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Il se développe un islam radical  dans la région de Béni (RD Congo), n’en déplaise à la Monusco et à certains spécialistes des Grands Lacs

Nicaise Kibel’bel Oka/photo rsf

Fin décembre 2016, Nicaise Kibel’bel Oka, journaliste d’investigation congolais, a publié un livre au titre bien évocateur : « L’avènement du Jihad en RD Congo. Un terrorisme islamiste ADF mal connu« . Le contenu du livre ne laisse pas indifférent certains spécialistes de la région des Grands Lacs, dont Thierry Vircoulon. Ci-après la réaction de l’auteur sur l’interview de ce dernier, passée sur RFI le 11 février 2017.

« Mon cher Thierry Vircoulon,

Je viens de vous suivre sur RFI ce matin de samedi 11 février 2017 comme invité sur le dossier du terrorisme à Beni (RD Congo). J’ai été

Thierry Vircoulon/photo rfi

déçu. Permettez-moi amicalement que je dise un mot sur votre interview.

  1. Il n’y a aucun sentiment islamophobe en RD Congo et surtout pas à l’est du pays. Ce n’est pas parce que les Pakistanais construisent des mosquées au Sud-Kivu que la population congolaise développerait un sentiment islamophobe. La construction de nombreuses mosquées par des étrangers dont le contingent indien de la Monusco devrait vous interpeller, vous qui avez fait une étude remarquable sur les 17 ans de la présence de la Monusco au Congo. D’où leur vient le financement ? En islam, l’aumône en dur, le « Zakat » est recommandée pour aller au paradis. Ce qui justifie le financement de la construction des mosquées et des ADF en provenance de la Grande Bretagne, de la Turquie et de l’Arabie saoudite.
  2. La milice Maï-Maï « Corps du Christ » n’a pas été montée pour combattre les ADF au nom du Christ comme vous l’avez déclaré, autrement elle n’allait pas s’attaquer à la Monusco à Butembo et la Police nationale tuant un casque bleu et égorgeant deux policiers congolais. C’est trop simpliste cette façon de voir le Congo. Ne tombez pas dans des affirmations gratuites pour justifier un sentiment islamophobe quelconque au Congo. Il n’existe pas à ce moment.
  3. La Communauté islamique du Congo (COMICO) est infiltrée et est impuissante face à la montée de l’islamisme radical notamment avec la construction des « mosquées centres d’accueil » servant au recrutement pour la formation au jihad. Des imans reconnus et appartenant à la COMICO le déclarent et le regrettent. Ils sont impuissants et ne peuvent rien. Par peur d’être tués et au nom d’une certaine fraternité de l’Oumma.
  4. Selon vous (et vous adoptez la posture des Nations-Unies), il n’y a pas de terrorisme dans la région de Beni car les ADF ne revendiquent pas leurs actes sur les réseaux internet. Mais c’est grave. Qu’est-ce qui est important selon vous, les massacres ou les revendications ? Nous sommes dans un pays, la RD Congo, où on fait état de près de 6 millions de morts depuis les années 1990.

    femmes islamistes/photo Nicaise Kibel’bel Oka

    Et cela n’émeut personne. Les ADF ont massacré plus de 800 civils à Beni et les Fardc ont perdu près de mille militaires dans une opération militaire qui dure déjà 3 ans. Vous dites qu’il n’y a rien parce que les ADF ne revendiquent pas leurs actes barbares ?

  5. Comment nommez-vous les massacres des « nègres » à Beni ? Horreur ? Barbarie ? Est-on dans une soirée dansante ? Ces tueries dans cette manière atroce ne sont-elles pas un message que les terroristes transmettent à la communauté internationale ? Voulez-vous qu’ils le fassent par écrit ? Vous ne l’admettrez que le jour où ils vont kidnapper un Occidental comme au Mali ou au Niger ?
  6. Vous restez jusqu’à ce jour à soutenir que les ADF, ce sont des Ougandais dans une guerre de près de 20 ans et qu’ils sont « congolisés ». Menez vos enquêtes avec objectivité et vous découvrirez que les ADF ne sont pas des Ougandais mais se recrutent parmi les Tanzaniens, les Burundais, les Kenyans, les Soudanais, les Rwandais, les Somaliens, les Ougandais et les Congolais. Tous liés par l’enseignement rigoriste du Coran et du jihad. Le terme ADF qu’on utilise abusivement en lieu et place de « Muslim Defence International » n’a aucune territorialité pour qu’on reste figé à le coller à l’Ouganda. Leur silence a été une stratégie de mieux s’installer et d’installer leur « base » loin des regards et profitant de la faiblesse (faillite) de l’Etat congolais.
  7. Vous ne prenez pas en compte l’importance du rôle qu’a joué le Soudan dans la radicalisation de l’islam dans cette région du Congo. Alors que c’est dans la corne de l’Afrique que l’influence jihadiste s’est le plus rapidement manifestée grâce à l’appui fourni, comme le signale et le reconnaît Gérard Chialand[1], par Hassan Al Tourabi, au début des années 1990, à une dizaine d’organisations radicales d’Erythrée, d’Ouganda et de Somalie.
  8. Al Qa’ida[2] s’est construit au Soudan et en Afghanistan. Ben Laden et Zawahiri y ont séjourné de 1992 à 1996 avant qu’ils ne soient déclarés « persona non grata » sur demande des Américains après l’attentat manqué contre Hosni Moubarak, alors président de l’Egypte[3].
  9. Hussein Mohammad Jamil Mukulu a séjourné dans ce pays au même moment qu’Oussama Ben Laden et Zawahiri. Il y a reçu des

    enfants soldats islamistes/photo Nicaise Kibel’bel Oka

    enseignements de ces trois grands du jihad, Ben Laden, Zawahiri et Hassan al Tourabi. Si les disciples de Ben Laden sont dangereux et désignés comme des « terroristes » ailleurs, pourquoi ne pas le faire en RD Congo ? Lorsqu’on a été formé par le sommet de l’intégrisme et qu’on les a côtoyés, naturellement on applique les préceptes des maîtres. N’en doutez plus.

