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Rwanda. Les piliers immatériels du régime dictatorial de Paul Kagame

kagame clinctonLe régime du FPR qui règne sur le Rwanda depuis 1994 est issu d’une conquête militaire initiée de l’extérieur et imposé  à la population conquise.  Il n’a donc aucune légitimité sauf celle qu’il voudrait se forger et qui repose sur un fait discutable : « avoir arrêté un génocide ». Ce régime cruel et donc forcément impopulaire, est maintenu à bout de bras par tous les moyens possibles et imaginables (juridiques, militaires, diplomatiques, …), contre toute logique, par les puissances qui l’ont pensé depuis leurs bureaux de Washington, Londres ou Bruxelles, et qui ont tenté l’expérience de l’installer au Rwanda.

L’impunité dont les agresseurs ont joui et dont le régime qui en est issu continue de jouir de la part de ce qui est appelé la « communauté internationale » et le traitement de faveur dont il est l’objet, sont devenus scandaleusement historiques.

Dès le départ, l’agression dont fut victime le peuple rwandais le 01octobre1990 de la part des éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda était une  violation flagrante du droit international. L’Etat de l’Ouganda, membre des Nations Unies, venait bel et bien d’agresser le Rwanda lui aussi membre des Nations Unies en l’attaquant avec ses troupes régulières[1]. Non seulement, le Conseil de Sécurité de l’ONU censé trancher dans une telle situation dans sa mission d’assurer la paix ne voulut pas s’en saisir, et une fois saisi, considéra  le cas comme un « conflit interne ». Pourtant, cette agression foulait aux pieds même les principes de l’ONU en matière de réfugiés tels qu’ils devraient être défendu par le  HCR qui est l’une de ses agences. L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ancêtre de l’actuelle Union Africaine, avait, elle, adopté une Convention  en matière des réfugiés.

La Convention de l’OUA de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique, en son article 3, stipule que : « Un réfugié doit d’abstenir de tous agissements subversifs dirigés contre un état membre de l’OUA ».

L’alinéa 2 du même article 3 impose aux états signataires le devoir «  d’interdire aux réfugiés établis sur leurs territoires respectifs d’attaquer un quelconque état membre de l’OUA… ».

Mais simple coïncidence ou bon choix du moment ? En octobre1990, quand le Rwanda fut agressé par l’Ouganda, qui l’a envahi avec des éléments tutsi de son armée régulière, l’OUA était présidée par …Yoweri Museveni, le président de l’Ouganda. Tandis que le Secrétaire Général de cette organisation était un tanzanien du nom de Salim Ahmed Salim. Ce dernier était non seulement lié par alliance aux éléments tutsi de l’armée ougandaise qui venaient d’envahir le Rwanda mais aussi était un ancien collègue de Museveni à l’Université de Dar Es Salaam et étaient restés amis quand Museveni était encore au maquis et Salim Premier Ministre de Tanzanie. C’est donc avec peine que le Rwanda pouvait faire entendre sa voix au sein de l’OUA car si Salim Ahmed Salim n’omettait pas tout simplement de mettre cette question à l’ordre du jour, Museveni s’employait à convaincre ses pairs que la question était interne au Rwanda.

Après quelques mois de guerre, la victime commença à être présentée comme bourreau. Le gouvernement rwandais d’alors fut mis sous pression jusqu’à reconnaitre l’entité politique issue du Corps Expéditionnaire de l’armée de l’Ouganda comme un interlocuteur politique avec qui il devait discuter des affaires du Rwanda. Les pressions unilatérales furent si énormes que le régime Habyarimana dut  céder pour instaurer le multipartisme en plaine guerre (en fait donner libre cours aux complices des agresseurs d’opérer légalement et au grand jour à l’intérieur) ce qui équivalait à se faire harakiri. Et quand vint le moment des négociations avec les agresseurs, leur interlocuteur qui devait être le « gouvernement rwandais » n’était qu’un conglomérat de personnalités dont beaucoup étaient liées aux envahisseurs et d’autres mues par leurs intérêts égoïstes. Ce conglomérat qualifié de « gouvernement de coalition » ne pouvait non seulement pas présenter une position commune et ferme aux agresseurs,  mais encore dénonçait à ceux-ci, ceux des vrais patriotes et républicains démocrates qui tentaient de s’opposer à la conquête. Ils étaient soit politiquement neutralisés, ou alors simplement physiquement éliminés.

Les négociations dites d’Arusha furent donc biaisées et l’Accord qui  en sortit était léonin. Les assaillants du FPR raflaient presque toute la mise que ce soit politiquement ou militairement. Malgré toutes ces concessions, ces assaillants s’en moquaient comme la suite allait le révéler.

Les générauxMarcel Gatsinzi,  Roméo Dallaire, et Frank Mugambage

Les générauxMarcel Gatsinzi, Roméo Dallaire, et Frank Mugambage

La force de l’ONU dite MINUAR (Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda) sous le commandement du général canadien  Roméo Dallaire et qui était censée aider à « implémenter » cet accord avait en fait une mission secrète à savoir aider les assaillants venus d’Ouganda à infiltrer la capitale rwandaise et à être prêts à s’emparer des positions stratégiques le moment venu pour l’assaut final.  Cet assaut final fut déclenché le 06 avril 1994 par l’attentat terroriste qui coûta la vie au Président Juvénal Habyarimana et à son homologue burundais Cyprien Ntaryamire et leurs suites quand l’avion qui les ramenait à Kigali fut abattu par deux missiles sol-air tirés par un commando de l’APR, le Corps Expéditionnaire de l’armée ougandaise qui avait envahi le Rwanda en 1990. Aussitôt après, ses éléments installés ou infiltrés dans Kigali commencèrent à se livrer aux assassinats ciblés et à occuper certaines positions stratégiques de la capitale avec l’aide de la MINUAR, tandis que d’autres unités de combat étaient envoyées en renfort depuis l’Ouganda. Le territoire  rwandais fut alors conquis systématiquement, colline par colline, jusqu’ à ce que ce Corps Expéditionnaire qui était venu d’Ouganda en octobre 1990 s’en empare entièrement. C’était en juillet 1994.

Mais cette conquête s’est effectuée au prix de milliers de morts. D’une part, le Corps Expéditionnaire venu d’Ouganda rasait sur son passage des collines entières habitées par des Hutu. D’autre part, certains Hutu dans la panique et le chaos généralisé, s’en prenaient  aux Tutsi ayant envoyé leurs enfants en Ouganda grossir les rangs des assaillants ou ayant manifesté des sympathies envers eux.

Paradoxalement, après la conquête du Rwanda par ces éléments tutsi mais de nationalité ougandaise car membres de son armée régulière, la Communauté Internationale (en fait les puissances qui ont pensé et décidé du sort du Rwanda) a mis les victimes de cette conquête sur le dos de la population conquise en l’accusant d’avoir commis « un génocide » ! Pire encore, cette même « Communauté Internationale » semble avoir avalisé la tentative des conquérants de se donner une quelconque légitimité. En effet, les conquérants venus d’Ouganda ne disent pas dans leurs discours officiels qu’ils ont conquis le Rwanda par les armes venant d’Ouganda,  mais ils disent qu’ils seraient venus pour « y arrêter le génocide » !

Face à ce constat, on peut alors se demander pourquoi  en est-on arrivé là. Pourquoi cet aveuglément de certaines puissances jusqu’à ériger le mal en vertu quand il s’agit du Rwanda et persévérer dans l’erreur contre toute logique ?

Dans les capitales des puissances qui décidaient  du sort du monde en 1990, le cas du Rwanda a été pris comme un cobaye de laboratoire avec ce postulat: peut-on faire revenir la minorité au pouvoir dont elle fut chassée 30 ans auparavant ? La réponse des analystes fut : « OUI, à condition  de la soutenir militairement et de ne pas tenir compte des ‘‘dégâts collatéraux’’ » (massacres interethniques qui accompagneraient la conquête et les représailles qui la suivraient). Le feu vert fut donc donné avec ordre de tout faire pour que la minorité soit réinstallée au pouvoir au Rwanda quels que soient les dégâts collatéraux. La mise en exécution de cette décision fut la guerre enclenchée en 1990 et son aboutissement en1994.

Le régime actuel installé au Rwanda en 1994, constitue donc un bébé-éprouvette né dans les labos des puissances occidentales. Celles-ci doivent tout faire pour qu’il ne meurt pas prématurément,  pour qu’il grandisse. Elles continuent de tout faire pour que ce régime artificiel s’affirme. Son échec, serait un échec personnel de ceux qui l’ont conçu. Insupportable tant qu’ils en auront les moyens.

Quelles en sont les piliers immatériels ?

Les médias et les ONG: Les puissances « faiseurs de rois » à travers le monde mais surtout en Afrique savent qu’aucun régime ne peut survivre s’il est la cible des grands médias internationaux et si les ONG sous leurs contrôles l’accusent systématiquement. De même, elles savent que tant qu’un régime même le plus dictatorial, le plus criminel, le plus corrompu d’Afrique, tant qu’il a les médias de son côté qui ne présentent que la belle facette de sa nature et même en exagérant et en même temps que les principaux ONG ne peuvent oser critiquer ou produire des rapports recommandant des sanctions, ce régime ne pourrait être renversé par ses éventuels opposants.

Dans le cas du régime installé au Rwanda en 1994, comment fonctionnent ces piliers (médias et ONG) ?[2]

Les grands médias du monde peuvent être rangés dans trois catégories : ceux qui sont sous le contrôle étatique, ceux qui appartiennent aux  magnats de la presse mondiale  et enfin ceux qui peuvent être qualifiés « d’indépendants ».

génocideLes médias sous contrôle étatique reçoivent tout simplement des consignes indiquant ce qu’ils doivent dire ou ne pas dire concernant tel ou tel pays. En ce qui concerne le Rwanda par exemple ce n’est pas la RTBF ou France 2 qui oseront contredire les thèses officielles du régime Kagame.

