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Rwanda : Des commémorations qui divisent davantage les Rwandais

Stèle de la commémoration du génocide rwandais - Woluwe-Saint-Pierre (Bruxelles)

Stèle de la commémoration du génocide rwandais - Woluwe-Saint-Pierre (Bruxelles)

Chaque année, au mois d’avril, a lieu au Rwanda et de plus en plus dans plusieurs pays, la commémoration du génocide rwandais commis dès le 6 avril 1994. Ces commémorations, qui sont pilotées par le régime du FPR qui s’est emparé du pouvoir en juillet 1994, ont connu une évolution, que ce soit dans leur organisation que dans leurs thématiques. Que ce soit dans l’appellation de ce drame ou aux programmes des cérémonies en passant par le choix de la date et de ceux qui sont autorisés à commémorer, tout contribue à agrandir le fossé qui sépare les communautés tutsi et hutu.

Le 6 ou le 7 avril ?

C’est le 6 avril que l’avion qui ramenait le président Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira d’un sommet régional de Dar Es Salaam fut abattu au dessus de Kigali. Tous les passagers périrent. Dans les heures qui ont suivi, quelques personnes habitant certains quartiers de Kigali furent tuées probablement par des soldats de la garde présidentielle, d’autres par des combattants du FPR qui étaient arrivés dans la ville en décembre 1993. Les jours suivants, les tueries vont se généraliser dans toute la ville de Kigali et par après dans tout le pays.

Ce qui s’appelle désormais « génocide rwandais » a donc bel et bien débuté le 6 avril 1994. Le régime actuel du FPR a choisi la date du 7 avril comme celle de la commémoration « officielle » du génocide. Ce qui est logiquement compréhensible car il faut fixer une et une seule date parmi celles où les tueries se sont produites. Ce qui est moins compréhensible est le fait que ce même régime décrète que celui qui se souviendra des siens à une autre date sera pris comme un négationniste voire un génocidaire et traité comme tel. La conséquence de cette décision arbitraire est que ceux qui ont perdu les leurs la nuit du 6 avril 1994, qui sont généralement des Hutu, se sentent privés et interdits du devoir de mémoire et se voient même accusés à tort d’être des négationnistes.

Ne dites pas : « génocide rwandais » mais dites plutôt : « génocide des Tutsi »

Jusqu’en 2005, nous étions familiarisés au terme qu’a utilisé l’ONU pour qualifier les événements d’avril à juillet 1994 au Rwanda à savoir : génocide rwandais. Et subitement le régime du FPR décrète que désormais on devra parler du génocide des Tutsi en lieu et place du génocide rwandais. Paradoxalement et d’une manière incompréhensible, le même régime venait de décréter que les ethnies hutu, twa, tutsi, n’existent pas au Rwanda et que le fait même de prononcer ces vocables est lourdement punissable. L’allusion et très claire : chaque fois que l’on parlera de génocide des Tutsi, on pointera en fait le doigt sur les Hutu. C’est ce qui se remarque, que ce soit au Rwanda même ou dans la diaspora. Pendant le mois d’avril les Hutu sont stigmatisés, hués et psychologiquement humiliés.

Le cas de Bruxelles

En Belgique où vit la plus grande communauté rwandaise en Europe, cette situation est chaque année clairement illustrée. A Bruxelles, la capitale du Royaume a été érigé un mémorial du génocide rwandais. Chaque année, sur demande des autorités de Kigali, les autorités locales belges interdisent aux Hutu de l’approcher et surtout pas le 6 avril. Comme si cela ne suffisait pas les Hutu qui osent se joindre aux Tutsi le 7 avril pour la commémoration et le souvenir sont violemment expulsés. Finalement le sentiment général qui règne chez les Hutu est que les commémorations du génocide sont devenues une occasion pour stigmatiser, humilier une partie du peuple rwandais et en même temps raviver la haine envers les Hutu, qui selon le régime, doit être entretenu dans les cœurs des Tutsi.

Les commémorations du génocide rwandais telles qu’elles sont organisées par le régime, constituent donc à nos yeux, une croisade contre toute réconciliation entre Hutu et Tutsi.

Emmanuel Neretse
10/4/2011

Le développement économique au Rwanda: miracle ou mirage?

carte du Rwanda

Carte du Rwanda-photo/digitaljournal

Le 4 juillet dernier, le Rwanda a célébré le 14e anniversaire de la prise du pouvoir par l’armée du général Paul Kagame. Cette commémoration a été quelque peu précédée par un article-choc publié dans le Los Angeles Times du 22 juin sous la plume du journaliste Stephen Kinzer et s’intitulant: «There’s a new promise of prosperity. So why are human rights advocates unhappy?»Dans cet article, M. Kinzer relève le contraste entre les critiques des défenseurs des droits de la personne envers le régime de Paul Kagame et les éloges de diplomates et d’économistes qui présenteraient le Rwanda actuel comme le modèle le plus excitant pour ceux qui rêvent de mettre fin à la pauvreté de masse. Certains parleraient même de miracle qui se déroule sous nos yeux!

