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Rwanda : RNC et FDU, un même agenda pour le changement

Nkiko Nsengimana des FDU et Joseph Ngarambe de RCN à Bruxelles le 31-07-2011

Nkiko Nsengimana des FDU et Joseph Ngarambe de RCN à Bruxelles le 31-07-2011

C’est une marée humaine qui a investi la rue Washington au cœur du quartier d’Elsène à Bruxelles. C’est là que s’est tenu le meeting des partis politiques RNC et FDU ce 31/07/2011. L’affluence a été telle que des chaises ont dû être ajoutées dans les allées centrales et latérales ainsi que dans des coins et des recoins de la salle et même dans la mezzanine.

Le parterre des organisateurs sur le podium était lui aussi impressionnant. On pouvait y apercevoir entre autres : Dr Nkiko Nsengimana, Joseph Bukeye, Sixbert Musangamfura, Dr Emmanuel Mwiseneza et Charles Ndereyehe des FDU ; Jonathan Musonera, Joseph Ngarambe et Kazungu; Paul Rusesabagina de RNC. Dans la salle, Karagwa Gérard de PDP-Imanzi, JMV Ndagijima du volet « justice internationale » et Jean Baptiste Ryumugabe de PS-Imberakuru ont été présentés à l’assistance. La technologie moderne a permis également les interventions de Sylvain Sibomana et d’Alice Muhirwa du Comité exécutif provisoire des FDU à Kigali ; le général Kayumba Nyamwasa de RNC à partir d’Afrique du Sud et de Gerald Gahima et Dr Théogène Rudasingwa à partir de Washington.

Ouverte à 14h00, la conférence avait Joseph Bukeye comme modérateur. Il a passé la parole à Théogène Rudasingwa pour introduire les débats. Parlant par le biais de SKYPE, il a entre autres insisté sur la coopération en construction entre son parti et les FDU-Inkingi et a invité les autres forces politiques à adhérer à la plate-forme de collaboration de ces deux partis.

Le président du Comité de coordination des FDU, Nkiko Nsengimana (Suisse), est revenu sur le contenu du rapport Mapping et a souligné que leurs mouvements s’attèlent à demander qu’il ne soit pas enterré consacrant ainsi l’impunité de Paul Kagame et de ses hommes. Il a été sceptique sur le développement économique tant vanté au Rwanda car les gens sont en train de mourir de faim. Il a fustigé le HCR qui veut céder aux demandes de Kigali de mettre en exécution la clause de cessation de la qualité de réfugiés pour les rwandais. Le pays est plus que jamais instable et l’insécurité des personnes et des biens règnent en maître. Dans ces conditions, il est inconcevable, a-t-il martelé, que l’on veuille priver les réfugiés de leurs droits.

Quant à Jonathan Musonera, il a rendu un hommage appuyé à Victoire Ingabire Umuhoza qui croupit dans les geôles rwandaises. Il l’a comparé à Ndabaga, cette héroïne de la mythologie rwandaise qui a été sur le champ de bataille pour terrasser les ennemis qui attaquaient le pays. Il a rappelé son discours à Gisozi au mémorial du génocide Tutsi qui plaidait pour la reconnaissance des massacres des Hutu. Musonera annoncé le calendrier des actions à venir : il est envisagé prochainement un sit-in à Genève pour protester contre le projet de cessation de la qualité de réfugiés pour les Rwandais ; une manifestation à Paris le 12/9/2011 à l’occasion de la visite du président Paul Kagame en France ; une manifestation en Australie car Kagame envisage y faire une visite ; une manifestation à Londres au siège du Commonwealth.

Revenant sur la question des réfugiés, Michel Niyibizi (Belgique) a détaillé les raisons qui montrent que le Rwanda n’est pas un pays sûr de façon que les réfugiés peuvent rentrer en toute sécurité : au Rwanda, le FPR a le monopole politique; la presse est muselée et les journalistes assassinés ; il y a des violations constantes des droits de l’Homme ; il n’y a pas d’indépendance de la justice. Il a rappelé que le Rwanda est l’un des rares pays au monde à avoir bombardé sa population réfugiée, soit à Kibeho en 1995, soit dans les camps de l’ex-Zaïre en 1996-1998. Il a informé le public qu’une lettre signée par 34 ONG et les deux formations politiques RNC et FDU a été envoyée au Haut Commissaire du HCR pour revoir la clause de cessation qui doit prendre effet le 31/12/2011. Niyibizi a en outre annoncé qu’un congrès des réfugiés rwandais se tiendra prochainement pour débattre des questions existentielles relatives à leur situation d’exilés.

