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RDC : Pour que la Brigade d’intervention ne soit pas une tentative vaine…

JEUNES GomaRDC : Pour que la Brigade d’intervention ne soit pas une tentative vaine, ou la paix une conquête éphémère ». Lettre ouverte de la jeunesse congolaise à M. Ban Ki Moon, Secrétaire Général de l’ONU

Depuis le 15 août de l’année dernière, ces jeunes de Goma, au Nord-Kivu, la province la plus meurtrie par les guerres et les violences, avaient écrit et manifesté pour demander le renforcement du mandat de la MONUSCO. Le 11 septembre, devant le Secrétaire-adjoint de l’ONU Hervé Ladsous, de passage à Goma, ils avaient écrit sur leur calicot : « la meilleure manière de nous protéger, nous civils congolais, c’est de nous protéger. La MONUSCO doit y oeuvrer ou s’en aller ». 

Le Conseil de sécurité leur a finalement donné raison en votant, jeudi le 28 mars dernier, la résolution 2098 (2013) qui crée une Brigade d’intervention doté du mandat de « neutraliser les groupes armés » dans l’Est de la RDC, et proroge le mandat de la MONUSCO jusqu’au 31 mars 2014. 

Pourtant ils demeurent préoccupés. D’où cette lettre ouverte et leur manifestation devant le Quartier Général de la MONUSCO, ce mercredi 3 avril 2013. 

POUR QUE LA BRIGADE D’INTERVENTION NE SOIT PAS UNE AUTRE INITIATIVE VAINE,

OU LA PAIX UNE CONQUETE EPHEMERE

Lettre ouverte à Monsieur Ban Ki Moon,  Secrétaire Général de l’Organisation des Nations-Unies

New-York, Etats-Unis d’Amérique.

 

Monsieur le Secrétaire Général,

C’est avec un grand soulagement que nous avons accueilli la nouvelle de la création, par la résolution 2098 du Conseil de sécurité de l’ONU, sur votre recommandation, d’une Brigade d’intervention au sein de la MONUSCO, avec un mandat explicite de « neutraliser tous les groupes armés » actifs dans l’Est de notre pays. C’est depuis le début de l’année dernière, et l’apparition du sinistre M23 que nous avions écrit et manifesté pour demander la transformation du mandat de la MONUSCO afin qu’elle devienne véritablement une force d’imposition de la paix, au lieu de prétendre « maintenir » une paix inexistante.

La création de la Brigade d’intervention nous redonne espoir en l’avènement de la paix dans notre pays et spécialement dans la province du Nord-Kivu, après deux décennies de guerres cycliques et de violences inouïes. Nous nous réjouissons aussi de ce que le Conseil de sécurité ait tenu à rappeler la responsabilité première du gouvernement congolais à assurer la paix et la sécurité du pays, et à défendre son indépendance et sa souveraineté.

Monsieur le Secrétaire Général,

Notre réjouissance est malgré tout emprunte de prudence et d’inquiétude, au regard de certains éléments qui risquent de compromettre, soit la réalisation effective et rapide de la mission d’imposition de la paix assignée à la Brigade d’intervention, soit la pérennité de la paix qu’elle aura pu imposer.

C’est sur ces éléments que nous souhaiterions attirer votre attention, et à travers vous, celle de l’ensemble de la communauté internationale et des autorités congolaises. Notre unique leitmotiv, c’est que nous avons subi les guerres et les violences répétitives dans notre propre chair, et que nous ne voulons ni de trêve, ni de demi-solutions : nous voulons d’une paix véritable, solide et durable pour enfin nous développer et nous épanouir.

Une telle paix ne peut s’accommoder ni de nouvelles primes à des criminels impénitents de quelque bord qu’ils soient ; ni de l’impunité ou des arrangements occultes. Une telle paix ne peut pas non plus s’accommoder d’un voile pudique sur les problèmes réels de gouvernance, d’atteintes à la constitution et à la démocratie, d’injustices sociales, de corruption, de légèreté et d’incompétence que nos dirigeants actuels entretiennent délibérément.

Monsieur le Secrétaire Général,

La République Démocratique du Congo a tout le potentiel pour devenir une grande nation, démocratique, paisible et prospère, et le moment est propice pour tourner définitivement la longue page des guerres répétitives, des violences, et des atteintes à la démocratie. En dépit de leurs lacunes, la résolution 2098 et l’accord-cadre d’Addis-Abeba offrent une chance réelle d’évolution positive dans cette direction.

Si, au-delà des textes et des déclarations d’intention, la communauté internationale est réellement résolue à contribuer à l’avènement d’une paix véritable et durable, gage du développement de la RD Congo et de l’épanouissement de son peuple – ce dont la sous-région, l’Afrique et le monde ne manqueront pas de tirer meilleur bénéfice qu’actuellement –, nous l’exhortons, à travers vous, à :

1.        Mettre à la disposition de la Brigade d’intervention, non seulement des moyens financiers et matériels suffisants et adéquats (notamment les drones et les hélicoptères), mais aussi leurs troupes aguerries et possédant avec la RDC plus d’affinités. L’une des raisons de l’échec de la MONUSCO durant la décennie de sa présence nous semble être le manque de motivation suffisante de la part des pays pourvoyeurs de l’essentiel des troupes. Outres les Etats de l’Afrique australe qui ont déjà proposé leurs troupes à la Brigade d’intervention, les pays occidentaux comme les Etats-Unis d’Amérique, la France, la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Norvège, la Suède et le Canada devraient eux aussi mettre à contribution leurs armées plus expérimentées, mieux entraînées et mieux équipées pour plus d’efficacité de la Brigade d’intervention. C’est une question de cohérence et de responsabilité et cohérence de leur engagement politique et diplomatique en RDC et en Afrique des Grands-Lacs.

2.       S’assurer que la Brigade d’intervention est déployée dans les meilleurs délais, et qu’elle accomplit sa mission le plus rapidement possible : les trente jours annoncés pour l’opérationnalisation de cette Brigade ne devraient pas être dépassés, au risque de permettre aux groupes armés visés d’élaborer des stratégies pour se soustraire à la traque sans disparaître vraiment. Par ailleurs, les dix ans de la MONUSCO, c’est déjà trop. Nous apprécions que dans ce contexte particulier, la communauté internationale nous aide établir les bases d’une paix durable et d’une stabilité certaine, mais cela ne peut en aucun cas justifier une présence et une assistance permanentes. Les actions de la communauté internationale ne seront légitimes que pour autant qu’elles visent à nous aider à prendre nos responsabilités, à nous conduire souverainement en tant que Nation, à atteindre notre résilience.

3.       Ne pas s’écarter de la résolution 2098 qui vise tous les groupes armés locaux et étrangers : la communauté internationale ne doit pas tomber dans les mêmes errements que ceux de notre gouvernement qui a trop souvent tendance à considérer certains groupes armés comme « plus importants », ou « plus tolérables », ou « plus fréquentables » que d’autres. Tous les groupes armés, y compris le M23, doivent être neutralisés sans condition ni différenciation comme stipulé dans la résolution 2098 (2013). La communauté internationale doit peser de tout son poids pour qu’aucune mesure autre que le désarmement volontaire et sans condition ne soit plus accordée à aucun groupe armé, quel qu’il soit : ni intégration au sein de l’armée nationale, ni accords occultes, ni amnistie collective, ni mutation en groupements politiques des groupes armés comme par le passé.

4.      Maintenir la pression sur les autorités congolaises pour que les réformes que toute la population attend, et qui sont le véritable gage de la cohésion nationale et de la paix durable, soient effectivement entreprises : réforme du secteur de sécurité ; mise en œuvre accélérée de la décentralisation ; réformes électorales ; réforme de la justice et jugement de tous les crimes commis en RDC ces vingt dernières années ; mise en place de toutes les institutions prévues dans la constitution du 18 février 2006 ; réformes électorales et tenue en cette année 2013 des élections provinciales, sénatoriales et locales ; engagement concret dans la lutte contre la corruption et la mauvaise gouvernance économique ; réformes économiques et sociales ; etc. Pour ce faire, nous attendons de la communauté internationale qu’elle encourage et soutienne ces réformes. Dans cette optique, pourquoi ne pas réduire les autres effectifs quasi inutiles de la MONUSCO ainsi que leur budget, et engager ces moyens dans le soutien aux réformes prioritaires comme celle du secteur de sécurité ? Nous pensons qu’il est important d’encourager le gouvernement congolais à adopter et rendre public, dans les meilleurs délais, une feuille de route pour la mise en œuvre de toutes ces réformes, avec un chronogramme clair.

Monsieur le Secrétaire Général,

La résolution 2098 est un pas important de la communauté internationale dans l’accompagnement de notre pays vers le recouvrement de la paix et de la stabilité, mais beaucoup reste encore à faire. A commencer par la réalisation effective et rapide de tous les points énumérés dans cette résolution. Nous osons espérer que la mutation opérée dans la façon dont la communauté internationale perçoit la crise dans notre pays permettra une amélioration concrète de la situation. Notre souci est de nous défaire des chaînes qui empêchent depuis tant de décennies notre Nation de prendre son envol. Nous avons besoin, non pas d’une tutelle permanente, mais d’un soutien sincère des autres Nations du monde, pour réaliser ce rêve commun à notre génération.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l’expression de notre considération hautement distinguée.

 Fait le 3 avril 2013, à Goma (province du Nord-Kivu).

Pour La LUCHA, les signataires :

1. Fred Bauma Winga                           6.Micheline Mwendike Kamate,

2. Jean-Mobert N. N’senga                   7.Luc Nkulula-wa-Mwamba

3.Chantal Faida Mulenga-Byuma       8.Fidèle Niyirema

4.François Lukaya N’yombo                 9.Claudia Chuma

5.Serge Kambale Sivyavuwa    

                                                               

Bosco Ntaganda à la disposition de la Cour pénale internationale : indifférence et méfiance de la population dans l’Est de la RD Congo

Bosco NtagandaLa reddition, lundi le 18 mars 2013 à l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Kigali, de celui que l’on surnomme le « Terminator » a surpris plus d’une personne, autant qu’elle a suscité des réactions tous azimuts de réjouissance et de soulagement de part le monde. Les Nations-Unies, les Etats, les organisations de défense des droits de l’Homme, la Cour pénale internationale, …tout le monde a salué une « bonne nouvelle » pour les victimes de ses crimes, un « pas vers la fin de l’impunité », une « victoire de la justice », un « message fort envers ceux qui commettent des crimes dans cette région », et que sais-je encore. Même le gouvernement Congolais, responsable en grande partie de la grossière impunité dont Bosco Ntaganda a bénéficiée a joint sans remords sa voix au concert de réjouissances pour la circonstance.

Mais la mise à la disposition de la Cour pénale internationale du Général Bosco Ntaganda représente-t-elle réellement un évènement qu’il faille célébrer autant pour les populations meurtries de l’Est de la République Démocratique du Congo qui aspirent effectivement à la restauration de la paix et de la stabilité dans leur contrée ? Ou alors, s’il est vrai que l’impunité des criminels notoires est l’un des principales articulations du cycle des guerres et des violences dans l’Est du Congo, en quoi la reddition et le transfert de Bosco Ntaganda procèdent-ils d’une dynamique de mettre effectivement fin à l’impunité ? La réponse à ces interrogations – parmi tant d’autres – explique le sentiment d’indifférence et de méfiance qui anime la majorité de la population de l’Est de la RD Congo face un développement dont, logiquement, elle était censée être la première à se réjouir.

La turpitude et l’impuissance du gouvernement congolais 

Mettre fin à l’impunité, cela suppose une volonté manifeste de la part des autorités intéressées, et la mise en œuvre effective de leurs pouvoirs pour rechercher, arrêter, juger et condamner les auteurs de crimes commis. En l’occurrence, les autorités congolaises savaient que Bosco Ntaganda avait commis des crimes odieux en Ituri – en tout cas qu’il en était soupçonné par la Cour pénale internationale, qui avait lancé un mandat d’arrêt contre lui en 2006. Mais plutôt que de le rechercher, de l’arrêter et de le transférer à La Haye (faute de pouvoir le juger elles-mêmes), elles ont trouvé plus commode de transiger avec lui…au nom de la paix !