  10. En RD Congo, bénéficiant d’une nature luxuriante et impénétrable, les forêts du Mont Ruwenzori – Parc national des Virunga, Hussein Mohammad Jamil Mukulu y a installé sa « base » qu’on appelle « Madina », Q.G. des islamistes ADF récupéré depuis par les militaires Fardc. Il faut interroger les rescapés et visualiser les images dudit camp lors de l’assaut des Fardc pour comprendre le châtiment cruel exercé sur ceux qui y habitaient (allant des coups de fouet, crucifixion, lapidation, mort par pendaison et surtout ce cahot en forme d’armoire à clou). Je suis disposé à vous les envoyer si vous en manifestez le désir à la seule condition que vous les publiiez.
  11. Lorsque vous citez Al Qa’ida donnant l’exemple du Mali ou d’ailleurs jugeant impossible qu’il soit aussi sur le sol congolais, vous feignez d’oublier que le terme al Qa’ida est une métonymie qui désigne simplement un Rassemblement d’islamistes radicaux s’entraînant dans un même lieu au jihad. Donc c’est aussi la métaphore de cette base dispersée à la surface du globe (à l’exemple de Madina dans le Ruwenzori-Beni/ RD Congo), maintenue par des liens, un microcosme de l’Oumma où se retrouvent des « frères en islam.»
  12. Les ADF, meux la Muslim Defence International, tirent leur origine de la secte Tabliq d’origine pakistanaise installée en Tanzanie dans les années 1940. Vous comprenez au moins pourquoi les Pakistanais de la Monusco construisent des mosquées au Sud-Kivu. Vous comprenez aussi pourquoi Hussein Mohammad Jamil Mukulu a été arrêté à la frontière avec la Tanzanie. Cette secte possède une capacité impressionnante d’endoctrinement des adeptes[4]. Ses prêches ciblent les populations marginalisées des quartiers défavorisés pour ramener ces populations dans le « droit chemin » et les enfermer ensuite dans un véritable carcan mental « abêtissant » selon l’expression du rappeur Abdel Malek qui fut adepte de cette secte et qui l’a quittée. Pourquoi vous ne prenez pas la mesure du danger quand il s’agit des populations de la RD Congo ? Hussein Mohammad Jamil Mukulu serait-il un simple touriste dans les forêts de Beni ?
  13. Dites-nous cher Thierry, selon vous, comment les ADF se ravitaillent-ils en armes et munitions ? Voici la réponse. En 2004, les combattants ADF partent en formation en Somalie et participent aux côtés des Shebaab à des positions d’attaque des troupes éthiopiennes à la frontière Somalie/Ethiopie. En 2005, naît un réseau clandestin de trafic d’armes entre Baïdowa (Somalie) et Beni (RD Congo) suivant l’itinéraire Baïdowa (Somalie) – Garissa (Kenya) – Busia – Kasese – Mpondwe (Ouganda) – Kasindi – Beni (RD Congo. Ils coopèrent en même temps avec les rebelles Janjawid à la frontière du Darfour au Soudan/
  14. Le procès contre les ADF se déroule présentement à Beni. Lors de l’audience publique du vendredi 10 février 2017, l’imam Amuli Banza Souleymane (qui a perdu l’œil droit au combat contre les Fardc) raconte avec fierté comment il a dû abandonner sa chaire à la mosquée de Katindo à Goma pour rejoindre avec toute sa famille la base de Madina en forêt. Il le dit : « c’est une vie meilleure que j’ai vécu à Madina par rapport à ma vie antérieure à Goma.» Lorsqu’il est reçu au QG de Madina, on lui dit ceci : « nous sommes des musulmans. De là d’où tu viens, tu n’étais pas un vrai musulman. Tu apprends le coran aux gens alors que tu ne sais pas l’appliquer toi-même. Que dit le coran quand quelqu’un vole un bien d’autrui ? On lui coupe la main. As-tu déjà coupé combien de mains de voleurs ? Or, le coran le recommande. Ici, nous le pratiquons et tu le vivras.»[5]
  15. Bref, il y a bel et bien du terrorisme islamiste des ADF en RD Congo. Certes, il est mal connu des Occidentaux. Par mauvaise foi surtout. C’est pourquoi, au nom de nos relations en tant qu’experts, je vous avais recommandé avec Marc-André Lagrange, de lire mon récent ouvrage publié aux Editions Scribe/Bruxelles au titre révélateur « L’avènement du jihad en RD Congo. Un terrorisme islamiste ADF mal connu ». J’avais même envoyé à Marc-André Lagrange avec qui vous travaillez sur la RD Congo la page de couverture et je comprends pourquoi vous avez déclaré sur RFI « … des vidéos de quelques femmes en tenues

    photo Nicaise Kibel’bel Oka

    musulmane… ». Je suis prêt à vous l’envoyer si vous ne l’avez pas et à partager avec vous nos investigations.

  16. Vous ne m’en voudrez pas à travers cette note qui rétablit certaines vérités que vous connaissez mais que vous ne voulez pas dire à haute voix. Ne faites pas comme notre ami Jasons Stean du GEC (Groupe d’Etudes sur le Congo) qui s’est laissé manipuler dans son rapport sur les massacres de Beni où le personnel de la Monusco qui, pour des raisons qui leur sont propres, refusent de reconnaître le phénomène islamiste. Ce qui leur permet de rester dans la durée même alors que leur inefficacité et leur incompétence sont avérées par tous y compris les groupes armés. Vous l’avez si bien souligné dans votre étude sur les 17 ans de la Monusco.

Je reste donc à votre disposition pour tout débat constructif au sujet du terrorisme islamiste des ADF dans la région de Beni en particulier et dont le réseau s’étend dans toute la région depuis la Somalie, le Soudan en passant par la Tanzanie et l’Ouganda jusqu’en RD Congo ».

Nicaise Kibel’Bel Oka
Directeur du journal Les Coulisses
Journaliste d’investigations et directeur du Centre d’Etudes et de Recherches Géopolitiques de l’Est du Congo (C.E.R.G.E.C)

Téléphone mobile : +243 998 190 250


[1] Sous la direction de Gérard Chialand et Arnaud Blin, a été publié  en 2016 un ouvrage remarquable sur l’Histoire du terrorisme de l’Antiquité à Daech.

[2] Selon Ben Laden répondant aux questions du journaliste Taysir Aluni de la chaîne Al Jazeera en octobre 2001, Al Qa’ida est une création de feu Abou Ubaida al-Banshari (un activiste Egyptien qui finit noyé dans le lac Victoria en 1996 alors qu’il organisait des cellules du réseau en Afrique orientale. On avait l’habitude d’appeler les camps d’entraînement pour les moujahidines contre le terrorisme de la Russie montés par lui « la base » Al Qa’ida. Et le nom est resté.

