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Dissidence au sein du parti FDU : vers une clarification ?

Eugène Ndahayo, président du Mouvement national_Inkubiri

Eugène Ndahayo, président du Mouvement national_Inkubiri

Plus de deux ans après que quelques membres du parti FDU-Inkingi (Forces Démocratiques Unifiées–Inkingi) aient boudé et même saboté les activités du parti mais sans oser en sortir officiellement, il semble que cette fois-ci le groupe de dissidents grossi par les frondeurs et mauvais perdants du congrès d’Alost (13 et 14 septembre  2014), aient franchi le Rubicon pour quitter le parti « Forces Démocratiques Unifiées »-Inkingi et fonder le leur sous l’appellation  de : « Mouvement National- Inkubiri ». En effet, le 9 novembre 2014,  réunies à Bruxelles, une dizaine de personnes [voir Charte et signataires du Mouvement national_Inkubiri] ont signé un document mettant sur pied un nouveau parti politique d’opposition au régime en place à Kigali. Ainsi donc, après des mois de tergiversations, les dissidents, menés par Eugène Ndahayo puis rejoints par Nkiko Nsengimana et les autres déçus du congrès d’Alost, viennent de se rendre à l’évidence qu’ils ne pourraient pas continuer à agir politiquement sous le couvert d’un parti dont ils sont en profond désaccord idéologiquement.

D’ailleurs, dans l’exposé des motifs, les fondateurs du nouveau parti signalent clairement que ces divergences étaient manifestes dès la création du Parti FDU-Inkingi dans ses composantes FRD (Forces de résistance pour la Démocratie), RDR (Rassemblement Républicain pour la Démocratie au Rwanda) et ADR (Alliance démocratique rwandaise). Mais, ils omettent de signaler aussi que la nouvelle entité FDU-Inkingi, née de ces trois composantes, n’était point une juxtaposition des idéologies de ces anciennes composantes, mais bien un nouveau parti qui s’était alors doté de son propre projet de société et de son programme politique n’ayant rien à voir avec ceux des anciens FRD, RDR et ADR. Mais Ndahayo et consorts auraient toujours cru qu’ils étaient dans le parti FDU-Inkingi pour y défendre les intérêts et idéologies politiques de FRD ou ADR. Il semble donc que c’est ce malentendu de départ qui a été à la base de ces dissidences et que donc maintenant la situation devient plus claire avec la formation de leur parti par ceux qui se croyaient des FRD et de ADR opérant au sein des FDU-Inkingi.

Divergences idéologiques ou mauvaise foi ?

Les fondateurs du parti « Mouvement National-Inkubiri » reprochent aux cadres actuels du parti FDU-Inkingi orthodoxe d’être des anciens du MRND de l’ancien président Juvénal Habyarimana, ce qui ne correspond pas du tout à la configuration actuelle des membres et leaders des FDU-Inkingi dont la majorité a rejoint ses rangs après 2006. Ce seul pretexte suffit au groupe Ndahayo de vouer aux gémonies ses anciens partenaires au sein du parti FDU-Inkingi. Ce faisant, ces inquisiteurs politiques oublient ou tentent de faire oublier qu’ils furent tous des collaborateurs du FPR que ce soit lors de sa guerre de conquête ( 1990-1994) quand ils étaient ses complices de l’intérieur, ou après sa victoire quand ils sont entrés dans les institutions que cette ancienne rébellion mettait en place après juillet 1994. Le message que nous livre le groupe Ndahayo est que pour lui, avoir collaboré avec le régime Habyarimana est de loin plus criminel que d’avoir collaboré avec le FPR (Front Patriotique Rwandais) ou participé à son pouvoir comme l’ont fait Ndahayo, Musangamfura et Mberabahizi.

Les anciens dissidents de FDU-Inkingi désormais dans le parti « Mouvement National-Inkubiri » entendent se distinguer de FDU-inkingi en soulignant dans leur « projet de société » que sur la question du génocide, ils affirment mordicus, en dépit des recherches infructueuses du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) et d’autres instances internationales, que le « génocide des Tutsi » a été planifié  par le régime du président Habyarimana. Seul le FPR est aussi catégorique sur cette affirmation. Mais si pour le FPR, il y va de sa légitimité dans la conquête et l’asservissement du Rwanda, on comprend mal dans quel intérêt Ndahayo et consorts feraient eux aussi de cette supercherie leur fond de commerce. Enfin, le nouveau venu sur l’échiquier politique, nous voulons citer le parti « Mouvement National-Inkubiri », entend amener la communauté internationale à modifier l’appellation consacrée par l’ONU de «  génocide contre les Tutsi » en « génocide tutsi ». Ici aussi on ne sait pas dans quel intérêt.

Fixation maladive sur le RDR

Jean Baptiste Mberabahizi, 2è Vice-président du Mouvement national_Inkubiri

Jean Baptiste Mberabahizi, 2è Vice-président du Mouvement national_Inkubiri

Le nouveau parti de Ndahayo, pour se justifier ou pour s’attirer quelques sympathies, se décharge sur le RDR, cette organisation née dans les camps de l’Est du Zaïre après 1994 et qui avait pour but de défendre les intérêts de plus de 2 millions de réfugiés alors entassés dans des camps de l’Est de l’actuelle RDC. Sixbert Musangamfura, alors chef des Renseignements du FPR ou un Mberabahizi qui avait rejoint ce mouvement et qui fut nommé député du FPR en 1994, devraient avoir informé plutôt leurs collègues que le RDR ne rassemblait  pas que  les tenants de l’ancien régime de la IIè République comme ils le mentionnent dans  leur projet de société. Il est risible de prétendre que seuls les partisans du régime de Habyarimana se trouvaient dans ces camps dont, rappelons-le, la population était de plus de 2 millions.

La vérité est que  les leaders du RDR venaient de tous les horizons de la scène politique rwandaise. Pour preuve, à la fondation du RDR, ce fut JMV Ndagijimana, issu du MDR, qui a été le premier responsable des Relations extérieures de cette organisation alors qu’un certain Habimana, lui aussi du MDR, en était le 2è vice-président. De même, c’est Ildephonse Munyeshyaka qui était responsable du RDR à Nairobi où cette organisation avait implanté l’essentiel des ses activités. Il était lui aussi du MDR. Le  secrétaire général  du comité régional était Vincent Ruhamanya, également du MDR. De plus, le RDR a cessé d’exister avec la création du parti FDU-Inkingi en 2006.

Il est donc surprenant que Ndahayo et son groupe, qui pourtant furent témoins de la fin du RDR, se réveillent quelques années plus tard en criant « au loup… c’est le RDR !» qui sous le couvert de FDU-Inkingi tenterait de réinstaurer le régime du MRND ! Le seul enseignement que l’on peut retenir de cette fixation maladive de Ndahayo et consorts sur le RDR est que le sort des réfugiés au Zaïre en 1994 ne les préoccupait pas, et pour cause, ils étaient des dignitaires du régime FPR qui devait pourchasser et exterminer ces réfugiés. Mais, même aujourd’hui, 20 ans après, il semble que ce groupe soit contrarié que ces mêmes réfugiés aient survécu et font encore parler d’eux, grâce notamment à ceux qui les ont défendus en leur temps dont en premier lieu le RDR. Il est significatif de noter que tout au long de leur  long exposé, Ndahayo et compagnie ne font d’ailleurs nullement allusion au sort  impitoyable qui attend  beaucoup de ces réfugiés qui errent encore dans les forêts congolaises.

Conséquences pratiques de la clarification

Sixbert Musangamfura, Secrétaire général du Mouvement national_Inkubir

Sixbert Musangamfura, Secrétaire général du Mouvement national_Inkubir

En rompant officiellement le lien avec le parti FDU-Inkingi et en rendant public un manifeste d’une nouvelle formation politique, Ndahayo et compagnie ont agi logiquement et ont fait un pas dans la levée d’une confusion qui était entretenue sur cette question. Seulement, ils ne sont pas allés assez loin car il semble qu’ils veulent encore s’accrocher sur l’acronyme « FDU » auquel ils adjoignent le nom du nouveau parti « Mouvement National-Inkubiri ». Le bon sens voudrait qu’ils abandonnent définitivement l’acronyme FDU et tout sera clair. En effet, l’acronyme FDU reste et restera à jamais associé à l’héroïne de la lutte démocratique qu’est Madame Victoire Ingabire Umuhoza incarcérée au Rwanda mais toujours présidente du parti-FDU-Inkingi.