Bosco Ntaganda, a été publiquement défendu et protégé par le président Joseph Kabila, soi-disant garant de la justice et des lois. Promu au grade de Général au sein de l’armée nationale (en dépit de sa nationalité rwandaise d’après les documents officiels de la Cour pénale internationale), « Terminator » a été chargé de diriger les « opérations Amani » censées pacifier son abattoir de région. Quelle ironie ! Quel mépris pour la paix et la justice, et pour ses innombrables victimes congolaises ! Le comble, c’est que ni le Parlement, ni le pouvoir judiciaire n’ont eu, en tant qu’institutions, le courage de dénoncer cette situation.

Même ainsi, Bosco Ntaganda et ses acolytes ont continué de commettre des crimes de sang et des crimes économiques au Nord-Kivu, voire au-delà : meurtres, enlèvements, viols, tortures, pillages, mafias diverses … Ils sont restés déployés dans l’Est du Congo envers et contre tout, entretenant une armée, et parfois une administration parallèles, et gérant des réseaux d’exploitation et de commerce illicites des minerais. Les autorités congolaises étaient conscientes de cela, et la société civile congolaise comme différentes organisations de défense des droits de l’Homme n’ont jamais eu de cesse à documenter ces crimes et à exiger que Bosco Ntaganda fût arrêté. Mais Bosco Ntaganda a continué de vivre et de circuler paisiblement à Goma, aux yeux de tous.

Au début de l’année 2012, la pression était devenue de plus en plus grande sur les autorités congolaises, et spécialement sur le président Joseph Kabila, pour que Bosco Ntaganda soit arrêté et jugé. Là encore, tout en feignant vouloir l’arrêter, les autorités congolaises semblent avoir tout fait pour lui permettre de s’enfuir. Le M23 est né : les autorités congolaises l’ont vu prendre de l’importance et s’affirmer comme rébellion, sans nullement sembler être pressé ou sérieusement préoccupés d’en finir. En l’espace d’une année, de nombreux autres crimes ont été commis sous ce nouveau label sur lequel planait l’ombre de Bosco Ntaganda, ou indirectement par ses effets (naissance de nouveaux groupes armés, et résurgence d’anciens partout dans le Kivu).

Ainsi donc, jusqu’à sa reddition – libre ou téléguidée, peu importe – Bosco Ntaganda aura maîtrisé les autorités congolaises, plutôt que le contraire. Il a nargué tout le monde (sauf peut-être ses parrains rwandais). Les autorités congolaises n’ont absolument rien fait pour qu’il soit arrêté et traduit devant la justice. Lorsqu’elles l’avaient à leur disposition, elles n’avaient aucune intention de l’arrêter ; et lorsqu’il leur est venu un semblant d’intention de l’arrêter, elles l’ont laissé s’enfuir avec la certitude de ne pas pouvoir le rattraper (puisqu’elles ne peuvent même pas affronter la rébellion qu’il a créée).

Dans ces conditions je trouve absurde, voire insultant, que les gens osent voir dans la remise de Bosco Ntaganda à la Cour pénale internationale, via Kigali et l’ambassade américaine, un quelconque signe de la fin de l’impunité des crimes internationaux en RDC. Là où l’Etat ne peut pas ou ne veut pas arrêter les criminels (à commencer par ceux qu’il côtoie), il n’y a franchement aucun espoir de justice. Vue du Congo, la remise de Bosco Ntaganda est purement et simplement un accident, un fait inattendu et non-souhaitable qui n’a rien à faire avec une volonté (et une capacité) de mettre fin à l’impunité de la part des autorités congolaises. On ne peut pas prétendre aller dans le sens de mettre fin à l’impunité quand on attend des criminels qu’ils décident eux-mêmes, au moment et dans les conditions qu’ils veulent, d’accepter ou non de se mettre à la disposition de la justice.

Tant d’autres « Terminator » au Congo : on attendra qu’ils se rendent…

Bosco Ntaganda était certes une épine dans l’Est de la RDC, et a dû jouer un rôle important dans les guerres et les violences qui s’y sont produites ces dix dernières années. Mais de là à penser que son extirpation suffit à marquer la fin de l’impunité, ou que c’est « un tournent majeur » dans la recherche de la paix et de la stabilité dans cette région, il y a un pas que seuls les naïfs sont peuvent se permettre de franchir. En tout cas, les populations de l’Est de la RDC ne se fait aucune illusion : l’absence de Ntaganda ne va rien changer à leur situation, pas même à celle de ses victimes directes, plus spécialement.

L’une des raisons de ce scepticisme – j’allais dire ce réalisme –, c’est le fait qu’il y a bien plus de « Terminator » dans l’Est de la RDC qu’on ne le dit. Pas qu’on ne le sait pas, mais parce que ce n’est pas politiquement « opportun », ou urgent, ou tout simplement parce que les médias et la communauté internationale préfèrent regarder ailleurs. Depuis 1993 jusqu’à ce jour, ce sont des millions de congolais qui ont été tués dans différentes guerres et violences successives. Mais la justice nationale est trop limitée, il n’y a pas eu de tribunal international spécial pour le Congo comme certains le souhaiteraient, et la Cour pénale internationale titube encore sur ses pas.

Laurent Nkunda, Jules Mutebutsi, Sultani Makenga, Séraphin Mirindi, Innocent Kaina, Baudouin Ngaruye sont-ils moins « Terminator » que leur frère d’armes et maître Bosco Ntaganda ? Qu’en est-ils de ceux qui sont cités, par exemple, dans le rapport Mapping des Nations-Unies sorti en 2010 mais resté lettre-morte jusqu’à ce jour ? (En particulier l’armée rwandaise, avec à sa tête le président Paul Kagame et les officiers supérieurs comme James Kabarebe, Faustin Kayumba, Charles Kayonga, Jack Nziza, et d’autres). C’est sans citer les commandants des forces démocratiques pour la libération du Rwanda, les innombrables chefs rebelles Mayi-Mayi, les officiers de l’armée congolaise, etc.

Tous ces sinistres criminels, se rendront-ils jamais, eux aussi, pour que les populations de l’Est de la RDC espèrent enfin obtenir la justice ? Ce n’est pas pensable. Il faut bien qu’il y ait un Etat (dont ils ne font pas partie) qui soit à mesure de les soumettre, et non pas à couvrir de galons leurs lamentables épaules.

La justice internationale et ses aberrations

D’emblée, il est évident qu’aucun châtiment ne peut réparer ce que Bosco Ntaganda et ses acolytes ont commis comme crimes dans l’Est de la RD Congo. Mais au-delà de cela, combien d’années durera son procès ? De combien d’avocats bénéficiera-t-il, dans quel luxe relatif vivra-t-il, et combien de millions de dollars engloutira ce procès, pendant que ses victimes continueront de vivoter dans le dénuement, l’insécurité et la misère ? Le Bureau du procureur ne commettra-t-il pas de ces bourdes qui aboutiront à son acquittement ou à sa condamnation à une peine dérisoire ? Quelle sera la place des victimes dans ce procès ? Seront-elles dédommagées un tant soit peu ? Connaîtront-elles jamais toute la vérité sur les faits, sur les leurs disparus, sur les éventuels commanditaires de ces guerres et ces violences atroces dont Bosco Ntaganda ne pourrait être que l’un des exécutants ?

Ce sont autant de questions que les populations de l’Est de la RDC se posent légitimement. Elles ont l’expérience pas très reluisante des précédents procès des Congolais Thomas Lubanga, Matthieu Ngudjolo et Germain Katanga. Mais on leur a dit aussi que Bosco ne serait poursuivi « dans un premier temps » que pour les crimes commis entre 2002 et 2003 en Ituri. Au Nord-Kivu, on peut encore attendre. Mais combien de temps ? Et pour quel résultat ? Autant d’interrogations et de doutes qui ne laissent que trop peu de place à l’espoir d’une véritable justice, aux antipodes de l’impunité et à la croisée de la paix.

Justice, l’autre nom de la paix 

Les autorités congolaises se sont jusqu’ici comportées en prédateurs, autant que les milliers de criminels qui versent sans vergogne le sang des Congolais innocents. Elles choisissent des raccourcis (intégration des miliciens, promotion des seigneurs de guerre, accords compromettants avec certains groupes et Etats, bradage de la justice au nom d’une paix qui s’avère toujours imparfaite et éphémère, etc.).

La paix a un prix. Ce n’est pas la lâcheté, la facilité, la compromission, l’entente avec des criminels. C’est au contraire oser la justice, faire des réformes pour déraciner les causes profondes des conflits au nombre desquelles se trouve l’impunité. Ce courage manque cruellement aux autorités congolaises, qui, hélas, s’obstinent à ne rien apprendre des expériences du passé et répètent bêtement les mêmes erreurs.

Avec la reddition de Bosco Ntaganda, on a au moins deux gagnants : le Rwanda, qui essaie de démentir, non sans succès, les appréhensions de la communauté internationale sur son rôle dans la déstabilisation de la RDC en se faisant mine d’être partie de la solution plutôt que du problème. En l’occurrence, que Bosco Ntaganda se soit rendu au Rwanda ; que le Rwanda ne se soit pas opposé à son transfert à la CPI, quoique n’étant pas signataire du statut de Rome, ce ne sont pas des faits anodins. Si Bosco Ntaganda avait une mission à accomplir pour le Rwanda, il l’a accomplie. Il peut donc passer le témoin. Et Dieu sait si, avant sa remise à l’ambassade américaine, Bosco Ntaganda n’a pas été conditionné pour ce qu’il devra dire ou ne pas dire à La Haye !

L’autre gagnant s’appelle Sultani Makenga, l’autre « Terminator » de l’Est de la RDC, contre qui il n’existe pas (encore) de mandat d’arrêt international. Il est désormais sans véritable challenger à la tête du M23. Ce n’est pas pour rien qu’aussitôt Bosco Ntaganda mis hors-jeu, le médiateur ougandais a annoncé la reconnaissance de la délégation de l’aile Makenga à Kampala, et que la reprise des pourparlers a été annoncée pour cette semaine. Un accord avec le camp Makenga n’est plus donc qu’une question de jours. Un accord qui devrait consacrer de nouveau l’intégration des éléments du M23 (à Kinshasa on ne parle plus de « l’agression »), à l’attribution de grades, à l’insertion à des postes politiques, à l’amnistie, etc. Presqu’exactement comme il y a quatre ans, à la faveur de l’accord du 23 mars 2009. Le gouvernement congolais semble résolu à signer un tel accord. Son rapprochement avec Sultani Makenga est évident. Qui parlera de justice pour les crimes commis pas Sultani Makenga et ses troupes ? Qui rappellera que Makenga et Laurent Nkunda, la personna non grata d’il y a quelques années, sont comme un seul homme ? Aura-t-on supprimé les raisons à la base de la naissance du M23 et arrêté les « causes profondes » du cycle de guerres et de violences ? Absolument non.

En somme, la reddition de Bosco Ntaganda va servir de prétexte à ménager d’autres criminels à signer la paix pour encore un mois, un an, en attendant le prochain couaque et la résurgence d’une autre rébellion. La solution aux crises sécuritaires persistantes en RDC est encore très loin de portée. Et tant que les Congolais auront un Joseph Kabila comme président, des parlementaires cupides, une armée d’affairistes et d’amateurs, une population naïve et attentiste, on peut oublier tout changement significatif.

Jean-Mobert N’Senga
23/03/2013

RDC : Le festin des vautours

« Le festin des vautours. Mémoires d’un Ambassadeur congolais » de Jean-B. Murairi Mitima aux Editions Sources du Nil.