[3] Gilles Kepel donne des précisions intéressantes à la page 100 de son ouvrage « Fitna. Guerre au cœur de l’islam », ED. Gallimard : « Pour restituer la logique des activistes qui ont perpétré les attentats de New York et de Washington, il est nécessaire de retracer la double filiation qui y a abouti et qu’incarnent par excellence  les deux principaux responsables emblématiques du réseau Al’ Qa’ida : Ayman al Zawahiri l’Egyptien et Oussama Ben Laden le Saoudien. Ils fomentent la prolifération planétaire du terrorisme durant l’expérience du jihad en Afghanistan pendant la décennie 1990, commencent à l’expérimenter lors des années d’exil et de pérégrinations au Soudan, au Yémen et en Europe de 1992 à 1996. »

[4] Voici comment la décrit Gilles Kepel dans l’ouvrage déjà cité à la page 306 : « En Europe, dans les années 1980,  les fonctions de socialisation et d’encadrement ultra-rigoriste au nom de l’islam étaient exercées principalement par le Tabigh, un mouvement de retour à une foi rigoriste, né dans l’Inde des années 1920. Le Tabligh –dont le nom signifie « propagation (de la foi islamique) » – prône une orthopraxie très contraignante (s’habiller à la manière du prophète, dormir comme il dormait, couché à même le sol sur le flanc droit, etc), qui ressemble à celle des salafistes. Tous deux expriment une volonté de rupture au quotidien avec la société « impie » ambiante.

[5] Cheikh Amuli Banza Souleymane (35 ans) qui a reçu une formation au jihad à Mombasa (Kenya) est poursuivi pour participation à un mouvement insurrectionnel et détention illégale d’armes de guerre (RP 151/2017). Instructeur et prédicateur, il apprenait les tactiques de combat aux combattants ADF. Il a été capturé lors des affrontements contre les Forces armées de la RD Congo (Fardc) près de la rivière Bangu non loin de leur  Q.G. de Madina (Medina).

« Rwanda, 20 ans de pouvoir du FPR. Quel bilan ? » Recension de Nicaise Kibel’Bel Oka

Nicaise Kibel Bel'Oka, photo reveil-fm.com

Nicaise Kibel Bel’Oka, photo reveil-fm.com

Rwanda, 20 ans de pouvoir du FPR. Quel bilan ?
de Gaspard Musabyimana et Emmanuel Neretse aux Editions Scribe

« Les autorités du FPR n’ont cessé de mener une campagne médiatique pour sensibiliser la communauté  nationale et internationale à collaborer à un projet de réconciliation nationale. Force est de constater 20 ans viennent de s’écouler  et que le FPR n’a jamais honnêtement créé des conditions pour une véritable réconciliation nationale ni même la réconciliation du Rwanda avec  l’étranger. Les initiatives prises actuellement par le FPR pour la réconciliation nationale paraissent inappropriées pour rapprocher les communautés rwandaises». Pages 137-38. Depuis 1994, le peuple rwandais croupit sous une dictature implacable instaurée par un groupe des Tutsi venus de l’Ouganda. Ainsi tous les leviers de tous les  pouvoirs (politique, militaire, judiciaire, économique…) sont tenus par les Tutsi venus de l’Ouganda. Cette situation catastrophique est vécue par le peuple rwandais au vu et au su de la « communauté internationale ». Aveuglement quand tu nous tiens!

Les 20 ans du génocide des Tutsi ont été célébrés avec faste au Rwanda. Avec faste car dans cette célébration, il y avait ceux qui, dans le douloureux souvenir, cherchaient comment panser les plaies d’une telle tragédie dans une réconciliation de tous les Rwandais, et d’autres, ceux qui versaient les larmes de crocodile, cherchant à travers des boucs émissaires à se faire une conscience tranquille. Ceux-là, peu nombreux, les hommes forts du régime actuel, construisent dans l’exclusion et dans la chasse aux Hutu. Lors de cette cérémonie à Kigali, et pour donner la preuve d’un pouvoir sans partager et aux abois, d’un pouvoir paranoîaque, 4 personnes ont été arrêtées et inculpées de terrorisme.  Voilà, hélas, le tableau apocalyptique du Rwanda que certains médias et spécialistes occidentaux de la région des Grands lacs africains ne perçoivent pas encore et qu’ils magnifient à longueur des journées, vingt ans après. Avec le régime Kagame, ils reviennent sans cesse à la théorie du « bon et du mauvais Rwandais », faisant que les « victimes des massacres de l’APR sont pour la plupart les gens d’une seule et même ethnie : les Hutu », page 274.

Le régime Kagame a instauré un programme politique  néfaste par nature  qui sape les fondements  même de la nation rwandaise. En effet, à travers  une campagne baptisée « Ndi umunyarwanda » consistant à la demande du pardon public des Hutu aux Tutsi pour le crime de génocide et qui considère tout hutu comme génocidaire, Paul Kagame établit une hiérarchisation entre les Rwandais faisant des Hutu des citoyens de seconde zone alors qu’ au Rwanda et dans les pays voisins du Rwanda se commet une sorte de « génocide rampant »dont l’ampleur des massacres étonne le silence de la communauté internationale. A force de parler du génocide des Tutsi excluant ceux des Hutu « modérés » qui y ont péri, on contribue à créer davantage un fossé car demain, si l’on prenait le temps de faire une comptabilité macabre pour les Hutu tués au Rwanda et en RDC, pour les Congolais massacrés par les sbires du régime, rien ne dit qu’on ne parlera pas de « génocide » d’autres ethnies et peuples commis par le régime FPR.