De son exil en Afrique du Sud, le général Kayumba Nyamwasa s’est appesantie sur la sécurité des personnes au Rwanda et à l’étranger. Il a rappelé l’emprisonnement arbitraire de l’ex-président Pasteur Bizimungu pour le seul crime d’avoir voulu fonder un parti politique. Il a été de même de Maître Ntaganda, de Déo Mushayidi et de Victoire Ingabire qui croupissent en prison pour avoir voulu exercer leurs droits politiques. Pour lui, les rwandais de l’extérieur ont encore la liberté de parole. Ils doivent faire tout pour dénoncer les dérives du régime de Paul Kagame. La manifestation de Chicago a montré que cela est possible car les médias ont répercuté le message des manifestants et n’ont placé aucun mot de Paul Kagame. Le mot d’ordre lancé par Nyamwasa fut de lutter contre Paul Kagame et ses services de sécurité qui envoient des tueurs à gage à l’extérieur. Il faut les dénoncer, comme il est capital de dénoncer les diplomates rwandais qui leur servent de couverture. Embrayant sur l’actualité, Kayumba Nyamwasa a fait remarquer que la visite de président Museveni au Rwanda ne doit tromper personne. La normalisation des relations entre les deux hommes est un trompe-l’œil. Il a fait le parallèle avec Habyarimana que Museveni n’a pas hésité à laisser tomber, malgré les très nombreuses visites de par et d’autre.

Une vue du public dans la salle

Chargé de l’information au sein des FDU, Emmanuel Mwiseneza, a souligné l’importance de l’utilisation de nouvelles technologies de l’information en politique. Il a rappelé que les réseaux sociaux et les forums de discussions, ont montré leur efficacité pour la destitution des dictatures. Il a informé le public que le site web officiel des FDU est www.fdu-udf.org, que les autres sites avec le sigle FDU ne sont que des usurpations.

Paul Rusesabagina est intervenu pour parler de la réconciliation qui doit être recherchée par les formations politiques et les ONG de la société civile rwandaise et que cette réconciliation passe par la vérité.

La parole a été ensuite accordée à Jean Mari Ndagijimana (France) qui a informé le public qu’il a été mis sur pied un « Collectif des victimes de masse de la région des Grands-lacs ». Cela a été motivé par le fait que tout rwandais est rescapé. Il n’y a aucun rwandais qui n’ait perdu un membre de famille depuis que le FPR a attaqué le pays en octobre 1990 jusqu’à ce jour. Le Collectif va rassembler des témoignages de ceux qui ont perdu les leur pour saisir la justice. Le premier acte d’accusation devra concerner le président rwandais Paul Kagame pour les crimes commis au Rwanda et en RDC. Il devra être déposé devant la justice française avant la venue du président rwandais en France. JMV Ndagijimana demandé au général Kayumba Nyamwasa et au Dr Théogène Rudasingwa et à leur groupe d’accepter d’être cités comme témoins sur tout ce qu’ils savent de ces crimes. Il a félicité en outre Kayumba Nyamwasa d’avoir eu le courage de demander pardon à tous les rwandais pour les crimes qui seraient imputés au FPR qu’il a servi.

Le PDP-Imanzi de Déo Mushayidi, en prison au Rwanda, était représenté par Gérard Karangwa (Pays-Bas). Il a rendu hommage aux compagnons d’infortune du président du parti.

Gérard Karangwa a démontré qu’il existe au Rwanda une ségrégation qui fait des Hutu des citoyens de seconde zone. Comme exemple, il montré que dans l’enseignement supérieur, les bourses d’études ont été coupées. Mais les enfants tutsi eux bénéficient de ces bourses via le FARG (Fonds d’aide aux rescapés du génocide). Donc la mesure n’a frappé que les enfants hutu. Cela est également vrai pour les études à l’étranger. Ce sont presque exclusivement des enfants tutsi qui les reçoivent. Dans l’armée, c’est la même chose. La prépondérance des Tutsi est écrasante. Ainsi parmi les 163 officiers promus récemment, il n’y avait que 13 hutu. Tous les services de sécurité sont 100% gérés par les Tutsi. Gérard Karangwa, qui est un ancien militaire du FPR, a rappelé qu’il a fait la guerre mais qu’il s’est rendu compte que la guerre ne résout rien. Qu’il faut des solutions négociées.

Le parti PS Imberakuri a été représenté par Jean Baptiste Ryumugabe (Belgique). Il a rendu hommage à leur leader emprisonné. Il a lui aussi fait remarquer que la politique au Rwanda est dominée par le mensonge, comme par exemple avancer qu’il n’y pas d’ethnies mais en même temps dire qu’il ya eu génocide des Tutsi. Il a souhaité que les dissensions au sein du défunt Comité de Soutien car elles affaiblissent leurs partis politiques respectifs au Rwanda.

Le secrétaire général du Comité exécutif provisoire des FDU au Rwanda, Sylvain Sibomana, a pris la parole et a rappelé que le parti est au Rwanda depuis plus des 500 jours et que sa présidente, Victoire Ingabire, est en prison depuis bientôt 390 jours. Il a fait un tour d’horizon sur les actions d’implantation du parti dans tout le pays et a montré que leurs militants continuent de subir des tracasseries voire des emprisonnements par les forces de sécurité. La trésorière du parti, Alice Muhirwa, a transmis au public les salutations de Victoire Ingabire. Muhirwa la rencontre chaque jour car c’est elle qui lui apporte à manger en prison. Elle a informé l’assistance que Victoire Ingabire est en totale isolement dans sa cellule. Elle n’a pas droit de sortir pour assister à la messe dominicale ni prendre de l’air dans le préau de la prison comme les autres détenus. A cela s’ajoute que les visites lui sont interdites depuis un certain temps. Muhirwa s’est inquiétée de la détérioration de la santé de Victoire Ingabire. Elle souffre notamment des dents. Pour consulter un médecin, les autorités de la prison ont exigé la permission du Commissaire général. Les collaborateurs de la présidente ont écrit une lettre et l’autorisation a été accordée. Mais les services de sécurité sont passés à côté pour aller dissuader le médecin qui devait consulter Victoire Ingabire. Celui-ci, pour éviter des ennuis à son cabinet et pour sa sécurité, s’est désisté. Un autre médecin est en train d’être cherché. Mais pourra-t-il lui, résister aux intimidations des services de sécurité, s’est interrogée Alice Muhirwa.