S’il est facile de remarquer des signes de modernisation des villes rwandaises — notamment celle de Kigali —, il est plus difficile de trouver des indicateurs des prétendus exploits du régime actuel rwandais en matière de lutte contre la pauvreté de masse. Les statistiques montrent plutôt que les conditions de vie de la majorité des Rwandais se sont détériorées par rapport à celles d’avant la guerre de 1990. Pire encore, les données montrent que cette situation d’appauvrissement touchant la majorité de la population rwandaise n’est pas sans rapport avec le problème Hutus-Tutsis que les autorités actuelles tentent de balayer sous le tapis.

Pays inégalitaire

Selon le dernier rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) sur le développement humain portant sur le Rwanda (Turning vision 2020 into reality: From recovery to sustainable human development), 62 % de la population rurale vit actuellement dans la pauvreté avec moins de 0,44 $US par jour, alors que cette proportion n’était que de 50,3 % en 1990.

Le rapport mentionne aussi qu’en 2000, la tranche des 20 % les plus riches détenait 51,4 % du produit intérieur brut (PIB) alors que celle des 20 % les plus pauvres subsistait avec seulement 5,4 % du PIB, ce qui place le Rwanda parmi 15 % des pays les plus inégalitaires au monde. Si l’on compare cette situation à celle d’avant la guerre de 1990, ces proportions étaient respectivement de 48,3 % et de 7,6 %. Le rapport du PNUD fait aussi remarquer que, si les inégalités étaient restées aux niveaux de 1990 et de 1985, avec le taux de croissance actuel de 5,8 %, le revenu des 20 % les plus pauvres aurait plus que doublé.

Les conséquences de cette situation dans la vie quotidienne des Rwandais sont désastreuses: près d’un tiers de la population souffre de carence alimentaire et dans certaines régions comme le Bugesera, cette proportion atteint 40 %. De même, l’espérance de vie d’un Rwandais (44 ans) figure parmi les 20 plus basses au monde.

Lutte contre la pauvreté?

Les mérites du régime de Kagame dans la lutte contre la pauvreté de masse, qui ne se reflètent pas dans ces données, seraient-ils plutôt visibles dans des politiques de long terme qui n’auraient pas encore produit les effets escomptés? Rien n’est moins sûr, au vu des priorités budgétaires du régime actuel.

En effet, alors que 80 % de la population vit de l’agriculture, ce secteur ne reçoit que 3 % du budget du gouvernement du général Kagame, soit très loin des 10 % recommandés par la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). De même, les dépenses pour la santé sont de 10 $ par habitant, soit trois fois moins que la moyenne des pays en voie de développement (34 $) et même en dessous de celle des pays africains au sud du Sahara (12 $).

Comment alors parler de modèle excitant lorsque les inégalités croissantes et le sous-financement du secteur qui emploie le plus de personnes ne permettront pas à la majorité des Rwandais d’investir dans l’éducation de leurs enfants pour briser le cercle vicieux de la pauvreté? Déjà, à cause de l’extrême pauvreté de beaucoup de ménages, 30 % des enfants des milieux ruraux décrochent de l’école avant la fin de la 4e année primaire. De même, comment vanter la politique de lutte contre la pauvreté d’un pays qui est parmi ceux qui investissent le moins dans la santé de sa population alors que ce facteur est déterminant dans l’accroissement de la productivité des travailleurs?

Dépenses militaires

Lorsque l’on superpose l’affectation des dépenses gouvernementales et la composition ethnique de la population rwandaise, le schéma qui en ressort dégage de grands facteurs de risque qui devraient freiner les ardeurs de ceux qui approuvent la vision «kagamienne» du développement.

Voici les faits: nous l’avons dit, le gouvernement actuel accorde seulement 3 % de son budget à l’agriculture alors que ce secteur emploie 80 % de la main-d’oeuvre rwandaise. Sachant que les Hutus constituent 85 % de la population, ce sont eux qui sont majoritairement touchés par le sous-financement du secteur agricole et donc maintenus dans la pauvreté.

Par contre, le régime de Kagame occupe le premier rang mondial en matière de dépenses militaires. Selon le CIA-World Factbook, en 2006, le Rwanda a consacré 13 % de son PIB aux dépenses militaires. Même l’aide au développement accordée au Rwanda est ponctionnée à concurrence de 10 % pour financer les organes de répression, soit le double de la part réservée à l’agriculture. Or, l’armée rwandaise est à 90 % constituée d’éléments issus de la minorité tutsie.

Le constat est sans appel: le modèle «kagamien» est doublement risqué. D’un côté, à court de mécanismes incitatifs susceptibles de lui faire gagner l’assentiment de la majorité, le régime doit s’appuyer sur d’énormes moyens coercitifs pour maintenir un fragile équilibre. D’un autre côté, en mettant face-à-face une armée presque mono-ethnique tutsie et une masse de laissés-pour-compte majoritairement hutus, il porte les germes d’une confrontation interethnique qui risque de provoquer une autre hécatombe. Le Burundi voisin est une parfaite illustration de ce scénario.

