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Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, édition 2016: quand les femmes font trembler l’une des plus  brutales dictatures de l’Afrique.

Les lauréats du prix Victoire Ingabire pour la paix , édition 2016 : Anneke Verbraeken, Patrick Mbeko et  Fred Holt.

Les lauréats du prix Victoire Ingabire pour la paix , édition 2016 : Anneke Verbraeken, Patrick Mbeko et Fred Holt.

Lors d’une cérémonie organisée à Bruxelles samedi le 12 mars 2016, le Réseau international des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RifDP) a remis pour la 5ème fois consécutive le Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et  la Paix. Ce Prix  est décerné à toute personne physique ou morale, s’étant distinguée par son travail, de manière pacifique, dans le domaine de la promotion de la démocratie, de la paix, de la liberté d’expression, du respect des droits de la personne et qui a contribué de manière significative à instaurer le rapprochement des peuples par le dialogue, le respect de la personne humaine, de la justice sociale dans le but d’améliorer la qualité de vie de la population de la région des Grands Lacs africains.

Créé par le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix, en hommage à Madame Victoire Ingabire Umuhoza, il a été dévoilé au public le 12 mars 2011. Ce prix incarne le courage, le leadership de Victoire Ingabire Umuhoza dans sa démarche pacifique et démocratique de résolution de conflits.

Cette année 2016, le RifDP vient de décerner le Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix à trois lauréats: la Journaliste néerlandaise Anneke Verbraeken, le politologue congolo-canadien Patrick Mbeko et l’activiste et  défenseur des droits de l’homme norvégien Fred Holt.

Cet événement a suffi pour faire sortir le régime dictatorial de Paul Kagame de ses gonds. Ayant depuis sa création minimisé l’action de ces femmes, le régime de Kigali vient enfin de se réveiller en catastrophe. Il a lâché ses limiers aux avant-postes pour tenter de contrer cette force de la lutte pacifique que mènent ces femmes et qui se révèle chaque jour davantage plus irrésistible que n’importe quel arsenal militaire.

C’est ainsi que le tout nouvel ambassadeur à Bruxelles le tonitruant « hutu de service » Olivier Nduhungirehe doit désormais suivre de près cet événement, en faire rapport à ses maîtres non sans avoir désinformé l’opinion publique internationale à travers les réseaux sociaux sur ce prix ayant désormais acquis une renommée internationale. Le tabloïd extrémiste sans foi ni loi « Rushyashya » est bien évidemment sommé  de monter au créneau.

Cette honte du journalisme qu’est « Rushyashya » appartient à Gualbert Burasa, le fils d’un certain André Kameya qui, en 1992-1994 était rédacteur d’un autre journal incendiaire « Rwanda Rushya » (littéralement : le « Rwanda qui brûle ») et qui effectivement, à cette époque, a mis le Rwanda à feu.

Pour louer son action, le régime du FPR a promu le fiston Gualbert Burasa aux fonctions de « bouffon du régime » en matière médiatique. Il peut se permettre dans son brulot « Rushyashya » de mentir, diffamer, insulter, manipuler… autant d’actes que les médias officiels d’Etat ne peuvent pas endosser, mais que Burasa de « Rushyashya peut diffuser sans risquer d’être poursuivi ni même démenti au Rwanda.

C’est à lui que revient la tâche de rappeler à l’ordre tel hutu de service occupant un poste élevé et qui commence à prendre la grosse tête en lui rappelant que le pays fut conquis par les armes portées par les Tutsi ! C’est toujours lui, Gualbert Burasa de « Rushyashya » qui est chargé, dans le cadre du double langage comme politique de communication du FPR, de désinformer l’opinion intérieure en lui distillant des informations qui n’ont rien avoir avec la réalité de ce qui se fait ou se dit.

Dans un mépris révoltant, un cynisme inhumain, « Rushyashya » de Gualbert Burasa, instruit par le FPR, présente à l’opinion du peuple rwandais les crimes du FPR comme des bienfaits, ses déboires comme des succès, ses craintes comme actes de bravoure.

C’est donc une indication précise que le régime du FPR prend au sérieux l’impact de l’action du RiFDP quand on voit comment, à travers le tabloïd « Rushyashya », il désinforme l’opinion en usant du cynisme et de la calomnie pour présenter l’événement comme ayant été organisé par le mari de Victoire Ingabire et qui, à cette occasion, se réjouirait de l’incarcération de son épouse. Pourtant, ce témoignage [VIDEO] en dit long sur les sentiments de Mr Muyizere vis-à-vis de son épouse.

N’ayant plus de crédibilité à perdre, les médias du régime comme « Rushyashya » constituent néanmoins des arguments offerts à l’opposition s’il fallait encore démontrer la nature totalitaire, grossière et inhumaine du régime de Paul Kagame.

Le Réseau international des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RiFDP) est sur ce point à féliciter et à encourager dans son action car il s’avère qu’il a touché du doigt là où ça fait mal sur le corps du FPR avec le prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et Paix, édition 2016.

Jane Mugeni

 

Le Burundi s’enfonce inexorablement dans la violence. Qui est responsable ?

BURUNDI_3_0 - CopieDepuis l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana à Bujumbura le 02/8/2015, un climat de peur et de suspicion règne au Burundi. La situation est loin de s’apaiser car d’autres assassinats ou tentatives d’assassinats se poursuivent à un rythme quasi quotidien.

DÉBUT D’UNE GUÉRILLA URBAINE À BUJUMBURA

L’assassinat du général Adoplphe Nshimirimana a privé le régime de son homme fort, mais il sonne également le début d’une guérilla urbaine à Bujumbura. Les faits le prouvent à suffisance. Le véhicule du général Nshimirimana a été détruit à l’aide de roquettes et de fusils mitrailleurs. Les spécialistes militaires sont d’avis que ces armes de guerre ne peuvent pas passer inaperçues. Si les tireurs ont pu les stocker et les actionner au moment opportun, c’est signe qu’il y a eu une longue préparation. Et les dernières informations font état de l’existence d’un véritable arsenal appartenant aux opposants au président Pierre Nkurunziza.

Un autre signe montrant que la guerre à Bujumbura a été préparée de longue date, c’est le professionnalisme avec lequel cet assassinat a été opéré. Pour lancer une roquette sur un véhicule, roulant à vive allure en pleine ville, ça ne peut qu’être l’affaire des spécialistes.  Cela est encore plus vrai que pour se camoufler avec de telles armes et tendre une embuscade, il faut beaucoup de complicité. Par ailleurs, pour tracer le véhicule du général Adolphe Nshimirimana, qui était un homme des renseignements militaires et qui n’avait sans doute pas divulgué son itinéraire, il a fallu un système de géolocalisation pour le pister. Encore une fois, cela nécessite  des moyens techniques qu’un tireur isolé ne peut pas avoir. Il y a eu donc toute une équipe de logistique pour réussir cet attentat. Tout cela montre que tout est en place pour une véritable guérilla urbaine, longue et coûteuse en dégâts humains et matériels.

LA VIOLENCE APPELLE LA VIOLENCE

Dans la foulée, Pierre Claver Mbonimpa, un éminent défenseur des Droits de l’Homme, a été blessé par balles dans la soirée du 3 août 2015 à Bujumbura. Le 04//2015, un attentat a été commis contre le commandant du 311ème bataillon commando. Transporté à l’hôpital, il a succombé, le jour suivant, à ses blessures. Son tort est d’avoir défendu le siège de la radiotélévision nationale le 13/05/2015 et mis en déroute les putschistes qui voulaient s’en emparer. Héros de ce coup d’Etat manqué, voilà qu’il l’a payé de sa vie.

Dans les quartiers de Bujumbura, c’est évidement la chasse à l’homme pour retrouver ces fauteurs de trouble et des tracasseries policières ne manquent pas.

Dans le camp du président Nkurunziza, la colère gronde et enfle. Ses partisans sont d’avis qu’il faut en découdre avec les « opposants ». Mais le président, comme il l’a fait depuis le début de la crise burundaise, a appelé la population au calme. Car, ce qui est voulu par ces attentats, c’est susciter une vague de violences qui va profiter aux pêcheurs en eau trouble. Le président Nkurunziza serait alors accusé de tous les maux dont le « génocide » que déjà certains ont commencé à brandir. Par ailleurs, cette stratégie du chaos est rôdée. Elle a réussi au Rwanda voisin entre 1990 et 1994 et c’est la marque déposée du Front patriotique Rwandais de Paul Kagame.

