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Le contrôle des armées africaines par les Etats-Unis : le cas du Rwanda

photo http://rwandinfo.com/

Le général Kabarebe avec des soldats américains

De façon insidieuse, sans installer ou déployer des bases militaires grandioses, l’armée américaine est plus que n’importe quelle autre puissance présente en Afrique. Elle contrôle en effet presque toutes les armées nationales des pays qui, dès lors, sont tributaires des Etats-Unis en matière de défense. Le cas le plus caricatural est celui du Rwanda d’après 1994.

Legs colonial et guerre froide

Jusqu’à  la chute du mur de Berlin en1989, les armées des pays africains étaient toutes tributaires du legs colonial et de la guerre froide qui sévissait alors. Certaines d’entre elles avaient été mises sur pied en catastrophe par les puissances coloniales juste avant leur départ suite au vent des indépendances qui a soufflé au début des années 60. De telles armées avaient gardé des liens avec les anciennes puissances coloniales car organisées selon leurs normes et surtout formées et équipées par les cadres des armées de ces puissances.

D’autres pays avaient des armées issues de la lutte contre le colonisateur et qui, de ce fait, avaient bénéficié et bénéficiaient des appuis du bloc soviétique dans son affrontement avec le bloc occidental. Elles étaient organisées, formées et équipées selon les normes du bloc de l’Est.

Mais, après l’effondrement de l’URSS, les Etats-Unis devenaient la seule Superpuissance du monde et son hégémonie allait se faire sentir dans tous les secteurs d’activité. Les conséquences sur le plan stratégique et militaire furent que les Etats Unis ont élaboré une nouvelle stratégie en ce qui concerne les Etats africains. Il n’était plus nécessaire de contrer l’influence soviétique dans ces pays mais plutôt de récupérer, à vil prix, les anciens satellites de l’ex-URSS. En même temps, la désormais seule Superpuissance mondiale devait désormais superviser les actions des anciennes puissances coloniales en Afrique qui sont ses alliés (France, Grande Bretagne, Portugal,…) et ne plus les laisser le champ libre dans ce continent comme du temps de la guerre froide quand elles avaient la latitude d’intervenir comme elles l’entendaient dans leurs pré- carrés respectifs.

Mais la première mise en œuvre de cette nouvelle stratégie fut un fiasco total. Les Etats-Unis avaient décidé d’intervenir directement militairement en Somalie en 1991 pour y imposer leur ordre en y chassant les forces qu’ils jugeaient hostiles à leur idéologie et y installer celles jugées plus dociles. Les GI’s furent ignominieusement humiliés et les images de cette humiliation firent le tour du monde. Ce fait a causé un traumatisme psychique et médiatique dans l’opinion américaine que, depuis lors, il n’est plus question d’envoyer un seul GI’s directement sur le front actif en Afrique.

C’est alors qu’une nouvelle stratégie pour l’Afrique fut élaborée et adoptée. Il s’agira désormais d’user des supplétifs locaux (les armées des pays africains) pour des actions militaires sur le terrain en Afrique menées pour les intérêts et sous la supervision  des Etats-Unis.

Les premiers supplétifs des Etats Unis en Afrique après la guerre froide furent les armées de l’Ethiopie et de l’Ouganda. En Ethiopie, une rébellion issue de la minorité tigréenne et à sa tête Melès Zenawi, venaient de s’emparer du pays en 1991 après avoir défait l’armée du colonel Mengistu Hailé Mariam composée des ethnies majoritaires dans ce pays que sont les Amhariques et les Oromo. Pour s’affirmer, le tigréen Melès Zenawi avait besoin de la Superpuissance qui devait bénir toutes ses actions mais en contrepartie la Superpuissance l’utiliserait comme son supplétif dans la région. Le calcul s’est révélé juste jusqu’aujourd’hui. (AMISOM).

De même, le munyankole Yoweri Museveni qui s’était emparé du pouvoir en Ouganda en 1986 avec une rébellion composée à grande majorité de Tutsi d’origine rwandaise, devait, pour s’affirmer et, asseoir sa légitimité et avoir l’aval de la Superpuissance. Mais en contrepartie, la Superpuissance l’utilisa comme un supplétif pour mettre en pratique les plans élaborés pour la région. C’est ainsi que l’armée de Museveni sera autorisée et appuyée par la même Superpuissance pour renverser le régime démocratique au Rwanda après une guerre de près de 4 ans (1990-1994) et dans la foulée sera utilisée pour renverser le Maréchal Mobutu du Zaïre en1997. Tout cela s’est opéré sans que les soldats américains ne soient directement engagés au combat alors que les plans de manœuvres et les objectifs étaient chaque fois fixés par le Pentagone. Au passage l’armée mono ethnique tutsi du Burundi avait été associée à cette aventure dès1997sous « Buyoya II », tout ça avec la bénédiction et le soutien du Pentagone.

Création de l’AFRICOM

Pour concrétiser et donner forme à cette nouvelle stratégie, il fut créée l’AFRICOM : le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (en anglais United States Africa Command ). En 1983, les planificateurs stratégiques des États-Unis ont placé la majeure partie du continent sous la responsabilité du Commandement européen parce que la majorité des pays africains étaient d’anciennes colonies européennes ayant conservé des liens politiques et culturels avec l’Europe. Depuis le milieu des années 1990, les spécialistes régionaux du département de la Défense réclament la création d’un commandement africain. En gestation depuis plusieurs années, il fut décidé de créer un état-major spécifique pour ce continent durant l’été 2006.

photo http://mutulushakur.com/

L’AFRICOM, qui est donc un commandement unifié pour l’Afrique créé par le Département de la Défense des États-Unis en 2007, est entré en fonction en 2008. Il coordonne toutes les activités militaires et sécuritaires des États-Unis sur ce continent.


Programmes et actions pour le contrôle total de ces armées africaines

  • Formation des cadres militaires africains aux USA même

Ce programme, longtemps balbutiant, va connaître un essor considérable après1990. Les Etats-Unis veilleront à ce que les officiers susceptibles d’occuper de hautes fonctions dans la hiérarchie militaire de leurs pays fassent des stages dans des académies militaires US même à titre symbolique (voyages d’études, séminaires,…), le temps de les ficher et d’étudier leur psychologie afin de les classer et les suivre dans le reste de leurs carrières.

  • Entraînement des troupes sur place

Parallèlement, les instructeurs américains entraînent les troupes africaines dans leurs pays mais de façon discrète car opérant le plus souvent en tenue civile et sous étiquette de « société privée de sécurité ». Ce faisant, le Pentagone connaît ainsi parfaitement l’état de chaque armée africaine qu’il entraîne, notamment son degré de moral et de combativité, tout comme ses points faibles.

  • Equiper en matériel les unités de ces armées

A part l’armement individuel (la fameuse AK47 Kalashnikov qui est sans concurrence si l’on considère le rapport qualité-prix), tous les équipements individuels du combattant des armées africaines  sont fournis par les Etats Unis : tenues de combat, gilets pare-balles, casques, rangers,… Les armées, qui avaient traditionnellement opté pour s ’approvisionner ailleurs (France, pays de l’Est), sont surprises et tenues de s’y conformer lorsqu’elles doivent être déployées  dans des missions de maintien de la paix justement initiées, appuyées et financées par les USA. Chaque soldat doit en effet être drillé pour se mouler dans l’équipement américain et ensuite testé par des instructeurs américains avant d’être admis dans le contingent qui doit partir en mission de l’ONU.

La conséquence est que les Américains contrôlent effectivement et assurent la supervision de la chaîne de commandement et des transmissions de ces armées. Ils connaissent qui est qui, qui fait quoi, comment et avec quoi.

  • Appuis logistiques lors des opérations dans lesquelles ces armées sont engagées.

Les unités de ces armées sont plus encore sous le contrôle américain quand elles sont déployées en mission de maintien de la paix sous la bannière de l’ONU.  Elles  sont en effet équipées par US Army avant leur départ, ravitaillées par elle tout le long de leur mission et s’assure de leur suivi en cas de relève.

Engagement des supplétifs dans les Opérations de maintien de la paix de l’ONU

Comme on l’a vu, l’engagement des armées africaines dans des missions de maintien de la paix en Afrique surtout,  constitue la pierre angulaire de la stratégie militaire des Etats-Unis pour ce continent après la débâcle de Somalie en 1992. La superpuissance ayant renoncé à déployer encore directement ses soldats sur le terrain en Afrique, elle a opté pour l’utilisation des supplétifs que sont  armées de certains régimes des pays de ce continent. Ce faisant, sans risquer de déplorer la vie d’un seul soldat américain, les Etats-Unis peuvent rester maîtres de la situation sur différents théâtres d’opérations en y déployant des troupes de certains pays dits « sûrs » qu’ils paient et équipent. De plus, chacun y trouve son compte car les régimes choisis pour servir de supplétifs y gagnent doublement : leurs militaires sont grassement payés, surtout les hauts cadres, et le régime peut se vanter « d’assurer la paix mondiale » grâce à ses soldats déployés ici et là, où le veulent les Etats-Unis.

Quelques supplétifs sont privilégiés pour ce « contrat » 

Au début, seuls quelques régimes avaient pigé et étaient au parfum de cette nouvelle stratégie américaine qui s’avérera très juteuse.

Ainsi, à la surprise générale, les anciens maquisards tutsi venus d’Ouganda qui s’étaient mués en « Armée Rwandaise » en 1994, furent déployés en force dans différents théâtres d’opérations : au Darfour, en  Côte d’Ivoire, en Guinée Bissau, même en Haïti, au Mali, en Centrafrique, au  Sud Soudan… Bref, partout où les USA voulaient avoir un œil mais sans devoir y envoyer ses propres soldats.

L’Ouganda n’était pas en reste. Ses soldats furent déployés d’abord en Somalie d’où les mêmes Etats-Unis venaient de se retirer humiliés. L’Ouganda de Museveni comme l’Ethiopie de Meles Zenawi qui ont volé au secours pour atténuer la honte des USA en a été grassement rémunéré que ce soit politiquement ou financièrement. Ces soldats furent alors systématiquement déployés en RDC, en Centrafrique, au Darfour ou au Sud Soudan et y restent jusqu’à nouvel ordre et  pour le compte des USA.

Les soldats de l’Ethiopie restent des grands supplétifs des Américains dans la Corne de l’Afrique,  que ce soit en Somalie, au Darfour, ou au Sud Soudan, ils sont le bras armé et l’œil vigilant du Pentagone dans ces régions troublées.

Seulement voilà : le pot aux roses ne tarda pas à être découvert par les autres armées des pays africains. Ces armées veulent aussi leur part du gâteau et appellent leurs gouvernements à tout faire pour qu’elles aussi soient envoyées en missions dites de « maintien de la paix de l’ONU ou de l’Union Africaine », en fait pour qu’elles aussi soient entraînées, équipées et payées par les Etats-Unis ou l’Union Européenne.  Pour occuper tout le monde, il a fallu  multiplier ces opérations quitte à créer des conflits ou en entretenir artificiellement d’autres : RDC, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Burkina, Sud Soudan, Centrafrique, et peut-être prochainement au Burundi (?),…

Ironie du sort et aussi cyniquement que cela puisse paraître, les Africains eux même souhaitent que des conflits éclatent partout en Afrique ou que ceux existants soient entretenus pour continuer à bénéficier de l’argent et de l’équipement des Etats-unis et de l’Union Européenne dans le cadre des « missions de maintien de la paix ».

Cas spécifique du Rwanda après 1994

Les généraux Kabarebe, Nyamvumba et le représentant de l’armée américaine /photo igihe.com

Dans le cas spécifique du Rwanda d’après 1994, faillait-il ou faut-il encore parler de : Armée Patriotique Rwandaise (APR) – Armée Rwandaise ou Rwanda Defense Forces (RDF), autant d’appellations que se sont affublés ou s’affublent les éléments tutsi de l’armée de l’Ouganda qui se sont emparés du Rwanda en 1994,  ou simplement il faudrait les appeler une carrément : « Une milice locale créée et entretenue par les Américains pour être leur bras armée dans la région »?

Face au constat ci-haut, l’armée du régime du FPR au Rwanda ne peut être qualifiée autrement. En effet, les cadres supérieurs sont formés aux USA. Les cadres subalternes sont formés sur place par les Américains. Certaines unités sont exclusivement encadrées par les USA et leur emploi relève d’eux. C’est le cas des fameuses « Special Forces ». Les équipements sont fournis par les USA pour les unités d’appui au Commandement comme les Transmission (Tr),  le Génie (Gn), l’Aviation Légère (Lt Avi). Enfin, en opérations extérieures, le transport des troupes et du matériel est assuré par US Army. Et l’appui en matériel adéquat selon le terrain est assuré par US Army.