Histoire sociopolitique du Congo – Kinshasa depuis la naissance de Jean-B Murairi Mitima jusqu’à nos jours. Ce livre de 542 pages pourrait ainsi s’intituler sans gêner personne.

L’Ambassadeur Murairi Mitima revisite derrière le faux masque de son histoire personnelle le passé et le présent du Congo – Kinshasa, dans ses trahisons et dans ses contradictions mais surtout dans la responsabilité et la culpabilité de son élite dans le gaspillage et la déchéance de ce beau et riche pays : « la classe politique et les intellectuels seraient gravement coupables s’ils ne plaçaient pas ses intérêts au-dessus de tout autre » (page 469).

C’est eux les vautours, les charognards qui ont et continuent de festoyer autour d’une dépouille. Construit sur une simple mais riche histoire du parcours d’un individu, produit des collines du Kivu (territoire de Masisi) dans le royaume confédéral de Bahunde, le livre de Murairi Mitima embrasse tout sur son passage dans les moindres détails notamment « l’assaut de la colline inspirée » (pp. 139-183) mettant en exergue la vocation africaine et internationale de Lovanium actuellement université de Kinshasa qui gît dans un délabrement physique et intellectuel débridé.

De la politique à la diplomatie, l’auteur relate ce passage obligé avec beaucoup de dégoût par rapport à la nostalgie du départ : « nos recrutements ressemblèrent à un enrôlement dans une armée. Et les décideurs faisaient rarement cas des avis émis par l’administration et même par les conseillers. C’était des réquisitions » pp. 247-248.

Autour du président Mobutu, les vautours se régalaient du cadavre puant du Congo assommé par « l’opération zaïrianisation – étatisation (…) tellement désastreuse » p. 253 et qui sonna le glas de la dégringolade infernale du pays. Enfin vint la diplomatie qui est non seulement une école (p.283) mais également un monde des coups bas. L’image de marque d’un grand pays qui rayonnait finit par être ternie par une diplomatie parallèle encouragée et entretenue depuis la Centrale. Des honneurs à la honte, les diplomates congolais terminaient leur carrière en devenant des SDF (sans domicile fixe), refusant de mourir, survivant sans électricité ni gaz. Au demeurant et au-delà de la corruption et de la gabegie, l’auteur signale deux tares qui minent les politiques congolais : « la vantardise et l’auto satisfaction devant d’insignifiants et ridicules résultats face à l’immense fossé qui nous sépare du minimum exigé pour assurer l’honneur politique et le bien-être social de nos compatriotes » page 474.

L’Ambassadeur Murairi Mitima aborde enfin l’avenir du Congo – Kinshasa « locomotive de l’Afrique ou disparaîtra ».

Après le survol de la RDCongo depuis les collines verdoyantes du Masisi jusqu’au grand voyage à travers les continents, au nom de la république comme Ambassadeur du Grand Zaïre en déclin, l’auteur fait un atterrissage (pas en douceur) comme une sorte de chirurgie sur son pays.

Il rappelle un vieux principe « l’avidité des autres pays tant il est vrai que les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts » (p. 470) et réveille le peuple congolais de son sommeil « nul autre qu’eux ne peut protéger et valoriser ces trésors que le Créateur leur a donnés » (p. 470).

Jean-B. Murairi Mitima se pose une triple question sur la lamentable déconfiture actuelle de son pays se demandant « que peut-on encore espérer ? »

Il énumère les scandales du Congo, de la géologie au tourisme en passant par la surabondance de l’eau douce, l’énergie, les ressources humaines passant ainsi au peigne fin tout le système de l’enseignement congolais.

Il dénonce avec pincement au cœur la calamité et la honte du Congolais devant les autres peuples : « la caricature du Congolais réduit à la mendicité tout en étant assis sur la montagne de son or et de son diamant, constitue (…) l’achèvement du comportement erratique de la classe politique et d’une pseudo – élite qui ont trahi et détruit le pays » (p. 477). Et il le démontre avec des graphiques dans une étude comparative.

Les indices de la faim, de la pauvreté, de la corruption montrent que ce pays est réellement ruiné en termes d’énergies humaines et de mobilisation des ressources.

Au-delà de diagnostics mal faits, l’auteur met le doigt dans la plaie en prenant l’exemple du gouverneur de la Banque centrale du Congo, J-C Masangu qui propose deux priorités de développement : agriculture et infrastructures : « Hélas, il semble éviter de dénoncer la vraie cause de l’échec de la production : l’insécurité généralisée due à l’absence effective de l’Etat. Et donc, le facteur principal de la relance devra être la nécessaire sécurisation des producteurs et des habitants en général. Ainsi par exemple, une bonne route à l’est, sans la sécurité, serait une arme à double tranchant. (…) Les simples mesures techniques ne suffisent pas » pp. 447-98.

A tout seigneur, tout honneur. L’ambassadeur Murairi Mitima rappelle l’impératif de l’efficacité des missions diplomatiques et consulaires. Les nôtres, depuis les années 1985/1990, ne répondent plus aux exigences et aux conditions de rentabilité : « On devait passer la soixante autres au crible pour en voir la viabilité et l’extrême nécessité » (p. 506) tout en gardant les ambassades de la catégorie A, soit une dizaine, et leur accorder des moyens très appropriés et leur exiger un rendement maximal.

De la CEPGL (Communauté Economique des Pays des Grands Lacs), l’auteur croit dur comme fer que c’est une organisation nuisible pour le Congo – Kinshasa.

La CEPGL est plus dangereuse et reste un marché de dupe pour la RDC. « La CEPGL ne sert que de couverture à Kigali pour lui permettre de poursuivre sournoisement son plan d’annexion du Kivu, laquelle, on le sait, entraînera la balkanisation du Congo » p. 508.

L’auteur dénonce des coopérations nous imposées et le diktat que le Congo subit à cause de la faiblesse de ses dirigeants : le concept « Grands Lacs » ne sert qu’à isoler le Kivu par rapport à l’ensemble national. Il y a une grave erreur de voir le Kivu et même le Congo sous l’optique des Grands Lacs. Le Congo – Kinshasa et le Kivu sont d’abord membres de l’Afrique centrale. Aux décideurs et intellectuels du pays d’y penser » p. 508

A travers ces 542 pages, J-B Murairi Mitima passe en revue les faits qui ont conduit à la chute d’un géant et en appelle à la conscience du peuple congolais pour que cesse le festin des vautours afin que le Congo assume son rôle de locomotive de l’Afrique. Ce livre, écrit sous le voile de l’autobiographie, est un vrai pamphlet qui donne à penser dans un style de « charité missionnaire » qui relève et révèle le degré de trahison et de destruction de ce beau et grand pays par ses élites. Il faut le lire, le savourer pour en prendre conscience.

Nicaise Kibel’Bel Oka

RDC: la mutinerie à l’est, une initiative rwandaise ?

L'armée congolaise patrouille à Jomba, dans le Nord-Kivu, le 19 mai 2012. AFP PHOTO/PHIL MOORE

Par Bruno Minas/ Source : http://www.rfi.fr/afrique

Selon plusieurs enquêtes menées actuellement par les autorités congolaises et par les Nations unies, la mutinerie en cours d’une partie de l’armée nationale, qui a déjà causé de nombreux drames humains et des déplacements massifs de population, serait activement soutenue, notamment en hommes, depuis le Rwanda. Voici les premiers éléments de ces enquêtes que RFI a pu rassembler.

À ce jour, au moins cinquante et un combattants de nationalité rwandaise se sont rendus aux autorités en RDC. Vingt-quatre sont hébergés dans le camp de la force de paix des Nations unies, la Monusco, à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu ; treize autres sont entre les mains de l’armée régulière (FARDC), et enfin quatorze qui étaient arrivés à la Monusco le 17 mai dernier ont disparu, probablement reconduits en toute discrétion au Rwanda.

Lundi 28 mai 2012, la fuite d’un rapport confidentiel de la Monusco faisait état des premiers onze jeunes Rwandais, dont un mineur, qui avaient déserté le mouvement rebelle M23, composé à priori de déserteurs congolais. L’armée FARDC a lancé une vaste offensive contre le M23 dans les collines autour de la ville frontalière de Runyioni.

Mardi 29 mai, le Rwanda a vivement démenti avoir envoyé des hommes sur le sol congolais. Le lendemain, la Monusco a prudemment déclaré que « les autorités rwandaises ne pouvaient pas être mises en cause ». Le gouvernement congolais a lui aussi adopté un profil bas, évitant toute surenchère à l’égard de son voisin. « Ce sont des individus qui se déclarent Rwandais, mais nous n’en avons pas la preuve », affirmait samedi le ministre porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende.

Des témoignages accablants pour le Rwanda

Les onze premiers à s’être rendus à la Monusco ont été interrogés les 29 et 30 mai derniers par des officiers congolais et rwandais à l’intérieur du camp de l’ONU à Goma, en présence de témoins membres de la force des Nations unies.

La RDC et le Rwanda entretiennent depuis 2009 une commission conjointe qui vient d’être réactivée, mais elle pourrait faire long feu au vu des réponses à ces interrogatoires, accablants pour le Rwanda. Les résultats de ces auditions ne laissent en effet plus de doute sur le caractère systématique du recrutement et de l’envoi de ressortissants rwandais vers la RDC, où ils combattent l’armée régulière aux côtés des mutins.

Ces Rwandais ne sont pas des soldats professionnels. Ils sont jeunes, à peine vingt ans, de milieu rural défavorisé, recrutés pour la plupart dans les collines de Mudende, à quelques kilomètres de la frontière congolaise.

Plusieurs témoignages de ces jeunes Rwandais ramènent à un personnage : un bouvier – un gardien de vaches – qui joue le rôle d’agent recruteur dans la région de Mudende. Il approche les jeunes désoeuvrés des villages et leur dit « qu’il y a de l’embauche dans l’armée rwandaise ». Quand il rassemble suffisamment de volontaires, il organise lui-même le transport par autobus, et les recrues sont rassemblées à Kinigi, à l’entrée d’un parc naturel célèbre pour ses gorilles.

Leurs effets personnels, cartes d’identité, téléphones portables et argent liquide rwandais sont confisqués. De là, privés de toute identification, ils partent en colonnes à pied vers la forêt de Runyioni, subissant au passage une formation militaire sommaire ; et ils se retrouvent en territoire congolais.

De nombreuses désertions

Runyioni est la place forte des mutins du M23. Ils y tiennent deux collines frontalières du Rwanda que les FARDC s’efforcent de reprendre depuis plusieurs semaines. C’est la plupart du temps en fuyant les bombardements que les jeunes recrues se sont rendues à la Monusco ou aux FARDC. Beaucoup auraient réussi à rejoindre leurs villages, d’autres seraient encore en train d’errer dans cette région forestière.

L’un des rescapés de cette fuite a raconté avoir croisé au moins une soixantaine de jeunes en train de fuir. « Arrivés à Runyioni, nous avons vu des militaires blessés », a-t-il dit aux enquêteurs. « Nous avions peur, nous étions démoralisés, nous n’avions à manger que quelques pommes de terre ». « Au début, on nous employait à chercher de l’eau et du bois, à porter des caisses de munitions, et installer les bâches des bivouacs, mais quand les bombardements ont commencé, il fallait que l’on aille sous le feu récupérer les blessés dans les trous de fusiliers ».

« On m’a envoyé chercher des bambous pour confectionner des brancards », déclare l’un d’eux, « j’en ai profité pour m’échapper en longeant une rivière ». Après deux jours de marche, certains de ces jeunes en fuite ne savaient plus s’ils se trouvaient au Congo ou au Rwanda quand ils sont arrivés à proximité d’un camp de la Monusco à Rugari (RDC).