Or, vous aurez remarqué que tout au long de leur développement  sur une  dizaine de pages, il n’est nulle part fait référence à Madame Victoire Ingabire et ses compagnons d’infortune au Rwanda. D’autres cadres du parti FDU-Inkingi et des militants en payent un lourd tribut : Sylvain Sibomana, secrétaire général du parti, purge 8 ans de prison. Plus d’une dizaine de jeunes militants viennent de terminer leur peine de 6 ans de prison. Leur seul péché est d’avoir voulu répandre les idéaux démocratiques des FDU-Inkingi au Rwanda. Ndahayo et son groupe ayant coupé tout lien avec Victoire Ingabire et ayant clairement exposé leurs divergences idéologiques avec son parti, la logique voudrait qu’aucune référence aux FDU ne devrait être faite dans la dénomination de leur nouvelle formation politique. De mauvaises langues sont d’avis que Eugène Ndahayo et son groupe sont pour le parti FDU ce qu’est Mukabunane pour le PS Imberakuri. Ils ont peut-être raison.

Du reste on ne peut que souhaiter « bon vent » au nouveau parti d’Eugène Ndahayo, JB Mberabahizi et autres Sixbert Musangamfura que les connaisseurs de la vie politique rwandaise n’hésitent pas à le qualifier  de « vagabond politique » au vu de son parcours. En effet rares sont les politiciens qui comme Sixbert Musangamfura,  peuvent se prévaloir d’avoir été successivement militant des partis : MDR, FPR, FRD, ADR, FDU et maintenant Inkubiri !

Il reste à  demander aux dirigeants du nouveau « mouvement national – Inkubiri» de clarifier l’objet de leur lutte : soit être opposants au régime de Kigali, soit être opposants à leurs anciens compagnons de lutte des FDU-Inkingi. Leurs attitudes de ces derniers temps tendent plutôt à démontrer qu’ils s’inscrivent dans cette dernière option.  Est-ce innocent ce genre de  comportements ?

Jane Mugeni
31/12/2014

Le meeting du parti FDU-Inkingi à Bruxelles : les militants et sympathisants n’ont pas cédé à une propagande mensongère

Dr Emmanuel Mwiseneza, secrétaire général du parti FDU-Inkingi. Il remplace Sylvain Sibomana en prison au Rwanda. Joesph Bukeye, 2è Vice-président. Il est parti à l'extérieur. Le premier vice-président, Boniface Twagirimana est au Rwanda.

Dr Emmanuel Mwiseneza, secrétaire général adjoint du parti FDU-Inkingi. Il remplace Sylvain Sibomana en prison au Rwanda. Joseph Bukeye, 2è Vice-président. Il est responsable du parti à l’extérieur. Le premier vice-président, Boniface Twagirimana est au Rwanda.

Le meeting du parti FDU-Inkingi tenu à Bruxelles le 25/10/2014 a affiché complet. Les militants et sympathisants du parti étaient au rendez-vous malgré la propagande mensongère relayée par des journaux paraissant sur le net. Des articles anonymes faisaient état de ce que le parti FDU-Inkingi aurait empêché des gens à participer à la manifestation contre Paul Kagame à Londres. Pourtant, le porte-parole du parti, Justin Bahunga, était bien présent et la vidéo de son intervention après la manifestation le prouve bien. Il était en compagnie des autres militants qui étaient partis de Bruxelles. Le groupe FDU-Inkingi constituait le gros des manifestants présents à Londres. A une question posée à ce sujet, Joseph Bukeye, 2è Vice-président parti, l’orateur du jour, ne s’est pas attardé sur cette campagne orchestrée par ceux-là même qui ont opéré un coup d’Etat contre la présidente du parti, Victoire Ingabire.

Dans son intervention, Joseph Bukeye a présenté au public les dirigeants du parti élus lors du congrès tenu à Alost en

Les repséntants des autres formations politiques invités dans le meeting. De gauche à adroite J.B. Ryumugabe du PS-Imberakuri, J.D. Munyampeta du PDP-Imanzi, Twagiramungu de RDI-Rwanda Rwiza, Micombero de RNC et J. Ngarambe de PDR-Ihumure

Les repséntants des autres formations politiques invités dans le meeting. De gauche à adroite J.B. Ryumugabe du PS-Imberakuri, J.D. Munyampeta du PDP-Imanzi, Th. Twagiramungu de RDI-Rwanda Rwiza, Micombero de RNC et J. Ngarambe de PDR-Ihumure

Belgique et a passé en revue les résolutions prises à cette occasion. Il a réaffirmé que le parti FDU-Inkingi reste au Rwanda sous la présidence de Victoire Ingabire actuellement en prison. La collaboration avec les autres partis politiques reste également une des priorités du parti, en témoignent les représentants des autres formations politiques invités dans le meeting et qui ont tous loué l’application des principes démocratiques au sein du parti FDU-Inkingi qui s’est concrétisée entre autres par des élections organisées récemment lors du congrès d’Alost. C’est un bon apprentissage de la démocratie qui devrait servir d’exemple aux autres partis.

Un des représentants du parti au Rwanda est intervenu pour informer le public des réalités qui sont les leurs dans un Rwanda qui croule sous la dictature du général Paul Kagame.

Les questions ont été nombreuses. Un des participants a demandé si le nom du parti ne devrait pas changer, mais il lui fut

Une parti du public dans la salle de conférence de Rue Washington n°40 à Bruxelles (Belgique)

Une partie du public dans la salle de conférence de Rue Washington n°40 à Bruxelles (Belgique)

répondu que « FDU » est une marque déposée. Y a-t-il un ou plusieurs FDU a renchéri un autre? La réponse a été claire : le parti FDU est au Rwanda depuis 2010. Le parti est un et unique. L’un ou l’autre membre qui quitte le parti et usurpe le nom du parti ne va rien changer. Celui qui veut se proclamer président du parti n’a qu’à aller au Rwanda pour ce faire.

Le public a été tenu en haleine pendant plus de 3 heures. Il était encore intéressé par des éclaircissements des responsables du parti, mais il a fallu clôturer pour  respecter le contrat de location de la salle. Le meeting, qui avait débuté à 15h, a été clôturé à 18h30.

Gaspard Musabyimana
26/10/2014

Quatre ans de sit-in devant l’ambassade du Rwanda à Bruxelles

L’histoire du sit-libérez les opposants politiquesin qui se tient devant l’ambassade du Rwanda à Bruxelles remonte à l’arrestation de Victoire Ingabire à Kigali le 13/10/2010.

Le lendemain matin, ses partisans se sont donnés rendez-vous à l’angle de l’avenue de Tervuren et de l’avenue des Fleurs à Woluwe Saint Pierre où ils ont fait une chaîne humaine pour réclamer la libération de leur leader politique.

Les diplomates rwandais ont dû faire appel à la police pour pouvoir franchir le portail de l’ambassade et accéder à leurs  bureaux.

Tente

Une tente abritant les manifestants

Le rassemblement étant pacifique, la police a invité la foule  à aller de l’autre côté de la rue en face des bâtiments de l’ambassade et  de continuer leur manifestation. Depuis lors, cet endroit est devenu un lieu de résistance pour des revendications légitimes :  libérer tous les opposants politiques  dont Victoire Ingabire, présidente du parti FDU-Inkingi emprisonnée parce qu’elle voulait se présenter en challenger de Paul Kagame dans les élections présidentielles de 2010, Déo Mushayidi, président de PDP-Imanzi, Dr Théoneste Niyitegeka, un autre challenger de Kagame lors des élections présidentielles de 2003, Lieutenant Colonel Rugigana Rugemangabo, parce qu’il est le frère  du Général Kayumba Nyamwasa,  ex-chef d’Etat-major de l’armée du FPR exilé en Afrique du Sud, etc.