Même les services de l’ordre, malgré une série de provocations par les manifestants qui sont allés jusqu’à molester publiquement les policiers, n’ont pas sévi alors qu’ils en avaient les moyens et la capacité. Inimaginable en Afrique ! On peut reprocher au régime Nkurunziza tout ce qu’on veut, mais il a donné une leçon de retenue et surtout de maturité à ses détracteurs.

Mais combien de temps va durer cette retenue ? Aucun doute que quelque part il ya des gens qui piaffent d’impatience pour se lancer dans la bagarre burundo-burundaise.

LES ACTEURS EN PRÉSENCE ET LEUR RESPONSABILITÉ

Depuis que le président Nkurunziza a été désigné pour rempiler pour un 3è mandat présidentiel, des condamnations ont fusé de toutes parts. Presque tous les pays occidentaux, l’Union Européenne et les Etats-Unis ont désapprouvé cette désignation. Pierre Nkurunziza, dans une fuite en avant, s’est présenté, contre vents et marées aux élections présidentielles et les a remportées avec 69% de voix. Les mêmes condamnations ont été encore une fois ressassées, jugeant cette élection de « non crédible ».

L’opposition politique, fort du soutien de la communauté internationale, est en train de fourbir ses armes. Un coup d’Etat a échoué, une attaque sur la frontière avec le Rwanda a été repoussée,… Des préparatifs sont en cours pour d’autres actions violentes en vue de faire plier Pierre Nkurunziza. Les représentants des partis politiques de l’opposition ainsi que ceux de la société civile, et les anciens présidents du Burundi ont créé, à Addis-Abeba en Ethiopie le 1er août 2015, le « Conseil National pour le Respect de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi et de la restauration de l’Etat de droit », CNARED, dont l’objectif est de former un front uni contre le pouvoir de Pierre Nkurunziza.

La médiation du président Museveni et de son ministre de la Défense n’a pas eu de fruits. Il est vrai que ce n’est pas lui qui devrait donner des leçons de démocratie mais également sa proposition pour une autre période de transition après deux ans de pouvoir de Nkurunziza passe mal dans le camp présidentiel qui estime avoir la légitimité du peuple.

Au rythme actuel les « opposants » sont prêts à résoudre la crise burundaise par la violence avec ce que cela comporte comme conséquence en dégâts humains et matériels. La communauté internationale, qui a montré sa position, devrait mettre sur pied une médiation digne de ce nom et inviter l’opposition à plus de tempérance et avoir à l’esprit que fin des fins, on commence la guerre, on ne sait pas comment elle finit et tout compte fait ce sont des Burundais, tous sans exception,  qui en sortiront perdants.

Jane Mugeni

François Bugingo : chute d’une icône médiatique ou neutralisation d’un escroc ?

François Bugingo /photo lapresse.ca

François Bugingo /photo lapresse.ca

Les milieux médiatiques du Canada et du monde entier sont secoués par l’affaire « François Bugingo » du nom de ce journaliste rwando-canadien qui vient d’être reconnu comme un affabulateur étant donné que tous les reportages qu’il a vendus pendant des années aux plus grands médias du Québec étaient « bidonnés ». Mais seuls les non-rwandais seraient choqués de découvrir cette supercherie de la part d’un « journaliste » dont les déclarations faisaient autorité non seulement dans les médias mais aussi dans les services de police et la justice du Canada.

Nombre d’observateurs rwandais se demandaient comment les médias canadiens étaient tombés dans le panneau jusqu’à croire aux récits abracadabrantesques de ce Tutsi du Masisi qui n’est arrivé pour la première fois au Rwanda qu’en 1995 dans le sillage de la conquête du Rwanda par le FPR, mais qui a raconté avoir couvert la guerre et le génocide depuis 1990 en décrivant des scènes avec moult détails.

Dans l’affaire Léon Mugesera, les commentaires de François Bugingo ont été d’un poids décisif qui a poussé les instances judiciaires à l’extrader au Rwanda pour un discours prononcé en 1992. Plusieurs Rwandais d’éthnie hutu qui ont eu le malheur de croiser François Bugingo ou dont il connaissait seulement les noms seront harcelés par la police et les services d’immigration du Canada car dénoncés ou accusés par une célébrité journalistique et reporter de guerre dont la parole ne pouvait être jamais mise en doute.

Les Rwandais qui suivent la presse canadienne en étaient arrivés à se demander comment de tels mensonges pouvaient gobés. Et voilà que la bulle éclate et tout le monde feint de s’indigner. Mais entretemps qui va réparer les dégâts causés par l’escroc médiatique François Bugingo et surtout indemniser ses victimes ? Pourtant d’autres journalistes canadiens n’ont pas cessé de répéter « …ça ne s’est pas passé comme ça… »[i], mais leurs voix étaient chaque fois étouffées par le vacarme de François Bugingo.

Ainsi va le monde.

Jane Mugeni
27/05/2015

A lire sur le même sujet :

François Bugingo: des reportages inventés de toutes pièces

 

[i] Allusion faite au livre de Robin Philipot, Ça ne s’est pas passé comme ça à Kigali, Les Intouchables, septembre 2005.

Dissidence au sein du parti FDU : vers une clarification ?

Eugène Ndahayo, président du Mouvement national_Inkubiri

Eugène Ndahayo, président du Mouvement national_Inkubiri

Plus de deux ans après que quelques membres du parti FDU-Inkingi (Forces Démocratiques Unifiées–Inkingi) aient boudé et même saboté les activités du parti mais sans oser en sortir officiellement, il semble que cette fois-ci le groupe de dissidents grossi par les frondeurs et mauvais perdants du congrès d’Alost (13 et 14 septembre  2014), aient franchi le Rubicon pour quitter le parti « Forces Démocratiques Unifiées »-Inkingi et fonder le leur sous l’appellation  de : « Mouvement National- Inkubiri ». En effet, le 9 novembre 2014,  réunies à Bruxelles, une dizaine de personnes [voir Charte et signataires du Mouvement national_Inkubiri] ont signé un document mettant sur pied un nouveau parti politique d’opposition au régime en place à Kigali. Ainsi donc, après des mois de tergiversations, les dissidents, menés par Eugène Ndahayo puis rejoints par Nkiko Nsengimana et les autres déçus du congrès d’Alost, viennent de se rendre à l’évidence qu’ils ne pourraient pas continuer à agir politiquement sous le couvert d’un parti dont ils sont en profond désaccord idéologiquement.

D’ailleurs, dans l’exposé des motifs, les fondateurs du nouveau parti signalent clairement que ces divergences étaient manifestes dès la création du Parti FDU-Inkingi dans ses composantes FRD (Forces de résistance pour la Démocratie), RDR (Rassemblement Républicain pour la Démocratie au Rwanda) et ADR (Alliance démocratique rwandaise). Mais, ils omettent de signaler aussi que la nouvelle entité FDU-Inkingi, née de ces trois composantes, n’était point une juxtaposition des idéologies de ces anciennes composantes, mais bien un nouveau parti qui s’était alors doté de son propre projet de société et de son programme politique n’ayant rien à voir avec ceux des anciens FRD, RDR et ADR. Mais Ndahayo et consorts auraient toujours cru qu’ils étaient dans le parti FDU-Inkingi pour y défendre les intérêts et idéologies politiques de FRD ou ADR. Il semble donc que c’est ce malentendu de départ qui a été à la base de ces dissidences et que donc maintenant la situation devient plus claire avec la formation de leur parti par ceux qui se croyaient des FRD et de ADR opérant au sein des FDU-Inkingi.

Divergences idéologiques ou mauvaise foi ?

Les fondateurs du parti « Mouvement National-Inkubiri » reprochent aux cadres actuels du parti FDU-Inkingi orthodoxe d’être des anciens du MRND de l’ancien président Juvénal Habyarimana, ce qui ne correspond pas du tout à la configuration actuelle des membres et leaders des FDU-Inkingi dont la majorité a rejoint ses rangs après 2006. Ce seul pretexte suffit au groupe Ndahayo de vouer aux gémonies ses anciens partenaires au sein du parti FDU-Inkingi. Ce faisant, ces inquisiteurs politiques oublient ou tentent de faire oublier qu’ils furent tous des collaborateurs du FPR que ce soit lors de sa guerre de conquête ( 1990-1994) quand ils étaient ses complices de l’intérieur, ou après sa victoire quand ils sont entrés dans les institutions que cette ancienne rébellion mettait en place après juillet 1994. Le message que nous livre le groupe Ndahayo est que pour lui, avoir collaboré avec le régime Habyarimana est de loin plus criminel que d’avoir collaboré avec le FPR (Front Patriotique Rwandais) ou participé à son pouvoir comme l’ont fait Ndahayo, Musangamfura et Mberabahizi.

