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L’Ambassadeur du Rwanda à Bruxelles vient encore de « frapper » !

Olivier Nduhungirehe

Olivier Nduhungirehe

Dans le cadre de son offensive pour faire taire toute voix discordante dans des forums de discussion et sur les réseaux sociaux, le très médiatique représentant du régime de Kigali à Bruxelles Olivier Nduhungirehe, vient d’obtenir qu’un certain Zac Biampa soit bientôt banni de DHR (Democracy and Human Rights), un des forums de discussion les plus fréquentés des exilés rwandais.

Au cours du week-end de fin d’année 2016 et du nouvel an 2017, il y a eu des échanges sur le forum DHR sur le thème du phénomène de « hutu de service ». Ces échanges faisaient échos d’un article qui  venait d’être publié sur le site echosdafrique.com.

Parmi ces messages, on notera celui de l’actuel ambassadeur du Rwanda en Belgique, Olivier Nduhungirehe, dans lequel il entend répondre à l’auteur de l’article qui n’est pas membre de DHR mais en le confondant avec un autre forumiste qui lui est bien sur DHR.

Le Lundi 2 janvier 2017 17h37,
« Olivier Nduhungirehe
oliviernduhungirehe@yahoo.fr
[Democracy_Human_Rights] »
<Democracy_Human_Rights@yahoogroupes.fr> a écrit : 

Ignace Rudahunga, 

Le problème n’est pas informatique. La preuve est en que dernièrement, après plus de 24 heures sans voir deux de mes messages apparaître sur DHR, j’ai écrit au Modérateur et mes messages ont subitement été postés!
Quand aux insultes ethnistes, c’est cette expression de « Hutu de service » avec laquelle E. N, vieux ex-FAR déchu, « hors service« , sans avenir et sans espoir, se console derrière son ordinateur. Non seulement Agnes Murebwayire n’a pas condamné cette insulte (vous pouvez à  juste titre me dire qu’elle n’en avait pas l’obligation) mais surtout elle l’a publiquement soutenue jusqu’à l’expliquer, s’adonnant à des comparaisons historiques douteuses.
Je comprends parfaitement la critique politique, même la plus dure et la plus injuste, mais j’ai horreur de ce genre d’attaques personnelles, arrogantes et ethnistes.
Que cela vienne d’E. N, c’est compréhensible. N’a-t-il pas publiquement regretté, ici sur DHR, que « cette Tutsi de Chantal Karara » soit encore « sur cette terre »? Mais qu’Agnes Murebwayire l’ai appuyé, j’en ai pris bonne note.
OJPN
Sent from my iPhone

  (NDLR : En réalité c’est Zac Biampa qui, au cours des échanges avec cette dame, s’était exclamé que l’on dirait que Chantal Karara ne vivrait  point sur cette terre tellement elle semblait ignorer les réalités du terrain).

Le même forumiste  Zac Biampa a naturellement répliqué à cette mise en cause de l’ambassadeur Olivier Nduhungirehe via les forumistes qui venaient d’échanger avec lui sur ce sujet :

A Murebwayire et I. Rudahunga

Il semble que le « hutu de service » ff d’ambassadeur soit survolté et comme dans un état second, il fait feu de tout bois et tire sur tout ce qui bouge. Mais au passage, il laisse évidemment des perles historiques en absurdité.
Ainsi, il est convaincu et voudrait l’en convaincre d’autres que tout hutu qui ne serait pas « de service » comme lui serait « hors service » ! Pour lui il n’y a que deux catégories de hutu : les « hutu de service » et les hutu « hors service ». Autrement dit hors de la domination tutsi point de vie ni de salut ! De même, il est convaincu que  ceux qu’il considère comme vieux (qui ont l’âge de celui qu’il voudrait faire taire et qu’il nomme dans son posting ), n’ont plus droit à la parole et surtout au débat politique. Mais le rejeton de feu J C Nduhungirehe oublie que beaucoup de ses propres maîtres approchent, ont atteint ou ont dépassé cet âge. Le disant, il risque de se tirer une balle dans les pieds. Voilà un exemple des dégâts que peuvent causer la campagne de déshumanisation entreprise par le FPR dans les têtes de certains cadres hutu faibles d’esprit et psychologiquement  vulnérables comme Olivier Nduhungirehe. C’est malheureux  et regrettable !
Zac

 

Sans tarder le Modérateur de ce forum, visiblement contacté par « Son Excellence », a aussitôt adressé une mise en demeure à Zac Biampa:

Bonjour Zac,
Pour maintenir la qualité élevée du débat,  respectons les règles du jeu notamment le respect mutuel et la tolérance de nos interlocuteurs malgré l’opposition de nos idées et positions politiques.
Évitez les termes blessants inutilement et sans aucun apport à l’évolution des idées politiques dans notre société. Gardons le privilège de la contradiction des débats sur ce forum.
Nous apprenons énormément dans la diversité.
Cet avertissement vaut mise en demeure.
Bonne compréhension
IT

Le condamné Zac Biampa ne pouvait qu’accuser réception après que le couperet soit tombé. Il l’a fait en ces termes :

On Tuesday, January 3, 2017 4:58 PM,
« Zac Biampa zac.biampa@yahoo.fr
[Democracy_Human_Rights] »
<Democracy_Human_Rights@yahoogroupes.fr> wrote:

Dont Acte,

Maître,
Je ne dois plus intervenir dans un débat dans lequel « Son Excellence » l’Ambassadeur est mêlé et souvent en me confondant avec ses contradicteurs éventuels.. Et comme il se mêle de tout, ceci signifie que je dois désormais me taire.« Findifindi » irutwa na « So araroga« .
Bien noté.

Conclusion.

Il semble hélas, que Olivier Nduhungirehe, depuis qu’il est « ambassadeur » à Bruxelles soit en train de convaincre une certaine opinion que certains  principes de savoir vivre ne le concernaient pas  mais surtout  que ses contradicteurs n’avaient  pas le droit de répliquer à ses invectives. Ainsi quand on parle de l’assassinat de son petit frère Janvier par les combattants du FPR en 1994 et que l’on fait remarquer qu’il doit taire ce fait ou acclamer ses assassins  comme gage de son allégeance au régime de Kigali, il crie à une « attaque personnelle » qui ne devrait pas être évoquée dans un débat politique. Par contre, quand lui-même déclare que tel activiste politique de l’opposition devrait se taire car sa femme N. Mu. serai fichée par Kigali comme étant liée à « une organisation terroriste » que constituent   les FDLR, Nduhungirehe se défend de se livrer là à une attaque personnelle contre cet opposant. De même quand il évoque l’âge d’un ancien officier des FAR, âge respectable auquel dans le monde entier les officiers ne sont plus du service actif dans l’armée, pour le qualifier de « hors service » et donc prétendre que celui-ci ne devrait plus émettre aucun avis sur la marche de son pays, il se défend maladroitement de ne pas se livrer là à une attaque personnelle.

Le plus inquiétant est que visiblement sa vision erronée de la façon selon laquelle les débats politiques devraient se dérouler est gobée par certains acteurs, en témoigne la mise en garde adressée à Zac Biampa. Il faudrait  que l’opinion tranche ou alors ce serait encore l’occasion de confirmer les adages rwandais : « Urwishe ya nka, ryuracyayirimo… » ou alors « Uko zivuze niko zitambirwa ».

Jean-Charles Murego

 

 

Des enfants affamés dans un camp de réfgiés hutu au sud de Kisangani (RDC) en avril 1997 / photo K. Miller/Gazetta

Rwanda : L’aveuglement des activistes du FPR (suite)

Des enfants affamés dans un camp de réfugiés hutu au sud de Kisangani (RDC) en avril 1997 - photo K. Miller/Gazetta

Des enfants affamés dans un camp de réfugiés hutu au sud de Kisangani (RDC) en avril 1997 - photo K. Miller/Gazetta

II. Le FPR n’a fait qu’exercer son droit de légitime défense.

Cette prétendue légitime défense repose sur des spéculations, des faits non pertinents et des interprétations en contradiction avec la réalité.

1. L’ONU n’a pas respecté les règles en matière de réfugiés et les autorités congolaises se sont montrées complaisantes envers les ex-FAR.