Tandis que les médias sous contrôle des lobbies pro-tutsi et qui sont les plus nombreux et les plus puissants, leur ligne éditoriale est imposée en avance par les magnats de la presse à qui ils appartiennent. Ainsi par exemple RTL, France24, CNN,… pour se limiter à l’audiovisuel, ont comme ligne éditoriale, non seulement de ne jamais critiquer le régime du FPR de Kagame mais encore de faire sa promotion à toute occasion qui s’offrirait.

Enfin, les médias dits « indépendants » sont chaque fois approchés par les lobbies pro-tutsi qui leur indiquent comment se comporter face au régime de Kagame moyennant payement. Ils deviennent alors des caisses de résonnance de ces lobbies.

En ce qui concerne les ONG, il faut savoir que celles-ci sont financées par certains états souvent ceux-là même qui ont décidé de tenter l’expérience du FPR au Rwanda. C’est dans cette catégorie qu’il faut classer les agences de l’ONU et ses Commissions aux titres ronflants mais vides de sens : « Commission des Nations Unies aux Droits de l’Homme, de l’Enfant, de la Femme etc… ». Elles ne sont que des instruments des puissances qui les financent et ne dénoncent que ceux qui sont pointés du doigt par ces puissances. Quant aux autres ONG, elles sont financées par les magnats de la finance ou des célébrités politiques et médiatiques qui, souvent ont été mis en contact avec Paul Kagame par l’intermédiaire des mêmes lobbies à la base de la conquête du Rwanda (George Soros, Bill Clinton, Tony Blair…).

Conclusion et recommandations

On ne peut prétendre renverser un tel régime sans d’abord s’attaquer aux piliers qui le soutiennent. Tant que l’opposition ne sera pas à mesure de dénoncer dans les médias les crimes et autres violations des droits de l’homme du régime du FPR de Paul Kagame, et tant que ces médias ne  pourront pas en faire écho dans l’opinion, tout effort pour le renverser ou le faire infléchir sera vain car non justifié devant l’opinion. De même, tant que les Organisations de défense des droits de l’homme ne dénonceront pas les violations que commet le régime du FPR de Paul Kagame et ensuite recommander des sanctions comme elles sont promptes à le faire pour des régimes beaucoup plus démocratiques (Burundi, RDC,…), le régime continuera à agir impunément. Car, contrairement aux apparences, le régime du FPR de Paul Kagamé est très fragile car bâti sur ces deux piliers : le mensonge et la dissimulation. Ce régime ne tiendrait pas quelques mois face à une campagne médiatique de dénonciation publique de ses crimes et violations des droits de l’homme. On a vu comment une seule émission d’un seul média britannique l’a fait trembler sur ces bases. On s’imagine ce qu’il adviendrait si chaque soir toutes les télévisions du monde diffusaient des reportages dénonçant ces crimes. Ensuite, vivant essentiellement des aides extérieures dispensées sans compter et sans condition, le régime ne survivrait pas à des sanctions, même ponctuelles, de certaines puissances. On a vu comment, à la suite de menaces de sanctions pour son soutien au M23, l’atmosphère était à la panique à Kigali, ce qui l’a contraint à le lâcher.

Toute opposition devrait donc se donner pour objectif (même platonique) et s’en donner les moyens,  de tout faire pour que les crimes du régime du FPR de Paul Kagame soient dénoncés dans les médias et que les ONG demandent que des sanctions soient prises contre ce régime. Les formations de l’opposition ont suffisamment de cerveaux qui peuvent étudier comment contourner ou escalader le mur qui protège le régime du FPR de Paul Kagame contre toute critique et toute dénonciation de ces crimes. Les autres moyens de lutte seraient alors alignés dans la foulée mais pas avant, sinon ce serait « mettre la charrue avant les bœufs ».

Emmanuel Neretse


[1] Le Corps expéditionnaire qui a envahi le Rwanda le 01 octobre 1990  était commandé par des officiers de l’armée régulière de ce pays et qui occupaient encore des hauts postes de commandement dans l’armée.

  • Maj Gen Fred Rwigyema : Vice-ministre de la Défense de l’Ouganda;
  • Maj Chris Bunyenyezi : Commandant de Brigade Est en Ouganda ;
  • Maj Peter Bayingana : Chef du Service de Santé de l’armée ougandaise ;
  • Maj Paul Kagame : Directeur Adjoint des Renseignements militaires de l’Ouganda ;
  • Maj Samuel Kanyemera alias Kaka : Commandant de la Police Militaire, Kampala ;
  • Lt Colonel Adam Waswa : Chef des Services Logistiques de l’Armée, Ouganda ;
  • Maj Nduguteye alias Kalisoliso : Commandant de la marine, Ouganda ;
  • Maj Bosco Nyirigira : Commandant 310 Brigade, Soroti, Ouganda ;
  • Capitaine Kayitare : Aide de camp du Maj Gen Rwigyema ;
  • Capitaine Muhire : Officier dans la Garde Présidentielle de Museveni
  • Capitaine Ngoga : Officier dans la Garde Présidentielle de Museveni.

Avec de tels grades et rangs dans l’armée régulière de l’Ouganda, il serait farfelu de devoir faire des recherches sur l’origine de leurs parents pour déterminer s’ils étaient ou non « Ougandais » et donc exonérer l’Etat ougandais d’avoir agressé l’Etat rwandais. C’est pourtant ce à quoi se sont adonnées l’OUA et l’ONU et l’ont réussi.

[2] Les médias engagés pour le régime tutsi du Rwanda. Audio-visuel : France 24 (France), TV5 Monde (France), RFI (France), RTBF (Belgique), RDI (Canada), CNN, (USA), VOA (USA), BBC (GB), DW ((Allemagne). Presse écrite : Libération (France), Le Figaro (France), Jeune Afrique (France), The New York Times (USA) Washington Post (USA), Le Soir (Belgique), La Libre Belgique (Belgique).

Les ONG complices du régime tutsi du Rwanda : FIDH (France), Survie (France), LICRA (France), SOS Racisme (France), Amnesty International (GB), HRW (USA).  Les agences de l’ONU comme : le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme (HCDR), la Cour Pénale Internationale (CPI).

Rwanda. A quoi rime le débauchage politique des opposants radicaux en exil par le régime du FPR?

Albert Rukerantare prenant la parole à Kigali ce 16/12/2016 dans la rencontre du dialogue national

Albert Rukerantare prenant la parole à Kigali ce 16/12/2016 dans la rencontre du dialogue national

Depuis sa prise du pouvoir dans du sang et des larmes car au prix des milliers de morts et des millions d’exilés, le régime du FPR, toujours en quête de quelque légitimité, a adopté une stratégie politique visant à recruter quelques personnalités parmi l’opposition en exil. Il ne se passe pas d’année sans que de Kigali on n’annonce l’arrivée d’un ancien opposant hutu virulent qui vient de faire allégeance à Paul Kagame après avoir maudit publiquement ce qu’il défendait et quelques fois en demandant pardon pour des crimes qui auraient été commis par ses proches. Le rituel est immuable. Passé le moment de stupeur et le choc que produit cette nouvelle dans les milieux de l’opposition, la routine s’installe jusqu’à l’annonce d’une prochaine prise du régime du FPR. Ce phénomène est non seulement inquiétant mais aussi destructeur qu’il ne doit pas être laissé dans la routine de la vie politique.

Cet article se propose d’analyser en peu de mots ce phénomène afin que chaque fois il soit évalué à sa juste valeur et que les éventuels cibles puissent se décider en connaissance de cause.

Les personnalités- cibles sont des personnes jouissant d’une certaine notoriété dans les milieux des exilés soit par leurs actions passées, soient par leurs activités comme réfugiés soit alors les deux. Elles sont pour la plupart liées directement ou indirectement au régime de Juvénal Habyarimana. Elles peuvent à un certain moment être considérées comme vulnérables suite aux problèmes sociaux ou professionnels qu’elles connaissent.

Ce que les personnalités-cibles ne sont pas.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, elles ne sont pas du tout redoutées par le FPR. Bien plus, elles sont considérées comme inutiles pour le FPR que ce soit à l’étranger mais aussi au Rwanda même. Leur chasse est uniquement motivée par la propagande politique.

Buts stratégiques du FPR

Pour sa propagande destinée à la consommation interne, le FPR a besoin de temps en temps de brandir à Kigali le trophée d’un ancien opposant hutu qui vient faire allégeance et à qui on fait dire que le régime est le meilleur du monde. Une façon pour le FPR de dire aux populations sous son joug depuis 1994 que même les leurs qui étaient parvenus à le fuir  n’on plus d’autres choix que de revenir se soumettre. C’est d’un cynisme diabolique. L’autre but est bien évidemment de ridiculiser les formations politiques de l’opposition en exil, en les présentant comme « non sérieuses et sans aucune cohérence dans leur idéologie ». Et en passant, ces opposants sont de plus en plus divisés suite à ces défections.

Les gains ou pertes de chaque partie 

Les personnalités-cibles

Gains financiers : NEANT. On  a vu plus haut que ces personnalités-cibles sont inutiles au FPR. En effet, elles ne peuvent rien réaliser au profit du FPR que ces propres agents ne peuvent réaliser. Que ce soit dans les milieux des exilés hutu et encore moins au Rwanda. Ses services assurent depuis toujours qu’ils ont des yeux jusque même dans les organes dirigeants de ces partis d’opposition et d’autres associations, qu’avant chaque réunion le FPR en connaît déjà l’ordre du jour quand il n’a pas été établi par lui…Et alors, dans ces conditions , pourquoi encore payer une personnalité qui, quand elle fait publiquement allégeance à Kagame, est ipso facto brûlée chez les opposants ? Le payer pour faire quoi ?