Les anciens dissidents de FDU-Inkingi désormais dans le parti « Mouvement National-Inkubiri » entendent se distinguer de FDU-inkingi en soulignant dans leur « projet de société » que sur la question du génocide, ils affirment mordicus, en dépit des recherches infructueuses du TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) et d’autres instances internationales, que le « génocide des Tutsi » a été planifié  par le régime du président Habyarimana. Seul le FPR est aussi catégorique sur cette affirmation. Mais si pour le FPR, il y va de sa légitimité dans la conquête et l’asservissement du Rwanda, on comprend mal dans quel intérêt Ndahayo et consorts feraient eux aussi de cette supercherie leur fond de commerce. Enfin, le nouveau venu sur l’échiquier politique, nous voulons citer le parti « Mouvement National-Inkubiri », entend amener la communauté internationale à modifier l’appellation consacrée par l’ONU de «  génocide contre les Tutsi » en « génocide tutsi ». Ici aussi on ne sait pas dans quel intérêt.

Fixation maladive sur le RDR

Jean Baptiste Mberabahizi, 2è Vice-président du Mouvement national_Inkubiri

Jean Baptiste Mberabahizi, 2è Vice-président du Mouvement national_Inkubiri

Le nouveau parti de Ndahayo, pour se justifier ou pour s’attirer quelques sympathies, se décharge sur le RDR, cette organisation née dans les camps de l’Est du Zaïre après 1994 et qui avait pour but de défendre les intérêts de plus de 2 millions de réfugiés alors entassés dans des camps de l’Est de l’actuelle RDC. Sixbert Musangamfura, alors chef des Renseignements du FPR ou un Mberabahizi qui avait rejoint ce mouvement et qui fut nommé député du FPR en 1994, devraient avoir informé plutôt leurs collègues que le RDR ne rassemblait  pas que  les tenants de l’ancien régime de la IIè République comme ils le mentionnent dans  leur projet de société. Il est risible de prétendre que seuls les partisans du régime de Habyarimana se trouvaient dans ces camps dont, rappelons-le, la population était de plus de 2 millions.

La vérité est que  les leaders du RDR venaient de tous les horizons de la scène politique rwandaise. Pour preuve, à la fondation du RDR, ce fut JMV Ndagijimana, issu du MDR, qui a été le premier responsable des Relations extérieures de cette organisation alors qu’un certain Habimana, lui aussi du MDR, en était le 2è vice-président. De même, c’est Ildephonse Munyeshyaka qui était responsable du RDR à Nairobi où cette organisation avait implanté l’essentiel des ses activités. Il était lui aussi du MDR. Le  secrétaire général  du comité régional était Vincent Ruhamanya, également du MDR. De plus, le RDR a cessé d’exister avec la création du parti FDU-Inkingi en 2006.

Il est donc surprenant que Ndahayo et son groupe, qui pourtant furent témoins de la fin du RDR, se réveillent quelques années plus tard en criant « au loup… c’est le RDR !» qui sous le couvert de FDU-Inkingi tenterait de réinstaurer le régime du MRND ! Le seul enseignement que l’on peut retenir de cette fixation maladive de Ndahayo et consorts sur le RDR est que le sort des réfugiés au Zaïre en 1994 ne les préoccupait pas, et pour cause, ils étaient des dignitaires du régime FPR qui devait pourchasser et exterminer ces réfugiés. Mais, même aujourd’hui, 20 ans après, il semble que ce groupe soit contrarié que ces mêmes réfugiés aient survécu et font encore parler d’eux, grâce notamment à ceux qui les ont défendus en leur temps dont en premier lieu le RDR. Il est significatif de noter que tout au long de leur  long exposé, Ndahayo et compagnie ne font d’ailleurs nullement allusion au sort  impitoyable qui attend  beaucoup de ces réfugiés qui errent encore dans les forêts congolaises.

Conséquences pratiques de la clarification

Sixbert Musangamfura, Secrétaire général du Mouvement national_Inkubir

Sixbert Musangamfura, Secrétaire général du Mouvement national_Inkubir

En rompant officiellement le lien avec le parti FDU-Inkingi et en rendant public un manifeste d’une nouvelle formation politique, Ndahayo et compagnie ont agi logiquement et ont fait un pas dans la levée d’une confusion qui était entretenue sur cette question. Seulement, ils ne sont pas allés assez loin car il semble qu’ils veulent encore s’accrocher sur l’acronyme « FDU » auquel ils adjoignent le nom du nouveau parti « Mouvement National-Inkubiri ». Le bon sens voudrait qu’ils abandonnent définitivement l’acronyme FDU et tout sera clair. En effet, l’acronyme FDU reste et restera à jamais associé à l’héroïne de la lutte démocratique qu’est Madame Victoire Ingabire Umuhoza incarcérée au Rwanda mais toujours présidente du parti-FDU-Inkingi.

Or, vous aurez remarqué que tout au long de leur développement  sur une  dizaine de pages, il n’est nulle part fait référence à Madame Victoire Ingabire et ses compagnons d’infortune au Rwanda. D’autres cadres du parti FDU-Inkingi et des militants en payent un lourd tribut : Sylvain Sibomana, secrétaire général du parti, purge 8 ans de prison. Plus d’une dizaine de jeunes militants viennent de terminer leur peine de 6 ans de prison. Leur seul péché est d’avoir voulu répandre les idéaux démocratiques des FDU-Inkingi au Rwanda. Ndahayo et son groupe ayant coupé tout lien avec Victoire Ingabire et ayant clairement exposé leurs divergences idéologiques avec son parti, la logique voudrait qu’aucune référence aux FDU ne devrait être faite dans la dénomination de leur nouvelle formation politique. De mauvaises langues sont d’avis que Eugène Ndahayo et son groupe sont pour le parti FDU ce qu’est Mukabunane pour le PS Imberakuri. Ils ont peut-être raison.

Du reste on ne peut que souhaiter « bon vent » au nouveau parti d’Eugène Ndahayo, JB Mberabahizi et autres Sixbert Musangamfura que les connaisseurs de la vie politique rwandaise n’hésitent pas à le qualifier  de « vagabond politique » au vu de son parcours. En effet rares sont les politiciens qui comme Sixbert Musangamfura,  peuvent se prévaloir d’avoir été successivement militant des partis : MDR, FPR, FRD, ADR, FDU et maintenant Inkubiri !

Il reste à  demander aux dirigeants du nouveau « mouvement national – Inkubiri» de clarifier l’objet de leur lutte : soit être opposants au régime de Kigali, soit être opposants à leurs anciens compagnons de lutte des FDU-Inkingi. Leurs attitudes de ces derniers temps tendent plutôt à démontrer qu’ils s’inscrivent dans cette dernière option.  Est-ce innocent ce genre de  comportements ?

Jane Mugeni
31/12/2014

Rwanda : Pour le régime du général Paul Kagame, le documentaire de la BBC est une « affaire d’Etat ». Pourquoi?

Evode Uwizeyimana

Evode Uwizeyimana

Le 01 octobre2014, la chaîne britannique de télévision publique BBC Two a diffusé pour la première fois un documentaire intitulé « Rwanda’s Untold Story ». Aussitôt, dans les cercles du pouvoir à Kigali, ce fut un tollé. Les réactions le plus souvent épidermiques et dictées par les services de propagande officiels ont éclaté dans tous les sens. A Kigali même, des jeunes « Intore », la milice du parti-Etat qu’est le FPR, a été jetée dans les rues pour scander des slogans hostiles à la BBC tout en chantant les louanges du président Kagame.  Les femmes aussi furent mises à contribution : des centaines parmi elles ont convergé vers le bureau local de la BBC dans un quartier de Kigali, mais certaines d’entre elles croyaient encore être là pour dénoncer «  l’Allemagne qui avait arrêté leur Rose Kabuye » !

