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Rwanda. Les piliers immatériels du régime dictatorial de Paul Kagame

kagame clinctonLe régime du FPR qui règne sur le Rwanda depuis 1994 est issu d’une conquête militaire initiée de l’extérieur et imposé  à la population conquise.  Il n’a donc aucune légitimité sauf celle qu’il voudrait se forger et qui repose sur un fait discutable : « avoir arrêté un génocide ». Ce régime cruel et donc forcément impopulaire, est maintenu à bout de bras par tous les moyens possibles et imaginables (juridiques, militaires, diplomatiques, …), contre toute logique, par les puissances qui l’ont pensé depuis leurs bureaux de Washington, Londres ou Bruxelles, et qui ont tenté l’expérience de l’installer au Rwanda.

L’impunité dont les agresseurs ont joui et dont le régime qui en est issu continue de jouir de la part de ce qui est appelé la « communauté internationale » et le traitement de faveur dont il est l’objet, sont devenus scandaleusement historiques.

Dès le départ, l’agression dont fut victime le peuple rwandais le 01octobre1990 de la part des éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda était une  violation flagrante du droit international. L’Etat de l’Ouganda, membre des Nations Unies, venait bel et bien d’agresser le Rwanda lui aussi membre des Nations Unies en l’attaquant avec ses troupes régulières[1]. Non seulement, le Conseil de Sécurité de l’ONU censé trancher dans une telle situation dans sa mission d’assurer la paix ne voulut pas s’en saisir, et une fois saisi, considéra  le cas comme un « conflit interne ». Pourtant, cette agression foulait aux pieds même les principes de l’ONU en matière de réfugiés tels qu’ils devraient être défendu par le  HCR qui est l’une de ses agences. L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), ancêtre de l’actuelle Union Africaine, avait, elle, adopté une Convention  en matière des réfugiés.

La Convention de l’OUA de 1969 régissant les aspects propres aux problèmes des réfugiés en Afrique, en son article 3, stipule que : « Un réfugié doit d’abstenir de tous agissements subversifs dirigés contre un état membre de l’OUA ».

L’alinéa 2 du même article 3 impose aux états signataires le devoir «  d’interdire aux réfugiés établis sur leurs territoires respectifs d’attaquer un quelconque état membre de l’OUA… ».

Mais simple coïncidence ou bon choix du moment ? En octobre1990, quand le Rwanda fut agressé par l’Ouganda, qui l’a envahi avec des éléments tutsi de son armée régulière, l’OUA était présidée par …Yoweri Museveni, le président de l’Ouganda. Tandis que le Secrétaire Général de cette organisation était un tanzanien du nom de Salim Ahmed Salim. Ce dernier était non seulement lié par alliance aux éléments tutsi de l’armée ougandaise qui venaient d’envahir le Rwanda mais aussi était un ancien collègue de Museveni à l’Université de Dar Es Salaam et étaient restés amis quand Museveni était encore au maquis et Salim Premier Ministre de Tanzanie. C’est donc avec peine que le Rwanda pouvait faire entendre sa voix au sein de l’OUA car si Salim Ahmed Salim n’omettait pas tout simplement de mettre cette question à l’ordre du jour, Museveni s’employait à convaincre ses pairs que la question était interne au Rwanda.

Après quelques mois de guerre, la victime commença à être présentée comme bourreau. Le gouvernement rwandais d’alors fut mis sous pression jusqu’à reconnaitre l’entité politique issue du Corps Expéditionnaire de l’armée de l’Ouganda comme un interlocuteur politique avec qui il devait discuter des affaires du Rwanda. Les pressions unilatérales furent si énormes que le régime Habyarimana dut  céder pour instaurer le multipartisme en plaine guerre (en fait donner libre cours aux complices des agresseurs d’opérer légalement et au grand jour à l’intérieur) ce qui équivalait à se faire harakiri. Et quand vint le moment des négociations avec les agresseurs, leur interlocuteur qui devait être le « gouvernement rwandais » n’était qu’un conglomérat de personnalités dont beaucoup étaient liées aux envahisseurs et d’autres mues par leurs intérêts égoïstes. Ce conglomérat qualifié de « gouvernement de coalition » ne pouvait non seulement pas présenter une position commune et ferme aux agresseurs,  mais encore dénonçait à ceux-ci, ceux des vrais patriotes et républicains démocrates qui tentaient de s’opposer à la conquête. Ils étaient soit politiquement neutralisés, ou alors simplement physiquement éliminés.

Les négociations dites d’Arusha furent donc biaisées et l’Accord qui  en sortit était léonin. Les assaillants du FPR raflaient presque toute la mise que ce soit politiquement ou militairement. Malgré toutes ces concessions, ces assaillants s’en moquaient comme la suite allait le révéler.

Les générauxMarcel Gatsinzi,  Roméo Dallaire, et Frank Mugambage

Les générauxMarcel Gatsinzi, Roméo Dallaire, et Frank Mugambage

La force de l’ONU dite MINUAR (Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda) sous le commandement du général canadien  Roméo Dallaire et qui était censée aider à « implémenter » cet accord avait en fait une mission secrète à savoir aider les assaillants venus d’Ouganda à infiltrer la capitale rwandaise et à être prêts à s’emparer des positions stratégiques le moment venu pour l’assaut final.  Cet assaut final fut déclenché le 06 avril 1994 par l’attentat terroriste qui coûta la vie au Président Juvénal Habyarimana et à son homologue burundais Cyprien Ntaryamire et leurs suites quand l’avion qui les ramenait à Kigali fut abattu par deux missiles sol-air tirés par un commando de l’APR, le Corps Expéditionnaire de l’armée ougandaise qui avait envahi le Rwanda en 1990. Aussitôt après, ses éléments installés ou infiltrés dans Kigali commencèrent à se livrer aux assassinats ciblés et à occuper certaines positions stratégiques de la capitale avec l’aide de la MINUAR, tandis que d’autres unités de combat étaient envoyées en renfort depuis l’Ouganda. Le territoire  rwandais fut alors conquis systématiquement, colline par colline, jusqu’ à ce que ce Corps Expéditionnaire qui était venu d’Ouganda en octobre 1990 s’en empare entièrement. C’était en juillet 1994.

Mais cette conquête s’est effectuée au prix de milliers de morts. D’une part, le Corps Expéditionnaire venu d’Ouganda rasait sur son passage des collines entières habitées par des Hutu. D’autre part, certains Hutu dans la panique et le chaos généralisé, s’en prenaient  aux Tutsi ayant envoyé leurs enfants en Ouganda grossir les rangs des assaillants ou ayant manifesté des sympathies envers eux.

Paradoxalement, après la conquête du Rwanda par ces éléments tutsi mais de nationalité ougandaise car membres de son armée régulière, la Communauté Internationale (en fait les puissances qui ont pensé et décidé du sort du Rwanda) a mis les victimes de cette conquête sur le dos de la population conquise en l’accusant d’avoir commis « un génocide » ! Pire encore, cette même « Communauté Internationale » semble avoir avalisé la tentative des conquérants de se donner une quelconque légitimité. En effet, les conquérants venus d’Ouganda ne disent pas dans leurs discours officiels qu’ils ont conquis le Rwanda par les armes venant d’Ouganda,  mais ils disent qu’ils seraient venus pour « y arrêter le génocide » !

Face à ce constat, on peut alors se demander pourquoi  en est-on arrivé là. Pourquoi cet aveuglément de certaines puissances jusqu’à ériger le mal en vertu quand il s’agit du Rwanda et persévérer dans l’erreur contre toute logique ?

Dans les capitales des puissances qui décidaient  du sort du monde en 1990, le cas du Rwanda a été pris comme un cobaye de laboratoire avec ce postulat: peut-on faire revenir la minorité au pouvoir dont elle fut chassée 30 ans auparavant ? La réponse des analystes fut : « OUI, à condition  de la soutenir militairement et de ne pas tenir compte des ‘‘dégâts collatéraux’’ » (massacres interethniques qui accompagneraient la conquête et les représailles qui la suivraient). Le feu vert fut donc donné avec ordre de tout faire pour que la minorité soit réinstallée au pouvoir au Rwanda quels que soient les dégâts collatéraux. La mise en exécution de cette décision fut la guerre enclenchée en 1990 et son aboutissement en1994.

Le régime actuel installé au Rwanda en 1994, constitue donc un bébé-éprouvette né dans les labos des puissances occidentales. Celles-ci doivent tout faire pour qu’il ne meurt pas prématurément,  pour qu’il grandisse. Elles continuent de tout faire pour que ce régime artificiel s’affirme. Son échec, serait un échec personnel de ceux qui l’ont conçu. Insupportable tant qu’ils en auront les moyens.

Quelles en sont les piliers immatériels ?

Les médias et les ONG: Les puissances « faiseurs de rois » à travers le monde mais surtout en Afrique savent qu’aucun régime ne peut survivre s’il est la cible des grands médias internationaux et si les ONG sous leurs contrôles l’accusent systématiquement. De même, elles savent que tant qu’un régime même le plus dictatorial, le plus criminel, le plus corrompu d’Afrique, tant qu’il a les médias de son côté qui ne présentent que la belle facette de sa nature et même en exagérant et en même temps que les principaux ONG ne peuvent oser critiquer ou produire des rapports recommandant des sanctions, ce régime ne pourrait être renversé par ses éventuels opposants.

Dans le cas du régime installé au Rwanda en 1994, comment fonctionnent ces piliers (médias et ONG) ?[2]

Les grands médias du monde peuvent être rangés dans trois catégories : ceux qui sont sous le contrôle étatique, ceux qui appartiennent aux  magnats de la presse mondiale  et enfin ceux qui peuvent être qualifiés « d’indépendants ».

génocideLes médias sous contrôle étatique reçoivent tout simplement des consignes indiquant ce qu’ils doivent dire ou ne pas dire concernant tel ou tel pays. En ce qui concerne le Rwanda par exemple ce n’est pas la RTBF ou France 2 qui oseront contredire les thèses officielles du régime Kagame.

Tandis que les médias sous contrôle des lobbies pro-tutsi et qui sont les plus nombreux et les plus puissants, leur ligne éditoriale est imposée en avance par les magnats de la presse à qui ils appartiennent. Ainsi par exemple RTL, France24, CNN,… pour se limiter à l’audiovisuel, ont comme ligne éditoriale, non seulement de ne jamais critiquer le régime du FPR de Kagame mais encore de faire sa promotion à toute occasion qui s’offrirait.

Enfin, les médias dits « indépendants » sont chaque fois approchés par les lobbies pro-tutsi qui leur indiquent comment se comporter face au régime de Kagame moyennant payement. Ils deviennent alors des caisses de résonnance de ces lobbies.

En ce qui concerne les ONG, il faut savoir que celles-ci sont financées par certains états souvent ceux-là même qui ont décidé de tenter l’expérience du FPR au Rwanda. C’est dans cette catégorie qu’il faut classer les agences de l’ONU et ses Commissions aux titres ronflants mais vides de sens : « Commission des Nations Unies aux Droits de l’Homme, de l’Enfant, de la Femme etc… ». Elles ne sont que des instruments des puissances qui les financent et ne dénoncent que ceux qui sont pointés du doigt par ces puissances. Quant aux autres ONG, elles sont financées par les magnats de la finance ou des célébrités politiques et médiatiques qui, souvent ont été mis en contact avec Paul Kagame par l’intermédiaire des mêmes lobbies à la base de la conquête du Rwanda (George Soros, Bill Clinton, Tony Blair…).

Conclusion et recommandations

On ne peut prétendre renverser un tel régime sans d’abord s’attaquer aux piliers qui le soutiennent. Tant que l’opposition ne sera pas à mesure de dénoncer dans les médias les crimes et autres violations des droits de l’homme du régime du FPR de Paul Kagame, et tant que ces médias ne  pourront pas en faire écho dans l’opinion, tout effort pour le renverser ou le faire infléchir sera vain car non justifié devant l’opinion. De même, tant que les Organisations de défense des droits de l’homme ne dénonceront pas les violations que commet le régime du FPR de Paul Kagame et ensuite recommander des sanctions comme elles sont promptes à le faire pour des régimes beaucoup plus démocratiques (Burundi, RDC,…), le régime continuera à agir impunément. Car, contrairement aux apparences, le régime du FPR de Paul Kagamé est très fragile car bâti sur ces deux piliers : le mensonge et la dissimulation. Ce régime ne tiendrait pas quelques mois face à une campagne médiatique de dénonciation publique de ses crimes et violations des droits de l’homme. On a vu comment une seule émission d’un seul média britannique l’a fait trembler sur ces bases. On s’imagine ce qu’il adviendrait si chaque soir toutes les télévisions du monde diffusaient des reportages dénonçant ces crimes. Ensuite, vivant essentiellement des aides extérieures dispensées sans compter et sans condition, le régime ne survivrait pas à des sanctions, même ponctuelles, de certaines puissances. On a vu comment, à la suite de menaces de sanctions pour son soutien au M23, l’atmosphère était à la panique à Kigali, ce qui l’a contraint à le lâcher.

Toute opposition devrait donc se donner pour objectif (même platonique) et s’en donner les moyens,  de tout faire pour que les crimes du régime du FPR de Paul Kagame soient dénoncés dans les médias et que les ONG demandent que des sanctions soient prises contre ce régime. Les formations de l’opposition ont suffisamment de cerveaux qui peuvent étudier comment contourner ou escalader le mur qui protège le régime du FPR de Paul Kagame contre toute critique et toute dénonciation de ces crimes. Les autres moyens de lutte seraient alors alignés dans la foulée mais pas avant, sinon ce serait « mettre la charrue avant les bœufs ».

Emmanuel Neretse


[1] Le Corps expéditionnaire qui a envahi le Rwanda le 01 octobre 1990  était commandé par des officiers de l’armée régulière de ce pays et qui occupaient encore des hauts postes de commandement dans l’armée.

  • Maj Gen Fred Rwigyema : Vice-ministre de la Défense de l’Ouganda;
  • Maj Chris Bunyenyezi : Commandant de Brigade Est en Ouganda ;
  • Maj Peter Bayingana : Chef du Service de Santé de l’armée ougandaise ;
  • Maj Paul Kagame : Directeur Adjoint des Renseignements militaires de l’Ouganda ;
  • Maj Samuel Kanyemera alias Kaka : Commandant de la Police Militaire, Kampala ;
  • Lt Colonel Adam Waswa : Chef des Services Logistiques de l’Armée, Ouganda ;
  • Maj Nduguteye alias Kalisoliso : Commandant de la marine, Ouganda ;
  • Maj Bosco Nyirigira : Commandant 310 Brigade, Soroti, Ouganda ;
  • Capitaine Kayitare : Aide de camp du Maj Gen Rwigyema ;
  • Capitaine Muhire : Officier dans la Garde Présidentielle de Museveni
  • Capitaine Ngoga : Officier dans la Garde Présidentielle de Museveni.