Gains politiques : NEANT. Les personnalités cibles ne gagnent politiquement rien en faisant allégeance au régime. Au contraire elles y perdent énormément car elles n’auront plus aucune crédibilité que ce soit au sein du FPR et encore moins dans les milieux de l’opposition. D’ailleurs s’elles ne se résolvent très vite à aller résider au Rwanda elles seront mises en quarantaine et la vie en exil leur sera difficile. L’allégeance à Paul Kagame et son régime signifie pour elles la mort politique.

Evode Uwizeyimana prenant la parole lors des assises du dialogue national à Kigali le 16-12-2016

Evode Uwizeyimana prenant la parole lors des assises du dialogue national à Kigali le 16-12-2016

Gains sociaux ou professionnels : RELATIFS. Si la personne n’est pas ou n’est plus compétitive sur le marché du travail au Rwanda, même dans le secteur public, elle n’y gagnera rien professionnellement. Elle pourrait certes obtenir un strapontin politique d’apparat mais sans garantie de ne pas être jeté en prison du jour au lendemain et qui ne vaut pas le prix de sa conscience qu’elle aura vendu.

Le régime du FPR

Chaque fois que le FPR parvient à retourner un opposant en exil, il engrange des gains politiques et médiatiques énormes. Il impressionne sa population soumise depuis 1994, il ridiculise les organisations de l’opposition, il sème la zizanie et la méfiance parmi les opposants exilés, bref il gagne sur tous les fronts. Rien d’étonnant donc qu’il consacre des moyens colossaux à cette pêche aux exilés hutu pour faire tomber dans sa nasse une personnalité qui sera présentée comme « un ancien opposant hutu radical et virulent » qui vient de se repentir !

Conclusion

Le phénomène de débauchage des opposants en exil par le FPR n’est pas aussi banal que ça. Les formations politiques de l’opposition devraient l’intégrer dans leur stratégie de résistance. Individuellement, chaque personnalité politique pouvant être ciblée par la chasse du FPR devrait avoir une réponse claire sous la main à opposer à ces sollicitions, réponse qui ne lui met pas en danger mais aussi qui  ne lui fasse perdre tout respect et toute crédibilité  dans sa communauté.

Emmanuel Neretse

 

 

Géopolitique  de l’Afrique des Grands Lacs.  Etapes dans la réalisation du « modèle rwandais » 

modele-rwandais-imageIntroduction

Comme nous l’indiquions dans un article précédent (Echos d’Afrique du 08/08/2016) :

« Nous appelons « modèle rwandais », un régime qui serait installé dans un autre quelconque  pays du monde et qui aurait les caractéristiques du régime installé au Rwanda depuis 1994. ».  

Nous avions alors indiqué les principales caractéristiques du « modèle rwandais  à savoir :

  • Un régime dictatorial d’après les normes généralement reconnues en science  politique ;
  • Un régime qui ne peut être critiqué ni dans la presse ni dans les institutions internationales, mais au contraire qui ravit ses thuriféraires en les rémunérant grassement ;
  • Un régime pour lequel même les institutions internationales sont promptes à mentir ou à falsifier les statistiques quand il faut le défendre. »

Dans l’étude de la Géopolitique dans la région des Grands Lacs en Afrique, il est intéressant de se pencher sur les étapes qui ont abouti à imposer un régime clanique et dictatorial dans un des pays les plus surpeuplés et les plus pauvres du monde, dictature qui risque de passer dans l’Histoire comme le « modèle rwandais » car elle est en passe d’être implantée dans toute la région des Grands Lacs.

Le présent article a pour but de faire découvrir les étapes de la conquête du Rwanda, d’abord pour y essayer un « modèle rwandais », ce qui fut atteint  en 1994,  et par la suite, tenter  d’y instaurer une nouvelle dynastie tutsi qui étendra son influence dans toute la région dans un avenir plus au moins proche.

Etapes

[1]  1986-1988 : Prise de conscience que la reconquête du Rwanda par le armes, par les Tutsi, était désormais possible.

Après près de 27 ans d’exil dans les pays voisins et plusieurs tentatives infructueuses de reconquérir par les armes le pouvoir au Rwanda, les féodo-monarchiques peuvent se consoler. En ce début de 1986, leurs descendants nés ou en ayant grandi en Ouganda viennent de prendre le pouvoir dans ce pays à la faveur d’une rébellion  dirigée par Yoweri Kaguta Museveni, un ougandais de la tribu hima affiliée aux Tutsi, et dans laquelle ils s’étaient engagés en masse. Désormais, quasi maîtres de l’Ouganda dans l’armée dans laquelle ils étaient dominants (vice-ministre de la Défense, chef des  Renseignements militaires, chef des Services logistiques, chef du Service médical, plusieurs commandants des grandes unités…), les ex-réfugiés tutsi rwandais ( car  entretemps  naturalisés ougandais ), même les plus sceptiques, prirent alors conscience que s’ils sont parvenus à conquérir l’Ouganda, s’emparer militairement du modeste Rwanda de leurs ancêtres n’était qu’un jeu d’enfant. Il suffit d’être déterminé et de s’en donner les moyens.

[2]  1988-1990 : Cette période fut mise à profit pour l’élaboration des plans stratégiques en vue de la reconquête. C’est à cette époque que l’organisation dénommée « Rwandese Welfare Foundation » (RRWF), qui se présentait comme culturelle et qui regroupait les réfugiés rwandais en Ouganda, se transforma en une organisation politico-militaire, le Front Patriotique Rwandais (FPR). La lutte armée, comme moyen de conquête du pouvoir au Rwanda, fut adoptée lors du congrès des réfugiés rwandais tenu  à Washington aux USA du 17 au 20 août 1988. Le FPR deviendra ainsi une structure politique accompagnatrice de la conquête militaire et entreprendra des recrutements.

[3]  1990-1992 : Le caractère international de la guerre déclenchée le 01 octobre 1990  étant évident, les Tutsi et leurs souteneurs vont très vite s’atteler à légitimer cette  guerre d’agression.  Fort de la complicité des grandes puissances  occidentales, et constatant la naïveté du régime de Juvénal Habyarimana qui croyait en la bonne foi de ses anciens alliés français et belges alors qu’ils se moquaient de lui, l’Ouganda de Yoweri Museveni s’employa à faire occuper par les éléments tutsi de son armée, une portion du territoire rwandais . Cet objectif fut atteint dès juin 1992. Ainsi, les éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda pouvaient désormais être reconnus  comme une alternative au régime démocratique hutu en place depuis 1961. Ce qui fut vite acquis, ouvrant ainsi la voie aux négociations.

[4]  1992-1993 : Parallèlement à l’occupation d’une portion du territoire rwandais, le FPR occupa aussi le terrain politique en manipulant les opposants internes pour en faire ses alliés objectifs notamment par la signature d’un pacte à Bruxelles en juin 1992 par l’entremise des puissances occidentales.  Ces opposants à Habyarimana se retrouveront  comme des « dindons de la farce »après la conquête militaire du Rwanda par le FPR en 1994 comme nous allons l’indiquer plus loin.

[5]  1994 : L’assaut final pour la prise du pouvoir par les armes au Rwanda par la minorité tutsi fut déclenché le 06 avril 1994. Ce jour-là, un commando du FPR parvint à abattre l’avion dans lequel se trouvait le président Juvénal Habyarimana qui revenait d’un sommet régional tenu en Tanzanie. Il fut tué avec toute sa suite tout comme le président du Burundi Cyprien Ntaryamira qui voyageait avec lui. Le lendemain, Paul Kagame, qui commandait l’armée tutsi du FPR, ordonna une offensive générale sur tout le front  à savoir le long de la frontière avec l’Ouganda, sa base arrière, et dans Kigali où il disposait des milliers de combattants acheminés par la force des Nations Unies « la MINUAR » commandée par un général canadien au nom de Roméo Dallaire, Kagame refusera tout cessez-le-feu et même exigera le départ des troupes des Nations Unies qui ne seront plus appelées qu’après juillet 1994 quand il aura conquis tout le pays. Il va alors prétendre avoir « arrêté un génocide », ce qui constituera par la suite la seule source de légitimité de son pouvoir et de jouir de l’impunité totale pour ses crimes de guerre et contre l’humanité commis au Rwanda-même et dans les pays voisins.

[6]  1994-1995 : Début des désillusions des « dindons de la farce »

Les Hutu, qui ont aveuglément accompagné les Tutsi venus d’Ouganda dans leur conquête mais  sont, aujourd’hui, soit morts assassinés par leurs anciens alliés tutsi ou se retrouvent en exil ou en prison ou bien alors ils rasent les murs au Rwanda comme « Hutu de service » car considérés comme des « génocidaires » de père en fils. En effet, ils étaient nombreux à avoir œuvré à ce que le FPR gagne du terrain tant politique que militaire, à avoir même trahi les institutions du pays au profit d’un ennemi qui l’attaquait de l’extérieur et à avoir démoralisé les forces armées qui, pourtant les défendaient ainsi que leurs biens. Tout cela dans l’espoir d’être associé au régime qui allait remplacer celui de Habyarimana. Cette catégorie était si confiante et fière de son jeu politique qu’elle était adoubée par la Communauté internationale à travers la presse des mêmes puissances qui avaient décidé d’offrir le Rwanda aux Tutsi et qualifiaient ces opposants de  « Hutu modérés », d’opposants « démocrates ». Ils étaient encouragés, par divers moyens, à accompagner (les yeux fermés) les conquérants tutsi qui, eux,  avaient leur  agenda caché.

Effectivement après la conquête en juillet 1994, ces « Hutu modérés » seront associés à un soi-disant « Gouvernement d’Union Nationale » et occupèrent même des postes apparents au plus haut niveau (président de la République, Premier ministre, Vice-Premier ministre, etc.) mais dont les  vrais patrons étaient des Tutsi venus d’Ouganda (Vice-président avec  son propre Cabinet doublant celui qui était  présenté comme effectif). Ces Tutsi  les utilisaient pour se donner le temps de s’adapter à leur nouveau pays conquis et surtout pour la consommation externe pour faire prévaloir que ces Hutu avaient été récompensés pour leur appui à la conquête.