Deux Rwandais, Gaspard Musabyimana et Emmanuel Neretse, ont le mérite d’y penser jusque dans les petits détails et dans tous les domaines de la vie au pays des Mille collines, sans faux-fuyant et avec objectivité et tout le sérieux possible dans le seul but de montrer à la face du monde la gangrène qui ronge le Rwanda et si possible, d’y réfléchir afin d’amener le peuple du Rwanda à une véritable réconciliation avec son histoire et avec soi-même. Au Rwanda, 20 ans après, la justice est minée par l’immixtion du FPR et par la délation à travers l’association Ibuka ; la magistrature est dans l’étau du pouvoir. La justice, on le sait bien, élève une nation. Or, Kagame a bâti son régime sur la  tutsisation de la justice et l’épuration ethnique dans la magistrature, faisant de l’exclusion des Hutu un système de gouvernement : « le kitchen cabinet » du président Kagame ne regroupe que des Tutsi, essentiellement d’origine ougandaise, présents à tous les niveaux de prise de décisions et de l’accaparement de richesses du Rwanda » à travers une armée hypertrophiée et monoethnique  dont la quasi-totalité des officiers supérieurs sont d’ethnie tutsi.  Kagame a anéanti, de ce fait, tous les opposants politiques et a banni toute critique d’où qu’elle vienne. Il a construit un Etat policier dont les services de sécurité sont impliqués dans des crimes politiques et crapuleux.

Du point de vue économique, on ne cesse de vanter les performances économiques extraordinaires réalisées par le régime Kagame jusqu’à parler du « miracle » rwandais. « Certains illuminés vont jusqu’à appeler le Rwanda de Paul Kagame le « Singapour des Grands Lacs », la capitale Kigali, seule vitrine à travers laquelle les étrangers sont autorisés à imaginer le Rwanda, est habitée en majorité par l’élitedes « returnees », les autres Rwandais en sont exclus sous divers prétextes». Les deux auteurs soulignent des performances économiques en demi-teinte qui ne mettent pas tout le monde d’accord. Car, « d’aucuns louent les progrès de ce pays en termes d’infrastructures, de développement économique, de sécurité sociale et même de politique de réconciliation ; d’autres dénoncent l’abandon des zones rurales, la corruption, l’absence de liberté et le climat de répression, ainsi que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres . ( …) ce développement  relatif est accompagné de trop d’effets pervers importants… » pages 312-13

Le régime du FPR recourt à l’affichage d’une performance économique prétendument exceptionnelle. Cette situation d’illusion ne durera pas éternellement, écrivent les auteurs, car l’économie rwandaise est en effet marquée par une grande inégalité, des taux débiteurs très élevés( 16%),  des guerres contre des voisins qui entravent une véritable coopération régionale, une éducation discriminatoire et en grande partie de mauvaise qualité et une très forte dépendance de l’aide extérieure. Une telle économie ne peut garantir une croissance soutenue ni un développement endogène et durable. Une analyse à mi-parcours montre que «  la vision 2020 » est un leurre mal parti, concluent les auteurs de cette chirurgie du régime Kagame. La vision 2020 paraît plutôt comme un slogan. Sans la confiance entre les diverses composantes de la population, sans la liberté d’association et d’entreprise, sans la paix avec les voisins, sans politique appropriée, ce rêve demeurera imaginaire ou un autre moyen de manipuler l’opinion internationale. Page 328

Enfin, on ne peut pas parler du Rwanda sans faire allusion aux déplacés et/ou réfugiés, ce nouveau groupe social de sans terre. La spoliation des terres cultivables, l’absence d’une perspective de survie  cimentent la haine et la violence, l’envoi forcé d’une jeunesse pour se battre hors de ses territoires, la destruction délibérée des cultures par l’armée soi-disant à la recherche des infiltrés, l’institution de la monoculture etc,  contribue à la discrimination ethnique et donc, à l’exil forcé et/ou voulu  de nombreux Rwandais. Toutes ces irrégularités criantes cataloguées et dénoncées dans cet ouvrage contrastent avec la magnificence du régime Kagame durant ces 20 ans par  certains spécialistes auto proclamés de la région des Grands Lacs africains. Ce tableau ainsi peint pour un régime dictatorial qui cause autant de souffrances à son peuple qu’à ses voisins, on est en droit de se demander pourquoi la communauté internationale reste « aveuglée » face aux crimes qui se commettent sous sa barbe. Le livre de Gaspard Musabyimana et Emmanuel Neretse doit être lu, consulté et enseigné afin que la vérité qu’on tente de cacher triomphe et que la justice, base d’une réconciliation véritable, amène la paix au Rwanda et dans la région. Ce livre, il faut le lire et le faire lire car il parle avec des mots simples et sans rancune. Vingt ans de pouvoir FPR, que d’opportunités gaspillées ? Vingt ans de pouvoir FPR, le bilan est en déça des attentes, et donc, cruellement négatif.

Nicaise Kibel’Bel Oka
Journaliste et écrivain

Journaliste congolais (RDC), Nicaise Kibel Bel’Oka est éditeur du bimensuel « Les Coulisses ». Il est Lauréat 2009 du prix CNN de la liberté de la presse en Afrique.

RDC : Le festin des vautours

« Le festin des vautours. Mémoires d’un Ambassadeur congolais » de Jean-B. Murairi Mitima aux Editions Sources du Nil.

Histoire sociopolitique du Congo – Kinshasa depuis la naissance de Jean-B Murairi Mitima jusqu’à nos jours. Ce livre de 542 pages pourrait ainsi s’intituler sans gêner personne.

L’Ambassadeur Murairi Mitima revisite derrière le faux masque de son histoire personnelle le passé et le présent du Congo – Kinshasa, dans ses trahisons et dans ses contradictions mais surtout dans la responsabilité et la culpabilité de son élite dans le gaspillage et la déchéance de ce beau et riche pays : « la classe politique et les intellectuels seraient gravement coupables s’ils ne plaçaient pas ses intérêts au-dessus de tout autre » (page 469).

C’est eux les vautours, les charognards qui ont et continuent de festoyer autour d’une dépouille. Construit sur une simple mais riche histoire du parcours d’un individu, produit des collines du Kivu (territoire de Masisi) dans le royaume confédéral de Bahunde, le livre de Murairi Mitima embrasse tout sur son passage dans les moindres détails notamment « l’assaut de la colline inspirée » (pp. 139-183) mettant en exergue la vocation africaine et internationale de Lovanium actuellement université de Kinshasa qui gît dans un délabrement physique et intellectuel débridé.

De la politique à la diplomatie, l’auteur relate ce passage obligé avec beaucoup de dégoût par rapport à la nostalgie du départ : « nos recrutements ressemblèrent à un enrôlement dans une armée. Et les décideurs faisaient rarement cas des avis émis par l’administration et même par les conseillers. C’était des réquisitions » pp. 247-248.