Avec de tels grades et rangs dans l’armée régulière de l’Ouganda, il serait farfelu de devoir faire des recherches sur l’origine de leurs parents pour déterminer s’ils étaient ou non « Ougandais » et donc exonérer l’Etat ougandais d’avoir agressé l’Etat rwandais. C’est pourtant ce à quoi se sont adonnées l’OUA et l’ONU et l’ont réussi.

[2] Les médias engagés pour le régime tutsi du Rwanda. Audio-visuel : France 24 (France), TV5 Monde (France), RFI (France), RTBF (Belgique), RDI (Canada), CNN, (USA), VOA (USA), BBC (GB), DW ((Allemagne). Presse écrite : Libération (France), Le Figaro (France), Jeune Afrique (France), The New York Times (USA) Washington Post (USA), Le Soir (Belgique), La Libre Belgique (Belgique).

Les ONG complices du régime tutsi du Rwanda : FIDH (France), Survie (France), LICRA (France), SOS Racisme (France), Amnesty International (GB), HRW (USA).  Les agences de l’ONU comme : le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), le Haut Commissariat aux Droits de l’Homme (HCDR), la Cour Pénale Internationale (CPI).

Rwanda. 2016 : Année des « Hutu de service » !

Introduction 

musa-fazilDepuis la conquête du Rwanda par les éléments tutsi de l’armée de l’Ouganda en 1994 après près de quatre ans de guerre meurtrière, les nouveaux maîtres du pays ont instauré un régime atypique dont l’étude de certaines de ses caractéristiques  n’est pas sans intérêt.

D’un côté, le groupe tutsi ayant désormais le pouvoir politique absolue au Rwanda entendait aussi dominer tous les autres secteurs essentiels de la vie nationale : défense et sécurité, système judicaire, économie, éducation … Mais d’un autre côté, cette clique venue d’Ouganda avaient besoin de bras  ne fut ce que pour faire marcher  un tant soit peu ces secteurs.  Pour concilier ses exigences mais aussi pour donner le change à l’opinion internationale que le  vainqueur tutsi a eu l’amabilité d’associer le Hutu vaincu  à la gestion du pays, certains Hutu seront associés symboliquement, mais de façon ostentatoire, au pouvoir.

Outre l’aspect médiatique et propagandiste de cette association des Hutu au pouvoir, plus grave et plus cynique est son côté politique et social. Le régime tutsi entendait en effet user de cette association de quelques Hutu au pouvoir  pour expérimenter et implémenter la politique de déshumaniser tout Hutu  par l’humiliation et  par l’auto culpabilisation et la culpabilisation collective de la communauté hutu.

Ces cobayes hutu, généralement appelés « Hutu de service », doivent rivaliser de zèle pour :

  • Adorer leurs maîtres tutsi ;
  • Dans la campagne de culpabilisation collective de la communauté hutu ;
  • Dans l’auto-flagellation.

Tout le long du règne de la clique tutsi de Paul Kagamé depuis 1994, cette campagne a toujours été entretenue sous diverses formes et dans divers occasions. Le paroxysme  a été atteint en cette année 2016 comme nous allons le voir.

Voici un florilège des cas illustratifs de la dérive des « Hutu de service » :

  • Mussa Fazil Harelimana

mussa-fazil-harerimanaCet homme fut longtemps ministre soi-disant pour le compte de son petit parti : le Parti Socialiste Islamique (PSI). Il a commencé à étonner quand, en préparation d’une des simulacres d’élections que le régime organise, il a juré que son parti ne peut jamais oser présenter un candidat contre Paul Kagame.

L’on se souviendra ensuite que c’est le même Fazil Harelimana qui a lancé pour la première fois l’idée de collecter des pétitions en vue d’un référendum devant permettre à Paul Kagamé de rester président tant qu’il voudra. Il avait alors avancé l’argument comme quoi Paul Kagame avait acquis le Statut de « Baba wa Taifa » ce qui veut dire «  Père de la Nation » en langue swahili et que donc les élections ne le concernaient pas.

Ce « Hutu de service » d’un genre particulier étant donné son appartenance religieuse, n’est plus ministre, non pas qu’il fut remplacé mais parce que son département (Sécurité Nationale ayant en charge les prisons…) a été rattaché aux autres et donc a disparu. On entendra donc sûrement encore parler de lui.


A lire aussi : 

–  RWANDA : UNE ILLUSTRATION DU PHÉNOMÈNE « HUTU DE SERVICE »
–  RWANDA : LE POSTE D’AMBASSADEUR, UNE PORTE DE SORTIE POUR LES «HUTU DE SERVICE» ?
DILEMME DES « HUTUS DE SERVICE »


 

  • Jean Philibert Nsengimana

philbert-nsengimanaCe jeune homme d’une quarantaine d’années dont plus de cinq comme ministre de Paul Kagamé semble être le plus gravement atteint par cette campagne de déshumanisation et de chosification des jeunes cadres hutus. C’est en effet une cible vulnérable et symbolique du régime tutsi. Son père Joseph Bugingo, fut Bourgemestre de la Commune Gisovu à Kibuye de1976 à 1992. Il fut caractérisé par son humanité, son souci du bien-être et du développement de ses administrés sans distinction tout au long de son mandat à la tête de cette commune rurale.

Après la conquête du Rwanda par les éléments tutsi de l’armée de l’Ouganda, Joseph Bugingo, tout comme d’autres anciens bourgmestres qui n’ont pas pu fuir ou qui ont été ramenés de force fut jetés en prison. Aucun crime ne lui était reproché sauf le fait d’avoir été bourgmestre sous le régime Habyarimana.  Hélas !, il mourra en détention au moment même ou son fils Jean Philibert Nsengimana était fait « ministre ». Ce dernier reçut alors consigne de ses maîtres de condamner publiquement son défunt père et de regretter d’être né de lui.

Et au passage, il loue l’action des conquérants tutsi qui, selon lui, l’ont libéré en emprisonnant à mort son papa et en même temps en le faisant, lui J Philibert Nsengimana, « ministre ». C’est le discours qu’il tient partout où il se rend dans les coins du pays surtout quand il doit y rencontrer des jeunes. Rien de pire que cela comme humiliation et déshumanisation.

  • Evode Uwizeyimana

Il est le plus rotors mais aussi le plus farfelu de ces « Hutu de service ». Ce jeune homme avait volé au secours de la victoire des éléments tutsi de l’armée de l’Ouganda qui venaient de conquérir le Rwanda en 1994.  Il y resta jusqu’à la déconvenue de son mentor d’alors Faustin Twagiramungu de 2003.

uwizeyimana-eEvode Uwizeyimana se retrouvera alors au Canada d’où il poursuivit des études de Droit. Il se rendra surtout célèbre dans ses interventions sur les grandes radios du monde comme BBC ou VOA comme consultant et commentateur en matière judiciaire. Sa dernière action en exil fut la mise sur pied d’un comité (club) du tout nouveau  parti de Faustin Twagiramungu au Canada : le  « Rwanda Dream Initiative (RDI) ».

On retrouvera ensuite sa trace à Kigali faisant allégeance à ceux qu’il appelait sur les ondes de la BBC : « des bandits armés s’étant emparés du pays » en justifiant cette volte-face par son retard à l’allumage (compréhension de la réalité). Vulnérable qu’il était, après une brouille familiale, le FPR n’a pas fait d’efforts pour le repérer et le classer dans une catégorie bien définie.

Moins de deux ans après son retour, il vient d’entrer au gouvernement comme « Secrétaire d’Etat ». L’occasion pour monter qu’il est véritablement dans la peau d’un « Hutu de service » comme souhaité par ses maîtres lui fut donnée lors de la dernière réunion dite « Dialogue national » Umushyikirano. L’Evêque de Byumba, Monseigneur Servilien Nzakamwita, a attiré l’attention de l’assistance sur la problématique de la cellule familiale rwandaise afin de trouver des voies et moyens pour maintenir sa cohésion, ce qui constitue aussi un des volets de la sécurité dans toute société. C’est alors que le bouillant et imprévisible Evode Uwizeyimana s’est levé pour asséner à Monseigneur Servilien Nzakamwita qu’il ne devrait pas parler de famille car il n’en avait pas fondé ! Il ne saurait donc rien des problèmes des couples en famille.

A cette sortie, beaucoup dans la salle ont retenu leur souffle, mais les autres y ont vu un signe des temps. Il n’est pas en effet courant qu’un membre du gouvernement fasse taire une autorité morale qui parle des problèmes touchant son domaine pour lui clouer le bec au prétexte qu’il n’a pas vécu l’expérience ou ne se trouve pas dans la peau de ceux qu’il veut défendre.  Mais les vrais tenants du pouvoir riaient sous cape car l’Evêque ne pouvait pas être publiquement confondu par un homme politique bien élevé mais cette sale besogne est toujours confiée aux « Hutu de service » de la trempe d’Evode Uwizeyimana qui de ce fait sont perçus comme sans aucune moralité.

  • Olivier Nduhungirehe

ndungirehe-oIl est le plus zélé parmi les jeunes « hutu de service » mais son excès de zèle commence à embarrasser même ses maîtres. Ce garçon né en 1976 avec une cuiller d’argent dans la bouche (son père était alors Ministre de l’Economie et des Finances de Juvénal Habyarimana  depuis 1973 et restera au gouvernement pendant plusieurs années), ne supportera pas la vie d’un exilé même doré en Belgique après la conquête du Rwanda par les éléments tutsi de l’armée de l’Ouganda en 1994.

Pour avoir de  nouveau accès aux lambris du pouvoir, il fit allégeance aux nouveaux maîtres du pays et comme gage, il leur adressa des remerciements et même présenta des excuses de la famille, pour avoir assassiné son petit frère Janvier Jean Cyriaque Nduhungirehe qui fut fusillé devant le portail de la résidence familiale à Kigali en avril 1994 par les combattants du FPR.

Pour Olivier Nduhungirehe, en allant sur une barrière (en fait le portail de la propriété familiale) Janvier Nduhungirehe devenait un « Interahamwe » et donc devait être abattu par les combattants tutsi. Devant une telle déshumanisation et un tel cynisme, il fut admis parmi les tout nouveaux « Hutu de service ».

Il vient de monter en grade car nommé « Ambassadeur du Rwanda auprès du Royaume de Belgique du Grand Duché du Luxembourg et de l’Union Européenne… ». J’en oublie !

Dès sa prise de fonction, il multiplie des actes qui gênent non seulement ses hôtes et ses compatriotes en Belgique mais également ses maîtres de Kigali. Toujours pour montrer qu’il est le plus dynamique et le plus intelligeant des ambassadeurs, il multiplie des meetings politiques dans tous les coins du pays dans lequel il est accrédité non seulement sans aviser les services locaux mais surtout sans se soucier de ce que ce genre de meetings politiques du parti au pouvoir sortent de ses missions. De même, à travers les réseaux sociaux et autres canaux de communication, il échange, à longueur de journée, des noms d’oiseaux avec ceux qu’il perçoit comme des opposants au régime de Paul Kagamé et va même jusqu’à leur adresser des menaces («  les  mettre hors d’état de nuire »).

Comme si cela ne suffisait pas, le bouillant ambassadeur Olivier Nduhungirehe se croit avoir le droit de parler au nom de toutes les autres représentations diplomatiques du Rwanda en Europe. On l’a vu dernièrement quand il s’est égosillé pour expliquer ce qui s’était passé à l’ambassade du Rwanda à Paris quand un opposant au régime, l’abbé Thomas Nahimana, voulait rentrer au Rwanda pour faire enregistrer son parti. Pourtant, l’ambassadeur en titre à Paris, le tutsi Jacques Kabare qui, de ce fait, a un avis qui est plus autorisé que celui du « Hutu de service » Nduhungirehe, n’avait pas réagi.

De même, Nduhungirehe n’a pas hésité ou n’a même pas pris un petit recul pour trouver des explications au refus d’entrée au Rwanda dont furent victimes l’abbé Thomas Nahimana et son équipe. Il s’était alors fendue en explications juridico-administratives pour prétendre que le refus d’entrée était régulier et totalement justifié. Mais il n’avait pas fini d’embobiner l’opinion qu’il s’est fait taper sur les doigts par son Grand Maître Paul Kagame, lui-même qui, publiquement, a avoué ne pas comprendre le bien fondé de ce refus. Le tonitruant ambassadeur Olivier Nduhungirehe en prendra peut-être compte à sa prochaine sortie. Ce qui n’est pas acquis, le connaissant !

Conclusion

Mais pourquoi en cette année 2016, les « Hutu de service » ont-ils touché vraiment le fond dans leur humiliation et auto-criminalisation conduisant tout droit à leur déshumanisation assurée ? La réponse pourrait peut-être être trouvée dans le calendrier des événements attendus.

En effet, l’année 2017 sera marquée par les simulacres d’élections marquant l’instauration d’une nouvelle monarchie féodale au Rwanda entamée par la dynastie «  Kagame ». Les « Hutu de service » sont donc  appelés à faire avaler la pilule au peuple déjà déboussolé depuis 23 ans mais qui croyait toujours être sorti de la féodalité en1959.

Malgré tout : Bonne et Heureuse Année 2017.

Emmanuel Neretse

Géopolitique  de l’Afrique des Grands Lacs.  Etapes dans la réalisation du « modèle rwandais » 

modele-rwandais-imageIntroduction

Comme nous l’indiquions dans un article précédent (Echos d’Afrique du 08/08/2016) :

« Nous appelons « modèle rwandais », un régime qui serait installé dans un autre quelconque  pays du monde et qui aurait les caractéristiques du régime installé au Rwanda depuis 1994. ».  

Nous avions alors indiqué les principales caractéristiques du « modèle rwandais  à savoir :

  • Un régime dictatorial d’après les normes généralement reconnues en science  politique ;
  • Un régime qui ne peut être critiqué ni dans la presse ni dans les institutions internationales, mais au contraire qui ravit ses thuriféraires en les rémunérant grassement ;
  • Un régime pour lequel même les institutions internationales sont promptes à mentir ou à falsifier les statistiques quand il faut le défendre. »

Dans l’étude de la Géopolitique dans la région des Grands Lacs en Afrique, il est intéressant de se pencher sur les étapes qui ont abouti à imposer un régime clanique et dictatorial dans un des pays les plus surpeuplés et les plus pauvres du monde, dictature qui risque de passer dans l’Histoire comme le « modèle rwandais » car elle est en passe d’être implantée dans toute la région des Grands Lacs.

Le présent article a pour but de faire découvrir les étapes de la conquête du Rwanda, d’abord pour y essayer un « modèle rwandais », ce qui fut atteint  en 1994,  et par la suite, tenter  d’y instaurer une nouvelle dynastie tutsi qui étendra son influence dans toute la région dans un avenir plus au moins proche.

Etapes

[1]  1986-1988 : Prise de conscience que la reconquête du Rwanda par le armes, par les Tutsi, était désormais possible.