Interrogés par les enquêteurs congolais et onusiens sur les raisons de cette guerre, ces jeunes recrues ne savent pas grand-chose. « On nous a dit qu’il fallait que l’on défende ceux qui parlent notre langue, que le gouvernement congolais combattait la langue rwandaise, et que nous devions nous battre pour la protéger ».

« Une agression préméditée »

Tous ont entendu dire que leur « grand chef » était le général Bosco Ntaganda, et qu’il leur rendrait visite à la fin de leur formation, mais ils déclarent ne l’avoir jamais vu. Bosco Ntaganda, recherché pour crimes de guerre par la CPI, a longtemps été protégé par les autorités congolaises, avant de prendre le maquis.

Le nom d’un autre chef du M23 présent à Runyioni est souvent cité : le Major Rukara. Mais « aucun major Rukara ne figure dans les registres de l’armée congolaise », affirme une source militaire, ajoutant qu’il s’agit probablement d’un officier venu « d’un pays voisin ».

Un autre élément trouble les enquêteurs congolais et onusiens : les premières défections des proches de Bosco Ntaganda au sein des FARDC datent du 9 avril dernier. Or, plusieurs des recrues rwandaises déclarent avoir été acheminés sur le territoire congolais dès le mois de février. « C’est la preuve d’un plan minutieusement préparé de longue date, une infiltration pour une agression préméditée », dit un responsable qui tient à garder l’anonymat.

Plus troublant encore : les FARDC affirment détenir, à Goma, neuf anciens miliciens des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) qui auraient rejoint le M23, après avoir été désarmés et rapatriés au Rwanda par la Monusco. Ce groupe rebelle a été constitué à l’origine par d’anciens militaires des Forces armées rwandaises, accusés d’avoir perpétré le génocide de 1994, avant de fuir vers le Congo lors de l’arrivée au pouvoir du président Kagamé. Les FDLR – théoriquement en lutte contre le régime de Kigali – mènent cependant leurs actions meurtrières uniquement sur le territoire congolais. Ce mouvement est en principe le pire ennemi du Rwanda.

L’ingérence rwandaise, un secret de polichinelle

Le gouvernement congolais sera-t-il amené à hausser le ton vis-à-vis de son voisin ? « C’est très difficile », avoue un conseiller ministériel. « Pour cela, il faudrait que nous soyons bien épaulés par la communauté internationale ». « Le régime rwandais bénéficie de beaucoup de soutien, bien plus que nous », ajoute-t-il.

La Monusco prendra-t-elle une initiative pour stopper cette ingérence qui met en péril la paix qu’elle essaie difficilement de préserver depuis plus de dix ans ? L’opinion congolaise en doute. Depuis 1994, l’ingérence rwandaise à l’est est un secret de polichinelle.

Que vont devenir ces dizaines de jeunes enrôlés entraînés malgré eux dans une guerre qui ne les concerne pas ? En toute logique, ils devraient être rapatriés. C’est d’ailleurs leur souhait. « Mais nous avons peur », déclarent-ils aux enquêteurs. « Ceux qui nous ont recrutés et qui ont confisqué nos papiers pourraient se venger, après tout ce que nous avons révélé à la Monusco ».

Le recruteur-gardien de vaches de Mudende aurait beaucoup travaillé, si l’on en croit les témoignages. Il aurait enrôlé une centaine de jeunes. Ces derniers révèlent aussi que le propriétaire du troupeau est un gradé de l’armée rwandaise.

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Joseph Kabila : Président par accident ?

Joseph Kabila

Kabila Kabange Joseph est à la tête de la République Démocratique du Congo depuis le mois de janvier 2001, soit depuis plus de 11 ans aujourd’hui. La RDC, vous le savez sans doute, le troisième plus grand Etat d’Afrique en termes de superficie, l’un des pays du monde les plus riches en ressources naturelles, et en même temps l’un des pays les plus économiquement pauvres.

Kabila a succédé à son père, Laurent-Désiré Kabila, lâchement abattu dans son bureau présidentiel le 16 janvier 2001 par son garde du corps, dans des circonstances non encore élucidées à ce jour. (Certains ont pu penser qu’il était lui-même impliqué dans cet horrible assassinat, ce qui me semble être la plus extrême des hypothèses !)

A l’époque (2001), le pays était confronté à deux grandes rébellions (le MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo à l’Ouest, et le RCD à l’Est), qui occupaient à elles deux plus de la moitié du territoire national.

A la faveur de l’Accord global et inclusif signé en 2002 entre tous les belligérants, le jeune président (à l’époque il n’est âgé que de trente ans) va diriger la transition politique, à la tête d’un gouvernement atypique composé de quatre vice-présidents (issus des trois courants politiques majeurs et de la société civile). C’est ce gouvernement d’union nationale qui réussit à doter le pays d’une nouvelle constitution et à organiser, en 2006, les premières élections présidentielles et législatives plus ou moins libres et transparentes que la RDC ait jamais connues depuis son indépendance ; élections que Kabila remporte haut la main, à l’issue d’un second tour particulièrement tendu.

Son élection de 2006 était tout à fait logique : il s’est présenté comme l’unificateur ; celui qui avait osé ouvrir la porte de dialogue avec les rebelles, ce que son défunt père de président avait toujours refusé de faire. Pour les populations de l’Est, où il fut massivement plébiscité, Kabila représentait à la fois le salut après la longue expérience de la guerre et de l’occupation (le mot n’est pas trop fort) étrangère, et la confiance en sa jeunesse et son charisme présumé. Mais surtout, Kabila incarnait, aux yeux de beaucoup de Congolais, la poursuite de la révolution engagée par son père après trois longues décennies  de règne sans partage du Maréchal Mobutu Sese Seko.

Permettez-moi de dire déjà à ce niveau qu’il semble que Kabila n’ait jamais vraiment ambitionné de devenir président, au regard des circonstances de sa première accession à cette haute fonction, à moins de donner raison à ceux qui voient sa main derrière l’assassinat de son père… (ce qui n’est nullement ma conviction). Il s’est réveillé un bon matin, et on lui a dit : « toi là, tu deviens Président ! » Qu’est-ce qu’être Président ? Quelles responsabilités cette fonction implique-t-elle ? A quoi ça sert, un Président ? Tout cela, il a dû l’apprendre coup pour coup, après qu’il ait été installé dans le fauteuil présidentiel, peut-être bien malgré lui… Et, « l’appétit est venu en mangeant », comme on dit. Il s’est accommodé petit à petit, et il a fini par prendre goût à être (et demeurer ?) Président.

Pourtant, dans ce que j’ai pu retenir de l’histoire de la république, l’accession à la fonction de Président de la République – et au-delà d’elle, l’accession à toute fonction politique importante – a toujours été le résultat d’une ambition, souvent nourrie depuis la tendre jeunesse. Les plus grands révolutionnaires du monde ne sont pas des « parvenus », des gens juste parachutés du jour au lendemain à des hautes fonctions, sans savoir ce qu’on en fait. Ce qui est normal et logique, parce que l’ambition suppose que l’on se fait une certaine idée du bien-être social ou de l’Etat, et que l’on voudrait la réaliser ; que l’on a un certain idéal, et que l’on se propose de l’atteindre. Alors  on s’engage, on lutte, on franchit des échelons, on a le temps d’apprendre de ses échecs ; on a un ou des modèles, des maîtres ou des mentors, et lorsqu’on arrive au sommet, on est suffisamment préparé. On ne tâtonne pas, on a une idée nette de ce que l’on veut accomplir. Ce peut être un bel idéal ou une folie (voyez Staline), mais au moins on en a un. Mais dites, Kabila, a-t-il jamais eu quelque ambition pour le Congo ? Laquelle ? Les « Cinq Chantiers » ? La « révolution de la modernité » ? Oh ! de grâce, ne me faites pas rire…

Même à supposer qu’il ait désormais un rêve pour le Congo – ce que je ne crois pas – ce rêve doit lui être venu avant-hier, lorsqu’il a songé (par lui-même ?) à modifier la constitution pour préparer sa victoire certaine au dernier simulacre d’élections de novembre 2011. Sauf qu’un tel rêve, en plus d’apparaître dans la tête d’un faux brave, serait trop artificiel pour être réalisable.

Bon ! Continuons le récit (que vous connaissez). L’élection de 2006 est venu légitimer le pouvoir de Kabila, et de bonne manière, parce qu’à mon avis, ces élections-là étaient acceptables (ça ne signifie pas parfaites) à tous égards. S’il avait la vaine d’un leader à la taille de la RDC et de ses défis, il était bien parti pour tirer le pays de la boue dans laquelle il se trouvait déjà à l’époque. Il vous souviendra que la RDC venait en plus de se doter d’une constitution, à mon avis la meilleure qu’elle ait jamais eue, et l’une des meilleures d’Afrique. Mais au lieu de cela, il a tourné les pouces, s’est marié, s’est entouré de dinosaures, a encouragé (c’est comme ça que j’appelle tolérer l’intolérable) la corruption, les détournements, la concussion, il a ignoré la constitution, … Il en a même grossi, et tant mieux pour lui !

Cela surprend certains, à ce qu’il paraît. Je n’en suis pas ! On ne peut donner que ce qu’on a. Or, en termes d’ambition politique et d’idéal pour la RDC, je suis convaincu que mon charmant Président n’a (encore) rien !

 

« Debout Congolais !» A quand ?

photo afrikarabia.com

L’hymne national de la RDC a pour titre : « Debout Congolais !». Je me pose souvent la question de savoir si c’est une exhortation faite aux Congolais à se mettre debout, ou si c’est le constat, l’affirmation que les Congolais sont debout. Franchement, je n’ai pas de réponse toute faite.