Il est vrai que les réfugiés rwandais se sont installés, comme en Tanzanie et au Burundi, tout près de la frontière rwandaise avec la RDC. Mais, en réalité, ni le FPR et ses mentors, ni les autorités congolaises ne voulaient le déplacement des réfugiés hutu vers l’intérieur de ce pays. Quel aurait été l’intérêt du régime de Kagame dans une telle opération ? Aucun. L’éloignement de près deux millions de réfugiés hutu de la frontière ne lui aurait pas permis de les rapatrier par la force pour assurer sa consolidation et d’en prendre prétexte pour envahir le Zaïre. Si ces réfugiés avaient été installés loin de la frontière du Rwanda, ils auraient continué à exercer une pression sur le pouvoir rwandais pour l’amener à négocier. Or une solution pacifique du problème des réfugiés était incompatible avec la volonté de domination du FPR et la nécessité d’accomplir la mission de ceux qui l’instrumentalisaient. N’est-ce pas, d’ailleurs, pour ces motifs qu’il avait, deux ans avant, torpillé l’Accord d’Arusha ? C’est donc la volonté du FPR et de ses parrains d’éliminer toute opposition aux nouvelles autorités rwandaises et d’introniser en RDC un pouvoir favorable à leurs intérêts qui explique l’attaque des camps et la traque, à des milliers de kilomètres du Rwanda, de ceux qui avaient pu échapper au rapatriement forcé. D’ailleurs, cette politique de rapatriement forcé des réfugiés hutu se poursuit, par diverses tactiques, partout à travers le monde comme il sera montré plus loin.

La position des autorités zaïroises, compréhensible et raisonnable, au regard des dégâts environnementaux et économiques causés par ce nombre considérable de réfugiés, était que ceux-ci rentrassent chez eux le plus rapidement possible. Aussi se sont-elles investies activement dans la recherche d’une solution négociée sans succès parce que le FPR et ses sponsors refusaient tout pourparler avec les réfugiés.

L’accusation selon laquelle elles auraient apporté leur concours aux ex-FAR en vue de reformer une armée, de préparer l’attaque contre le Rwanda en leur fournissant des armes et des munitions semble peu crédible. L’armée congolaise en déliquescence, mal payée, mal organisée, mal équipée n’était pas en mesure d’assister les ex-FAR en quoi que ce soit. Au contraire. Les armes que les FAR avaient emportées dans leur fuite ont été saisies et vendues, à leur insu, par les militaires congolais.

Mais à supposer même que les autorités congolaises aient été capables de contribuer à la réorganisation et au réarmement des ex-FAR afin qu’elles puissent contraindre le régime illégitime et antidémocratique du FPR à négocier pour faciliter le retour des réfugiés dans leur pays, en quoi leur attitude aurait été différente de celle des dirigeants ougandais qui ont soutenu  le FPR dont les objectifs déclarés étaient supposés être le retour des réfugiés tutsi et l’instauration d’une démocratie ? Les responsables ougandais, en dépit d’un accord tripartite Réfugiés-Gouvernement ougandais-HCR pour le retour pacifique des réfugiés tutsi, ont aidé le FPR à envahir le Rwanda, lui ont permis de reconstituer son armée après sa défaite du 30 octobre 1990 et ont continué, après la reprise de la guerre, à l’équiper et à l’appuyer militairement, médiatiquement et diplomatiquement. Rien ne justifie que le soutien réel et considérable de l’Ouganda au FPR soit passé sous silence tandis que l’aide imaginaire ou au plus insignifiante des autorités zaïroises soit invoquée comme une justification de la destruction des camps des réfugiés et de ses conséquences en termes de pertes humaines.

L’échec d’une solution pacifique au problème des réfugiés tutsi en 1994 et hutu en 1996 et la défaillance de l’ONU lors des divers massacres des civils dans la région des Grands Lacs africains ne sont imputables ni au Secrétariat Général de l’ONU, ni aux autorités zaïroises ni aux ex-FAR mais au FPR, à ses alliés qui ont fait le choix de sacrifier des millions de Rwandais, de Burundais et de Congolais à leurs intérêts politiques, économiques et financiers. En effet, si, au Rwanda, en avril-juillet 1994, et en RDC en 1996-1997 et en 1998-2003, l’ONU a manqué à son devoir d’assistance à personnes en danger, c’est parce que le FPR, l’AFDL et leurs sponsors anglo-saxons se sont opposés à toute intervention d’une force d’interposition ou d’imposition de paix.

Seuls les Hutu ont demandé le concours de la communauté internationale pour mettre fin aux conflits et préserver les vies humaines. Mais personne n’a voulu les écouter. En avril 1994, l’armée rwandaise a proposé un cessez-le-feu et une force d’interposition mais le FPR a rejeté ses propositions. Au contraire, le 9 et le 10 avril, il a sommé tous les étrangers de quitter le Rwanda dans un délai de vingt quatre heures et a poursuivi la guerre en dépit de ses conséquences sur l’expansion de la violence. De plus, la thèse très répandue selon laquelle Paul Kagame a sauvé les Tutsi du génocide est contredite par son comportement pendant la guerre. Il a ignoré l’avertissement d’une délégation de Tutsi de l’intérieur, conduite par Charles Shamukiga, qui lui faisait remarquer le risque de mort qu’il leur faisait courir s’il s’en prenait au président Habyarimana d’ethnie hutu. En commanditant son meurtre, il a décidé consciemment de sacrifier ses congénères pour accéder au pouvoir et aux richesses de la RDC. Ensuite, après avoir déclenché les massacres des Tutsi, il a rejeté tout cessez-le-feu et toute intervention d’une force étrangère et il ne s’est pas empressé de les secourir d’après le lieutenant Abdul Ruzibiza[1].

En 1996-1997, lorsque les réfugiés rwandais ont supplié la communauté internationale de leur porter secours, une « certaine communauté internationale », en complicité avec le FPR, a affirmé mensongèrement qu’il n’y avait plus de réfugiés rwandais au Zaïre alors qu’ils étaient en train d’être chassés et abattus comme des animaux à travers le pays. Leur priorité était d’écarter toute intervention et d’assurer la victoire du FPR et de son allié l’AFDL quoi qu’il en coûtât en vies humaines.

A l’évidence, ni la proximité des camps de réfugiés de la frontière rwandaise, ni la complaisance éventuelle des autorités zaïroises envers les ex-FAR ni l’ aide qu’elles auraient fournie aux ex-FAR ne pouvaient légitimer l’attaque des camps des millions d’individus innocents et les massacres de ceux qui ont échappé au rapatriement forcé. L’allégation selon laquelle les camps étaient contrôlés par les génocidaires, même si elle était prouvée, ce qui n’est pas le cas, ne pouvait pas non plus justifier la destruction des camps des réfugiés à l’arme lourde. Rappelons que ce genre d’argument a également été utilisé lors des massacres de Kibeho. Cette logique selon laquelle il serait permis de massacrer des innocents pour pouvoir tuer ceux qu’on juge coupables est absurde et dangereuse. Tous ceux qui ont tué des gens qui se sont regroupés dans un endroit peuvent y recourir pour se disculper.

2. Les camps étaient contrôlés par les génocidaires qui empêchaient la majorité des réfugiés de retourner au pays et massacraient ceux qui manifestaient la volonté de rentrer.

Camp de réfugiés Lac VertLe FPR aurait attaqué les camps pour délivrer les bons hutu de leurs congénères extrémistes qui les retenaient de force. Quelle manipulation ! Continuer à laisser penser que les Hutu ont pris le chemin de l’exil devant l’avancée du FPR et n’ont pas voulu retourner dans leur  pays après sa victoire parce qu’ils étaient sous l’influence des génocidaires, c’est oublier que, avant 1959, pendant des siècles,  les Hutu ont subi, de la part des Tutsi, des traitements inhumains et humiliants, que, à partir d’octobre 1990, au Nord du pays, ils ont été massacrés ou chassés de leurs terres au point où, en avril 1994, un million avaient déjà fui cette organisation et vivaient, privés de leurs biens et de leurs droits, dans une situation de misère et promiscuité indicibles, que, à la reprise de la guerre, ils ont détalé devant les soldats du FPR qui tiraient indistinctement sur eux et, que, le 22 avril 1995, 8000 hutu ont été liquidés  à Kibeho sous l’œil de la MINUAR II.

Ces souvenirs ancrés dans la mémoire collective et ces faits récents suffisaient à les persuader de ne pas regagner immédiatement leur patrie d’autant plus qu’ils croyaient ingénument que la communauté internationale allait imposer une négociation et non un pouvoir non-démocratique et ethniste alors qu’elle affirmait aider le FPR à combattre la dictature et la discrimination du régime Habyarimana. Que les anciens dirigeants, qualifiés abusivement tous de génocidaires, aient pu aussi leur conseiller de ne pas rentrer sans condition n’était que normal mais ils n’avaient pas besoin de les contraindre à rester dans les camps car ils prêchaient les convertis. Dans tous les cas, aucun réfugié n’avait appelé le FPR à son secours.