Une année après leur aventure, les « Hutu modérés » commencèrent à se rendre à l’évidence qu’ils s’étaient trompés mais il était trop tard  pour eux mêmes et malheureusement pour tout le peuple. Ils furent alors éliminés un à un. Ceux qui n’étaient pas assassinés étaient jetés en prison ou trouvaient la mort dans des conditions mystérieuses.  Les rares plus chanceux parvinrent à s’exiler et depuis plus de 20 ans, ils broient du noir.


 

A LIRE AUSSI : Autopsie du « modèle rwandais » que les superpuissances entendent étendre à toute l’Afrique


 

A l’époque (1991-1994), ces Hutu étaient très courtisés et médiatisés par la presse occidentale qui les présentait comme « des vrais patriotes, le salut du Rwanda après Habyarimana, les garants de l’unité et de la sécurité des Rwandais  etc… ». Hélas, aujourd’hui, la même presse ne parle plus de ces politiciens hutu dits « modérés » des années 1991-1994 et quand elle en parle, c’est pour évoquer leur naïveté et pour vanter l’habileté politique des Tutsi qui les ont utilisés. En effet, qui entend encore parler des personnalités comme Pasteur Bizimungu, Seth Sendashonga, , Dismas Nsengiyaremye, Théoneste Lizinde ou encore Anastase Gasana ?

[7]  1995-1998 : Le FPR commence à honorer sa part du contrat avec les superpuissances. En effet, la soldatesque tutsi de Kagame est mise en avant pour  conquérir le Zaïre pour le compte des Superpuissances occidentales qui, désormais, dominent le monde. Ce sera l’occasion de jauger le degré de l’impunité dont jouira désormais le régime tutsi au Rwanda et dans la région: les massacres dont furent victimes les réfugiés hutu en RDC, que d’aucuns qualifieront de « génocide » seront tout simplement occultés et même les quelques rapports qui en parlent seront aussitôt mis sous le boisseau.

[8]  1996-2000 : Toujours pour honorer sa part du contrat, le FPR contribue à rendre l’Est de la RDC un territoire qui échappe au pouvoir central à défaut de faire sécession mais exploité par les multinationales. Désormais, depuis 1996, le Rwanda est devenu le principal pays de la région exportateur de minerais jadis introuvables sur son territoire comme le coltan, l’or, le diamant,…

[9]  2000-2003 : Paul Kagame est jugé assez mûr et assez sûr pour apparaître au grand jour comme le « délégué », le « bras armé »  des superpuissances dans la région. Il est appelé alors  à mettre fin à la longue période dite de transition instaurée au Rwanda depuis sa conquête militaire du Rwanda en 1994 et d’organiser un semblant d’élections pour légitimer sa prise du pouvoir par les urnes.

[10]  2003-2010 : Consolidation du « modèle rwandais »tant sur le plan interne que régional. Désormais présenté comme un président élu à presque 100% des voix par les Rwandais, Kagame va être présenté comme un modèle en Afrique  et ce modèle est mis à l’essai pour son imposition dans les Etats voisins. Une fausse image d’un Rwanda en plein « boom économique » grâce à un « homme providentiel » qu’est Paul Kagame est véhiculée par les plus grands médias du monde qui n’hésitent même pas à manipuler les statistiques ou à occulter les rapports les plus réalistes.

[11]  2010-2017 : Préparation de l’opinion à la fondation d’une nouvelle dynastie « tutsi-ega ». Kagame étant un tutsi du clan « bega », son clan fonderait une nouvelle dynastie qui remplacerait celle de « tutsi-nyiginya » qui a régné sur le Rwanda jusqu’en 1959.  Les Rwandais sont amenés à crier haut et fort que personne d’autre n’est capable de régner sur le Rwanda sauf Paul Kagame ou celui qu’il désignerait. Des millions de pétitions sont signées parfois par des analphabètes, et acheminées au Parlement avec une forte médiatisation internationale   pour prouver que les Rwandais souhaitent que Kagame soit leur « président à vie ». Il s’en suivra un amendement de la Constitution, suivi d’un référendum pour l’adopter et tout fut joué avant fin 2016.

Pour la suite, après 2017, mais en tout cas avant 2034, Kagame se proclamera « roi du Rwanda » sous le nom de règne de Kagame Ier  ou alors il aura déjà installé son fils Ivan Cyomoro au trône. Il en a eu le feu vert de la part de ses créateurs.

Ce rapide passage en revue des étapes de la conquête du pouvoir au Rwanda par un groupe de Tutsi venus d’Ouganda montre que tout est piloté de l’extérieur. Autrement dit, que le peuple rwandais subit les événements conçus et pilotés par les puissances étrangères, ayant comme bras armé Paul Kagame et sa clique.

Perspectives d’avenir

2017 : L’année marquera de toute évidence le début du règne de Kagame Ier, dont le royaume devrait englober à terme l’actuel Rwanda, le Burundi,  les deux Kivu, l’Ouest de la Tanzanie et l’Ouest si pas l’entièreté de l’Ouganda. Cela pourrait prendre du temps pour faire prendre forme à ce royaume ou cet empire. Mais les Tutsi et leurs commanditaires sont connus pour être très patients. Il suffira de semer le chaos partout autour du Rwanda de Paul Kagamé (Burundi, Est de la RDC, Tanzanie et pourquoi pas en Ouganda), ce qui rendrait aux yeux du monde ce royaume moyenâgeux de Paul Kagame   comme le seul « havre de paix et de postérité » dans la région mais surtout ferait occulter le contentieux causé par la conquête et le servage de la majorité du peuple rwandais ( Hutu, Twa  et Tutsi de l’intérieur) par une bande de Tutsi armés venus d’Ouganda en 1994. Un peu comme ce que l’on observe ailleurs. Depuis le démembrement de l’Irak, le chaos provoqué en Libye, la disparition de l’Etat au Yemen, la campagne en cours visant la disparition de la Syrie en tant qu’Etat…il ne reste au Moyen Orient qu’un seul Etat sans problème car stable, organisé et prospère : c’est l’Etat d’Israël. Qui ose encore parler, dans les instances internationales, du conflit israélo-palestinien ? Qui peut encore oser proposer une solution définitive à ce conflit ? Personne, car ce n’est plus prioritaire ni d’actualité compte tenu de la situation dans la région. C’est ce rôle que l’on veut  faire jouer le Rwanda de Paul Kagame dans la région des Grands Lacs.

Le peuple rwandais, mais aussi les autres peuples de la région des Grands Lacs, devraient se préparer à affronter ce que les maîtres du monde leur préparent avec Paul Kagame comme bras armé dans un avenir proche et tirer des leçons du chaos et de la désolation semés au Moyen Orient et au Maghreb qui profitent aux mêmes maîtres du monde parrains de Paul Kagame  et à leurs supplétifs locaux au mépris des peuples concernés.

Emmanuel Neretse
22/09/2016

Le professeur belge Filip Reyntjens dans le collimateur du régime de Paul Kagame

BIZIMANA_Jean_Damascene/photo http://www.parliament.gov.rw/

BIZIMANA Jean Damascene/photo http://www.parliament.gov.rw/

Dans un article d’une rare violence publié sur le site pro-FPR « Igihe.com » version française daté du 17/11/2014, le sénateur Jean Damascène Bizimana, un prêtre catholique  franco-rwandais défroqué, s’en prend à Filip Reyntjens , le professeur belge unanimement  reconnu comme un grand spécialiste du Rwanda. La virulence des propos doublée de la nullité de l’argumentation de cette sortie médiatique pourrait inciter à ne lui réserver qu’un poli mépris si son auteur ne se trouvait pas être un des éminences grises du régime du FPR. En effet, le sénateur Jean Damascène Bizimana est perçu comme un doublon francophone du gourou du FPR et son collègue sénateur Tito Rutaremara qui veille au gré sur la ligne idéologique du parti totalitaire du FPR et qui promeut et démet les cadres de ce parti. Un individu ou une organisation au Rwanda comme à l’étranger qui est pointé du doigt par le tandem Rutaremara-Bizimana peut s’attendre à disparaître si pas « physiquement » mais tout au moins médiatiquement ou professionnellement. C’est pourquoi l’acerbe billet du sénateur Bizimana contre le professeur Reyntjens ne doit pas passer inaperçu car il entre visiblement dans la stratégie d’une campagne lancée contre cet universitaire et dont les conséquences sont prévisibles.

Accusations fantaisistes ou graves mais sans fondements

Dans un article intitulé Filip REYNTJENS : Idéologue et activiste du négationnisme du génocide des Tutsi, le sénateur Bizimana accuse Filip Reyntjens d’avoir rédigé « Une Constitution discriminatoire », celle de 1978. Ici notre parlementaire confond les époques, car contrairement au président actuel qui a institutionnalisé un échelon du pouvoir nommé « Presidentiel Advisers Comittee » dans lequel siègent des personnalités étrangères comme Tony Blair, Rick Warren et autres… et donc qui peuvent lui rédiger une Constitution s’il le leur demande, Filip Reyntjens n’a jamais été « Conseiller » du président Habyarimana par le simple fait que cet organe n’existait pas. Comme partout dans le monde, Filip Reyntjens en tant qu’universitaire et spécialiste du Droit, pouvait être approché par les autorités politiques pour qu’il donne ses avis juridiques sur le texte à soumettre au référendum populaire. De là à en conclure qu’il fut rédacteur de cette constitution, c’est faire montre de mauvaise foi. Quant au fond, sur certaines dispositions de cette Constitution de 1978, notamment l’article qui consacre le parti unique, si le sénateur Bizimana  voulait faire un petit effort de rétrospection, il se rendrait compte qu’à cette époque, le parti unique dans les pays africains était plutôt un « must » qu’un scandale comme il veut le faire croire aux plus jeunes. Qu’il nous cite des pays qui à l’époque ne vivaient pas sous un régime de parti unique, avant de décréter que la Constitution de 1978 était la pire du monde.