Pour l’instant, je préfère penser que c’est les deux choses à la fois : un constat, partant de notre indépendance (formelle) acquise le 30 juin 1960 – non sans sacrifices ; et une exhortation à se mettre debout afin d’affronter les défis de notre souveraineté, de notre prospérité, et de notre bonheur collectif.
Je me figure la position debout comme celle d’un homme (ou d’une femme) vigoureux, en bonne forme, fort, et pourquoi pas courageux, intrépide, déterminé ; un être dressé devant ses défis et prêt à les affronter. A contrario, un homme couché ou assis c’est un homme malade, paresseux, impuissant, voire mort, tout simplement.
Beaucoup de Congolais connaissent cet hymne par cœur. On le chante depuis l’école maternelle jusqu’à l’université ; on l’exécute à toutes les occasions officielles ; mais Dieu sait combien l’intériorisent et méditent sur son contenu. Je pense en particulier aux intellectuels et aux pseudo-intellectuels dont le pays regorge, et qui sont censés être, non seulement le moteur de la relève du Congo, mais aussi les éclaireurs des millions de Congolais moins chanceux qui n’ont pas eu accès à l’instruction. Je pense aussi à ces politiciens qui se proclament patriotes, mais dont les actes trahissent au quotidien les idéaux nationaux en partie scandés dans notre hymne national.
Mon intention n’est pas de condamner : cela ne servirait à rien. Elle est plutôt d’interpeller le Congolais, où qu’il se trouve, quel que soit son rang social, sa profession, ses moyens, … à méditer sur l’hymne national au lieu de le réciter comme nous récitons le Notre Père. En chantant le Debout Congolais, tout citoyen digne de ce nom doit avoir l’esprit stimulé et sentir son cœur vibrer. Nous devons ressentir en nous ce que ressent un guerrier au combat, parce que nous avons un combat sublime : celui de notre liberté et de notre dignité à conquérir, et parce que comme le guerrier, la victoire ou l’échec dépend de chacun de nous. Nous devons ressentir au tréfonds de nous ce que ressent le poète ou l’amoureux lorsqu’il pense à son amant, parce que nous aussi nous avons un amant cher et unique : notre patrie. Ne pas lutter pour elle c’est lui être infidèle ; c’est trahir son amour et trahir le sang et le courage de ceux qui, hier, se sont sacrifiés pour notre liberté – et Dieu sait qu’il y en a !
Mais on n’est pas debout lorsqu’on est habité par la peur ; peur de s’engager, peur de dire la vérité, peur d’être libre, peur de mourir. Lorsque l’on est résigné face aux oppresseurs et aux prédateurs que sont en premier lieu nos gouvernants, qui se moquent éperdument de nos conditions de vie, de notre bien-être, de notre avenir. On n’est pas debout lorsqu’on manque d’idéal, de rêve pour soi, pour sa descendance et pour sa patrie, lorsque l’on accepte de croire que la faim, la misère, la violence sont une fatalité, et que l’on croise les bras dans l’attente d’une hypothétique providence. Non, on n’est pas debout lorsqu’on profite de la moindre occasion pour piller le pays, appauvrir ses gouvernés, opprimer les plus faibles que soi, détourner les recettes du Trésor public, commettre des injustices : on est au contraire esclave de sa cupidité, de son incivisme et de son inconscience.
Personne ne nous rendra jamais la dignité et la liberté si nous montrons dans nos actes et nos pensées que nous y avons renoncé. Personne ne fera la bataille à notre place : ni nos gouvernants cupides et traitres, ni les faux ou vrais philanthropes occidentaux, et encore moins notre foi en Jésus, en Kimbangu ou en Mahomet ! Personne, mais alors personne n’endossera nos responsabilités. Tu n’es pas debout, le plus souple se sert de toi comme tremplin ou marchepieds et se lance vers ses propres intérêts. Plus tu restes couché ou assommé, plus il en profite ; en particulier lorsqu’il s’agit d’un pays riche en ressources comme le Congo !
Alors, mon frère, ma sœur, est-ce cela la position que tu préfères ? Celle d’un aliéné qui passe son temps à tendre les joues pour qu’on y frappe, à étaler le dos pour qu’on marche dessus, à tendre les mains pour qu’on y crache ? Est-ce cette image du pleurnicheur, du lâche, du pitoyable que tu veux continuer à véhiculer ?
S’il vous plait ! Mettons-nous Debout pour de vrai. Nous DEVONS changer les choses, et nous le pouvons ! Nous n’avons pas à craindre la prison, les fouets ou la mort, parce qu’il vaut mieux mourir sur le front plutôt de la liberté et de la dignité, plutôt que dans la cachette humiliante et indigne de la soumission et de la résignation. Et de toutes manières, à quoi bon craindre de mourir en revendiquant son droit pour mourir d’une faim, de la maladie ou des conditions dans lesquels on est mis ? Mourir c’est mourir, c’est la cause qui fait la différence !
Enfin, mettons-nous Debout pour travailler, pour faire notre devoir, quel qu’il soit, avec courage et loyauté : les études, la fonction publique, l’entreprise privée, le petit métier, … tout participera à la nécessaire relève de la nation.
Debout Congolais !!!

RDC : C’en est pas (encore) terminé de Terminator !

Joseph kabila

Le Président de la République a terminé mercredi soir sa visite improvisée à Goma, pour se rendre à l’autre rive du majestueux lac Kivu, dans la ville de Bukavu que la crise militaire de ces derniers jours n’a pas épargné, comme on pouvait s’y attendre.

Avant son départ pour le Sud-Kivu, Monsieur Kabila s’est entretenu pendant près de trois heures avec les notables de la province, les représentants de la société civile et des « communautés » (entendez des groupes ethniques) de la province. La veille, il avait eu une autre rencontre avec le commandement militaire à l’hôtel du gouvernorat de la province, rencontre à laquelle avaient pris part les principaux responsables nationaux de l’armée, de la police et des services de sécurité, au nombre desquels le Lieutenant Général Didier Etumba, Chef d’Etat-major général des FARDC.

Le Général « Terminator » se retrouve maintenant sans job… du moins officiellement

Dans son adresse aux membres de la société civile, à la fin de leur échange, le Président de la République a annoncé la fin des opérations « Amani Leo » (Paix Aujourd’hui, en Swahili). Cette décision n’est sans doute pas anodine. Ces opérations n’avaient pour Commandant adjoint qu’un nommé Général Bosco Ntaganda, dont tout le monde sait –  même si peu sont ceux qui osent l’avouer – qu’il est au cœur de la crise actuelle dans le Kivu. Ces opérations, dont l’objectif était de traquer les forces rebelles locales et étrangères (dont les Rwandais des FDLR et les Ougandais d’ADF-NALU) étaient conduites depuis 2009, sous diverses appellations. Elles s’inscrivaient dans la suite de l’abandon par le Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP) de Laurent Nkunda, dont l’un des leitmotiv était justement l’élimination des forces rebelles qui insécurisaient la province et empêchaient le retour des milliers de réfugiés (en majorité Tutsi) établis au Rwanda voisin. Elles avaient été précédées par la campagne militaire rwando-congolaise baptisée « Umoja Wetu » (Notre Unité, en swahili), et qui avait été très décriée à l’époque par les organisations de défense de droits de l’homme, et divisé la classe politique congolaise.

Les opérations « Amani Leo » étaient quasiment du domaine réservé du Général Ntaganda. Leur coordination échappait quasi complètement au commandement de la Huitième Région militaire (correspondant à la circonscription administrative du Nord-Kivu), que ce soit sur le plan opérationnel, logistique ou humain. Ce qui ne manquait pas de créer une méfiance à peine voilée entre les hommes de troupe sous l’autorité directe – et unique – de Monsieur Ntaganda, et les autres militaires. Ceci explique d’ailleurs partiellement les récentes défections et le malaise ambiant au sein des FARDC, car la plupart des militaires qui prenaient part à ces opérations étaient issus des anciens rebelles du CNDP.

En supprimant ces opérations, Kabila vient de supprimer le « job  » officiel de « Terminator « , ce qui renforce des spéculations autour de la « volonté » enfin manifeste pour Kinshasa d’en finir avec ce Général aussi fameux qu’encombrant, et de livrer à la CPI qui le recherche depuis 2006. Mais contrairement à ce que j’ai pu entendre sur certaines radios internationales mercredi soir que le Président Kabila aurait « pour la première fois affirmé clairement sa volonté d’arrêter le Général Ntaganda et de le livrer à la CPI », le Chef de l’Etat a dit mot à mot : « Au sujet d’un certain Bosco Général Ntaganda, ma position demeure inchangée (…) S’il faut l’arrêter, les derniers événements nous donnent davantage de motifs pour le faire, et le juger à Goma ou à Kinshasa, sans qu’il ne soit même nécessaire de le transférer à la CPI (…) ». Il l’a dit en Swahili, et c’est peut-être dans la traduction que les journalistes se sont mordus, à moins qu’ils ne racontent ce qu’ils voudraient bien qu’il se produise…

Des rumeurs courent à Goma sur la retraite de Ntaganda dans son fief de Masisi. Officiellement, c’est le mystère – c’est à croire que le seul fait de penser à lui ou de prononcer son sacré nom fout la trouille à certains. En tout cas, il ne faisait pas partie des commandants militaires qui ont pris part mardi à la rencontre avec le Chef de l’Etat, bien que des rumeurs – encore elles ! – aient couru selon lesquelles le Président Kabila serait allé le rencontrer en privé dans la soirée de mardi, au sortir de son tête-à-tête avec les autres officiers.

En somme, certes signes qui ne trompent pas indiquent que l’arrestation de Ntaganda est (peut-être) dans l’air du temps ; mais le Kabila que j’ai suivi n’a pas dit expressis verbis qu’il allait le faire. Même s’il a minimisé la pression internationale – et nationale ! – qui est exercée sur lui pour exécuter le mandat d’arrêt de la CPI, Kabila sait qu’il va devoir le faire. Quand ? Comment ? C’est sans doute ce qu’il reste à fixer. Car Ntaganda n’est pas un menu fretin que l’on pêche à n’importe quel hameçon ! Ceux qui l’ont côtoyé – amis ou ennemis – disent de lui qu’il est un combattant redoutable et un fin stratège. Sans oublier que bien au-delà des apparences, il a certainement encore beaucoup de soutiens, à Goma comme ailleurs. Le surnom de « Terminator » n’a pas pu lui revenir gratuitement…

En clôturant sa visite à Goma, le Président de la République a annoncé la mise en place d’une commission de discipline qui devrait entendre les militaires qui avaient fait défection, et décider du sort qui va leur être réservé entre passer devant un tribunal militaire ou …(j’imagine) bénéficier de la clémence de la hiérarchie et réintégrer l’armée.

Le code de justice militaire ne connaît pas cette procédure. Les faits qu’ils ont commis étant manifestement infractionnels, je ne vois pas pourquoi on devrait les faire passer par une instance ad hoc au lieu de les déférer directement devant la justice, quitte à ce qu’ils soient acquittés, si les conditions de leur condamnations viennent à manquer.

En fait, Kabila veut faire un arrangement « amiable » ; régler politiquement le problème,  histoire de ne pas créer de nouveaux remous qu’il pourrait ne pas être facile pour lui-même et pour les FARDC de juguler. Sauf que cette approche politique est une preuve encore une fois de fébrilité et de manque de rigueur. On ne gouverne pas un pays comme la RDC avec en permanence la peur au ventre et l’obsession de plaire à tout le monde, d’éviter les mécontentements.

Que se dira tout autre officier à qui viendra demain  l’envie de commettre une infraction ? « Il suffit que je fasse une vraie démonstration de force, on ne me fera rien même si mon audace venait à échouer. Avec un peu de chance, d’ailleurs, je serai récompensé » ! L’impunité que les gens décrient est le moyen le plus court et le plus facile que notre Président adopte pour résoudre un problème aussi sérieux que la défection et la rébellion au sein même de l’armée. Finalement, à quoi servent le Parlement, la constitution, les Codes, … si les lois ne sont que des suggestions facultatives !

Mais bon ! C’est cela la méthode Kabila, et il n’en est pas à son premier essai ; déjà que l’affaire Ntaganda a été gérée de la même manière… Et lorsqu’il dit de ce dernier qu’il pourrait bien être jugé à Goma ou à Kinshasa, on comprend tout… Le Chef ne veut pas d’ennuis ! Hélas, je puis parier que ses ennuis se multiplieront tant qu’il n’acceptera pas de changer de méthode…

Et puis autre chose: il se peut que cette Commission ne soit jamais mise en place. Cela ne m’étonnerait guère, moi !

Le Président Kabila a annoncé la mise en place de son nouveau gouvernement pour la semaine prochaine (celle du 16 au 22) […].

Le blog de Jean-Mobert N’Senga !

La politique « au nom » des communautés : quelle bassesse !

Un mal Congolais

En RDC, les politiciens de tous bords ont coutume d’instrumentaliser les communautés tribalo-ethniques pour réaliser leurs plans machiavéliques, ou les monter contre les communautés sœurs. Pour eux, seule la fin importe. Les conséquences, ils s’en moquent, d’autant d’ailleurs qu’eux-mêmes et leurs proches directs sont souvent à l’abri lorsque le pire se produit.

Bosco Ntaganda

Les dernières élections (novembre 2011) n’ont pas échappé à cette règle, quoique quelques signes d’une prise de conscience par une certaine population du danger que comporte la « communautarisation des problèmes » politiques aient été constatés. On a vu ou entendu des politiciens faire leurs calculs en fonction de l’importance numérique de leur tribu ; des partis politiques monolithiques ; des discours à la gloire de tel groupe et la calomnie de tel autre ; etc.

D’emblée, qu’il soit entendu que je ne nie pas l’existence des tribus ni le droit qu’a toute personne de s’identifier à un groupe ou à un autre. Ce que je trouve ignominieux et ridicule, c’est d’exploiter les tribus à des fins politiques, ou encore de prendre l’opinion d’une personne ou d’un groupe restreint de personnes pour en faire celle de toute une communauté.