Et puis, la suite a montré qu’ils avaient raison de refuser de retourner au pays sans application de l’Accord d’Arusha qui avait défini les principes fondamentaux du système politique à instaurer au Rwanda et la répartition des postes clefs à l’armée, à l’assemblée législative et au gouvernement pendant la période de transition. Le rapatriement forcé des réfugiés hutu a enterré définitivement l’esprit de l’Accord d’Arusha et a permis au FPR de soumettre la population rwandaise à son pouvoir et de la traiter comme des citoyens de seconde zone. La discrimination dont elle fait l’objet est telle que les Tutsi, qui représentent moins de 20% de la population rwandaise, occupent plus de 80% dans plusieurs secteurs notamment dans l’administration, l’économie et l’armée. Les opposants réels ou supposés d’ethnie hutu sont injustement accusés de génocide, d’idéologie génocidaire et de divisionnisme et arbitrairement emprisonnés s’ils ne sont pas tout simplement liquidés.

Le régime du président Kagame, conscient de sa fragilité en raison de son caractère minoritaire et dictatorial, est obsédé par l’idée d’une opposition de la majorité hutu. Cette obsession le pousse à s’en prendre même aux Hutu qui vivent en exil parce qu’il les considère tous comme des opposants sinon réels du moins potentiels. Pour miner cette opposition extérieure qu’il ne peut museler comme celle de l’intérieur, il use de plusieurs moyens. Il essaie d’abord d’accuser de génocide les opposants les plus influents mais ces accusations n’aboutissent pas toujours parce qu’elles ne sont toutes fondées et, en plus, elles ne peuvent que concerner quelques individus. Aussi est-il obligé de procéder, parallèlement, à une politique de séduction de la diaspora, qui ne semble pas avoir plus d’effets car rares sont ceux qui sont assez bêtes pour ajouter foi à son discours sur la paix et le respect des droits de l’homme alors que les Rwandais y compris des Tutsi continuent à fuir le pays.

La troisième méthode consiste à tenter de convaincre les autorités de certains pays, en particulier africains, d’expulser des Hutu auxquels elles ont accordé asile. Il leur explique qu’il y a maintenant de la sécurité au Rwanda comme si celle-ci impliquait forcément le respect des droits de l’homme et donnait au gouvernement le droit de décider où doit résider chaque Rwandais. Dans les pays démocratiques où une telle méthode ne peut fonctionner, il recourt au noyautage des partis de l’opposition extérieure et à la diabolisation de ses membres importants tout en créant des structures destinées à y manipuler l’opinion. Malheureusement, l’opposition lui facilite la tâche par l’absence d’objectifs communs, les divergences d’interprétations de l’histoire récente du Rwanda, la tendance à créer une multitude de partis à coloration régionale et ethnique ou motivés par des ambitions personnelles ou la nécessité de s’assurer l’impunité par la prise du pouvoir.

Tous ces éléments ne sont pas de nature à favoriser l’union de l’opposition, indispensable pour déjouer les pièges du FPR et faire entendre sa voix. Pour réaliser cette union, il faudrait que la majorité des opposants tant hutu que tutsi se rassemblent, avec conviction, autour de quelques principes, stratégies, objectifs et faits historiques essentiels tels que la réalité des ethnies, la reconnaissance et la condamnation de l’usage de la violence des Hutu et des Tutsi dans leur lutte pour le pouvoir , l’existence des victimes des deux côtés de ces guerres, l’obligation de rendre justice à toutes les victimes, la nécessité de changer le système dictatorial qui a marqué tous les régimes rwandais y compris celui du FPR.

Ce changement doit viser la transformation de la société rwandaise en une démocratie respectueuse des droits de l’homme et caractérisée par l’indépendance de la justice, la bonne gouvernance, la méritocratie, un système efficace de contrôle de l’exécutif pour limiter la corruption et la coexistence pacifique et neutre à la suisse avec tous les pays de la région des Grands Lacs africains. Ce contexte de liberté, de paix durable avec les pays voisins et de participation de la population à leur destin créerait les conditions indispensables pour l’accomplissement d’un progrès économique partagé.

La difficulté de l’opposition à s’entendre pour mener un combat commun contre la dictature du FPR est liée au fait que tous les opposants n’ont pas la même conception de la métamorphose politique et sociétale à opérer au Rwanda. Certains voudraient seulement prendre la place des autorités actuelles comme l’a fait le FPR en écartant le président Habyarimana et le MRND avec le concours de l’opposition intérieure alors que d’autres, les vrais politiques, s’intéressent à la transformation de la société rwandaise pour assurer à tous ses membres le respect de leurs droits, une coexistence pacifique et un développement économique  équitablement réparti.

Une partie du premier groupe est composée des gens qui ont tendance à interpréter tout en fonction de ce qui arrange leur ethnie, leur clan ou leur région et à refuser d’intégrer la structure existante de coopération entre les principaux partis de l’opposition (FDU). Une autre partie comprend ceux qui ne se préoccupent que de leur ventre et sont prêts à trahir leurs « convictions » si le FPR leur offre un poste dans l’administration ou quelques euros.

Face à la cupidité des uns et à l’ethnisme et au régionalisme viscéraux des autres, l’opposition démocratique se doit d’être vigilante et de renforcer sa structure de coordination pour mieux contrecarrer les plans de sape du FPR. Il serait idiot d’être encore dupe comme dans les années 1990, faute d’analyse pertinente des objectifs et des motivations des partenaires.

Mais la prudence inspirée par l’expérience ne doit conduire ni à stigmatiser ni à exclure un groupe régional ou ethnique par globalisation abusive comme le fait le FPR qui affirme que tous les ex-FAR et tous les Interahamwe sournoisement assimilés à la majorité des Hutu voulaient revenir au Rwanda pour massacrer les rescapés du génocide des Tutsi. Cette thèse dont se sert également M. Aldo Ajello et d’autres activistes pour légitimer l’attaque des camps de réfugiés en RDC ne constitue pas un argument plus fondé que les deux précédents.

3. Les ex-FAR et les Interahamwe avaient l’intention d’envahir le Rwanda pour y poursuivre leur œuvre d’extermination des Tutsi.

Le FPR et ses activistes justifient toutes les guerres que cette organisation a initiées dans la région des Grands-Lacs africains par une même raison principale : protéger les Tutsi des génocidaires hutu. Expliquer l’invasion du Rwanda en octobre 1990 et la reprise des hostilités en avril 1994 par la nécessité de sauver les Tutsi du génocide ne repose sur aucun fait. Avant l’invasion du FPR, les Tutsi n’étaient menacés par aucun génocide. Depuis la prise du pouvoir par le président Habyarimana en 1973, les Hutu et les Tutsi vivaient en paix. Les rancœurs ethniques, nées à l’époque féodale, avaient fortement diminué sous le régime Habyarimana après être montées d’un cran à la révolution de 1959. C’est le FPR qui, à la suite de l’attaque d’octobre 1990, et surtout de l’assassinat du président Habyarimana et de la volonté manifeste de s’approprier le pouvoir par les armes, a ravivé l’animosité ethnique parmi les Rwandais. A force de l’entretenir par une politique de deux poids deux mesures, de vendetta et de ségrégation outrancières, la haine entre les deux ethnies est devenue vive et générale sous le régime actuel. Elle a atteint son niveau le plus élevé depuis la monarchie.

De même prétendre que le FPR a attaqué les camps des réfugiés rwandais en ex-Zaïre en 1996 pour éviter la reprise du génocide des Tutsi au Rwanda relève de la pure spéculation. Jusqu’à présent, aucune preuve n’a été apportée quant à l’intention prêtée aux ex-FAR « d’avoir voulu achever leur œuvre de génocide » Cette affirmation paraît d’autant plus infondée que la  thèse de la planification des massacres des Tutsi par les extrémistes Hutu parmi lesquels sont abusivement rangés tous les ex-FAR n’a jamais été établie par le TPIR. Le régime du FPR, lui-même, ne semble pas y croire puisqu’il n’hésite pas à intégrer ceux qu’il considérait hier comme planificateurs du génocide ou étaient censés être des extrémistes hutu dès lors qu’ils acceptent de le servir loyalement et aveuglement.