Les questions ont été nombreuses et variées mais la question lancinante a été celle des crimes reprochés au Général Kayumba Nyamwasa. Celui-ci est intervenu et a fait remarquer que depuis qu’il est en Afrique du Sud, aucun dossier ne lui a été soumis, aucun juge, aucun service ne l’a convoqué pour s’expliquer sur ces accusations. Il s’est dit prêt à répondre de ses actes devant la justice et pour ce faire, il a préparé son dossier mais sa stratégie de défense ne lui permet pas de l’exposer dans une conférence publique comme plus d’un le lui demandait. A ceux qui voudraient que Kayumba prenne l’initiative de se présenter lui-même devant la justice, il dit qu’il préfère répondre aux convocations éventuelles qui lui seraient adressées, ce qui n’est encore le cas depuis plus d’une année qu’il est en Afrique du Sud.

D’autres participants ont souhaité que RNC ait une présence au Rwanda à l’instar des FDU et de PS-Imberakuru. Ils se sont vu répondre que cela n’est pas encore à l’agenda du parti.

Le silence des partis politiques sur les pratiques quasi criminelles du régime comme par exemple la vaccination obligatoire des jeunes filles rwandais contre le cancer de l’utérus avec un vaccin contesté ou l’enregistrement audio dans lequel Dan Munyuza est dans des manœuvres de faire empoisonner Kayumba Nyamwasa, a été relevé par un participant. Joseph Ngarambe de RNC a rappelé que le vaccin contre le cancer du col utérin est contesté par des uns mais que scientifiquement, il n’y pas une étude scientifique sur laquelle on peut s’appuyer pour le dénoncer. Quand aux documents audio évoqués dans la question, il a rappelé qu’ils ont été miss en ligne par RNC.

La réunion a clos ses travaux à 19h30 mais le public voulait encore poser des questions. Il a été remarqué que durant cette conférence marathon de plus de 5h, le public est resté attentif, signe que les sujets traités rencontraient les attentes de l’assistance. La police, déployée en grand nombre, n’a pas eu à intervenir car tout s’est déroulé dans le calme.

EdA Press

 

 

Les généraux Paul Kagame et Kayumba Nyamwasa

Rwanda : Entre les généraux Kagame et Kayumba-Nyamwasa, qui protège qui ?

Les généraux Paul Kagame et Kayumba Nyamwasa

Les généraux Paul Kagame et Kayumba Nyamwasa

En 2006, le juge anti-terroriste français Jean-Louis Bruguière lançait 9 mandats d’arrêts internationaux contre des proches du président rwandais Paul Kagame. C’était suite à l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et à son homologue burundais Cyprien Ntaryamira avec leurs suites quand l’avion qui les ramenait d’un sommet régional fut abattu dans son approche d’atterrissage sur l’aéroport de Kigali. C’est parce que les trois membres d’équipage qui, eux aussi, trouvèrent la mort dans l’attentat étaient des citoyens français que leurs familles ont demandé à la justice de leur pays, la France, d’identifier et de déférer devant la justice les auteurs de cet attentat terroriste. Parmi les personnalités visées par l’enquête du juge Bruguière se trouvait le général Kayumba Nyamwasa, ancien Chef d’Etat-major de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) et par après ambassadeur du Rwanda en Inde.

En 2008, le juge espagnol Fernando Merelles lança à son tour 40 mandats d’arrêts contre des officiers de la même Armée Patriotique Rwandaise pour des crimes commis après sa conquête du Rwanda en 1994, notamment l’assassinat des religieux et des humanitaires espagnols qui travaillaient au Rwanda. Parmi ces 40 personnes désormais recherchées par la justice espagnole se retrouve le même général Kayumba Nyamwasa.

Entretemps, en 2010, il est apparu que le même général Kayumba Nyamwasa alors en poste à New Dehli comme ambassadeur, était en conflit avec le général Paul Kagame. Rappelé à Kigali, il parvint à s’échapper et trouva asile en Afrique du Sud. Quelques temps après, il fut victime, à Johannesburg où il réside, d’une tentative d’assassinat par un commando de toutes évidences envoyé par son désormais ennemi juré Paul Kagame. Il s’en tira avec des blessures. Quelques temps après, un tribunal d’exception de Kigali condamnait le même général Kayumba Nyamwasa à 30 ans de réclusion criminelle par contumace pour « atteinte à la sécurité de l’Etat ». Un mandat d’arrêt international était délivré par le Rwanda pour appréhender cet ancien compagnon de Paul Kagame. Désormais, Kayumba Nyamwasa est visé par trois mandats d’arrêts internationaux.

