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Burundi : un désinvestissement serait désastreux pour le processus de paix

Burundi : un désinvestissement des partenaires internationaux serait désastreux pour le processus de paix et pour les perspectives de développement.

EurAc appuie depuis longtemps le processus de paix au Burundi, non seulement par notre travail de plaidoyer en collaboration avec la société civile burundaise, mais aussi par les efforts de nos membres sur le terrain. Nous avons envoyé des observateurs électoraux pour renforcer les équipes d’observateurs burundais en 2005 et 2010. Nous sommes préoccupés par le risque de désinvestissement de certains bailleurs.

De notre point de vue, le Burundi est un exemple clair d’un pays qui fait face à une pauvreté extrême dans un contexte de fragilité, après des décennies de rivalités ethniques et politiques. Nous pensons qu’il est nécessaire, pour la durabilité des efforts de développement du passé, de consolider le processus de paix et d’aider le Burundi à se stabiliser par le progrès vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Cette consolidation est non seulement importante pour le Burundi, mais pour toute la région et ses différentes problématiques transfrontalières.

Au début de 2011, la coopération britannique DFID (Department for International Development) a décidé de mettre fin à son programme bilatéral au Burundi à  partir de 2012/2013. De facto, cette décision mettra fin aux activités de la coopération suédoise, puisqu’elles sont mises en oeuvre à travers le DFID. Différents partenaires bilatéraux et multilatéraux sont en train de repenser leur collaboration avec le Burundi, des réflexions qui risquent d’aboutir aux désengagements  ou des appuis moins importants. D’après une étude sur le budget réalisée par l’Observatoire de l’Action Gouvernementale, une ONG locale, il a est apparu que sur les 51% d’aide extérieure attendus des partenaires du Burundi, seulement environ 20% avaient été mobilisés à la fin du 1er semestre. A défaut de ces appuis, le gouvernement recourt à la hausse des taxes, ce qui pénalise davantage les plus pauvres.

Cette situation inquiète EurAc au plus haut degré : le Burundi a fait un parcours remarquable pour tourner la page du conflit et devrait entamer la lutte contre les causes profondes de ce conflit, en commençant par la pauvreté et la mauvaise gouvernance. La violence actuelle dans tout le pays, et surtout le drame du 18 septembre à Gatumba  démontre que la page n’est pas encore tournée.

I. Burundi: Progrès lent sur un fond de fragilité maintenue

Soutenu par l’aide extérieure et par la diplomatie internationale, le Burundi a pu réaliser un progrès significatif depuis la fin de la guerre. Le pays a tenu des élections libres et transparentes en 2005. En 2009 le dernier groupe rebelle encore actif, le FNL, a déposé les armes. Malgré toutes les pressions effectuées par les autorités, la presse et la société civile burundaises ont continué à jouer leur rôle démocratique. La division entre Hutus et Tutsis n’est plus perçue comme la première cause de tous les maux burundais, et l’armée n’est plus l’instrument d’un groupe ethnique pour protéger ses privilèges.

Ce progrès s’est ralenti pendant les élections de 2010. Les principaux partis d’opposition ont décidé de retirer leurs candidats des élections présidentielles  et législatives en juin et juillet 2010, dénonçant ainsi ce qu’ils ont appelé une « fraude massive »[1] dans les élections communales de fin mai. La conséquence immédiate de ce retrait a été une victoire écrasante du parti au pouvoir, le CNDD/ FDD dans les scrutins suivants. Depuis lors, il y a une tension politique et une violence permanente grandissante dans  tout le pays, illustrée par l’intimidation, de nombreux assassinats et exécutions extrajudiciaires à caractère politique. L’attaque du 18 septembre à Gatumba où 36 personnes ont perdu leur vie ravive de manière pénible la mémoire des massacres d’avant les élections de 2005.  Les libertés civiles et politiques acquises difficilement sont mises en mal par les services étatiques qui procèdent par des intimidations, les convocations et interrogatoires intempestifs et même par des emprisonnements des membres de la société civile, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes, des avocats, activistes anti-corruption, etc. Déjà, au début 2011, le Secrétaire-général des Nations Unies, Monsieur Ban Ki-moon, a exprimé ses inquiétudes sur le retour d’un climat d’impunité à travers l’intimidation, la torture, les arrestations … des membres de l’opposition, et des exécutions extrajudiciaires[2].