La guerre que le FPR a menée contre les réfugiés rwandais en RDC n’a rien à voir avec la protection des Tutsi. Remarquez que ceux qu’on a appelés les infiltrés n’ont attaqué le régime du FPR qu’en fin 1997 après la destruction des camps des réfugiés. La théorie de guerre préventive à la Bush que le FPR et ses activistes s’ingénient à légitimer vise seulement à atténuer les atrocités perpétrées par l’APR en RDC et à justifier les attaques permanentes contre les opposants hutu au régime criminel et autocratique de Kigali, qui se plait à les qualifier tous de génocidaires ou d’extrémistes devant être combattus pour prétendument parer à tout risque d’un nouveau génocide des Tutsi. Ceux qui cautionnent cette politique de guerre préventive oublient que, en appliquant la même logique, les Hutu pourraient aussi prétexter que les massacres des Tutsi, après l’attentat contre le président Habyarimana, étaient motivés par une légitime défense dans la mesure où ils auraient imaginé qu’une organisation tutsi, en assassinant un président hutu, voulait les exterminer.

L’idée de la guerre préventive est très dangereuse parce que la guerre n’est plus considérée comme une mesure de dernier ressort, ce qui ne peut que multiplier les conflits. La preuve est que ceux-ci se succèdent les uns aux autres dans la région depuis octobre 1990 sans qu’il en résulte une véritable stabilité à ne pas confondre avec une accalmie avant la tempête. Après l’invasion du Rwanda par le FPR, la région a connu la guerre du Burundi après l’assassinat du président Melchoir Ndadaye par des militaires tutsi, la 1ière et la 2ème guerre du Congo, celle de Laurent Nkunda et celle de l’opération ‘Umoja Wetu’ dans lesquelles les autorités rwandaises actuelles ont joué un rôle néfaste. Tous ces conflits n’ont fait que déstabiliser, de façon permanente, la région du Kivu et apporter la souffrance aux peuples rwandais, ougandais, burundais et congolais.

Aucun recours à la force ne garantira une protection définitive à qui que ce soit et  n’apportera une solution à long terme aux problèmes de partage du pouvoir et de coexistence pacifique entre les peuples de la région. Seul un débat dans le cadre d’une commission « Vérité et Réconciliation » à la sud-africaine permettrait de trouver des remèdes adéquats à la lutte pour le pouvoir entre les divers protagonistes. Si non, un jour ou l’autre, les peuples n’auront d’autre choix que de se révolter contre leurs oppresseurs en vue de conquérir leur liberté, chère à tout être humain, ce qui engagera la région dans un autre cycle de conflits armés.

Il ressort de l’analyse ci-dessus que les éléments présentés pour tenter de crédibiliser les thèses de la planification des massacres des Tutsi et de l’assassinat du président Habyarimana par les extrémistes hutu ont été démentis par différentes enquêtes indépendantes et divers jugements du TPIR et que les arguments avancés pour légitimer la destruction des camps des réfugiés en RDC et réduire à de simples homicides involontaires les massacres massifs et systématiques des réfugiés rwandais et des civils congolais auxquels s’est livrée l’APR reposent sur des suppositions et des interprétations sujettes à caution.

Pourtant, les activistes du FPR continuent de se fonder sur les versions des faits propagées par  cette organisation tutsi, qui est aussi suspectée de crimes contre l’humanité. Leur stratégie manipulatoire consiste à répandre sournoisement l’idée qu’aucun Tutsi ne peut être extrémiste. C’est sur la base de cet à-priori qu’ils estiment impensable que l’armée tutsi du FPR ait pu commettre des crimes de guerre et, pire encore, des actes de génocide.

Mais aucun d’eux ne nous dit, par quel phénomène surnaturel, tous les Tutsi seraient immunisés contre la haine ethnique et l’extrémisme. Sauf à ajouter foi au mythe de peuple élu, il n’existe aucune raison d’exclure la présence des extrémistes tutsi au sein de l’APR et du FPR et la possibilité que, dans le contexte de lutte pour le pouvoir entre les Hutu et les Tutsi, ces enragés aient commis des actes de génocide par haine ethnique et ou par volonté d’asseoir leur régime. Il incombe à un Tribunal Pénal International pour la RDC de confirmer les crimes qu’aurait perpétrés l’APR dans ce pays, de les qualifier et d’identifier les suspects éventuels à poursuivre comme le proposent les experts de l’ONU. Si le FPR n’a rien à se reprocher, il n’a rien à craindre à moins qu’il ne croie pas à l’équité de la justice internationale ? Dans ce cas, pourquoi les Hutu devraient-ils être les seuls à en subir l’iniquité ?

Photo de la manifestation anti-Kagame lors de sa visite à Bruxelles en décembre 2010

Photo de la manifestation anti-Kagame lors de sa visite à Bruxelles en décembre 2010

La solution définitive des conflits dans la région des Grands-Lacs passera obligatoirement par l’établissement de la vérité sur ce qui s’y est passé et par une justice pour toutes les victimes. L’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, l’avait compris même s’il n’a pu rien faire à cause des mentors américains et britanniques du FPR. En 1998, il notait que l’une des causes profonde des conflits dans la région des Grands-Lacs résidait dans un cycle vicieux de violations des droits de l’homme et de vengeances, alimenté par l’impunité. La seule façon d’y mettre fin est de lutter contre l’impunité quelle que soit l’ethnie ou la tribu du criminel et de sortir de la culture du mensonge et de la haine pour entrer dans celle de la vérité et du pluralisme où les Rwandais affrontent, le plus objectivement possible, toute leur histoire, l’assument courageusement et trouvent un modus vivendi dans leur diversité.

Nier l’existence des problèmes réels tels que la réalité des ethnies (Hutu, Tutsi et Twa), les massacres et les humiliations des uns par les autres, le caractère dictatorial et ethniste, bien qu’à des degrés divers, des différents régimes rwandais qu’a connus le Rwanda depuis l’époque féodale, procède de la même attitude que celle d’un toxicomane qui, incapable de faire face à la réalité, se réfugie dans l’illusion jusqu’à sa déchéance. Si les régimes ethnistes, tribalistes, répressifs, liberticides, antipatriotiques et corrompus continuent à se voiler la face, à ignorer le besoin de démocratie et de liberté pour tous les peuples de la région et à s’accrocher au pouvoir en fermant toute possibilité d’alternance pacifique, il ne restera que la voie de la révolution.

L’histoire du monde nous apprend que tout peuple finit par se trouver un véritable héros capable de l’aider à se débarrasser de son oppresseur et à conquérir sa liberté, chère à tout être humain. Le vent de démocratie a soufflé successivement sur l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Asie à l’exception de la Chine et de la Corée du Nord, l’Europe de l’Est et maintenant sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Même si l’Afrique noire, est à la traîne comme toujours, ce vent de liberté finira par y arriver et y balayer tous ces oppresseurs des peuples. Le président Kagame 1er, le visionnaire, ou plutôt le sanguinaire, ne semble pas, comme d’autres dictateurs africains, avoir conscience de cette évolution inéluctable. Peut-être se dit-il qu’à long terme il sera mort- tant pis pour ses enfants et à ses partisans-ou que, le moment venu, il s’envolera, avec son Akazu, en Ile Maurice pour y couler des jours « heureux »! pendant que ses courtisans affronteront seuls la colère populaire et que ses sponsors et activistes étrangers se morfondront en excuses en affirmant qu’ils ont été abusés par le dictateur.

Jean Charles Murego
EdA Press

 

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[1] Ruzibiza Abdul, Rwanda : L’histoire secrète, éd. Panama, 2005

 

 

Paul Kagame et Tony Blair

Rwanda : L’aveuglement des activistes du FPR

Paul Kagame et Tony Blair

Paul Kagame et Tony Blair

Un rapport du Haut Commissariat des Droits de l’Homme de l’ONU sur les  violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire en République Démocratique du Congo (RDC), communément appelé le Mapping Report, publié le 1er octobre 2010, accuse sept pays dont l’Ouganda, le Burundi et le Rwanda d’ avoir perpétré dans cet immense pays , entre 1993 et 2003,  des exactions contre les civils congolais et les réfugiés rwandais et évoque la possibilité d’actes de génocide[1].

Les activistes du Front Patriotique Rwandais(FPR) récusent l’accusation d’actes de génocide et même celle de crimes de guerre portée contre certains des membres de son armée, l’Armée Patriotique Rwandais (APR). Ils organisent, à l’instar de Monsieur Aldo Ajello[2], ancien envoyé spécial de l’Union Européenne dans la Région des grands lacs africains, la défense du FPR autour de deux pivots principaux : d’une part, la différence de nature entre les massacres des Tutsi et ceux des Hutu et, d’autre part, la légitimité de l’attaque des camps des réfugiés. Cette argumentation montée par les autorités rwandaises et reprise par leurs partisans paraît très fragile comme le montre l’analyse des éléments avancés pour étayer les deux thèses.