Des conséquences tragiques  

Ce jeu malsain et cynique a conduit aux pires tragédies dans l’histoire du monde. Ces dernières années, la région des grands lacs et la RDC ont eu leur part d’expérience funeste. (On est au mois d’avril : le 6 avril 1994, une horreur sans nom s’est abattue sur le Rwanda voisin, et a débouché sur les massacres d’un million d’âmes, souvent innocentes, et engendré d’autres conséquences politiques et humanitaires dont on peine encore à se remettre, 18 ans plus tard). Mais on dirait que les gens ont la mémoire courte…

Ce n’est pas la «communauté » Tutsi prise dans le piège

J’ai lu hier une lettre ouverte datée du 15 mars 2012, adressée par « la communauté Tutsi du Nord-Kivu » à Monsieur le Secrétaire Général des Nations-Unies, au sujet de l’affaire Bosco Ntaganda. Je ne trouve pas les mots justes pour dire combien le contenu de cette lettre m’a scandalisé ! Sans revenir sur les nombreuses incorrections et le caractère trop léger à mon goût pour une lettre adressée à une autorité d’un tel rang, j’ai particulièrement été attiré par les aspects ci-après :

–         Un groupe d’individus (six, pour être précis) s’arroge le droit de parler au nom de toute une communauté. De qui tiennent-ils ce droit ? Quelle est leur légitimité ? Qui ont-ils consulté ? Je parie que le pauvre berger Tutsi qui est dans le fin fond de Masisi ou dans le froid de Jomba ; la paisible paysanne qui est actuellement occupée à planter ses haricots au pied du Nyiragongo ; peut-être même mon ancien enseignant des mathématiques à Goma,  n’en sauront jamais rien.   Pourtant si demain une guerre éclate ; si demain des soi-disant leaders d’autres communautés décident de prendre le contre-pied des menaces à peine voilées qui y sont faites et d’attaquer, ce seront eux les premières victimes.

–          La récupération à je ne sais quelles fins d’une question qui, à ma connaissance, n’est que judiciaire : dans cette lettre, les auteurs font l’apologie des actes de Monsieur NTAGANDA, le traitent de « héro de la communauté », puis déduisent qu’il ne devrait pas faire l’objet d’un mandat d’arrêt ; que le poursuivre serait s’attaquer à toute sa communauté. Ils accusent les chancelleries occidentales, les ONG et les détracteurs de NTAGANDA de voir en ce dernier, non pas un officier de l’armée soupçonné de crimes, mais un Tutsi. Ma foi, je n’ai jamais entendu rien de tel. Evidemment, si cela était vrai, ce serait un excès condamnable. Mais le problème, c’est qu’ils ne citent aucun exemple concret, et se contentent de victimiser « leur » communauté, et de justifier les crimes que NTAGANDA pourrait avoir commis par la frustration.

–          L’impertinence : tout en reconnaissant que la responsabilité pénale est individuelle et que la CPI est une institution censée contribuer à la consolidation de la paix dans le monde, les auteurs s’emploient à démontrer que puisque NTAGANDA aurait joué un rôle « déterminant » dans le processus de paix à l’Est de la RDC, alors il ne mérité pas de faire l’objet de poursuite. Attendez ! Les crimes d’hier peuvent-ils s’absoudre par les actes de bonne volonté, ou même héroïques d’aujourd’hui ? Je ne vois pas comment. Et même en admettant que cela constitue une circonstance atténuante (ce que je ne pense pas), il faut bien se présenter devant le juge pour pouvoir s’en prévaloir, non !

–          L’ignorance : la lettre est adressée au Secrétaire Général des Nations Unies, que les auteurs qualifient de « garant de l’ordre public international ». A ma connaissance – corrigez-moi si j’ai tort – c’est plutôt le Conseil de sécurité qui joue ce rôle. C’est encore lui qui, juridiquement, est susceptible d’influencer dans un sens ou dans un autre le comportement du Procureur de la CPI. Simple erreur, ou indifférence de politiciens, préoccupés par le seul besoin de se donner une tribune ? Je vous laisse deviner…

C’est ignoble 

Bref, je trouve malheureux que d’une part l’on se dise victime de la discrimination, et que d’autre part on veuille défendre à tout prix un individu, peut-être par le seul fait qu’il appartient à « la communauté ». S’il ne doit pas être permis de partir d’un cas négatif pour criminaliser tout un groupe, il me semble qu’il ne doive pas non plus être permis de donner une caution communautaire aux actes ou à la situation d’un membre du groupe pris individuellement.

L’actualité c’est la « communauté Tutsi », mais Dieu sait qu’ils sont rares les Nord-kivutiens et les congolais, toutes ethnies confondues, qui résistent à la tentation du préjugé et de la généralisation abusive. Les gens identifient une personne à sa tribu ou à son origine ; ils la jugent comme telle et rapportent le tout sur son groupe, ou sa région, ou sa famille, … Mais seulement les mauvaises situations. Face à un interlocuteur donné, nombreux sont les congolais qui voient avant tout sa couleur ou son ethnie, plutôt que ses qualités ou ses défauts ; ses compétences ou ses faiblesses ; etc.

Ceci ne construit pas. Ceci ne nous élève guère. Bien au contraire. L’homme – Tutsi, Nande, Hunde, Nyanga, Rega, Hutu, Blanc ou Noir – s’en trouve réduit à sa plus petite expression. C’est l’occasion des frustrations, des méfiances, d’exclusions et autres choses de ce genre, dont les Congolais ne connaissent que trop les résultats.

Je pense que c’est des comportements à bannir. Peu importe qui en est l’instigateur ou la cible, je crois que les Congolais – et surtout la jeunesse – devrait prendre ses distances face aux gens qui, sans aucune légitimité, tentent de les entraîner dans des manœuvres sans lendemain en les opposants inutilement à leurs compatriotes, directement ou indirectement. L’acte d’une seule personne de mauvaise foi peut conduire à une catastrophe collective.

Lu sur : Le blog de Jean-Mobert N’Senga !

Bosco Ntaganda: Le « killer king » du Nord-Kivu

Roi de la contrebande, kidnappeur, criminel de guerre et… general

10 fevrier 2012 ( MO* ) —

Bosco Ntaganda

Bosco Ntaganda est l’araignée tissant sa toile de violence et de mise à sac au Nord-Kivu, dans l’est du Congo. Ce Terminator organise des enlèvements, passe des matières premières en contrebande au Rwanda et est activement impliqué dans la déforestation du Parc des Virunga. Et bien que Ntaganda soit recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, il coule des jours paisibles à Goma, à quelques mètres à peine de la frontière rwandaise. Une situation qui s’explique par le fait que Bosco Ntaganda sert, en réalité, les intérêts du Président congolais Kabila ainsi que ceux de son homologue rwandais, Paul Kagame.

kidnappeur (1)

Fabrice se recroqueville sur le banc. Il répond à peine à nos premières questions et marmonne dans sa barbe. Toutefois, lorsque nous lui demandons comment il a été enlevé, les mots commencent à venir. « C’était l’horreur. Je pensais vraiment avoir atterri en enfer. »

Le chanteur Fabrice Munfiritsa jouit d’une renommée mondiale au Nord-Kivu. Sa musique y est beaucoup appréciée, car il défend fièrement ses racines. Celles-ci sont ancrées à Masisi, surnommée la Suisse du Congo, un territoire à présent majoritairement aux mains du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple). Pendant des années, cet ancien mouvement rebelle tutsi a combattu l’armée congolaise avec l’appui du Rwanda, avant d’être lui-même intégré à cette armée.

L’enlèvement de Fabrice s’est fait tout en subtilité. Le vendredi 4 novembre 2011, le musicien décide de faire rapidement quelques courses en rentrant chez lui le soir du studio. Tout à coup, un 4 x 4 diffusant de la musique de Fabrice passe à proximité de notre homme. Ses occupants saluent amicalement Fabrice et lui proposent de le reconduire chez lui. Ne se doutant de rien, le chanteur embarque dans le véhicule. Une fois à bord, les occupants lui pointent immédiatement une arme dans le dos et lui ordonnent de s’asseoir à même le sol du véhicule. Fabrice est alors emmené dans une maison où il est enfermé dans la cave. Le fil plastique utilisé pour lui immobiliser les bras lui laissera des cicatrices à vie.

La femme de Fabrice est morte d’inquiétude, lorsque son mari ne rentre pas à la maison ce soir-là et qu’il ne répond pas non plus à son GSM. Elle appelle un frère de Fabrice qui prend, à son tour, contact avec des amis. À la fin du week-end, la moitié de Goma recherche Fabrice. La police et le gouverneur promettent de mettre tout en œuvre pour retrouver le chanteur. Mais sans grand résultat, si bien que le dimanche éclate une révolte massive. Les rues de Goma sont barricadées. La population proteste contre les rebelles, l’impunité, le manque de mesures énergiques prises par les autorités. Elle en a ras-le-bol.

Cette action semble porter ses fruits. Le lundi, à la fine pointe de l’aube, des habitants d’un village proche de Goma entendent des paroles décousues, des cris et des chants. Se laissant guider par ceux, ils découvrent Fabrice dans un trou dans le sol, totalement désorienté et sous l’emprise de stupéfiants. Il raconte qu’on lui a injecté une substance et forcé à s’agenouiller dans le trou. « Fais ta dernière prière ! »

Ce sont là les derniers mots dont il se souvient. Il sait qu’il a commencé à prier et à chanter, mais est incapable de dire le nombre d’heures qui se sont écoulées entretemps. « Je ne savais plus rien, si ce n’est que je me trouvais en enfer. » Fabrice raconte comment il a été contraint un jour de regarder une de ses connaissances se faire décapiter devant lui. « Ils ont alors mis son cadavre dans un sac qu’ils ont lesté de pierres. Ils m’ont ensuite forcé à les accompagner jusqu’au lac Kivu, où ils l’ont jeté dans l’eau. »

Fabrice est conduit à l’hôpital sous la surveillance de la garde présidentielle, qui le considère plus comme un prisonnier qu’un malade. Il n’a droit à aucune visite et n’est pas non plus autorisé à passer le moindre coup de téléphone. Il est demandé à Fabrice de poser avec une affiche électorale de Kabila, ce qu’il refuse de faire. En fin de compte, son réseau le ramène à Kinshasa, un second enlèvement en quelque sorte, la garde présidentielle se refusant à le laisser partir.

Personne n’a revendiqué le premier enlèvement, mais tous les faits pointent dans la direction du Président congolais Kabila. Selon les dires de ses amis, Fabrice avait, au cours de la campagne précédant les élections présidentielles, refusé de composer une chanson en faveur de Kabila, alors qu’il l’avait fait pour son opposant Vital Kamerhe, très apprécié au Kivu. Durant notre entretien, Fabrice reste lui-même vague à ce sujet. Il refuse de donner la raison qui justifie, selon lui, son enlèvement. Il avoue, par contre, avoir été questionné concernant sa musique et ses textes. Par la suite, les amis de Fabrice désigneront Bosco Ntaganda comme coupable.

criminel de guerre promu au rang de général

Ntaganda est le maillon entre Kabila et le Président rwandais Paul Kagame. « Le mariage de raison conclu fin 2009 entre Kabila et Kagame repose sur Ntaganda », nous confie Kris Berwouts, expert du Congo.

Né en 1974 dans la région de Bigogwe au Rwanda, Ntaganda déménage, enfant, à Masisi (Nyamitaba). En 1990, à l’âge de 17 ans, il rejoint l’armée tutsie de Kagame pour envahir, au départ de l’Ouganda, le Rwanda dirigé par la majorité hutue depuis plus de 30 ans. Ils occupent le nord du pays. Quatre ans et un génocide plus tard, ils s’emparent du pouvoir au Rwanda.