Comme évolutions positives, il est à noter que le gouvernement burundais a récemment confirmé son engagement d’avancer dans la mise en place des mécanismes de la justice transitionnelle et une Commission Vérité et Justice en 2012. En mai 2011, il a déjà installé la Commission nationale indépendante pour les droits de l’homme (CNIDH), dirigée par des activistes de la société civile qui se sont distingués dans la défense des droits de l’homme, mais cette Commission n’a pas encore reçu des moyens suffisants de fonctionnement

En bref, le Burundi a fait un progrès important vers la paix, mais la page du conflit n’est pas encore définitivement tournée. Un appui loyal des partenaires extérieurs reste donc crucial.

EurAc encourage l’Union Européenne et ses Etats-membres à :
Insister sur la responsabilité du gouvernement d’assurer la sécurité de toute la population burundaise, en  mettant fin à l’impunité et à la violence actuelle, par des mesures légitimes et en respectant les droits de l’homme.
Encourager le gouvernement à créer un climat favorable au dialogue, incluant  l’opposition et d’autres partenaires de la vie nationale afin d’arriver à une approche plus inclusive. Il est crucial que les leaders qui ont quitté le pays en 2010 y rentrent  et que les partis  puissent entreprendre des activités politiques sur le terrain. Ceci implique un fonctionnement autonome des instances judiciaires et des enquêtes sérieuses en cas d’accusations de violence politique ou de torture.
Insister auprès du Gouvernement burundais sur le respect des droits de liberté d’expression, de presse et de réunion afin de garantir la participation de la société civile et des médias au renforcement de la démocratie.
Développer et publier une stratégie pour la mise en oeuvre des Orientations de l’UE pour la défense des défenseurs des droits de l’homme au Burundi.

II. La nécessité de soutenir des réformes institutionnelles en fonction de la bonne gouvernance

La mauvaise gestion des ressources de l’Etat reste un obstacle majeur dans la lutte contre la pauvreté et l’achèvement des OMD (Objectifs Millénaires du Developpement )  Le Burundi n’a pas une tradition de bonne gouvernance ; la corruption et le népotisme ont pénétré tous les secteurs de la vie publique  Le gouvernement burundais est tenu responsable pour le détournement de la moitié du budget national en deux ans, soit 200 milliards de francs burundais[3].

La gouvernance concerne la façon dont les fonctions et les services publics sont exécutés et  les ressources publiques administrées. Au niveau local, il s’agit de la capacité d’une région, d’une municipalité, d’une communauté de gérer ses propres affaires. La façon et la réussite dont seront opérées la décentralisation de l’Etat et sa redevabilité envers les citoyens auront une grande influence sur le développement au niveau local. La décentralisation est essentielle dans le renouvellement du paysage politique à partir de la base, tout en amenant un développement économique plus harmonieux. La participation citoyenne  à la reconstruction de l’Etat et à la restauration de sa crédibilité est très importante. Elle est également censée être une école d’apprentissage de la démocratie, en permettant aux citoyens d’exercer des responsabilités politiques au niveau local. Une Stratégie Nationale de Bonne Gouvernance et de Lutte contre la corruption a été développée de manière participative (incluant la société civile, le secteur privé et les bailleurs internationaux), mais qui est actuellement bloquée au niveau du Conseil des Ministres.

Les perspectives de développement du Burundi dépendront pour une bonne partie de sa capacité d’entamer la lutte contre la corruption, et d’accélérer la mise en place des réformes politiques et administratives  pour instaurer la bonne gouvernance, la participation citoyenne et la redevabilité de l’Etat. La société civile a un rôle majeur à jouer dans ce processus, surtout dans le contexte actuel où le parti au pouvoir développe des tendances autoritaires maintenant que l’opposition n’est pas représentée dans les institutions, suite à sa décision de se retirer du cycle électoral en 2010.