Hostilité systématique au FPR et à Paul Kagame

Le sénateur base cette accusation sur le fait que Filip Reyntjens aurait soutenu les mandats d’arrêts lancés par un juge espagnol contre 40 personnalités proches de Paul Kagame. Par ailleurs, dans des sociétés démocratiques comme en France où a pourtant vécu JD Bizimana, le fait d’être hostile à un parti au pouvoir ou à un chef d’Etat n’est pas considéré comme un crime, comme il veut le faire comprendre. Le juge espagnol n’a pas besoin du soutien de Filip Reyntjens tout comme celui-ci ne doit pas d’abord être hostile au FPR ou à Paul Kagame pour demander que justice soit rendue. Sans être son porte-parole, nous croyons que c’est par principe qu’il soutient cette démarche.

Disqualification systématique des preuves établissant la responsabilité des extrémistes hutu dans l’attentat du 6 avril 1994.

Le professeur Reyntjens est accusé par le sénateur Bizimana de disqualifier systématiquement les preuves qui établissent la responsabilité des extrémistes hutu dans l’assassinat du président Habyarimana. Comme preuve ultime, le brillant sénateur revient à la fameuse expertise « acoustique » qui, après une simulation effectuée dans le centre de la France en 2011, a « découvert » que les missiles étaient partis du domaine militaire de Kanombe. Désormais, cette supercherie est présentée comme « des preuves scientifiques » démontrant la responsabilité des extrémistes hutu dans cet attentat par les avocats de Paul Kagame relayés par les grands médias du monde. La propagande du FPR n’a même pas pris soin de souligner que la fausse expertise s’était gardée d’être si catégorique mais avait plutôt indiqué que ce lieu était parmi les six autres probables, dont la colline de Masaka. Au contraire, dans la propagande, le domaine militaire devenait « le camp Militaire » et plus en détails il devenait «  le camp de la Garde Présidentielle ». A côté des centaines de témoignages qui se sont accumulés depuis 1998, la traçabilité des missiles, les aveux  des auteurs de l’attentat, des rapports des services secrets des puissances impliquées… qui tous établissent la responsabilité de Paul Kagame et de son armée dans cet attentat terroriste qui fut l’élément déclencheur du génocide. Comment Filip Reyntjens peut-il être accusé de disqualifier des preuves qui n’en sont pas unes ?

Négation de la planification du génocide des tutsi.

Le sénateur Bizimana lance cette grave accusation en se basant sur le fait que Filip Reyntjens, lors de son témoignage devant le TPIR en tant que témoin-expert dans divers procès, n’a pas martelé que le génocide avait été planifié comme l’enseigne le régime à sa population. Mais pour affirmer une telle chose devant une Cour et sous serment, il faut en avoir des preuves convaincantes. Le TPIR lui-même, après 20 ans de travaux et de recherches assidues, va jeter l’éponge sans avoir pu établir les preuves de cette planification. Pourtant,  le sénateur Bizimana met cet échec sur le dos du professeur Reyntjens.

Négation du caractère criminel de « l’Akazu »

Autre accusation injuste et saugrenue du sénateur Bizimana contre Filip Reyntjens : celui-ci devrait, lors de ses témoignages devant le TPIR comme témoin-expert, faire admettre que l ‘ « Akazu », ce mythe jamais défini, était une organisation criminelle, ce qui n’a pas été établi au grand dam du régime du FPR qui comptait s’y référer pour diaboliser quiconque serait étiqueté comme membre de « l’Akazu ».  Mais on voit mal comment le belge Filip Reyntjens pouvait établir l’existence et le caractère criminel d’une organisation dite « Akazu » dont les inventeurs du terme même ont défilé devant le TPIR pour expliquer comment et pourquoi ils avaient inventé et médiatisé ce terme. Le sénateur Bizimana se montre nostalgique du beau vieux temps quand au plus fort de la guerre et en pleine effervescence du multipartisme, Filip Reyntjens avait aidé à faire endosser les « escadrons de la mort » au régime de Habyarimana qui était en sursis.  Son grand péché est visiblement, aux yeux du FPR, d’avoir ouvert les yeux pour percevoir la vraie nature du FPR.

En guise de conclusion

La sortie du sénateur JD Bizimana contre le professeur Reyntjens n‘est pas anodine. Elle survient au moment où un documentaire de la BBC est devenu un vrai cauchemar pour le régime du FPR. Curieusement l’un des intervenants les plus convaincants dans ce documentaire se trouve être le professeur Reyntjens. Le régime Kagame voudrait-il le faire taire (au sens propre comme au figuré) ou simplement faire fondre sa crédibilité dans les milieux universitaires ou de la presse quand il parlerait encore du Rwanda ? La machine infernale pour broyer le Prof Reyntjens est déjà en marche sur l’on en croit les nouvelles provenant de Kigali. Comme le rapporte le journal Izuba rirashe, un ougandais sorti de nulle part est venu ce 20 novembre 2014 déposer devant la Commission Ngoga chargée d’analyser le documentaire de la BBC. Celui qui se présente comme le Dr Frederick Golooba Mutebi n’hésite pas à affirmer que le documentaire de la BBC a été conçu et financé par le professeur belge Filip Reyntjens !

Visiblement, le régime du FPR voudrait faire d’une pierre deux coups : endiguer le « tsumani » soulevé par le documentaire et discréditer une fois pour toutes certaines personnalités critiques au régime.

A Bon Entendeur Salut !

Gaspard Musabyimana et Emmanuel Neretse
20/11/2014

 

 

Rwanda et Burundi : Quand des chefs rebelles se hissent au sommet de l’Etat !

Noél Twagiramungu_photo RFI

Noél Twagiramungu_photo RFI

Noél Twagiramungu vient de défendre une thèse de doctorat* à la Tufts University (Boston-USA). Elle porte sur les rebelles au pouvoir au Rwanda et au Burundi et sur le processus de l’évolution politique de ces deux pays eu égard aux violences dont ils font face depuis les années 1990.

Le Rwanda et le Burundi sont souvent considérés comme des pays jumeaux. Ils présentent des similitudes dans bon nombre de domaines : patrimoines historique et linguistique proches, normes et pratiques culturelles presque identiques, même structures sociales et politiques. De plus, ce sont deux pays enclavés, pauvres en ressources naturelles, et dépendant de l’aide internationale. Ces minuscules territoires sont tous deux des anciennes colonies belges. Ils ont acquis leur indépendance le même jour, le 01/07/1962. Depuis lors, leur évolution a été marquée par des violences qui sont, à y voir de très près, comparables : ils opposent Hutu et Tutsi, à travers des élites issues de ces deux ethnies.

Au Rwanda, le « Front patriotique rwandais » (FPR), dominé par les Tutsis, a renversé et contraint à l’exil un régime hutu vieux de trois décennies et a mis en place un système centré sur un Etat fort. Au Burundi, le « Conseil national des Forces de défense de la démocratie » (CNDD-FDD), dominé par les Hutu, a accédé au pouvoir après avoir forcé une armée et un pouvoir contrôlés par des Tutsi depuis trois décennies, à négocier un partage de pouvoir.

Dévastés par la guerre civile et la violence génocidaire, les deux pays ont beaucoup bénéficié du « nouvel agenda post-conflit » par les bailleurs de fonds internationaux. Cependant, tandis que le Burundi est resté un pays obscur au niveau international, le Rwanda a progressé pour devenir non seulement un « chouchou des bailleurs de fonds », mais aussi ce petit pays a acquis une grande voix et une visibilité remarquable sur la scène internationale. Le Rwanda est passé du génocide à une dictature centrée sur un homme fort, Paul Kagame tandis que le Burundi est passé de la guerre civile, à un modèle de partage du pouvoir consociatif, fragile avec un gouvernement divisé et ayant peu d’influence au-delà de ses frontières nationales.

Pour nombre d’observateurs, l’arrivée au pouvoir par une victoire militaire suffit pour  expliquer le monopole du pouvoir par le FPR au Rwanda tout comme le règlement négocié du conflit au Burundi peut expliquer la nature du pouvoir éclaté entre le CNDD-FDD et les autres forces politiques.

D’autres supposent que le leadership exceptionnel du FPR, incarné par son chef militaire, Paul Kagame, pourrait faire toute la différence. La logique dominante est que la différence dans les capacités de leadership offre une explication quant à la raison pour laquelle le FPR est resté un mouvement unifié alors que le CNDD-FDD a été confronté à des divisions internes. Ce point de vue semble tout aussi approprié pour expliquer pourquoi le FPR s’est avéré beaucoup plus efficace que son homologue burundais à mobiliser un appui externe, à obtenir une victoire militaire et finalement la monopolisation du pouvoir.

Twagiramungu note que nombre de chercheurs attachent une importance exagérée a la personne de Paul Kagame : un exceptionnel « leader africain » pour les uns, un « maître de la manipulation » extrêmement habile à des « opérations cosmétiques pour la consommation internationale » pour les autres. Il souligne qu’une telle vue particularisante s’avère moins convaincante cependant quand il s’agit d’expliquer pourquoi  « le caractère non démocratique de transition au Rwanda » a prévalu sous Kagame autant qu’il l’avait été sous ses prédécesseurs, notamment Kayibanda (1962-1973) et Habyarimana (1973-1974). De même, si on le compare à son homologue burundais, Pierre Nkurunziza, dont le nom est à peine connu au-delà des frontières nationales, le charisme et les exploits personnels de Kagame semblent assez pour justifier sa visibilité exceptionnelle sur la scène internationale. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi la plupart des prédécesseurs de Kagame, du Roi Mutara Rudahigwa à Kayibanda et Habyarimana ont été vus par les puissances occidentales comme « la perle de grand prix », à un moment où leurs homologues burundais du très charismatique le Prince Rwagasore à Buyoya en passant par Micombero et Bagaza ont été généralement traités avec suspicion, sinon mépris.