Paradoxalement, le plus recherché des officiers de l’APR qu’est le général Kayumba Nyamwasa est le plus exposé et le moins protégé. Il est en effet réfugié en Afrique du Sud et ne bénéficie pas de la protection du gouvernement rwandais comme le reste de ses co-inculpés. Autrement dit, s’il fallait arrêter l’un des 9 criminels présumés inculpés par le juge français Jean-Louis Bruguière, c’est par Kayumba Nyamwasa qu’il faudrait commencer et c’est le seul qui est, dans les circonstances actuelles, encore visé, puisque les mandats de ses autres co-accusés ont été levés par le juge français Trévidic qui a remplacé Bruguière.

Le dilemme de Paul Kagame réside donc à ce qu’il doit continuer à présenter Kayumba Nyamwasa comme un criminel recherché, mais qu’en même temps les services rwandais doivent veiller à ce qu’il ne tombe pas dans les mains de la justice française ou espagnole qui le recherchent. Kagame craint que si Kayumba Nyamwasa était livré à la France dans le cadre de l’attentat du 6 avril 1994, ou livré à l’Espagne dans le cadre des massacres des ressortissants espagnols commis entre 1995 et 2000, Kayumba ne puisse délivrer tous les secrets notamment en chargeant Paul Kagame selon le principe de la responsabilité du supérieur hiérarchique. Dans ce dossier, les services rwandais, tant secrets que diplomatiques, s’emploient donc à « proteger » Kayumba-Nyamwasa pour qu’il ne tombe pas aux mains de la justice de la France ou de l’Espagne. En retour, Kayumba-Nyamwasa protège ainsi Paul Kagame avec qui ou sous les ordres de qui il a commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

En conclusion, il faudrait reconnaître que les mandats français et espagnols sont hautement politiques et que leur exécution échappera longtemps aux considérations purement juridiques. Il suffit pour s’en rendre compte de voir comment le juge parisien Marc Trévidic, qui a remplacé Bruguière dans ce dossier, semble très embarrassé et est contraint de coller au calendrier politique. Il doit en effet reporter continuellement les résultats de ses enquêtes sur le terrain en attendant peut être quelques signaux ou certaines évolutions diplomatiques. En effet, le jugeTrévidic ayant séjourné au Rwanda fin 2010, son rapport était initialement attendu en mars 2011. Ensuite sa publication fut repoussée en mai 2011 avant que certains organes de presse ne révèlent qu’il ne pourrait sortir avant la visite de Paul Kagame prévue en juillet 2011. C’est dans ce climat que tout en recherchant son ennemi au nom de Kayumba Nyamwasa pour son usage interne, Paul Kagame le protège pour qu’il ne tombe pas aux mains de la justice internationale notamment française et espagnole qui les recherche tous les deux.

Emmanuel Neretse
EdA Press

 

 

 

Caricature - Paul Kagame prêtant serment

Transition politique rime avec violence au Rwanda. P. Kagame peut-il éviter ce scénario à son pays ?

Caricature - Paul Kagame prêtant serment

Caricature - Paul Kagame prêtant serment

Il est un constat au Rwanda : chaque fois qu’il y a un changement politique, celui-ci se fait par la violence. Et cela depuis des temps immémoriaux. Dans les rites de la royauté, aucun monarque ne pouvait être intronisé du vivant de son prédécesseur. Vieux ou empêché de régner, les ritualistes de la cour faisaient ingurgiter du lait au roi, à grand débit, le nez bouché. Il mourrait par suffocation. Par euphémisme, il était dit : « Le roi a bu » pour signifier qu’il a été abreuvé mortellement.

Dans le cas où il y avait des rivalités entre les prétendants au pouvoir, il s’ensuivait une guerre rangée. Le gagnant éliminait physiquement tous les membres de famille de son rival ainsi que tous ses partisans. Si le roi mourrait d’une mort naturelle, il devait être « accompagné ». Il fallait désigner une famille-victime dont les membres devaient servir à venger le défunt. Ceux-ci étaient mis à mort.

Plus près de nous, l’histoire offre des exemples épatants des survivances de cette violence politique qui est devenue comme un mode de gouvernement au Rwanda.

Le roi Kigeri Rwabugiri (1853-1895), ayant appris que Kabare, un de ses chefs militaires, engendrerait un roi, exigea que le malheureux soit castré. A la mort de Rwabugiri, son successeur Rutalindwa sera incendié dans sa hutte avec toute sa famille. Ses chefs militaires et ses courtisans furent tous traqués et mis à mort atrocement par la bande à Kabare. Le nouveau roi fut Musinga. Il s’opposa au christianisme et fut exilé au Congo où il mourut. Son fils Mutara Rudahigwa (1931-1959) lui succéda et mourut à Bujumbura dans des circonstances non éclaircies. Il était un obstacle au changement de l’ordre ancien. Il fut remplacé par Kigeri Ndahindurwa qui fut chassé par la révolution sociale de novembre 1959. Il vit en exil aux USA. Grégoire Kayibanda (1924-1976) remplaça Dominique Mbonyumutwa (1921-1986) qui avait été agressé par des partisans du roi. Kayibanda quitta le pouvoir par un coup d’Etat de Juvénal Habyarimana (1937-1994) en juillet 1973 et mourut des suites de mauvaises conditions dans lesquelles il avait été mis. Plus d’une cinquantaine de ses ministres et hauts cadres moururent en prison. Paul Kagame s’empara du pouvoir en juillet 1994 après l’assassinat de Juvénal Habyarimana.