Malgré de nombreux appuis au Parlement, celui-ci n’est pas encore arrivé à jouer son rôle de contrôleur du Gouvernent, au contraire il se contente plutôt de bénir les décisions illégales et anti-pauvres prises par les membres du Gouvernement. En témoignent les mesures d’augmentation des prix des documents de voyage et de l’eau et électricité.

Il est donc recommandé à l’UE et ses Etats-membres de :
– Reconnaitre et renforcer dans leur programmation le rôle-clé de la société civile burundaise, et  exploiter les possibilités dans leurs instruments de développement et leurs lignes budgétaires en fonction de ceci.
– Renforcer le Parlement burundais dans son rôle de contrôleur de l’action gouvernementale et de défenseur des intérêts du citoyen burundais.
Soutenir l’élaboration de procédures et la mise en place des organes et de mécanismes qui peuvent effectuer un monitoring transparent de la planification, l’implémentation et la justification des dépenses gouvernementales.
Soutenir la consolidation du cadre légal et réglementaire de la décentralisation et du développement communautaire.
Contribuer à la création et la protection d’un espace où la société civile et la presse indépendante puissent jouer leur rôle démocratique.
Maintenir leurs programmes d’aide et contribuer à la mise en place des mesures contre la corruption, notamment par le renforcement de capacité des institutions nationales et en soutenant le travail courageux sur la transparence fait par la société civile burundaise.
Encourager l’adoption de la Stratégie Nationale de Bonne Gouvernance et de Lutte contre la Corruption, telle qu’elle a été développée par le Gouvernement, en collaboration avec les différents partenaires du pays.

III. La lutte contre la pauvreté

Le conflit a détruit une partie importante de l’infrastructure socio-économique et du capital productif. Malgré tous les efforts d’améliorer de façon substantielle l’accès à l’éducation et aux soins de santé, les Burundais continuent à vivre dans la pauvreté extrême.

Le Burundi est un des pays les moins urbanisés dans le monde. Plus de 80% de la population vit dans les zones ruraux. L’agriculture représente 95% des revenus de la population rurale, et plus de deux tiers (69%) de cette population rurale vit en dessous du seuil de pauvreté (comparé aux 34% dans les villes). La pression sur la terre est énorme et la taille moyenne des parcelles n’est que de 0,5 hectare. L’économie rurale est très peu monétarisée. La capacité d’épargne et l’accès aux crédits sont très bas à cause de la presque inexistence des institutions de crédit. Les services étatiques fonctionnent très difficilement à cause des destructions pendant le conflit et par le manque de moyens.

La distribution des terres, la perte de la fertilité du sol, l’utilisation de techniques traditionnelles et rudimentaires, les services inadéquats d’appuyer la production et le marketing, et le taux d’analphabétisme, sont d’autres raisons de la productivité limitée de l’agriculture et des bas revenus des familles rurales.

La capacité de l’économie rurale de générer des emplois en dehors de l’agriculture est extrêmement réduite. ’Le faible pouvoir d’achat et les augmentations incessantes des prix des consommables contribuent à une insécurité alimentaire sérieuse et généralisée au niveau des ménages.
Vu le fait qu’une très grande majorité des Burundais dépendent pour leur survie quotidienne des activités  d’agriculture familiale, il est important que l’Union européenne, ses Etats-membres et les autres bailleurs restent engagés à appuyer le secteur agricole, si nous voulons que le Burundi fasse un progrès dans l’achèvement des OMD, plus particulièrement la lutte contre la faim
En plus, il est nécessaire que les bailleurs contribuent, en augmentant l’appui à l’agriculture à court et à moyen terme, au développement du capital humain nécessaire pour les stratégies de croissance économique à long terme, y compris par l’intégration régionale.  