Après près de 27 ans d’exil dans les pays voisins et plusieurs tentatives infructueuses de reconquérir par les armes le pouvoir au Rwanda, les féodo-monarchiques peuvent se consoler. En ce début de 1986, leurs descendants nés ou en ayant grandi en Ouganda viennent de prendre le pouvoir dans ce pays à la faveur d’une rébellion  dirigée par Yoweri Kaguta Museveni, un ougandais de la tribu hima affiliée aux Tutsi, et dans laquelle ils s’étaient engagés en masse. Désormais, quasi maîtres de l’Ouganda dans l’armée dans laquelle ils étaient dominants (vice-ministre de la Défense, chef des  Renseignements militaires, chef des Services logistiques, chef du Service médical, plusieurs commandants des grandes unités…), les ex-réfugiés tutsi rwandais ( car  entretemps  naturalisés ougandais ), même les plus sceptiques, prirent alors conscience que s’ils sont parvenus à conquérir l’Ouganda, s’emparer militairement du modeste Rwanda de leurs ancêtres n’était qu’un jeu d’enfant. Il suffit d’être déterminé et de s’en donner les moyens.

[2]  1988-1990 : Cette période fut mise à profit pour l’élaboration des plans stratégiques en vue de la reconquête. C’est à cette époque que l’organisation dénommée « Rwandese Welfare Foundation » (RRWF), qui se présentait comme culturelle et qui regroupait les réfugiés rwandais en Ouganda, se transforma en une organisation politico-militaire, le Front Patriotique Rwandais (FPR). La lutte armée, comme moyen de conquête du pouvoir au Rwanda, fut adoptée lors du congrès des réfugiés rwandais tenu  à Washington aux USA du 17 au 20 août 1988. Le FPR deviendra ainsi une structure politique accompagnatrice de la conquête militaire et entreprendra des recrutements.

[3]  1990-1992 : Le caractère international de la guerre déclenchée le 01 octobre 1990  étant évident, les Tutsi et leurs souteneurs vont très vite s’atteler à légitimer cette  guerre d’agression.  Fort de la complicité des grandes puissances  occidentales, et constatant la naïveté du régime de Juvénal Habyarimana qui croyait en la bonne foi de ses anciens alliés français et belges alors qu’ils se moquaient de lui, l’Ouganda de Yoweri Museveni s’employa à faire occuper par les éléments tutsi de son armée, une portion du territoire rwandais . Cet objectif fut atteint dès juin 1992. Ainsi, les éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda pouvaient désormais être reconnus  comme une alternative au régime démocratique hutu en place depuis 1961. Ce qui fut vite acquis, ouvrant ainsi la voie aux négociations.

[4]  1992-1993 : Parallèlement à l’occupation d’une portion du territoire rwandais, le FPR occupa aussi le terrain politique en manipulant les opposants internes pour en faire ses alliés objectifs notamment par la signature d’un pacte à Bruxelles en juin 1992 par l’entremise des puissances occidentales.  Ces opposants à Habyarimana se retrouveront  comme des « dindons de la farce »après la conquête militaire du Rwanda par le FPR en 1994 comme nous allons l’indiquer plus loin.

[5]  1994 : L’assaut final pour la prise du pouvoir par les armes au Rwanda par la minorité tutsi fut déclenché le 06 avril 1994. Ce jour-là, un commando du FPR parvint à abattre l’avion dans lequel se trouvait le président Juvénal Habyarimana qui revenait d’un sommet régional tenu en Tanzanie. Il fut tué avec toute sa suite tout comme le président du Burundi Cyprien Ntaryamira qui voyageait avec lui. Le lendemain, Paul Kagame, qui commandait l’armée tutsi du FPR, ordonna une offensive générale sur tout le front  à savoir le long de la frontière avec l’Ouganda, sa base arrière, et dans Kigali où il disposait des milliers de combattants acheminés par la force des Nations Unies « la MINUAR » commandée par un général canadien au nom de Roméo Dallaire, Kagame refusera tout cessez-le-feu et même exigera le départ des troupes des Nations Unies qui ne seront plus appelées qu’après juillet 1994 quand il aura conquis tout le pays. Il va alors prétendre avoir « arrêté un génocide », ce qui constituera par la suite la seule source de légitimité de son pouvoir et de jouir de l’impunité totale pour ses crimes de guerre et contre l’humanité commis au Rwanda-même et dans les pays voisins.

[6]  1994-1995 : Début des désillusions des « dindons de la farce »

Les Hutu, qui ont aveuglément accompagné les Tutsi venus d’Ouganda dans leur conquête mais  sont, aujourd’hui, soit morts assassinés par leurs anciens alliés tutsi ou se retrouvent en exil ou en prison ou bien alors ils rasent les murs au Rwanda comme « Hutu de service » car considérés comme des « génocidaires » de père en fils. En effet, ils étaient nombreux à avoir œuvré à ce que le FPR gagne du terrain tant politique que militaire, à avoir même trahi les institutions du pays au profit d’un ennemi qui l’attaquait de l’extérieur et à avoir démoralisé les forces armées qui, pourtant les défendaient ainsi que leurs biens. Tout cela dans l’espoir d’être associé au régime qui allait remplacer celui de Habyarimana. Cette catégorie était si confiante et fière de son jeu politique qu’elle était adoubée par la Communauté internationale à travers la presse des mêmes puissances qui avaient décidé d’offrir le Rwanda aux Tutsi et qualifiaient ces opposants de  « Hutu modérés », d’opposants « démocrates ». Ils étaient encouragés, par divers moyens, à accompagner (les yeux fermés) les conquérants tutsi qui, eux,  avaient leur  agenda caché.

Effectivement après la conquête en juillet 1994, ces « Hutu modérés » seront associés à un soi-disant « Gouvernement d’Union Nationale » et occupèrent même des postes apparents au plus haut niveau (président de la République, Premier ministre, Vice-Premier ministre, etc.) mais dont les  vrais patrons étaient des Tutsi venus d’Ouganda (Vice-président avec  son propre Cabinet doublant celui qui était  présenté comme effectif). Ces Tutsi  les utilisaient pour se donner le temps de s’adapter à leur nouveau pays conquis et surtout pour la consommation externe pour faire prévaloir que ces Hutu avaient été récompensés pour leur appui à la conquête.

Une année après leur aventure, les « Hutu modérés » commencèrent à se rendre à l’évidence qu’ils s’étaient trompés mais il était trop tard  pour eux mêmes et malheureusement pour tout le peuple. Ils furent alors éliminés un à un. Ceux qui n’étaient pas assassinés étaient jetés en prison ou trouvaient la mort dans des conditions mystérieuses.  Les rares plus chanceux parvinrent à s’exiler et depuis plus de 20 ans, ils broient du noir.


 

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A l’époque (1991-1994), ces Hutu étaient très courtisés et médiatisés par la presse occidentale qui les présentait comme « des vrais patriotes, le salut du Rwanda après Habyarimana, les garants de l’unité et de la sécurité des Rwandais  etc… ». Hélas, aujourd’hui, la même presse ne parle plus de ces politiciens hutu dits « modérés » des années 1991-1994 et quand elle en parle, c’est pour évoquer leur naïveté et pour vanter l’habileté politique des Tutsi qui les ont utilisés. En effet, qui entend encore parler des personnalités comme Pasteur Bizimungu, Seth Sendashonga, , Dismas Nsengiyaremye, Théoneste Lizinde ou encore Anastase Gasana ?

[7]  1995-1998 : Le FPR commence à honorer sa part du contrat avec les superpuissances. En effet, la soldatesque tutsi de Kagame est mise en avant pour  conquérir le Zaïre pour le compte des Superpuissances occidentales qui, désormais, dominent le monde. Ce sera l’occasion de jauger le degré de l’impunité dont jouira désormais le régime tutsi au Rwanda et dans la région: les massacres dont furent victimes les réfugiés hutu en RDC, que d’aucuns qualifieront de « génocide » seront tout simplement occultés et même les quelques rapports qui en parlent seront aussitôt mis sous le boisseau.

[8]  1996-2000 : Toujours pour honorer sa part du contrat, le FPR contribue à rendre l’Est de la RDC un territoire qui échappe au pouvoir central à défaut de faire sécession mais exploité par les multinationales. Désormais, depuis 1996, le Rwanda est devenu le principal pays de la région exportateur de minerais jadis introuvables sur son territoire comme le coltan, l’or, le diamant,…

[9]  2000-2003 : Paul Kagame est jugé assez mûr et assez sûr pour apparaître au grand jour comme le « délégué », le « bras armé »  des superpuissances dans la région. Il est appelé alors  à mettre fin à la longue période dite de transition instaurée au Rwanda depuis sa conquête militaire du Rwanda en 1994 et d’organiser un semblant d’élections pour légitimer sa prise du pouvoir par les urnes.

[10]  2003-2010 : Consolidation du « modèle rwandais »tant sur le plan interne que régional. Désormais présenté comme un président élu à presque 100% des voix par les Rwandais, Kagame va être présenté comme un modèle en Afrique  et ce modèle est mis à l’essai pour son imposition dans les Etats voisins. Une fausse image d’un Rwanda en plein « boom économique » grâce à un « homme providentiel » qu’est Paul Kagame est véhiculée par les plus grands médias du monde qui n’hésitent même pas à manipuler les statistiques ou à occulter les rapports les plus réalistes.

[11]  2010-2017 : Préparation de l’opinion à la fondation d’une nouvelle dynastie « tutsi-ega ». Kagame étant un tutsi du clan « bega », son clan fonderait une nouvelle dynastie qui remplacerait celle de « tutsi-nyiginya » qui a régné sur le Rwanda jusqu’en 1959.  Les Rwandais sont amenés à crier haut et fort que personne d’autre n’est capable de régner sur le Rwanda sauf Paul Kagame ou celui qu’il désignerait. Des millions de pétitions sont signées parfois par des analphabètes, et acheminées au Parlement avec une forte médiatisation internationale   pour prouver que les Rwandais souhaitent que Kagame soit leur « président à vie ». Il s’en suivra un amendement de la Constitution, suivi d’un référendum pour l’adopter et tout fut joué avant fin 2016.

Pour la suite, après 2017, mais en tout cas avant 2034, Kagame se proclamera « roi du Rwanda » sous le nom de règne de Kagame Ier  ou alors il aura déjà installé son fils Ivan Cyomoro au trône. Il en a eu le feu vert de la part de ses créateurs.

Ce rapide passage en revue des étapes de la conquête du pouvoir au Rwanda par un groupe de Tutsi venus d’Ouganda montre que tout est piloté de l’extérieur. Autrement dit, que le peuple rwandais subit les événements conçus et pilotés par les puissances étrangères, ayant comme bras armé Paul Kagame et sa clique.

Perspectives d’avenir

2017 : L’année marquera de toute évidence le début du règne de Kagame Ier, dont le royaume devrait englober à terme l’actuel Rwanda, le Burundi,  les deux Kivu, l’Ouest de la Tanzanie et l’Ouest si pas l’entièreté de l’Ouganda. Cela pourrait prendre du temps pour faire prendre forme à ce royaume ou cet empire. Mais les Tutsi et leurs commanditaires sont connus pour être très patients. Il suffira de semer le chaos partout autour du Rwanda de Paul Kagamé (Burundi, Est de la RDC, Tanzanie et pourquoi pas en Ouganda), ce qui rendrait aux yeux du monde ce royaume moyenâgeux de Paul Kagame   comme le seul « havre de paix et de postérité » dans la région mais surtout ferait occulter le contentieux causé par la conquête et le servage de la majorité du peuple rwandais ( Hutu, Twa  et Tutsi de l’intérieur) par une bande de Tutsi armés venus d’Ouganda en 1994. Un peu comme ce que l’on observe ailleurs. Depuis le démembrement de l’Irak, le chaos provoqué en Libye, la disparition de l’Etat au Yemen, la campagne en cours visant la disparition de la Syrie en tant qu’Etat…il ne reste au Moyen Orient qu’un seul Etat sans problème car stable, organisé et prospère : c’est l’Etat d’Israël. Qui ose encore parler, dans les instances internationales, du conflit israélo-palestinien ? Qui peut encore oser proposer une solution définitive à ce conflit ? Personne, car ce n’est plus prioritaire ni d’actualité compte tenu de la situation dans la région. C’est ce rôle que l’on veut  faire jouer le Rwanda de Paul Kagame dans la région des Grands Lacs.

Le peuple rwandais, mais aussi les autres peuples de la région des Grands Lacs, devraient se préparer à affronter ce que les maîtres du monde leur préparent avec Paul Kagame comme bras armé dans un avenir proche et tirer des leçons du chaos et de la désolation semés au Moyen Orient et au Maghreb qui profitent aux mêmes maîtres du monde parrains de Paul Kagame  et à leurs supplétifs locaux au mépris des peuples concernés.

Emmanuel Neretse
22/09/2016

Autopsie du « modèle rwandais » que les superpuissances entendent étendre à toute l’Afrique

Paul Kagame et Pierre Nkurunziza

Paul Kagame et Pierre Nkurunziza

Nous appelons « modèle rwandais », un régime qui serait installé dans un autre quelconque  pays du monde et qui aurait les caractéristiques du régime installé au Rwanda depuis 1994. L’installation d’un tel régime doit se faire sous certaines conditions qui, pour le cas du Rwanda, furent toutes remplies en 1994. Une fois installé, ce que nous appelons  « péri-modèle politique rwandais », dans ce sens qu’il faut intégrer tous ses contours, se caractérise par certains aspects qui, dans des modèles classiques, étaient considérés comme négatifs voire carrément immoraux, mais qui, pour la pérennisation du « péri-modèle rwandais », doivent être promus en idéaux politiques à favoriser.

Les conditions pour l’installation d’un « péri-modèle rwandais » dans un pays donné

Ces conditions sont aussi cyniques dans leur conception que brutales dans leur réalisation :

  • Le « modèle rwandais » doit être installé dans un pays après sa totale destruction. Celle-ci peut être délibérément provoquée ou encouragée dès qu’elle apparaît à l’horizon ;
  • Le modèle doit trouver un acte fondateur fort sur lequel s’appuyer pour trouver une certaine légitimité mais surtout pour jouir de l’impunité. Cet acte  peut être inventé de toutes pièces et imposé à l’opinion ou alors en s’employant à travestir les faits historiques en leur collant des qualificatifs  allant dans ce sens par exemple en qualifiant les massacres interethniques de « génocide ».
  • Confier la gestion locale du modèle à un petit groupe marginal et sans aucune assise populaire qui, de ce fait, se retrouve dans un pays donné avec un pouvoir dont il ne pouvait même pas rêver et qui restera toujours redevable et dépendant des puissances qui l’ont créé et promu.