De tous ces faits, il ressort que le contentieux ethnique qui est à la base des violations massives des droits de la personne au Rwanda constitue aussi la trame de fond de la politique économique du régime de Paul Kagame. Ignorer cette réalité dans l’octroi des appuis à ce régime et se limiter à la belle carte de visite que constituent certaines villes comme Kigali revient à se satisfaire d’un mirage et à condamner le Rwanda à subir tôt ou tard d’autres horribles catastrophes.

Source : ledevoir.com

Commémoration de toutes les victimes du génocide rwandais

 

 Stèle de la commémoration du génocide rwandais - Woluwe-Saint-Pierre (Bruxelles)

Stèle de la commémoration du génocide rwandais - Woluwe-Saint-Pierre (Bruxelles)

7  avr.   | Par Ruhumuza Mbonyumutwa. Une centaine de rwandais et quelques étrangers se sont réunis ce mercredi 06 avril 2011 à Bruxelles, afin de « commémorer toutes les victimes du génocide rwandais », à quelques pas de la stèle dédiée à la mémoire de ces dernières.

Ces commémorants répondaient à l’appel conjoint du Centre de lutte contre l’impunité et l’injustice au Rwanda coordonné par Joseph Matata ainsi qu’à celui de la société civile rwandaise représentée par Albert Rukerantare.

Par un arrêté de police adopté le 28 mars 2011, le Bourgmestre de la commune de Woluwe st-pierre , Willem Draps avait fait interdire, comme c’est le cas depuis plusieurs années, cette commémoration  en considérant que l’autorisation d’une telle commémoration par le passé avait provoqué des incidents ayant eu des « conséquences sur les relations entre la Belgique et le Rwanda et plus particulièrement entre la commune de Woluwé-Saint-Pierre et le district de Kamonyi secteur de Musambira ».

Estimant ne pas disposer d’« informations suffisamment précises pour apprécier correctement le profil de toute association privée qui demanderait de procéder à une commémoration devant la stèle », la commune s’est fixée pour règle de « n’accepter que les demandes qui émaneraient de pouvoirs de tutelle (ministère ou région bruxelloise) ou d’autorités officielles comme l’ambassade »Selon cet arrêté.

Selon un policier encadrant les manifestants, le bourgmestre avait toutefois « toléré » comme chaque année, une marche des commémmorants allant du Rond-point Montgomery jusqu’à quelques pas de la stèle protégée par un lourd dispositif policier.

Durant près de deux heures, des prières, des chants religieux  ainsi que deux discours ont accompagné ce moment du souvenir des victimes de l’horreur qui a endeuillé l’ensemble de la population rwandaise .

Lire la suite sur : JamboNews.net

Rwanda : exemple de punition à une fille enceinte

Traditionnellement, la virginité était exigée à une fille qui allait se marier. Les relations sexuelles  hors mariage était interdites pour les filles. Voici une des punitions qui pouvait être infligée à une fille enceinte:

« La sœur du chef B., de la région du Bwishaza, se trouvait dans cette condition. La grossesse devenue apparente, le chef décida de faire disparaître sa sœur, afin de parer, selon la croyance d’alors, aux grands malheurs qui n’auraient pas manqué de s’abattre sur le pays tout entier. De plus, ne pas agir, c’était braver le courroux du Prince régnant qui aurait sévi contre la famille de la coupable. On fit donc venir les Pygmées porteurs habituels des hamacs et hommes à tout faire. La jeune femme prit place dans un hamac et le cortège se mit en route comme un voyage ordinaire, zigzaguant vers la colline Gitega, où l’intéressée devait attendre sa délivrance. Mais, oh ! Stupeur, on passa outre, les Pygmées ne lui ménageant pas leurs sarcasmes, insensibles aux pleurs et aux supplications de l’infortunée qui s’apercevait, hélas trop tard, de la supercherie. Déjà, on descendait vers le bord du lac. A Kibuye, elle fut déposée dans une pirogue pour voguer en direction de l’îlot Kabakobwa, battu des vagues, dont le nom rappelle bien l’usage qu’on en faisait : l’îlot aux jeunes filles ou abakobwa. L’abandonnant à son triste sort, les Pygmées s’en retournèrent rapporter à leur maître les malédictions proférées par sa sœur contre lui. Et c’est ainsi qu’après deux jours d’angoisse et de souffrances, la malheureuse vit s’approcher une pirogue, croyant sans doute qu’elle venait en libératrice ; mais vaine espérance, car c’était pour hâter sa fin ».

tiré de : A. Lestrade , La médecine indigène au Ruanda et Lexique des termes médicaux français-urunyarwanda, Bruxelles, Académie Royale des Sciences Coloniales, 1955, p. 134.