En 1996, l’armée rwandaise envahit le Congo qu’elle conquiert avec l’aide de Laurent Désiré Kabila. Au moment où Kabila père n’écoute plus suffisamment Kagame, les Rwandais lancent, au départ de l’est du Congo, une nouvelle guerre avec leur propre armée et toutes sortes de milices « locales », au sein desquelles le rôle tenu par Ntaganda ne cesse de s’amplifier. En 2008, il succède à Laurent Nkunda comme numéro deux du CNDP.

Selon les termes de l’accord conclu entre Kagame et Joseph Kabila en 2009, le CNDP est intégré à l’armée congolaise. « D’aucuns prétendent que c’est l’armée congolaise qui est intégrée au CNDP » poursuit Kris Berwouts. « Le fait est que le CNDP contrôle à présent tant le nord que le sud du Kivu. Jamais à ce jour, il n’a été puissant. »

L’accord prévoit de même que l’armée congolaise pourchassera dorénavant les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libéralisation du Rwanda), reliquats de la milice fondée par les organisateurs du génocide rwandais et ennemi héréditaire de Kagame. Ce dernier dispose ainsi, en quelque sorte, d’une armée congolaise dans le Nord-Kivu, tout autant à ses ordres qu’à ceux de Kabila. Et qu’est-ce que Kabila y gagne, lui ?

Cet accord lui garantit l’incarcération au Rwanda du leader du CNDP, Laurent Nkunda, qui avait menacé d’envahir l’ensemble du Congo. Après l’arrestation de ce dernier, Ntaganda devient, en tant que leader du CNDP, général dans l’armée congolaise et partant…, l’homme le plus puissant du Nord-Kivu.

« L’arrestation de Nkunda a suscité le mécontentement d’une partie du CNDP qui n’entendait pas laisser tomber son leader charismatique », explique encore Kris Berwouts. « Cette aile pro-Nkunda qui continue d’exister, Ntaganda doit s’efforcer de la satisfaire. Elle constitue de même une menace pour Kagame, alors que l’élite tutsie s’effrite et que des hommes forts, tels que l’ancien chef d’état-major de l’armée, Kayumba Nyamwasa, et l’ex-patron du renseignement rwandais, Patrick Karegeya, se détournent de Kagame, en 2010, pour rechercher un soutien au Congo en vue d’attaquer ce dernier. » Quelqu’un comme Ntaganda, qui contrôle le CNDP, s’avère dès lors un pion essentiel pour Kagame.

Pour Kabila aussi, Ntaganda s’avère cependant d’une grande utilité. Écoutons Kris Berwouts : « Avec le CNDP, Kabila a mis dans sa poche la seule puissance qui lui permettait de stabiliser quelque peu l’est du Congo, tout en servant ses intérêts électoraux. Ainsi, durant les élections, seul Kabila a pu mener campagne dans les territoires aux mains du CNDP. » Toutefois, le CNDP est resté un État dans l’État, il a instauré sa propre administration à Masisi et est aujourd’hui perçu par une grande majorité de la population plutôt comme une menace que comme une protection, et cela, ce n’était pas vraiment prévu au programme.

Ntaganda veille, par conséquent, aux intérêts tant de Kagame que de Kabila. C’est ce qui explique pourquoi en 2009, il est devenu général de l’armée congolaise, alors même que la Cour pénale internationale avait lancé, trois ans auparavant, un mandat d’arrêt contre lui pour crimes contre l’humanité dont, en première instance, l’enrôlement d’enfants-soldats. L’ONU recherche également Ntaganda pour sa responsabilité militaire dans le massacre de Kiwanja (2008), qui a coûté la vie à 150 personnes au moins. « L’État congolais, partie à la Cour pénale internationale, a l’obligation de collaborer avec nous à l’arrestation de Ntaganda. À l’instar de ce qui s’est passé avec Thomas Lubanga », nous confie Sonia Robla, porte-parole de la Cour pénale internationale.

Entretemps, au Nord-Kivu, beaucoup de personnes ont une peur bleue de Ntaganda. Et c’est bien compréhensible, quand on sait que notre homme est apparemment responsable de l’enlèvement de personnes auxquelles il estime devoir donner une leçon. Comme Fabrice. Et comme la méthode employée ressemble comme deux gouttes d’eau à celle utilisée dans l’enlèvement de Sylvestre Bwira, le président de la société civile de Masisi, Ntaganda est fortement suspecté d’être lui aussi l’auteur de l’enlèvement du chanteur. L’ombre de Ntaganda planait d’ailleurs encore plus clairement sur ce dernier cas.

kidnappeur (2)

Le 30 juillet 2010, le fervent défenseur des droits de l’homme, Sylvestre Bwira, adresse une lettre ouverte au Président Kabila, dans laquelle il se plaint de ce que des ex-rebelles, qui ont perpétré des crimes graves, peuvent, tout simplement, continuer à travailler dans l’armée présente dans l’est du Congo. Il y cite nommément Ntaganda et déplore que le Congo cautionne l’impunité en ne l’extradant pas vers La Haye. Sylvestre Bwira y demande, par ailleurs, à faire valoir l’autorité de l’État à Masisi – une référence à l’administration parallèle – de même qu’à faire respecter par les ex-membres du CNDP, tout comme c’est le cas pour tous les autres soldats, le principe de rotation dans l’ensemble du territoire congolais et donc, de ne pas céder à leur exigence de rester affectés dans l’est du Congo.

Quelques jours plus tard, M. Bwira reçoit un coup de téléphone d’un certain colonel Janvier qui prétend travailler au Cabinet de Ntaganda et le convoque. Se sentant de plus en plus menacé, M. Bwira n’obtempère pas. Il est alors kidnappé le 24 août, tandis qu’il s’apprête à s’enfuir à Kinshasa.

« Deux militaires se sont approchés de moi et m’ont dit : ou tu grimpes dans notre voiture, ou bien on te sabote ici. » Après quelques minutes de discussion, j’ai dû me coucher sur le sol de leur véhicule, puis ils ont étendu leurs jambes sur moi. J’ai été enfermé dans une cave, peu de temps après midi, et mes bras ont été immobilisés à l’aide d’un fin fil en plastique. » Le même mode opératoire donc que celui employé par la suite pour ligoter le chanteur Fabrice. « Au beau milieu de la nuit, on m’a bandé les yeux, puis jeté à l’arrière d’un 4 x 4, la roue de secours posée sur moi. Le matin, nous sommes arrivés dans une remise souterraine. J’ai entendu dire : « Prends ce truc et mets-le au cachot. »

Toute la discussion s’est déroulée en rwandais. « Le cachot est plein », ont répliqué les geôliers. Nous avons alors roulé vers une autre planque – en fait, un trou dans le sol recouvert de grumes – où j’ai été emprisonné jusqu’au soir. Ils m’ont alors hissé de ce puits à l’aide d’un crochet, le fil plastique entaillant profondément la peau de mes bras jusqu’au sang. Nous sommes repartis en voiture, puis, après quelque temps, avons poursuivi notre route à pied. Cela montait, il faisait de plus en plus froid. Lorsqu’en raison de mes yeux bandés, je déviais du chemin ou je tombais, ils me frappaient avec un bâton.

Nous sommes finalement arrivés à une troisième planque souterraine où régnait une énorme puanteur et où je m’enfonçais dans une sorte de fange. À tâtons, je me suis traîné jusqu’à un endroit plus sec où j’avais l’impression de sentir des bouts de bois. Ce n’est que le matin venu que j’ai vu que la fange, c’était en fait des cadavres en décomposition et que le bois, c’était les ossements de personnes décédées. Je n’ai rien eu à manger. Deux jours plus tard, ils m’ont sorti du trou à l’aide d’un crochet et un colonel a commencé à me faire subir un interrogatoire. Pour quelle raison est-ce que je voulais m’enfuir de Masisi ? Pourquoi l’administration parallèle devait-elle disparaître ? Pourquoi est-ce que je ne défendais que ma propre communauté ? Je lui ai dit que je me battais pour tout le monde.

« Si c’est vraiment le cas, pourquoi n’as-tu pas défendu une femme tutsie qui avait été violée ? » Le mariage de raison conclu fin 2009 entre Kabila et Kagame repose sur une seule personne : Bosco Ntaganda.J’ai admis qu’il m’arrivait parfois de manquer à mon devoir. « Nous n’allons pas te tuer », a déclaré le colonel après quelque temps. J’ai entendu, par la suite, de la bouche des geôliers, que mon enlèvement avait fait beaucoup de vagues, tant sur le plan national qu’international. « Mais qui es-tu donc pour qu’autant de gens militent en faveur de ta libération ? », m’ont questionné les militaires. »

Sylvestre Bwira doit sa libération à la résistance locale. Si certains membres d’ONG européennes l’avaient déjà abandonné depuis longtemps, ce n’est pas le cas de son réseau qui a même organisé une gigantesque manifestation en faveur de sa libération dans la petite ville de Sake, à 30 km de Goma, menaçant de recourir à la violence en cas d’échec. Les résultats ne se sont alors pas fait attendre : Bwira a été libéré. « Ils m’ont injecté une substance, puis abandonné dans la forêt », poursuit Sylvestre Bwira. « J’avais l’impression d’être paralysé. Tout est devenu chaud. J’étais terriblement fatigué. J’ai vu au loin un feu, un village et me suis traîné jusque-là. Je ne pouvais pas marcher. C’est à peine si je parvenais à manger ; j’étais couvert de sang. Au départ de ce village, j’ai atterri à l’hôpital de Goma.

En novembre 2010, M. Bwira fuit aux Pays-Bas, car il ne se sent plus en sécurité ni à Goma ni à Kinshasa. Depuis qu’il vit à La Haye, où il bénéficie toujours d’une aide psychiatrique, sa famille fait l’objet d’une traque systématique. Son oncle Aloys Bahati et son frère Kubuya Kiahi ont disparu, à une semaine d’intervalle, en octobre 2011 et personne ne les a plus revus depuis. Le frère cadet nous raconte que leur vie est sans cesse en danger. « Je me retourne sans arrêt pour voir si je ne suis pas suivi. Je ne sors plus après 17 h. Mon père se terre et ne reste jamais longtemps au même endroit. Nous recevons quasiment chaque jour des menaces de mort par téléphone. Le gouverneur et la police ne font rien. C’est pour cela que la population était tellement en colère lorsque Fabrice s’est fait enlever : les rebelles peuvent agir en toute impunité. »

René, un bon ami de Sylvestre Bwira, ne se sent lui non plus pas en sécurité à Goma. « Si je reste ici, c’est uniquement à cause de mon travail ici », ajoute-t-il. « Mais nous avons peur et nous ne parlons jamais aux étrangers, car nous ne savons pas à qui nous avons à faire. Ntaganda et ses sbires doivent partir d’ici dans les plus brefs délais, mais personne n’ose le dire, depuis que Sylvestre Bwira s’y est risqué dans une lettre.

Fabrice a été enlevé tout juste deux semaines avant les élections présidentielles. Tout le pays était en ébullition et assurément le Kivu. Bon nombre d’habitants y ont le sentiment d’être progressivement annexés par le Rwanda. Ils affirment que des paysans rwandais achètent, par l’entremise de Congolais, des terres pour leur bétail. Chaque autochtone vous dira que l’on assiste à une immigration rampante au départ du Rwanda.