Il ne reste donc qu’ à souhaiter que les Etats-Unis ne permettent point  au régime d’utiliser la milice supplétive de l’US Army en Afrique centrale abusivement appelée « Rwanda Defense Force » dans des actions menées par d’autres milices du parti au pouvoir le FPR (Police, DASSO, Intore…) pour réprimer la population innocente quand elle exige plus de liberté et de démocratie. La Superpuissance en serait responsable devant l’Histoire.

Emmanuel Neretse
03/02/2017

 

 

Rwanda. Isolé dans la région des Grands Lacs, les conseillers de Paul Kagamé lui trouvent un point de chute : l’Afrique de l’Ouest

guinnée - Kagame

Introduction

Le régime installé au Rwanda en 1994 après la conquête militaire du pays par des éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda fonctionne selon un schéma simple et même grossier mais qui, jusqu’il y a peu, s’est montré plutôt efficace. En effet, pour mater impitoyablement mais en toute impunité une population hostile militairement conquise, le régime personnifié par le général-président Paul Kagame a utilisé et utilise encore des méthodes qui ont fait ses preuves ailleurs et sous d’autres époques.

A l’intérieur, la population est maintenue dans la terreur et la peur par des agents du régime et les milices du parti au pouvoir qui ont quadrillé le pays selon un système de maillage  complet du territoire par tranches de 10 ménages. La population est fermement découragée à parler et à même penser politique, laissant la clique anglophone venue d’Ouganda  et dont on ne connaît ni les contours ni les règles de fonctionnement, la conduire comme un troupeau. La seule activité politique qui lui est permise est de chanter les louanges de Paul Kagame et de verser la cotisation du parti au pouvoir.

A l’extérieur le régime a fait du mensonge et de la dissimulation son cheval de bataille à l’intention des visiteurs. Pour les chercheurs et autres organisations internationales, la manipulation des statistiques est la règle pour chaque responsable ou service consultés. Le tout dans le but de cacher ce qui ne marche pas ou la situation réelle mais de jongler avec les chiffres pour présenter les quelques modestes progrès mêmes les plus naturels.

Parallèlement, le régime investit lourdement dans des « contrats de communication » signés avec les grands médias du monde devant lesquels il ouvre ses caisses sans compter pourvu qu’en contrepartie le régime soit présenté sous un meilleur jour ou alors ses crimes complètement occultés.

Enfin, pour continuer à jouir de l’impunité et de présenter une fausse image de cette dictature dans le monde, le régime recourt aux puissants lobbyings occidentaux qui, moyennant payement, usent de leurs réseaux pour promouvoir Paul Kagame à tort et à travers. Celui-ci s’est pour cela entouré de « conseillers » qui ne sont d’autres que d’anciens chefs de gouvernements ou ministres dans leurs pays qui sont des grandes puissances et qui brandissent leurs cartes de visite pour épater les dictateurs à qui ils assurent l’impunité et l’aura internationale.

Première faille dans l’édifice FPR de Paul Kagame : les relations avec ses voisins.

Longtemps occulté, l’isolement du régime de Paul Kagame dans la région des Grands Lacs saute actuellement aux yeux. Tous ces voisins sont exaspérés par son arrogance et son ingérence dans les affaires d’autres Etats, ses actes de déstabilisation, son sabotage des efforts des organisations régionales…tout cela sans que ces organisations ne puissent le condamner ni même le dénoncer afin de ne pas s’attirer les foudres des puissances occidentales qui l’utilisent comme leur agent dans la région. Un petit aperçu des actes de Paul Kagame contre certains de ses voisins est très instructif.

1. La République Démocratique du Congo

Ce pays fut envahi depuis 1996 par les armées de Paul Kagame avec la bénédiction de la Communauté Internationale. Prenant le relais de l’occupation officielle, les rébellions successives créées et soutenues parle Rwanda ont transformé le pays et ses institutions en un « no man’s land » où seul les sujets de Paul Kagame peuvent se mouvoir en toute tranquillité. En effet, avec les multitudes d’intégrations des combattants des rébellions de Kagame en RDC, l’armée et la police de ce pays compte plus d’officiers supérieurs d’origine rwandaise (des Tutsi) que ceux des plus de 200 ethnies congolaises confondues. Idem sur le plan politique. Personne ne peut dénoncer cet état de choses.

2. La Tanzanie

Ce pays le plus stable et le plus démocratique de la région, est lui aussi confronté à la mégalomanie et à l’impunité dont jouit le FPR de Paul Kagame. Celui-ci n’a pas hésité à menacer de mort l’ancien président tanzanien Jakaya Kikwete lorsqu’il avait osé dire que le régime de Kagame devrait parler avec son opposition comme cela se fait ailleurs. Curieusement aucune voix dans la  Communauté Internationale n’a condamné cette sortie de Paul Kagame jusqu’à la fin du mandat de Kikwete en octobre 2015. Au contraire  il était et reste considéré au Rwanda comme un « empêcheur de tourner en rond » pour avoir exprimé une vérité qui fâche Paul Kagame.

3. Le Burundi

Le maillot faible de la région des Grands Lacs offre une illustration éclatante de l’impunité dont jouit Paul Kagame et du parti-pris de la Communauté Internationale. Après avoir insulté publiquement le président du Burundi en affirmant qu’il ne devait pas  être considéré comme le président de ce pays, Paul Kagame a appelé publiquement à travers la presse officielle ( Radio, TV…) la population du Burundi à fuir vers le Rwanda en avril 2015 en lui disant qu’un génocide était imminent. Les fugitifs trouvaient des bus qui les attendaient à la frontière et recevaient tout de suite le statut de réfugié. Il a accueilli les éléments qui ont tenté de prendre le pouvoir par les armes en mai 2015. Aucune condamnation de la part de la Communauté Internationale. Une fois les réfugiés installés dans les camps, des recrutements suivis des entraînements militaires commencèrent. Des armes et munitions furent acheminées du Rwanda au Burundi pour maintenir l’insécurité qui sera  présentée comme un « début du génocide ».

Face à ces actes commis au grand jour, certaines ONG et les Etats-Unis ont rendu publics ces actes de déstabilisation du Burundi provenant du Rwanda. Comme toujours,  la réponse de Paul Kagame fut de brandir un chantage : il menace d’expulser les réfugiés burundais qui se comptent à plus de 250 mille. Encore une fois, la Communauté Internationale est obligée de s’incliner devant lui et de fermer les yeux sur ses actes condamnables par le droit international.

Les organisations régionales commencent à souffrir sérieusement de ses caprices à l’exemple de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

L’opposante Victoire Ingabire présidente du Parti FDU-Inkingi est détenue depuis 2010 et a été condamnée à 15 ans d’emprisonnement. Elle avait présenté son cas devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples sise à Arusha en Tanzanie. La requête a été déclarée recevable et fondée. L’affaire devait s’ouvrir le 04 mars 2016. Mais à la surprise  générale, le gouvernement rwandais a déclaré in extremis qu’il ne peut pas comparaitre dans cette affaire car il s’est entretemps retiré du protocole d’accord qui institue la Cour. Il échappe ainsi et à peu de frais à une condamnation pour violation des droits de l’homme devant une cour ad hoc. Pourtant, face à cette énormité, aucune condamnation et même aucun commentaire dans la presse occidentale comme si ce nième pied de nez à la Communauté Internationale  était toléré et même souhaité.

Bouée d’oxygène : Afrique de l’Ouest

Face à ce Bérézina diplomatique qui risque de mettre à nu le roi du Rwanda Paul Kagame, ses lobbies se devraient d’agir vite. C’est le sens que l’on doit donner à l’intérêt subit de l’anglophone et surtout francophobe Kagame aux pays du pré-carré français de l’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal et la Guinée Conakry. C’est le président guinéen Alpha Condé qi a révélé le pot aux roses.

Après l’avoir reçu en grandes pompes à Conakry, le guinéen a déclaré devant la presse que ce sont des personnalités comme… Bernard Kouchner et Tony Blair qui lui ont recommandé Paul Kagame afin qu’il lui dise comment il a fait pour réussir !  Entendez par là, violer les droits de l’homme sans être dénoncé, présenter une fausse image à l’étranger alors qu’à l’intérieur c’est catastrophique.

Par cette opération, les conseillers de Kaul Kagame que sont les hommes d’affaires Bernard Kouchner et Tony Blair promettent à Kagame de redorer son blason. A l’interne, ils espèrent continuer à berner l’opinion comme quoi tout va à merveille et à l’internationale, ces nouveaux alliés souvent naïfs lui seront d’un grand soutien dans les organisations  internationales comme l’UA ou l’ONU. En même temps le brouhaha que va faire les médias francophones dont on sait que la plupart ont signé des contrats de communication avec Paul Kagame, en vantant les « mérites » du dictateur mais qui est aussi grand détracteur de la France, amènera cette puissance moyenne à chaque fois faire profil bas devant Kagame ou quand il s’agit de parler de ses actes.

Enseignement 

Comme les peuples de la région des Grands Lacs qui, depuis des décennies, sont malmenées selon des stratégies pensées par des prédateurs occidentaux présentés comme « conseillers » des autocrates africains choisis et promus par eux et qui doivent les appliquer sur le terrain, les peuples de l’Afrique de l’Ouest risqueraient-ils, eux aussi, de se réveiller et constater que leurs vrais décideurs sur leur sort s’appellent … Bernard Kouchner ou Tony Blair ?  Nous ne le leur souhaitons pas. Mais comme on dit en Kinyarwanda : «Usenya urwe, umutiza umuhoro »

Nous ne le leur souhaitons pas. Mais comme on dit en Kinyarwanda : «Usenya urwe, umutiza umuhoro »[1]

Emmanuel Neretse


[1] A celui qui détruit son logis tu prêtes une serpette.

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Dictature sanguinaire au Rwanda : quelle opposition?

Augustin Baziramwabo/photo http://www.info07.com/

Augustin Baziramwabo/photo http://www.info07.com/

On connaît l’adage: « la vie n’a pas de prix, mais elle a un coût! » Depuis 1994, la vie des Rwandais est menacée par un régime sanguinaire installé à Kigali (capitale du Rwanda). Année après année, la classe politique et les associations de Rwandais à l’étranger font des analyses d’opinion se rattachant à l’évolution de la situation politique au Rwanda, mais, est-on forcé de le constater, les actions de redressement proposées ont eu autant d’efficacité qu’une rustine appliquée sur une jambe de bois! Le temps est plus que venu de se remettre sérieusement en question en faisant un bon diagnostic des enjeux et en proposant des solutions réalistes pour y répondre. La démarche n’est pas dénuée d’embûches, mais c’est le prix à payer pour sauver les Rwandais d’une dérive autoritaire sans nom.

Quel type d’opposition devrait-on donc proposer? Quelles sont les revendications fondamentales à marteler pour convaincre des partenaires potentiels d’accompagner les Rwandais dans leur combat? Pourquoi les Rwandais sont-ils incapables de proposer des pistes de réflexion pour le futur? Pourquoi les élites rwandaises ont-elles peur de prendre la parole dans l’espace public? Pourquoi les élites rwandaises sont-elles si souvent attirées par la facilité, en se laissant parfois entraîner dans des attaques personnelles au vitriol, en s’opposant systématiquement à toute sorte d’initiative comme si l’immobilisme était une solution de rechange à envisager?

Ne pas répondre à ce genre de questions reviendrait à éluder le problème. Tôt ou tard, ces élites rwandaises devront rendre des comptes…

Dans cet état d’esprit, il importe de comprendre réellement le genre de travail de fond à mener devant l’énormité des enjeux auxquels le Rwanda fait face. Mais attention, soyons modestes : loin de nous l’idée de dispenser des leçons de morale. Nous ne faisons qu’une réflexion à haute voix sur des pistes de solutions à des questions brûlantes qui se posent dans le dossier rwandais. Et il serait utopique d’espérer avoir une recette magique porteuse de succès sur tous les fronts.

À l’heure où les opposants de Paul Kagame peinent à poser les prémisses d’une unité pour contrer une politique désastreuse menée par le régime rwandais dans les secteurs clés de l’économie, de la justice et de la défense des droits de l’Homme, à l’heure où M. Kagame pousse allègrement ses pions sur l’échiquier politique où les adversaires sont à la fois absents et minés par des divisions intestines, à l’heure où certains Rwandais sont entraînés dans des « procès cathodiques » (dans un texte d’opinion « La justice ennoblie », Le Soleil du 21 juillet 2013, commentant le verdict d’acquittement rendu par le juge Michel Charbonneau de la Cour supérieure de l’Ontario dans le contexte du dossier  Mungwarere, le 5 juillet 2013, nous abordons le concept de «procès cathodique») initiés par Kigali, à l’heure où certains semblent ne pas comprendre que des débauchages individuels, que M. Kagame a toujours su exploiter en attirant vers lui des personnalités de l’opposition – certes animées par de cyniques calculs -, dans des rôles de figuration, font encore beaucoup de dégâts à la réconciliation des Rwandais, quelle devrait être la contribution des élites rwandaises?