Les principaux caractéristiques du «modèle rwandais »

  • Un régime dictatorial d’après les normes généralement reconnues en science  politique ;
  • Un régime qui ne peut être critiqué ni dans la presse ni dans les institutions internationales, mais au contraire qui ravit se thuriféraires en les rémunérant grassement ;
  • Un régime pour lequel même les institutions internationales sont promptes à mentir ou à falsifier les statistiques quand il faut le défendre ;

Ce modèle est donc d’abord caractérisé par l’illégitimité politique des détenteurs du pouvoir. Il s’agit généralement d’une clique d’aventuriers ou d’un groupe social marginal sur l’échiquier politique du pays concerné, mais dans tous les cas, un groupe qui ne pourrait jamais  prétendre à l’accaparement du pouvoir dans ce pays par des voies démocratiques n’eut été sa  promotion par les superpuissances . 

Ensuite, le « péri-modèle rwandais » est caractérisé par une militarisation à outrance du pays où il est instauré. En fait, le groupe marginal choisi par les superpuissances doit se considérer et , avec raison, comme «  une armée possédant un pays » que comme « un pays possédant une armée » comme le veut la théorie politique classique. Si au sein de ce groupe (forcément minoritaire et à volonté) toutes le nombre de personnes aptes à porter les armes s’avéreraient insuffisant pour quadrier et  soumettre le pays, le recours aux mercenaires serait de  mise avec l’aide et l’expertise des superpuissances.

La gouvernance dans un pays où ce « modèle rwandais » a été installé est assurée par un « Gouvernement Mondial » agissant sous la couverture d’un gouvernement visible formé par la clique promue par les superpuissances. Ce « Gouvernement Mondial », un concept toujours en essai mais qui espère prendre de l’envol grâce au cas du Rwanda, est composé d’anciens leaders politiques, de grands managers de l’industrie et de la finance mondiale, des magnats de la presse internationale… mais qui, tous, sont animés de ce même projet : celui de diriger le monde en se passant des peuples et surtout des principes classiques de la politique et de la diplomatie qui ont prévalu au XX° siècle.

Ainsi les valeurs comme la démocratie, les droits de l’homme, la liberté de parole, l’indépendance de la justice, la justice sociale…sont rejetées et remplacées dans ce pays devenu une entreprise commerciale appartenant aux actionnaires , par le profit, agrandir le fossé entre possédants qui doivent gagner chaque jour davantage  et les démunis qui doivent continuer à être exploités. Des mécanismes mis en place pour faire taire toute critique au modèle, le culte de la personnalité envers l’Administrateur Délégué désigné par les grands actionnaires (les multinationales des grandes puissances) de cette entreprise et qui s’appelle ailleurs, pour la forme, «  Chef d’Etat ».

Implémentation du « modèle rwandais » au Rwanda-même puis dans toute la région

Pour le Rwanda, pays martyr qui devait servir de laboratoire pour le « modèle  rwandais », il fut difficile de remplir certaines conditions comme évoqué ci-haut. Il a fallu près de quatre ans pour que le Rwanda soit complètement détruit afin d’y installer ce modèle.

Depuis le 01 octobre 1990, l’armée régulière ougandaise lâcha ses éléments d’origine tutsi sur le Rwanda. Ceux-ci se révéleront efficaces pour hâter la mise en place de ce modèle. Ces soldats tutsis commandés à l’époque par le Chef des Renseignements Militaires de l’Armée ougandaise, un certain… Paul Kagamé  vont se montrer particulièrement  inhumains. Ils tuaient tout sur leur passage dès le franchissement de la frontière entre l’Ouganda et le Rwanda. Lorsqu’en 1993, ils parvinrent à occuper une petite partie de la préfecture de Byumba frontalière  avec l’Ouganda, le monde fut stupéfait de constater que près d’un million de paysans hutu avaient été chassés de leurs terres et venus s’entasser dans les faubourgs de Kigali. Ceux qui n’avaient pas eu la chance de fuir avaient tout simplement été exterminés par  les soldats tutsi de l’armée régulière ougandaise commandés par Paul Kagamé. Celui-ci  avait pour se  mission, reçue des superpuissances, d’instaurer au Rwanda un modèle qui devait être répandu sur toute l’Afrique.

Tony Blair, Paul Kagame, Rick Warren

Tony Blair, Rick Warren, Paul Kagame

Pour remplir la condition qui devrait permettre à la clique marginale, cruelle et surtout honnie du peuple rwandais de se faire prévaloir d’une certaine  légitimité et surtout de jouir d’une impunité juridique pour ses crimes, il a fallu que les commanditaires de Paul Kagamé lui fasse commettre l’irréparable à savoir l’assassinat du président hutu Juvénal Habyarimana pour provoquer la colère des Hutu,  ce qui serait alors qualifié de « génocide contre les Tutsi ». Le 6 avril 1994, Paul Kagame a non seulement pas abattu le président hutu rwandais Juvénal Habyarimana, mais il aussi tué le président hutu burundais Cyprien Ntaryamira. Ainsi il venait de se débarrasser de trois président hutu en moins de six mois d’intervalle mais au final, il venait d’obtenir son « génocide ». Il lança une offensive sur tous les fronts, bénéficiant des renseignements militaires des USA (photo aériennes, communications captées…) et appuyés cette fois-ci ouvertement par les troupes des pays voisins comme la Tanzanie , le Burundi, l’Ethiopie, …et s’empara du pays en juillet 1994 en clamant qu’il venait « d’arrêter un génocide » ! Depuis, le monde ne jure que par cette supercherie et l’ancien garçon de rue de Kampala qui avait rejoint le maquis de Museveni en 1983 pour échapper aux rafles de la police qui visaient les vagabonds est actuellement présenté au monde comme un « visionnaire, un homme exceptionnel, d’une intelligence supérieure à la normale etc… » , alors qu’il n’a été créé et n’est là que pour implémenter un modèle de gouvernance conçu par les superpuissances et dont il ignore les tenants et les aboutissants.

Le régime rwandais actuel remplit parfaitement les conditions sine qua non du « péri-régime rwandais » tel que conçu pas les superpuissances. La clique tutsi venue d’Ouganda a d’abord militarisé tout le pays. Tout tutsi en âge de porter les armes est militaire ou l’a été. C’est une évidence. Mais comme cette clique ultra-minoritaire qui a accaparé tous les rouages du pouvoir ne peut pas  occuper tous les  postes, elle recourt aux étrangers  plutôt que de risquer de donner des postes stratégiques aux Hutu non sûrs. A ce sujet, ce sont les USA et la Grande Bretagne qui proposent les cadres à nommer souvent ayant une double ou triple nationalité dont la dernière qu’ils défendraient à outrance est la rwandaise. Pour les cadres subalternes dans les services de sécurité, un « Munyamulenge » congolais, un Somalien, un Ougandais munyankole, un Burundais tutsi, un Tanzanien muha…,tous ceux-là passent avant un Rwandais perçu comme « Hutu » ou « Twa », car selon les initiateurs de ce « modèle rwandais », ces étrangers seraient plus sûrs car, croient-ils, plus proches de la clique tutsi venue d’Ouganda que du reste de  la population rwandaise! Et curieusement Paul Kagame semble y croire ou est obligé de le croire.

Pour les superpuissances,  le « modèle rwandais » laborieusement mis en place à partir de 1994 sur un territoire appelé « Rwanda » qui, pour elles n’est qu’un « cluster » ou pôle de compétitivité de 26 338 km², le gouvernement mondialiste qui le dirige est officiellement appelé : « Presidential Advisery Council » (PAC ). Celui-ci constitue en fait le Conseil d’Administration (CA) de cette entreprise commerciale qu’est devenu le Rwanda. Ce CA comprend des personnalités politiques aussi controversées que Tony Blair ou Bernard Kouchner, des magnats de l’industrie et de la finance comme Warren Buffet, Kaia Miller  ou Sorros, des nouveaux milliardaires générés par les nouvelles technologies comme Bill Gate ou Michael Fairbank, des administrateurs des fondations louches destinées à couvrir des opérations mafieuses à travers le monde comme la «  Fondation Clinton », des chercheurs et théoriciens de la nouvelle économie mondialisée comme Michael Porter ou encore des gourous télévangélistes devenus milliardaires et stars médiatiques comme Joe Ritchie. Ils ont imposé Paul Kagamé comme Chef Executive Officer (CEO) ou Administrateur Délégué de cette entreprise commerciale appelée Rwanda. Ceux qui sont présentés comme des ministres d’un gouvernement d’un Etat rwandais  souverain ne sont que des « collaborateurs » du chef de l’entreprise  commerciale. Voilà pourquoi ce qui fait office de « gouvernement rwandais » n’est jamais critiqué pour ses violations des Droits de l’homme, son verrouillage de l’espace démocratique pour empêcher toute revendication démocratique de se faire entendre, son mépris et l’asservissement de la population. Ces préoccupations et exigences ne sont pas sur la feuille de route de ceux qui ont reçu pour mission de transformer ce qui était un pays souverain en un espace économique ( cluster) à occuper par une entreprise commerciale mondialisée à qui il ne faut surtout pas parler des exigences morales en termes politiques.

Le « malheur » du Burundi

Le Rwanda et le Burundi  sont souvent appelés des « jumeaux de l’Afrique centrale ». En effet, ces deux petits pays partagent presque tout : une même langue appelée kinyarwanda ou kirundi selon que l’on se trouve au nord ou au sud de l’Akanyaru , rivière faisant frontière ; une même composition ethnique de la population et dans les mêmes proportions ( 85% de Hutu, 14 % de Tutsi et 1 % de Twa) avant qu’au Rwanda il ne soit entrepris un rééquilibrage depuis 1994 par le seul levier possible : réduire la majorité par élimination physique. « Vider un fut rempli à l’aide d’une capsule de bouteille » comme l’avait promis Paul Kagame après  1994 ; un même passé colonial d’abord comme colonie allemande avant de passer à la tutelle belge après la défaite de l’Allemagne en 1918 ; une domination des monarchies féodales tutsies favorisées et encouragées par le pouvoir de tutelle pour maintenir la majorité hutu en servitude ; le recouvrement à la même date, le 01 juillet 1962, de l’indépendance.

Mais toute similitude s’arrête là. A l’indépendance, le Rwanda devint une République démocratique dans laquelle la majorité hutu tenue jusque là en servitude par la féodalité tutsi accéda au pouvoir . Tandis qu’au Burundi, le pays devint souverain sous un régime monarchique tutsi. La monarchie tutsi fut renversée le 28 novembre 1966 par des jeunes officiers tutsi encore plus extrémistes que leurs congénères  féodaux. Pour se prémunir de la contagion rwandaise, à savoir une probable prise du pouvoir par la majorité hutu, des pogroms récurrents eurent lieu au Burundi dans lesquelles des milliers de hutu périrent .Ce fut le cas en 1965, 1968, 1972 qui, cette année là, prirent l’allure d’un génocide car pas moins de 300.000 hutus « instruits » furent massacrés par l’armée tutsi.

Louis Michel et Paul Kagame

Louis Michel et Paul Kagame

En 1993, contre toute attente, un président hutu  du nom de Melchior Ndadaye fut élu démocratiquement. Ce qui fut considéré dans les milieux tutsi comme une provocation et une humiliation. Et à peine trois mois après son investiture, soit le 22 octobre 1993, il fut sorti de son palais, humilié au mess des officier et massacré par des soldats tutsi dans l’enceinte de l’Etat major de l’armée, une armée qui ,  il faut le rappeler,  était mono ethnique tutsi. Il s’en suivra des massacres à travers tout le pays et surtout dans la capitale Bujumbura. Les jeunes hutu principalement des étudiants hutus de l’université du Burundi qui étaient visés par ces massacres prirent alors le maquis et déclenchèrent une guerre civile qui allait durer 10 ans. Finalement un accord de paix fut signé garantissant notamment l’entrée des Hutu dans les services de sécurité (armée et police) dans une proportion de 50%, ce qui jusqu’ici était inimaginable. Les rebelles furent alors intégrés dans l’armée régulière.

Après une période de transition, en 2005, le leader de la rébellion hutu Pierre Nkurunziza fut élu par l’Assemblée comme président de la République, un autre fait inimaginable quelques années auparavant. En 2010, il sera pour la première fois élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Entretemps, au Rwanda voisin, une clique de Tutsi venue d’Ouganda s’était emparée du pouvoir en juillet 1994. Il s’avérera plus tard que cette clique conduite par Paul Kagamé n’était qu’un instrument des puissances qui avaient décidé d’essayer en Afrique un modèle de domination des peuples basé non sur des considérations politiques ou sur des principes du droit international, mais basée seulement sur des principes de l’économie mondialisée, qui considèrent des États classiques comme des « pôles économiques » et des principes démocratiques comme des entraves au profit. En bref le « modèle rwandais ».

Le régime démocratique burundais issu des négociations pour mettre fin à la guerre civile déclenchée en 1995 et légitimé par les élections successives selon la Constitution adoptée après la période de transition, constitue un contre-modèle au « modèle rwandais » que les superpuissances entendent étendre à toute la région. En toute logique, pour ces superpuissances, il faudrait d’abord renverser le contre-modèle burundais  pour espérer installer le « modèle rwandais ».

Et pour faciliter les choses, il se fait qu’au Burundi, certaines personnalités (Hutu comme Tutsi) se présentent en face du monde occidental comme des politiciens mais sans aucune assise populaire et donc n’ayant aucune chance n’accéder au pouvoir démocratiquement. Ces personnalités ayant gouté au pouvoir  pendant la transition ne rêvent que de faire régner au Burundi une période perpétuelle de transition qui les associerait au pouvoir sans élections. Depuis 2010, personnalités  refusent d’aller aux élections et mais exigent un régime de transition…mais vers quoi ?Les superpuissances qui doivent implémenter le « modèle rwandais » dans la région  les ont remarquées et les utilisent  à bon escients.

Ceci explique l’acharnement des tenants du « modèle rwandais » contre le contre-modèle burundais auquel nous assistons depuis 2015. Tenez :

  • L’Union Européenne, dont on sait que sa position sur le Burundi est dictée par l’eurodéputé et ancien commissaire au développement Louis Michel, est en première ligne pour le renversement du régime démocratique burundais. Le puissant lobby de Louis Michel a vite fait de faire suspendre les aides de l’Union Européenne destinées au Burundi en les réorientant vers des officines qui financent les opposants radicaux repliés à Bruxelles sous le sigle de CNARED en attente d’aller prendre le pouvoir à Bujumbura.
  • L’Union Africaine (UA) a été instrumentalisée par l’Union Européenne qui lui fournit 3/4 de son budget de fonctionnement pour s’impliquer dans le renversement du régime démocratique burundais et y installer un « modèle rwandais ». C’est ainsi que la Commission de l’UA sur proposition du Commissaire à la paix et à la sécurité de cette organisation, bien connu comme un agent occidental, avait, en décembre 2015, décidé en catimini d’envoyer une force de 5000 hommes au Burundi. N’eut été la vigilance des Chefs d’Etats africains, le Burundi serait, depuis décembre 2015, occupé par une force décidée par l’UE et couverte par l’UA ayant pour mission de renverser les institutions démocratiques de ce pays en vue de l’installation d’un « modèle rwandais » dans ce pays.
  • L’Organisation des Nations Unies (ONU) s’est soudainement souciée de paix et de sécurité dans ce pays après une indifférence de plus de 30 ans. En effet on peut se demander comment l’ONU qui, depuis l’indépendance du Burundi en 1962, s’est toujours désintéressée de la situation au Burundi,  soit depuis quelques années aussi  fébrile au sujet de la situation dans ce pays. Mais force est de reconnaître que cet intérêt soudain pour le Burundi n’est pas motivé par un soucis de la paix et de la sécurité des Burundais. En effet depuis 1962, date de son indépendance, le Burundi a été le théâtre des massacres ethniques menés par l’armée tutsi en 1965, 1968 , 1972 , 1988, et 1993. Mais durant cette longue période de la domination tutsi  caractérisée par des massacres quelquefois génocidaires (1972 et 1993),  le
    J Kabila, Ban Ki Moon, Paul Kagame

    J Kabila, Ban Ki Moon, Paul Kagame

    Conseil de Sécurité n’a pris que DEUX résolutions en rapport à la situation au Burundi. Paradoxalement après l’avènement d’un régime démocratique en 2005, le même Conseil de Sécurité vient de prendre pas moins de  SEIZE résolutions. Et pour la seule période de 2015 à 2016, le même Conseil de Sécurité vient de prendre TROIS résolutions  toutes stigmatisant le régime démocratique qualifié de « hutu ».