I. La différence de nature entre les massacres des Tutsi et ceux des Hutu.

1. Seuls les massacres des Tutsi doivent être considérés comme un génocide car ils ont été planifiés.

Le FPR et ses activistes fondent essentiellement la thèse de la planification des massacres des Tutsi sur deux prétendues preuves : un fax que, le Général Roméo Dallaire, ancien commandant des casques bleus au Rwanda, aurait transmis, le 11 janvier 1994, au Secrétariat Général de l’ONU et l’assassinat du président Habyarimana par les extrémistes hutu. Or, s’agissant de ce meurtre, les trois enquêtes indépendantes, menées par un expert du TPIR, Michael Hourigan, un juge espagnol, Fernando Andreu Merelles et un juge anti-terroriste français, Jean-Louis Bruguière, désignent le président Kagame comme le commanditaire de cet acte terroriste. Aucune autre enquête, à part celle des autorités rwandaises qui sont juges et parties, n’a abouti à l’implication de ceux qui sont appelés extrémistes hutu.

Quant au fax du 11 janvier 1994, il repose sur le témoignage de Jean-Pierre Turantsinze[3], dont la crédibilité a été mise en doute par le TPIR. Dans son jugement rendu dans l’affaire « Le Procureur contre Bagosora et consorts », la Chambre de première Instance du TPIR a estimé que l’existence d’un plan machiavélique et les renseignements fournis par Jean-Pierre inspiraient des réserves.

Elle a conclu que le Procureur n’a pas établi, au-delà d’un doute raisonnable, que la seule conclusion raisonnable qui se puisse tirer des éléments de preuves produits est que les quatre accusés se sont entendus entre eux ou avec d’autres, pour commettre le génocide. Dans la mesure où celui qui était considéré comme le cerveau du génocide est disculpé du chef d’entente en vue de commettre un génocide, la thèse de la planification des massacres des Tutsi ne tient donc plus.

Le problème est que les fanatiques du FPR se moquent de l’évolution des connaissances sur ce qui s’est réellement passé au Rwanda pendant la guerre qui a opposé le FPR et les autorités rwandaises d’octobre 1990 à juillet 1994. Ils n’ont foi que dans la parole du FPR. Ainsi le French Doctor, Bernard Kouchner, dans une logique incompréhensible, a, un jour, déclaré qu’il ignorait l’auteur de l’assassinat du président Habyarimana mais qu’il était certain que ce n’était pas le FPR.  Il s’est même récemment étonné que les Hutu aient pu tuer leurs prochains alors que plus de 90% d’entre eux sont catholiques comme si les criminels tutsi du FPR, les esclavagistes, les croisés, les inquisiteurs, les Allemands, les exterminateurs des Incas et autres Indiens n’étaient pas aussi des chrétiens.

Quant à M.Aldo Ajello, dont le raisonnement est aussi surréaliste, il estime que le processus démocratique n’est pas envisageable à court terme car il risquerait de ramener au pouvoir les génocidaires, – entendez les Hutu -, et que la RDC doit partager ses ressources avec le Rwanda pauvre et à démographie galopante et qu’y parler d’ethnies, après le génocide, est dangereux[4]. Il se contente de ressasser les positions du régime de Kagame sans se rendre compte que ce sont le manque de démocratie, l’ethnisme et la cupidité des puissances étrangères et de leurs valets rwandais intéressés par les richesses de la RDC qui sont à la source des conflits qui sévissent dans la région des grands lacs . Le peuple rwandais est pacifique s’il n’est pas provoqué. De toute façon, ce n’est pas par la guerre que le Rwanda réglera ses problèmes de pauvreté et de lutte de pouvoir entre les Hutu et les Tutsi.

Enfin, dans ce même esprit de courtisanerie ou de manque de sens critique, Tony Blair, conseiller du président rwandais et du guide libyen M. Kadhafi à travers sa société « Tony Blair Associates », présente le président rwandais comme un leader visionnaire et une personne providentielle pour son pays et la région des grands lacs africains. En quoi est-il visionnaire ? Difficile à voir. S’il avait été visionnaire, il aurait tout fait pour mettre fin au cycle infernal de représailles entre Tutsi et Hutu en s’abstenant de tout comportement dicté par le ressentiment, mobile de toute action des faibles, en réconciliant le peuple rwandais au travers une commission Vérité et Réconciliation à la sud-africaine et en favorisant l’évolution du pays vers la démocratie et la liberté d’expression auxquelles tous les hommes aspirent. De plus, il ne se serait pas aventuré dans des guerres insensées qui ont créé la méfiance et la haine des peuples voisins contre le Rwanda.

Eu égard à son incapacité à s’élever au-dessus des ethnies et même des clans et à sa politique vindicative et belliqueuse aux conséquences désastreuses pour les populations de la région des grands lacs africains, le qualifier de visionnaire relève davantage de la flatterie que d’un jugement objectif. Tony Blair, dont la gratuité des conseils au président Kagame ne signifie pas qu’il ne gagne rien à travers sa société, sait très bien que « les flatteurs vivent aux dépens de ceux qui les écoutent » comme l’a écrit Jean La Fontaine dans la fable du Corbeau et du Renard. Chacun devinera, sans difficulté, qui est le corbeau, qui est le renard. Comme on dit « Malin, malin et demi ».

En évoquant la thèse de l’assassinat du président Habyarimana par les extrémistes hutu, que plusieurs enquêtes indépendantes ont infirmée, et le témoignage de Jean-Pierre, sur lequel le TPIR a exprimé des réserves, les « amis » du FPR, comme M. Ajello, cherchent à prouver que seuls les massacres des Tutsi méritaient la qualification de génocide contrairement à ceux des Hutu, qui, d’après eux,  n’avaient pas été intentionnels. Quel est le bien-fondé de cette affirmation ?

2. Les massacres des réfugiés Hutu en RDC n’étaient pas intentionnels.

Aldo Ajello

Aldo Ajello / photo Afrikarabia

Selon les « Kagamistes », comme Aldo Ajello, l’APR n’a jamais eu l’intention de massacrer les réfugiés hutu dans l’ex-Zaïre. La preuve est que les autorités rwandaises ont organisé un couloir humanitaire pour laisser passer les Hutu qui « voulaient » regagner leur pays. Certes, dit-il, il y a eu des morts parmi les réfugiés rwandais qui ont refusé de rentrer mais ils sont imputables à la maladie, aux balles perdues et aux ex-FAR et aux Interahamwe qui s’en sont servi comme boucliers humains.

Cette argumentation est fallacieuse et peu convaincante. Tout d’abord, elles ne pouvaient pas, devant les caméras des médias internationaux, ordonner de tirer sur les réfugiés rapatriés de force alors que leur propagande consistait à prétendre qu’elles menaient la guerre en ex-Zaïre pour délivrer les bons Hutu de l’emprise de leurs congénères extrémistes. De plus, le génocide ne consiste pas seulement à vouloir éliminer la totalité d’une population mais aussi une partie, ce qui est plus probable lorsqu’il s’agit de la composante qui représente 85% d’une population d’environ 8.000.000 d’âmes.

Or, l’intention d’exterminer les réfugiés hutu qui avaient échappé au rapatriement forcé ne fait aucun doute. Les militaires du FPR les ont traqués à travers tout le territoire de la RDC jusqu’ à plus de 2.000 Km (Wendji et Mbandaka) de la frontière rwandaise. D’après divers témoignages recueillis par les experts de l’ONU, quand ils les attrapaient, ils les regroupaient et tiraient sur eux de façon indiscriminée à l’armée lourde ou les frappaient à coup de marteaux et de houes. Cette chasse aux réfugiés hutu à des distances aussi longues, leur dispersion dans les zones inhospitalières et inaccessibles aux humanitaires et leurs massacres délibérés ne peuvent se justifier que par l’intention de les liquider parce qu’ils étaient Hutu dans la mesure où la majorité des victimes évaluées entre deux cents mille (200.000) et trois cents mille (300.000) hutu étaient des enfants, des femmes, des malades et de personnes âgées et que ces tueries se sont produites loin du Rwanda et dans un environnement inhabité, ce qui rend peu crédible l’idée selon laquelle leur mort serait une simple conséquence de la guerre.