Une des façades de la tente avec un message revendicateur

Une des façades de la tente avec un message revendicateur

Pour ce combat noble, le sit-in est fait chaque mardi, de 10 à 16h, à tour de rôle, par les partis politiques, la société civile, et autres militants et militantes qui luttent pour l’avènement de la démocratie au Rwanda. Une tente arborant des messages revendicateurs est dressée et est démontée à la fin du sit-in. Ce rassemblement continuera tant que Victoire Ingabire et ses compagnons d’infortune ne seront pas libérés.

Ambassade du  Rwanda à Bruxelles

Ambassade du Rwanda à Bruxelles

Ce sit-in vient de durer presque 4 ans et la détermination des acteurs est loin de s’estomper.

Gaspard Musabyimana
14/08/2014

Rwanda: Gandhi, Mandela et Victoire Ingabire: l’exemple d’une femme africaine

Victoire_Ingabire_UmuhozaDans les Grands Lacs africains la plupart pensent indubitablement que si ce n’était pas pour l’attention portée à l’échelle internationale, Victoire Ingabire aurait déjà été tuée. En dépit de cela, elle demeure une héroïne relativement anonyme en Europe. Réduite au silence par la force, Ingabire est l’une de ces femmes qui incarnent courageusement l’espoir des millions d’africains avec une volonté indomptable, que de nombreux africains comparent à Nelson Mandela.

Cette femme de nationalité rwandaise menait une vie confortable en exil avec son mari et ses trois enfants en Hollande. Toujours active dans la lutte pour la justice dans son pays, en 2006 elle fut nommée présidente de la coalition de l’opposition politique de la diaspora, des Forces Démocratiques Unifiées FDU-Inkingi. De cette façon, Ingabire accepta le difficile et dangereux défi de retourner au Rwanda pour se présenter aux élections présidentielles d’Août 2010. Peu de temps après, elle fut arrêtée et jetée en prison sur la base d’accusations de terrorisme et de délits d’opinion, et soumise à des procédures judiciaires en l’absence de garanties légales, comme le dénonce Amnistie Internationale.

Elle et son groupe politique estiment fermement que les problèmes du Rwanda sont d’origine politique et méritent aussi une solution politique. En tant que bons africains, leur programme politique fait partie de la philosophie d’Ubuntu, la résolution de problèmes par le dialogue, l’unité et la collaboration. A la tête de son parti, Ingabire lutte, avec toutes les conséquences que cela implique, pour la paix et la réconciliation du Rwanda qui est depuis tant d’années sous le joug de la peur et de l’inégalité. Elle suit les maximes d’Ubuntu, elle défend la compréhension mutuelle et non pas la vengeance ; la réparation mutuelle et non pas les représailles.

Sa famille, ses amis, ses partisans, ses collègues de parti et de nombreux congolais, rwandais, ugandais et burundais viennent de créer le groupe Les Amis de Victoire Ingabire en Europe. De cette façon, ils prétendent principalement rendre visible la lutte de Victoire, car c’est ce qui la maintient en vie.

Mais ils travaillent également pour la prise de conscience des citoyens européens sur les réalités du Rwanda et de la région des Grands Lacs africains et pour la collecte des fonds pour les honoraires des avocats de Victoire et d’autres prisonniers d’opinion qui, comme elle, languissent dans des prisons du régime brutal du FPR au Rwanda.

Des poursuites judiciaires auxquelles est confrontée Ingabire constituent probablement l’histoire la plus longue et la plus complexe du pays. Le gouvernement du Rwanda, dirigé par Paul Kagame, et tout son appareil répressif savent que s’ils laissent cette femme sortir de prison et se présenter aux élections, elle balaierait les élections telle une véritable vague déferlante.

Des gens qui n’ont plus peur de manifester publiquement leur sympathie se font de plus en plus nombreux. Victoire, avec ses principes d’Ubuntu et la non-violence, a secoué le système de terreur qui opprime la plupart des Rwandais depuis maintenant des décennies. Dans cette lutte pour la paix et la réconciliation, ce que nous pouvons l’offrir, c’est de ne pas l’oublier. C’est important pour la garder en vie, alors elle gagnera, parce que, comme le disait Gandhi, quand ceux qui détiennent le pouvoir vous ignore, ensuite vous raille, après vous combattent, à la fin, vous gagnez.

Rosa Moro
04/08/2014

 

Rosa Moro est une journaliste et activiste. Elle aime l’Afrique, la communication et la révolution. Elle collabore avec plusieurs médias et organisations et est l’auteur du blog África en Mente.

 

Traduction: Romain Minga

Rwanda : quand les opinions convergent

Kagame_quand les opinions converLa guerre et le génocide ont déchiré le tissu social au Rwanda. Les éléments de l’armée ougandaise, qui ont pris le pouvoir par les armes au Rwanda en juillet 1994, n’ont cessé d’instrumentaliser les Tutsi, par des discours les présentant comme les seules victimes de cette catastrophe qui n’en finit pas. Certains y croient et bénéficient donc des faveurs du régime. Ce sont ceux-là qui, aveuglés par une propagande rondement menée, encensent le président Paul Kagame à longueur de journée. Ils le confortent dans sa hargne de se maintenir au pouvoir à tout prix.

Une autre catégorie de Tutsi voit pourtant clair. Elle refuse de servir de caution à une richissime oligarchie criminelle qui a fait main basse sur le pays. C’est parmi eux que des voix s’élèvent pour clamer haut et fort que toutes les familles rwandaises ont été endeuillées par la perte des leurs depuis 1990 jusqu’à ce jour et que toutes les victimes, tant hutu que tutsi, doivent être reconnues.

Le chanteur Kizito Mihigo est représentatif de cette catégorie. Dans sa chanson, il a pris son courage à deux mains et a demandé que la mémoire de toutes les victimes de la tragédie rwandaise soit commémorée. Au lieu d’être écouté, il a été mis en prison. Sur le net circule une vidéo d’une autre rescapée qui affirme haut et fort que le génocide est rwandais, que toutes les couches de la population ont été atteintes par des tueurs de deux bords, ceux du FPR et des Interahamwe.

Avant eux, les Tutsi échappés des griffes du président Paul Kagame, avaient dit la même chose car étant en exil dans des pays démocratiques, et donc ayant la liberté de parole. Le plus représentatif est Jonathan Musonera qui réside en Grande Bretagne. Il a été prévenu par les services de sécurité britanniques que les escadrons de la mort du FPR voulaient attenter à sa vie. Il a dû bénéficier de la protection de la police de ce pays. Ses collègues du parti RNC ont été assassinés (Colonel Patrick Karegeya) ou ont subi des tentatives d’assassinat (général Kayumba Nyamwasa), etc.

Dans la communauté hutu de l’intérieur du pays, c’est silence radio. Ce sujet est tabou et la commémoration du génocide des Tutsi sert de prétexte pour opérer des rafles massives vers des prisons déjà bondées, sans parler des disparitions voire des assassinats mis sur le dos des malfaiteurs non identifiés.

A l’extérieur, l’opposition politique n’a cessé de dénoncer, par des communiqués, cette monopolisation du statut de victime par le régime FPR. Il a fallu le courage et la détermination de Victoire Ingabire, présidente du parti politique FDU, pour que ce discours soit porté au Rwanda en 2010. Au mémorial de Gisozi, elle s’est inclinée devant l’horreur qui a visé les Tutsi, mais elle a également rappelé que les victimes hutu du FPR doivent être reconnues. Elle a écopé de 15 ans de prison. Faustin Twagiramungu, ancien premier ministre du FPR, lui a emboîté le pas. Malgré qu’il soit encore en exil, les escadrons de la mort planifiaient de lui ôter la vie, n’eût été la protection des services de sécurité belge.

Parler des victimes hutu est un discours qui sonne mal dans les oreilles du FPR et de ses thuriféraires. Il est un fait indéniable que le nombre de victimes hutu est de loin supérieur à celui de Tutsi. Ignorer cette réalité est jouer à la politique de l’autruche. Le président Kagame ne croyait pas si bien dire : « Les faits sont têtus ». Au lieu d’affronter cette vérité dérangeante, le président Kagame et son cercle recourent à la répression, physique et psychologique.