Autour du président Mobutu, les vautours se régalaient du cadavre puant du Congo assommé par « l’opération zaïrianisation – étatisation (…) tellement désastreuse » p. 253 et qui sonna le glas de la dégringolade infernale du pays. Enfin vint la diplomatie qui est non seulement une école (p.283) mais également un monde des coups bas. L’image de marque d’un grand pays qui rayonnait finit par être ternie par une diplomatie parallèle encouragée et entretenue depuis la Centrale. Des honneurs à la honte, les diplomates congolais terminaient leur carrière en devenant des SDF (sans domicile fixe), refusant de mourir, survivant sans électricité ni gaz. Au demeurant et au-delà de la corruption et de la gabegie, l’auteur signale deux tares qui minent les politiques congolais : « la vantardise et l’auto satisfaction devant d’insignifiants et ridicules résultats face à l’immense fossé qui nous sépare du minimum exigé pour assurer l’honneur politique et le bien-être social de nos compatriotes » page 474.

L’Ambassadeur Murairi Mitima aborde enfin l’avenir du Congo – Kinshasa « locomotive de l’Afrique ou disparaîtra ».

Après le survol de la RDCongo depuis les collines verdoyantes du Masisi jusqu’au grand voyage à travers les continents, au nom de la république comme Ambassadeur du Grand Zaïre en déclin, l’auteur fait un atterrissage (pas en douceur) comme une sorte de chirurgie sur son pays.

Il rappelle un vieux principe « l’avidité des autres pays tant il est vrai que les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts » (p. 470) et réveille le peuple congolais de son sommeil « nul autre qu’eux ne peut protéger et valoriser ces trésors que le Créateur leur a donnés » (p. 470).

Jean-B. Murairi Mitima se pose une triple question sur la lamentable déconfiture actuelle de son pays se demandant « que peut-on encore espérer ? »

Il énumère les scandales du Congo, de la géologie au tourisme en passant par la surabondance de l’eau douce, l’énergie, les ressources humaines passant ainsi au peigne fin tout le système de l’enseignement congolais.

Il dénonce avec pincement au cœur la calamité et la honte du Congolais devant les autres peuples : « la caricature du Congolais réduit à la mendicité tout en étant assis sur la montagne de son or et de son diamant, constitue (…) l’achèvement du comportement erratique de la classe politique et d’une pseudo – élite qui ont trahi et détruit le pays » (p. 477). Et il le démontre avec des graphiques dans une étude comparative.

Les indices de la faim, de la pauvreté, de la corruption montrent que ce pays est réellement ruiné en termes d’énergies humaines et de mobilisation des ressources.

Au-delà de diagnostics mal faits, l’auteur met le doigt dans la plaie en prenant l’exemple du gouverneur de la Banque centrale du Congo, J-C Masangu qui propose deux priorités de développement : agriculture et infrastructures : « Hélas, il semble éviter de dénoncer la vraie cause de l’échec de la production : l’insécurité généralisée due à l’absence effective de l’Etat. Et donc, le facteur principal de la relance devra être la nécessaire sécurisation des producteurs et des habitants en général. Ainsi par exemple, une bonne route à l’est, sans la sécurité, serait une arme à double tranchant. (…) Les simples mesures techniques ne suffisent pas » pp. 447-98.

A tout seigneur, tout honneur. L’ambassadeur Murairi Mitima rappelle l’impératif de l’efficacité des missions diplomatiques et consulaires. Les nôtres, depuis les années 1985/1990, ne répondent plus aux exigences et aux conditions de rentabilité : « On devait passer la soixante autres au crible pour en voir la viabilité et l’extrême nécessité » (p. 506) tout en gardant les ambassades de la catégorie A, soit une dizaine, et leur accorder des moyens très appropriés et leur exiger un rendement maximal.

De la CEPGL (Communauté Economique des Pays des Grands Lacs), l’auteur croit dur comme fer que c’est une organisation nuisible pour le Congo – Kinshasa.

La CEPGL est plus dangereuse et reste un marché de dupe pour la RDC. « La CEPGL ne sert que de couverture à Kigali pour lui permettre de poursuivre sournoisement son plan d’annexion du Kivu, laquelle, on le sait, entraînera la balkanisation du Congo » p. 508.

L’auteur dénonce des coopérations nous imposées et le diktat que le Congo subit à cause de la faiblesse de ses dirigeants : le concept « Grands Lacs » ne sert qu’à isoler le Kivu par rapport à l’ensemble national. Il y a une grave erreur de voir le Kivu et même le Congo sous l’optique des Grands Lacs. Le Congo – Kinshasa et le Kivu sont d’abord membres de l’Afrique centrale. Aux décideurs et intellectuels du pays d’y penser » p. 508

A travers ces 542 pages, J-B Murairi Mitima passe en revue les faits qui ont conduit à la chute d’un géant et en appelle à la conscience du peuple congolais pour que cesse le festin des vautours afin que le Congo assume son rôle de locomotive de l’Afrique. Ce livre, écrit sous le voile de l’autobiographie, est un vrai pamphlet qui donne à penser dans un style de « charité missionnaire » qui relève et révèle le degré de trahison et de destruction de ce beau et grand pays par ses élites. Il faut le lire, le savourer pour en prendre conscience.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Kigali, le Dubaï africain en 2020, le rêve de P. Kagame

Appuyé par les voisins et la communauté internationale; presque blanchi par le récént rapport Trévidic sur l’attentat de l’avion de J. Habyarimana, P. Kagame peut croire en son rêve , celui de faire de Kigali le Dubaï africain en 2020.

tours-dansantes-dubai/© Zaha Hadid Architects

2020, faire de Kigali la vitrine économique de l’Afrique centrale, mieux subsaharienne, le Dubaï africain. Pari risqué mais Paul Kagame y croit fermement. Tout lui sourit au point d’être convaincu qu’il sera encore et toujours aux commandes du pays des Mille collines.

Tout lui sourit notamment avec le verrou français qui vient de sauter sur son régime.

En une quinzaine de jours, Paul Kagame a obtenu le plus beau cadeau de sa vie : mettre la France derrière lui.