Toutes ces différentes considérations poussent Noél Twagiramungu à un tas de questionnements qui fondent le gros de son travail de doctorat. Ainsi, il soutient entre autres que les évolutions divergentes entre les deux pays ne sont pas simplement le résultat de facteurs singuliers tels que la guerre, le génocide, les influences extérieures ou les hommes aux commandes. Ces différences ne peuvent être mieux comprises qu’en plongeant dans l’histoire politique ancienne de ces deux pays.

L’auteur relève que l’un des monarques fondateurs du Rwanda, Ruganzu Ndori, est arrivé au pouvoir par la force dans une période de crise extrême. Il a mis sur pied deux outils politiques innovantes – une armée forte et un système de clientèle connu sous le nom d’ « ubuhake » – qui a permis à la cour royale de contrôler un territoire en pleine expansion. Par contre, le fondateur du Burundi, Ntare Rushatsi, s’est fait connaître en étendant progressivement son influence sur des réseaux complexes de détenteurs du pouvoir; les structures royales qui en ont résulté ont été basées sur une délicate toile de relations entre plusieurs princes semi-autonomes. Avec les successeurs de Ruganzu, le pouvoir a été consolidé faisant du Rwanda un royaume fortement militarisé et assez centralisé. En revanche, le Burundi a conservé ses caractéristiques d’une confédération entre les autorités régionales.

Le doctorant s’est livré à une analyse comparative en décortiquant les logiques et dynamiques de variation dans les trajectoires du FPR et du CNDD-FDD avec un accent particulier sur les négociations de paix d’Arusha pour les deux mouvements rebelles ainsi que sur leurs modèles de justice post-conflit et d’intégration militaire.

En bon universitaire, Noél Twagiramungu théorise, par des modèles éprouvés en sciences sociales, la variation dans les systèmes de “gouvernance rebelle” au Rwanda et au Burundi comme un reflet des trajectoires de longue durée–au sens Braudelien– qui limitent les choix individuels des acteurs politiques tout en s’adaptant aux changements conjoncturels et autres aléas de l’histoire. L’auteur conclut que seule une connaissance approfondie des cultures politiques telles que l’obsession centralisante au Rwanda et la fragmentation du pouvoir au Burundi peut permettre d’amorcer des changements profonds axés sur les ressorts culturels et les apports de la modernité.

Gaspard Musabyimana
17/06/2014


*TWO REBEL ROADS TO POWER. Explaining Variation in the Transition from Genocidal Violence to Rebel Governance in Contemporary Rwanda and Burundi, Faculty of The Fletcher School of Law and Diplomacy, Tufts University, April 2014.

 

Rwanda. Pourquoi le général Dallaire est condamné à mentir ?

Le général Roméo Dallaire_photo wikipedia.com

Le général Roméo Dallaire_photo wikipedia.com

Vingt ans après la conquête du Rwanda par la rébellion du Front Patriotique Rwandais, les puissances et les lobbies qui l’ont soutenue et qui ont favorisé sa victoire  traînent un événement comme une épine dans le pied : l’attentat terroriste du 6 avril 1994 ayant coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira ainsi que leurs suites et trois officiers français membres de l’équipage.

A défaut d’occulter cet événement considéré comme élément déclencheur du génocide, les parrains du dictateur Paul Kagame, commanditaire de cet attentat, tentent désespérément, depuis des années, à mette ce crime sur le dos des boucs émissaires bien désignés : « les extrémistes hutu ». En effet s’il était admis que l’avion fut abattu par cette nébuleuse aux contours flous, celle-ci ne pourrait  pas se défendre tout comme il ne serait pas nécessaire de mettre le doigt sur les supposés exécutants en son sein, ce qui arrangerait tout le monde.

C’est dans ce cadre qu’il faut placer la dernière sortie du général canadien Roméo Dallaire dans le huffingtonpost.ca de ce 23 mai 2014.

Le général Dallaire récidive

L’officier canadien commandait la force de l’ONU déployée au Rwanda en 1993 -1994 (MINUAR). Il a failli à sa mission car il a été partial en prenant fait et cause pour l’un des belligérants, trahissant ainsi son devoir de neutralité, tout cela pour favoriser la prise du pouvoir par le FPR de Paul Kagame.

L’action nocive du Général Dallaire au Rwanda est titanesque. Le 22 juin 1993, le Conseil de sécurité de l’ONU votait la résolution 846 instituant la Force des Nations-Unies pour le contrôle de la frontière rwando-ougandaise (MONUOR). Celle-ci était chargée de veiller à ce que le FPR n’utilise l’Ouganda comme base arrière, pour ses approvisionnements en ressources matérielles et humaines. Cette force, commandée par le Général canadien Roméo Dallaire, ferma les yeux et la frontière rwando-ougandaise fut une passoire des approvisionnements du FPR dans son attaque contre le Rwanda. Roger Booh Booh, patron du Général Roméo Dallaire au Rwanda, est affirmatif à ce sujet. Dans une interview accordée au journal belge « Le Soir » du 15 avril 2004, il déclare que l’Ouganda a continué à acheminer au Rwanda des armes destinées au FPR malgré la présence de la MONUOR à la frontière.

Dallaire sera muté à Kigali à la tête de la Force des Nations-Unies pour le Rwanda, la MINUAR. Là, il va carrément prendre partie pour le FPR. Ainsi comme le dit encore Roger Booh Booh, Dallaire a été vu plusieurs fois avec des militaires du FPR dans la salle d’état-major de la MINUAR, à l’hôtel Méridien de Kigali, en train de leur monter des cartes avec les positions des forces Armées rwandaises (FAR). Dans son livre, « Shake hands with the devil » [2004 :121], Dallaire ne cache pas qu’il fournissait des renseignements militaires sur l’armée rwandaise au chef militaire du FPR, Paul Kagame.

Un autre témoignage montrant le penchant du général Dallaire pour le FPR nous vient de Vénuste Nshimiyimana, attaché de presse de la MINUAR en 1994. Dans son livre, « Prélude du génocide rwandais » [1995 : 67], il révèle que les Nations unies ayant envisagé de muter le général Dallaire du Rwanda, en janvier 1994, celui-ci a déclaré qu’il allait demander à son successeur d’aider les jeunes combattants du FPR, si gentils, si disciplinés. Robin Philpot a raison quand il écrit dans son livre « Rwanda, crimes, mensonges et étouffement de la vérité » [2007] que Dallaire avait « une mission dans la mission ». Pour cet analyste politique, la mission officielle du général Dallaire consistait au maintien de la paix en mettant en application les accords d’Arusha. Quant à sa mission non déclarée, lui confiée par les puissances anglo-saxonnes pour des intérêts géostratégiques, elle consistait à faciliter la prise du pouvoir par le FPR. Ce que Dallaire a fait avec succès. L’ONU ira même jusqu’à retirer ses Casques bleus pour ne pas gêner l’offensive finale du FPR pour la conquête du pouvoir au Rwanda.

Vingt ans après son “exploit”, Dallaire est obligé de recourir aux mensonges pour dédouaner son ami Paul Kagame de l’attentat terroriste du 6 avril 1994 qui fut l’élément déclencheur du génocide. Mais il le fait si maladroitement que tout ce qu’il raconte à propos du Rwanda perd toute crédibilité.

Le général Dallaire, dans l’article cité, a déclaré allègrement que l’avion du président Habyarimana avait été abattu par les extrémistes hutu. Pour preuve, il parle du lieu d’où les missiles furent tirés qui selon lui était trop gardé par la Garde pr

Critiques au livre d’Enoch Ruhigira

Enoch Rugira, La fin tragique d'un régime. Vol. I : Le legs démocratique gaspillé, Editions La Pagaie, mai 2011

Enoch Ruhigira est le dernier directeur de cabinet de feu-président Habyarimana.  Edouard Karemera, qui a occupé le même poste que l’auteur les années antérieures, nuance et complète certains évènements évoqués dans le  livre.

Lire tout le texte : KAREMERA Edouard sur livre Enoch RUHIGIRA.

Echos d’Afrique

1. Le récit sur le départ de la primature du Docteur Dismas Nsengiyaremye et son  remplacement par Agathe Uwilingiyimana[1]

Comme correctement rapporté à la 144, le ministre des affaires étrangères, Boniface Ngulinzira, a reçu mandat du premier ministre Nsengiyaremye de négocier et faire accepter sa candidature au poste de premier du Gouvernement de Transition à Base Elargie (GTBE) et de faire figurer son nom dans un des protocoles. Pour réussir cette mission impossible, Ngulinzira avait reçu carte blanche de Nsengiyaremye pour répondre positivement à toutes les exigences des négociateurs du FPR. Après avoir fait les concessions les plus extrêmes, Boniface Ngulinzira et Dismas Nsengiyaremye constatèrent, à leur désagréable surprise, que le chef de la délégation du FPR les avait roulés dans la farine, en tenant Faustin Twagiramungu au courant de toutes les tractations en cours et, une fois ses exigences satisfaites, en lui demandant de se débrouiller pour les faire avorter.

Pour faciliter la compréhension des enjeux, il faut rappeler à ce niveau que Faustin Twagiramungu, à l’époque président du MDR, était en compétition avec Dismas Nsengiyaremye pour le poste de Premier Ministre du GTBE. Faustin Twagiramungu avait le soutien de Paul Kagame tandis que Nsengiyaremye misait sur le soutien de Kanyarengwe, alors président du FPR. Ceci avait éclaté au grand jour lors des rencontres de Bujumbura, du 25/02/1993 au 02/03/1993, et de Dar-es-Salaam, du 05 au 07 mars 1993, faisant suite à l’attaque générale du FPR, le 08 février 1993, stoppée aux portes de la Capitale.