Au Canada, les immigrants rwandais interpellés par cette question devraient renverser la table et réfléchir à la refondation. Se convaincre d’une bonne « méthode de travail » susceptible de les aider à se remettre sérieusement et sereinement au travail pour espérer insuffler aux autres communautés l’élan qui leur manque dans cet effort collectif. Soyons francs : tout en invitant tous ceux qui ne partagent pas notre opinion à alimenter de leurs réflexions nos débats, nous n’avons pas besoin d’opus littéraires trop violents ou alambiqués qui viseraient plus à détruire qu’à bâtir. L’objectif poursuivi consisterait à se doter, animé par un esprit de discipline exemplaire, d’un discours aux accents cohérents, branché sur les problèmes des Rwandais, au Rwanda ou ailleurs. En d’autres mots, trouver une sorte d’«aggiornamento» à travers lequel la défense des droits et libertés au Rwanda constituerait un corps structurant de leur militantisme.

Dans les sphères du pouvoir à Kigali, tout doit découler du génocide de 1994; dans certains milieux rwandais de la diaspora, il y a un discours aseptisé selon lequel rien ne peut se faire sans jeter tout le blâme sur l’Occident (on évoque souvent le rôle lourdement joué par les pays comme les États-Unis, l’Angleterre, le Canada, la France et la Belgique dans le dossier rwandais). Et l’on s’interdit de balayer devant sa propre cour. À y regarder de très près, ces deux logiques se donnent inconsciemment la main sans que la question de l’alternance au pouvoir au Rwanda ne soit posée. Ces deux logiques mènent à la surenchère: toujours plus d’intransigeance, toujours plus de repli sur soi et toujours moins d’espace pour réfléchir. Le régime en place se nourrit ainsi de ces maladresses de la diaspora.

Ce sont les Rwandais qui doivent concrétiser leur solidarité en vue de se battre pour les valeurs de démocratie, de justice et de défense des droits et libertés. Désormais, ils ont le choix entre la survie et le déclin.

Ce sont les Rwandais qui doivent comprendre que c’est, avant tout, à eux qu’il revient le rôle de sortir des sentiers battus, d’explorer des univers inhabités, de développer une certaine doctrine pour mieux faire avancer leur pays. À commencer par jeter les bases pour faire la lumière sur de ténébreux chapitres de leur Histoire. Ils n’y réussiront qu’en travaillant ensemble dans un sursaut partagé de survie et d’appartenance au même destin. Comme pour mieux s’imprégner de ces paroles, chères à Martin Luther King : « Nous devons apprendre à travailler ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ».

Travailler ensemble, faire preuve de concertation et de respect, abattre les frontières, aller vers l’autre pour y puiser audace, empathie, rigueur et sagesse. Telles sont les vertus qui valent et dont la classe politique rwandaise a été, hélas, en cette période troublée de la situation politique au Rwanda, le plus tristement dépourvue. Au demeurant, c’est donc une opposition minée par des rivalités intestines qui ne se sont jamais éteintes depuis le cataclysme rwandais de 1994. Comme si la leçon des années 1990 – période à laquelle l’opposition d’alors s’employait à un changement de l’élite politique alors que M. Kagame était prêt à tout pour prendre le pouvoir par la force — n’avait jamais été apprise. Au lieu de se battre main dans la main pour endiguer les visées de M. Kagame et son armée, l’opposition avait vite dilapidé un capital de sympathie qu’elle avait chèrement acquis auprès du public rwandais et s’était déchirée sur la place publique pour le partage des portefeuilles ministériels, alors que le gouvernement rwandais de l’époque était à l’agonie. La suite fut le désastre que l’on sait…

Aujourd’hui, on doute que des figures de proue de l’opposition actuelle soient mieux disposées que leurs aînées à renoncer à la politique politicienne, mue par la rancœur et tout le cortège de l’esprit de cour et de servilité, pour s’atteler au nécessaire rassemblement devant déboucher sur une bataille sans merci contre la dérive autoritaire de Paul Kagame. Si l’opposition se trompe à nouveau de cible, les Rwandais pourraient-ils lui pardonner ses erreurs majeures?

Augustin Baziramwabo
17/06/2014
Source  : Le Huffington Post

 

 

Rwanda. Pourquoi le général Dallaire est condamné à mentir ?

Le général Roméo Dallaire_photo wikipedia.com

Le général Roméo Dallaire_photo wikipedia.com

Vingt ans après la conquête du Rwanda par la rébellion du Front Patriotique Rwandais, les puissances et les lobbies qui l’ont soutenue et qui ont favorisé sa victoire  traînent un événement comme une épine dans le pied : l’attentat terroriste du 6 avril 1994 ayant coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira ainsi que leurs suites et trois officiers français membres de l’équipage.

A défaut d’occulter cet événement considéré comme élément déclencheur du génocide, les parrains du dictateur Paul Kagame, commanditaire de cet attentat, tentent désespérément, depuis des années, à mette ce crime sur le dos des boucs émissaires bien désignés : « les extrémistes hutu ». En effet s’il était admis que l’avion fut abattu par cette nébuleuse aux contours flous, celle-ci ne pourrait  pas se défendre tout comme il ne serait pas nécessaire de mettre le doigt sur les supposés exécutants en son sein, ce qui arrangerait tout le monde.

C’est dans ce cadre qu’il faut placer la dernière sortie du général canadien Roméo Dallaire dans le huffingtonpost.ca de ce 23 mai 2014.

Le général Dallaire récidive

L’officier canadien commandait la force de l’ONU déployée au Rwanda en 1993 -1994 (MINUAR). Il a failli à sa mission car il a été partial en prenant fait et cause pour l’un des belligérants, trahissant ainsi son devoir de neutralité, tout cela pour favoriser la prise du pouvoir par le FPR de Paul Kagame.

L’action nocive du Général Dallaire au Rwanda est titanesque. Le 22 juin 1993, le Conseil de sécurité de l’ONU votait la résolution 846 instituant la Force des Nations-Unies pour le contrôle de la frontière rwando-ougandaise (MONUOR). Celle-ci était chargée de veiller à ce que le FPR n’utilise l’Ouganda comme base arrière, pour ses approvisionnements en ressources matérielles et humaines. Cette force, commandée par le Général canadien Roméo Dallaire, ferma les yeux et la frontière rwando-ougandaise fut une passoire des approvisionnements du FPR dans son attaque contre le Rwanda. Roger Booh Booh, patron du Général Roméo Dallaire au Rwanda, est affirmatif à ce sujet. Dans une interview accordée au journal belge « Le Soir » du 15 avril 2004, il déclare que l’Ouganda a continué à acheminer au Rwanda des armes destinées au FPR malgré la présence de la MONUOR à la frontière.

Dallaire sera muté à Kigali à la tête de la Force des Nations-Unies pour le Rwanda, la MINUAR. Là, il va carrément prendre partie pour le FPR. Ainsi comme le dit encore Roger Booh Booh, Dallaire a été vu plusieurs fois avec des militaires du FPR dans la salle d’état-major de la MINUAR, à l’hôtel Méridien de Kigali, en train de leur monter des cartes avec les positions des forces Armées rwandaises (FAR). Dans son livre, « Shake hands with the devil » [2004 :121], Dallaire ne cache pas qu’il fournissait des renseignements militaires sur l’armée rwandaise au chef militaire du FPR, Paul Kagame.

Un autre témoignage montrant le penchant du général Dallaire pour le FPR nous vient de Vénuste Nshimiyimana, attaché de presse de la MINUAR en 1994. Dans son livre, « Prélude du génocide rwandais » [1995 : 67], il révèle que les Nations unies ayant envisagé de muter le général Dallaire du Rwanda, en janvier 1994, celui-ci a déclaré qu’il allait demander à son successeur d’aider les jeunes combattants du FPR, si gentils, si disciplinés. Robin Philpot a raison quand il écrit dans son livre « Rwanda, crimes, mensonges et étouffement de la vérité » [2007] que Dallaire avait « une mission dans la mission ». Pour cet analyste politique, la mission officielle du général Dallaire consistait au maintien de la paix en mettant en application les accords d’Arusha. Quant à sa mission non déclarée, lui confiée par les puissances anglo-saxonnes pour des intérêts géostratégiques, elle consistait à faciliter la prise du pouvoir par le FPR. Ce que Dallaire a fait avec succès. L’ONU ira même jusqu’à retirer ses Casques bleus pour ne pas gêner l’offensive finale du FPR pour la conquête du pouvoir au Rwanda.

Vingt ans après son “exploit”, Dallaire est obligé de recourir aux mensonges pour dédouaner son ami Paul Kagame de l’attentat terroriste du 6 avril 1994 qui fut l’élément déclencheur du génocide. Mais il le fait si maladroitement que tout ce qu’il raconte à propos du Rwanda perd toute crédibilité.

Le général Dallaire, dans l’article cité, a déclaré allègrement que l’avion du président Habyarimana avait été abattu par les extrémistes hutu. Pour preuve, il parle du lieu d’où les missiles furent tirés qui selon lui était trop gardé par la Garde pr

Rwanda : un procès politique contre Mme Victoire Ingabire Umuhoza

Victoire Ingabire Umuhoza/photo EdA Press

Ce lundi 20 juin 2011, s’ouvre à la Haute Cour de Kigali, le procès contre Mme Victoire Ingabire Umuhoza, Présidente des FDU-Inkingi, parti d’opposition que les autorités rwandaises refusent toujours de reconnaître. Officiellement, elle est accusée : d’idéologie du génocide, de collaboration avec un groupe terroriste, de divisionnisme, de propagation des rumeurs visant à soulever la population contre le pouvoir, de création d’une armée rebelle, de vouloir renverser le pouvoir par la force. Mais derrière ce maquillage judiciaire, se cachent en réalité des motifs politiques de la dictature du FPR comme nous allons le démontrer.

Mme Victoire Ingabire Umuhoza avait été présentée devant la même Cour, lundi 16 mai 2011, contre l’avis de ses avocats qui avaient demandé un délai de 3 mois pour être en possession de la traduction de plus de 2400 pages du dossier, afin de l’étudier avec leur cliente qu’ils n’ont jamais pu rencontrer sans la présence des éléments des services de renseignement rwandais. Elle avait été présentée à la cour avec quatre co-accusés: Tharcisse Nditurende, Jean Marie Vianney Karuta, Noël Habiyaremye et Vital Uwumuremyi. Ils étaient escortés par une multitude d’agents pénitenciers, de policiers et d’agents des services de renseignement (CID: Département des Investigations Criminelles). Cette équipe était dirigée par le chef de la police dans le district de Nyarugenge, M. Mutezintare, accompagné par le directeur de la prison centrale de Kigali, dite de « 1930 ».

a. Motifs politiques :

Depuis l’installation du pouvoir dirigé par le FPR-Inkontanyi, ses responsables ont instauré une tradition d’organiser des procès judiciaires dans le but d’écarter des opposants réels ou supposés. Dès l’entrée en fonction, le régime de Paul Kagame a jeté en prison des centaines des milliers de personnes accusées à tort ou à raison de participation au génocide. Si parmi ces prisonniers il y avait des personnes qui auraient pu participer au génocide, petit à petit, des personnes furent faussement accusées de ce crime dans le but de les exproprier de leurs biens ou pour les mettre hors jeu politiquement. C’est aussi ce que dit en substance le dernier communiqué de l’organisation Amnesty International[1].

Toutes les personnes qui ont, à un moment ou un autre, essayé de contredire les tenants du pouvoir, ont été poursuivies soit pour génocide, soit pour idéologie du génocide et ce, même après plusieurs années de bons et loyaux services envers ce régime. Les exemples ne manquent pas : l’ex-premier ministre Pierre Célestin Rwigema, l’ex-président du parlement Alfred Mukezamfura ou encore l’ancien sénateur Safari Stanley furent poursuivis et condamnés pour génocide, alors qu’ils avaient occupé ces hautes fonctions pendant plusieurs années. Tous ceux qui ont voulu se montrer critiques ou qui ont voulu quitter le FPR officiellement pour créer un parti d’opposition tels que l’ancien Président Pasteur Bizimungu, l’ancien ministre Charles Ntakirutinka, l’ex-candidat à l’élection présidentielle de 2003, le docteur Théoneste Niyitegeka, ont été poursuivis pour des crimes fabriqués de toutes pièces. La réalité est pourtant tout autre : les motifs politiques sont les principales raisons  de ces procès.