IV. Appui multilatéral au Burundi

Comparé à ses deux voisins le Rwanda et la République Démocratique du Congo, le Burundi a toujours reçu des sommes relativement modestes comme appui à son développement, même si actuellement le budget national dépend à 51% des appuis extérieurs. La France et la Belgique sont les bailleurs bilatéraux les plus importants du Burundi, contribuant ensemble autour de 20% de l’aide que le pays a reçu en 2007-2009. Les Etats-Unis sont devenu un partenaire de plus en plus important aussi en augmentant leur contribution de 26 à 40 millions de US$ dans la période 2007-2010. L’Union Européenne est parmi les trois bailleurs bilatéraux les plus importants, avec une contribution de 108 millions de US$, comparées aux 375 millions de la Banque Mondiale.

EurAc a toujours plaidé pour une approche équilibrée et cohérente de tous les partenaires extérieurs du Burundi. Nous trouvons qu’une telle approche reste importante aujourd’hui.
L’union européenne et ses Etats-membres devraient maintenir leur aide au Burundi comme un élément essentiel d’une stratégie cohérente de developpement pour la région entière.  
Sur demande du gouvernement burundais, en janvier 2011, les Nations Unies ont réduit leur présence au Burundi, d’un staff de 450 personnes à moins de 60 personnes.
L’Union européenne et ses Etats-membres devraient aider à sauvegarder les résultats des années antérieures, en assurant un financement adéquat  
L’Union européenne et ses Etats-membres doivent s’impliquer dans les discussions sur le mandat onusien au Burundi et s’assurer que la mission onusienne dispose des ressources nécessaires pour aider le Burundi à consolider la paix.

V. Intégration régionale comme stratégie de la croissance économique et pour la réduction de la pauvreté au Burundi

La position stratégique du Burundi en Afrique Centrale et en Afrique de l’Est offre des opportunités pour améliorer les perspectives de développement pour le pays et pour la région. L’adhésion du Burundi à la Communauté Economique des Pays  des Grands Lacs (CEPGL) et à la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (CEA) contribuera à l’augmentation des opportunités commerciales, mais fournira aussi un cadre entre les pays impliqués qui renforcera les relations pacifiques et la coopération en matière de défense et de sécurité.

En effet, la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs (CIRGL) est un forum multilatéral très important dans la région. Mise en place pour promouvoir le Pacte de Stabilité, elle est entrée en vigueur en 2008 après ratification par les législatures nationales. Le Pacte contient des engagements importants sur (entre autre) les droits humains, la protection des civils, les ressources naturelles, la gouvernance démocratique et la non-agression. Le secrétariat est basé à Bujumbura. Il a facilité en 2010 la signature de l’Accord de Lusaka, où ses treize Etats-membres se sont mis d’accord sur des mesures concrètes pour combattre le commerce illicite des ressources naturelles. Le Burundi a un grand rôle à jouer dans le développement d’un multilatéralisme plus important dans la région.

Nous considérons que les efforts à long terme en fonction d’une intégration régionale sont complémentaires au combat contre la pauvreté et la faim au Burundi. Par voie de conséquence :

–  les partenaires bilatéraux et multilatéraux du Burundi devraient aussi renforcer leur appui à la CIRGL parce qu’il y a un besoin d’avoir un forum politique qui réunit les pays de la région, en complémentarité avec les différents réseaux d’intégration économique. En effet, le mandat de la CIRGL couvre plusieurs problématiques qui ne peuvent pas être réduites à leur seule dimension économique.  

VI. Conclusions et recommandations complémentaires

Le Burundi se trouve devant des défis énormes dans le combat de la pauvreté, vu les facteurs économique, politique et en termes de gouvernance. Le pays dépend pour une grande partie de l’aide étrangère, qui finance 50% du budget national. Jusqu’à nouvel ordre, l’aide étrangère reste la clé déterminante dans la capacité du Burundi à réaliser ses politiques de développement et à achever ses engagements dans les OMD. Déjà maintenant, il paraît très improbable que le Burundi rencontrera ces engagements. Ainsi donc :

le maintien des niveaux actuels dans la coopération bilatérale et multilatérale avec le Burundi est une nécessité pour que le pays puisse implémenter la prochaine phase du PRSP et progresser vers l’achèvement de ses engagements vis-à-vis des OMD.
 chaque partenaire bilatéral ou multilatéral doit faire une étude sérieuse sur l’impact potentiel de sa décision avant de supprimer ou diminuer ses activités au Burundi.