A Bujumbura, Faustin Twagiramungu a négocié avec Alexis Kanyarengwe sous la surveillance • des hommes de Paul Kagame[2]. La semaine suivante, ce fut le tour de Nsengiyaremye de signer avec Kanyarengwe le fameux « Document confidentiel du 07 mars 1993[3] » qui renvoyait du Rwanda, pratiquement sans délais[4], les troupes françaises qui avaient aidé les FAR à stopper la progression du FPR vers Kigali.

Alerté par ses complices du FPR, Twagiramungu avait alors sollicité ses amis ministres du PL et du PSD pour soulever la question à la plus prochaine séance du Conseil des ministres. Acculé, Nsengiyaremye a été obligé d’inscrire la question à l’ordre du jour parmi les divers. Lors du débat, il se retrouva seul à défendre sa candidature, avec l’appui de Gaspard Ruhumuliza probablement mu par solidarité régionale. Agathe Uwilingiyimana brilla par son silence, car elle roulait déjà pour Twagiramungu soutenu par le FPR tandis que les deux autres ministres du MDR, inconditionnels de Nsengiyaremye, étaient en mission à l’étranger.

La question de la candidature au poste de premier ministre du GTBE a continué à empoisonner le travail du gouvernement et à alimenter les dissensions au sein du MDR jusqu’à la fin de la période de trois mois de prolongation de mandat, accordés le 16 avril 1993 au gouvernement du Docteur Nsengiyaremye, pour terminer les négociations avec le FPR10. Entretemps, les partis PSD, PL et MRND avaient adressé au Président Habyarimana, des mémorandums faisant une évaluation très critique de l’action du Docteur Nsengiyaremye à la tête du gouvernement de coalition des cinq partis et signifiant qu’ils s’opposeront fermement à sa reconduction dans les mêmes fonctions à la tête du GTBE[5]. Ce n’est donc pas le Président Habyarimana qui a mis fin aux fonctions de Dismas Nsengiyaremye en tant que premier ministre, comme Ruhigira semble le suggérer[6]. Sans l’évaluation négative de ses anciens alliés des Forces Démocratiques de Changement, le Président Habyarimana et le MRND n’auraient jamais réussi à l’écarter de la Primature.

Il est vrai que Nsengiyaremye a lui-même donné le bâton pour le fouetter. Alors qu’il avait un adversaire coriace au sein de son parti, en la personne de Faustin Twagiramungu, Dismas Nsengiyaremye a fait preuve d’une extraordinaire cécité politique lorsque, le 16 juillet 1993, avec ses amis Donat Murego et Froduald Karamira, il a craqué la porte et quitté les négociations en cours, en lui laissant le champ libre. Sans se gêner le moins du monde, ni consulter le parti, Faustin Twagiramungu a profité de cette désertion de ses collègues pour présenter la candidature d’Agathe Uwilingiyimana en remplacement de Nsengiyaremye dont le mandat à la tête du gouvernement expirait ce même jour à minuit.

Sans l’égoïsme, l’obstination et le manque de vision politique de Dismas Nsengiyaremye, le MDR aurait pu éviter l’impasse en proposant un autre candidat pour le poste de Premier Ministre du GTBE et en maintenant Nsengiyaremye en fonction jusqu’à la fin des négociations. Probablement qu’une décision dans ce sens aurait évité le désastre au pays. Il n’y avait aucun obstacle majeur à décider dans ce sens puisque le MDR comptait dans ses rangs beaucoup d’hommes de valeur et que, comme nous le savons aujourd’hui, ce parti avait même déjà identifié Jean Kambanda comme candidat possible pour occuper ce poste[7].

2. Le récit édulcoré de la rencontre de Dar-es-Salaam et la signature du fameux document confidentiel du 07 mars 1993 négocié secrètement entre Dismas Nsengiyaremye et Alexis Kanyarengwe[8].

Si mes souvenirs sont exacts Enoch Ruhigira et Faustin Munyazesa faisaient partie de la délégation gouvernementale conduite par le Premier Ministre Dismas Nsengiyaremye lors de la rencontre de Dar-es-Salaam du 05 au 07 mars 1993[9]. Deux documents d’inégale importance ont sanctionné la dite rencontre : le Communiqué conjoint et le «Document confidentiel du 07 avril 1993 ». Le communiqué conjoint a été contresigné par le représentant du Facilitateur, le Premier Ministre et Vice-président de la République Unie de Tanzanie John S. Malecela. Il a été diffusé et commenté comme étant le seul document ayant sanctionné la rencontre[10]. Le Document confidentiel était de loin le plus important ; le chef du gouvernement d’un pays en guerre y faisant d’importantes concessions à l’ennemi, en échange d’un hypothétique respect par ce dernier du cessez-le-feu et de sa promesse non moins hypothétique de revenir à la table des négociations. Ce document ne porte pas la signature du représentant du Facilitateur. Or, ce n’était pas la première fois que le FPR violait le cessez-le-feu pour monter les enchères, dans la suite des négociations. Le Facilitateur ne pouvant pas garantir les engagements pris en secret par Alexis Kanyarengwe au nom du FPR, Nsengiyaremye venait de troquer l’assistance militaire française contre du vent.

En réalité l’arrangement secret de Dar-es-Salaam s’inscrivait dans la même logique partisane qui avait prévalu lors de la rencontre de Bujumbura entre une délégation du FPR et les partis de l’opposition intérieure, fermement dénoncée par le MRND qui avait refusé d’y prendre part malgré les fortes pressions de l’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique[11]. En signant un tel document, le premier ministre Nsengiyaremye savait bien qu’il mettait fin à la seule assistance militaire dont les FAR jouissaient, en ce pire moment de la guerre. Il savait que sans cette assistance les FAR n’allaient plus pouvoir contenir, pour longtemps, les troupes du FPR stoppées à Rulindo, aux environs de 30 Km de la Capitale. La stratégie du FPR apparentée au « Fight and Talk» des maoïstes était suffisamment connue[12] pour que le chef du gouvernement rwandais puisse prétendre qu’il était le seul à l’ignorer.

Surpris par cette décision irresponsable, le Président Mitterrand a dépêché son ministre de la Coopération à Kigali, à la tête d’une importante délégation comprenant des militaires de haut rang et des diplomates, avec mission une fois de plus de « pousser le Président Habyarimana et son Premier Ministre à parler d’une même voix face au FPR», mais ce fut en vain comme lors de la précédente mission de février 1993[13]. La façon dont ces deux rencontres et les documents les sanctionnant sont abordés dans le livre ne me semble pas refléter la réalité. Les communiqués du 02 et du 07 mars 1993 montrent dans quelle ambiance les discussions de Bujumbura et de Dar-es-Salaam se sont déroulées. Les préoccupations partisanes et la volonté de mettre en difficulté, voire même de supplanter le Président Habyarimana et son parti, dans les discussions avec l’agresseur venaient nettement avant l’intérêt supérieur du Pays.

Eu égard à la situation difficile que les FAR traversaient à ce moment, la signature du fameux document confidentiel du 07 avril 1993 et le refus de Dismas Nsengiyaremye de considérer les conseils du Ministre français de la Coopération étaient bel et bien des actes de trahison. C’est en leur portée en les justifiant par les rivalités politiques qui opposaient les deux premiers responsables de l’Exécutif rwandais.

Ces actes du Premier Ministre Nsengiyaremye rappellent étrangement le communiqué du 03 juin 1992, annonçant le pacte scellé entre le FPR et les partis MDR, PSD et PL à l’issue de leur rencontre controversée de Bruxelles, du 29/05 au 03/06/1992, et la fameuse déclaration de Faustin Twagiramungu approuvant l’attaque de la ville de Byumba par le FPR, le 05 juin 1992. Unanimement condamnée par le peuple rwandais, cette malheureuse déclaration disqualifie encore aujourd’hui son auteur, aux yeux des ressortissants de Byumba qui ont survécu aux attaques meurtrières du FPR. Pourquoi le peule rwandais serait-il plus indulgent envers l’ancien premier ministre Nsengiyaremye qui a donné au FPR les facilités pour défaire son armée, confisquer le Rwanda après avoir tué ou fait tuer des milliers et des milliers de victimes innocentes et sevrer les Rwandais de la démocratie à peine retrouvée dans le cadre de la constitution du 10 juin 1991? Nsengiyaremye et ses suppôts peuvent-ils contester que ce dernier n’aurait jamais accédé à un si haut niveau de responsabilité, sans cette constitution du 10 juin 1991?

3. Le récit de la cérémonie inachevée de mise en place des Institutions de transition à base élargie, le 05 janvier 1994[14]

Le 05 janvier 1994, peu après 11H00, Juvénal Habyarimana a prêté serment comme Président de la République pour la période de transition. A son assassinat, le 06 avril 1994, il était la seule institution prévue par l’Accord de paix d’Arusha qui était en place. Comme Enoch Ruhigira l’écrit dans son livre, la cérémonie a été marquée par une tension perceptible au niveau des services chargés du Protocole, des services de sécurité et de ceux de la MINUAR. Les officiels du FPR logés dans l’Hôtel Amajyambere contigu à la salle des cérémonies ont effectivement boycotté la séance de prestation de serment du Président. Par contre, contrairement à ce qu’écrit. Ruhigira[15], Agathe Uwilingiyimana et Faustin Twagiramungu étaient tous les deux présents dans la salle et ont suivi, religieusement, le discours injurieux du président de la Cour Constitutionnelle, Joseph Kavaruganda, à l’adresse du Président Habyarimana avant de recevoir son serment. C’est seulement quand Habyarimana a annoncé la suspension de la cérémonie jusqu’à 15H00[16] que les deux ont commencé à s’agiter comme attesté par les photos d’archives[17] et d’autres documents contemporains.