Si j’étais parmi ceux qui approchent le président Kagame, je pourrais susurrer à son oreille cet adage rwandais : « Iritavuga umwe » (quand les opinions convergent), pour lui signifier qu’en s’entêtant dans sa politique de criminalisation des Hutu pour couvrir ses propres crimes, il entraîne le Rwanda vers des lendemains incertains.

Gaspard Musabyimana
08/5/2014

Rwanda : Victoire Ingabire pourra-t-elle avoir un procès équitable?

Confrontée à la question de la compétence de la Haute Cour, la juge craque, ajourne le procès de Madame Victoire Ingabire au 4 octobre et traite sa défense de «barbare» 

Alors que l’opposition rwandaise est encore traumatisée par l’attaque à main armée contre un de leurs membres, Eric Nshimyumuremyi, qui a survécu une balle tirée par la police à la poitrine le 15 Septembre 2011, les trois premières semaines du procès politique de la leader de l’opposition Mme Victoire Ingabire Umuhoza ont été marquées par des élucubrations sans fin.

Aujourd’hui, la juge-présidente Alice Rulisa, perd son sang-froid, craque et furieusement décide de reporter les audiences jusqu’au 4 Octobre 2011, afin de permettre au procureur de préparer sa réponse aux observations de la défense sur le principe de non-rétroactivité de la loi pénale, et sur la compétence territoriale de la Haute Cour.

Les visages des témoins clés du procureur font croire à un coup monté par des «techniciens» du régime comme d’habitude.
Ce qui semblait être pour le régime une facile condamnation à perpétuité de la leader de l’opposition de premier plan, devient un procès manifestement chargé de rancœurs, contradictions et menaces.

La juge qui préside a perdu toute son Independence en s’alignant trop étroitement derrière le procureur. Elle a dit que la requête de la défense est non seulement «choquante mais aussi présentée d’une manière barbare». Elle a refusé à la défense le droit de réponse à ses insultes. Dans l’intérêt d’un procès équitable, la juge Alice Rulisa devrait se récuser d’elle même. En trahissant publiquement ses inimitiés, elle a ouvert une boîte de pandore sur le manque de crédibilité et d’indépendance de la cour dans cette parodie de justice.

Selon les conclusions de la défense, plus de 75% des preuves présentées par le ministère public n’ont aucun fondement juridique. La Haute Cour n’a pas compétence pour juger l’accusée de tout acte ou omission qui selon le Procureur relèverait :

– dudit crime d’idéologie du génocide commis avant la publication de la loi N° 18/2008 du 23 Juillet 2008 dans le journal officiel le 15 octobre 2008 ;
– dudit crime de complicité dans des actes terroristes commis avant la publication de la loi n°45/2008 du 9 septembre 2008 dans le journal officiel le 6 avril 2009 ;
– dudit crime de discrimination ou de sectarisme commis en dehors du territoire du Rwanda, par conséquent, l’accusé ne peut être tenu criminellement responsable de tout acte ou omission commis avant le 16 Janvier 2010, date de son retour au Rwanda;
– dudit crime de diffusion de rumeurs volontiers visant à inciter le public contre le pouvoir établi etc… commis en dehors du territoire du Rwanda. Par conséquent, l’accusée ne peut être tenue criminellement responsable de tout acte ou omission commis avant le 16 Janvier 2010 ; dudit crime de recrutement d’une force armée commis en dehors du territoire du Rwanda. Par conséquent, l’accusée ne peut être tenue criminellement responsable de tout acte ou omission commis avant le 16 Janvier 2010 ;

Du 5 au 23 Septembre 2011 Mme Ingabire, détenue dans la prison centrale de Kigali depuis le 14 Octobre 2010, n’a pas encore eu l’opportunité de faire une déclaration.

Les témoins clés du ministère public ont été mauvais élèves et se sont embrouillés dans leurs plaidoyers de culpabilité visiblement arrangés et se sont simplement bornés à demander la clémence du gouvernement. Des contradictions graves sur le modus operandi ont été relevées par la Cour jusqu’à ce que le procureur mette en garde ses protégés de ne s’en tenir qu’à leurs déclarations faites par écrit lors de leurs interrogatoires à la police. Tous les témoins ont confondu des noms des localités, des dates des réunions et des voyages, des hôtels, des moyens de transports, des détails opérationnels ou des soi-disant agents. Le rôle de Mme Ingabire dans leurs activités criminelles n’a pas été du tout établi.

Des menaces contre les avocats de la défense ont été très flagrantes. Ils ont été minutieusement fouillés avant d’entrer à la Cour et la confidentialité de leurs documents a été parfois violée. Il leur a été refusé le droit d’apporter à l’audience l’eau minérale à boire durant les plaidoiries. L’avocat Maitre Gatera a été agressé verbalement et gardé environ 30 minutes à l’extérieur des locaux du tribunal.

Le procureur a surpris le public lorsqu’il a affirmé que personne ne devrait avoir confiance en ces avocats de la défense qui défendent «des criminels». Ce fut une mise en garde sérieuse car deux autres avocats de Mme Victoire Ingabire ont été déjà incarcérés l’an dernier : le Professeur américain Peter Erlinder et Maitre Théogène Muhayeyezu.

Les partisans de Mme Ingabire ont aussi été intimidés. Le personnel de sécurité s’est acharné à prendre des photographies et à surveiller quotidiennement la plupart des membres de l’opposition qui viennent régulièrement suivre le déroulement du procès au tribunal.
Il ne fait aucun doute que ce procès est vicié.

Nous appelons la communauté internationale à rappeler au gouvernement de Paul Kagame de respecter ses obligations internationales en matière de justice équitable, des droits civils et politiques.

FDU-Inkingi
Boniface Twagirimana
Vice-président intérimaire

Kigali, 26 septembre 2011

 

 

Aung San Suu Kyi et Victoire Ingabire Umuhoza : deux femmes, deux symboles

Cet article observe le parallélisme entre deux femmes privées de liberté pour avoir exprimé des idées opposées au pouvoir : Aung San Suu Kyi et Victoire Ingabire Umuhoza. Tout le monde connaît Aung San Suu Kyi, opposante politique birmane, prix Nobel de la paix en 1991. Par contre peu de personnes connaissent Victoire Ingabire Umuhoza, que Wikipedia surnomme déjà la «Aung San Suu Kyi » rwandaise.

1. CE QUI RAPPROCHE LES DEUX FEMMES

1.1. Le courage
Suu Kyi et Victoire sont deux symboles de résistance non violente face à la dictature militaire particulièrement violente qui ravage leur pays, deux modèles de courage extrême, d’héroïsme politique, toutes deux parfaitement conscientes que leurs actes leur causeraient d’énormes difficultés.

Aung San Suu Kyi est née en 1945, en Birmanie. Son père, le Général Aung San, a négocié l’indépendance de son pays, acquise en 1947. Il a été assassiné la même année. Suu Kyi grandit en Inde où sa mère était ambassadrice, puis fait des études en Angleterre. Elle est mère de deux enfants qui vivent en Angleterre.

En 1988, à l’âge de 43 ans, elle retourne en Birmanie pour soigner sa mère malade. C’est le moment où une nouvelle junte militaire prend le pouvoir. Avec des amis, elle fonde la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) en septembre 1988. En juillet 1989, elle est assignée à résidence pour la première fois. Ce qui n’empêche pas son parti de remporter les élections de 1990 avec 80 % des voix. La junte militaire n’acceptera pas le verdict des urnes et mènera une répression violente contre les opposants politiques et les minorités ethniques. Mais Suu Kyi tient le coup et pratique la résistance non-violente.

En 1995, elle a l’occasion de quitter le pays pour revoir sa famille mais elle sait qu’elle serait alors interdite de retour. Elle décide donc de rester en Birmanie. Elle échappe à une tentative d’assassinat le 30 mai 2003 dans une embuscade qui fait de nombreuses victimes.