A Londres, toutes les représentations du régime en Europe reçurent ordre d’acheminer des manifestants devant le siège de la BBC. Sur le plan des mesures gouvernementales, les émissions de la BBC en langue Kinyarwanda furent suspendues au Rwanda sans que l’on sache pourquoi étant donné que le documentaire est en anglais et qu’il est diffusé sur la seule chaîne TV accessible à quelques rares privilégiés rwandais. Mais, ce n’était pas fini car l’inénarrable ministre des Affaires étrangères et porte-parole du gouvernement Louise Mushikiwabo déclara entre-temps que son gouvernement étudiait encore la réponse à réserver à la BBC suite à cet « affront » fait au « Rwanda » et à son cher président Paul Kagame. Il semble que la fameuse réponse ne va pas tarder à venir puisque Kigali vient de mettre en place une Commission dite « Des experts pour analyser le documentaire de la BBC, Rwanda : Untold Storry ».

Avant de réfléchir sur la nécessité, de voir la mission et la composition pour le moins bizarre de cette Commission, il y a lieu de se poser la question de savoir pourquoi ce simple documentaire de quelques minutes a fait sortir de ses gonds un des régimes les plus prétentieux du monde. A défaut d’apporter une réponse absolue, force est de constater ce qui suit :

– Le petit documentaire s’attaque et fait écrouler les mythes fondateurs du régime du FPR-Inkotanyi, mythes dont il tire une légitimité à laquelle il ne pourrait jamais prétendre. En effet, jusqu’ici, la conquête du pouvoir par une armée étrangère était présentée comme une mission humanitaire « pour arrêter un génocide ».

Dans ce cadre, les mensonges du régime même les plus grossiers étaient tolérés sinon occultés par la même communauté internationale pour ne pas embarrasser leur protégé. C’est ainsi que les statistiques fantaisistes ont été admises comme fiables dès lors qu’elles allaient dans le sens de la propagande du FPR. Pour la première fois, le documentaire de la BBC a osé sortir de ce carcan, sans polémique,  mais par un raisonnement et des calculs élémentaires.

– Paul Kagame étant l’auteur de l’élément déclencheur du génocide à savoir l’assassinat du président Habyarimana le 6 avril 1994, au lieu de se glorifier de cet « acte de guerre » comme il commençait à le clamer tout haut après le forfait, avait été sommé par ses complices et maîtres de tout nier et avait reçu toutes les assurances pour l’aider à en être disculpé. Le documentaire de la BBC lui ouvre les yeux et lui montre que ces grandes puissances qui l’ont poussé dans sa conquête du pouvoir savent tout ce qui s’est passé et sont à mesure de le révéler au monde quand bon leur semble.

– Avec les témoignages de personnalités comme Carla Del Ponte qui fut Procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) et qui démontrent que Kagame et son FPR ont bénéficié d’une impunité voulue et exigée par les puissances qui pourtant étaient au courant des crimes que son armée commettait, n’augurent rien quant à l’avenir du dictateur et de son régime le moment où les mêmes puissances n’auront plus besoin de lui.

– Enfin, sur le plan interne, le documentaire détruit en quelques minutes la propagande du régime tutsi dans son entreprise de lavage des cerveaux et de chosification de la majorité hutu qui se caractérise par des campagnes et décisions controversées comme : le bannissement de la langue française dans l’enseignement sans transition ; la diabolisation des régimes d’avant 1994 et la réécriture de l’histoire du pays selon l’idéologie de l’UNAR ancêtre du FPR actuel parti-état ou la chasse aux opposants avec l’accusation vague et passe-partout de « véhiculer l’idéologie du génocide ».

Ce constat peut amener n’importe quel dictateur même le plus téméraire et inconscient à s’alarmer. Voilà pourquoi le documentaire de la BBC dérange au plus haut niveau le pouvoir dictatorial de Paul Kagame.

Une « Commission BBC »

Comme on l’a vu, le régime vient de mettre en place une commission nationale chargée de se pencher sur le documentaire de la BBC. Sans autre précision sur sa mission, on peut supposer qu’elle doit rassembler les éléments pouvant amener le gouvernement rwandais à porter plainte contre la BBC et demander des dommages et intérêts et même plus loin servir de base à ce que des lois internationales  sanctionnent ce genre de publications, à savoir celle qui critiquerait le régime en place au Rwanda. Cependant en considérant la composition même de cette commission, nous pensons que le chemin est encore long et que ce n’est pas celle-ci qui contribuera à faire admettre au Monde que la propagande du FPR véhiculée depuis son invasion du Rwanda venant d’Ouganda en 1990 doit être prise comme «  la vérité absolue sur ce qui s’est passé au Rwanda ».

Composition de la « Commission BBC »

La commission est composée de cinq personnalités. Mais trois d’entre elles ont d’emblée attiré notre attention car leur profil permet de se faire une idée sur la qualité du rapport final qu’ils vont produire et la crédibilité à lui accorder.

Martin Ngoga

Ce tutsi qui est né et grandi en Tanzanie a été, après la prise du pouvoir du FPR, le représentant du Rwanda auprès du TPIR à Arusha. Il s’est alors distingué dans la chasse aux collaborateurs des avocats de la défense, à l’intimidation des témoins à décharge et à la mise en place d’un véritable « syndicat de délateurs » appelés abusivement témoins à charge. Il reçut alors une promotion spectaculaire et devint « Procureur général du Rwanda ».  A ce poste prestigieux, il se distingua dans la fabrication et la publication des listes sauvages de ceux qu’il appelait les « génocidaires » en alertant toutes les polices du monde notamment Interpol qui exécutait sans broncher ses injonctions. Il s’est avéré que sur ses listes figuraient même des personnes décédées bien avant 1990 mais dont les nouveaux maîtres du pays voulaient faire condamner pour s’emparer de leurs propriétés ou dissuader leurs proches de revenir au Rwanda tout en les déstabilisant dans les pays d’exil.

C’est sûrement lui qui va rédiger l’Acte d’Accusation dans des termes qui lui sont familiers quand il s’agit d’accuser les « génocidaires »  ou les « négationnistes ». Quelle crédibilité auront les conclusions du « Commissaire » Martin Ngoga ?

Mfizi Christophe

Ce hutu originaire de Gisenyi comme l’ancien président Habyarimana fut pendant plus de 15 ans le tout puissant directeur de l’Office Rwandais d’Information (ORINFOR), le service étatique qui gérait les médias notamment la Radio Rwanda ainsi que la presse écrite du régime. Il fit sensation quand à la faveur du multipartisme, il changea son fusil d’épaule pour rejoindre l’opposition naissante qui flirtait avec la rébellion du FPR qui avait attaqué le pays à partir d’Ouganda en octobre 1990. Christophe Mfizi, pour ses talents littéraires, fut alors mis à profit pour diaboliser le président Habyarimana qui, malgré tout, restait populaire dans la population. L’on se souviendra de son fameux pamphlet « Ikiguri-Nunga » ou « Le Réseau Zéro » dans lequel il « révélait » ou inventait l’existence d’une organisation criminelle évoluant dans le cercle restreint du président Habyarimana. Une dizaine d’années plus tard, le même Christophe Mfizi était confondu devant le TPIR et il fut incapable d’établir formellement l’existence de son fameux « Réseau Zéro » dont l’un des membres présumé alors jugé parle le TPIR était principalement accusé d’appartenir. Il fut si confus que le Procureur du TPIR n’osa pas présenter  son rapport d’expertise comme pièce à conviction, malgré que Christophe Mfizi  avait perçu une somme de 10.000 dollars pour élaborer ce document fantaisiste intitulé « Le Réseau zéro B ». L’accusé, dont au passage le nom avait servi à Mfizi de donner le titre à son pamphlet de 1991, fut acquitté de tous les chefs d’accusations. Auparavant Christophe Mfizi aura acquis le titre « à vie » d’Ambassadeur, puisqu’en 1994, en guise de remerciement, le FPR après sa prise du pouvoir, le nomma Ambassadeur du Rwanda à Paris. Arrivé à son poste, il se rendit à l’évidence : il n’était qu’un faire-valoir. En effet il était constamment humilié par ses «  subordonnés formels » mais en réalités ses patrons car ils étaient des tutsi venus d’Ouganda. On raconte même qu’il lui arrivait d’être giflé par son chauffer ! De guerre lasse, il démissionna et demanda l’asile politique en France. Hélas !, confronté aux aléas de la vie de réfugié auxquels s’ajoutaient les problèmes d’ordre privé, C.Mfizi se résolut à refaire allégeance à Paul Kagame qui, dans son « indulgence proverbiale », le reprit parmi les Hutu de service.