N’en déplaise à M. Ajello et à d’autres groupies du président Kagame, les massacres de ces 300.000 réfugiés hutu et de plusieurs autres milliers de Hutu à l’intérieur du Rwanda relève d’une intention délibérée de l’APR d’exterminer une partie d’un groupe ethnique. Il y a lieu de se demander d’ailleurs si la réduction de la proportion des Hutu dans la population rwandaise n’est pas l’objectif visé à long terme par les politiques d’appauvrissement des campagnes,  la stérilisation par vasectomie des pauvres jusqu’à 700.000 hommes, prévue dans le cadre du planning familial et les emprisonnements arbitraires des milliers de Hutu de sexe masculin dans des conditions tellement inhumaines qu’ils sont condamnés à mourir en prison ou à en sortir gravement malades. Nous osons espérer que ces spéculations seront démenties par l’histoire.

Concernant l’utilisation des réfugiés comme boucliers humains par les ex-FAR, les récits des rescapés contredisent cette affirmation[5]. Les ex- FAR ont plutôt, dans la mesure du possible, protégé les réfugiés en se positionnant entre eux et les militaires du FPR pour leur permettre de prendre une avance, en leur venant en aide pour traverser les rivières et les forêts congolaises. Il existe des témoins oculaires du calvaire et de la tragédie qu’ont vécus les réfugiés hutu en RDC. C’est à eux de dire comment se sont comportées les ex-FAR.

Enfin, s’agissant du contexte de guerre, il est vrai que les experts auraient dû contextualiser davantage les massacres pour une meilleure compréhension des tragédies qui endeuillent le Rwanda et la RDC depuis octobre 1990. Mais le problème est que les rapports relatifs aux massacres intervenus au Rwanda en 1994, qui ont amené l’ONU à décréter qu’il y a eu un génocide rwandais n’ont pas décrit les conditions de guerre dans lesquelles ces tueries se sont déroulées, et pire encore, cette décision a été adoptée sans l’intervention d’une instance judiciaire contrairement à ce que propose le Mapping Report. Pourquoi deux poids, deux mesures ?

De toute façon, si le contexte de guerre était pris en compte dans le cas du Rwanda et de la RDC, il est peu probable qu’il constitue une circonstance atténuante pour le FPR dans la mesure où c’est lui qui a déclenché, à partir d’octobre 1990, toutes les guerres au Rwanda et en ex-Zaïre et qui a refusé, toute intervention des forces étrangères et toute solution pacifique dans le seul objectif d’imposer  son hégémonie dans la région des Grands Lacs et d’enrichir ses dignitaires et ses sponsors par le pillage des ressources de la République Démocratique du Congo.

Par ailleurs, le contexte de guerre ne disculpe pas des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Or, la traque des réfugiés rwandais loin de la frontière de leur pays et leurs massacres systématiques par l’APR ne peuvent être que des crimes de guerre ou des actes de génocide car l’intention de les exterminer paraît évidente. Cette idée est confortée par le nombre important de victimes évalué à 200.000 à 3000.000 réfugiés hutu auxquels il convient d’ajouter les six millions de civils congolais aux massacres desquels l’APR a participé avec ses alliés congolais, ougandais, burundais, angolais et zimbabwéens. C’est, sans doute, pour cette raison que les activistes du FPR s’ingénient à contester ces chiffres. M. Ajello, par exemple, qualifie d’extravagant le nombre de six millions de congolais et 200.000 réfugiés hutu victimes du FPR et de ses alliés. Quelle est la validité d’un tel argument si tant qu’il en est un ?

3. Les nombres de six millions de Congolais et de 200.000 réfugiés hutu victimes du FPR et de ses alliés sont extravagants.

Réfugiés dans la région de Goma_photo Reuters

Réfugiés dans la région de Goma_photo Reuters

Quels sont les nombres les moins extravagants ou, en d’autres termes, les plus proches de la réalité ? M. Ajello n’en donne aucune indication parce qu’il n’en sait rien. En fait, personne ne peut prétendre, pour le moment, connaître, avec exactitude, le nombre de victimes congolaises, rwandaises et burundaises causées par les divers conflits que le FPR et les puissances qui l’instrumentalisent ont initiés dans la région des Grands Lacs africains. La difficulté d’estimation du nombre des victimes n’est pas particulière à la RDC. Elle existe aussi dans le cas du Rwanda. Les experts avancent qu’entre cinq cents mille et un million de Tutsi auraient trouvé la mort entre avril et juillet1994. S’agit-il d’un demi-million, de huit cents mille ou d’un million ? A combien s’élèvent les victimes hutu ? Le recensement des victimes du génocide organisé par le gouvernement FPR n’a pas permis de trancher ces questions. Le nombre de 1.074.000 de victimes du génocide auquel il a abouti soulève des interrogations.

D’après ledit recensement, les victimes tutsi se chiffrent à 1.066.000 et les Hutu modérés à 8.000. En partant du nombre de 7.157.551 rwandais recensés en 1991, dont 590.900 Tutsi (8,4%), et en appliquant un taux d’accroissement de 3 %, calculé à l’époque, la population rwandaise peut être évaluée à 7.826.853 en avril 1994[6]. Si l’on admet que les Tutsi représentaient 8.4% comme en 1991, leur nombre, en 1994, tournait autour de 657.456. En retenant l’hypothèse de 15% de la population avancée par certains, il se serait situé à environ 1.174.027. Dans la première hypothèse, les extrémistes hutu auraient tué plus de Tutsi qu’il en existait. Dans la seconde, il n’y aurait eu que 108.027 survivants tutsi. Quelle est la réalité?  Personne n’en sait rien, officiellement au moins, puisqu’aucune donnée sur l’identité complète (noms, parents, lieu et date de naissance et de décès le cas échéant) des victimes et des rescapés n’a été publiée par les autorités rwandaises. Pourquoi prétexter de cette lacune pour mettre en doute la seule estimation du nombre de victimes congolaises et hutu ?

La question d’évaluation continuera à se poser aussi longtemps que l’estimation du nombre de victimes ne reposera pas sur un recensement exhaustif effectué par des experts indépendants et compétents, appuyé par les représentants de toutes les ethnies ou autres groupes politiques et sociaux concernés. Mais le désaccord sur le nombre total des victimes ne signifie pas qu’il n’y en a pas et qu’elles ne sont pas nombreuses. Il est fort probable qu’elles se comptent en millions en RDC même si elles sont inférieures à six millions. Il est inimaginable que les experts citent un chiffre aussi élevé alors qu’il ne s’agit que de quelques milliers. Quoi qu’il en soit, toutes les victimes, quel que soit leur nombre, ont droit à une justice. Il serait incompréhensible qu’il en soit autrement alors que les massacres de loin moins importants en Bosnie, en Sierra Léone et même l’assassinat d’une seule personne, le premier ministre libanais, Rafi Hariri, ont conduit l’ONU à créer des tribunaux spéciaux pour juger ceux qui en sont responsables.

Aucun des trois arguments avancés par les activistes du FPR pour justifier la différence de qualification des crimes commis contre les Tutsi et ceux perpétrés contre les Hutu n’est de nature à mettre en cause le droit des victimes civiles congolaises, rwandaises et burundaises  de réclamer justice. Il en est de même des éléments présentés par les défenseurs du régime rwandais actuel et destinés à légitimer l’attaque des camps des réfugiés rwandais en RDC. Les arguments relatifs à cette « légitime défense » sont examinés dans cette deuxième partie.

Jean Charles Murego
EdA Press

 

A SUIVRE

 


[1] Le « Report of mapping exercise documenting the most serious violations of human rights and international humanitarian law committed within the territory of the Democratic Republic of Congo between March 1993 and June 2003« n’est pas le premier rapport qui fait état des crimes contre l’humanité commis en RDC par l’armée patriotique rwandaise (APR). En juillet 1997, la commission conjointe chargée d’enquêter sur les allégations des massacres et autres atteintes aux droits de l’homme ayant lieu dans l’est du Zaïre (RDC) depuis 1996 avait souligné la responsabilité de l’armée du FPR dans les massacres des réfugiés hutu. Et, à la suite de ce rapport, le Secrétaire Général de l’ONU avait proposé que les coupables de violations graves des droits de l’homme en RDC rendissent compte de leurs crimes. Mais le Conseil de Sécurité a enterré ledit rapport.

[2] M. Aldo Ajello est l’ancien envoyé spécial de l’Union Européenne comme facilitateur dans la Région des Grands Lacs en 1996-2007. Il a critiqué le « mapping report » lors d’une interview du 12 décembre 2010 à Kigali.