Au total, elle passera 15 ans en prison ou en résidence surveillée pour motifs d’activités subversives. La dernière peine de 18 mois d’assignation à résidence n’a pas été renouvelée. Elle a donc été libérée le 13 novembre 2010.

Victoire Ingabire Umuhoza est née en 1968. Elle quitte le Rwanda début 1994, avant le génocide, pour poursuivre des études supérieures aux Pays Bas. Elle est mère de trois enfants, qui vivent aux Pays Bas. Dès 1997, elle adhère au Rassemblement républicain pour la Démocratie au Rwanda (RDR), mouvement d’opposition au sein de la diaspora rwandaise, et en devient présidente en 2000. Le RDR participera ensuite, avec d’autres mouvements ainsi que des particuliers qui sont actifs dans la diaspora, à la création des Forces Démocratiques Unifiées (FDU-Inkigi), parti dont elle sera élue présidente en 2006 et qui la désignera comme candidate aux élections présidentielles du 9 août 2010.

Le 16 janvier 2010, à l’âge de 42 ans, elle rentre donc au Rwanda pour faire enregistrer son parti en vue des élections et entreprendre sa campagne électorale. Sa décision de venir faire de la politique au Rwanda de manière pacifique contre un régime dictatorial a été prise après mûres réflexions. Sa motivation principale est d’encourager la réconciliation nationale et de rendre de l’espoir à un peuple qui vit la peur au quotidien.

Dès son arrivée, elle se trouve confrontée à des tracasseries administratives de toute nature et est diabolisée par une campagne de haine organisée par le pouvoir. En février 2010, elle est victime d’une agression physique dans les bureaux de l’administration, puis mise sous enquête judiciaire. Le 21 avril 2010, elle est arrêtée et passe la nuit en prison. Le lendemain, elle est mise sous contrôle judiciaire, en résidence surveillée. Le 28 mai 2010, l’avocat américain Peter Erlinder, venu pour sa défense, est mis en prison lui aussi. Il sera relâché trois semaines plus tard, officiellement « pour raisons médicales » et expulsé du pays.

Victoire est arrêtée à nouveau le 14 octobre 2010. Elle n’a pas quitté la prison depuis cette date. Sa demande de mise en liberté provisoire sous caution a été refusée par la justice rwandaise le 20 janvier 2011.

1.2. Le contexte : la dictature militaire
La Birmanie et le Rwanda sont deux nations dirigées par des dictatures militaires qui ne tolèrent aucune opposition.

En Birmanie :
Comme en témoigne Amnesty International et tant d’autres, plus de 2200 prisonniers d’opinion sont incarcérés dans des conditions déplorables pour les mêmes motifs que Suu Kyi, et ils y sont toujours.

Selon les observateurs, la libération de Suu Kyi ne doit pas être vue comme un pas significatif vers la démocratie mais seulement comme un moyen d’alléger un peu la pression internationale. Auparavant, Suu Kyi avait déjà été libérée deux fois, en 1995 et en 2002, mais fut arrêtée à nouveau par la suite.

Sa libération est intervenue une semaine après que le régime militaire ait confirmé son pouvoir lors des élections du 7 novembre 2010. Une nouvelle loi électorale avait empêché Aung San Suu Kyi d’être éligible et c’est pourquoi son parti, la LND, a boycotté ces élections. Ce qui a entraîné la dissolution de ce parti par les autorités.
[…]

Au Rwanda :
Le Front Patriotique Rwandais (FPR) et son leader, Paul Kagamé, sont arrivés au pouvoir à la suite d’une invasion militaire et de violents conflits internes qui ont commencé en 1990 et qui ont culminé dans le génocide rwandais. Ce parcours a été soutenu par les principales puissances occidentales. Selon le discours officiel, ce nouveau régime permettrait la démocratisation du pays après de longues années d’un régime à parti.

En réalité, il s’est vite avéré que le FPR, qui a pris le pouvoir en juillet 1994, n’avait aucune intention de jeter les bases d’un Etat de Droit ni de tolérer un débat démocratique sur la gestion du pays.
[…]

1.3. Le message
Suu Kyi :
Les textes et discours politiques d’Aung San Suu Kyi durant la période où elle a pris la tête du mouvement démocratique birman sont rassemblés dans l’ouvrage « Se libérer de la peur » publié en 1991. Son message est basé sur la résistance non-violente, ce qui lui a valu le prix Nobel de la Paix en 1991, prix qu’elle a utilisé pour organiser le système de santé en Birmanie.

Elle a déclaré notamment :
« Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime… »
« Dans sa forme la plus insidieuse, la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine. (..)
« Dans un système qui dénie l’existence des droits humains fondamentaux, la peur tend à faire partie de l’ordre des choses. Mais aucune machinerie d’Etat, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir encore et toujours, car la peur n’est pas l’élément naturel de l’homme civilisé. »

Victoire :
Elle est arrivée au Rwanda en déclarant :
«Je viens pour la paix et c’est cette paix qui guidera mon action politique pour éradiquer l’injustice et pour briser toutes les chaînes qui nous emprisonnent,
Je rentre pour lutter pacifiquement, … je ne suis pas accompagnée par une armée parce que je viens vers vous, vers mes parents, mes frères et sœurs ».

C’est un message d’encouragement et de solidarité adressé à une population. Les FDU-Inkingi ont choisi la stratégie de l’action politique non violente afin de « briser les peurs » et de venir à bout de la chape de plomb totalitaire qui s’abat sur les rwandais.
[…]

1.4. La farce électorale de 2010
Dans les deux pays on a assisté à une victoire électorale spectaculaire des régimes au pouvoir.

En Birmanie :
La junte militaire birmane a remporté à 80 % des sièges aux élections législatives du 7 novembre 2010 auxquelles Aung San Suu Kyi n’a pas eu le droit de se présenter. Le processus électoral a été fortement critiqué par les Etats Unis, par l’Europe et par l’ONU.
[…]

Au Rwanda :
Le Président Paul Kagamé a été réélu le 9 août 2010 avec un score de 93 % après que l’opposition ait été muselée, emprisonnée ou assassinée. Les amis politiques de Victoire qui avaient décidé de rentrer au Rwanda pour la soutenir et participer à la campagne électorale des FDU n’ont pas pu entrer dans le pays, leurs passeports ayant été refusés.
[…]

2. LÀ OÙ LE RAPPROCHEMENT S’ARRETE

2.1. L’élan de la communauté internationale
Suu Kyi:

Elle a connu très vite un succès mondial pour son courage et sa détermination. On ne compte plus les villes qui lui ont accordé la citoyenneté d’honneur, les universités qui lui ont octroyé un titre de Docteur Honoris Causa, les manifestations de soutien qui ont été organisées dans le monde entier, les hommes politiques qui ont signé des pétitions, etc. L’organisation IDEA l’a soutenue en prison, l’ONU a envoyé des émissaires pour la rencontrer, et de multiples autres prix lui ont été donnés.

Au niveau médiatique international, le film Beyond Rangoon (1995) illustre un épisode de la dictature birmane et l’action pacifique de l’opposition menée par Aung San Suu Kyi. Ce film à connu un grand succès et est disponible dans toutes les vidéothèques du monde occidental.

Victoire:
Aura-t-elle le même soutien ? Jusqu’à présent, s’il y a eu quelques manifestations aux Pays Bas, en Belgique, en France, aux Etats Unis et en Grande Bretagne, celles-ci rassemblaient quasi exclusivement des compatriotes.

L’arrestation de son avocat américain, Peter Erlinder, à la fin du mois de mai 2010 a fait peu de bruit. Les milieux spécialisés dans les droits de l’homme en ont parlé dans leurs dossiers mais les mass médias n’y ont pas fait un grand écho.
[…]

La visite récente (16 février 2011) du Ministre néerlandais de la Coopération, Ben Knapens, à Kigali pour rencontrer des membres des FDU et s’enquérir de la situation judiciaire de Victoire, s’est faite dans une grande discrétion.
[…]

Le monde occidental est-il prêt à lever les contradictions et à plaider ouvertement en faveur d’une femme qui combat un régime qu’il soutient ?