Voici l’homme qui est ajourd’hui appelé à juger le documentaire de la BBC et à faire des recommandations au gouvernement de Kagame. Quelle crédibilité sera-t-elle accordé aux recommandations du vieux Mfizi vus son parcours et surtout sa situation actuelle ?

Evode Uwizeyimana

Alors là, avec Evode Uwizeyimana, le FPR a touché le fond du ridicule. Voici un garçon qui, il y a encore quelques mois, d’abord comme un « jeune  juriste vivant au Canada », ne tarissait pas de reproches envers le régime du FPR surtout sur les antennes de la …BBC ; voici un mec qui, il y a à peine quelques mois, était membre du parti d’opposition RDI Rwanda Rwiza, mis en place par l’ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu, n’a cessé de pourfendre le régime pour ses crimes et diverses violations des droits de l’homme ; voici un homme qui, après un problème familiale qu’il eut au Canada, a négocié et obtenu son retour au Rwanda où il fut nommé « Conseiller » au ministère de la Justice et qui, dans sa première interview à Kigali, n’a pas nié ses prises de positions antérieures hostiles au régime  et a évoqué la prescription et le classement sans suite…  Et c’est ce même homme qui doit juger, en tant que « spécialiste du droit », le documentaire de la BBC ! Quelle crédibilité accorder aux considérations de « Maître » Evode Uwizeyimana ?

En conlusion

Le régime Kagame a certes été touché et ébranlé dans  ses fondements par le documentaire de la BBC « Rwanda’s Untold Story ». Mais ses réactions sont ridicules, disproportionnées et non productives. Il en va de même de cette « Commission » composée de personnalités qui peuvent se revendiquer de tout comme  l’arbitraire (Martin Ngoga), la mesquinerie ( Christophe Mfizi) et l’opportunisme primaire (Evode Uwizeyimana) ; mais surtout pas de commissaires indépendants. On croyait qu’après 20 ans de pouvoir et 24 ans de propagande mensongère, le FPR pouvait nous réserver mieux dans sa lutte pour sa survie. Hélas !, c’est raté.

Jane Mugeni
05/11/2014

 

Au Rwanda l’arbitraire et la répression politique font office de « Justice » : Le cas de Sylvain Sibomana

Sylvain Sibomana

Sylvain Sibomana

Sylvain Sibomana est Secrétaire Général du parti d’opposition FDU-Inkingi. Il est, depuis plusieurs mois, détenu au Rwanda où il purge des peines infligées arbitrairement parce qu’il s’oppose au régime du FPR.

Malgré les aides massives versées au régime dictatorial de Paul Kagame par les puissances occidentales pour soi-disant améliorer et soutenir son système judiciaire, en dépit des dispositions de la Constitution dont plusieurs articles reconnaissent les droits fondamentaux de l’homme, admettent la démocratie basée sur la diversité des idées et proclament que la bonne administration de la Justice est le garant de la liberté publique (Art. 44), la réalité est que ce qui, au Rwanda, est présentée comme « Justice »  n’est qu’une machine aux mains de l’exécutif et servant à faire taire toute voix discordante.

Le cas de Sylvain Sibomana en est une des visibles illustrations. Ce leader du parti FDU-Inkingi fut arbitrairement condamné par la Haute Cour de Karongi à 6 ans d’emprisonnement. C’était le 13/01/2014. Il a fait appel auprès de la Cour Suprême le 18/02/2014. Quelques mois plus tard, à savoir le 13/06/2014, il adressa un courrier au Président de la Cour Suprême demandant que les dates de son procès soient fixées. Ne recevant aucune réponse, il adressa des lettres de rappel à la même Cour Suprême successivement les 18/08/2014 et 29/09/2014, lettres qui, jusqu’à ce jour, n’ont reçu aucune réponse.

Les partis politiques démocratiques et au premier rang le parti FDU-Inkingi ne peuvent que dénoncer cette injustice dont est victime Monsieur Sylvain Sibomana en particulier et de tous les opposants politiques en général. De même, les défenseurs des Droits de l’Homme devraient exiger au régime de Paul Kagame de respecter les principes élémentaires repris dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme que le Rwanda a pourtant ratifiée.

Jane Mugeni
01/11/204

BBC « Rwanda’s Untold Story » : Le « mythe Kagame » serait-il en train de s’écrouler ?

Paul Kagame/photo rfi

Paul Kagame/photo rfi

A peine quelques jours après la diffusion par la BBC d’un documentaire titré : « Rwanda : The Untold Story », le régime de Paul Kagame , ses sponsors et ses obligés déploient leur artillerie lourde sur le terrain médiatique où leurs positions risquent de tomber une à une. Signe que le documentaire de la BBC a fait mouche !

– Il y eut d’abord la fameuse association « IBUKA » qui, forte de sa jouissance de  « non contestabilité », a appelé à une manifestation devant le siège de la BBC à Londres. Une trentaine de militants se sont donc retrouvés samedi le 10 octobre devant l’immeuble de la BBC en brandissant des pancartes chantant les louanges à Paul Kagame et accusant la BBC de « négationniste ».

– Il y eut ensuite cette lettre de protestation du 12 octobre adressée au Directeur de la BBC et signée par une trentaine de soi-disant « professeurs, chercheurs, journalistes, historiens… ». Comme nous le verrons plus loin, les signataires sont pour la plupart des complices de Paul Kagame dans les crimes qu’il a commis ou sont ses obligés car travaillant pour lui d’une façon ou d’une autre.

– Il y eut aussi la sortie de Paul Kagame le 14 octobre lors de l’installation de son cousin Bernard Makuza comme président du Sénat et donc officiellement n°2 du régime. Il a pratiquement mis le pays en état d’alerte en prétendant qu’il s’apprête à donner une leçon de comment faire la guerre à ceux qui vont l’attaquer ! Dans son discours, il voit donc en la diffusion du documentaire de la BBC une déclaration de guerre et n’a pas manqué de souligner que c’est trop tard car depuis vingt ans il aurait accumulé des moyens de guerre « invincibles » (si jamais il en existe comme il le croit!).

-Il y eut encore la sortie d’un article sur le blog pro-Kagame par un certain Alain Gauthier le 15 octobre. Cet enseignant retraité reconverti sur le tard dans le showbiz a fait fortune dans le commerce du génocide rwandais en France de sorte qu’il est actuellement une star médiatique et un « people », rien qu’en vendant le génocide rwandais en France. C’est donc de bonne guerre qu’il soit parmi les plus acharnés à défendre son gagne-pain qui s’évanouira avec la chute du régime dictatorial de Paul Kagame. Donc, il fait tout pour repousser l’échéance le plus loin possible dans le temps.

– Il y a enfin cette sortie du journaliste ougandais Andrew Mwenda dans le quotidien du FPR « The NewTimes »  de ce 15 octobre. Ce journaliste d’origine ougandaise, qui fait partie du fameux panel des conseillers étrangers de Paul Kagame et chargé spécialement de la communication en Afrique de l’Est, défend son « boss » en fustigeant la BBC et au passage dévoile la haine qu’il nourrit envers tous ceux qu’il perçoit comme hutu. Il conclut en effet son article en prétendant que même s’il s’avérait que  Paul Kagame aurait tué le hutu Habyarimana, il serait dans son droit car le président hutu était son ennemi naturel !

Des constantes

Tous ces défenseurs de la dictature de Paul Kagame qui intentent à la BBC un procès d’intention se rejoignent sur certains points essentiels. Pour eux :

1. Il faut cultiver et maintenir l’amalgame entre la critique légitime de la dictature de Paul Kagame en l’assimilant à une « négation du génocide ». Le documentaire de la BBC, qui en aucun moment ne nie le génocide,est qualifié de « négationniste » parce qu’il a osé évoquer timidement les crimes commis par le dictateur Kagame tout au long de sa conquête militaire du Rwanda. C’est sous ce prétexte que les témoignages des acteurs de premier plan dans les événements qui ont secoué le Rwanda entre 1990 et 1994, sont, selon eux, à disqualifier dès qu’ils proviennent des opposants politiques à Paul Kagame même quand ils sont des témoins oculaires des faits. Aux yeux des milieux qui portent  la dictature à bras le corps, seuls les aveux de Paul Kagame lui-même et de ses sujets, aveux qui ne viendront certainement jamais, constituent des preuves tangibles de sa culpabilité. Rien n’est plus naïf !