Que fait Paul Kagame, qui rempile pour un deuxième et dernier mandat de 7 ans, pour que sa succession se fasse sans effusion de sang ? Rien. Normalement, dans des pays démocratiques, le pouvoir est donné par le peuple par des élections libres et transparentes. Le parti qui a gagné dirige le pays et les partis politiques perdants vont dans l’opposition. Au Rwanda, Paul Kagame organise des simulacres d’élections qu’il gagne à plus de 90%. Il s’en suit, comme dans l’ancien temps, la persécution des opposants politiques. Ainsi, après son élection en 2003, son challenger, Faustin Twagiramungu, a vite fait de quitter le pays pour sauver sa vie. Un autre candidat malheureux contre Paul Kagame, Théoneste Niyitegeka, a été mis en prison pour plus d’une dizaine d’années. Le prédécesseur de Paul Kagame, Pasteur Bizimungu, faute de l’éliminer physiquement, a été mis en prison durant des années et libéré après avoir demandé pardon. Il avait commis le crime de lèse-majesté de fonder un parti politique d’opposition.

Après un mandat de 7 ans, Paul Kagame a été réélu en 2010 avec le même score stalinien. Une fois investi, il s’est occupé de ses opposants. Bernard Ntaganda a été mis en prison et condamné à de lourdes peines. Déo Mushayidi, un autre opposant politique a été condamné à perpétuité. Une autre opposante de taille, Victoire Ingabire, et qui voulait se présenter contre Paul Kagame à la magistrature suprême dans les dernières élections présidentielles, a été mise, elle aussi, en prison. Selon des observateurs avertis, elle risque une peine de 30 ans ou la prison à vie car son dossier est dans las mains de la juge Angeline Rutazana, connue pour ses excès de zèle dans de telles affaires. C’est elle, en effet, qui a condamné Déo Mushayidi à perpétuité et a infligé de lourdes peines aux journalistes indépendants que le régime avait mis dans son collimateur.

Comme Paul Kagame ne veut pas d’opposants politiques qui un jour pourraient lui succéder démocratiquement, il va continuer à user de la violence pour se maintenir au pouvoir, en les éliminant par tous les moyens. Quiconque veut le remplacer ne peut que lui aussi recourir à la violence pour l’écarter. Paul Kagame, tant vanté par certains médias internationaux, se rend-il compte de ce qu’il l’attend ? Les opposants, il en a et pas des moindres. Déo Mushayidi est un rescapé du génocide. Ceux qui le soutiennent et qui soutiennent un autre rescapé du génocide, Sebarenzi Kabuye, ancien président du Parlement poussé à l’exil par Paul Kagame, sont aux aguets au Rwanda même. Son ancien conseiller Théogène Rudasingwa et son Procureur général Gerald Gahima, en exil eux aussi, ont des attaches profondes dans le pays. Son ancien chef d’Etat-major, le général Kayumba Nyamwasa et le colonel Patrick Karegeya, sont encore populaire dans l’armée. Son ancien ministre de la défense, le général Emmanuel Habyarimana est actif en politique en Suisse. Il a sans aucun doute des fidèles au Rwanda. Le parti de maître Bernard Ntaganda avait été légalement agréé. Il a ses partisans qui continuent à réclamer son élargissement. Victoire Ingabire, elle aussi, est une icône politique au Rwanda. Ses visites en prison en témoignent. Des gens venus de toutes les régions du pays se bousculent à la porte de la prison, mais seulement une vingtaine de personnes sont autorisées à la voir chaque vendredi. Il y a lieu d’y ajouter les partisans des hommes d’affaires Tribert Rujugiro, Valens Kajeguhakwa et d’autres milliers de militaires et de civils lésés par le régime. Deux anciens premiers ministres en exil, des dizaines de ministres et de parlementaires qui l’ont échappé belle lui gardent une certaine rancœur. Tout ce monde et leurs partisans constituent un volcan prêt à exploser. Si Paul Kagame s’entête et continue à faire l’unanimité contre lui notamment par l’élimination des opposants politiques, il ne peut que céder le pouvoir après un bain de sang.
Suis-je un oiseau de mauvais augure ?

Ghislain Mikeno
EdA Press

 

 

La région des Grands-Lacs

La lutte contre le terrorisme, une aubaine pour les régimes dictatoriaux : le cas du Rwanda

La région des Grands-Lacs

La région des Grands-Lacs

Dès l’annonce de l’exécution d’Oussama Ben Laden par les forces spéciales américaines au Pakistan le 01 mai 2011, les régimes dictatoriaux qui assimilent leurs opposants démocrates aux terroristes se sont empressés de resurgir leur supercherie en faisant comprendre qu’eux aussi étaient confrontés aux « terrorisme » mais que leurs «  Ben Laden » à eux, entendez par là les opposants démocrates,  sont encore en vie et toujours au large.

