais surtout comme une puissance désormais protectrice de l’Europe Occidentale et donc seule Maître de la stratégie militaire et de la politique étrangère de ces vieux pays. C’est donc en toute logique que les mêmes Etats-Unis d’Amérique puissent exiger que l’Afrique dont ils étaient absents au XIXè siècle puisse être recolonisée selon une nouvelle forme inventée par les mêmes Américains.

Principe

Comme toujours, les Américains sont pragmatiques et leurs formulations simples. Il s’agira de faire contrôler les états africains par les Multinationales occidentales sous conditions suivantes :

Les pouvoirs politiques locaux sont confiés aux supplétifs, eux-mêmes remplissant certaines conditions et ayant des caractéristiques suivantes :

– Sans assises populaires
– Souvent des personnalités complexées et coupables de crime graves
– Ayant en permanence besoin des puissances occidentales pour survivre médiatiquement et jouir de l’impunité

Première expérience réussie : Rwanda 1990-1994

Ayant besoin d’une tête de pont pour conquérir le Zaire (actuellement la République Démocratique du Congo), la Superpuissance a choisi un petit territoire situé à l’Est de ce grand pays regorgent de richesses naturelles pour en faire un centre opérationnel permanent pour contrôler le Zaïre-Congo et toute la région. Pour trouver les supplétifs locaux, ils n’ont pas cherché loin. Le gros des rebelles ougandais qui venait de s’emparer du pouvoir à Kampala en 1986 était constitué de Tutsi originaires du Rwanda et qui seraient ravis de reconquérir par les armes le pays de leurs ancêtres. Ce fut un jeu d’enfants pour la toute superpuissance qui les y a amenés en moins de quatre ans. En juillet 1994, les descendants des féodaux monarchistes tutsi qui avaient été déchus de leurs prérogatives royales et qui ont préféré fuir le pays, se rendaient de nouveau maîtres du Rwanda sous la houlette d’un certain Paul Kagame . Celui-ci était non seulement un officier de l’armée ougandaise formé aux Etats-Unis, mais surtout un membre de la dynastie tutsi qui avait régné sur le Rwanda jusqu’en 1959. Son père Rutagambwa était en effet un apparenté du roi Mutara Rudahigwa mort en juillet 1959. Juillet1959-juillet 1994 : la boucle était donc bouclée.

Depuis lors, Paul Kagame règne en dictateur absolu sur le Rwanda sans que la presse occidentale ou les ONG qui se disent de défense des Droits de l’Homme osent dénoncer ses crimes .Tout ce monde est simplement tenu en respect par la Superpuissance qui, pour ce faire, instruit ses pays satellites de faire gaffe à ne pas dénoncer la nature dictatoriale du régime de Paul Kagame et surtout pas ses crimes. Et ils s’exécutent.

Le grand laboratoire que constitue la RDC :

Après l’installation du tutsi Paul Kagame sur le trône rwandais et ayant ainsi un bras armée dans la région sous couvert d’un pseudo-Etat souverain qu’est le Rwanda, la Superpuissance pouvait alors procéder facilement au renversement du Maréchal Mobutu en utilisant le même Kagame. C’est ainsi qu’en mai 1997, un certain Laurent Désiré Kabila fut installé dans le fauteuil présidentiel à Kinshasa avec comme Chef d’Etat major de l’Armée un certain James Kabarebe auparavant aide de camp de Paul Kagame pendant la conquête du Rwanda et plus tard Ministre de la défense de ce pays.

Laurent Désiré Kabila avait été installé au pouvoir à Kinshasa à titre de figurant espère-t-on. Mais après un laps de temps (1997-2001), ceux qui l’avaient amené le jugèrent « incontrôlable » et il fut éliminé en janvier 2001.

Il fut remplacé par son fils Joseph Kabila jugé plus malléable d’autant plus qu’il était non seulement trop jeune, inculte et qu’il n’avait pas mis le pied au Congo que trois ans auparavant sans le connaître et sans parler aucune des langues vernaculaires de ce large pays. Le règne de Joseph Kabila, jugé compatible avec la nouvelle donne durera de 2001 à 2016

Son bail touchant à sa fin, il est question de trouver, parmi les cadres politiques congolais assoiffés de pouvoir, ceux qui joueraient le jeu des nouveaux colons que sont les multinationales : les camps de Moïse Katumbi et EtienneTshisekedi sont en bonne position.