2.2. La situation géostratégique
La Birmanie est dans l’orbite chinoise :
La junte militaire birmane est soutenue par la Chine qui ne veut pas d’une présence américaine à ses portes. Via le Conseil de Sécurité de l’ONU, la Chine protège la Birmanie de possibles sanctions de l’ONU en raison de la situation des Droits de l’Homme.

Le Rwanda est dans l’orbite américaine :
La dictature du Président Kagamé est soutenue par les Etats-Unis et d’autres puissances occidentales. Le Rwanda a quitté la francophonie pour entrer dans le Commonwealth en 2009. L’anglais est devenu la langue officielle. Le pays bénéficie de l’assistance militaire des Etats Unis en matière de formation de l’armée.
[…]

CONCLUSION

Selon les intérêts géostratégiques, la démocratie, de même que les droits de la personne humaine, a une position différente sur l’échiquier international : tantôt c’est une valeur à protéger par tous les moyens y compris par la guerre, tantôt c’est une valeur à sacrifier quand d’autres intérêts priment. Les évènements récents dans le monde arabe l’ont démontré eux aussi.

Le monde occidental a condamné haut et fort une dictature protégée par la Chine, au nom de la démocratie. Mais les propagandes et actions de sensibilisation sont-elles objectives ou servent-elles les fins stratégiques et économiques des grandes puissances ?

C’est pour témoigner des souffrances de son peuple et pour lui rendre du courage que Victoire est rentrée au Rwanda. Sera-t-elle, elle aussi, sacrifiée au nom des intérêts occidentaux ? Peut-on accepter que les intérêts du monde occidental soient construits sur la souffrance de peuples entiers ?

[Extraits de « Deux femmes, deux symboles, un texte de Siréas asbl].

Rwanda : RNC et FDU, un même agenda pour le changement

Nkiko Nsengimana des FDU et Joseph Ngarambe de RCN à Bruxelles le 31-07-2011

Nkiko Nsengimana des FDU et Joseph Ngarambe de RCN à Bruxelles le 31-07-2011

C’est une marée humaine qui a investi la rue Washington au cœur du quartier d’Elsène à Bruxelles. C’est là que s’est tenu le meeting des partis politiques RNC et FDU ce 31/07/2011. L’affluence a été telle que des chaises ont dû être ajoutées dans les allées centrales et latérales ainsi que dans des coins et des recoins de la salle et même dans la mezzanine.

Le parterre des organisateurs sur le podium était lui aussi impressionnant. On pouvait y apercevoir entre autres : Dr Nkiko Nsengimana, Joseph Bukeye, Sixbert Musangamfura, Dr Emmanuel Mwiseneza et Charles Ndereyehe des FDU ; Jonathan Musonera, Joseph Ngarambe et Kazungu; Paul Rusesabagina de RNC. Dans la salle, Karagwa Gérard de PDP-Imanzi, JMV Ndagijima du volet « justice internationale » et Jean Baptiste Ryumugabe de PS-Imberakuru ont été présentés à l’assistance. La technologie moderne a permis également les interventions de Sylvain Sibomana et d’Alice Muhirwa du Comité exécutif provisoire des FDU à Kigali ; le général Kayumba Nyamwasa de RNC à partir d’Afrique du Sud et de Gerald Gahima et Dr Théogène Rudasingwa à partir de Washington.

Ouverte à 14h00, la conférence avait Joseph Bukeye comme modérateur. Il a passé la parole à Théogène Rudasingwa pour introduire les débats. Parlant par le biais de SKYPE, il a entre autres insisté sur la coopération en construction entre son parti et les FDU-Inkingi et a invité les autres forces politiques à adhérer à la plate-forme de collaboration de ces deux partis.

Le président du Comité de coordination des FDU, Nkiko Nsengimana (Suisse), est revenu sur le contenu du rapport Mapping et a souligné que leurs mouvements s’attèlent à demander qu’il ne soit pas enterré consacrant ainsi l’impunité de Paul Kagame et de ses hommes. Il a été sceptique sur le développement économique tant vanté au Rwanda car les gens sont en train de mourir de faim. Il a fustigé le HCR qui veut céder aux demandes de Kigali de mettre en exécution la clause de cessation de la qualité de réfugiés pour les rwandais. Le pays est plus que jamais instable et l’insécurité des personnes et des biens règnent en maître. Dans ces conditions, il est inconcevable, a-t-il martelé, que l’on veuille priver les réfugiés de leurs droits.

Quant à Jonathan Musonera, il a rendu un hommage appuyé à Victoire Ingabire Umuhoza qui croupit dans les geôles rwandaises. Il l’a comparé à Ndabaga, cette héroïne de la mythologie rwandaise qui a été sur le champ de bataille pour terrasser les ennemis qui attaquaient le pays. Il a rappelé son discours à Gisozi au mémorial du génocide Tutsi qui plaidait pour la reconnaissance des massacres des Hutu. Musonera annoncé le calendrier des actions à venir : il est envisagé prochainement un sit-in à Genève pour protester contre le projet de cessation de la qualité de réfugiés pour les Rwandais ; une manifestation à Paris le 12/9/2011 à l’occasion de la visite du président Paul Kagame en France ; une manifestation en Australie car Kagame envisage y faire une visite ; une manifestation à Londres au siège du Commonwealth.

Revenant sur la question des réfugiés, Michel Niyibizi (Belgique) a détaillé les raisons qui montrent que le Rwanda n’est pas un pays sûr de façon que les réfugiés peuvent rentrer en toute sécurité : au Rwanda, le FPR a le monopole politique; la presse est muselée et les journalistes assassinés ; il y a des violations constantes des droits de l’Homme ; il n’y a pas d’indépendance de la justice. Il a rappelé que le Rwanda est l’un des rares pays au monde à avoir bombardé sa population réfugiée, soit à Kibeho en 1995, soit dans les camps de l’ex-Zaïre en 1996-1998. Il a informé le public qu’une lettre signée par 34 ONG et les deux formations politiques RNC et FDU a été envoyée au Haut Commissaire du HCR pour revoir la clause de cessation qui doit prendre effet le 31/12/2011. Niyibizi a en outre annoncé qu’un congrès des réfugiés rwandais se tiendra prochainement pour débattre des questions existentielles relatives à leur situation d’exilés.

De son exil en Afrique du Sud, le général Kayumba Nyamwasa s’est appesantie sur la sécurité des personnes au Rwanda et à l’étranger. Il a rappelé l’emprisonnement arbitraire de l’ex-président Pasteur Bizimungu pour le seul crime d’avoir voulu fonder un parti politique. Il a été de même de Maître Ntaganda, de Déo Mushayidi et de Victoire Ingabire qui croupissent en prison pour avoir voulu exercer leurs droits politiques. Pour lui, les rwandais de l’extérieur ont encore la liberté de parole. Ils doivent faire tout pour dénoncer les dérives du régime de Paul Kagame. La manifestation de Chicago a montré que cela est possible car les médias ont répercuté le message des manifestants et n’ont placé aucun mot de Paul Kagame. Le mot d’ordre lancé par Nyamwasa fut de lutter contre Paul Kagame et ses services de sécurité qui envoient des tueurs à gage à l’extérieur. Il faut les dénoncer, comme il est capital de dénoncer les diplomates rwandais qui leur servent de couverture. Embrayant sur l’actualité, Kayumba Nyamwasa a fait remarquer que la visite de président Museveni au Rwanda ne doit tromper personne. La normalisation des relations entre les deux hommes est un trompe-l’œil. Il a fait le parallèle avec Habyarimana que Museveni n’a pas hésité à laisser tomber, malgré les très nombreuses visites de par et d’autre.

Une vue du public dans la salle

Chargé de l’information au sein des FDU, Emmanuel Mwiseneza, a souligné l’importance de l’utilisation de nouvelles technologies de l’information en politique. Il a rappelé que les réseaux sociaux et les forums de discussions, ont montré leur efficacité pour la destitution des dictatures. Il a informé le public que le site web officiel des FDU est www.fdu-udf.org, que les autres sites avec le sigle FDU ne sont que des usurpations.