[3] Le témoin n’a jamais été confronté aux personnes qu’il accuse. Il en est d’ailleurs de même de M. Janvier Africa, qui prétend avoir participé, en janvier 1991, à une réunion présidée par le président Habyarimana et son épouse dont l’objet était d’organiser les massacres des « Bagogwe », éleveurs tutsi de la région du Bugogwe. Cet individu vit tranquillement au Cameroun et il n’a jamais été soumis à un contre-interrogatoire d’un avocat de la défense.

[4] Aldo Ajello, Brasiers d’Afrique-Mémoires d’un émissaire pour la paix, éd. L’Harmattan, 2010

[5] Marie Béatrice Umutesi, Fuir ou Mourir au Zaïre, Le vécu d’une Réfugiée Rwandaise, Mars 2000.

[6] La formule utilisée est Co(e)tn où Co représente la population en 1991, e le logarithme népérien (=2,7…), t le taux d’accroissement observé de la population rwandaise et n le nombre d’années entre 1991 et 1994.

 

 

La région des Grands-Lacs

La lutte contre le terrorisme, une aubaine pour les régimes dictatoriaux : le cas du Rwanda

La région des Grands-Lacs

La région des Grands-Lacs

Dès l’annonce de l’exécution d’Oussama Ben Laden par les forces spéciales américaines au Pakistan le 01 mai 2011, les régimes dictatoriaux qui assimilent leurs opposants démocrates aux terroristes se sont empressés de resurgir leur supercherie en faisant comprendre qu’eux aussi étaient confrontés aux « terrorisme » mais que leurs «  Ben Laden » à eux, entendez par là les opposants démocrates,  sont encore en vie et toujours au large.

La palme revient au régime rwandais du dictateur général- président Paul Kagame. Le 3 mai, il annonce dans son quotidien « The New Times » sous la plume d’un certain Rwayitare, que le Rwanda possède ses « Ben Laden ». Et d’énumérer tous les opposants politiques en exil ou en détention. Il cite au passage Madame Victoire Ingabire, Déo Mushayidi, Barnard Ntaganda et arrive à Kayumba Nyamwasa, Patrick Karegeya, Gerald Gahima et  Théogène Rudasingwa en passant par Paul Rusesabagina. Toutes ces personnes, si elles ne sont pas déjà dans ses geôles, devraient être exécutées.

Le régime dictatorial de Paul Kagame va enfoncer le clou le lendemain le 4 mai, quand dans le même quotidien « The New Times », sous la plume d’un certain Sunny Ntayombya, il va faire le parallèle entre Oussama Ben Laden et Félicien Kabuga. L’auteur met même un point d’honneur en affirmant que Félicien Kabuga serait plus dangereux pour la paix mondiale que Ben Laden car ce dernier n’aurait tué « que 3000 personnes dans les Tours du World Trade Center » alors que Kabuga en aurait massacré un million au Rwanda ! Quand on sait que ce paisible homme d’affaires, qui n’a jamais fait de politique et qui ne pouvait tuer même pas une poule, est poursuivi uniquement parce que ses biens ont été accaparés par le FPR à sa prise du pouvoir en 1994 et qu’il n’entend pas les lui restituer, on réalise jusqu’où peut pousser le cynisme des dictateurs.

Comment en est-on arrivé là ?

Depuis l’attaque du 11 septembre 2001 sur le Word Trade Center de New York, le président d’alors des Etats Unis George W. Bush a fait de la lutte contre le terrorisme une priorité absolue. Dans cette nouvelle croisade, il a invité ses traditionnels alliés à le rejoindre et a ordonné à ses protégés d’appliquer ses consignes en matière de lutte contre ce « nouvel ennemi du monde libre » que lui seul devait identifier. Les alliés traditionnels l’ont accompagné dans l’aventure irakienne et afghane d’où ils sont jusqu’à ce jour empêtrés. Les régimes installés par l’Amérique triomphante ou qui ne doivent leur survie que par le soutien militaire ou financier des USA ont obtempéré, tandis que d’autres se sont engouffrés dans la brèche pour mener une lutte féroce contre toute opposition en l’assimilant au terrorisme. L’Organisation des Nations Unies est aussi mise à contribution et n’hésite pas à qualifier des mouvements opposés aux régimes soutenus par les USA de « terroristes ». Le comble du ridicule est atteint quand des dictateurs n’hésitent pas à affirmer que le soulèvement de leur peuple qui réclament plus de liberté est l’œuvre des mêmes mouvements terroristes dénoncés et combattus par les USA.

Lutte contre l’islamisme

Au nom de la lutte contre l’islamisme, l’Occident mené par les USA va laisser les régimes corrompus et rétrogrades régner en Egypte et en Tunisie jusqu’aux révoltes populaires du début 2011 qui va les balayer. Les mêmes occidentaux, champions des droits de l’Homme en  paroles, ne sont pas trop regardant des situations qui règnent dans les monarchies du Golfe Persique toujours sous le prétexte que ces régimes  archaïques constituent un rempart contre l’islamisme. Même en Afrique, les USA ont « installé » ou soutenu des régimes les plus répressifs qui soient à condition qu’ils apparaissent comme des remparts contre l’islamisme dans la région. En Ethiopie, la dictature de Meles Zénawi est chouchoutée car il est censé contrer l’islamisme en Somalie voisine. Yoweri Museveni règne en maître absolu sur l’Ouganda et sème depuis 25 ans la désolation dans la région pour simplement être perçu comme un rempart contre l’islamisme au Sud-Soudan et l’anti-américanisme dans la région des Grands Lacs.

La nébuleuse « Al Qu’aida » et son leader Ben Laden

Au nom de la lutte contre Al Qu’aida et Ben Laden, tout est permis dans les pays comme le Pakistan et l’Afghanistan. La corruption, le trafic des stupéfiants, l’extermination des tribus rivales… tout est occulté car mis sur le compte de la lutte « contre le terrorisme ». La recette a tellement pris que partout au Moyen Orient et en Afrique , tout ce qui ne va pas est le fait de Ben Laden et de son Al Quaida. Même le Colonel Kadhafi confronté à une révolte populaire ne trouve pas mieux que de dire que son peuple qui se soulève contre sa dictature qui dure depuis 42 ans, est le fait d’Al Quaida ! Il compte sûrement s’attirer la sympathie des USA et qui sait, obtenir le soutien et l’aide de l’Amérique ou de ses alliés pour lutter contre « le terrorisme ».

Les nouveaux dictateurs s’engouffrent dans la brèche

Les dictateurs, surtout ceux qui sont arrivés au pouvoir par les armes comme Yoweri Museveni d’Ouganda ou Paul Kagame du Rwanda ont vite fait de réaliser tous les avantages qu’ils peuvent tirer de cette obsession de l’Amérique contre tout ce qui est qualifié de « terrorisme ». En Ouganda, après avoir présenté la rébellion dénommée Lord Resistance Army (LRA) comme une organisation mystico-religieuse, Museveni a vite convaincu les USA et donc la communauté internationale que cette opposition armée était un mouvement terroriste. La LRA figure donc comme tel sur la liste de l’ONU et doit être éradiquée sans ménagement. Pourtant, au départ, ces combattants originaires du Nord de l’Ouganda entendaient protester contre les massacres commis par les combattants qui ont installé  Museveni au pouvoir à Kampala en 1986 et qui, sous le commandement d’un certain…Paul Kagame, commettaient des massacres sur la population innocente d’ethnie Acholi.

Le Rwanda de Paul Kagame et l’épouvantail « FDLR »

Depuis que les Nations Unies, sur instigations des USA et à la requête du Rwanda, ont inscrit une organisation dénommé FDLR sur la liste des organisations terroristes, le régime dictatorial en use et en abuse à volonté. Tout opposant qui ose revendiquer ses droits est aussitôt accusé d’être de mèche avec les FDLR et ainsi discrédité. Même les anciens rebelles du FPR actuellement au pouvoir qui osent dire publiquement qu’ils en ont assez d’une dictature brutale et corrompue de Paul Kagame sont présentés par le régime comme étant de connivence avec les FDLR, donc des terroristes infréquentables. Le régime de Paul Kagame pousse le bouchon trop loin puisqu’il arrive même à associer des personnalités de la société civile mais qui dénonce le manque de liberté, aux mêmes FDLR et donc eux aussi qualifiés de terroristes. C’est le cas de Paul Rusesabagina, qui a inspiré le film « Hotêl Rwanda » et qui fut un temps considéré par le régime du FPR et les parrains américains de Kagame comme un héros avant d’être la cible des attaques du régime de Paul Kagame quand il a osé dénoncer sa dérive dictatoriale. Même le grand argentier du FPR, celui-là même qui a financé dès 1990 la reconquête du Rwanda par des éléments tutsi issus de l’armée régulière ougandaise jusqu’à la prise de Kigali en juillet 1994 n’est pas épargné. Pour être actuellement en conflit avec l’entourage du dictateur Kagame, Tribert Rujugiro, actuellement en exil en Afrique du Sud, est accusé lui-aussi de collaborer avec un mouvement terroriste à savoir, les FDLR.