  • La presse internationale étant un acteur majeur dans l’installation du « modèle rwandais » au Burundi, n’a pas failli à sa mission. Ainsi RFI n’a pas cherché loin. Tous les opposants radicaux repliés en Europe ou au Rwanda pour peu qu’ils savent parler devant u micro pour pourfendre le régime, sont présentés par RFI comme « ses correspondants » ou «  des spécialistes du Burundi ». RFI pousse le bouchon plus loin jusqu’à saper le travail des médiateur et facilitateur dans le dialogue burundais en publiant les points de vue des opposants radicaux comme les seules valables au grand dam des Chefs d’Etats qui pilotent cette initiative. Exemple : RFI a titré que le second round des pourparlers d’Arusha (12-13 août 2016) était un échec avant le communiqué final du facilitateur. D’autres médias français comme France 24 n’hésitent pas à lancer des énormités dès lors qu’il s’agit de charger à tort le régime démocratique du Burundi que l’on voudrait remplacer par un « modèle rwandais » : diffusion de faux documents, donner la parole aux criminels recherchés par la justice de leur pays comme Pacifique Nininahazwe ou Gratien Rukindikiza etc…
  • Tandis qu’en Belgique où vit la majorité de ceux qui devraient aider à l’installation au Burundi du « modèle rwandais », ce sont les « futurs maîtres du Burundi » ( ils sont présentés comme tels dans les chancelleries occidentales) lorsque ce pays sera réduit au « modèle rwandais »  ainsi que les marionnettes qui leur serviront de caution populaire, qui ont droit à la parole.

Le dilemme des Africains  face au « modèle rwandais » 

Les Africains, surtout les leaders politiques ou les aspirants, sont happés par l’attirance au « modèle rwandais » qu’exercent sur eux ceux là même qui ont conçu et décidé d’implémenter ce modèle. Tous les médias, toutes les institutions financières (contrôlées par les mêmes milieux) quitte à trafiquer les statistiques, vantent le « modèle rwandais ». Il est donc tentant pour plusieurs de ces dirigeants africains de

Bernard Kouchner et paul Kagame

Bernard Kouchner et paul Kagame

souhaiter que ce modèle s’applique chez-eux.  Ce qu’ils devraient savoir, c’est qu’à l’état actuel des choses, ils n’ont pas de choix ou s’ils en ont, il est cornélien. En effet, les superpuissances ont conclu qu’à l’état actuel, les pays n’ont d’autres choix qu’entre : le « Chaos » ou «  le « modèle rwandais ». Selon elles, les Africains ne devraient plus vivre sous des régimes démocratiques stables. Il doit donc être créée une situation politique chaotique comme c’est le cas au Proche Orient et au Maghreb, ce qui arrange formidablement les multinationales qui ne doivent plus passer par des gouvernements forts pour exploiter les pays. Ou alors  vivre sous un « modèle rwandais » quand l’institution étatique est remplacée par une institution commerciale qui s’accapare de tous les attributs d’un Etat sans en être un. Les Africains n’ont donc d’autres choix qu’entre « les Etats  soumis au chaos politique » ou des Etats réduits à des espaces économiques (cluster) gérés par les multinationales (modèle rwandais).

Pièges tendus et manipulation des leaders politiques africains :

Les pièges tendus aux dirigeants africains sont nombreux et sont disséminés sur tous leurs parcours. La presse internationale contrôlée par les inventeurs du « modèle rwandais » ne cesse de faire miroiter les « bienfaits » de ce modèle. Ceux du pré carré français qui souhaiteraient prendre un peu de liberté tomberont par  « la realpolitik » qui veut que la France est partie prenante de cette instrumentalisation de l’Afrique  (chaos ou modèle rwandais) que les superpuissances (dont la France) qui sont appelées à implémenter ces modèles sont en parfaite harmonie.  Seul le calendrier, la géographie  et le rythme des événements pour la provocation du chaos ou l’installation d’un «  modèle rwandais » dans tel ou tel pays, peuvent sembler contradictoires par rapport à ces puissances mais ce n’est qu’en apparence.

L’intérêt pour ces superpuissances de promouvoir en Afrique le « modèle rwandais » est évident. En transformant des anciens Etats souverains en « zones économiques » (cluster) contrôlées par leurs multinationales, ces superpuissances cassent le mythe des Etats souverains étant en principe  sur le même pied d’égalité qu’elles sur le plan du droit international. Les acteurs locaux qui, dans le système classique, sont considérés comme des « chefs d’Etats » et traités comme tels, deviennent des « Administrateurs délégués » qui gèrent leurs espaces économiques, comme Paul Kagame est le CEO de « Rwanda Inc. ». De ce fait, ces superpuissances s’affranchissent des contraintes morales comme le respect des Droits de l’homme, la démocratie, la justice équitable… car ces principes ne sont pas exigibles à une entreprise commerciale qu’est devenu un Etat soumis au « modèle rwandais ».

Quand et comment en finir avec «  le modèle rwandais » ?

On ne peut imaginer une probable fin ou échec du « modèle rwandais » sans d’abord bien analyser son essence, autrement dit son « ADN ». Pour peu qu’on s’ y adonne on s’aperçoit que sa fin est inscrite dans ses gênes.

  1. L’injustice sociale, les inégalités criantes, promues en principes moraux, l’arrogance de la clique au pouvoir, en fait des fonctionnaires des multinationales qui ont acheté le Rwanda,.. tout cela ne peut conduire qu’à une explosion sociale.
  2. La frustration de plusieurs intellectuels qui continueront d’assister à une chosification de la société en l’écartant de la chose politique peut leur faire prendre conscience que le Rwanda mérite mieux queKagame réfugiés d’être vendu aux capitalistes sauvages du monde ;
  3. La clique, à qui a été donnée la mission de rendre le Rwanda un « cluster » aux mains des entreprises des superpuissances, a aussi reçu des missions qui peuvent devenir impossibles à accomplir, ce qui occasionnerait son rejet. La mission d’exporter le « modèle rwandais »  dans la région peut être une mission impossible au CEO Paul Kagamé, même avec l’assurance de ses créateurs. L’effet « boomerang » de ses tentatives d’exporter le modèle à l’étranger serait catastrophiques que même ses créateurs le renieraient et le lâcheraient illico. Alors tous les frustrés et les laisser-pour compte (Rwandais ou autres Africains) prendraient leur revanche.

Donc, dans tous les cas de figure, l’éradication du « modèle rwandais » se fera dans la violence. C’est donc avec intérêt que l’on devrait suivre  la première tentative d’exportation du « modèle rwandais ». Ceci est en cours pour le Burundi et le Général Paul Kagamé en a reçu toutes la latitude de la part des superpuissances qui l’ont créé et mandaté. Reste à voir comment le « Général Impondérable » va lui aussi réadapter ses propres plans.

Emmanuel Neretse
08/08/2016

Depuis 1990, le Rwanda est un laboratoire de la nouvelle forme de colonisation de l’Afrique. Quelles leçons peut-on en tirer?

Bill Clinton - Paul Kagame -Tony Blair

Bill Clinton – Paul Kagame -Tony Blair

En 1885, les puissances européennes se sont partagées  l’Afrique rendant les territoires de ce continent leurs colonies. La Grande Bretagne, la France se sont alors approprié la part du lion. Mais l’Allemagne de Bismarck fut aussi servie tout comme le Portugal et l’Espagne dont les anciens comptoirs sur le continent noir  étaient reconnus comme colonies. Les Etats unis d’Amérique qui, à l’époque,  n’étaient qu’une jeune nation et une puissance moyenne, ne prit pas part au festin.

Après la Première guerre mondiale, l’Allemagne fut dépossédée de ses colonies au profit des puissances qui venaient de la vaincre. La fin de la Deuxième guerre mondiale consacrera les Etats Unis d’Amérique comme l’une des superpuissances du monde en compétition avec l’URSS elle aussi sortie victorieuse de la guerre mais aussi curieusement n’ayant aucune colonie en Afrique.

Il s’en suivra alors une période de bras de fer politique entre les deux nouvelles superpuissances qui sera qualifiée par les historiens de « guerre froide ». Les vielles puissances européennes se rangèrent politiquement, diplomatiquement et surtout militairement derrière la nouvelle puissance américaine à qui elles demandèrent sa protection militaire à travers les alliances militaires comme l’OTAN.  C’est durant cette période que le  courant indépendantiste traversera les anciennes colonies européennes.

Autour de l’année 1960, la majorité de ces colonies ont acquis l’indépendance et sont devenues des Etats souverains. Paradoxalement, ces nouveaux Etats qui se prévalaient de s’être libérés de la colonisation des puissances européennes,  se devaient de se ranger dans l’un des deux blocs : le bloc pro-occidental ou le bloc  pro- soviétique.

Cette période de « guerre froide » va durer jusqu’ en 1989 à la dislocation de l’empire soviétique. Les Etats unis se retrouvèrent donc comme la seule Superpuissance qui, désormais, allait régenter le monde selon sa volonté.

En ce qui concerne l’Afrique, pour dicter sa loi dans ce qui était jadis considéré comme des pré-carrés européens, le Superpuissance va user d’une stratégie au cynisme sans égard dans le but de rendre certains pays plus des territoires contrôlés par des multinationales et des lobbies financiers américains que des Etats souverains. Cette stratégie consiste à : détruire les structures étatiques classiques léguées par la colonisation ; jouer sur les rivalités ancestrales pour confier le pouvoir militaires et politiques à un groupe marginal qui ne peut l’acquérir démocratiquement ; assurer l’impunité totale aux membres de ce groupe qui, alors, agiront dans ce pays conquis comme des fonctionnaires détachés par les multinationales américaines chargés de rentabiliser l’espace conquis et faire fructifier les capitaux investis, que comme des dirigeants d’un Etat souverain soucieux du bien-être de la population. Cette nouvelle colonisation de l’Afrique par la Superpuissance est illustrée par le cas du Rwanda conquis en 1994. Cet article montre comment le Rwanda fut sacrifié pour devenir un laboratoire de cette stratégie de la Superpuissance en ce qui concerne l’Afrique et quelles en sont les conséquences pour les peuples.

Principes du droit international à briser

Pour détruire la République Rwandaise née du territoire du Ruanda qui était sous tutelle belge et qui  avait obtenu son indépendance le 01 juillet 1962 et en faire un territoire aux mains des multinationales, rien ne fut épargné dans la violation du droit international. Les troupes de l’armée de l’Ouganda voisin ont envahi le Rwanda le 01 octobre 1990. Au lieu de condamner cette agression injuste et contraire à la Charte de l’ONU, celle-ci fut présentée comme une « guerre civile » au prétexte que les soldats ougandais engagés dans cette conquête avaient des origines rwandaises car ils étaient tutsis ! En effet, tout sera fait pour que la minorité tutsi soit installée au pouvoir au Rwanda même au prix  d’une guerre meurtrière qui dura  près de quatre ans et ayant fait des milliers de morts  dans les efforts de ses superpuissances de soumettre la composante majoritaire du peuple rwandais à la minorité et de chasser ses dirigeants légitimes pour les remplacer par une clique tutsi venue d’Ouganda.

Démystification des principes politiques généralement admises

Dès qu’elle fut installée à la tête du Rwanda en 1994, la clique tutsi venue d’Ouganda bénéficiera de la part de la presse et de la diplomatie du monde contrôlées par la Superpuissance, d’un traitement de faveur qui frise l’indécence. Les principes démocratiques et moraux tant chantés par ces puissances sont purement et simplement foulés au pied quand il s’agit de parler du territoire des multinationales qu’est le Rwanda et dont le CEO est Paul Kagame. Ainsi, dans ce Rwanda, le principe même de la majorité qui devait prévaloir notamment à travers les élections et autres consultations est tout simplement honni.

De même les principes de la « méritocratie » ou de la popularité qui devraient servir d’indicateurs pour se hisser au sommet de l’Etat sont battus en brèche et c’est leurs contraires qui sont érigés en modèles. Ainsi, c’est un  individu semi-illettré et physiquement inapte que la propagande occidentale impose aux Rwandais en le présentant comme un « leader de la conquête militaire de 1990-1994 », alors qu’en réalité, depuis le maquis ougandais,  il a subi les événements comme n’importe quel enfant-soldat engagé dans une guerre dont il ignore les tenants et les aboutissants. Paul Kagamé, qui était inconnu des Rwandais et qui n’a mis les pieds à Kigali la capitale du Rwanda pour la première fois que pour en devenir le CEO délégué par les multinationales, est depuis lors présenté comme étant « populaire », « adoré par les Rwandais » etc…alors que la majorité de ces Rwandais porte un deuil de leurs proches à cause de lui.

Jouer sur la cécité et le manque de vision et d’idéaux politiques des africains

Cette nouvelle  forme de colonisation de l’Afrique est tellement sournoise qu’elle séduit certains politiciens africains à qui les médias et la propagande occidentales présentent le cas du Rwanda comme « un véritable miracle » et un modèle à suivre. Certains crédules sont d’ailleurs prêts à précipiter leurs pays et donc leurs peuples dans cet abîme sans fond  croyant  suivre l’exemple de Paul Kagame, alors que ce dernier ne fut qu’un pion ! Les Guinéens (Conakry), les Congolais (Brazzaville), les Sénégalais…devraient tenir leurs dirigeants à l’œil avant qu’il ne soit trop tard car à trop vouloir suivre l’exemple de Paul Kagame dans la vente du Rwanda aux multinationales, ils regretteront leur démocratie, leur indépendance mais surtout leur dignité. Ironie de l’histoire : le nouveau maître du monde (le bloc anglo-saxon) ne fait que mimer la . En effet, c’est la France qui, dans son pré-carré africain, faisait et défaisait les régimes. Que ce soit en Côte d’Ivoire pour punir l’insolent Laurent Gbagbo ou en Centrafrique pour le casting dans le choix des tombeurs de François Bozizé ou au Burkina pour remercier en douce  l’ami Blaise Compaoré  devenu autiste, c’est Paris qui prenait l’initiative et balisait la suite des événements.