Paul Rusesabagina est intervenu pour parler de la réconciliation qui doit être recherchée par les formations politiques et les ONG de la société civile rwandaise et que cette réconciliation passe par la vérité.

La parole a été ensuite accordée à Jean Mari Ndagijimana (France) qui a informé le public qu’il a été mis sur pied un « Collectif des victimes de masse de la région des Grands-lacs ». Cela a été motivé par le fait que tout rwandais est rescapé. Il n’y a aucun rwandais qui n’ait perdu un membre de famille depuis que le FPR a attaqué le pays en octobre 1990 jusqu’à ce jour. Le Collectif va rassembler des témoignages de ceux qui ont perdu les leur pour saisir la justice. Le premier acte d’accusation devra concerner le président rwandais Paul Kagame pour les crimes commis au Rwanda et en RDC. Il devra être déposé devant la justice française avant la venue du président rwandais en France. JMV Ndagijimana demandé au général Kayumba Nyamwasa et au Dr Théogène Rudasingwa et à leur groupe d’accepter d’être cités comme témoins sur tout ce qu’ils savent de ces crimes. Il a félicité en outre Kayumba Nyamwasa d’avoir eu le courage de demander pardon à tous les rwandais pour les crimes qui seraient imputés au FPR qu’il a servi.

Le PDP-Imanzi de Déo Mushayidi, en prison au Rwanda, était représenté par Gérard Karangwa (Pays-Bas). Il a rendu hommage aux compagnons d’infortune du président du parti.

Gérard Karangwa a démontré qu’il existe au Rwanda une ségrégation qui fait des Hutu des citoyens de seconde zone. Comme exemple, il montré que dans l’enseignement supérieur, les bourses d’études ont été coupées. Mais les enfants tutsi eux bénéficient de ces bourses via le FARG (Fonds d’aide aux rescapés du génocide). Donc la mesure n’a frappé que les enfants hutu. Cela est également vrai pour les études à l’étranger. Ce sont presque exclusivement des enfants tutsi qui les reçoivent. Dans l’armée, c’est la même chose. La prépondérance des Tutsi est écrasante. Ainsi parmi les 163 officiers promus récemment, il n’y avait que 13 hutu. Tous les services de sécurité sont 100% gérés par les Tutsi. Gérard Karangwa, qui est un ancien militaire du FPR, a rappelé qu’il a fait la guerre mais qu’il s’est rendu compte que la guerre ne résout rien. Qu’il faut des solutions négociées.

Le parti PS Imberakuri a été représenté par Jean Baptiste Ryumugabe (Belgique). Il a rendu hommage à leur leader emprisonné. Il a lui aussi fait remarquer que la politique au Rwanda est dominée par le mensonge, comme par exemple avancer qu’il n’y pas d’ethnies mais en même temps dire qu’il ya eu génocide des Tutsi. Il a souhaité que les dissensions au sein du défunt Comité de Soutien car elles affaiblissent leurs partis politiques respectifs au Rwanda.

Le secrétaire général du Comité exécutif provisoire des FDU au Rwanda, Sylvain Sibomana, a pris la parole et a rappelé que le parti est au Rwanda depuis plus des 500 jours et que sa présidente, Victoire Ingabire, est en prison depuis bientôt 390 jours. Il a fait un tour d’horizon sur les actions d’implantation du parti dans tout le pays et a montré que leurs militants continuent de subir des tracasseries voire des emprisonnements par les forces de sécurité. La trésorière du parti, Alice Muhirwa, a transmis au public les salutations de Victoire Ingabire. Muhirwa la rencontre chaque jour car c’est elle qui lui apporte à manger en prison. Elle a informé l’assistance que Victoire Ingabire est en totale isolement dans sa cellule. Elle n’a pas droit de sortir pour assister à la messe dominicale ni prendre de l’air dans le préau de la prison comme les autres détenus. A cela s’ajoute que les visites lui sont interdites depuis un certain temps. Muhirwa s’est inquiétée de la détérioration de la santé de Victoire Ingabire. Elle souffre notamment des dents. Pour consulter un médecin, les autorités de la prison ont exigé la permission du Commissaire général. Les collaborateurs de la présidente ont écrit une lettre et l’autorisation a été accordée. Mais les services de sécurité sont passés à côté pour aller dissuader le médecin qui devait consulter Victoire Ingabire. Celui-ci, pour éviter des ennuis à son cabinet et pour sa sécurité, s’est désisté. Un autre médecin est en train d’être cherché. Mais pourra-t-il lui, résister aux intimidations des services de sécurité, s’est interrogée Alice Muhirwa.

Les questions ont été nombreuses et variées mais la question lancinante a été celle des crimes reprochés au Général Kayumba Nyamwasa. Celui-ci est intervenu et a fait remarquer que depuis qu’il est en Afrique du Sud, aucun dossier ne lui a été soumis, aucun juge, aucun service ne l’a convoqué pour s’expliquer sur ces accusations. Il s’est dit prêt à répondre de ses actes devant la justice et pour ce faire, il a préparé son dossier mais sa stratégie de défense ne lui permet pas de l’exposer dans une conférence publique comme plus d’un le lui demandait. A ceux qui voudraient que Kayumba prenne l’initiative de se présenter lui-même devant la justice, il dit qu’il préfère répondre aux convocations éventuelles qui lui seraient adressées, ce qui n’est encore le cas depuis plus d’une année qu’il est en Afrique du Sud.

D’autres participants ont souhaité que RNC ait une présence au Rwanda à l’instar des FDU et de PS-Imberakuru. Ils se sont vu répondre que cela n’est pas encore à l’agenda du parti.

Le silence des partis politiques sur les pratiques quasi criminelles du régime comme par exemple la vaccination obligatoire des jeunes filles rwandais contre le cancer de l’utérus avec un vaccin contesté ou l’enregistrement audio dans lequel Dan Munyuza est dans des manœuvres de faire empoisonner Kayumba Nyamwasa, a été relevé par un participant. Joseph Ngarambe de RNC a rappelé que le vaccin contre le cancer du col utérin est contesté par des uns mais que scientifiquement, il n’y pas une étude scientifique sur laquelle on peut s’appuyer pour le dénoncer. Quand aux documents audio évoqués dans la question, il a rappelé qu’ils ont été miss en ligne par RNC.

La réunion a clos ses travaux à 19h30 mais le public voulait encore poser des questions. Il a été remarqué que durant cette conférence marathon de plus de 5h, le public est resté attentif, signe que les sujets traités rencontraient les attentes de l’assistance. La police, déployée en grand nombre, n’a pas eu à intervenir car tout s’est déroulé dans le calme.

EdA Press

 

 

Rwanda : la presse pro-régime agite le spectre de l’ethnisme pour diaboliser l’opposition politique

logo des "Points Focaux"

Dans son n° 482 du 12 au 18 juin 2011, «Points Focaux », qui est une « Revue hebdomadaire de la presse rwandaise », l’éditorialiste Ndayishimiye Jovin qui est aussi le chef de cette publication, a mis tout son talent pour présenter la dictature de Paul Kagame comme la seule alternative politique au Rwanda, pour minimiser le poids de l’opposition à la même dictature et au passage pour la diaboliser.

Revenant sur le show budgétivore de Chicago où du 10 au 11 juin le dictateur Kagame avait fait venir du monde entier (et surtout du Rwanda des centaines de courtisans pour l’acclamer à tout rompre), Ndayishimiye Jovin écrit : « Le régime de Kigali à la tête duquel Paul Kagame, président, a bien calculé son coup : montrer la faiblesse de la force de frappe de ceux qui s’érigent leaders de l’opposition.  De petits milliers de participants à la fête rwandaise contre de petites dizaines de manifestants contre le régime de Paul Kagame… » Franchement, est-ce à l’aune des rassemblements de curieux payés pour venir acclamer le dictateur que doit se mesurer le poids de son opposition qui ne dispose pas des moyens énormes comme ceux de l’Etat et dont les membres doivent se saigner à blanc pour militer et défendre leurs idéaux démocratiques malgré la chasse à l’homme qu’exerce sur eux Paul Kagame? Fallait-il dépenser des milliers de dollars en frais d’hôtels, de transports et de lobbying pour que Kagame prouve qu’il est plus fort « matériellement » que son opposition ? C’est tout simplement ridicule, minable et digne d’une république bananière.