Lorsque Mme Victoire Ingabire arrive au Rwanda le 16 janvier 2010, le régime est décontenancé devant la détermination de cette dame qui ne mâche pas les mots pour dénoncer le musèlement de la presse, les injustices sociales, des procès inéquitables et un deuil discriminatoire.  Défier le général Paul Kagame et aspirer à être son challenger aux élections présidentielles, ne pouvait qu’attirer les foudres contre la Présidente des FDU-Inkingi.  Le régime du FPR n’a pas lésiné de moyens pour trainer Mme Ingabire dans la boue tout en se cachant derrière les motifs judiciaires.

i.     Persécution de Mme Victoire Ingabire Umuhoza  dès son arrivée au Rwanda

Lorsque les FDU-Inkingi annoncèrent leur intention d’aller s’implanter au Rwanda en vue de participer aux élections présidentielles d’août 2010, les actes d’intimidation et autres menaces commencèrent pour dissuader les FDU-Inkingi de rentrer au Rwanda. Les premières tentatives furent évidemment le refus d’octroi des passeports aux candidats potentiels au retour au Rwanda en vue d’y implanter le parti. Ce refus n’entama en rien la détermination des FDU-Inkingi à rentrer au Rwanda pour y exercer les droits politiques reconnus par la Constitution en vigueur au Rwanda. Le gouvernement rwandais recourut alors aux médias qu’il contrôle pour  diaboliser Mme Victoire Ingabire Umuhoza et au lobbying pour l’accuser d’avoir osé participer, avec des représentants des FDLR, à une réunion sur la réconciliation des Rwandais. Comble de l’ironie, le FPR avait été aussi convié et était représenté à cette réunion organisée à Barcelone par une ONG espagnole. Pourtant, tout le monde reconnaît que les FDLR font parti de l’équation à résoudre pour garantir une paix durable à la région des Grands Lacs en général et au Rwanda en particulier.

Les appels au lynchage de la Présidente des FDU-Inkingi furent lancés par les plus hautes autorités de l’Etat. L’unique quotidien rwandais, le pro-gouvernemental The New Times (TNT), se consacra à une série d’éditoriaux et d’articles, qui chaque jour, déformèrent, transformèrent les discours de Mme Ingabire, la dénigrèrent, la traitèrent de tous les noms d’oiseaux, l’accusèrent de défendre la thèse du double génocide, de propager l’idéologie génocidaire, de prêcher le divisionnisme, de porter atteinte à l’unité nationale, de collaborer avec les FDLR, etc. Les autres médias de l’Etat ou qui sont proches du pouvoir emboîtèrent le pas à TNT et relayèrent les appels au lynchage à son encontre. Son seul crime : avoir osé évoquer les poursuites contre les personnes responsables des massacres, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre les Hutus à l’instar des responsables du génocide contre les Tutsis.  Elle est « coupable » d’avoir appelé à lutter contre l’impunité en pointant du doigt des crimes commis par l’armée du FPR. Or ces crimes ont été confirmés par ailleurs par le rapport de l’ONU « Mapping exercice » publié le 1 octobre 2010.

Le 3 février 2010, elle sera agressée dans l’enceinte du bureau administratif du Secteur Kinyinya. Comme cela ne suffisait pas pour décourager la présidente des FDU-Inkingi, la  police prit le relais et commença à la convoquer quasi-quotidiennement pour des interrogatoires qui dureront des fois jusqu’à 10 heures par jour. L’épreuve d’usure psychologique entre alors en marche. Lorsqu’elle voulut prendre l’avion pour aller rendre visite à sa famille, la police l’en empêcha alors qu’aucun ordre de quitter le territoire ne lui avait été intimé précédemment. Le 22 avril 2010, elle est placée en résidence surveillée. En réalité, les torts majeurs reprochés à Madame Victoire Ingabire Umuhoza et son parti sont ceux d’avoir osé créer un parti d’opposition et d’avoir demandé que les personnalités politiques et militaires au sein du régime coupables présumés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité soient déférés devant la justice.

ii. Persécution des autres membres des FDU-Inkingi

En même temps que la campagne de diabolisation et d’agression contre Mme Ingabire s’intensifiait, les autres membres du parti qui ont osé s’affirmer comme tels ou soupçonnés de l’être, furent à leur tour persécutés, renvoyés de leur travail, battus et certains furent emprisonnés ou portés disparus. Alors qu’ils se préparaient à participer à une manifestation organisée par l’opposition[2] en date du 24 juin 2010, des centaines de membres des FDU- Inkingi ont été interpellés et battus par des policiers à Gishushu (Remera) ainsi que devant le ministère de la Justice à Kimihurura. Ils se rendaient à une manifestation pacifique devant le ministère pour demander au gouvernement de lever : le refus d’enregistrement des FDU-Inkingi ;  les mesures restrictives et les fausses accusations contre leur présidente Mme Victoire Ingabire Umuhoza placé en résidence surveillée depuis le 22 avril 2010 et privée de ses droits publics élémentaires.

Deux membres du comité exécutif provisoire des FDU-Inkingi, M. SylvainSibomana, Secrétaire général, et Mme Alice Muhirwa, furent arrêtés et torturés par les éléments de la police nationale. Mme Alice Muhirwa sera hospitalisée plusieurs jours suite à ces maltraitances. D’autres responsables des FDU-Inkingi notamment ceux de la Ville de Kigali furent également battus, arrêtés et mis en cachot avec des membres du PS-Imberakuri dont leur président  Me Bernard Ntaganda. Derrière les accusations criminelles portées à l’encontre de tous ces membres, se cachent des motifs politiques : aucun citoyen n’a le droit de manifester pacifiquement contre le régime et les lois liberticides taillées sur mesure afin de se maintenir indéfiniment au pouvoir.

iii. Refus d’enregistrement du parti FDU-Inkingi

Les FDU-Inkingi sont un parti d’opposition fondé en exil et qui a pris la décision de rentrer au Rwanda, y exercer ses droits politiques reconnus par la Constitution rwandaise et ce d’autant plus que les autorités rwandaises n’arrêtent pas de crier au monde entier que les portes sont ouvertes pour tous les réfugiés qui souhaitent rentrer dans leur pays. Lorsqu’elle arrive au Rwanda, Mme Ingabire entame directement les démarches administratives en vue de faire enregistrer les FDU-Inkingi, qui entre-temps avaient pu recruter les membres à l’intérieur du pays. Comme le prévoit la loi rwandaise sur les partis politiques[3], pour être agréé, chaque formation politique doit tenir une Assemblée Constituante, réunissant les représentants  du parti de chaque district, selon une répartition imposée par cette loi.

Les FDU-Inkingi ont demandé à plusieurs reprises l’autorisation de tenir la Constituante,  mais chaque fois cela leur fut refusé. Dans un premier temps, les autorités locales prétendirent qu’il fallait d’abord la permission de la police, ce que cette dernière rejeta, avant de se rabattre comme toujours sur des crimes supposés de Mme Ingabire, alors même que lors des premières demandes, elle ne faisait jusqu’alors l’objet d’aucune inculpation. Lorsque l’autorisation fut demandée par le premier vice-président du Comité Exécutif Provisoire, ce fut la même rengaine, alors que lui non plus, ne faisait l’objet d’aucune poursuite. L’évidence finit par s’imposer, le régime en place ne voulait d’aucune manière la reconnaissance d’un véritable parti d’opposition, mais pour tromper l’opinion, ce fut toujours les motifs criminels supposés de la présidente de Mme Ingabire qui furent mis en exergue.

b. Transformations des motifs politiques en raisons criminelles

Ce que tout le monde redoutait depuis un certain temps, notamment depuis l’entrée en scène du Président Kagame, arriva. Répondant à une énième convocation de la police anti-criminelle (CID), Mme Ingabire fût arrêtée le 21 avril 2010 vers 9 h GMT. Stupeur et consternation s’installèrent parmi ceux qui luttent pour la démocratie et qui rêvaient d’une amorce d’un changement démocratique et pacifique. Le même jour, elle fut présentée au parquet pour lui signifier qu’elle était inculpée pour idéologie du génocide, divisionnisme et collaboration avec un mouvement terroriste, les FDLR. Sa maison fut fouillée de fond en comble, ses ordinateurs, téléphones portables, flashs disc, SIM cards, CD’s, documents divers furent emportés par la police et elle fut emmenée au cachot où elle passa la nuit. Par ces documents la police a pu se procurer tout le fonctionnement des FDU-Inkingi, les noms de leurs membres qu’elle a commencé à intimider et à harceler. Le 22 avril 2010, Mme Ingabire sera mise en liberté sous contrôle judiciaire. Les harcèlements vont cependant continuer jusqu’à sa seconde arrestation le 14 octobre 2010 après une semaine de siège. Elle fut d’abord détenue à la station de police de Kicukiro avant d’être transférée à la prison centrale de Kigali, appelée « 1930 », où elle est détenue jusqu’aujourd’hui.

c. Les chefs d’accusation :

i.      L’idéologie du génocide :

« Moi et ma formation politique FDU-Inkingi, fondée en 2006, reconnaissons qu’en 1994 il y a eu au Rwanda un génocide contre les Tutsi. Nous reconnaissons aussi qu’avant 1994, en 1994 et après 1994, il y a eu au Rwanda des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ayant visé les autres composantes de la population rwandaise. Ce sont des faits concrets auxquels nous avons assisté et qui ont été reconnus par l’Organisation des Nations Unies dans sa Résolution 955 du 08 novembre 1994. Nous affirmons aussi sans ambages que toute personne ayant une responsabilité dans ces crimes, qu’elle ait fait partie de l’ancien régime ou qu’elle fasse partie du régime actuel, doive répondre de ses actes devant la justice. Tous ces deux crimes sont graves et sont imprescriptibles mais nous n’avons jamais cherché à les comparer ni à exonérer les responsabilités des uns par les responsabilités des autres. Nous reconnaissons aussi que le crime de génocide est le degré le plus haut de l’inhumanité. Nous militons pour que la souffrance de tous les rescapés soit suffisamment reconnue et qu’une indemnisation spéciale leur soit accordée », Mme Victoire Ingabire Umuhoza, Communiqué des FDU-Inkingi du 03 mai 2010.

Cette déclaration est on ne peut plus claire et reprend ce que les FDU-Inkingi et sa présidente ont toujours dit publiquement. Il n’y a aucun doute sur la reconnaissance du génocide par les FDU-Inkingi et par sa présidente. Elle est donc victime de la délation mensongère du FPR qui veut liquider tout leader d’opinion en se servant de la loi n°18/2008 du 23/07/2008 sur l’idéologie génocidaire. Cette loi a été conçue d’une façon voulue vague et ambigüe comme outil de chantage, pour la faire peser comme l’épée de Damoclès, sur toute personne qui ne partage pas la pensée unique du FPR ou qui se hasarde à affirmer que le FPR a commis des crimes contre l’humanité, voire même des actes qui pourraient être qualifiés de génocide contre les hutus (Procès Peter Erlinder, V. Ingabire Umuhoza, Deo Mushayidi, Paul Rusesabagina, Ntaganda Bernard, etc. ).

Toute différence de point de vue sur les faits avérés de notre histoire récente, toute évocation des crimes et des victimes du FPR pendant le conflit de 1990 à 1994 et après, peut être assimilé à l’idéologie du génocide. Le ministre rwandais de la justice Tharcisse Kagarurama avait lui-même reconnu que cette loi posait problème, cela après que les organisations de défense des droits de l’homme telle que l’organisation Amnesty International avaient émis des réserves fortes dans ce sens, mais depuis lors rien n’a changé[4].

ii.      Divisionnisme :

Les FDU-Inkingi sont une formation d’opposition. Cela n’est nullement un mystère que sur le plan de la gouvernance du pays et de la cohésion nationale les FDU-Inkingi sont en opposition totale avec le régime. Notre formation ne peut pas accepter de se ranger derrière le parti qui dirige actuellement le pays sous prétexte que ne pas avoir la même vision que le FPR est volontairement assimilé à du divisionnisme. La Constitution de notre pays, que le régime du FPR a mise en place lui-même, reconnaît le multipartisme, les citoyens ont en principe le  droit d’avoir des projets politiques concurrents  de ceux du parti au pouvoir. Dire au monde entier que les Rwandais sont sous le joug  de la peur et d’un totalitarisme politique d’un autre âge, dénoncer une justice qui est sous la coupole de l’exécutif et des tribunaux populaires “gacaca“ qui ne permettent pas l’assistance par un conseil, dénoncer la famine criante dans les campagnes rwandaises et les bidonvilles, regretter que les soins de santé de base fassent défaut malgré l’affiliation obligatoire à une mutuelle de santé, et que l’accès aux écoles secondaires et supérieures soit soumis à des critères discriminatoires, condamner les violations graves du droit humanitaire et le pillage massif des ressources naturelles du Congo et demander que les auteurs de tels crimes soient poursuivis; c‘est cela que le régime appelle le divisionnisme et qui est reproché à la présidente des FDU-Inkingi.

iii.      Collaboration avec un groupe terroriste :

La décision de rentrer pacifiquement faire la politique au Rwanda et contre un régime que nous savions dictatorial et irrespectueux des droits fondamentaux des citoyens n’a pas été simple et n’a pas été prise à la légère. Tous les scenarii pour résoudre les problèmes politiques du Rwanda ont été examinés avec leurs conséquences,  et bien que nous  trouvions la voie pacifique semée de beaucoup d’embûches, elle nous est parue la meilleure solution à long terme, car elle est la seule capable de garantir une alternance sans nouvelle effusion de sang et en  préservant le tissu social rwandais.