2. Les faits qui contredisent les thèses du régime, surtout les mythes qui fondent sa légitimité, doivent systématiquement être occultés, quitte à se contredire ou à nier ses anciennes déclarations. Ainsi, pour asseoir le « dogme » comme quoi Paul Kagame aurait arrêté le génocide, ses admirateurs oublient ou ne veulent pas réentendre qu’en avril 1994, il avait refusé l’intervention des troupes de l’ONU quand il a envoyé une délégation au Conseil de Sécurité des Nations Unies qui débattait de la question. La délégation, qui  était composée de Claude Dusaidi et de Charles Muligande, a dissuadé l’ONU d’intervenir. Mais les lobbies de Paul Kagame occultent ce fait et continuent de clamer qu’il aurait arrêté le génocide alors que lui-même s’en est défendu.

Ceux qui sont commis pour blanchir Kagame en arrivent à désinformer l’opinion, à mentir et même jusqu’à faire dire aux magistrats ce qu’ils n’ont jamais ou encore dit. L’affaire de l’attentat du 6 avril 1994 en donne une illustration caricaturale. Selon Ibuka, le groupe des professeurs chercheurs, journalistes, historiens dont on a parlé et Alain Gauthier, le juge anti-terroriste français Marc Trévidic aurait déjà innocenté Kagame et prononcé un non lieu général ! Ce qui est faux car la décision du juge n’est pas encore connue. Ces enfumeurs de l’opinion ajoutent qu’il aurait conclu que le départ des missiles qui ont abattu l’avion ont été tirés à partir du camp Kanombe qui était gardé par la Garde présidentielle. Ce qui est encore faux, car même l’expertise du « deus ex-machina d’acousticien » appelé à la rescousse et qui a fait ses simulations dans un domaine militaire du centre de la France, n’a pas parlé du camp Kanombe mais du « domaine militaire » de Kanombe, une zone plus large et non habitée. Son intervention a été sollicitée après la visite, sur le terrain au Rwanda,  des balisticiens et géomètres mais dont le rapport concluait pas dans le sens disculpant Kagame. L’expertise qu’on voudrait présenter comme décisive, ne désigne même pas de façon formelle l’endroit du départ des tirs. Il indique seulement que le domaine militaire de Kanombe est l’un des sites possibles mais parmi les six autres hypothèses, dont la colline de Masaka. Enfin, ils se gardent de dire que l’expertise acoustique contestable n’est pas le seul élément et encore le plus déterminant pour fonder la conviction du juge. Mais dans leurs manœuvres de désinformation et de faire pression, ils tentent de convaincre le monde et surtout influencer le juge qu’il en est ainsi. Il faut encore préciser que que même le camp Kanombe n’était pas sous le contrôle de la Garde présidentielle qui avait ses quartiers à Kimihurura en face de l’immeuble du Parlement où avaient été admis des milliers de combattants du FPR.

La lettre des 37 intellectuels au Directeur Général de la BBC

La lettre reprend le même credo que doivent répéter les défenseurs du dictateur Kagame en reprenant les mêmes arguments : critiquer Kagame c’est nier le génocide ; les opposants sont des génocidaires ; l’histoire du Rwanda doit se réduire aux thèses du parti au pouvoir, le FPR de Paul Kagame,…

Mais le plus frappant est le panel des signataires. La liste est constituées de ceux-là même qui ont accompagné Paul Kagame dans sa conquête du Rwanda ou qui ont participé ( ou participent encore) à la promotion de son image dans les médias. A ces inconditionnels, il faut ajouter des opportunistes devenus ses obligés et pudiquement appelés des consultants ou des « spécialistes du Rwanda » le temps de produire un article ou de publier un livre commandé et financé par le dictateur.

Un bref aperçu de cette liste permet de distinguer des catégories parmi les signataires.

On y trouve  d’abord les traumatisés, les déçus à qui on avait donné des missions qui les dépassaient mais qui aujourd’hui doivent accompagner le FPR dans sa chute. C’est le cas du général Dallaire qui a commandé les forces de la mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda (MINUAR) de 1993 à 1994. Cet officiel canadien a débarqué au Rwanda avec un mauvais entendement de sa mission. Il croyait venir aider le FPR de Paul Kagame à prendre le pouvoir et il s’en est employé corps et âme , mais par après, comme il ne peut se prévaloir ouvertement de cette action (avoir installer Paul Kagame au pouvoir au Rwanda),  dans sa frustration, il est obligé de défendre mordicus le dictateur pour qui il a tout fait afin qu’il accède au pouvoir alors que l’ONU lui avait «  officiellement » envoyé pour aider à la mise en place d’une solution négociée entre belligérants. Il en sera marqué à jamais. C’est dans la même catégorie qu’il faudrait classer Mme Barabara Mulvaney, qui fut procureur dans le procès phare dit « Bagosora et al. ». Et où il était prévu qu’il serait spectaculaire car les preuves de planification du génocide allaient éclater mais qui a fini en queue de poisson avec l’acquittement de tous les accusés du chef « d’entente en vue de commettre le génocide ». Elle se mord les doigts et en est aussi marquée à jamais.

On distingue ensuite des individus opportunistes qui avaient découvert qu’ils pouvaient se rendre célèbres (et riches) en renversant les rôles de la France, surprise de se faire évincer de la région  par des puissances anglo-saxonnes qui, après une longue préparation, venaient de se rendre maître de la région. Ils ont alors publiés des thèses fantaisistes mais très prisées par le régime de Paul Kagame, et par les puissances qui venaient de l’installer. Dans cette catégorie, on trouve Linda Melvern, celle-là même qui n’avait pas hésité à produire de grossiers faux documents pour accréditer la thèse que l’avion de Habyarimana avait été abattu par des éléments de sa propre armée épaulés par la France. Il y a encore l’aventurier Andrew Wallis qui a publié « Silent Accomplice: The Untold Story of France’s Role in the Rwandan Genocide »

Sur cette liste des signataires figurent aussi des Français qui ont voulu se rendre célèbres (et riches) en surfant sur la vague de la réputation des « Français contestataires contre leurs institutions » où n’importe quel quidam qui défie l’ordre établi est perçu comme un héros. Ceux-ci n’ont pas hésité à salir l’honneur des armées françaises par des mensonges et des calomnies dans le seul but de s’attirer les sympathies du nouveau régime installé au Rwanda par les puissances anglo-saxonnes et en même temps apparaître en France comme des «  mousquetaires, héros »…qui osent dénoncer la politique française en Afrique.  C’est dans cette catégorie qu’on peut ranger un Patrick de Saint Expéry ou un Jacques Morel.

Sur la liste des signataires, on y trouve aussi, hélas !, des « journalistes du ventre » comme il en est le cas dans de telles situations. Aucun pays n’a le monopole de produire des « journalistes du ventre ». Ils sont partout. Dans le cas qui nous concerne, les sénégalais Mehdi Bâ et Boubacar Boris Diop, côtoient allègrement le français Jean-François Dupaquier. Ce denier n’hésite pas à se prévaloir des spécialités selon les circonstances. Il devient « journaliste d’investigation » quand il doit déposer devant le TPIR, mais se réclame de la qualité d’historien pour pouvoir déposer des faux documents ou des documents falsifiés. Devant la Cour d’Assises de Paris, il se présente comme anthropologue pour obtenir l’occasion d’affirmer que « selon ses recherches, les jeunes hutu subiraient un rite initiatique avant d’être admis dans le monde des adultes et qui consisterait à violer des jeunes filles tutsi » ! Plus scandaleux, tu meurs !

Il y a enfin le cas des personnes sous influence qui se doivent de suivre aveuglement leurs maîtres. C’est le cas de Hélène Dumas qui vient de recevoir un doctorat de l’Ecole de Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHEES) de Paris. L’un de ses maîtres n’est autre que José Kagabo, un membre éminent du FPR, professeur à l’EHSS mais aussi …Sénateur au Parlement de Kigali ! Hélène Dumas se devait donc de signer la pétition dénonçant la BBC pour faire cause commune avec  son maître.

In fine, nous conclurons en abondant dans l’idée du Dr Rudasingwa qui, dans sa lettre adressée au Directeur Général de la BBC termine en proposant que la même BBC organise un débat contradictoire sur le même thème qui opposerait les représentants du gouvernement rwandais, les personnalités de l’opposition et de la société civile, les chercheurs et spécialistes du Rwanda de tous bords. Ceci enlèverait au régime de Paul Kagame le prétexte que le documentaire n’avait  reproduit que les avis de l’opposition, donc des négationnistes, mais aussi permettrait à la BBC de réfuter, preuves à l’appui, que sa recherche de vérité ne doit pas être assimilée au négationnisme. Au cas où le FPR refuserait ce débat, qu’il se taise pour toujours et que ses sbires cessent d’intimider ceux qui, comme la BBC, cherchent à percer les secrets qui ont été à la base de l’installation, contre toute logique, de la dictature de Paul Kagame au Rwanda

Jane Mugeni
16/10/2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rwanda Day ou messe noire ?