En récompense des services rendus, Paul Kagame continuera et aura même de meilleures occasions d’occuper et de piller les deux Kivu. En encourageant et en laissant le chaos s’installer dans les deux Kivu après le mandat de Joseph Kabila, plus précisément dès décembre 2016, les multinationales offriront ainsi l’Est de la RDC aux Tutsi de Paul Kagame sur un plateau d’or.  Voilà où l’on en est à la veille du Jour « J » , quand la guerre généralisée va se déclencher en RDC principalement à Kinshasa pour y chasser Joseph Kabila et au Nord et Sud  Kivu pour y faire intervenir «  officiellement » les troupes tutsi de Paul Kagame qui ne feront pas que piller l’Est de la RDC mais aussi auront à cette occasion un créneau pour intervenir au Burundi pour y installer un régime « à la rwandaise » comme c’est le rêve de la Superpuissance et de ses satellites d’Europe occidentale.

Face à cette tragédie, les Multinationales se frottent les mains car leurs concessions et leurs personnels sont gardés par des milices privées grassement payées et surtout par les 20.000 hommes de la MONUSCO qui ne font que servir d’indicateurs aux « Special Forces » de Paul Kagamé qui opèrent impunément en RDC, au lieu de protéger la population civile.

Emmanuel Neretse
04/11/2016

Région des Grands Lacs. Mode d’accès au pouvoir : un exemple criminogène aux jeunes désœuvrés et démunis

Kagame-referendumSous d’autres cieux, des jeunes sont conduits à la mort certaine de gré ou de force pour des idéologies ou des croyances religieuses. Dans la région des Grands Lacs en Afrique, depuis près de trois décennies des jeunes sont alléchés par le mode d’accès « facile » au pouvoir et donc à l’avoir qui est devenu une spécialité politique dans ces pays. En effet depuis les années 80, un jeune désœuvré d’ordinaire n’ayant aucune perspective économique et encore moins politique prometteuse, mais qui est enrôlé dans une rébellion armée, peut désormais, à moins de trois ou quatre ans, devenir « général, colonel, major… » et même Président de la République dans ces pays pour autant qu’il ait la baraka de rester vivant pendant ce laps de temps. Entre un jeune djihadiste à qui l’on promet le Paradis avec 70 vierges se relayant dans son lit et le garçon de rue de la région des Grands Lacs qui  a vu ses ainés d’infortune  s’engager dans des rébellions pour ensuite devenir, après quelques mois, « Généraux », la motivation pour aller se faire massacrer est presque la même.

Des cas caractéristiques illustrant ce phénomène :

Ouganda 1982-1986 : Dans ce pays, livré au chaos politique après la chute du Maréchal Idi Amin Dada, une rébellion armée vit le jour. Sous la conduite d’un jeune ougandais apparenté à l’ethnie tutsi du Rwanda, il recruta tous azimut mais principalement dans les camps des réfugiés tutsi rwandais en Ouganda et parmi les jeunes garçons de rue  et vagabonds plus ou moins apatrides de Kampala. Quatre ans plus tard, cette bande disparate s’emparait du pays et les anciens garçons de rue ou fils de réfugiés tutsi rwandais devenaient qui ministre , qui général, qui colonel…bref les vrais maîtres du pays, à l’étonnement et à au regret des jeunes ougandais issus des milieux aisés qui avaient opté pour poursuivre des études universitaires dans la droite tradition bourgeoise. Ils sont devenus désormais des obligés de leurs égaux en âge qui ne sont pas allés perdre leur temps à l’université mais qui ont rejoint la rébellion.