Non content de les avoir déjà discrédités, l’éditorialiste assène à l’encontre des manifestants de Chicago : « Ils brandissaient les anciens emblèmes dont le drapeau national en vigueur sous les régimes des prédécesseurs de Kagame. Ils montraient, par là, que dans le fond, ils abhorrent tout du régime du Président Paul Kagame. »

Ce qu’oublie notre « nouveau rwandais » c’est que ce drapeau Rouge-Jaune-Vert fait partie intégrante et indissociable de l’histoire et de la culture du Rwanda. Et d’ailleurs, il se trompe lourdement et de là nous trompe aussi en prétendant que ce drapeau était en vigueur seulement sous les régimes que Kagame a renversé. La vérité est que Paul Kagame lui-même s’est incliné devant ce drapeau pendant près de 10 ans après sa conquête du pays en 1994. Il n’y a donc aucune hôte et encore moins aucun crime à en posséder un spécimen et à le brandir en privé. Après tout à Chicago, il n’était pas hissé sur un édifice public rwandais.

Sur sa lancée, Ndayishimiye Jovin étale au grand jour le « syndrome d’encerclement » qui semble l’habiter. Dans une gymnastique intellectuelle dont il a seul le secret, il tente de nous démontrer que toutes les activités en rapport avec le Rwanda sont infectées par l’opposition au dictateur Kagame. Et pour lui, cette opposition n’est autre que les FDU de Victoire Ingabire. Toujours selon lui, les tentacules de l’opposition s’étalent partout ! Ainsi, les ONG de défense des Droits de l’Homme ont été récupérées par cette opposition. Il écrit : « Alors que ces associations militant pour les droits humains font leur travail correctement tout en invitant le régime à tempérer ses élans jusqu’auboutistes, leurs publications sont récupérées par l’opposition qui enfonce politiquement le régime de Kigali dont elle ne reconnaît pas la légitimité. »

Les intellectuels et autres analystes politiques ne sont à ses yeux que des agents de l’opposition. La presse indépendante, les sites internet et même les maisons d’Editions qui publient des œuvrent critiques au dictateur Kagame sont en réalité des relais de cette opposition. « Il y a des leaders politiques qui ne font que cela. Ils sont appuyés par des leaders d’opinion œuvrant dans le domaine des droits de l’homme. On entendra les CLIIR/ Centre de Lutte contre les Injustices et l’impunité au Rwanda, d’un certain MATATA. Il y a aussi de fins rhétoriciens attaquant dans le domaine des lettres tournées vers le combat pour la victoire  de la cause de la ré intronisation du règne de la majorité. Ici Mr MUSABYIMANA, INYENYERINEWS, JAMBONEWS et autres EDITIONS SOURCES DU NIL … jouent excellemment le jeu. Leurs activités intellectuelles dans le domaine de la publication épatent et attirent l’opinion internationale. » Il est aussi intéressant de voir comment tous ces différents pouvoirs- car être un leader d’opinion vous confère un ascendant social certain, donc un pouvoir sur des sujets- se jouent apparemment sans lien entre eux et pourtant la résultante étant une : créer des conditions propices de capture du pouvoir sous une forme de révolution sociale dans une sorte de réédition de celle de 1959. »

Au Rwanda même le bouc émissaire idéal est vite trouvé : il s’agit de l’Eglise catholique dont selon le journaliste les « communautés de base » ne seraient que les cellules de l’opposition incarnée par le parti FDU de Victoire Ingabire. Il déclare en effet : « Puis à l’intérieur du pays, l’organisation de cette formation FDU est profonde dans les communautés de base avec des liens étroits avec les MIRYANGO REMEZO de la sacrée Eglise Catholique. Certains prêtres trouveront même qu’ils peuvent troquer leurs soutanes et chasubles pour entrer dans la mêlée politique avec leur Website très négativement percutant dénommé LE PROPHETE.FR. Il ne vient pas aider le citoyen rwandais à avancer dans le domaine de la culture démocratique. Il vient attiser le feu entre Gouvernement et Opposition. »

Soulignons aussi le procès d’intention que l’éditorialiste intente à l’opposition en l’accusant « d’ethnisme » et de vouloir restaurer le régime installé par la révolution populaire de 1959. « Il est aussi intéressant de voir comment tous ces différents pouvoirs- car être un leader d’opinion vous confère un ascendant social certain, donc un pouvoir sur des sujets- se jouent apparemment sans lien entre eux et pourtant la résultante étant une : créer des conditions propices de capture du pouvoir sous une forme de révolution sociale dans une sorte de réédition de celle de 1959. »

On se demande sur quoi il se base pour affirmer cela. L’a-t-il lu dans un quelconque manifeste ou statut d’un parti d’opposition ou l’a-t-il entendu dans un discours d’un leader de l’opposition ?

Notre confrère devait avoir compris que le temps d’agiter des épouvantails ou crier au loup (minorité menacée) pour attirer la sympathie et laisser « génocider en paix » comme au Burundi en 1972, est révolu. Les peuples sont assez mûrs pour exiger la démocratie sans tomber dans la démagogie. Paradoxalement les Barundi l’ont bien compris et ils sont sur la bonne voie.

Emmanuel Neretse
Echos d’Afrique

 

Rwanda:une leçon de courage et de détermination par Victoire Ingabire

Victoire Ingabire au Tribunal ce 20/06/2011_Photo Umuvugizi.com

Le lundi 20 juin 2011, l’opposante rwandaise Madame Victoire Ingabire détenue à Kigali depuis octobre 2010 pour avoir voulu faire enregistrer son parti FDU et se présenter contre le dictateur Paul Kagame à l’élection présidentielle d’août 2010, devait comparaître devant la Haute Cour de Kigali pour le début de ce procès politique.

A son arrivée au tribunal où étaient massée une foule de sympathisants et d’admirateurs, elle a étonné par son assurance et la détermination affichées sur son visage malgré plusieurs mois passés dans la sinistre prison connue sous l’appellation de « 1930 » allusion à l’année de sa construction.

Mais ce qui restera dans les annales comme un des gestes les plus beaux d’une prisonnière politique, c’est quand elle a levé ses deux bras encore menottées, les deux pouces en l’air comme pour dire à la foule : « Nous défendons la bonne cause et nous vaincrons ». Ces geôliers déployés en masse n’en croyaient pas leurs yeux.

Finalement, la Haute Cour a accédé à la demande de la défense qui, lors de sa comparution en mai dernier, avait demandé en vain, que le procès soit reporté au moins en septembre2011. La défense demandait en effet un délai raisonnable pour pouvoir étudier le dossier d’accusation qui contient pas moins de 2500 pages rédigées pour l’essentiel en kinyarwanda alors que deux des avocats de Victoire Ingabire, de nationalité anglaise, ne maîtrisent pas cette langue.

S’adressant à la cour, la présidente du parti FDU-Inkingi s’est dite prête à se défendre contre les témoins de l’accusation que sont Uwumuremyi Vital, Nditurende Tharcisse, Habiyaremye Noel et Karuta, des anciens rebelles des Forces de Libération du Rwanda (FDRL) selon le Parquet. Ils ont déjà plaidé coupables et souhaitent un procès immédiat. Poursuivant son intervention, Victoire Ingabire a fait savoir que certains de ses droits sont bafoués notamment le fait de ne pas lui permettre de communiquer avec sa famille, ni par écrit, ni par téléphone ou le fait de la maintenir dans des menottes au sein du Tribunal. Les juges ont estimé qu’effectivement devant les juges, l’accusé ne doit pas être menotté mais ils n’ont pas pris une décision à ce sujet.

Vu les vacances judiciaires qui approchent, le procès a été reporté au 5 septembre 2011. Les juges ont fait savoir qu’à cette date, aucune autre raison ne pourra plus être évoquée pour reporter le procès.

Jane Mugeni
EdA Press