Lorsque la France de Sarkozy dédouane Paul Kagame de son rôle sur l’attentat contre l’avion du président Habyarimana ayant débouché sur le génocide rwandais, l’un de goulots d’étranglement de son régime, Paul Kagame, en vrai stratège, fait arrêter quatre de ses généraux au motif qu’ils participaient aux pillages des ressources naturelles de la RDCongo. Réponse du berger à la bergère.

En effet, ce deuxième goulot d’étranglement du régime de Kigali, la France de Chirac l’avait proposé, soutenu et obtenu des Nations-Unies à travers la mise sur pied du Panel sur le pillage des ressources naturelles de la RDC pour contraindre Kigali à quitter le territoire congolais. Selon une source diplomatique, la France paie par virement la mise à l’écart de Dominique Strauss Kahn (DSK) qu’elle a obtenue des Etats-Unis pour permettre à Sarkozy d’entreprendre un deuxième mandat. Paul Kagame, lavé de tout soupçon, du moins pour le moment, peut alors réaliser son rêve : faire de Kigali le Dubaï africain en 2020, c’est-à-dire vingt ans après sa prise officielle du pouvoir.

Union sacrée des Chefs d’Etat

La cartographie politique de la sous-région des Grands Lacs africains se présente comme suit : tous les Chefs d’Etat des cinq pays ont été réélus. Chacun d’eux a fait profil bas face à l’élection du voisin. Même attitude observée dans la presse régionale. Pas d’articles désobligeants contre le voisin lors de l’élection. Une sorte de deal, d’union sacrée renforcée lors de la conférence internationale pour la région des Grands Lacs africains tenue à Kampala le 16 décembre 2011.

L’économie manage les relations entre Etats, ici le leadership économique prend le dessus sur les relations entre Etats.

Paul Kagame a fait saisir des minerais congolais sur son territoire et les a retournés en RDC, une fois rassuré qu’il a cessé d’être la « bête traquée » et a promis de ne plus jouer au perturbateur dans la région. Yoweri Museveni (27 ans au pouvoir) joue à merveille le rôle de grand frère et essaie de tirer profit du pétrole du Graben albertine avec les majors français Total et chinois CNOOC (China National Offshore Oil Corporation) qui pourraient ainsi arrimer côté congolais avec les blocs I, II et III.

Yoweri Museveni sait également manœuvrer avec le Sud Soudan qui partage une économie transfrontalière active avec l’Ouganda. De la sorte, Museveni ménage le conglomérat ethnique Acholi, peuple longtemps délaissé de part et d’autre de deux frontières.

Dans cette sorte de Win Win (les richesses de la sous région et leur implication extérieure), se pose alors la question sur la place de la RDCongo dans ce mariage à trois (Rwanda-RDC-Angola) où le couple France-Chine tient les commandes.

La RDCongo a résolu le problème en abandonnant le dossier de l’exploitation du pétrole côtier, qui l’opposait à l’Angola qui a soutenu le processus électoral de 2011. Paul Kagame est attendu à Kampala fin janvier 2012. Selon les Ougandais, il s’y plaît bien depuis.

Alors aux sceptiques, conseil gratuit, ne posez pas de questions sur les violations/respect des droits de l’homme ni sur les leçons du printemps arabe dans la sous région des Grands Lacs.

Nicaise Kibel’Bel Oka
27/01/2012

Etienne Tshisekedi. Et si l’Enfer était aussi lui-même !

Etienne Tshisekedi en 2000-photo Wikipédia

« Je dirai à Tshisekedi d’être membre d’une opposition constructive pour le bien-être du Congo ». Cette phrase, en terme de conseil gratuit, de l’Ambassadeur belge D. Struye à Etienne Tshisekedi au lendemain de son auto proclamation « président de la RDC », est une leçon de pédagogie.

Etre membre d’une opposition constructive, voilà la dure réalité que devrait accepter Etienne Tshisekedi. Car, au-delà de l’autoglorification, elle montre que notre leader ne travaille pas pour une opposition constructive. Mais comment peut-on devenir membre d’une opposition constructive quand on s’appelle Tshisekedi wa Mulumba ?

Et quand on se considère comme l’Alpha et l’Oméga de l’opposition démocratique au Congo ?

Etienne Tshisekedi, c’est un peu comme celui qui sème au hasard la joie et les désastres ; gouverne tout et ne répond de rien, appliquant les mêmes méthodes depuis Mobutu.

La phrase de l’ambassadeur Struye me plonge dans les années 90, près de dix-huit années passées.

Fin 1993. Au sortir d’un déjeuner d’échanges offert aux ambassadeurs de la troïka occidentale par Léon Moukanda Lunyama, patron du groupe de presse Umoja à sa résidence de la commune de Makala/Kinshasa, l’un des ambassadeurs déclara : « Etienne Tshisekedi ne sera jamais président du Zaïre ». J’encaissai la frappe et la notai intacte dans le rôle que je jouais, celui de l’Assistant de mon Boss. Le lendemain, Léon Moukanda rendit compte à qui de droit.

Toute personnalité qui sort d’entretien avec Tshisekedi admire sa détermination mais implore son irréalisme politique. Tshisekedi n’a jamais été homme d’Etat.

Cette triste et dure réalité qui pondit la troisième voie fit beaucoup de dégâts dont le plus important restera la fin tragique du quotidien Umoja qui totalement et spirituellement acquis d’abord à l’homme Tshisekedi, ne sut s’adapter à la nouvelle donne politique.

Mobutu entouré de ses plus proches collaborateurs dont Tshisekedi en costume

Etienne Tshisekedi, la soixantaine d’âge, était au faîte de sa gloire devant un Mobutu amorti et vilipendé par tous. Pourquoi ne lui avait-on pas donné (l’occasion) de gestion du Zaïre ? Et, peut-être, empêcher l’avènement de l’AFDL ?

L’Enfer, c’est les autres avait écrit JP Sartre et inversement, l’Enfer, c’est aussi soi-même.

Le conseil gratuit de l’ambassadeur D. Struye à Tshisekedi wa Mulumba, soixante-dix- neuf ans d’âge, rappelle des évidences que souvent on semble oublier, ou on feint d’ignorer.

  1. Il ne suffit pas d’avoir le don d’enflammer des foules pour prétendre assumer le destin de tout un peuple.
  2. La popularité peut ne pas être synonyme de compétence ou d’efficacité. Les bains de foule, ce n’est pas ce qui élit.