En tant que politique, Mme Ingabire a effectivement rencontré un délégué des FDLR, à Barcelone en Espagne ; la rencontre était facilitée par des Organisations Non-Gouvernementales de ce pays. Beaucoup de participants ont pris part à cette rencontre, parmi lesquels une délégation venue du Rwanda dont un parmi eux s’est déclaré ouvertement d’appartenance FPR[5]. Les FDLR sont des Rwandais comme les autres, elles ont besoin d’être rassurées pour regagner le bercail sans avoir peur d’être accusées arbitrairement, et il n’y a rien d’anormal à ce qu’ils participent à une réunion ayant pour objet la réconciliation.

Les FDU-Inkingi sont en désaccord total avec la politique du gouvernement de « débauchage » de quelques dirigeants des FDLR, tout en privilégiant l’usage de la force contre tous les autres, comme si le gouvernement n’avait aucun intérêt à ce que le problème des FDLR soit résolu une fois pour toutes. Nous savons par expérience, que jamais le seul usage de la force n’a contribué à résoudre les problèmes ayant des origines politiques. C’est cette position politique qui vaut à la présidente des FDU-Inkingi d’être accusée de collaboration avec un mouvement « terroriste ».

iv.      Propagation des rumeurs visant à soulever la population contre le pouvoir :

Les FDU-Inkingi sont une formation qui s’intéresse d’abord à la population. Lorsqu’ elles montrent  tous les problèmes auxquels la population est confrontée, ce n’est pas elles qui doivent être accusées de soulever la population contre le pouvoir. C’est au contraire ce même pouvoir qui est à l’origine du mécontentement de la population, qui doit être dénoncé, à cause de sa politique qui privilégie les intérêts d’un groupe d’individus au détriment du reste de la population, exerce une justice politique qui fait la chasse aux sorcières, développe la délation pour semer la haine et les rancœurs entre les citoyens pour continuer à régner sur les divisions, ravage les cultures des agriculteurs pour les affamer et les maintenir dans la dépendance. Ce n’est donc pas un crime pour une formation d’opposition de pointer du doigt les problèmes majeurs auxquels la population fait face et auxquels le parti veut proposer des solutions alternatives.

v.      Création d’une armée rebelle pour renverser le pouvoir par la force :

Connaissant les antécédents qu’il a créés lui-même, contrairement à l’assertion prétendant qu’il se soucie de l’intérêt de la sécurité du peuple rwandais, le FPR cherche à protéger à tout prix son système, et crie au loup chaque fois qu’un opposant ose se déclarer ouvertement contre son totalitarisme. En effet, ce régime, parce qu’il ne croit pas du tout en l’alternance politique par des voies pacifiques et démocratiques, a peur qu’une autre organisation ne cherche à rééditer ses exploits de conquête du pouvoir par les armes. Le Général Paul Kagame, à cause de sa gouvernance dictatoriale et des graves crimes contre l’humanité qu’il est soupçonné d’avoir personnellement ou par délégation commis, sait pertinemment qu’il ne peut pas gagner des élections libres et transparentes.

Les accusations selon lesquelles la présidente des FDU-Inkingi serait impliquée dans des actions militaires et dans la formation de groupes terroristes sont mensongères et des pures affabulations. Le procureur de la République appuie toute son accusation sur les déclarations d’un autre accusé devenu témoin clé, un certain Vital Uwumuremyi, qui affirme qu’il aurait proposé à madame Victoire Ingabire la création d’un mouvement rebelle CDF, et qu’elle aurait accepté le plan, et payé quelques milliers de dollars pour une étude de faisabilité. Personne dans la région n’est au courant de ce mouvement. Le même témoin clé a fourni une liste de complices, eux aussi ex-membres des FDLR, qui par hasard étaient déjà en prison avant le retour de l’accusée principale au Rwanda.

Autour des déclarations de ces accusés-témoins, le ministère public a construit une double accusation de création d’une rébellion, d’actes terroristes pour tenter de renverser le régime par  la force. Heureusement que le ridicule ne tue pas ! Le parquet rwandais a même prétendu que le puits perdu de sa maison de location destiné à collecter des eaux de pluies serait une tranchée militaire. Aussi, ces délations soutenues par des prisonniers qui se rachètent ou sont payés aux gros sous par les services secrets, sont-elles dénuées de tout fondement et sont devenues monnaies courantes pour neutraliser ou emprisonner tous les opposants au régime du Général Kagame[6]. C’est ainsi que Déo Mushayidi, Bernard Ntaganda, Paul Rusesabagina, et caetera font tous l’objet du même chef d’accusation que Mme Victoire Ingabire Umuhoza.

vi.Complicité dans les actes visant à renverser le pouvoir par la force :

Toute formation d’opposition s’inscrit dans la ligne de remplacement du pouvoir auquel il est opposé. En choisissant de rentrer au Rwanda pour y faire la politique, les FDU-Inkingi ont annoncé clairement leur intention de remplacer le pouvoir du FPR par un pouvoir issu des urnes, c’est-à-dire issu du choix du peuple. Pour des raisons que nous avons expliquées, les FDU-Inkingi ont cependant exclu l’usage de la force et ont choisi la voie pacifique, la seule nous semble être la meilleure solution à long terme. Les FDU-Inkingi n’ont donc rien avoir avec ceux qui prépareraient le renversement du pouvoir par la force. C’est de nouveau un crime fabriqué de toutes pièces pour empêcher les FDU-Inkingi d’être en compétition pour le pouvoir.

d. Ingérences de l’exécutif et des autorités politiques dans le dossier judiciaire

 

Dans un Etat de droit digne de ce nom, le système exécutif est garant du respect de la Constitution. La Constitution rwandaise reconnaît l’indépendance du système judiciaire et l’égalité de tous les citoyens devant la loi. La présomption d’innocence est par ailleurs reconnue par la loi aussi longtemps qu’il n’y a pas eu de condamnation par un tribunal compétent.

Même si l’indépendance de la justice rwandaise est sujette à caution, les plus hautes autorités rwandaises, à commencer par la première d’entre-elles, le Président de la République, le Général Paul Kagame, n’ont pas attendu que la justice se prononce dans le dossier de Mme Ingabire pour l’accuser sans nuance aucune des crimes inventés de toutes pièces.

Le ballet des attaques fut initié dès le lendemain de son arrivée au Rwanda par le ministre de la sécurité intérieure et président du Parti Démocratique Idéal, un parti-satellite du FPR, Sheikh Mussa Fazil Harerimana. Dans son interview dans le quotidien indépendant pro-gouvernemental, The New Times[7],  le ministre Harerimana charge Mme Ingabire et l’accusa de révisionniste et de négationniste et la menaça de poursuites pour la simple raison qu’elle avait osé dire que les victimes hutues du conflit rwandais devaient elles aussi à l’instar des victimes du génocide des Tutsis, être honorées dignement. Voilà la dialectique du FPR , évoquer les victimes hutues est assimilée à nier le génocide des Tutsis!

Dans le même ordre d’idées, le Secrétaire Exécutif de la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG), Jean de Dieu Mucyo s’en est  pris violemment à Mme Ingabire qu’il accusa de divisionniste et en appela aux autorités pour trouver une suite appropriée. Le même discours fut poursuivi ensuite les partis satellites du FPR. M. Jean Damascène Ntawukuriryayo, président du Parti Social Démocratique (PSD) et porte-parole du Sénat d’alors, qui insinua que Mme Ingabire semait le doute sur l’existence du génocide commis contre les Tutsis., Ensuite M. Protais Mitali, président du Parti Libéral, qui accusa Mme Ingabire de jouer la carte ethnique[8].

A tout seigneur tout honneur, la palme d’or revient enfin au Président Paul Kagame lui-même. Dans un discours très remonté prononcé le 07 avril 2010, à l’occasion de la commémoration du génocide, le président Paul Kagame traita publiquement Mme Victoire Ingabire Umuhoza de « hooligan que les Occidentaux veulent placer à la tête du pays »[9].

Dans plusieurs sorties publiques, le président de la République se prit à elle, allant jusqu’à déclarer que Mme Ingabire allait se heurter à un « mur de lois » qui l’empêchera de se présenter à l’élection présidentielle. Il n’hésita pas à déclarer que « nous nous sommes battus et ce que nous [le FPR, ndlr] avons obtenu par les armes, ils ne nous le prendront pas par les urnes ». Dans un autre discours, il déclara que l’espace politique au Rwanda était pleine. Dès lors que le Président de la République parle en ces termes, on comprend aisément le lien entre la politique et la justice ainsi que la marge de manœuvre qui reste à cette dernière, qui désormais peut se mettre au travail pour exécuter les ordres venus de la présidence de la République.

e. Conclusion

 

Comme nous venons de le montrer tout au long de ce document, le procès intenté à Mme Victoire Ingabire Umuhoza est un procès politique destiné à écarter un concurrent politique dans le but de pérenniser  la dictature du parti-Etat, le FPR. Dès que les FDU-Inkingi ont annoncé leur intention de rentrer faire la politique au Rwanda, les attaques de toutes sortes ont commencé et aucune initiative n’a été laissée de côté pour dissuader les FDU-Inkingi de rentrer au Rwanda. Du refus des passeports aux membres du parti qui souhaitaient rentrer au Rwanda avec la présidente pour implanter le parti, aux accusations sans fondement de collaboration avec les rebelles des FDLR opérant à l’Est de la République Démocratique du Congo, rien n’a été laissé au hasard. Voyant la détermination toujours intacte de la Présidente des FDU-Inkingi, les stratèges du régime ont opté pour la transformation sournoise des motifs politiques en raisons criminelles pour barrer la route aux FDU-Inkingi et à Mme Ingabire, leur présidente. La transformation de son discours au mémorial de Gisozi, la campagne médiatique haineuse menée par une presse du régime partisane, l’ingérence des autorités dans le dossier judiciaire, les attaques physiques dirigées contre Mme Ingabire dans les locaux administratifs du secteur Kinyinya, alors qu’elle y avait été invitée par les autorités pour des démarches administratives, le changement permanent des charges portées contre elles, la fabrication des témoins et des preuves par le procureur et les services secrets, le refus de laisser Mme Ingabire s’entretenir avec ses avocats en toute liberté, etc. sont autant d’éléments qui nous permettent de conclure que ce procès est politique et que sa solution ne peut être que politique.

Comme l’a dit le professeur Filip Reyntjens (chronique politique du Rwanda 2009-2010, Anvers, mai 2010), Mme Ingabire est en fin de compte victime d’avoir publiquement mis en cause les fondements même du pouvoir en s’attaquant à trois monopoles du FPR: a) le statut du FPR comme “autorité morale”, b) le statut des Tutsis comme “seuls victimes” du génocide rwandais, c) le statut des Hutus comme “criminels”. Ces trois piliers constituent en fait la base de la légitimité interne et internationale du FPR. Son régime a donc vu l’émergence d’une réelle opposition à l’intérieur du pays, qui revendique l’ouverture de l’espace politique, comme une menace d’une situation que le FPR considérait comme acquise, à savoir : le contrôle total de la politique et de la société rwandaise.

Mais alors, un pouvoir qui s’est imposée par la force et par conséquent illégitime, peut-il rendre justice ? Un pouvoir totalitaire usé, présumé criminel, népotiste, clientéliste, incapable de résoudre l’épineux problème de la réconciliation nationale et la plupart des problèmes auxquels sont confrontés nos concitoyens, ne mérite-t-il pas plutôt d’être remplacé par un pouvoir choisi par le peuple ? Nous tenterons prochainement d’apporter une esquisse de réponse à toutes ces interrogations

Fait à Paris, le 19 juin 2011
Pour le Comité de coordination
Dr Emmanuel Mwiseneza
Délégué à l’Information et à la Communication


[1] Amnesty International on Saturday called on Rwanda to stop using a law aimed preventing « genocide ideology » to stifle dissent and charge critics and journalists, in http://news.yahoo.com/s/afp/20110618/wl_africa_afp/rwandapoliticsrightsmedia_20110618152919

[2] Cette manifestation dont l’autorisation avait été demandée par le Parti PS-Imberakuri fondé par Me Bernard Ntaganda, aujourd’hui lui-même en prison, fut réprimée sauvagement par la police avant même qu’elle n’ait lieu.