Bruxelles, Bujumbura, 11 octobre 2011,

Pour Forsc :                                                                                                                                                       Pour EurAc :

Pacifique NININAHAZWE                                                                                                                           Kris BERWOUTS
Secrétaire exécutif                                                                                                                                           Directeur


[1] Les différentes missions d’observation, dont celle d’EurAc et de Cosome, n’ont pas constaté des fraudes massives qui leur permettraient de souscrire la thèse de l’opposition. Voir aussi l’éditorial d’Echos des Grands Lacs, Bulletin EurAc n°67 de juillet 2010 : Ne commettez pas un délit de fuite. »

[2] “UN downsizes Burundi office”, Agence France Presse, 1 janvier 2011.

[3] “Half of the National Budget Embezzled Within Two Years”, 2 février 2008, All Africa, Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations au Burundi (Olucom).

Afrique Insurge-toi, un livre de Isidore Feujo

Afrique, Insurge-toi!/Auto-édition, juillet 2011

Mon livre AFRIQUE INSURGE-TOI part du constat d’échec des politiques publiques de développement appliquées dans le contexte africain depuis plus de 50 ans qui sont sans solutions et au mieux « fabriquent » une croissance insuffisante, non inclusive et non solidaire.

Il  tente de créer une alchimie entre l’histoire, la culture, l’économie politique et le social   dans le but de faire de l’Afrique une seule nation en 2020 ( l’Union africaine des Etats Indépendants ou UA-EI par exemple) et la 5ème économie mondiale en 2020 grâce à un PIB nominal de 6.000 à 7.000 milliards USD contre seulement 1.685 milliards USD en 2010 : réalisation des investissements massifs de l’ordre de 1.225 milliards (selon le bureau directeur des OMD pour l’Afrique de 2010 à 2020) à 2.000 milliards USD en 10 ans selon mes propres travaux à partir de 3 paniers de besoins panafricains de resplendissement de l’Afrique (celui des villages où vivent 60% de la population africaine, celui des villes sachant que 3 urbains sur 4 sont des « bidonvillois », et celui des superstructures telles que l’Union africaine les Centres économiques régionaux (CER),  le NEPAD, la Banque centrale africaine (BCA),  le Fonds africain d’investissement (FAI), le la Banque africaine d’investissements (BAI),  les projets, chantiers et travaux panafricains) et création de 15 millions d’emplois par an sur 10 ans contre moins de 9 millions par an, donnée d’avant la crise selon le BIT.

Seuls les emplois décents massifs  (moins de 10% d’emplois en Afrique sont décents contre près de 50% en Asie et en Amérique et plus de 60% dans les pays développés) pourraient générer des revenus décents et donc sortir l’Afrique de la misère. Côté financement, il faudrait faire  appel à la solidarité panafricaine (tontines, emprunts obligataires…) et à l’exploitation avec intelligence de seulement 5% des 40.000 milliards USD des réserves de ressources naturelles de l’Afrique, montant estimé par un cabinet d’Expert international. Parce que l’APD est  » fatale », les prêts internationaux sont  « éternels » et asservissants, les IDE sont mal orientés et peu efficaces, les économies des pays riches sont plombées par des déficits et dettes abyssaux et que le FMI et la BM n’ont pas les moyens de leurs politiques, l’Afrique devrait compter sur elle-même. Donc, Afrique au travail, ce qui ne doit pas faire peur car l’Afrique  en a besoin surtout sa jeunesse.