La palme revient au régime rwandais du dictateur général- président Paul Kagame. Le 3 mai, il annonce dans son quotidien « The New Times » sous la plume d’un certain Rwayitare, que le Rwanda possède ses « Ben Laden ». Et d’énumérer tous les opposants politiques en exil ou en détention. Il cite au passage Madame Victoire Ingabire, Déo Mushayidi, Barnard Ntaganda et arrive à Kayumba Nyamwasa, Patrick Karegeya, Gerald Gahima et  Théogène Rudasingwa en passant par Paul Rusesabagina. Toutes ces personnes, si elles ne sont pas déjà dans ses geôles, devraient être exécutées.

Le régime dictatorial de Paul Kagame va enfoncer le clou le lendemain le 4 mai, quand dans le même quotidien « The New Times », sous la plume d’un certain Sunny Ntayombya, il va faire le parallèle entre Oussama Ben Laden et Félicien Kabuga. L’auteur met même un point d’honneur en affirmant que Félicien Kabuga serait plus dangereux pour la paix mondiale que Ben Laden car ce dernier n’aurait tué « que 3000 personnes dans les Tours du World Trade Center » alors que Kabuga en aurait massacré un million au Rwanda ! Quand on sait que ce paisible homme d’affaires, qui n’a jamais fait de politique et qui ne pouvait tuer même pas une poule, est poursuivi uniquement parce que ses biens ont été accaparés par le FPR à sa prise du pouvoir en 1994 et qu’il n’entend pas les lui restituer, on réalise jusqu’où peut pousser le cynisme des dictateurs.

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis l’attaque du 11 septembre 2001 sur le Word Trade Center de New York, le président d’alors des Etats Unis George W. Bush a fait de la lutte contre le terrorisme une priorité absolue. Dans cette nouvelle croisade, il a invité ses traditionnels alliés à le rejoindre et a ordonné à ses protégés d’appliquer ses consignes en matière de lutte contre ce « nouvel ennemi du monde libre » que lui seul devait identifier. Les alliés traditionnels l’ont accompagné dans l’aventure irakienne et afghane d’où ils sont jusqu’à ce jour empêtrés. Les régimes installés par l’Amérique triomphante ou qui ne doivent leur survie que par le soutien militaire ou financier des USA ont obtempéré, tandis que d’autres se sont engouffrés dans la brèche pour mener une lutte féroce contre toute opposition en l’assimilant au terrorisme. L’Organisation des Nations Unies est aussi mise à contribution et n’hésite pas à qualifier des mouvements opposés aux régimes soutenus par les USA de « terroristes ». Le comble du ridicule est atteint quand des dictateurs n’hésitent pas à affirmer que le soulèvement de leur peuple qui réclament plus de liberté est l’œuvre des mêmes mouvements terroristes dénoncés et combattus par les USA.

Lutte contre l’islamisme

Au nom de la lutte contre l’islamisme, l’Occident mené par les USA va laisser les régimes corrompus et rétrogrades régner en Egypte et en Tunisie jusqu’aux révoltes populaires du début 2011 qui va les balayer. Les mêmes occidentaux, champions des droits de l’Homme en  paroles, ne sont pas trop regardant des situations qui règnent dans les monarchies du Golfe Persique toujours sous le prétexte que ces régimes  archaïques constituent un rempart contre l’islamisme. Même en Afrique, les USA ont « installé » ou soutenu des régimes les plus répressifs qui soient à condition qu’ils apparaissent comme des remparts contre l’islamisme dans la région. En Ethiopie, la dictature de Meles Zénawi est chouchoutée car il est censé contrer l’islamisme en Somalie voisine. Yoweri Museveni règne en maître absolu sur l’Ouganda et sème depuis 25 ans la désolation dans la région pour simplement être perçu comme un rempart contre l’islamisme au Sud-Soudan et l’anti-américanisme dans la région des Grands Lacs.

La nébuleuse « Al Qu’aida » et son leader Ben Laden

Au nom de la lutte contre Al Qu’aida et Ben Laden, tout est permis dans les pays comme le Pakistan et l’Afghanistan. La corruption, le trafic des stupéfiants, l’extermination des tribus rivales… tout est occulté car mis sur le compte de la lutte « contre le terrorisme ». La recette a tellement pris que partout au Moyen Orient et en Afrique , tout ce qui ne va pas est le fait de Ben Laden et de son Al Quaida. Même le Colonel Kadhafi confronté à une révolte populaire ne trouve pas mieux que de dire que son peuple qui se soulève contre sa dictature qui dure depuis 42 ans, est le fait d’Al Quaida ! Il compte sûrement s’attirer la sympathie des USA et qui sait, obtenir le soutien et l’aide de l’Amérique ou de ses alliés pour lutter contre « le terrorisme ».