[3] Loi organique n° 19/2007 du 04/05/2007, complétant la loi organique n° 16/2003 du 27/06/2003 : même si cette loi est conçue sur mesure pour dissuader les autres partis politiques de voir le jour, les FDU-Inkingi avaient décidé de la respecter et avaient réussi à remplir les conditions draconiennes imposée par cette loi.

[4] « Réagissant à ce texte, le ministre rwandais de la Justice Tharcisse Karugarama a estimé que ces lois ont été votées dans l’intérêt du Rwanda pour éviter la réédition du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. « Comme d’autres pays à travers le monde, le Rwanda a des lois sur l’idéologie du génocide pour que nous ne retournions jamais à la haine et au divisionnisme du passé », a expliqué M. Karugarama, dans un communiqué officiel dénonçant un rapport « inexact et partisan ». « Toutefois, dans le processus de reconstruction de notre pays et de développement de notre système de justice, nous sommes en train d’amender tous nos textes de loi », a-t-il expliqué. « Ainsi, les lois sur l’idéologie du génocide et le divisionnisme sont actuellement en cours de révision et nous les amenderons dans l’intérêt du Rwanda », a ajouté ce responsable, sans préciser la nature de cette révision. », (http://www.challenges.fr/actualites/medias/20110603.AFP3584/
rwanda_amnesty_demande_la_revision_des_lois_sur_lideolo.html)

[7] The New Times, Monday 18th January 2010

[8] Idem

[9] http://www.rnanews.com/index.php?option=com_content&view=article&id=3115:qforeigners-imposing-hooligans-like-ingabire-on-rwandaq&catid=17:politics&Itemid=36

Rwanda : Pourquoi le président Kagame ne peut-il être que violent ?

Parmi les Chefs d’Etats modernes, le général Paul Kagame du Rwanda se distingue par sa violence tant verbale, psychologique et même physique d’une rare intensité. Son passé de garçon de rue, de mercenaire dans l’armée ougandaise et de maquisard peut expliquer son comportement pathologique.

Violence verbale

Dans tous ses discours, Kagame s’en prend à ses opposants ou même aux étrangers dans des termes indignes d’un Chef d’Etat.
Le 31 mars 2003, à Bwisige, il a juré de « broyer », d’« écarteler » quiconque va se dresser sur son chemin. Aloys Ruyenzi, un officier de sa garde rapprochée, ne croyait pas si bien dire. Il a accusé le général Paul Kagame, d’être monté sur une jeep de son escorte, à Muhura (Byumba) et d’avoir tiré sur une foule paisible de paysans rassemblés sur un marché.

Le 07/04/2008, dans son discours, Kagame a qualifié de « prostitués » les juges français J.L. Bruguière et espagnol Fernando Merelles car ils avaient lancé des mandats d’arrêts contre un certain nombre d’officiers rwandais pour leur rôle présumé dans des crimes contre l’humanité. Après la fuite du Colonel Patrick Karegeya, qui était en charge des services de renseignements extérieurs, Paul Kagame l’a qualifié, en novembre 2007, de « nothing » et de « useless ». En avril 2010, il a qualifié son opposante Victoire Ingabire de « hooligan ». Le 20/12/2010, dans son discours d’ouverture aux Assises du Dialogue national à Kigali, il a qualifié ses opposants politiques et les pays qui les soutiennent de « vauriens ». Et il a été applaudi !

Depuis 2010, après la défection de certains de ses anciens compagnons à savoir le général Kayumba Nyamwasa, le colonel Patrick Karegeya, Dr Rudasingwa Théogène et Gerald Gahima, il est monté au créneau pour les insulter et a ainsi introduit dans le vocabulaire rwandais un terme actuellement prisé à Kigali : « Ibigarasha » (des gens sans valeur), et les a même qualifiés publiquement « d’excréments humains » sous les applaudissements nourris des membres du gouvernement et du parlement soumis à lui.

Violence psychologique

Sur ce chapitre où il excelle, peu d’anecdotes sont connues du public mais celles qui ont filtré sont assez significatives. A une député membre d’une commission parlementaire qui lui rapportait que la situation des détenus était catastrophique, Kagame, qui ne voulait pas entendre ce langage et qui avait déjà décidé du sort de cette parlementaire lui a lancé « …c’est connu que vous avez été mal éduqué… ». La malheureuse n’a eu d’autre solution que de s’exiler. Lors d’une réunion des officiers, il n’a pas hésité à menacer publiquement le major Gérard Ntashamaje en ces termes : « Ton ventre bedonnant est comme un ballon. Il suffit d’y enfoncer une petite aiguille pour le dégonfler ! ».  Le malheureux comprit et prit fuite. Une dame haut placée déjà sur la sellette a eu la malheureuse inspiration de répliquer à une remarque de Kagame envers ses propos en disant : « Monsieur le président, vous m’avez mal compris ». Kagame a alors explosé en déclarant que pour la première fois de sa vie quelqu’un ose lui dire qu’il ne saisit pas bien ce qu’on lui dit. Et d’ajouter que même sa mère ne lui avait jamais dit cela. Ainsi la tentative de la pauvre dame de préciser son idéé fut transformée en crime abominable. Le lendemain elle s’exila. On se souviendra aussi des paroles que Kagame a prononcées à l’adresse de Kayumba-Nyamwasa en disant que ce dernier était un crapaud et que lui, Kagame, était un camion. Ainsi, le camion est appelé à écraser le crapaud et poursuivre sa route.

Violence physique

La presse rapporte que l’ex-ambassadeur en Afrique du Sud Mr Karegyesa a été giflé publiquement en février 2011 à Gisenyi avant d’être limogé. Tous ceux qui ont connu le pouvoir de Kagame de l’intérieur savent que tous ses collaborateurs, du ministre au garde du corps en passant par les officiers de l’armée, sont tous régulièrement soumis à la claque ou à la bastonnade par Kagame lui-même. Il paraît que le seul officier qui ait osé lui dire qu’il ne se laisserait pas frapper par lui est Kayumba Nyamwasa d’où son limogeage et la mise à prix de sa tête.

D’où lui vient cette violence ?

Kagame a grandi en Ouganda où il a vécu misérablement comme garçon de rue avant de s’enrôler dans la rébellion de Yoweri Museveni début des années 80. Comme tel, pour lui, la violence physique (arracher un sac à une vieille dame et s’en fuir, tuer un membre d’un gang rival,…) fait partie de ses valeurs. Il a ensuite passé la plus grande partie de sa jeunesse dans le maquis. D’abord en Ouganda  de 1982 à 1986, où il a participé à la prise du pouvoir dans ce pays par Museveni. Il a ensuite participé à la campagne de répression contre les populations du Nord de l’Ouganda jusqu’en 1989. Il était qualifié de « Pilato » (Ponce Pilate) allusion à sa méchanceté et à ses condamnations suivies immédiatement d’exécutions sans état d’âme quand il était chef des renseignements militaires de l’armée ougandaise.

Le cas « Kagame » est donc un cas pathologique qui malheureusement vient encore noircir le tableau des dirigeants malades que l’Afrique ne devrait pas mériter.

Jane Mugeni
EdA Press

 

 

La région des Grands-Lacs

La lutte contre le terrorisme, une aubaine pour les régimes dictatoriaux : le cas du Rwanda

La région des Grands-Lacs

La région des Grands-Lacs

Dès l’annonce de l’exécution d’Oussama Ben Laden par les forces spéciales américaines au Pakistan le 01 mai 2011, les régimes dictatoriaux qui assimilent leurs opposants démocrates aux terroristes se sont empressés de resurgir leur supercherie en faisant comprendre qu’eux aussi étaient confrontés aux « terrorisme » mais que leurs «  Ben Laden » à eux, entendez par là les opposants démocrates,  sont encore en vie et toujours au large.

La palme revient au régime rwandais du dictateur général- président Paul Kagame. Le 3 mai, il annonce dans son quotidien « The New Times » sous la plume d’un certain Rwayitare, que le Rwanda possède ses « Ben Laden ». Et d’énumérer tous les opposants politiques en exil ou en détention. Il cite au passage Madame Victoire Ingabire, Déo Mushayidi, Barnard Ntaganda et arrive à Kayumba Nyamwasa, Patrick Karegeya, Gerald Gahima et  Théogène Rudasingwa en passant par Paul Rusesabagina. Toutes ces personnes, si elles ne sont pas déjà dans ses geôles, devraient être exécutées.

Le régime dictatorial de Paul Kagame va enfoncer le clou le lendemain le 4 mai, quand dans le même quotidien « The New Times », sous la plume d’un certain Sunny Ntayombya, il va faire le parallèle entre Oussama Ben Laden et Félicien Kabuga. L’auteur met même un point d’honneur en affirmant que Félicien Kabuga serait plus dangereux pour la paix mondiale que Ben Laden car ce dernier n’aurait tué « que 3000 personnes dans les Tours du World Trade Center » alors que Kabuga en aurait massacré un million au Rwanda ! Quand on sait que ce paisible homme d’affaires, qui n’a jamais fait de politique et qui ne pouvait tuer même pas une poule, est poursuivi uniquement parce que ses biens ont été accaparés par le FPR à sa prise du pouvoir en 1994 et qu’il n’entend pas les lui restituer, on réalise jusqu’où peut pousser le cynisme des dictateurs.

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis l’attaque du 11 septembre 2001 sur le Word Trade Center de New York, le président d’alors des Etats Unis George W. Bush a fait de la lutte contre le terrorisme une priorité absolue. Dans cette nouvelle croisade, il a invité ses traditionnels alliés à le rejoindre et a ordonné à ses protégés d’appliquer ses consignes en matière de lutte contre ce « nouvel ennemi du monde libre » que lui seul devait identifier. Les alliés traditionnels l’ont accompagné dans l’aventure irakienne et afghane d’où ils sont jusqu’à ce jour empêtrés. Les régimes installés par l’Amérique triomphante ou qui ne doivent leur survie que par le soutien militaire ou financier des USA ont obtempéré, tandis que d’autres se sont engouffrés dans la brèche pour mener une lutte féroce contre toute opposition en l’assimilant au terrorisme. L’Organisation des Nations Unies est aussi mise à contribution et n’hésite pas à qualifier des mouvements opposés aux régimes soutenus par les USA de « terroristes ». Le comble du ridicule est atteint quand des dictateurs n’hésitent pas à affirmer que le soulèvement de leur peuple qui réclament plus de liberté est l’œuvre des mêmes mouvements terroristes dénoncés et combattus par les USA.

Lutte contre l’islamisme

Au nom de la lutte contre l’islamisme, l’Occident mené par les USA va laisser les régimes corrompus et rétrogrades régner en Egypte et en Tunisie jusqu’aux révoltes populaires du début 2011 qui va les balayer. Les mêmes occidentaux, champions des droits de l’Homme en  paroles, ne sont pas trop regardant des situations qui règnent dans les monarchies du Golfe Persique toujours sous le prétexte que ces régimes  archaïques constituent un rempart contre l’islamisme. Même en Afrique, les USA ont « installé » ou soutenu des régimes les plus répressifs qui soient à condition qu’ils apparaissent comme des remparts contre l’islamisme dans la région. En Ethiopie, la dictature de Meles Zénawi est chouchoutée car il est censé contrer l’islamisme en Somalie voisine. Yoweri Museveni règne en maître absolu sur l’Ouganda et sème depuis 25 ans la désolation dans la région pour simplement être perçu comme un rempart contre l’islamisme au Sud-Soudan et l’anti-américanisme dans la région des Grands Lacs.

La nébuleuse « Al Qu’aida » et son leader Ben Laden

Au nom de la lutte contre Al Qu’aida et Ben Laden, tout est permis dans les pays comme le Pakistan et l’Afghanistan. La corruption, le trafic des stupéfiants, l’extermination des tribus rivales… tout est occulté car mis sur le compte de la lutte « contre le terrorisme ». La recette a tellement pris que partout au Moyen Orient et en Afrique , tout ce qui ne va pas est le fait de Ben Laden et de son Al Quaida. Même le Colonel Kadhafi confronté à une révolte populaire ne trouve pas mieux que de dire que son peuple qui se soulève contre sa dictature qui dure depuis 42 ans, est le fait d’Al Quaida ! Il compte sûrement s’attirer la sympathie des USA et qui sait, obtenir le soutien et l’aide de l’Amérique ou de ses alliés pour lutter contre « le terrorisme ».

Les nouveaux dictateurs s’engouffrent dans la brèche

Les dictateurs, surtout ceux qui sont arrivés au pouvoir par les armes comme Yoweri Museveni d’Ouganda ou Paul Kagame du Rwanda ont vite fait de réaliser tous les avantages qu’ils peuvent tirer de cette obsession de l’Amérique contre tout ce qui est qualifié de « terrorisme ». En Ouganda, après avoir présenté la rébellion dénommée Lord Resistance Army (LRA) comme une organisation mystico-religieuse, Museveni a vite convaincu les USA et donc la communauté internationale que cette opposition armée était un mouvement terroriste. La LRA figure donc comme tel sur la liste de l’ONU et doit être éradiquée sans ménagement. Pourtant, au départ, ces combattants originaires du Nord de l’Ouganda entendaient protester contre les massacres commis par les combattants qui ont installé  Museveni au pouvoir à Kampala en 1986 et qui, sous le commandement d’un certain…Paul Kagame, commettaient des massacres sur la population innocente d’ethnie Acholi.