Modus operandi

Pourtant aucune personne avisée ne devrait tomber dans ce piège car le mode opératoire est toujours le même. Le régime installé à l’image de celui de Paul Kagamé au Rwanda possède tout d’un mirage : il est entouré de fausses informations fabriquées et diffusées par les puissants médias ; les statistiques sont truquées et les institutions internationales contrôlées ou financées par la superpuissance ne peuvent oser démentir ; la culte de la personnalité est poussée à l’extrême pour divertir l’opinion interne. Pensez que les fils de Paul Kagamé sont présentés dans les médias d’état comme des stars du football, du volley-ball, du Basketball car tous titulaires dans l’équipe  nationale pour chaque discipline. Même chez les Kim sud-coréens, le ridicule n’a jamais été poussé aussi loin.  Au même moment, la population croupit dans la misère, la famine décime les populations spoliées de leurs terres pour laisser place aux projets farfelus et inadaptés des multinationales. Mais aucun média occidental n’osera dénoncer cet état de chose ni même simplement le signaler.

Une bombe à retardement?

La nouvelle forme de colonisation à l’image du Rwanda confié au CEO Paul Kagame constitue une bombe à retardement pour non seulement le peuple rwandais qui n’a plus de pays mais également pour toute la région. Partout où des régimes fantoches ont été installés, que ce soit en Amérique latine ou en Indochine,  ils ont fini par être incontrôlables et finalement lâchés par leur parrain dans un chaos généralisé ou sans état d’âme, la superpuissance s’adaptant à la Realpolitik.

Le Rwanda, comme un cas caricatural de cette nouvelle forme de colonisation, est tombé dans cet abîme voici plus de deux décennies. Le peuple rwandais prendra beaucoup de temps à s’en sortir. Et même, après une longue et laborieuse période de transition, qui sera nécessaire d’abord pour rétablir la souveraineté nationale et pour convaincre la clique tutsi regroupé dans l’organisation semi-terroriste du FPR, de se convaincre que la situation qu’aura vécu la population rwandaise sous sa ferrure avait été décidée fin des années 80 par les Anglo-saxons, sans demander l’avis des Tutsi et sans tenir compte  des intérêts des Rwandais. Le FPR aura-t-il le courage d’en demander pardon ?

Emmanuel Neretse
25/07/2016

 

Rwanda : comment un (malheureux) accident de l’Histoire peut aveugler le monde.

KagameDu garçon de rue ayant raté sa scolarité dans Kampala et Nairobi, en passant par le maquis dans un Ouganda chaotique de l’après Idi Amin , un certain Paul Kagame est devenu à moins d’un quart de siècle l’un des hommes les plus riches et les plus redoutés d’Afrique. Ce phénomène faussement médiatisé en arrive à subjuguer plus d’un observateur de telle manière que certains dirigeants africains, certes les plus naïfs, en arrivent à le singer ou à commanditer son expertise. Comment en est-on arrivé là ?

Concours de circonstances

Issu de la famille régnante, Paul Kagame avait deux ans quand la monarchie féodale tutsi fut renversée par la Révolution populaire de 1959. Il suivit ses parents en exil dans les pays voisins principalement en Ouganda et au Burundi. N’étant pas fils de roi, si la dynastie tutsi-nyiginya avait continué à régner sur le Rwanda, Paul Kagame ne serait jamais devenu roi comme il l’est de fait actuellement. Premier coup de hasard.

Ayant raté sa scolarité, la chute du maréchal Idi Amin Dada d’Ouganda et le chaos qui s’en suivit trouvèrent le jeune Kagame dans les rues de Kampala comme vendeur à la sauvette des œufs à la coque et d’arachides grillés. Il aurait pu finir ainsi, si un certain Yoweri Museveni n’avait pas fondé une rébellion armée mais qui manquait de bras jusqu’à faire appel aux réfugiés tutsi qui erraient dans les villes ou qui étaient entassés dans des camps du HCR. Paul Kagame s’engagea donc dans la NRA (National Resistance Army), la rébellion de Yoweri Museveni lui-même issu de l’une ethnie hima apparentée aux Tutsi.

Après quelques années de guerre, Museveni s’emparait de Kampala en janvier 1986 devenant ainsi le président de l’Ouganda et dont les principaux officiers de sa nouvelle armée étaient des Tutsi rwandais  parmi eux un certain Paul Kagame. Deuxième coup de hasard.

Le mercenaire rwandais se distinguera dans l’armée ougandaise, notamment dans les renseignements militaires dont il fut le patron, par un cynisme et une rare  méchanceté qu’il reçut le sobriquet de « Ponce Pilate ». Peu de temps après l’arrivée au pouvoir de Yoweri Museveni en Ouganda, survint la chute du mur de Berlin suivie de l’effondrement de l’URSS ; ce qui signifiait la fin de la « guerre froide ». Désormais le monde allait être dominé et remodelé par la seule superpuissance qui sortait victorieuse  de cette guerre froide, à savoir les Etats Unis d’Amérique et leurs alliés traditionnels occidentaux. Pour remodeler à leur guise l’Afrique centrale et orientale, les Etats Unis vont s’appuyer sur les nouveaux dirigeants souvent arrivés au pouvoir par les armes et au premier rang l’Ougandais Yoweri Museveni toujours flanqué de « ses » officiers tutsi.

Pouvoir aux Tutsi à tout prix (dégâts collatéraux à assumer)

C’est dans ce contexte que Yoweri Museveni lancera la composante tutsi de son armée à la conquête du Rwanda le 01 octobre 1990. Paul Kagame, qui avait alors le grade de Major, avait été envoyé trois mois auparavant comme un officier ougandais en formation aux Etats Unis dans le fameux «  Command and General Staf  College » de Kansas (USA). Il fut précipitamment rappelé pour prendre le commandement des troupes ougandaises d’invasion qui se présentaient désormais comme « des rebelles rwandais »et dont le commandant en chef désigné par Museveni, le général Fred Rwigyema, venait d’être tué au combat dès le deuxième jour de l’invasion. Encore une fois par un curieux hasard, celui que ses anciens collègues dans l’armée ougandaise qualifiaient de « intellectually and physically unfit » (intellectuellement et physiquement inapte) se retrouvait à la tête d’une armée qui allait à moins d’une décennie, changer la physionomie de toute la région sur ordre et avec l’appui de la superpuissance.

En cet automne 1990, personne n’aurait parié un kopeck que ces descendants d’anciens féodaux monarchistes dont beaucoup ne connaissaient du Rwanda que de nom et surtout étaient à la fois honnis et redoutés par la majorité de la population,  se rendraient quand-même maîtres de ce pays à peine moins de quatre ans après le début de leur aventure. Mais s’était sans compter avec les commanditaires de cette guerre qui, certes, jugeaient que les pertes en vies humaines seraient énormes, mais que la victoire militaire en valait la peine et que ces « dégâts collatéraux » seraient à assumer.

En effet, après un assaut final particulièrement violent qui dura trois mois, Paul Kagame, qui tuait tout sur son passage, entra dans Kigali le 04 juillet 1994 à la tête des combattants tutsi, en enjambant des milliers de cadavres avant d’étendre l’opération sur le reste du territoire national. Ainsi donc, l’ancien garçon de rue de Kampala devenait, à seulement 37ans, le maître de ce Rwanda qu’il avait quitté à deux ans et qu’il venait de conquérir militairement au prix des milliers de morts et des millions de déplacés et réfugiés. Il n’en avait  cure : ce qui comptait pour lui était de s’installer au trône laissé par ses aïeuls en 1959.

Gestion d’une situation inimaginable

Pour s’imposer à une population qui l’a vu à l’œuvre (en tuant) durant les années de conquête, Paul Kagame n’y ira pas par quatre chemins : une répression aveugle et systématique devient la consigne donnée à son armée. Il est d’autant plus à l’aise dans cette entreprise macabre que ses mentors qui, par ailleurs, suivent ses pas et contrôlent la presse mondiale, lui ont assuré non seulement l’impunité mais aussi l’omerta sur ses crimes. Sa nouvelle conquête sera aussi un champ d’expérimentation des capitaux versés aux ONG pour installer un régime fantoche, comme cela pourrait désormais se rééditer ailleurs. Tous ceux qui voulaient étudier comment remettre en marche un pays volontairement détruit sont venus se pencher sur le laboratoire qu’est le Rwanda tenu par le laborantin Paul Kagame. Les dollars pleuvaient à profusion. Pour le faire paraître comme incontournable,  il sera à plusieurs reprises, utilisé par ces puissances comme supplétif pour réaliser leurs objectifs stratégiques  dans la région. Il fut à l’œuvre en RDC depuis 1996 comme il l’est actuellement au Burundi voisin.

Légitimation par le cynisme

Pour faire passer cette énormité dans l’opinion interne et dans l’opinion internationale, une trouvaille  vint à la rescousse : « le génocide ». Commence-t-on à évoquer les dégâts de la guerre de conquête, que l’on est sommé de se taire pour cause de génocide. Les crimes de guerre et crimes contre l’humanité ne peuvent pas être évoqués surtout s’ils ont été commis par l’armée de Paul Kagame, toujours au nom du « génocide ».

L’exploitation honteuse des victimes de la guerre de conquête est devenue un fond de commerce du régime Kagame. Du véritable nombre de morts aux expositions des restes dans des mémoriaux, en passant par les données du recensement général de la population, tout est trafiqué pour accréditer les thèses et les théories du régime de Kagame. Ainsi, le nombre de Tutsi du Rwanda était généralement estimé à environ 12 % de la population totale, soit environ 840 000 personnes. Si « un million » de Tutsi avaient été assassinés durant les terribles trois mois de 1994, cela signifierait que 14,3% de la population rwandaise aient été exterminés et qu’aucun Tutsi n’aurait survécu. Or, une bonne partie de la communauté tutsi a survécu. Cette froide démonstration mathématique prouve donc que nombre de non-Tutsi furent également victimes des massacres.  Autre incohérence : le mémorial de Gisozi à Kigali est censé abriter les restes de plus de 250.000 victimes tutsi qui habitaient la ville. Or, à l’époque la capitale rwandaise était peuplée par un peu plus de 500.000 habitants, dont environ 15 % de Tutsi, soit environ 75.000 âmes. Sachant qu’il y eut beaucoup de rescapés qui témoignent chaque année, l’on se demande d’où sont venus ces autres restes pour atteindre le nombre de 250.000 à Gisozi.

Paul Kagame a fait du « génocide » un outil politique et judiciaire pour faire taire toute opposition. Dans ce cadre, il a fait voter des lois controversées comme celle  sur l’idéologie du génocide ou sur le négationnisme. Enfin, pour assurer ses arrières et stigmatiser à jamais les Hutu, il a décrété que le « génocide des Tutsi »était un péché originel commis par les Hutu : du père au fils jusqu’à des centaines de générations. C’est pourquoi, chaque jeune hutu doit faire « mea culpa » pour ce que ses parents ou arrière grands-parents auraient commis s’il veut vivre tranquille dans le Rwanda de Kagamé.

Le modèle séduit certains leaders africains non clairvoyants ou sous influence :

Aussi paradoxal que cela peut paraître, ce modèle connaît des émules, comme pour confirmer l’adage rwandais qui dit que : « Ntamurozi wabuze umukarabya » [même la personne la plus abhorrée a toujours au moins un admirateur].

Le plus admiratif semble être le président guinéen Alpha Condé.  Il n’a pas hésité à déclarer que son pays avait besoin d’un leadership comme celui de Kagame, froissant au passage ses compatriotes de l’opposition qui n’avaient pas besoin de cette humiliation uniquement pour flatter un des grands criminels d’Afrique sinon du monde encore au pouvoir. Il est vrai que Kagame lui avait été recommandé par un certain…Tony Blair comme il l’a avoué. Est-ce que le président guinéen n’a vraiment pas de moyens pour savoir que Tony Blair est le Conseiller officiel de Paul Kagamé depuis des années ?

Le congolais Denis Sassou Nguessou n’est pas en reste. Depuis que celle qui représentait les réfugiés rwandais à Brazzaville et qui avait ses entrées au palais présidentiel, Madame Séraphine Mukantabana est rentrée à Kigali pour devenir ministre, le président congolais multiplie les gestes pour se faire bien voir de Kagame. Quand Kagame doit visiter le Congo, il est reçu non pas à Brazzaville mais dans le village natal du congolais comme pour marquer le caractère « familial » de leurs relations. D’autres développements sont prévisibles car le flirt continue.

L e gabonais Ali Bongo ne tarit pas d’éloge à Paul Kagame jusqu’à s’extasier face à sa « trouvaille » qu’il qualifie de « coup de génie » à savoir : remplacer le français par l’anglais comme langue d’enseignement au Rwanda. Il ne sait certainement pas que la décision de Kagamé est à classer dans la catégorie des « génocides culturels » car ayant rendu subitement plus de deux générations de Rwandais des « incultes et illettrés» dans leur pays car ne connaissant pas l’anglais alors qu’ils étaient jusque là considérés comme « intellectuels » ou instruits. Tout ce gâchis pour décomplexer l’ancien garçon de rue de Kampala qui n’a pas les aptitudes pour pratiquer la langue de Molière. Même son anglais est approximatif et de la rue. Espérons que pendant son règne, le fils d’Omar Bongo ne soumettra pas les Gabonais à ce « génocide culturel » made in Rwanda de Paul Kagamé.

En conclusion

Paul Kagame est le produit du hasard, du concours de circonstances et reste une créature et un outil des puissances qui dominent le monde. Les Rwandais, sur les têtes desquels le ciel est tombé (ishyano ryagwiriye) avec l’avènement de Paul Kagamé, ne doivent pas prendre ce fait comme une fatalité. Tout effort pour sortir de ce cauchemar est à encourager car quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit toujours à poindre.

Emmanuel Neretse

 

 

Réponse à la lettre ouverte des 43 parlementaires adressée au Ministre des Affaires étrangères

photo www.lexpress.fr

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Les signataires de la lettre ouverte à M. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, diffusée dans le journal Le Monde du 19 Février 2016[1] veulent se rendre à Kigali où règne sans partage depuis 1994 le régime dictatorial et terroriste de M. Kagame, »afin de s’unir aux Rwandais lors de la commémoration du génocide« : une bien curieuse démarche que de marquer cette solidarité avec un pouvoir accusé des pires exactions depuis 1990, alors que la nation française est, aujourd’hui, toute entière arc-boutée dans la lutte contre le terrorisme qui l’a lourdement frappée en 2015.