C’est donc la fin programmée d’une APD « fatale » et des prêts internationaux consentis avec des taux exorbitants qui avaient pris le relais des  dettes odieuses nées aux lendemains des indépendances. Avant tout et au coeur de tout, il faudrait à l’Afrique une stratégie développementaliste et humaniste , celle par exemple que nous préconisons. Vivement le COPRA (consensus panafricain pour le resplendissement de l’Afrique ), le nom de cette stratégie.
Bonne réception
Isidore FEUJO
Expert-comptable
La Celle Saint Cloud
FRANCE

Paul Kagame et le général américain Wald, commandant adjoint de l’Etat-major du commandement américain en Europe et son équipe à Kigali en juillet 2004

Le Rwanda occupe une bonne place dans les centres de décision du monde. Quel est son secret ?

Paul Kagame et le général américain Wald, commandant adjoint de l’Etat-major du commandement américain en Europe et son équipe à Kigali en juillet 2004
Paul Kagame et le général américain Charles F. Wald, commandant adjoint de l’Etat-major du commandement américain en Europe et son équipe à Kigali en juillet 2004.

Le Rwanda est un des rares pays africains qui occupe une place de choix dans les centres de décisions du monde. Des organisations internationales en passant par des missions de maintien de la paix, le Rwanda a un siège dans l’arène des grands de ce monde. Sur le plan régional, il n’est pas en reste. Il est l’épicentre de la géopolitique des pays des Grands-Lacs.

Sur le plan international, les cadres rwandais ont fait une percée vertigineuse. La Rwandaise Valentine Sendanyoye Rugwabiza est un des quatre Directeurs généraux adjoints de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Elle seconde à ce titre le français Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC. Madame Rugwabiza a été désignée à ce poste le 1er octobre 2005 alors qu’elle était Représentante permanente du Rwanda auprès de l’ONU à Genève et Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire en Suisse. Son second mandat a été renouvelé pour quatre ans à partir du 1er septembre 2009.

L’OMC est un lieu où les gouvernements négocient des accords commerciaux, où ils règlent leurs différends commerciaux. Le Rwanda ne représente pas grand-chose dans le commerce mondial, mais il joue un rôle capital dans un lieu où se décident les enjeux du commerce mondial.

Depuis 2005, Donald Kaberuka, ancien ministre des Finances et du Plan du Rwanda, est à la tête de la Banque Africaine de Développement (BAD). Son élection n’a pas été facile car il a fallu plusieurs tours pour départager les candidats en lice. Après son mandat de cinq ans, il a été réélu pour un second mandat à la tête de cette principale institution financière du continent africain. Cette banque compte 77 pays membres composé de 53 pays africains et 24 pays d’Amérique du Nord et du Sud, d’Europe, d’Asie et du Moyen-Orient, qui détiennent à eux seuls presque 40 % des actions et pèsent donc lourdement sur le vote.

Une autre Rwandaise, Mbaranga Gasarabwe a été nommée à l’ONU, en avril 2011, comme sous-secrétaire générale à la sûreté et à la sécurité. Le communiqué du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, précise qu’à ce poste, Mbaranga Gasarabwe sera chargée du renforcement de la gestion quotidienne et interne de ce Département.

Au niveau européen, le chirurgien ophtalmologiste d’origine rwandaise, Placide Kalisa, a été élu Président du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX) en février 2011. Sur plus de 60 ans d’existence de l’association, le Dr Placide Kalisa est le premier président noir, d’origine subsaharienne, à assumer cette fonction.

Depuis 2007 l’armée rwandaise a un contingent estimé à 2.000 soldats dans les Forces de maintien de la paix au Darfour sur un total de 7.000 hommes déployés dans cette région du Soudan. Le Gén. Maj. Karenzi Karake, avait été nommé commandant adjoint de cette force hybride de l’ONU et de l’Union Africaine (MINUAD). Rappelé, il fut remplacé par son collègue, le général de corps d’armée Patrick Nyamvumba qui fut nommé en juillet 2009, par décision conjointe du Secrétaire général des Nations-Unies et du Président de la Commission de l’Union africaine, Commandant de la MINUAD, en remplacement du général Martin Luther Agwai, du Nigéria.