Le Rwanda de Paul Kagame et l’épouvantail « FDLR »

Depuis que les Nations Unies, sur instigations des USA et à la requête du Rwanda, ont inscrit une organisation dénommé FDLR sur la liste des organisations terroristes, le régime dictatorial en use et en abuse à volonté. Tout opposant qui ose revendiquer ses droits est aussitôt accusé d’être de mèche avec les FDLR et ainsi discrédité. Même les anciens rebelles du FPR actuellement au pouvoir qui osent dire publiquement qu’ils en ont assez d’une dictature brutale et corrompue de Paul Kagame sont présentés par le régime comme étant de connivence avec les FDLR, donc des terroristes infréquentables. Le régime de Paul Kagame pousse le bouchon trop loin puisqu’il arrive même à associer des personnalités de la société civile mais qui dénonce le manque de liberté, aux mêmes FDLR et donc eux aussi qualifiés de terroristes. C’est le cas de Paul Rusesabagina, qui a inspiré le film « Hotêl Rwanda » et qui fut un temps considéré par le régime du FPR et les parrains américains de Kagame comme un héros avant d’être la cible des attaques du régime de Paul Kagame quand il a osé dénoncer sa dérive dictatoriale. Même le grand argentier du FPR, celui-là même qui a financé dès 1990 la reconquête du Rwanda par des éléments tutsi issus de l’armée régulière ougandaise jusqu’à la prise de Kigali en juillet 1994 n’est pas épargné. Pour être actuellement en conflit avec l’entourage du dictateur Kagame, Tribert Rujugiro, actuellement en exil en Afrique du Sud, est accusé lui-aussi de collaborer avec un mouvement terroriste à savoir, les FDLR.

Qui sont les FDLR ?

Le mouvement politico-militaire qui s’est donné le nom de « Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda » (FDLR)  est né en 2001 à la suite du démantèlement des camps des réfugiés hutu en ex-Zaïre et des massacres des milliers d’entre eux par l’armée de Paul Kagame commis depuis1996. Les rescapés de ces massacres que le Mapping Rapport de l’ONU a publié en octobre 2010 qualifie de « crimes de guerre,   crimes contre l’humanité et peut-être de génocide », n’ont eu d’autres choix que de se constituer en force d’auto-défense pour résister à la chasse à l’homme à laquelle se livrait l’armée de Paul Kagame. Sur le plan politique, les FDLR réclament un dialogue avec le régime, préalable à leur retour au Rwanda dans la dignité et en toute sécurité.

Gestion du problème des FDLR par le régime de Kigali

Rompue dans l’art de la supercherie et du double langage, la clique au pouvoir à Kigali ne va pas contredire cette réputation quand on considère la manière dont elle gère le dossier des FDLR. Tout y passe : manipulation, mensonges, chantages, pots-de-vin… bref, tout ce qui peut être fait ou dit afin de profiter de l’existence des FDLR a été et est encore tenté par le régime de Paul Kagame. Ainsi, dès le départ, le dictateur a brandi la carotte et le bâton. Dans son obsession à vouloir faire condamner ses compatriotes réfugiés en RDC comme des terroristes, Paul Kagame n’a pas hésité à violer la Constitution en extradant ses propres nationaux vers les Etats Unies. L’on se souviendra en effet qu’à la suite de l’assassinat de touristes américains et britanniques dans le parc de Bwindi en Ouganda en 1999, le Rwanda avait tout de suite conclut que ce crime était le fait des réfugiés hutu vivant au Nord-Kivu et n’avait pas hésité à livrer deux d’entre eux  capturés à la frontière ougandaise aux autorités américaines. Après enquêtes et procès, les deux malheureux seront innocentés et relâchés. Tous les éléments rendaient plutôt les forces ougandaises et rwandaises coalisées pour l’invasion et le pillage de la RDC responsables de ce crime odieux. Loin de se décourager, Paul Kagame déploya des efforts pour rapatrier les combattants des FDLR « sans condition ». En fait, tout en multipliant des opérations militaires pour massacrer ceux qui ne répondaient pas à ses avances, parallèlement il faisait croire à la communauté internationale que la déstabilisation de la région est le fait des mêmes FDLR alors que c’est de Kigali que partait toutes les rébellions qui ensanglantent l’Est de la RDC (cas Laurent Nkunda). Ce refus de dialogue avec les réfugiés rwandais se trouvant en RDC et défendus par les FDLR permet ainsi à Paul Kagame de rester en RDC, d’exploiter des gisements de minerais tout en criant à la menace que constitueraient les FDLR. La réalité est qu’il a plus besoin des FDLR en RDC que les concernés eux même qui ne demandent qu’à rentrer au Rwanda en toute dignité.

En 2008, grâce à ses réseaux mafieux et à son penchant pour corrompre, Paul Kagame a effectué un coup de génie en réussissant à faire inscrire les FDLR sur la même liste des mouvements terroristes tel que Al Qu’Aïda ! Pour y arriver, il a eu recours aux ONG dites de Défense des Droits de l’Homme mais qui sont en fait des cabinets de promotion du FPR comme « Africa Rights » de Rakiya Omar ou « Redress » de Carla Ferstman. Ce sont ces pseudo-défenseurs des droits de l’homme qui vont approcher les fonctionnaires de l’ONU et d’autres « spécialistes de la région » pour leur vendre l’analyse et les recommandations rédigées par les services secrets de Paul Kagame qui seront ensuite présentées comme « Rapport d’Experts des Nations Unies ».

Exploitation politique des vrais-faux rapports des Nations-Unies

Aussitôt après qu’il ait réussi à faire inscrire les FDLR sur la liste des organisations terroristes, le régime dictatorial de Paul Kagame va l’exploiter à fond. En effet c’est en novembre 2009 qu’un panel d’expert aussi inconnus que partiaux ont apposé leurs signatures au bas d’un document sortis tout droit des services de renseignement rwandais comme étant un rapport des Nations Unies démontrant le caractère « terroriste » des FDLR . Les braves messieurs (Dinesh Mahtani, Raymond Debelle, Muctar Kokouma Diallo, Christian B ; Dietrich et Claudio Gramizzi) croient avoir joint l’utile à l’agréable mais ils resteront dans l’Histoire comme une honte et une caricature de la communauté internationale. Le dictateur va demander et obtenir l’arrestation des leaders politiques des FDLR vivant en Occident. Certains seront même accusés de crimes précis qu’ils auraient personnellement commis en RDC alors qu’ils n’y ont jamais mis les pieds.

Mais l’exploitation éhontée du caractère « terroriste » des FDLR  fait que Paul Kagame risque d’ouvrir les yeux même aux moins clairvoyants  et d’énerver ses maîtres américains et britanniques qu’il embarrasse  par de telles raccourcis. En effet, Kagame , sa presse et sa justice n’y vont pas par quatre chemins. Tous les opposants politiques qui ont voulu le défier lors des élections de 2010 sont actuellement incarcérés sous l’inculpation d’être de connivence avec un mouvement terroriste, les FDLR. Madame Victoire Ingabire est ainsi maintenue dans la sinistre prison de 1930 pour ce chef d’inculpation. Pour monter des dossiers contre les opposants, Paul Kagame courtise plus que jamais les combattants des FDLR vivant en RDC. Il remue ciel et terre pour en rapatrier quelques uns à coup de milliers de dollars, de promesses et de menaces. Une fois rentrés au Rwanda, l’ex-combattant est briefé et sommé de condamner tel ou tel opposant politique qu’il n’a peut-être jamais vu. Pour charger la Présidente des FDU, Madame Victoire Ingabire, les services secrets de Kagame ont retrouvé des anciens élèves officiers de 1994 qui vivaient dans la jungle du Congo depuis 1994 mais qui aujourd’hui témoignent être au courant des activités politiques de Victoire Ingabire qu’ils n’ont jamais rencontrée. De même, après l’exil et la déclaration politique des quatre anciens hauts cadres du FPR( Kayumba-Rudasingwa-Karegeya-Gahima), Kagame s’est empressé de trouver un ex-combattant des FDLR qui affirme que ces quatre sont en liaison avec eux . Pourtant, ce pauvre candidat sous-lieutenant en 1994, bombardé Colonel pour la circonstance à savoir, charger la bande à Kayumba, n’avait jamais entendu parler de ces personnalités autrement que par la presse officielle. Plus ridicule encore, le régime Kagame est en train de demander à un pauvre combattant malade qui rentre de Masisi où il ne pouvait même pas savoir ce qui se passe à Goma, de dire qu’il a suivi les tractations entre les FDLR et le milliardaire Tribert Rujugiro en Afrique du Sud ! Tout cela parce que cet homme d’affaires est en conflit avec le régime Kagame dont il a financé la guerre de conquête. Il doit absolument être accusé de collaborer avec un mouvement terroriste.

En conclusion

L’épouvantail des FDLR a été créé et est entretenu par Paul Kagame lui-même pour lui permettre de continuer à faire la pluie et le beau temps dans l’Est de la RDC, notamment en pillant allégrement des richesses et en pourchassant ses opposants. La reddition de quelques combattants fatigués ou manipulés lui permet de disposer de témoins à charge contre n’importe qui dès lors qu’il est parvenu à présenter les FDLR et tous ceux qui les fréquenteraient comme des terroristes. L’article constitue un appel à ce que cessent ce chantage et cette supercherie imaginée par un dictateur pour se débarrasser de ses opposants et qui curieusement fut endossée par ce qui est appelée « la Communauté Internationale ». Il est temps que ça change.

Jean-Charles Murego
EdA Press

 

 

 

Paul Kagame et le général américain Wald, commandant adjoint de l’Etat-major du commandement américain en Europe et son équipe à Kigali en juillet 2004

Le Rwanda occupe une bonne place dans les centres de décision du monde. Quel est son secret ?

Paul Kagame et le général américain Wald, commandant adjoint de l’Etat-major du commandement américain en Europe et son équipe à Kigali en juillet 2004
Paul Kagame et le général américain Charles F. Wald, commandant adjoint de l’Etat-major du commandement américain en Europe et son équipe à Kigali en juillet 2004.

Le Rwanda est un des rares pays africains qui occupe une place de choix dans les centres de décisions du monde. Des organisations internationales en passant par des missions de maintien de la paix, le Rwanda a un siège dans l’arène des grands de ce monde. Sur le plan régional, il n’est pas en reste. Il est l’épicentre de la géopolitique des pays des Grands-Lacs.

Sur le plan international, les cadres rwandais ont fait une percée vertigineuse. La Rwandaise Valentine Sendanyoye Rugwabiza est un des quatre Directeurs généraux adjoints de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Elle seconde à ce titre le français Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC. Madame Rugwabiza a été désignée à ce poste le 1er octobre 2005 alors qu’elle était Représentante permanente du Rwanda auprès de l’ONU à Genève et Ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire en Suisse. Son second mandat a été renouvelé pour quatre ans à partir du 1er septembre 2009.

L’OMC est un lieu où les gouvernements négocient des accords commerciaux, où ils règlent leurs différends commerciaux. Le Rwanda ne représente pas grand-chose dans le commerce mondial, mais il joue un rôle capital dans un lieu où se décident les enjeux du commerce mondial.

Depuis 2005, Donald Kaberuka, ancien ministre des Finances et du Plan du Rwanda, est à la tête de la Banque Africaine de Développement (BAD). Son élection n’a pas été facile car il a fallu plusieurs tours pour départager les candidats en lice. Après son mandat de cinq ans, il a été réélu pour un second mandat à la tête de cette principale institution financière du continent africain. Cette banque compte 77 pays membres composé de 53 pays africains et 24 pays d’Amérique du Nord et du Sud, d’Europe, d’Asie et du Moyen-Orient, qui détiennent à eux seuls presque 40 % des actions et pèsent donc lourdement sur le vote.

Une autre Rwandaise, Mbaranga Gasarabwe a été nommée à l’ONU, en avril 2011, comme sous-secrétaire générale à la sûreté et à la sécurité. Le communiqué du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, précise qu’à ce poste, Mbaranga Gasarabwe sera chargée du renforcement de la gestion quotidienne et interne de ce Département.

Au niveau européen, le chirurgien ophtalmologiste d’origine rwandaise, Placide Kalisa, a été élu Président du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX) en février 2011. Sur plus de 60 ans d’existence de l’association, le Dr Placide Kalisa est le premier président noir, d’origine subsaharienne, à assumer cette fonction.