Nous reconnaissons qu’un génocide en 1994 a frappé les Tutsis du Rwanda, mais aussi des centaines de milliers de Hutus comme l’atteste le rapport Gersony [2] et le témoignage des troupes Australiennes[3]. Nous ne pouvons qu’être stupéfaits par les limites de la compassion des signataires.

Par ailleurs, l’actuel régime rwandais est impliqué dans plusieurs massacres en République Démocratique du Congo. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, dans sa lettre du 29 juin 1998[4], adressée au Conseil de sécurité, fait état des conclusions et de preuves de violation des droits de l’homme ou du droit international humanitaire, de crimes contre l’humanité et d’actes de génocide, et fait état des tueries auxquelles se sont livrées l’AFDL et ses alliés de l’Armée patriotique rwandaise. Les rapports Garreton[5] paru fin des années 90 et le rapport Mapping [6]en 2010 reprennent les termes de crimes contre l’humanité et actes de génocide en parlant des massacres perpétrés à l’est de la République démocratique du Congo par ces mêmes acteurs.

A leur tour en 2010, des rabbins Anglais ont alerté l’opinion publique sur le génocide congolais et sur le silence assourdissant de la communauté internationale[7] à propos de ces massacres.

Par la suite, en 2014, l’avocat espagnol Jordi Palou Loverdos lança l’Appel pour la vérité et la justice dans la région des Grands Lacs en soutien à la BBC 2 qui diffusa le documentaire «Rwanda’suntold story »[8]. Celui-ci déconstruit méthodiquement l’histoire qui a été officialisée par la majorité des médias occidentaux sur les tragédies qui dévastent, depuis 1990, la région des Grands Lacs : Burundi, Rwanda, RDC.

Il est donc impératif de rappeler aux signataires que le régime dictatorial de Paul Kagame collectionne aujourd’hui des dizaines de rapports sur les violations des droits de l’homme[9], les crimes contre l’humanité, voire les crimes de génocide dans la région des Grands Lacs et en particulier en République Démocratique du Congo

Force est de constater que les massacres et atteintes contre les civils au Congo documentés par les rapports cités plus haut et les résolutions de l’ONU[10], n’appellent pas, de la part des parlementaires compassionnels, le même élan de solidarité.

De plus, les signataires ne peuvent ignorer que le président rwandais Paul Kagame au pouvoir depuis 1994 avait juré de chaque fois humilier tout délégué français dans cette cérémonie tant que la France officielle n’aura pas demandé pardon pour « avoir pris part » au  génocide rwandais. C’est ainsi que Renaud Muselier, qui était Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères fut pris à parti publiquement le 7 Avril 2004 par Paul Kagame lui-même au stade de Kigali où se déroulaient les cérémonies et obligé de reprendre son avion vers Paris.

Cela fait depuis vingt ans maintenant que le génocide du peuple Congolais est passé sous silence. On parle de plus 8 millions de morts à ce jour. Aucun politique, aucun média ne veut briser cette omerta afin de stopper cette frénésie de massacres. Souvenons-nous de la guerre en ex–Yougoslavie : tout le monde pointait le régime serbe du doigt mais l’histoire nous a appris des années plus tard que les auteurs des massacres n’étaient pas que Serbes.

« Ce qu’il faut bien comprendre en l’espèce, à l’instar de certaines officines qui font du lobbying du dictateur Paul Kagame en France et opérant sur certaines couvertures comme associations de défense comme EGAM, Survie, SOS Racisme, FIDH, CPCR etc…connaissent le talon d’Achille de certains politiciens français qui n’hésitent pas à aller contre les intérêts supérieurs de la France ou à mettre en cause l’honneur des armées françaises pour se faire de la publicité ou pour quelques gains de toutes sortes promettant de tout faire en faveur du dictateur en utilisant justement le terme génocide , même s’ils doivent s’accuser eux-mêmes ou d’autres politiciens français des crimes qu’ils n’ont pas commis.[11] ». Monsieur le Ministre, accéder à la demande des 43 parlementaires, aller manifester solidarité et compassion non à toutes les victimes de la folie des hommes dans la région des Grands Lacs, mais à un régime terroriste et criminel, revient à nier les millions de morts au Congo, ainsi que des milliers de femmes, enfants, bébés… congolais violés, mutilés, enterrés vivants. Sans parler des victimes Rwandaises et Burundaises.

Lors du colloque « Rwanda, la vérité des acteurs » qui s’est tenu au Sénat le 1er Avril 2014, Philippe Reyntjens, Professeur à l’Université d’Anvers et spécialiste reconnu de la région des Grands Lacs  a déclaré : « Ceux qui nient ou minimisent le génocide des Tutsi sont appelés à juste titre négationnistes ou révisionnistes. Les mêmes qualificatifs doivent désigner ceux qui tentent de nier ou de contester les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par l’APR sur les civils au Rwanda et en RDC. Quels que soient les auteurs de ces crimes, ils doivent être traduits en justice pour éviter que cela ne se reproduise plus jamais. »

Cette démarche de ces 43 parlementaires français nie, de toute évidence, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité (voire les crimes de génocide) commis par le FPR et son armée l’APR depuis 1990 dans la région des Grands Lacs.

Accéder à cette demande, Monsieur le Ministre, serait piétiner la grandeur de la France, pays des droits de l’homme et accepter que la France fasse allégeance à un dictateur qualifié de « plus grand criminel de guerre encore en exercice » par les spécialistes de la région des Grands Lacs, et qui ne manque aucune occasion d’insulter le pays qui nous a accueilli et à qui nous devons estime et reconnaissance.

Le Collectif des Associations Congolaises

  • LIPEDC
  • INITIATIVES CONGO-ZAIRE
  • BUKAVU YETU
  • CCDP

Copie adressée à :

  • Noël Mamère, député écologiste de Gironde, membre de la commission des affaires étrangères, maire de Bègles;
  • Danielle Auroi, députée écologiste du Puy-de-Dôme, présidente de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale ;
  • Sylviane Alaux, députée PS de la 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques ;
  • Brigitte Allain, députée écologiste de la Dordogne ;
  • Pouria Amirshahi, député PS de la 9e circonscription des Français établis hors de France ;
  • Huguette Bello, députée GDR de la 2e circonscription de la Réunion ;
  • Esther Benbassa, sénatrice écologiste du Val-de-Marne ;
  • Marie-Christine Blandin, sénatrice écologiste du Nord ;
  • Jean-Pierre Blazy, député PS de la 9ecirconscription du Val-d’Oise ;
  • Michèle Bonneton, députée écologiste de l’Isère ;
  • Marie-George Buffet, députée PCF de de la 4e circonscription de la Seine-Saint-Denis, ancienne ministre de la jeunesse et des sports ;
  • Jean-Jacques Candelier, député PCF de la 16e circonscription du Nord ;
  • Fanélie Carrey-Conte, députée PS de la 15e circonscription de Paris ;
  • Sergio Coronado, député écologiste de la 2e circonscription des Français établis hors de France ;
  • Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique ;
  • Annie David, sénatrice PCF de l’Isère ;
  • Charles De Courson, député UDI de la 5e circonscription de la Marne ;
  • Jean Desessard, sénateur écologiste de Paris ;
  • Cécile Duflot, députée écologiste de la 6e circonscription de Paris, ancienne ministre du logement et de l’égalité des territoires ;
  • William Dumas, député PS de la 5e circonscription du Gard ;
  • Hervé Féron, député PS de Meurthe-et-Moselle, maire de Tomblaine ;
  • Aurélie Filippetti, députée PS de la 1re circonscription de la Moselle, ancienne ministre de la culture et de la communication ;
  • Jacqueline Fraysse, députée GDR de la 4e circonscription des Hauts-de-Seine ;
  • Geneviève Gaillard, députée PS de la 1re circonscription des Deux-Sèvres ;
  • Jean-Marc Germain, député PS de la 12e circonscription des Hauts-de-Seine ;
  • Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l’Orne, vice-présidente de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat ;
  • Laurent Grandguillaume, député PS de la 1re circonscription de la Côte-d’Or ;
  • Meyer Habib, député UDI de la 8e circonscription des Français établis hors de France ;
  • Jean-Christophe Lagarde, député UDI de la 5e circonscription de la Seine-Saint-Denis et maire de Drancy ;
  • Jean-Jacques Lasserre, sénateur UDI des Pyrénées-Atlantiques, président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques ;
  • Pierre Laurent, sénateur de Paris, secrétaire national du Parti communiste français, président du Parti de la gauche européenne ;
  • Jean-Pierre Maggi, député RRDP de la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône ;
  • Jean-Pierre Masseret, sénateur PS de la Moselle ;
  • Paul Molac, député écologiste du Morbihan ; J
  • ean-Philippe Nilor, député GDR de Martinique ;
  • Philippe Noguès, député divers gauche de la 6e circonscription du Morbihan ;
  • Marcel Rogemont, député PS de la 8e circonscription d’Ille-et-Vilaine ;
  • Barbara Romagnan, députée PS du Doubs ;
  • Jean-Louis Roumégas, député écologiste de l’Hérault ;
  • Eva Sas, députée écologiste de la 7e circonscription de l’Essonne ;
  • Gabriel Serville, député GDR de la 1re circonscription de Guyane ;
  • Cécile Untermaier, député PS de la 4e circonscription de Saône-et-Loire et
  • Jacques Valax, député PS de la 2e circonscription du Tarn.

 

[1] http://abonnes.lemonde.fr/afrique/article/2016/02/19/nous-voulons-nous-unir-aux-rwandais-lors-de-la-commemoration-du-genocide_4868287_3212.html et http://www.egam.eu/5204-2/

[2]http://www.france-rwanda.info/article-le-rapport-gersony-et-le-genocide-hutu-56753191.html

[3]https://blogs.mediapart.fr/michel-robardey/blog/220415/rwanda-les-australiens-se-   souviennent-d-un-crime

[4]http://www.un.org/fr/sc/documents/letters/1998.shtml

[5]http://jkanya.free.fr/rapportgarrison.html

[6]https://www.hrw.org/fr/news/2010/10/01/rd-congo-questions-et-reponses-sur-le-rapport-de-mapping-des-nations-unies-sur-les

[7]http://www.theguardian.com/world/2010/apr/23/victims-of-war-in-congo

[8]https://vimeo.com/112879025

[9]https://www.hrw.org/fr/world-report/2015/country-chapters/268129

[10]  – Résolution 1304 (2000) du 16 juin 2000 / Résolution 1332 (2000) du 14 décembre 2000 / résolution 20781 (2012) du 28 nov2012

[11] – http://www.echosdafrique.com/20160222-quand-une-puissance-en-declin-devient-un-punching-ball-des-dictatures-africaines-cas-de-la-france-par-rapport-au-rwanda

Rwanda. Isolé dans la région des Grands Lacs, les conseillers de Paul Kagamé lui trouvent un point de chute : l’Afrique de l’Ouest

guinnée - Kagame

Introduction

Le régime installé au Rwanda en 1994 après la conquête militaire du pays par des éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda fonctionne selon un schéma simple et même grossier mais qui, jusqu’il y a peu, s’est montré plutôt efficace. En effet, pour mater impitoyablement mais en toute impunité une population hostile militairement conquise, le régime personnifié par le général-président Paul Kagame a utilisé et utilise encore des méthodes qui ont fait ses preuves ailleurs et sous d’autres époques.

A l’intérieur, la population est maintenue dans la terreur et la peur par des agents du régime et les milices du parti au pouvoir qui ont quadrillé le pays selon un système de maillage  complet du territoire par tranches de 10 ménages. La population est fermement découragée à parler et à même penser politique, laissant la clique anglophone venue d’Ouganda  et dont on ne connaît ni les contours ni les règles de fonctionnement, la conduire comme un troupeau. La seule activité politique qui lui est permise est de chanter les louanges de Paul Kagame et de verser la cotisation du parti au pouvoir.

A l’extérieur le régime a fait du mensonge et de la dissimulation son cheval de bataille à l’intention des visiteurs. Pour les chercheurs et autres organisations internationales, la manipulation des statistiques est la règle pour chaque responsable ou service consultés. Le tout dans le but de cacher ce qui ne marche pas ou la situation réelle mais de jongler avec les chiffres pour présenter les quelques modestes progrès mêmes les plus naturels.

Parallèlement, le régime investit lourdement dans des « contrats de communication » signés avec les grands médias du monde devant lesquels il ouvre ses caisses sans compter pourvu qu’en contrepartie le régime soit présenté sous un meilleur jour ou alors ses crimes complètement occultés.

Enfin, pour continuer à jouir de l’impunité et de présenter une fausse image de cette dictature dans le monde, le régime recourt aux puissants lobbyings occidentaux qui, moyennant payement, usent de leurs réseaux pour promouvoir Paul Kagame à tort et à travers. Celui-ci s’est pour cela entouré de « conseillers » qui ne sont d’autres que d’anciens chefs de gouvernements ou ministres dans leurs pays qui sont des grandes puissances et qui brandissent leurs cartes de visite pour épater les dictateurs à qui ils assurent l’impunité et l’aura internationale.

Première faille dans l’édifice FPR de Paul Kagame : les relations avec ses voisins.

Longtemps occulté, l’isolement du régime de Paul Kagame dans la région des Grands Lacs saute actuellement aux yeux. Tous ces voisins sont exaspérés par son arrogance et son ingérence dans les affaires d’autres Etats, ses actes de déstabilisation, son sabotage des efforts des organisations régionales…tout cela sans que ces organisations ne puissent le condamner ni même le dénoncer afin de ne pas s’attirer les foudres des puissances occidentales qui l’utilisent comme leur agent dans la région. Un petit aperçu des actes de Paul Kagame contre certains de ses voisins est très instructif.

1. La République Démocratique du Congo

Ce pays fut envahi depuis 1996 par les armées de Paul Kagame avec la bénédiction de la Communauté Internationale. Prenant le relais de l’occupation officielle, les rébellions successives créées et soutenues parle Rwanda ont transformé le pays et ses institutions en un « no man’s land » où seul les sujets de Paul Kagame peuvent se mouvoir en toute tranquillité. En effet, avec les multitudes d’intégrations des combattants des rébellions de Kagame en RDC, l’armée et la police de ce pays compte plus d’officiers supérieurs d’origine rwandaise (des Tutsi) que ceux des plus de 200 ethnies congolaises confondues. Idem sur le plan politique. Personne ne peut dénoncer cet état de choses.

2. La Tanzanie

Ce pays le plus stable et le plus démocratique de la région, est lui aussi confronté à la mégalomanie et à l’impunité dont jouit le FPR de Paul Kagame. Celui-ci n’a pas hésité à menacer de mort l’ancien président tanzanien Jakaya Kikwete lorsqu’il avait osé dire que le régime de Kagame devrait parler avec son opposition comme cela se fait ailleurs. Curieusement aucune voix dans la  Communauté Internationale n’a condamné cette sortie de Paul Kagame jusqu’à la fin du mandat de Kikwete en octobre 2015. Au contraire  il était et reste considéré au Rwanda comme un « empêcheur de tourner en rond » pour avoir exprimé une vérité qui fâche Paul Kagame.