Paul Kagame à Atlanta/igihe.com

Paul Kagame à Atlanta/igihe.com

Rwanda Day est cette Grand-messe annuelle instituée par le général Paul Kagame il y a quelques années et qui consiste à rassembler ses fidèles dans une des grandes métropoles occidentales pour qu’il chante ses louanges. Le but de cette manifestation à première vue ridicule et propre aux dictatures ubuesques, est de vendre son image dans l’opinion occidentale via les médias chèrement payés, mais aussi de faire diversion sur les violations graves des Droits de l’Homme auxquelles se livre régulièrement l’homme fort du Rwanda dans le pays qu’il a militairement conquis en 1994.

Des coûts faramineux

Il y a d’abord le déplacement du président Paul Kagame qui coûte à l’Etat des centaines de milliers de dollars qui sont payés… au même Paul Kagame. En effet aussi incroyable que ça puisse paraître, Paul Kagame se déplace dans des jets privés loués par le gouvernement rwandais à une société privée dont il est propriétaire ! Peu de Chefs d’Etats y auraient pensé ! Ensuite, le général-président exige de séjourner dans un hôtel où une suite est au prix de vingt mille dollars par nuit.

Au Rwanda même, des centaines de citoyens sont sommés de faire le voyage et à leurs frais pour gonfler le nombre de ceux qui acclameront le dictateur en Occident. Enfin, des cachets exorbitants sont remis aux célébrités du monde qui sont priées d’apparaître dans ces rassemblements afin d’en amplifier l’écho dans les médias, auxquels il faut ajouter les dîners de gala qui leurs sont offerts à l’occasion.

Atlanta : Rwanda Day, édition 2014

Cette année, c’est la ville d’Atlanta qui a été choisie par le président Paul Kagame pour la grand-messe annuelle. Les organisateurs avaient fixés rendez-vous aux invités et aux convoqués pour le 20 septembre. Au Rwanda même, plus de 500 hommes d’affaires et cadres ont été obligés de payer 2000 dollars chacun pour faire le déplacement. Les ressortissants rwandais vivant en Amérique du Nord et qui sont des obligés du régime (étudiants, anciens réfugiés des années 60 et leurs descendants…) ont été aussi obligés d’y aller. Certains ont dû faire un voyage de plus de 20 heures de route pour en fin de compte apercevoir et entendre durant quelques minutes le dictateur Paul Kagame ânonner quelques phrases dans un anglais approximatif avec un accent ougandais, avant de se taper encore vingt heures de route.

Disparitions et cadavres flottant dans le lac Rweru

Le Rwanda Day 2014 tenu en septembre à Atlanta aura surtout été l’occasion au régime dictatorial de Paul Kagame de faire diversion sur ce scandale du siècle qui voit un gouvernement faire disparaître massivement ses propres citoyens à la manière d’une organisation mafieuse. Timidement, des organisations de défense des Droits de l’Homme comme Human Right Watch et même l’Union Européenne commencent à s’inquiéter de ces découvertes des corps qui flottent dans les eaux rwandaises dont le lac Rweru et exigent des enquêtes. Le Rwanda Day d’Atlanta se devait donc d’enfumer l’opinion pour que ces disparitions passent inaperçues.

Méthodes terroristes non dénoncées

Que ce soit dans la capitale Kigali, dans la province du Nord (Ruhengeri) ou Ouest (Ngororero), les agents de Paul Kagame enlèvent les gens souvent à leur lieu de travail ou en pleine rue. Après quelques jours d’absence quand les proches signalent leur disparition à la police, celle-ci répond qu’elle en prend note mais qu’elle ignore où se trouve les disparus. Si la personne enlevée est célèbre (cas du musicien Kizito Mihigo), l’opinion s’émeut et après quelques mois la police est obligée d’avouer qu’elle la détient en secret. Mais pour les autres personnes anonymes, on n’entendra plus parler d’eux. Ce sont leurs cadavres que l’on repêche dans le lac Rweru.

Face à ce terrorisme flagrant pratiqué par un régime qui est censé assurer la sécurité de tous ses habitants, on se demande pourquoi cette situation n’est pas vigoureusement dénoncée par les puissances occidentales pourtant promptes à crier aux violations des Droits de l’Homme ou au terrorisme quand un mouvement comme Boko Haram ou cet Etat Islamique commettent un centième de ce que fait Paul Kagame. Au contraire, le terroriste prend plaisir à aller se prélasser dans les mégapoles de ces pays et même prend dans ses valises certains de ses prochaines victimes pour l’acclamer.

Jusqu’à quand le peuple rwandais continuera d’être laissé aux caprices sanguinaires du dictateur Paul Kagame ?

Jane Mugeni
22/09/2014

 

Rwanda. Et si les dignitaires du régime s’adonnaient au trafic d’organes humains ?

Lac Rweru/rfi

Lac Rweru/rfi

Depuis quelques mois, des pêcheurs au Lac Rweru qui fait frontière entre le Rwanda et le Burundi dans leur partie Est, font état de plusieurs corps humains repêchés presque journellement. Ce sont surtout les pêcheurs du côté burundais qui ont osé en parler.

Les reporters de RFI qui se sont rendus sur les lieux rapportent des témoignages qui confirment que ces cadavres viennent bien du Rwanda.

Signalons que le lac Rweru recueille les eaux de l’Akagera dont les affluents sont le Nyabarongo et l’Akanyaru qui prennent leurs sources au Rwanda.

Les témoins parlent de corps souvent recroquevillés et ligotés puis emballés dans des sacs avant d’être jetés dans l’eau. Les pécheurs affirment par ailleurs avoir pris dans leurs filets de tels sacs contenant des corps humains mais lestés de pierres qui les empêchent de flotter. Ils en concluent que certainement plusieurs corps restent au fond des rivières et ne remontent pas jusqu’au Lac.

Ces découvertes macabres surviennent au moment où au Rwanda des disparitions massives de personnes sont signalées dans le pays notamment dans le district de Musanze où une liste des noms des personnes disparues vient  d’être rendue publique par la presse et dans le district de Ngororero justement bordé par la rivière Nyabarongo qui se déverse dans le Lac Rweru sous le nom de l’Akanyaru.

Au Rwanda où les autorités ont donné des consignes de ne pas parler aux journalistes selon toujours la dépêche de RFI, une rumeur enfle : avant d’être jetés à l’eau, les corps seraient d’abord dépouillés de leurs organes les plus recherchés (reins, foies, cœurs,…) pour être vendus chers à travers le monde.

La manière studieuse et professionnelle avec laquelle ces corps sont emballés dans des sacs, la façon dont les autorités gèrent cette affaire en intimant l’ordre aux habitants des abords de ce lac de ne jamais communiquer à ce sujet, tout cela peut indiquer que les services étatiques y sont pour quelque chose.

Des précédents historiques

Ce ne serait pas la première fois qu’un groupe au pouvoir ou ayant militairement conquis un territoire s’adonne à vendre les populations conquises comme esclaves ou même en vendant leurs organes au plus offrant. La traite négrière dont nous parlent les livres d’histoire n’était pas le fait des seuls européens qui voulaient de la main d’œuvre pour le Nouveau Monde. Ce sont les autorités locales qui leur vendaient contre payement leurs sujets comme toute marchandise, le plus « légalement du monde » ! Plus près de nous, au cours des événements sanglants qui ont accompagné le démembrement de la Yougoslavie, les protagonistes ont vendu les organes des populations se trouvant dans les zones conquises ou acquises par la volonté des puissances. Entre 1999 et 2001, au Kosovo alors sous administration internationale, un vaste réseau de trafic d’organes des prisonniers de guerre serbes a été découvert et dénoncé avant que l’affaire ne soit étouffée car elle risquait d’éclabousser certains « grands de ce monde ».

Un substituant au robinet congolais qui tarit ?