Rwanda : 1990-1994 : Les anciens garçons de rue de Kampala d’origine rwandaise qui avaient participé à la conquête du pouvoir en Ouganda après avoir gouté au pouvoir et aux honneurs au sommet de l’Etat ougandais comme ministres, Généraux, Colonels, Majors…  , ont voulu prolonger cet état dans le Rwanda de leurs ancêtres. C’est ainsi que le 01 octobre 1990, ils envahirent le petit Rwanda beaucoup plus modeste et moins armé que l’Ouganda qu’ils venaient de conquérir. Ce ne sera qu’une question de mois : en juillet 1994, ils défilaient dans Kigali qui comme général, colonel ou major… dans un pays où ils n’avaient jamais mis les pieds et dont ils ignoraient jusqu’à la langue officielle. Un des garçons de rue de Kampala qui, en rejoignant la rébellion, n’avait même pas encore terminé le cycle d’enseignement secondaire, se proclamera « Président de la République » après quand-même un stage de six ans (1994-2000), à la grande admiration des jeunes rwandais non instruits et désœuvrés qui, depuis, ne rêvent que rééditer son exploit si l’occasion leur en était offerte.

Burundi : 1993- 2003 : Lorsque en octobre 1993, l’armée monoethnique tutsi du Burundi mit fin à l’expérience démocratique dans ce pays en assassinant le président hutu Melchior Ndadaye trois mois à peine après son élection, des jeunes burundais qui avaient placé leurs espoirs dans l’avènement de la démocratie dans leur pays se sont retrouvés désemparés. Même ceux qui avaient réussi à passer entre les mailles du filet et atteindre l’université en étaient alors chassés s’ils n’y étaient pas assassinés.  Beaucoup d’entre eux, sans autres alternatives, regagnèrent alors le maquis et se joignirent aux rebellions naissantes. Après dix ans de guerre  civile, grâce à la médiation de Nelson Mandela, un accord de paix fut enfin signé, accord qui consacrait le partage des postes de responsabilités à tous les niveaux du pouvoir  et dans tous les domaines entre Hutu et Tutsi. Dans l’armée, ceci se traduisit par le fait que des jeunes hutu qui ne pouvaient auparavant rêver de devenir même  ‘sergent’ dans l’armée se sont retrouvés bombardés « généraux, colonels, majors … » sans devoir passer par les fameuses académies militaires d’où ils étaient d’office exclus ou ne remplissant pas les critères académique pour y accéder. Ce constat restera une référence aux jeunes désœuvrés et moins instruits auxquels il sera inculqué qu’eux aussi peuvent accéder aux plus hauts sommets de l’État et de la hiérarchie militaire pourvu qu’ils s’enrôlent dans une quelconque rébellion.

RDC : 1996- à nos jours : Pour chasser le Maréchal Mobutu du pouvoir au Zaire, les armées rwandaise, ougandaise et burundaise ont comme couverture utilisé une rébellion formée de toutes pièces dite des « Banyamulenge » avec l’acronyme AFDL. En mai 1997, ils installèrent un certain Laurent Désiré Kabila dans le fauteuil présidentiel à Kinshasa. L’officier tutsi rwandais qui commandait ce corps expéditionnaire James Kabarebe deviendra alors Chef d’Etat-major de l’Armée congolaise et les rares jeunes combattants congolais enrôlés en cours de conquête seront élevés aux plus hauts grades de l’armée, parmi eux le propre fils de Laurent Désiré Kabila qui, à 26 ans fut bombardé « Général » ! Lorsqu’en 1998, Laurent Désiré Kabila manifestera les velléités pour s’émanciper de ses tutelles rwandaises, une nouvelle guerre éclatera mettant aux prises plusieurs rébellions créées par le Rwanda et l’Ouganda  à une armée congolaise inexistante ou sans structure opérationnelle. Le Mzee LD Kabila tiendra quand-même le coup grâce  à l’intervention de certains pays de la région qui jugeaient trop injuste cette agression du Rwanda et de l’Ouganda. Mais ce n’était que partie remise. Ne pouvant plus le chasser du pouvoir mais ayant toujours des éléments dans son entourage, ces anciens protecteurs décidèrent de l’assassiner, ce qui fut fait en janvier 2001. Son fils Joseph Kabila le remplaça immédiatement à la présidence de la RDC. Mais pour survivre politiquement et physiquement le jeune Kabila dut accepter de reconnaître la dizaine de rébellions qui sévissaient en RDC comme des partis politiques, mais surtout d’intégrer leurs combattants dans l’armée nationale aux grades de leur choix. C’est ainsi que l’on a vu des rebellions formées à la hâte et qui comptaient une centaine de combattants voir le jour et quelques mois plus tard leurs deux ou trois leaders politiques devenir ministres tandis que la moitié de combattants devenaient « généraux ou colonels… »  dans l’armée régulière.