Les nouveaux dictateurs s’engouffrent dans la brèche

Les dictateurs, surtout ceux qui sont arrivés au pouvoir par les armes comme Yoweri Museveni d’Ouganda ou Paul Kagame du Rwanda ont vite fait de réaliser tous les avantages qu’ils peuvent tirer de cette obsession de l’Amérique contre tout ce qui est qualifié de « terrorisme ». En Ouganda, après avoir présenté la rébellion dénommée Lord Resistance Army (LRA) comme une organisation mystico-religieuse, Museveni a vite convaincu les USA et donc la communauté internationale que cette opposition armée était un mouvement terroriste. La LRA figure donc comme tel sur la liste de l’ONU et doit être éradiquée sans ménagement. Pourtant, au départ, ces combattants originaires du Nord de l’Ouganda entendaient protester contre les massacres commis par les combattants qui ont installé  Museveni au pouvoir à Kampala en 1986 et qui, sous le commandement d’un certain…Paul Kagame, commettaient des massacres sur la population innocente d’ethnie Acholi.

Le Rwanda de Paul Kagame et l’épouvantail « FDLR »

Depuis que les Nations Unies, sur instigations des USA et à la requête du Rwanda, ont inscrit une organisation dénommé FDLR sur la liste des organisations terroristes, le régime dictatorial en use et en abuse à volonté. Tout opposant qui ose revendiquer ses droits est aussitôt accusé d’être de mèche avec les FDLR et ainsi discrédité. Même les anciens rebelles du FPR actuellement au pouvoir qui osent dire publiquement qu’ils en ont assez d’une dictature brutale et corrompue de Paul Kagame sont présentés par le régime comme étant de connivence avec les FDLR, donc des terroristes infréquentables. Le régime de Paul Kagame pousse le bouchon trop loin puisqu’il arrive même à associer des personnalités de la société civile mais qui dénonce le manque de liberté, aux mêmes FDLR et donc eux aussi qualifiés de terroristes. C’est le cas de Paul Rusesabagina, qui a inspiré le film « Hotêl Rwanda » et qui fut un temps considéré par le régime du FPR et les parrains américains de Kagame comme un héros avant d’être la cible des attaques du régime de Paul Kagame quand il a osé dénoncer sa dérive dictatoriale. Même le grand argentier du FPR, celui-là même qui a financé dès 1990 la reconquête du Rwanda par des éléments tutsi issus de l’armée régulière ougandaise jusqu’à la prise de Kigali en juillet 1994 n’est pas épargné. Pour être actuellement en conflit avec l’entourage du dictateur Kagame, Tribert Rujugiro, actuellement en exil en Afrique du Sud, est accusé lui-aussi de collaborer avec un mouvement terroriste à savoir, les FDLR.

Qui sont les FDLR ?

Le mouvement politico-militaire qui s’est donné le nom de « Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda » (FDLR)  est né en 2001 à la suite du démantèlement des camps des réfugiés hutu en ex-Zaïre et des massacres des milliers d’entre eux par l’armée de Paul Kagame commis depuis1996. Les rescapés de ces massacres que le Mapping Rapport de l’ONU a publié en octobre 2010 qualifie de « crimes de guerre,   crimes contre l’humanité et peut-être de génocide », n’ont eu d’autres choix que de se constituer en force d’auto-défense pour résister à la chasse à l’homme à laquelle se livrait l’armée de Paul Kagame. Sur le plan politique, les FDLR réclament un dialogue avec le régime, préalable à leur retour au Rwanda dans la dignité et en toute sécurité.

Gestion du problème des FDLR par le régime de Kigali

Rompue dans l’art de la supercherie et du double langage, la clique au pouvoir à Kigali ne va pas contredire cette réputation quand on considère la manière dont elle gère le dossier des FDLR. Tout y passe : manipulation, mensonges, chantages, pots-de-vin… bref, tout ce qui peut être fait ou dit afin de profiter de l’existence des FDLR a été et est encore tenté par le régime de Paul Kagame. Ainsi, dès le départ, le dictateur a brandi la carotte et le bâton. Dans son obsession à vouloir faire condamner ses compatriotes réfugiés en RDC comme des terroristes, Paul Kagame n’a pas hésité à violer la Constitution en extradant ses propres nationaux vers les Etats Unies. L’on se souviendra en effet qu’à la suite de l’assassinat de touristes américains et britanniques dans le parc de Bwindi en Ouganda en 1999, le Rwanda avait tout de suite conclut que ce crime était le fait des réfugiés hutu vivant au Nord-Kivu et n’avait pas hésité à livrer deux d’entre eux  capturés à la frontière ougandaise aux autorités américaines. Après enquêtes et procès, les deux malheureux seront innocentés et relâchés. Tous les éléments rendaient plutôt les forces ougandaises et rwandaises coalisées pour l’invasion et le pillage de la RDC responsables de ce crime odieux. Loin de se décourager, Paul Kagame déploya des efforts pour rapatrier les combattants des FDLR « sans condition ». En fait, tout en multipliant des opérations militaires pour massacrer ceux qui ne répondaient pas à ses avances, parallèlement il faisait croire à la communauté internationale que la déstabilisation de la région est le fait des mêmes FDLR alors que c’est de Kigali que partait toutes les rébellions qui ensanglantent l’Est de la RDC (cas Laurent Nkunda). Ce refus de dialogue avec les réfugiés rwandais se trouvant en RDC et défendus par les FDLR permet ainsi à Paul Kagame de rester en RDC, d’exploiter des gisements de minerais tout en criant à la menace que constitueraient les FDLR. La réalité est qu’il a plus besoin des FDLR en RDC que les concernés eux même qui ne demandent qu’à rentrer au Rwanda en toute dignité.