Le pillage du Congo en toute impunité avait habitué la clique au pouvoir au Rwanda de disposer de fonds illimités et qu’elle ne devait pas justifier, ce qui lui avait permis de s’enrichir scandaleusement et au passage berner le monde que le Rwanda a connu des miracles économiques en étalant l’opulence de l’élite venue d’Ouganda qui a squatté Kigali, alors que la population croupit dans la misère. Maintenant que le pillage de la RDC n’est plus évident, ni aussi automatique comme il y a quelques années, la clique au pouvoir qui est venue d’Ouganda, voulant à tout prix garantir ses revenues, peut recourir au commerce des organes de la population conquise. Ce serait immoral et scandaleux mais de la part des « boys » issus des faubourgs de Kampala, Bujumbura, Nairobi,… et qui se sont emparés du pays en 1994, aucune morale ne compte à leurs yeux. Ils feraient tout pour avoir de l’argent facile même en vendant les organes vitaux de certains de sa population.

Cri d’alarme, condamnation ou silence complice ?

Les jours qui viennent vont nous montrer si ce qu’on appelle la « communauté Internationale » peut entendre le cri d’alarme des Rwandais qui seraient charcutés comme des bêtes de somme  et dont les organes seraient vendus afin de remplir les poches d’une clique arrivée au pouvoir par les armes.

Nous attendons aussi de voir si ceux qui se présentent comme des défenseurs des Droits de l’Homme vont enquêter sur cette situation ou si eux aussi vont choisir de garder un silence complice face aux agissements d’un régime installé contre toute logique au Rwanda par les super-puissances qui régissent ce monde.

Jane Mugeni
17/09/2014

 

 

La logique de deux poids, deux mesures de la « Communauté Internationale » : l’exemple du Rwanda.

cvt_La-Communaute-Internationale_8759L’actualité en Europe de l’Est nous rappelle que ce qu’on appelle généralement la « Communauté Internationale » (en fait les grandes puissances et leurs traditionnels alliés ainsi que les instruments de légitimation de leurs actions comme l’ONU), applique le principe de « deux poids, deux mesures » aux cas apparemment identiques. C’est ainsi que face aux informations faisant état de l’entrée des troupes russes  en Ukraine, la même Communauté Internationale est unanime pour condamner la Russie et brandit la menace des sanctions qui viendront s’ajouter à celles déjà décrétées à cause de  son soutien supposé aux rebelles russophones d’Ukraine.

Pourtant des cas d’agressions manifestes et flagrantes ont déjà eu lieu de part le monde sans que cette même Communauté Internationale ne lève le petit doigt. Pour mieux percevoir cette logique de la Communauté Internationale, prenons l’exemple du Rwanda en la mettant en parallèle avec des situations similaires et en notant quelle a été chaque fois la réaction de la Communauté Internationale.

Irak, Rwanda et Ouganda

Le 02 août 1990, les troupes de l’Irak envahissent le Koweït. Aussitôt la Communauté Internationale se mobilise : l’ONU autorise une intervention pour rétablir l’intégrité territoriale du Koweït en chassant le troupes de Saddam Hussein, ce qui se traduira par ce qui restera dans l’histoire comme « La Première Guerre du Golf ».

Le 01 octobre 1990, les troupes ougandaises commandées par le vice-ministre de la Défense de l’Ouganda le général Fred Rwigyema envahissent sans ultimatum le Rwanda. Toute la presse internationale suit leur avancée et les envahisseurs ne s’en cachent pas. Étonnamment, aucune condamnation ne viendra de la Communauté Internationale. Au contraire, elle tentera de relativiser cette agression en faisant remarquer que le gros des soldats engagés avaient des origines rwandaises, donc qu’il faudrait la considérer comme une « guerre civile »!

En 1996, les troupes rwandaises envahissent la RDC, détruisent tout sur leur passage, s’emparent des principales villes dont la capitale Kinshasa. L’officier rwandais qui commande le corps expéditionnaire, James Kabarebe, se proclame « Chef d’Etat major de l’Armée congolaise ». Aucune condamnation ne vient de la Communauté Internationale. Au contraire, tout au long de cette conquête, elle n’a cessé de fournir à l’envahisseur rwandais un appui logistique et en renseignements. Vous avez dit : deux poids, deux mesures ?

Liban et Rwanda

Le 06 avril 1994, un avion avec à bord les chefs d’Etat rwandais et burundais est abattu par un missile sol-air pendant son approche pour atterrir à l’aéroport de Kigali. Les deux chefs d’Etat, leurs suites ainsi que les membres de l’équipage de nationalité française périront dans l’attentat. La Communauté Internationale, en l’occurrence l’ONU, bloquera toute tentative de connaître les auteurs de cet attentat. Elle empêchera même le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) pourtant créé par elle officiellement pour poursuivre les auteurs des crimes commis entre le 01 janvier et le 31 décembre 1994, d’enquêter sur cet attentat. Le Procureur et les enquêteurs du TPIR qui tenteront d’enquêter seront blâmés et relevés de leurs fonctions par l’ONU.

Le 14 février 2005, le Premier Ministre du Liban Rafiq Hariri meurt dans un attentat suicide qui a fait exploser sa voiture. Aussitôt la Communauté Internationale est en émoi. La condamnation est unanime. Une enquête internationale est exigée. L’ONU met en place un Tribunal Spécial pour le Liban qui doit juger les auteurs présumés de cet attentat. Le Tribunal siège encore à La Haye aux Pays Bas. Vous avez dit : deux poids, deux mesures ?

Mali et Rwanda

Le 04 juillet 1994, le général Paul Kagame s’empare de la capitale du Rwanda, Kigali, et dissout toutes les institutions .Cette prise de pouvoir par la force ne fut pas condamnée par la Communauté Internationale mais au contraire le général putschiste fut félicité et encouragé à asseoir sa dictature. Il règne depuis 20 ans sur un peuple martyrisé dont les cris de douleurs n’arrivent point à l’oreille de la Communauté Internationale.

Le 22 mars 2012, le Capitaine Sanogo s’empare de la capitale du Mali, Bamako, dépose le gouvernement légitime et dissout toutes les autres institutions. Aussitôt la Communauté Internationale se met en émoi. La condamnation est unanime. Elle exige le retour sans délais à l’ordre constitutionnel. Mis sous pression, le capitaine Sanogo est obligé de céder le pouvoir quelques mois plus tard. Vous avez dit : deux poids, deux mesures ?

Rwanda et Zimbabwe

Depuis plusieurs années, le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a été mis au ban de la Communauté Internationale. Lui-même et ses proches sont frappés par l’interdiction de voyager et à d’autres sanctions. La même Communauté Internationale avait justifié ces mesures par « l’absence de démocratie » au Zimbabwe. Mais lorsque le président Mugabe céda le gouvernement à un opposant notoire et chouchou de la Communauté internationale, rien n’y fut. On l’accusa alors de ne pas respecter les droits de l’homme mais sans jamais présenter de cas concrets de ces violations. On l’accusa ensuite d’organiser des élections truquées. Mais quand cette Communauté Internationale supervisa elle-même  les élections qui virent son parti gagner haut la main, rien n’y fut : les sanctions ont été maintenues au prétexte qu’il a eu le tort de ne pas perdre

Au Rwanda, le général Paul Kagame ne tolère aucune contestation. Il n’hésite pas à tuer ceux qui osent le critiquer ou ceux qui l’ont fui en allant les assassiner dans leur exil et il s’en vante. Les disparitions sont journellement signalées et des cadavres des personnes ligotées sont régulièrement repêchés dans des lacs et rivières du pays. Son régime a le triste record de détenir le plus grand nombre de prisonniers politiques de la région. Son parti FPR est un parti unique de fait car les autres partis autorisés pour la consommation externe ne sont que ses satellites et souvent créés par lui. Les opposants en exil qui tentent de rentrer pour l’affronter politiquement de l’intérieur sont immédiatement arrêtés et condamnés à de lourdes peines dans des simulacres de procès (cas de Victoire Ingabire et de Déo Mushayidi). Curieusement, aucune condamnation de la Communauté Internationale ne s’est faite entendre. Seuls quelques rapports des organisations de défense des Droits de l’Homme comme Human Right Watch ou Amnesty International sortent de temps en temps en attirant l’attention sur ce cas de dictature pathologique, mais ils sont vite étouffés par les campagnes menées par les ténors de cette Communauté Internationale qui par ailleurs furent à la base de la création du « monstre politique qu’est Paul Kagame ».

Vous avez dit : deux poids, deux mesures ?

Jane Mugeni
29/08/2014