Le phénomène a tellement fait recette que jusqu’à ce jour il naît au moins une rébellion tous les six moins en RDC.  Avec les incessantes intégrations des rebelles dans l’armée régulière, beaucoup de jeunes congolais croient de plus en plus qu’il n’y a que la voie qui passe par la rébellion qui conduit vers le sommet de la hiérarchie militaire. Pour eux, un jeune qui a l’ambition de devenir officier ne doit pas passer son temps à l’école secondaire et encore moins à l’université avant d’aller dans une académie militaire comme partout ailleurs, mais doit rejoindre une rébellion qui existe ou fonder la sienne. Voilà pourquoi on compte actuellement plus d’une vingtaine de rébellions opérant toujours dans ce pays alors que l’ONU y a déployé une force de plus de 20 milles hommes et que chaque année des centaines de combattants souvent analphabètes, sont intégrés dans l’armée régulière avec des grades qui feraient rougir tous les majors de promotion de Saint-Cyr, de Frounze ou de West Point !

Prime pour crime de guerre et crime contre l’humanité: cas de la RDC

Le cas de la RDC est une illustration claire de comment un système peut devenir une machine à recycler les criminels et même à leur attribuer des primes. En effet pour autant qu’il soit parvenu à faire parler de sa « rébellion » tout criminel de guerre en RDC peut exiger et obtenir l’amnistie totale et son intégration dans les rouages politiques  quand ses combattants intègrent l’armée nationale avec les grades qu’il leur avait donnés. On ne peut rêver  mieux comme investissement,  je veux dire : créer une rébellion en RDC !

Comprendre la facilité d’enrôlement de ces jeunes : cas du Burundi

Depuis avril 2015, des jeunes de certains quartiers de la capitale du Burundi, Bujumbura s’attaquent aux forces de l’ordre souvent dans des actions qui apparaissent comme suicidaires. Alors, d’aucuns se demandent comment ces jeunes peuvent être fanatisés ou si stupides d’accepter de servir de chair à canon quand leurs commanditaires avec leurs enfants de même âge que ces pauvres kamikazes mènent une vie normale propre à tout adolescent ou jeune adulte. Ceci est le fait des politiciens sans aucune assise populaire mais qui ne peuvent pas envisager la vie hors des structures dirigeantes du pays. Ceux-ci instrumentalisent la situation de pauvreté vécue par la population, la jeunesse en particulier. Désespérée, cette dernière se laisse alors entraîner dans les groupes armés par ces politiciens sur base de fausses promesses. Ils leur promettent de devenir dans quelques mois « généraux, colonels ou majors », dans l’armée sans passer par l’ISCAM. Ainsi ces politiciens n’ont aucune peine à doper ces jeunes et à les envoyer se faire massacrer en attaquant des objectifs militaires fortement défendus.

Face à ce triste constat, un citoyen burundais vient de lancer un coup de gueule  suivant : « Avec consternation, un cœur brisé et les larmes aux yeux, je ne peux plus m’abstenir. Ainsi, je viens  auprès de nos lecteurs de la communauté burundaise et étrangère, vivant au Burundi et à l’étranger, pour partager cette petite réflexion sur la manipulation  dont les nôtres sont victimes. Nos cousins, nos frères et nos neveux sont victimes de certains politiciens animés de mauvaises intentions et assoiffés du pouvoir. Ils cherchent à prendre le pouvoir à tout prix. Ils usent de leur influence sur les jeunes des quartiers pauvres, les conduisent dans un chemin sans issu et sans retour comme s’ils étaient  des animaux de boucherie,  précipités  dans le couloir qui mène à l’abattoir! Or, tout animal qui y entre n’y sort pas vivant! ». (N.T Pacifique, BURUNDI-24.com, 17 déc 2015)

Entretemps, les mêmes politiciens s’activent à crier aux violations massives des droits de l’homme, aux exécutions extra-judicaires pour exiger le partage du pouvoir avec le régime en place à défaut de le renverser militairement.