Oscar Wilde a noté que « ce n’est pas en payant ses factures qu’on peut espérer survivre dans la mémoire d’un commerçant ». J’ajouterai d’une prostituée. Parmi les foules qui applaudissent le leader, peut-être il y a des cadavres qui jugulent dans cette sorte de folie de libérateur du Congo. Qui sait ? Forcé de vociférer et de pérorer jusqu’à la fin, Tshisekedi wa Mulumba a été missionné pour dénoncer la corruption et la dictature. Et pour cela, il restera éternellement vrai.

Reste alors un conseil, l’honneur d’un pays et de ses ressortissants, on ne le défend pas nécessairement et obligatoirement par le verbe. Il n’a pas trouvé mieux.

Peut-on conclure que Tshisekedi wa Mulumba ne rassure pas ? Et pourquoi l’opposant historique, le leader maximo, le sphinx de Limete serait-il incapable de rassurer les partenaires et autres opérateurs politiques … et économiques ?

Je prends le risque de répondre : « parce que ses yeux avaient vu ce qu’ils ne devaient pas voir ». Cela n’engage que moi. Si cela est certain, alors Etienne Tshisekedi restera une victime vivante de l’impérialisme à la différence de Patrice Lumumba et de Laurent Kabila qui, eux sont des héros parce que assassinés par le bourreau impérialiste. Et Tshisekedi le sait mieux que quiconque.

Nicaise Kibel’Bel Oka

 

Le pétrole : enjeu de la balkanisation de la RDC?

drapeau du sud-Soudan

Avec le pétrole du Soudan et du lac Albert, la RDCongo pourra-t-elle résister à la balkanisation ?

Un Etat qui couvre trois marchés naturels, peut-il  subsister à la crise financière internationale ? Mieux, confronté à la convoitise des voisins peut-il résister pendant longtemps dans ses frontières héritées de la colonisation ?

Cette question me posée par un diplomate occidental me remit dans la réalité d’une éventuelle balkanisation toujours envisagée et possible de la RDCongo.

La symbiose économique d’une nation exige un Etat fort. Or, les voisins (Rwanda et Ouganda) n’aident pas le Congo à avoir cet Etat fort. Et le Congo lui-même ne s’en soucie pas.

Au menu de notre discussion, c’était l’exploitation et le transport du pétrole congolais vers les lieux de raffinage. Le président Museveni avait annoncé, le jour de son investiture, que son pays va transporter le pétrole du lac Albert et du Sud Soudan par des pipe- lines jusqu’à Mombasa (Kenya). D’autre part, la venue de Joseph Kabila à Kampala répondait à la discussion à trois (avec Mwai Kibaki) sur les modalités et la faisabilité de faire passer le pétrole via les pipe-lines ougandaises. Joseph Kabila était confronté à cette réalité car personne ne peut nier qu’économiquement, un pipe-line qui partirait de l’Ituri vers Matadi (près de 4 mille km) n’a pas de sens.

La RDCongo possède trois marchés naturels, le marché de l’ouest avec Kinshasa tourne vers l’océan Atlantique, le marché du Sud avec le Katanga donnant à la Zambie et à l’Afrique du Sud et le marché de l’Est dont les échanges commerciaux et la mobilité des personnes sont plus intenses avec l’Ouganda et le Rwanda, tourné vers l’océan Indien.

Un climat propice à la balkanisation !

L’Est de la RDCongo est resté plus attaché aux pays voisins qu’au reste du pays. Pour beaucoup de raisons, au delà des raisons interculturelles avec certaines populations transfrontalières.

Primo, l’état du système de transport ne peut pas favoriser l’éclosion d’une relance économique. 79% des routes du Nord-Kivu sont en très mauvais état.

Secundo, les infrastructures sociaux tels hôpitaux, écoles, marchés sont en dégradation très avancée, vétustes et non compétitives. Les Congolais vont se faire soigner en Ouganda, au Rwanda et/ou au Kenya. Les enfants congolais fréquentent des universités (anglophones) desdits pays.

Tertio, la fraude douanière, les prix non rémunérateurs des produits agricoles à cause de l’impraticabilité des routes de desserte agricole, l’absence des statistiques fiables sur la production et l’exportation des minerais entraînant le non rapatriement des produits de l’exportation notamment le bois, le café, les minerais

Quarto, la perte et la non compétitivité de la monnaie nationale (élément de la souveraineté) dans le commerce transfrontalier (il n’existe aucune banque congolaise à nos frontières de l’Est).

Quinto, la conséquence est que les hommes d’affaires congolais s’intègrent dans la sphère de l’influence du Rwanda et de l’Ouganda, du Kenya et de la Tanzanie grâce a une planification économique régionale qu’offrent les voisins. A Goma, les opérations économiques et les ONG gardent leur argent dans les banques rwandaises.

Enfin, les voisins exercent le droit de préemption sur certaines richesses agricoles et minières de l’Est du Congo, créent des rébellions provoquant des situations de non Etat au Congo qui leur permettent de tirer profit d’une économie de prébendes et des pillages. Selon le rapport Doing Business 2010, la RDC est 45e sur les 46 pays en Afrique subsaharienne dans la facilité de faire des affaires. Ce qui prouve, si besoin en est, combien il est difficile pour améliorer le climat des affaires avec le coût et procédures complexes pour l’import et l’export.

Refaire l’unité du pays

La RDCongo, un pays à la dimension d’un sous continent, ingouvernable qui menace la stabilité de la région. Parce que sanctuaire attitré des groupes armés et jungle végétale et politique, raconte-on dans les chancelleries occidentales. C’est pourquoi quand les voisins visitent le Congo, faute de nous apporter un cadeau sinon, la guerre, ils reçoivent des cadeaux de notre générosité et de nos faiblesses.

Heureusement qu’il faut compter avec le rejet de la population congolaise, qui défend la fierté d’être congolais et de résider au Congo, elle qui n’est pas prête à céder la souveraineté du pays.

Enfin, la question que tout Congolais doit se poser est : la partition du Soudan est-elle une catastrophe régionale ? Quelles en sont les conséquences pour l’avenir de ce pays tant convoité ?

Autrement, la RDCongo devra s’apprêter à refaire son unité dans le sang et les larmes.