3. Le Burundi

Le maillot faible de la région des Grands Lacs offre une illustration éclatante de l’impunité dont jouit Paul Kagame et du parti-pris de la Communauté Internationale. Après avoir insulté publiquement le président du Burundi en affirmant qu’il ne devait pas  être considéré comme le président de ce pays, Paul Kagame a appelé publiquement à travers la presse officielle ( Radio, TV…) la population du Burundi à fuir vers le Rwanda en avril 2015 en lui disant qu’un génocide était imminent. Les fugitifs trouvaient des bus qui les attendaient à la frontière et recevaient tout de suite le statut de réfugié. Il a accueilli les éléments qui ont tenté de prendre le pouvoir par les armes en mai 2015. Aucune condamnation de la part de la Communauté Internationale. Une fois les réfugiés installés dans les camps, des recrutements suivis des entraînements militaires commencèrent. Des armes et munitions furent acheminées du Rwanda au Burundi pour maintenir l’insécurité qui sera  présentée comme un « début du génocide ».

Face à ces actes commis au grand jour, certaines ONG et les Etats-Unis ont rendu publics ces actes de déstabilisation du Burundi provenant du Rwanda. Comme toujours,  la réponse de Paul Kagame fut de brandir un chantage : il menace d’expulser les réfugiés burundais qui se comptent à plus de 250 mille. Encore une fois, la Communauté Internationale est obligée de s’incliner devant lui et de fermer les yeux sur ses actes condamnables par le droit international.

Les organisations régionales commencent à souffrir sérieusement de ses caprices à l’exemple de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

L’opposante Victoire Ingabire présidente du Parti FDU-Inkingi est détenue depuis 2010 et a été condamnée à 15 ans d’emprisonnement. Elle avait présenté son cas devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples sise à Arusha en Tanzanie. La requête a été déclarée recevable et fondée. L’affaire devait s’ouvrir le 04 mars 2016. Mais à la surprise  générale, le gouvernement rwandais a déclaré in extremis qu’il ne peut pas comparaitre dans cette affaire car il s’est entretemps retiré du protocole d’accord qui institue la Cour. Il échappe ainsi et à peu de frais à une condamnation pour violation des droits de l’homme devant une cour ad hoc. Pourtant, face à cette énormité, aucune condamnation et même aucun commentaire dans la presse occidentale comme si ce nième pied de nez à la Communauté Internationale  était toléré et même souhaité.

Bouée d’oxygène : Afrique de l’Ouest

Face à ce Bérézina diplomatique qui risque de mettre à nu le roi du Rwanda Paul Kagame, ses lobbies se devraient d’agir vite. C’est le sens que l’on doit donner à l’intérêt subit de l’anglophone et surtout francophobe Kagame aux pays du pré-carré français de l’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal et la Guinée Conakry. C’est le président guinéen Alpha Condé qi a révélé le pot aux roses.

Après l’avoir reçu en grandes pompes à Conakry, le guinéen a déclaré devant la presse que ce sont des personnalités comme… Bernard Kouchner et Tony Blair qui lui ont recommandé Paul Kagame afin qu’il lui dise comment il a fait pour réussir !  Entendez par là, violer les droits de l’homme sans être dénoncé, présenter une fausse image à l’étranger alors qu’à l’intérieur c’est catastrophique.

Par cette opération, les conseillers de Kaul Kagame que sont les hommes d’affaires Bernard Kouchner et Tony Blair promettent à Kagame de redorer son blason. A l’interne, ils espèrent continuer à berner l’opinion comme quoi tout va à merveille et à l’internationale, ces nouveaux alliés souvent naïfs lui seront d’un grand soutien dans les organisations  internationales comme l’UA ou l’ONU. En même temps le brouhaha que va faire les médias francophones dont on sait que la plupart ont signé des contrats de communication avec Paul Kagame, en vantant les « mérites » du dictateur mais qui est aussi grand détracteur de la France, amènera cette puissance moyenne à chaque fois faire profil bas devant Kagame ou quand il s’agit de parler de ses actes.

Enseignement 

Comme les peuples de la région des Grands Lacs qui, depuis des décennies, sont malmenées selon des stratégies pensées par des prédateurs occidentaux présentés comme « conseillers » des autocrates africains choisis et promus par eux et qui doivent les appliquer sur le terrain, les peuples de l’Afrique de l’Ouest risqueraient-ils, eux aussi, de se réveiller et constater que leurs vrais décideurs sur leur sort s’appellent … Bernard Kouchner ou Tony Blair ?  Nous ne le leur souhaitons pas. Mais comme on dit en Kinyarwanda : «Usenya urwe, umutiza umuhoro »

Nous ne le leur souhaitons pas. Mais comme on dit en Kinyarwanda : «Usenya urwe, umutiza umuhoro »[1]

Emmanuel Neretse


[1] A celui qui détruit son logis tu prêtes une serpette.

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LE JOURNAL « JEUNE AFRIQUE » S’EST DÉVOYÉ, DANS LE CAS DU RWANDA. A QUEL PRIX ?

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Depuis quelques temps, un certain Yann Gwet publie une série d’articles, dans lesquels il s’évertue à plaider pour une présidence à vie pour Paul Kagame à la tête du Rwanda soi-disant qu’il serait un homme providentiel, un « oiseau rare » (cygne noir), etc. Cela devait seulement faire sourire si ces écrits n’étaient pas publiés par l’hebdomadaire parisien « Jeune Afrique »  dont on connaît l’influence nuisible sur les opinions africaines depuis des décennies. Récemment dans un article publié par Times Gabon et repris par bon nombre de médias africains en ligne, il est dit notamment que : « En dehors des opérations de chantage à l’encontre des chefs d’Etat africains, s’ajoute l’escroquerie qui fait que ce journal soit vendu deux fois. Chaque impression est d’abord présentée au chef d’Etat ou homme politique concerné avant d’être mis en kiosque. C’est ainsi qu’il permet de maintenir en négociation et mettre la pression sur les dirigeants noirs africains. »

En ce qui concerne le Rwanda, le même média souligne que : « Au Rwanda, pendant longtemps, le régime de Juvénal Habiarimana (sic) a signé d’importants contrats publicitaires, J.A a fait des affaires en or […]. Désormais, on fait la cour à Kagamé, signature d’un contrat de 350 000 dollars, François Soudan exalte Paul Kagamé, désormais décrit comme ayant fait de son pays un paradis sécuritaire etc. »

D’autres ont aussi souligné l’immoralité de « Jeune Afrique » quand il s’agit de gagner de l’argent de la part des dirigeants africains dont le directeur de la rédaction, François Soudan, est passé maître. Il semble donc qu’ayant senti qu’un contrat de communication juteux se profilait entre le régime de Paul Kagame et ceux qui pourront défendre son projet fou de restaurer la monarchie féodale d’une façon détournée en commençant pas sa présidence à vie, François Soudan ait refilé le tuyau au sieur Yann Gwet qui dès lors ne se fait pas prier pour s’avilir au grand mépris du peuple rwandais.


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La tâche s’avère difficile et l’exercice périlleux. Comment, en effet, défendre le principe que les Rwandais méritent quant à eux une dictature au moment où on tire à boulets rouges sur ceux qui sont accusés à tort ou à raison de vouloir se maintenir au pouvoir dans des systèmes beaucoup plus démocratiques que le régime dictatorial de Paul Kagame ? Yann Gwet étant citoyen camerounais, il pousse le ridicule et la contradiction jusqu’à dire que oui, il faut modifier les constitutions comme celle du Rwanda qui limite les mandats présidentiels, mais aussi celle du Cameroun qui ne les limite pas ! Allez-y comprendre quelque chose. Le cheval de bataille qu’a enfourché le collaborateur de Jeune Afrique Yann Gwet est de vanter l’ordre et la discipline qui régneraient au Rwanda de Paul Kagame, la propreté de la capitale Kigali, l’absence de contestations ni de manifestations dans les rues, le culte de la personnalité frisant la déification que les Rwandais voueraient à Paul Kagame. Avec ce constat, la Corée du Nord de Kim Jong UN n’aura pas beaucoup d’efforts à faire quand elle voudra redorer son blason en Occident. Il lui suffira de signer un contrat de communication « costaud » avec « Jeune Afrique » et les François Soudan et autre Yann Guet se mettront à l’œuvre.

En effet comme au Rwanda, l’ordre règne en Corée du Nord et la population marche presque au pas militaire comme au Rwanda. Plus que  Kigali, Pyongyang est toujours propre et étincelant. Pas de contestations internes au régime de Kim Jong UN comme pour celui de Paul Kagame. Les Nord-Coréens prennent leur leader Kim Jong UN pour un surhomme tout comme les Rwandais voient en Kagame un demi-dieu (frère jumeau de Jésus Christ comme l’a déclaré un jour un dignitaire du régime). Alors, en toute logique les faveurs et l’admiration dont jouit Paul Kagame en Occident devraient aussi concerner Kim Jong UN de Corée du Nord. En tout cas « Jeune Afrique » et Yann Guet y réfléchissent. Ils sont actuellement occupés par la campagne de promotion que leur a confiée Paul Kagame et après ils pourraient se pencher sur le cas de Corée du Nord de Kim Jung UN, le frère siamois asiatique de Paul Kagame l’Africain, pourvu qu’il leur ouvre les cordons de la bourse.

Bref, voilà où peut conduire la cupidité et la course effrénée derrière l’argent, même chez ceux qui se considèrent comme des intellectuels ou leaders d’opinion : compromissions, contradictions, mensonges, manipulations…, bref tous les vices honnis par la sagesse africaine.

Gaspard Musabyimana et Emmanuel Neretse
18/08/2015

Paul Kagame et les médias : de qui se moque François Soudan ?

François Soudan est le directeur de rédaction de l’hebdomadaire parisien « Jeune Afrique ». Depuis des décennies, il s’est rendu célèbre par sa facilité à avoir ses entrées dans les palais des dictateurs africains pour vendre leurs images à l’opinion en les encensant jusqu’à leurs chutes pourvu qu’ils aient signé avec lui des « contrats de communication » juteux.

En ce qui concerne le Rwanda, François Soudan a tout de suite perçu que le régime qui venait de s’installer à Kigali en 1994 après une guerre de conquête initiée en octobre 1990 aurait de la peine à se légitimer dans l’opinion surtout occidentale, et s’est donc improvisé comme porte-parole en France et surtout en Afrique francophone où l’hebdomadaire Jeune Afrique est l’une des grandes références, de la dictature qui venait de s’installer au Rwanda. L’hebdomadaire « Jeune Afrique » avec le journaliste François Soudan devinrent donc, au terme des contrats de communication, partie prenante du régime dictatorial de Paul Kagamé.

Un contrat de communication difficilement exécutable

Depuis que Paul Kagame, à la tête des éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda, a conquis le Rwanda en 1994, il a innové en matière d’exercice d’un pouvoir absolu et arbitraire. Sous divers prétextes et en usant de multiples astuces, il s’est offert une des longues périodes de transition politiques du monde : neuf longues années pendant lesquelles le pays fut gouverné comme une résidence dans laquelle une clique de bandits se seraient repliés après avoir chassé ou soumis ses occupants et se partageraient le butin.

Finalement, en 2003, pour présenter une image d’un dirigeant enfin civilisé et faire oublier l’image de l’ancien garçon de rue de Kampala qui lui collait à la peau, Paul Kagame fit adopter une Constitution taillée sur mesure. Il a pris soin d’inscrire un mandat anormalement long de sept ans et renouvelable une seule fois étant convaincu qu’après quatorze ans à ajouter aux neuf années déjà consommées, lui et sa clique se seront suffisamment remplis les poches et auront assuré leurs arrières de façon à ce qu’il puisse céder la place à d’autres sans risque.

Seulement voilà : les quatorze ans seront écoulés en 2017 et le dictateur constate que 23 ans à la tête d’un pays conquis ne suffisent pas, mais surtout la clique autour de lui en veut encore. La décision est alors prise : il faut amender la Constitution avant l’échéance de 2017 en supprimant l’article limitant le nombre de mandats présidentiels. Mais pour cela, il faut préparer l’opinion surtout internationale car la population rwandaise, quant à elle, n’aura qu’à suivre moutonnement les directives du parti au pouvoir, à savoir l’ancienne rébellion tutsi du FPR.

C’est ici où la tâche des « conseillers en communication » et des consultants du dictateur comme François Soudan se révèle ardue. Comment, en effet, faire la promotion d’un président qui veut modifier la Constitution de son pays pour qu’il devienne président à vie, au moment où on dénonce ceux qui tentent de briguer un troisième mandat de seulement cinq ans? Comment concilier la hargne que Jeune Afrique a mis pour décrier Blaise Compaoré du Burkina Faso et à soutenir ses opposants jusqu’à le faire fuir du pays, au fait que la même Jeune Afrique doit maintenant acclamer Paul Kagame et l’inviter même à amender sa Constitution afin qu’il reste au pouvoir jusqu’à sa mort? Mais François Soudan ne s’offusque guère de ces considérations, tant son mépris envers les Africains en général et le peuple rwandais en particulier l’a aveuglé.

Mépris de François Soudan envers le peuple rwandais

Dans un éditorial de Jeune Afrique datée du 01 juin 2015 et signé François Soudan, ce journaliste croit, mordicus, que le Rwandais moyen ne peut pas discerner les mises en scène du pouvoir de la volonté populaire. Ainsi, il ose parler de plus de deux millions de pétitions envoyées au Parlement pour réclamer l’amendement de la Constitution afin de permettre à Kagamé de rester président après 017, en omettant de dire que les agents administratifs aux plus bas échelons sont sommés de parcourir des collines avec des formulaires à remplir et à faire signer par des paysans pour la plupart analphabètes.

Il aurait été journaliste et non agent rémunéré par le régime dictatorial si au moins il aurait relevé ce fait et rapporter ce qu’en disent d’autres médias plus libres.

Mépris de François Soudan envers les peuples africains

Dans le même éditorial, François Soudan a le « culot » de dire que certains peuples des pays africains souhaiteraient avoir à la tête de leurs pays un dictateur sanguinaire de la trempe de Paul Kagame ! Les Gabonais et les Togolais apprécieront comment ils sont perçus de Paris par le leader d’opinion de l’Afrique francophone qu’est devenu François Soudan. Sur ce point, il dépasse en imagination le rwando-canadien François Bugingo qui défraie actuellement la chronique au Canada pour ses reportages bidonnés et ses analyses télécommandées.

En conclusion, nous sommes d’avis qu’avec l’argent, tout est permis surtout en matière de communication. Mais aller jusqu’à mépriser des peuples entiers en les prenant pour des idiots comme le fait François Soudan par le seul souci de remplir sa part du contrat de communication passé avec un dictateur comme Paul Kagame, cela dépasse l’entendement. Les vrais patriotes africains qui se sentent blessés dans leur honneur par des gens comme François Soudan devraient se lever et réagir.

Emmanuel Neretse
01/06/2015

 

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