« L’immigration au départ du Rwanda est un fait avéré », nous confie Kris Berwouts, expert du Congo. « Des soldats congolais rwandophones m’ont désigné leurs homologues rwandais. Le recensement électoral constitue à chaque fois l’occasion de donner à des Rwandais un passeport congolais. » Sur le plan électoral, cette « rwandisation » a peut-être bien mis du beurre dans les épinards de Kabila. Selon la version officielle, Kabila a obtenu plus de voix qu’escompté dans la région densément peuplée du Kivu ; toutefois, le débat fait rage quant au degré de fiabilité des résultats des élections. Les hommes de main de Ntaganda se sont en fait assurés que seule la propagande pro-Kabila soit diffusée à certains endroits, tout en intimidant la population afin qu’elle ne vote pas pour d’autres candidats.

roi de la contrebande

La domination du CNDP dans l’est du Congo se fait aussi sentir sur le plan économique. Le spectre de Ntaganda ne plane en outre jamais bien loin, certainement dans le secteur minier. Certains analystes misent sur la démilitarisation du commerce des matières premières grâce à la récente loi Dodd-Franck votée aux États-Unis. Cette loi contraint en effet les entreprises cotées à la bourse de New York à communiquer publiquement la provenance de leurs matières premières, en précisant, par conséquent, explicitement si elles proviennent de groupes armés. Elle vise donc aussi de grandes marques électroniques, telles que Motorola, Apple, Philips et Samsung, qui ont recours à l’étain et au coltan.

En réaction à la promulgation de cette loi, le Président a interdit, en septembre 2010, toute exploitation minière artisanale au Congo. Il entendait, de la sorte, remettre de l’ordre dans ce secteur en le débarrassant de ses circuits criminels. Dans la pratique, c’est l’inverse qui s’est produit dans le Nord-Kivu : des militaires de haut rang ont détourné l’interdiction minière de sorte à étendre leur commerce illégal. Et le fait que Kabila ait levé cette interdiction en mars 2010 n’y a pas changé grand-chose ; le mal était déjà fait.

MO* a infiltré les réseaux du CNDP en vue de dresser la carte des routes empruntées par les contrebandiers dans l’est du Congo. Le départ de l’une d’entre elles se situe à Numbi, un petit village localisé à l’ouest du lac Kivu. « Plusieurs mines d’étain sont gardées par des ex-soldats du CNDP », nous confirme Henri Nkeng, expert de la MONUSCO, la force de stabilisation de la paix des Nations Unies. Ce dernier travaille à Numbi, pour le compte de l’International Tin Research Institute, à la mise sur pied d’un système de certification devant permettre la traçabilité des matières premières. Nkeng : « Seuls les sacs étiquetés ‘hors zones de conflit’ dans les centres d’achat créés par nos soins peuvent être exportés. Nous excluons toutes les matières premières provenant de mines exploitées par les rebelles ou l’armée. »

Pour l’instant, c’est là la théorie. Dans la pratique, le circuit de la contrebande tourne à plein régime, nous confie un villageois qui loue sa maison comme entrepôt. « Les matières premières sont chargées dans des sacs et recouvertes de haricots, puis ces sacs sont acheminés par porteur à Goma. »

Après avoir suivi une cargaison de « haricots », nous arrivons à Kalungu, un village à mi-chemin entre Numbi et Goma. C’est là que les porteurs, au terme d’une marche de cinq heures, viennent livrer leurs 50 kilos de matières premières camouflées pour lesquelles ils sont payés une vingtaine d’euros.

C’est jour de marché à Kalungu. Un peu partout, on y vend des mangues et des bananes. Tout comme les « haricots », celles-ci sont acheminées par camion. « Je charge des haricots 4 à 6 fois par semaine », raconte un chauffeur. « Je facture de 8 à 12 euros par sac. En cas de contrôle du camion, je donne un matabiche aux agents et je poursuis ma route. »

« Les matières nous sont livrées dans des camions de fruits et légumes », confirment quelques acheteurs à Goma, qui s’approvisionnent à Numbi. « Des véhicules militaires congolais viennent ensuite les chercher chez nous, avant de les transporter à la frontière où ils passent le relais à leurs homologues rwandais. » La bonne entente entre le CNDP et les soldats rwandais n’est pas neuve. Elle est, en outre, facilitée par le fait que ces deux groupes appartiennent à la même ethnie et partagent le souvenir de guerres communes.

Les matières premières franchissent la frontière à Goma en empruntant la cahoteuse Rue des Acacias. C’est là qu’est localisée, à quelques mètres à peine de la frontière rwandaise, la résidence hypersécurisée de Bosco Ntaganda, le parrain de cette mafia des matières premières. À cet endroit, la frontière n’est rien de plus que quelques blocs de pierre séparant la partie congolaise et rwandaise de la rue. Les villes de Goma et Gisenyi sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que le trafic se déroule en fait véritablement en zone urbaine.

En décembre 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies a publié le rapport final du groupe d’experts planchant sur le Congo. Ceux-ci y décrivent en détail la manière dont Ntaganda contrôle la zone s’étendant sur quelques centaines de mètres entre les deux postes-frontière officiels à Goma. Ntaganda se rend de même régulièrement au Rwanda. Deux ex-officiers du CNDP, dont un membre de la famille de Ntaganda, vivent encore dans le quartier. Selon le rapport de l’ONU, rien que ce poste-frontière rapporterait quelque 12.000 euros par semaine à Ntaganda.

À chaque fois que des matières premières sont acheminées au Rwanda, Ntaganda boucle toute cette zone. « Les membres du CNDP opèrent en toute indépendance de la hiérarchie militaire officielle. « La plupart d’entre eux n’écoutent que leurs anciens supérieurs », soupire le colonel Mputu Pende, chef du parquet militaire de Goma. « Nous recevons des menaces à chaque fois que nous tentons d’arrêter des officiers impliqués dans l’exploitation minière illégale. » Le rapport de l’ONU décrit de quelle manière des agents qui sont intervenus en juin 2011 contre des trafiquants ont été désarmés et ligotés par les hommes de Ntaganda.

bûcheron illégal

D’après les experts des Nations Unies, Ntaganda ne possède pas seulement la station-service S. Pétrole Congo à Goma, mais aussi une meunerie exploitée par sa femme. Par ailleurs, ils décrivent entre autres, dans leur rapport, de quelle manière Ntaganda a été impliqué dans le trafic de 450 kilos d’or. Ntaganda est propriétaire de grandes fermes à Ngungu, dans le territoire de Masisi, où il aime passer le week-end. De surcroît, Ntaganda exerce également une certaine emprise sur le business local du charbon de bois. Principale source d’énergie de Goma, celui-ci est difficile à trouver en raison de la pénurie de bois dans la région. Le seul endroit où il reste du bois, c’est dans le Parc des Virunga tout proche, le plus ancien parc naturel d’Afrique inscrit, au demeurant, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le CNDP y tient de nouveau un rôle dans la production illégale de charbon de bois.

Septembre 2011. À proximité de Burungu, où Laurent Nkunda avait, il y a plusieurs années de cela, donné son fiat à la déforestation du Parc des Virunga, s’est développé tout un village à la lisière de ce qui fut jadis le parc. Nous pouvons y voir des milliers de sacs de charbon de bois entassés. Après quelques heures de marche, force nous est de constater qu’un énorme pan de la forêt a disparu. Et l’arrivage incessant de nouveaux sacs de charbon de bois nous indique que la production tourne encore à plein rendement.

Il est frappant de constater que tout le monde parle le rwandais dans cette filière. Mon guide me confie que la majorité d’entre eux sont récemment arrivés ici du Rwanda. Un villageois qui nous suit tout le temps se fâche lorsque nous abordons le sujet. « Nous sommes tous Congolais », affirme-t-il d’un air menaçant. Le directeur belge du Parc des Virunga, Emmanuel de Mérode, admet ne pas maîtriser la situation dans la partie sud-ouest du parc.

Burungu se situe à proximité de Kitchanga, le port d’attache, durant de nombreuses années, de Ntaganda, mais aussi un territoire CNDP par excellence. Et si cette production de charbon de bois à grande échelle perdure, sans le moindre tracas, dans ce joyau du patrimoine mondial de l’UNESCO, cela n’est possible qu’avec l’accord de Bosco Ntaganda, qui offre sa protection en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes. Dans leur rapport, les experts des Nations Unies pointent également du doigt Bwiza et Tebero, deux autres endroits où le CNDP se remplit les poches grâce à la production de charbon de bois.

C’est là la énième illustration de ce que représente le « régime » au Nord-Kivu. Dans l’optique de défendre leurs intérêts, Kagame et Kabila ont conclu un accord mis en pratique par Ntaganda. Ce deal apporte une tranquillité toute relative et parfois véritablement violente, tourne en dérision l’État de droit, fait fi des traités internationaux et entrave la reconstruction de la région. À l’exception de l’opulence au Rwanda et dans les royaumes mafieux. Et quiconque ose émettre des critiques risque sa vie. De nombreux Congolais se demandent pour quelle raison la MONUSCO, jusqu’à nouvel ordre la plus grande force de paix des Nations Unies au monde, demeure aussi passive. Il semblerait bien que la communauté internationale se soit résignée à laisser son royaume à Ntaganda.

Auteur:
Stefano Valentino, John Vandaele et Anneke Verbraeken

Article de Mondiaal  Nieuws (http://www.mo.be)

Bosco Ntaganda, criminel de guerre au service de Kagame et Kabila

Le mensuel flamand MO vient de publier un article au titre bien révélateur « Les raisons pour lesquelles Kabila et Kagame ne veulent pas livrer Ntaganda à la Cour pénale internationale ». A la Une du journal qui date du 25 janvier 2012 se trouve une photo satellite localisant la résidence de ce criminel de guerre à Rue des Acacias à Goma à quelques mètres de la frontière avec le Rwanda. Le sous-titre de l’article montre également de quel homme il s’agit : « Le tueur-roi du Nord Kivu ».

L’article souligne que Bosco Ntaganda est criminel de guerre : il a été inculpé de ce fait par la Cour pénale internationale mais ce mandat d’arrêt n’a pas été suivi d’effet. Comment expliquer cela? Parce qu’il sert les intérêts du président congolais Joseph Kabila et de son collègue rwandais Paul Kagame.

Ntaganda est roi de la contrebande et un homme superpuissant. Il contrôle de vastes gisements miniers du Nord-Kivu. Un des observateurs se trouvant dans la région et qui suit de près la situation  témoigne: « Bosco est l’un des principaux barons du trafic de minerais. Nommé général des FARDC à l’issue de la politique d’intégration des ex-CNDP, il contrôle entièrement un quartier de Goma […]. Il est effectivement un grand criminel de guerre, un lord war de premier ordre mais il n’est pas inquiété car trop puissant. Il contrôle complètement la frontière avec le Rwanda au niveau de la grande et de la petite barrière ».

En 2008, Bosco Ntaganda a été nommé numéro 2 du CNDP après Laurent Nkunda. Après « l’arrestation » de ce dernier par le Rwanda, Ntaganda est devenu Chef de la CNDP en 2009. Il a été nommé Général, bien que 3 ans plus tôt, la Cour Pénale Internationale l’avait lancé un mandat d’arrêt à son encontre pour des crimes de guerre.

Le journal MO souligne que Bosco Ntaganda sème la terreur dans la région. Ainsi,  il a kidnappé entre autres,  le 4 novembre 2011, un chanteur du nom de Fabrice Munfiritsa, célèbre et aimé dans le Nord Kivu, région dominé par le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple). Grâce à des manifestations, des barricades organisées par la population locale,… le musicien a pu être découvert dans un trou, complètement  désorienté, sous l’effet de drogues lui administrées sans aucun doute par ses ravisseurs.

En juillet 2010, Ntaganda a rendu la vie impossible à Bwira, un activiste des droits de l’homme.Celui-ci se préparait à se sauver à Kinshasa lorsqu’il fut kidnappé le 24 août 2010. En novembre de la même année, il a pu se sauver ver et a regagné les Pays-Bas. Il réside actuellement à La Haye. Sa famille, restée en RDCongo, doit subir des vexations.

L’article avance clairement ses pronostics sur l’avenir du Kivu qui de mois en mois, d’année en année, s’achemine vers une occupation du territoire par la main invisible du Rwanda, au mépris des populations autochtones.

Tout cela se fait au nez et à la barbe de la MONUSCO, qui est pourtant une des plus grandes missions de l’ONU dans le monde.

Keno Mikelu
01/02/2012