Dans l’après-midi le premier ministre Uwilingiyimana, le premier ministre désigné Faustin Twagiramungu et le président de la Cour Constitutionnelle, Joseph Kavaruganda[18], ont emboité le pas aux officiels du FPR et boycotté les trois volets de la cérémonie reportés à 15H00 : la prestation de serment des députés, l’élection du Bureau du Parlement et la prestation de serment des membres du Gouvernement de transition à base élargie au FPR.

Ces trois rectifications suggérées ne diminuent en rien mon appréciation globale et positive sur tout le livre. A elle seule, la rigueur dont Ruhigira a fait preuve dans la présentation de tant d’événements après tant d’années d’errance force mon respect et m’autorise à recommander, sans réserve, la lecture de ce livre qui éclaire beaucoup d’aspects du régime Habyarimana jusque là inconnus ou mal présentés au grand public. Son témoignage complète utilement et/ou corrige les publications faites à chaud par certains experts et autres spécialistes autoproclamés du conflit rwandais[19].

Edouard Karemera

KAREMERA Edouard sur livre Enoch RUHIGIRA



[1] Enoch Ruhigira , op.cité, pages 145 à 146.

[2] A Bujumbura, certes Kanyarengwe a signé seul le communiqué final du 02 mars 1993, mais il avait été constamment surveillé et encadré par Rutaremara, Mazimpaka et Bizimungu.

[3] Document confidentiel entre le Gouvernement rwandais et le Front Patriotique Rwandais relatif aux modalités de retrait des troupes étrangères. Journal officiel de la République rwandaise N° 16 du 15 aout 1993, page 1447.

[4] Voir le calendrier de retrait et celui de cantonnement, dans le même numéro du Journal officiel, page 1447. 10 Voir le Communiqué de presse des partis MRND, MDR, PSD et PL du 16 juin 1993 et la lettre du 6 juin (sic) 1993 adressée par le premier ministre Nsengiyaremye au Président Habyarimana.

[5] Voir le Mémorandum du 06 juillet 1993, transmis le 08 juillet au président Habyarimana, celui du MRND et celui du parti PSD tous les deux transmis au Président de la République, le 12 juillet 1993.

[6] Enoch Ruhigira , op.cité, page 145

[7] Jean Kambanda lui-même en a longuement parlé dans ses confessions faites aux enquêteurs du bureau du Procureur à Dodoma.

[8] Enoch Ruhigira, op.cité, pages 160, note de bas de page 179 et page 162, note de bas de page 181.

[9] 15De retour de cette mission, comme d’habitude, les deux ministres sont venus informer le Bureau politique du MRND

[10] Lire le dit Communiqué conjoint dans le Journal officiel de la République rwandaise N°16 du 15/08/1993, pages 1441 à 1446

[11] Contacté en sa qualité de président de la Commission politique du MRND, Edouard Karemera avait alors opposé une fin de non recevoir à l’émissaire de l’ambassadeur Robert Flatten.

[12] Lire à ce sujet, le Chapitre IV du récent ouvrage du général français Didier Tauzin « Rwanda. Je demande justice pour la France et ses soldats », Editions Jacob-Duvernet, 2011.

[13] Enoch Ruhigira, op. cité, page 162

[14] Enoch Ruhigira, op. cité, page 188.

[15] Enoch Ruhigira, op. cité, page 188.

[16] Le Président voulait mettre la pause à profit pour essayer avec les deux premiers ministres de résoudre les problèmes posés à la dernière minute par la liste des députés du Parti Libéral et dans l’attribution de certains postes ministériels.

[17] La Télévision rwandaise a filmé toute la cérémonie.

[18] Joseph Kavaruganda a expliqué son absence en exhibant une lettre lui envoyée par Agathe Uwilingiyimana, décommandant la cérémonie.

[19] Il y a lieu de citer, à titre d’exemples, Colette Braeckman, Filip Reyntjens, André Guichaoua, Gérard Prunier, Jean Pierre Chrétien, Alison Des Forges dont les publications ont longtemps été considérées comme des références incontournables,…

Le témoignage du dernier directeur de cabinet du président Habyarimana

"La fin tragique d'un régime", Editions La Pagaie, Orléans-France, ISBN : 978-2-916380-09-4

« Rwanda : La fin tragique d’un régime » est un livre écrit par Enoch Ruhigira, le dernier directeur de Cabinet du président Juvénal Habyarimana. Par son témoignage, Ruhigira bouscule certaines idées reçues et donne des éclairages de première main sur des zones d’ombre nombreuses dans la tragédie rwandaise entre 1990 et 1994.

Serge Desouter, qui a préfacé le livre, relève pertinemment une série de questions auxquelles le livre apporte des réponses : « Que se passait-il derrière les coulisses du régime ? Pourquoi « la Communauté internationale » obligeait-elle un pays acculé à faire face à une armée étrangère et à réaliser sans expérience ni assistance un changement fondamental de ses institutions? Quelles étaient les intentions du régime Habyarimana? Qu’en est-il de l’assassinat de deux présidents élus? Pourquoi un génocide s’est-il abattu sur le pays? ».

Enoch Ruhigira, vu sa place privilégiée auprès du président Habyarimana, fait, au fil du livre, certaines révélations jusque-là restées inédites avec à l’appui, dans certains cas, des notes manuscrites du président.

Le livre montre par exemple que « le Président Habyarimana a toujours déploré le fait que les réfugiés rwandais continuaient de porter le statut de réfugié de père en fils et en même temps, il relevait le problème de la rareté des terres au Rwanda qui limitait leur retour massif. Voilà pourquoi il était un fervent défenseur du soutien aux réfugiés tutsi dans leur pays d’accueil ». Ruhigira ajoute : « J’ai été personnellement témoin d’un cas de soutien du Président aux réfugiés rwandais dans leur pays d’accueil, quand Donald Kaberuka, l’actuel Président de la Banque Africaine de Développement et qui était à l’epoque un citoyen tanzanien, avait présenté sa candidature au poste économiste de l’Organisation Interafricaine du Café (OIAC). Dans ma lettre de demande d’un ordre de mission pour représenter le Rwanda dans cette réunion de l’OIAC, j’avais demandé les instructions sur la candidature que le Rwanda voulait soutenir. Le Ministre à la présidence m’avait alors écrit une lettre m’enjoignant de soutenir la candidature de Donald et d’une façon plus explicite, soulignait que c’était le devoir du gouvernement rwandais d’aider les Rwandais qui le voulaient à s’intégrer et réussir dans leurs pays d’accueil ».

Toujours au sujet de la question des réfugiés qui a été l’une des causes avancées par le Front Patriotique Rwandais (FPR) pour attaquer le Rwanda alors qu’elle était sur le point d’être résolue, Enoch Ruhigira donne ce témoignage : « Seth Sendashonga m’a affirmé en 1997 que le FPR avait choisi d’attaquer en octobre 1990 à cause des démarches du gouvernement rwandais pour trouver une solution au problème des réfugiés tutsi en Ouganda et le début du processus démocratique dans le pays qui allaient lui ôter des arguments pour sa solution militaire ».

La littérature sur le Rwanda verse dans la propagande quand elle affirme sans nuance que la France a soutenu aveuglement le président Habyarimana. Ruhigira dément cette assertion : « La France n’a pas voulu donner assez de moyens militaires pour que le pays puisse avoir un avantage militaire. Elle conditionnait son appui à l’entente entre le PM (Premier Ministre) et le Président – entente qu’il a été difficile de réaliser étant donné la différence dans la lecture et dans l’analyse des enjeux de la guerre, mais aussi à cause des rivalités politiques et des priorités politiques divergentes entre le Président et son PM. Le Président a toujours regretté que la France ne fit pas de distinction entre les enjeux de la guerre et la propagande inhérente à tout processus démocratique surtout dans ses débuts et qu’elle n’assurât pas au pays un appui militaire conséquent et déterminant. En plus, la France a plusieurs fois refusé d’user de son influence politique pour faire pression sur le FPR et l’Ouganda pour qu’ils abandonnent la voie militaire ».

D’autres auteurs comme James Gasana ont effectivement souligné  le fait que la France a en quelque sorte précipité la défaite des Forces Armées Rwandaises en refusant de fournir des des armes (obus des mortiers) qu’elle avait vendues au Rwanda. Le résultat fut que le FPR s’est emparé de Mulindi sans possibilités pour les FAR de l’y déloger , la France ayant adopté le discours d’une certaine opposition intérieure consistant à dire que ces gens étaient des Rwandais et que leur occupation d’une partie du territoire faciliterait les négociations.

Certains chercheurs avisés pensent que l’assassinat de Landouald Ndasingwa et des membres de sa famille peut être l’œuvre du FPR du fait que ce politicien n’était plus d’accord avec la vision de ce mouvement armé. Dans leurs calculs machiavéliques, les hommes du FPR avaient peur que Ndasingwa ne leur dame le pion et se positionne comme le seul leader incontesté des Tutsi de l’intérieur.

Le livre de Ruhigira révèle qu’effectivement, Landouald Ndasingwa en avait marre du FPR, raison pour laquelle il pourrait avoir été probablement dans son collimateur pour ce refus de collaboration. Ruhigira écrit à ce sujet : « Le FPR avait encore une fois magistralement réussi son coup : le Président était accusé d’assassinat, et d’être le responsable du retard dans la mise en place des institutions de transition, et la personnalité qui voulait que les institutions de transition se missent en place sans ingérence du FPR dans la gestion interne des partis éliminée. Probablement que la prochaine victime allait être Landouald Ndasingwa, car lui-même commençait à se lasser des ingérences du FPR dans son parti et à qualifier le FPR d’une bande de gens qui ne comprenaient rien aux sensibilités politiques prévalent dans le pays ni au jeu politique en cours consistant à se positionner pour la transition et dans l’après-transition ».

Pour qui veut essayer d’y voir plus clair dans la tragédie rwandaise entre 1990 et 1994, la lecture du livre l’y aiderait grandement.

Jane Mugeni
EdA Press