Qui sont les FDLR ?

Le mouvement politico-militaire qui s’est donné le nom de « Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda » (FDLR)  est né en 2001 à la suite du démantèlement des camps des réfugiés hutu en ex-Zaïre et des massacres des milliers d’entre eux par l’armée de Paul Kagame commis depuis1996. Les rescapés de ces massacres que le Mapping Rapport de l’ONU a publié en octobre 2010 qualifie de « crimes de guerre,   crimes contre l’humanité et peut-être de génocide », n’ont eu d’autres choix que de se constituer en force d’auto-défense pour résister à la chasse à l’homme à laquelle se livrait l’armée de Paul Kagame. Sur le plan politique, les FDLR réclament un dialogue avec le régime, préalable à leur retour au Rwanda dans la dignité et en toute sécurité.

Gestion du problème des FDLR par le régime de Kigali

Rompue dans l’art de la supercherie et du double langage, la clique au pouvoir à Kigali ne va pas contredire cette réputation quand on considère la manière dont elle gère le dossier des FDLR. Tout y passe : manipulation, mensonges, chantages, pots-de-vin… bref, tout ce qui peut être fait ou dit afin de profiter de l’existence des FDLR a été et est encore tenté par le régime de Paul Kagame. Ainsi, dès le départ, le dictateur a brandi la carotte et le bâton. Dans son obsession à vouloir faire condamner ses compatriotes réfugiés en RDC comme des terroristes, Paul Kagame n’a pas hésité à violer la Constitution en extradant ses propres nationaux vers les Etats Unies. L’on se souviendra en effet qu’à la suite de l’assassinat de touristes américains et britanniques dans le parc de Bwindi en Ouganda en 1999, le Rwanda avait tout de suite conclut que ce crime était le fait des réfugiés hutu vivant au Nord-Kivu et n’avait pas hésité à livrer deux d’entre eux  capturés à la frontière ougandaise aux autorités américaines. Après enquêtes et procès, les deux malheureux seront innocentés et relâchés. Tous les éléments rendaient plutôt les forces ougandaises et rwandaises coalisées pour l’invasion et le pillage de la RDC responsables de ce crime odieux. Loin de se décourager, Paul Kagame déploya des efforts pour rapatrier les combattants des FDLR « sans condition ». En fait, tout en multipliant des opérations militaires pour massacrer ceux qui ne répondaient pas à ses avances, parallèlement il faisait croire à la communauté internationale que la déstabilisation de la région est le fait des mêmes FDLR alors que c’est de Kigali que partait toutes les rébellions qui ensanglantent l’Est de la RDC (cas Laurent Nkunda). Ce refus de dialogue avec les réfugiés rwandais se trouvant en RDC et défendus par les FDLR permet ainsi à Paul Kagame de rester en RDC, d’exploiter des gisements de minerais tout en criant à la menace que constitueraient les FDLR. La réalité est qu’il a plus besoin des FDLR en RDC que les concernés eux même qui ne demandent qu’à rentrer au Rwanda en toute dignité.

En 2008, grâce à ses réseaux mafieux et à son penchant pour corrompre, Paul Kagame a effectué un coup de génie en réussissant à faire inscrire les FDLR sur la même liste des mouvements terroristes tel que Al Qu’Aïda ! Pour y arriver, il a eu recours aux ONG dites de Défense des Droits de l’Homme mais qui sont en fait des cabinets de promotion du FPR comme « Africa Rights » de Rakiya Omar ou « Redress » de Carla Ferstman. Ce sont ces pseudo-défenseurs des droits de l’homme qui vont approcher les fonctionnaires de l’ONU et d’autres « spécialistes de la région » pour leur vendre l’analyse et les recommandations rédigées par les services secrets de Paul Kagame qui seront ensuite présentées comme « Rapport d’Experts des Nations Unies ».

Exploitation politique des vrais-faux rapports des Nations-Unies

Aussitôt après qu’il ait réussi à faire inscrire les FDLR sur la liste des organisations terroristes, le régime dictatorial de Paul Kagame va l’exploiter à fond. En effet c’est en novembre 2009 qu’un panel d’expert aussi inconnus que partiaux ont apposé leurs signatures au bas d’un document sortis tout droit des services de renseignement rwandais comme étant un rapport des Nations Unies démontrant le caractère « terroriste » des FDLR . Les braves messieurs (Dinesh Mahtani, Raymond Debelle, Muctar Kokouma Diallo, Christian B ; Dietrich et Claudio Gramizzi) croient avoir joint l’utile à l’agréable mais ils resteront dans l’Histoire comme une honte et une caricature de la communauté internationale. Le dictateur va demander et obtenir l’arrestation des leaders politiques des FDLR vivant en Occident. Certains seront même accusés de crimes précis qu’ils auraient personnellement commis en RDC alors qu’ils n’y ont jamais mis les pieds.

Mais l’exploitation éhontée du caractère « terroriste » des FDLR  fait que Paul Kagame risque d’ouvrir les yeux même aux moins clairvoyants  et d’énerver ses maîtres américains et britanniques qu’il embarrasse  par de telles raccourcis. En effet, Kagame , sa presse et sa justice n’y vont pas par quatre chemins. Tous les opposants politiques qui ont voulu le défier lors des élections de 2010 sont actuellement incarcérés sous l’inculpation d’être de connivence avec un mouvement terroriste, les FDLR. Madame Victoire Ingabire est ainsi maintenue dans la sinistre prison de 1930 pour ce chef d’inculpation. Pour monter des dossiers contre les opposants, Paul Kagame courtise plus que jamais les combattants des FDLR vivant en RDC. Il remue ciel et terre pour en rapatrier quelques uns à coup de milliers de dollars, de promesses et de menaces. Une fois rentrés au Rwanda, l’ex-combattant est briefé et sommé de condamner tel ou tel opposant politique qu’il n’a peut-être jamais vu. Pour charger la Présidente des FDU, Madame Victoire Ingabire, les services secrets de Kagame ont retrouvé des anciens élèves officiers de 1994 qui vivaient dans la jungle du Congo depuis 1994 mais qui aujourd’hui témoignent être au courant des activités politiques de Victoire Ingabire qu’ils n’ont jamais rencontrée. De même, après l’exil et la déclaration politique des quatre anciens hauts cadres du FPR( Kayumba-Rudasingwa-Karegeya-Gahima), Kagame s’est empressé de trouver un ex-combattant des FDLR qui affirme que ces quatre sont en liaison avec eux . Pourtant, ce pauvre candidat sous-lieutenant en 1994, bombardé Colonel pour la circonstance à savoir, charger la bande à Kayumba, n’avait jamais entendu parler de ces personnalités autrement que par la presse officielle. Plus ridicule encore, le régime Kagame est en train de demander à un pauvre combattant malade qui rentre de Masisi où il ne pouvait même pas savoir ce qui se passe à Goma, de dire qu’il a suivi les tractations entre les FDLR et le milliardaire Tribert Rujugiro en Afrique du Sud ! Tout cela parce que cet homme d’affaires est en conflit avec le régime Kagame dont il a financé la guerre de conquête. Il doit absolument être accusé de collaborer avec un mouvement terroriste.

En conclusion

L’épouvantail des FDLR a été créé et est entretenu par Paul Kagame lui-même pour lui permettre de continuer à faire la pluie et le beau temps dans l’Est de la RDC, notamment en pillant allégrement des richesses et en pourchassant ses opposants. La reddition de quelques combattants fatigués ou manipulés lui permet de disposer de témoins à charge contre n’importe qui dès lors qu’il est parvenu à présenter les FDLR et tous ceux qui les fréquenteraient comme des terroristes. L’article constitue un appel à ce que cessent ce chantage et cette supercherie imaginée par un dictateur pour se débarrasser de ses opposants et qui curieusement fut endossée par ce qui est appelée « la Communauté Internationale ». Il est temps que ça change.

Jean-Charles Murego
EdA Press