Depuis 2007 l’armée rwandaise a un contingent estimé à 2.000 soldats dans les Forces de maintien de la paix au Darfour sur un total de 7.000 hommes déployés dans cette région du Soudan. Le Gén. Maj. Karenzi Karake, avait été nommé commandant adjoint de cette force hybride de l’ONU et de l’Union Africaine (MINUAD). Rappelé, il fut remplacé par son collègue, le général de corps d’armée Patrick Nyamvumba qui fut nommé en juillet 2009, par décision conjointe du Secrétaire général des Nations-Unies et du Président de la Commission de l’Union africaine, Commandant de la MINUAD, en remplacement du général Martin Luther Agwai, du Nigéria.

En avril 2011, le conseiller spécial US pour le Darfour et le ministre de la défense rwandais ont convenu à Kigali que le Rwanda va envoyer 4 hélicoptères de combat auprès de l’UNAMID (Mission des Nations Unies au Darfour) afin de renforcer les opérations de maintien de la paix dans cette région.

Toujours au sujet du Soudan, le Rwanda va encore jouer un grand rôle quand le sud de ce pays va avoir son indépendance en juillet de cette année. A l’occasion de la visite de cet émissaire américain, le Rwanda s’est dit prêt à envoyer un bataillon pour assurer des missions de sécurité dans ce pays africain nouveau-né.

L’ONU a encore sollicité le Rwanda qui a envoyé, en mars de cette année, 120 policiers en Haïti pour intégrer la police onusienne (UNPOL), dans le cadre de la MINUSTAH, mission de maintien de la paix de l’ONU en Haïti.

Sur le plan régional, le Rwanda se positionne en leader des pays limitrophes. Au Burundi, le président Nkurunziza a Pau Kagame comme mentor. En RDC, le Rwanda y garde une influence prépondérante. Il occupe encore le Kivu par ses hommes de paille interposés et à Kinshansa, Joseph Kabila reste sous l’emprise de ses anciens chefs militaires que sont les généraux James Kabarebe et Paul Kagame.

Par calcul, le Rwanda a remplacé le français par l’anglais. Les puissances anglo-saxonnes pèsent plus lourd que la France et les pays francophones dans la conduite des affaires mondiales.

Toujours au niveau régional, le docteur Richard Sezibera, ministre rwandais de la Santé, vient de succéder au Tanzanien Juma Mwapachu, à la tête de l’East African Community (EAC). La nomination de ce Rwandais, en avril 2011, a été marquée par une vive polémique entre les Etats membres, certains considérant que ce pays n’avait pas suffisamment d’ancienneté au sein de l’organisation. Mais le Rwanda a eu le dessus.

Quelques années auparavant, soit en juillet 2003, Patrick Mazimpaka, un ingénieur géologue rwandais,  avait été élu Vice-président de la Commission de l’Union africaine, poste qu’il occupe jusqu’aujourd’hui.

Contre toute attente, en 2010, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a choisi Paul Kagame et le premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero pour co-diriger le programme « Objectifs du Millénaire pour le Développement » (OMD) qui a pour but de réduire l’extrême pauvreté dans le monde d’ici 2015. Le Rwanda représente ainsi tous les pays en voie de développement dans ce programme colossal.

Paul Kagame est le produit du président ougandais Yoweri Museveni, dont l’étoile commence à pâlir après 25 ans de règne. Paul Kagame est donc choisi avec l’appui du monde anglo-saxon pour assurer la relève.

Selon les révélations du  site Wikileaks, Olusegun Obasanjo, émissaire des Nations-Unies en République Démocratique du Congo en 2008 durant la crise de la rébellion dirigée par Laurent Nkunda, aurait dit que Joseph Kabila n’est pas apte à diriger un grand pays comme le Congo et qu’au contraire, il voit en Paul Kagame l’homme parfait pour cette tâche. Il s’entretenait alors avec l’ambassadrice américaine auprès des Nations-Unies le 10 octobre 2009.

Tous ces faits sont troublants. En effet, faute de légitimité intérieure, le président Paul Kagame a vendu son âme aux puissances anglo-saxonnes et il investit toute son énergie à soigner son image à l’extérieur du pays souvent avec de grosses sommes d’argent allouées aux sociétés de lobbying. Il fait passer des intérêts étrangers à ceux des Rwandais. Il érige des « villages Potemkine » afin de masquer la misère dans laquelle végète la population.

Par ailleurs, ces cadres rwandais ne peuvent que rouler, pour la plupart, pour ces super-puissances qui ont des fois donné un coup de pouce pour leur recrutement. En retour, ils leur servent d’yeux et d’oreilles pour la conduite des affaires du monde.

EdA Press

Le leader de l'opposition ougandaise Dr Kizze Besigye à l'hôpital de Naïrobi - Kenya, le 29/04/2011/photo AP

Afrique des Grands-Lacs : des révolutions démocratiques pointent-elles à l’horizon ?

 Le leader de l'opposition ougandaise Dr Kizza Besigye à l'hôpital de Naïrobi - Kenya, le 29/04/2011 - photo AP

Le leader de l'opposition ougandaise Dr Kiizza Besigye à l'hôpital de Naïrobi - Kenya, le 29/04/2011 - photo AP

Va-t-on assister au phénomène de « Printemps arabe » dans la région des Grands Lacs?

Dans les pays arabes, les dictateurs sont en train de déguerpir sur pression de la rue. Des manifestations monstres ont forcé déjà les présidents tunisiens et égyptiens à quitter le pouvoir. Ces révolutions démocratiques se poursuivent en Syrie, au Yémen et en Libye.

En Afrique noire, et particulièrement en Afrique des Grands Lacs, le mouvement qui vient de commencer en Ouganda va-t-il venir à bout du président Museveni au pouvoir depuis 25 ans et qui vient de se faire élire pour un nouveau mandat de 5 ans ?

Le leader de l’opposition ougandaise, Dr Kiiza Besigye, a contesté ces élections et ses partisans sont descendus dans la rue. La manifestation a été réprimée sévèrement par la police. Ces manifestations ont eu lieu à Kampala mais également dans différentes autres villes de l’Ouganda comme Mbarara. Dr Kiiza Besigye, blessé, a été finalement autorisé à sortir du pays. Il a été admis dans un hôpital de Naïrobi au Kenya. Ce vent de fronde est loin de se calmer.

En RDC, les élections présidentielles sont prévues en novembre de cette année. Mais déjà, des manifestations dans différentes capitales européennes scandent « Kabila dégage ». A l’intérieur, Etienne Tshisekedi, un challenger de taille face à Joseph Kabila, cherche des alliances avec d’autres partis politiques de l’opposition dont celui de Vital Kamerhe. Celui-ci a été évincé de la fonction de président de la chambre basse de l’assemblée nationale pour avoir protesté contre la décision de la présidence de laisser les troupes rwandaises intervenir sur le territoire congolais sans consulter les parlementaires, représentants du peuple.

Les élections congolaises s’annoncent houleuses. L’opposition reproche à Joseph Kabila d’avoir procédé au changement précipité de la Constitution pour mettre les chances de son côté. Il est également dit  que certains préalables ne sont pas remplis pour des élections transparentes. Selon une certaine opposition, il aurait fallu d’abord procéder à un recensement national pour savoir quelle majorité se prononcera pour donner la vraie légitimité à celui qui serait élu. De même, il n’ ya pas de cartes d’identité indispensables pour confirmer l’état civil de toute personne ayant le droit de vote. Même si Joseph Kabila est élu, l’après-élection reste incertaine.

Au Rwanda, Paul Kagame a pris le pouvoir par les armes en  juillet 1994. Il vient d’être élu, sans opposition véritable à un second mandat de 7 ans. Après son élection, tous les opposants politiques ont été jetés en prison. Victoire Ingabire, présidente du parti FDU-Inkingi, Déo Mushayidi du parti PDP et Bernard Ntaganda du parti PS Imberakuri croupissent tous derrière les barreaux. Durant son précédent mandat, Paul Kagame a mis en prison son challenger Dr Théoneste Niyitegeka, condamné à plus de 15 ans. Pour avoir voulu fonder un parti politique, Pasteur Bizimungu, ex-président rwandais, a été mis en prison avec Charles Ntakirutinka qui reste en taule. Les tentatives de manifester contre le pouvoir pour l’inscription du parti FDU-Inkingi ont été réprimées violemment par la police. Mais déjà, sur les réseaux sociaux comme Facebook, des messages de « Kagame dégage » sont régulièrement échangés et aboutiront un jour à une concrétisation. Cela est d’autant plus probable que des remous s’observent dans la jeunesse universitaire.

Au Burundi, le président Nkurunziza a été réélu récemment. Il était seul candidat, l’opposition ayant décidé de boycotter les élections. Les anciens rebelles ont regagné le maquis avec leurs chefs. Actuellement, une sorte de guerre civile a commencé. Des assassinats mis tantôt sur le dos des rebelles d’Agathon Rwasa, tantôt sur le dos de l’armée burundaise, sont régulières. Pourtant le Burundi avait fait un pas de géant après des négociations inter-burundaises qui avaient permis de trouver une sorte de démocratie consensuelle. Cet équilibre, qui avait été difficilement mis en place, est aujourd’hui rompu et il faut donc s’attendre au pire. Une nouvelle révolution démocratique ne va pas tarder, initiée malheureusement par des mouvements rebelles en lieu et place du compromis qui avait déjà fait ses preuves.

EdA Press

L’activisme des agents des services secrets rwandais en Belgique

Les services secrets étrangers en Belgique. En toute impunité ? par Kristof Clerix

Les services secrets étrangers en Belgique. En toute impunité ? par Kristof Clerix

Dans un livre au titre bien évocateur : « Les services secrets étrangers en Belgique. En toute impunité ? » (Bruxelles, Editions Racine 2008[i]), Kristof Clerix, journaliste d’investigation, a consacré un chapitre sur la présence des espions du régime de Paul Kagame en Belgique. Ils y sont envoyés pour suivre notamment les activités des partis politiques de la diaspora dans ce pays car, comme le dit Marina Rafti de l’Institut de recherche politique et de gestion du développement de l’université d’Anvers, citée par l’auteur : « Au Rwanda, l’opposition ne peut pas s’organiser ouvertement, elle doit le faire en secret. Ou à l’étranger ».

Sur l’action de ces agents secrets de Kigali en Belgique, Kristof Clerix cite encore son collègue Hoogsteyns, lui aussi journaliste d’investigation et qui a suivi l’avancée du FPR depuis 1991 jusqu’à sa prise de pouvoir en 1994. Il a rencontré sa femme, une Tutsi congolaise, sur le front. Ce dernier croise, à l’occasion, des agents secrets rwandais en Belgique qu’il a vus sur le front. Le régime de Kagame a même sollicité ses services : « Il y a quelques années, le Rwanda m’a demandé en direct de suivre en Belgique les Hutus du Mouvement républicain national pour la Démocratie et le Développement (MRNDD), le parti de l’ancien président Habyarimana. Ils m’avaient demandé cela suite à une série que j’avais publiée sur le financement du génocide et le meurtre de trois Belges durant le génocide. Ils voulaient tout savoir de ces gens : où ils habitent, où ils vont, ce qu’ils font, par qui ils sont payés, avec quels politiciens belges ils sont en contact et ainsi de suite. Pouvez-vous suivre ces hommes en tant que journaliste ? ». Mais j’ai refusé, je ne peux pas commencer dans ce jeu-là.  Il poursuit : « On sait généralement que des collaborateurs du service secret rwandais sont stationnés à l’ambassade rwandaise de Bruxelles. Ils sont chargés de tenir à l’œil l’ambassadeur, le personnel de l’ambassade et la communauté rwandaise, mais aussi de récolter des informations sur l’ennemi – le Congo et le Burundi. »

Kristof Clerix rapporte également des rumeurs selon lesquelles il y aurait même des escadrons de la mort envoyés par Kigali en Belgique. Ils seraient responsables de la mort suspecte Régine Uwamariya le 16 décembre 2000, sœur du colonel Théoneste Bagosora, en prison à Arusha et dont le frère avait déjà été assassiné au Cameroun le 14 février 1999. Dans ce même cadre, l’auteur cite également le cas de Juvénal Uwilingiyimana, ancien ministre sous le régime Habyarimana, réfugié en Belgique depuis 1998, et dont le cadavre a été découvert dans le canal de Bruxelles le 17 décembre 2005.

Par une présence considérable de Rwandais en Belgique et d’une multitude d’agents secrets chargés de les tenir à l’œil, Kristof Klerix considère Bruxelles comme la seconde capitale rwandaise.

echosdafrique.com
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[i] Le livre est paru en néerlandais sous le titre : « Vrij spel. Buitenlandse geheine diensten in België » (Uitgeverij Manteau, 2006). Sa traduction en Français a été faite par Nathalie Buisseret et Emile Haquin (racine 2008)..