En avril 2011, le conseiller spécial US pour le Darfour et le ministre de la défense rwandais ont convenu à Kigali que le Rwanda va envoyer 4 hélicoptères de combat auprès de l’UNAMID (Mission des Nations Unies au Darfour) afin de renforcer les opérations de maintien de la paix dans cette région.

Toujours au sujet du Soudan, le Rwanda va encore jouer un grand rôle quand le sud de ce pays va avoir son indépendance en juillet de cette année. A l’occasion de la visite de cet émissaire américain, le Rwanda s’est dit prêt à envoyer un bataillon pour assurer des missions de sécurité dans ce pays africain nouveau-né.

L’ONU a encore sollicité le Rwanda qui a envoyé, en mars de cette année, 120 policiers en Haïti pour intégrer la police onusienne (UNPOL), dans le cadre de la MINUSTAH, mission de maintien de la paix de l’ONU en Haïti.

Sur le plan régional, le Rwanda se positionne en leader des pays limitrophes. Au Burundi, le président Nkurunziza a Pau Kagame comme mentor. En RDC, le Rwanda y garde une influence prépondérante. Il occupe encore le Kivu par ses hommes de paille interposés et à Kinshansa, Joseph Kabila reste sous l’emprise de ses anciens chefs militaires que sont les généraux James Kabarebe et Paul Kagame.

Par calcul, le Rwanda a remplacé le français par l’anglais. Les puissances anglo-saxonnes pèsent plus lourd que la France et les pays francophones dans la conduite des affaires mondiales.

Toujours au niveau régional, le docteur Richard Sezibera, ministre rwandais de la Santé, vient de succéder au Tanzanien Juma Mwapachu, à la tête de l’East African Community (EAC). La nomination de ce Rwandais, en avril 2011, a été marquée par une vive polémique entre les Etats membres, certains considérant que ce pays n’avait pas suffisamment d’ancienneté au sein de l’organisation. Mais le Rwanda a eu le dessus.

Quelques années auparavant, soit en juillet 2003, Patrick Mazimpaka, un ingénieur géologue rwandais,  avait été élu Vice-président de la Commission de l’Union africaine, poste qu’il occupe jusqu’aujourd’hui.

Contre toute attente, en 2010, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a choisi Paul Kagame et le premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero pour co-diriger le programme « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD) qui a pour but de réduire l’extrême pauvreté dans le monde d’ici 2015. Le Rwanda représente ainsi tous les pays en voie de développement dans ce programme colossal.

Paul Kagame est le produit du président ougandais Yoweri Museveni, dont l’étoile commence à pâlir après 25 ans de règne. Paul Kagame est donc choisi avec l’appui du monde anglo-saxon pour assurer la relève.

Selon les révélations du  site Wikileaks, Olusegun Obasanjo, émissaire des Nations-Unies en République Démocratique du Congo en 2008 durant la crise de la rébellion dirigée par Laurent Nkunda, aurait dit que Joseph Kabila n’est pas apte à diriger un grand pays comme le Congo et qu’au contraire, il voit en Paul Kagame l’homme parfait pour cette tâche. Il s’entretenait alors avec l’ambassadrice américaine auprès des Nations-Unies le 10 octobre 2009.

Tous ces faits sont troublants. En effet, faute de légitimité intérieure, le président Paul Kagame a vendu son âme aux puissances anglo-saxonnes et il investit toute son énergie à soigner son image à l’extérieur du pays souvent avec de grosses sommes d’argent allouées aux sociétés de lobbying. Il fait passer des intérêts étrangers à ceux des Rwandais. Il érige des « villages Potemkine » afin de masquer la misère dans laquelle végète la population.

Par ailleurs, ces cadres rwandais ne peuvent que rouler, pour la plupart, pour ces super-puissances qui ont des fois donné un coup de pouce pour leur recrutement. En retour, ils leur servent d’yeux et d’oreilles pour la conduite des affaires du monde.

EdA Press