En 2008, grâce à ses réseaux mafieux et à son penchant pour corrompre, Paul Kagame a effectué un coup de génie en réussissant à faire inscrire les FDLR sur la même liste des mouvements terroristes tel que Al Qu’Aïda ! Pour y arriver, il a eu recours aux ONG dites de Défense des Droits de l’Homme mais qui sont en fait des cabinets de promotion du FPR comme « Africa Rights » de Rakiya Omar ou « Redress » de Carla Ferstman. Ce sont ces pseudo-défenseurs des droits de l’homme qui vont approcher les fonctionnaires de l’ONU et d’autres « spécialistes de la région » pour leur vendre l’analyse et les recommandations rédigées par les services secrets de Paul Kagame qui seront ensuite présentées comme « Rapport d’Experts des Nations Unies ».

Exploitation politique des vrais-faux rapports des Nations-Unies

Aussitôt après qu’il ait réussi à faire inscrire les FDLR sur la liste des organisations terroristes, le régime dictatorial de Paul Kagame va l’exploiter à fond. En effet c’est en novembre 2009 qu’un panel d’expert aussi inconnus que partiaux ont apposé leurs signatures au bas d’un document sortis tout droit des services de renseignement rwandais comme étant un rapport des Nations Unies démontrant le caractère « terroriste » des FDLR . Les braves messieurs (Dinesh Mahtani, Raymond Debelle, Muctar Kokouma Diallo, Christian B ; Dietrich et Claudio Gramizzi) croient avoir joint l’utile à l’agréable mais ils resteront dans l’Histoire comme une honte et une caricature de la communauté internationale. Le dictateur va demander et obtenir l’arrestation des leaders politiques des FDLR vivant en Occident. Certains seront même accusés de crimes précis qu’ils auraient personnellement commis en RDC alors qu’ils n’y ont jamais mis les pieds.

Mais l’exploitation éhontée du caractère « terroriste » des FDLR  fait que Paul Kagame risque d’ouvrir les yeux même aux moins clairvoyants  et d’énerver ses maîtres américains et britanniques qu’il embarrasse  par de telles raccourcis. En effet, Kagame , sa presse et sa justice n’y vont pas par quatre chemins. Tous les opposants politiques qui ont voulu le défier lors des élections de 2010 sont actuellement incarcérés sous l’inculpation d’être de connivence avec un mouvement terroriste, les FDLR. Madame Victoire Ingabire est ainsi maintenue dans la sinistre prison de 1930 pour ce chef d’inculpation. Pour monter des dossiers contre les opposants, Paul Kagame courtise plus que jamais les combattants des FDLR vivant en RDC. Il remue ciel et terre pour en rapatrier quelques uns à coup de milliers de dollars, de promesses et de menaces. Une fois rentrés au Rwanda, l’ex-combattant est briefé et sommé de condamner tel ou tel opposant politique qu’il n’a peut-être jamais vu. Pour charger la Présidente des FDU, Madame Victoire Ingabire, les services secrets de Kagame ont retrouvé des anciens élèves officiers de 1994 qui vivaient dans la jungle du Congo depuis 1994 mais qui aujourd’hui témoignent être au courant des activités politiques de Victoire Ingabire qu’ils n’ont jamais rencontrée. De même, après l’exil et la déclaration politique des quatre anciens hauts cadres du FPR( Kayumba-Rudasingwa-Karegeya-Gahima), Kagame s’est empressé de trouver un ex-combattant des FDLR qui affirme que ces quatre sont en liaison avec eux . Pourtant, ce pauvre candidat sous-lieutenant en 1994, bombardé Colonel pour la circonstance à savoir, charger la bande à Kayumba, n’avait jamais entendu parler de ces personnalités autrement que par la presse officielle. Plus ridicule encore, le régime Kagame est en train de demander à un pauvre combattant malade qui rentre de Masisi où il ne pouvait même pas savoir ce qui se passe à Goma, de dire qu’il a suivi les tractations entre les FDLR et le milliardaire Tribert Rujugiro en Afrique du Sud ! Tout cela parce que cet homme d’affaires est en conflit avec le régime Kagame dont il a financé la guerre de conquête. Il doit absolument être accusé de collaborer avec un mouvement terroriste.

En conclusion

L’épouvantail des FDLR a été créé et est entretenu par Paul Kagame lui-même pour lui permettre de continuer à faire la pluie et le beau temps dans l’Est de la RDC, notamment en pillant allégrement des richesses et en pourchassant ses opposants. La reddition de quelques combattants fatigués ou manipulés lui permet de disposer de témoins à charge contre n’importe qui dès lors qu’il est parvenu à présenter les FDLR et tous ceux qui les fréquenteraient comme des terroristes. L’article constitue un appel à ce que cessent ce chantage et cette supercherie imaginée par un dictateur pour se débarrasser de ses opposants et qui curieusement fut endossée par ce qui est appelée « la Communauté Internationale ». Il est temps que ça change.

Jean-Charles Murego
EdA Press