Honte à la Communauté Internationale

En criant aux « massacres délibérés » voire au « génocide » chaque fois que ces jeunes kamikazes manipulés et drogués par les politiciens véreux sont neutralisés par  les forces de l’ordre, ce qui est appelé pompeusement «  Communauté Internationale », en fait quelques puissances qui font la pluie et le beau temps dans le région, et  qui est parfaitement au courant de comment ils sont entrainés et armés puis envoyés à la mort, montre encore une fois sa mauvaise foi et son hypocrisie. Au lieu de condamner vigoureusement le régime de Paul Kagame qui abrite l’état-major opérationnel de ces politiciens, qui recrute ouvertement ces jeunes dans les camps des réfugiés, qui déverse des armes de tous calibres dans les quartiers contestataires de Bujumbura…cette hypocrite « Communauté Internationale » verse des larmes de crocodile chaque fois que les attaques armées de ces jeunes aventuriers manipulés par les politiciens et armés et entraînés par Kigali sont repoussées.

Honte à cette « Communauté Internationale »  qui reste muette quand le potentat du Rwanda Paul Kagame modifie la Constitution afin de devenir « président à vie » et même vise à instaurer la monarchie féodale de triste mémoire dans ce pays, mais qui pousse au renversement d’un régime démocratiquement élu et ceci conformément à la Constitution du Burundi telle qu’interprétée par la Cour constitutionnelle de ce pays.

Emmanuel Neretse
20/12/2015

La logique de deux poids, deux mesures de la « Communauté Internationale » : l’exemple du Rwanda.

cvt_La-Communaute-Internationale_8759L’actualité en Europe de l’Est nous rappelle que ce qu’on appelle généralement la « Communauté Internationale » (en fait les grandes puissances et leurs traditionnels alliés ainsi que les instruments de légitimation de leurs actions comme l’ONU), applique le principe de « deux poids, deux mesures » aux cas apparemment identiques. C’est ainsi que face aux informations faisant état de l’entrée des troupes russes  en Ukraine, la même Communauté Internationale est unanime pour condamner la Russie et brandit la menace des sanctions qui viendront s’ajouter à celles déjà décrétées à cause de  son soutien supposé aux rebelles russophones d’Ukraine.

Pourtant des cas d’agressions manifestes et flagrantes ont déjà eu lieu de part le monde sans que cette même Communauté Internationale ne lève le petit doigt. Pour mieux percevoir cette logique de la Communauté Internationale, prenons l’exemple du Rwanda en la mettant en parallèle avec des situations similaires et en notant quelle a été chaque fois la réaction de la Communauté Internationale.

Irak, Rwanda et Ouganda

Le 02 août 1990, les troupes de l’Irak envahissent le Koweït. Aussitôt la Communauté Internationale se mobilise : l’ONU autorise une intervention pour rétablir l’intégrité territoriale du Koweït en chassant le troupes de Saddam Hussein, ce qui se traduira par ce qui restera dans l’histoire comme « La Première Guerre du Golf ».

Le 01 octobre 1990, les troupes ougandaises commandées par le vice-ministre de la Défense de l’Ouganda le général Fred Rwigyema envahissent sans ultimatum le Rwanda. Toute la presse internationale suit leur avancée et les envahisseurs ne s’en cachent pas. Étonnamment, aucune condamnation ne viendra de la Communauté Internationale. Au contraire, elle tentera de relativiser cette agression en faisant remarquer que le gros des soldats engagés avaient des origines rwandaises, donc qu’il faudrait la considérer comme une « guerre civile »!

En 1996, les troupes rwandaises envahissent la RDC, détruisent tout sur leur passage, s’emparent des principales villes dont la capitale Kinshasa. L’officier rwandais qui commande le corps expéditionnaire, James Kabarebe, se proclame « Chef d’Etat major de l’Armée congolaise ». Aucune condamnation ne vient de la Communauté Internationale. Au contraire, tout au long de cette conquête, elle n’a cessé de fournir à l’envahisseur rwandais un appui logistique et en renseignements. Vous avez dit : deux poids, deux mesures ?

Liban et Rwanda

Le 06 avril 1994, un avion avec à bord les chefs d’Etat rwandais et burundais est abattu par un missile sol-air pendant son approche pour atterrir à l’aéroport de Kigali. Les deux chefs d’Etat, leurs suites ainsi que les membres de l’équipage de nationalité française périront dans l’attentat. La Communauté Internationale, en l’occurrence l’ONU, bloquera toute tentative de connaître les auteurs de cet attentat. Elle empêchera même le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) pourtant créé par elle officiellement pour poursuivre les auteurs des crimes commis entre le 01 janvier et le 31 décembre 1994, d’enquêter sur cet attentat. Le Procureur et les enquêteurs du TPIR qui tenteront d’enquêter seront blâmés et relevés de leurs fonctions par l’ONU.

Le 14 février 2005, le Premier Ministre du Liban Rafiq Hariri meurt dans un attentat suicide qui a fait exploser sa voiture. Aussitôt la Communauté Internationale est en émoi. La condamnation est unanime. Une enquête internationale est exigée. L’ONU met en place un Tribunal Spécial pour le Liban qui doit juger les auteurs présumés de cet attentat. Le Tribunal siège encore à La Haye aux Pays Bas. Vous avez dit : deux poids, deux mesures ?

Mali et Rwanda

Le 04 juillet 1994, le général Paul Kagame s’empare de la capitale du Rwanda, Kigali, et dissout toutes les institutions .Cette prise de pouvoir par la force ne fut pas condamnée par la Communauté Internationale mais au contraire le général putschiste fut félicité et encouragé à asseoir sa dictature. Il règne depuis 20 ans sur un peuple martyrisé dont les cris de douleurs n’arrivent point à l’oreille de la Communauté Internationale.

Le 22 mars 2012, le Capitaine Sanogo s’empare de la capitale du Mali, Bamako, dépose le gouvernement légitime et dissout toutes les autres institutions. Aussitôt la Communauté Internationale se met en émoi. La condamnation est unanime. Elle exige le retour sans délais à l’ordre constitutionnel. Mis sous pression, le capitaine Sanogo est obligé de céder le pouvoir quelques mois plus tard. Vous avez dit : deux poids, deux mesures ?

Rwanda et Zimbabwe

Depuis plusieurs années, le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a été mis au ban de la Communauté Internationale. Lui-même et ses proches sont frappés par l’interdiction de voyager et à d’autres sanctions. La même Communauté Internationale avait justifié ces mesures par « l’absence de démocratie » au Zimbabwe. Mais lorsque le président Mugabe céda le gouvernement à un opposant notoire et chouchou de la Communauté internationale, rien n’y fut. On l’accusa alors de ne pas respecter les droits de l’homme mais sans jamais présenter de cas concrets de ces violations. On l’accusa ensuite d’organiser des élections truquées. Mais quand cette Communauté Internationale supervisa elle-même  les élections qui virent son parti gagner haut la main, rien n’y fut : les sanctions ont été maintenues au prétexte qu’il a eu le tort de ne pas perdre

Au Rwanda, le général Paul Kagame ne tolère aucune contestation. Il n’hésite pas à tuer ceux qui osent le critiquer ou ceux qui l’ont fui en allant les assassiner dans leur exil et il s’en vante. Les disparitions sont journellement signalées et des cadavres des personnes ligotées sont régulièrement repêchés dans des lacs et rivières du pays. Son régime a le triste record de détenir le plus grand nombre de prisonniers politiques de la région. Son parti FPR est un parti unique de fait car les autres partis autorisés pour la consommation externe ne sont que ses satellites et souvent créés par lui. Les opposants en exil qui tentent de rentrer pour l’affronter politiquement de l’intérieur sont immédiatement arrêtés et condamnés à de lourdes peines dans des simulacres de procès (cas de Victoire Ingabire et de Déo Mushayidi). Curieusement, aucune condamnation de la Communauté Internationale ne s’est faite entendre. Seuls quelques rapports des organisations de défense des Droits de l’Homme comme Human Right Watch ou Amnesty International sortent de temps en temps en attirant l’attention sur ce cas de dictature pathologique, mais ils sont vite étouffés par les campagnes menées par les ténors de cette Communauté Internationale qui par ailleurs furent à la base de la création du « monstre politique qu’est Paul Kagame ».

Vous avez dit : deux poids, deux mesures ?

Jane Mugeni
29/08/2014