Nicaise Kibel’Bel Oka

 

« Espérer contre tout espérance ». Un hymne à la réconciliation dans la région des Grands Lacs

Mgr Munzihirwa

Un titre banal pour beaucoup d’entre nous. Un livre inouï pour quelqu’un qui souffre pour son pays, qui sait le désir de vengeance et le climat d’injustice qui y mine de jour en jour le lien social. Ils sont nombreux, nos sœurs et frères Rwandais qui souffrent pour leur pays. Car, quoiqu’on en dise, le pays des milles collines vit un drame ; le   drame d’une opposition dialectique : amis – ennemis, innocents – coupables, bons et méchants, vainqueurs et vaincus. Le même drame comme une malédiction a poursuivi le Rwanda a travers le monde, singulièrement en RDCongo, dans le Kivu.

Lui, Joseph Sagahutu, prêtre catholique rwandais, le seul rescapé de onze (11) martyrs de Kalima, prêtres et religieuses rwandais, a tenu à témoigner.

La dure réalité et la brutalité des faits vécus et relatés  contrastent avec les mots. C’est avec un cœur de baptisé où l’amour prime sur la haine qu’il parle.

Exercice difficile parce qu’il vous plonge dans le tréfonds de soi, dans l’animalité de l’homme (homini lupus) mais heureux dès lors qu’il confond les bourreaux et leurs chiens de garde avec des mots dénués de haine et de vengeance : « dimanche 2 mars 1997, vers 5 heures, les religieux furent entassés dans une voiture Land Rover et conduits sur le lieu du supplice sur la route vers Kindu (…). Là, ils furent dépouillés de leurs habits et de tous leurs effets. Les bourreaux leur crevèrent les yeux à l’arme blanche. Ils leur trouèrent les oreilles l’une après l’autre avec des couteaux. (…). La sœur Marie – Francine Nyirarunkundo avait été épargnée sous prétexte qu’elle était Tutsi comme les bourreaux. Celle-ci rétorqua que les religieuses assassinées étaient devenues en quelque sorte des membres de sa famille biologique. Elle fut également soumise au supplice de lamort ». pp.106-07.Unique rescapé du massacre de Kalima (RDCongo), le prêtre Joseph Sagahutu a hérité de Mgr Christophe Munzihirwa, l’archevêque de Bukavu avant d’être assassiné, le message aussi fort et réconfortant d’Espérer contre toute espérance et garder courage comme le peuple et les prophètes d’Israël en exil. Il ne pouvait s’en douter que ce message prophétique lui était comme du sel dans le long calvaire et le long combat à mener. Ce message était une nouvelle naissance, un nouveau baptême que Joseph Sagahutu a expérimenté et continue d’expérimenter depuis le début du génocide rwandais jusqu’à cet instant.

C’est au Zaïre (RDCongo) dans l’ancien Kivu que le prêtre a vécu la vraie expérience de la foi à travers de pauvres gens qui n’avaient que de la joie (hospitalité) à lui offrir en prenant sa croix : « le commandant Caeser Kayizari donna l’ordre de me capturer vivant dans le but de me torturer lui-même. (…) Ce mardi – là, je me glissai alors par la fenêtre discrètement et parvins à fuir dans la brousse. Il faisait très froid et il pleuvait abondamment. (…) je me suis égaré dans la forêt. Le vendredi, je me suis encore perdu dans ce labyrinthe de forêt dense, sans boussole, sans point de repère, sans route. Fatigué par une marche infructueuse sans issue, j’ai glissé à cause de l’obscurité dans un étang naturel très large. J’y suis resté plusieurs heures avant de pouvoir m’en sortir au petit matin (…) tout mouillé et couvert de boue » pp.122-23

L’abbé Joseph Sagahutu se révèle dans ce récit un bon géographe de la région Est de la RDCongo qui a bénéficié de beaucoup de solidarité, d’une chaîne de solidarité de la part des populations congolaises et du clergé catholique. Car, ainsi devait s’accomplir la parole prophétique de Mgr Munzihirwa fondée sur l’amour du prochain, notre semblable.

La fin de la lecture soulève deux interrogations. Par rapport à l’auteur. Après tant d’épreuves où lui était chassé comme du gibier, comment vit-il tous ses souvenirs ? Comment regarde-t-il l’homme et que prêche-t-il à ses paroissiens ? Naturellement d’espérer contre toute espérance.

Par rapport à notre vie. Gaspard Musabyimana, me demandait en mars 2004 : vous êtés d’accord avec moi qu’il ne peut y avoir une réconciliation véritable au Rwanda tant qu’il n’y a pas de justice pour toutes les victimes. Tant qu’on continuera à considérer tout Hutu comme une cible légitime.

Vous avez dit « cible » ? Avec raison. Car, dans cette guerre-là, la principale cible de ces persécutions est l’Eglise catholique. Et comme le témoignait Mgr Kataliko : « plusieurs prêtres, religieux et religieuses ont été froidement assassinés. Nous avons le sentiment que par-delà les faits isolés reprochés à l’un ou l’autre, à raison ou à tort, il y a une stratégie qui vise à détruire tout ce qui est considéré par le peuple comme sacré. Une fois détruit le noyau autour duquel se construisent la cohésion et l’identité communautaire des peuples, il serait plus facile de soumettre des populations désormais sans défense et sans repères à l’arbitraire d’une idéologie et d’un système totalitaire qui veulent s’imposer à tout prix » (Cibles, 235 prêtres africains tués, p.124)

Le livre de l’abbé Joseph Sagahutu est un hymne à l’humilité, à la réconciliation dans la vérité et la justice à travers une cohabitation pacifique et, au delà du Rwanda, que les peuples de la sous région cessent de considérer le Rwandais comme un envahisseur méprisant les autres peuples.

Il faut le lire car il est écrit avec le cœur. Aux Editions Sources du Nil, 10 Euros, Lille, France, 200 pages.

Nicaise Kibel’Bel Oka
Les Coulisses

 

 

 

 

Museveni et Kagame

Ouganda:après 25 ans de règne, Museveni ne devrait-il pas « dégager »?

Museveni et Kagame

Museveni et Kagame

Le président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir  en Ouganda depuis 1986, a prêté serment le 12 mai 2011  pour un nouveau mandat (de trop?).

Les cérémonies de son investiture ont été  boycottées par ses homme de paille  d’hier dont Paul Kagame installé  au pouvoir au Rwanda en juillet 1994 par les soins ce mentor.

Pourquoi cette ingratitude?
D’où vient que même les représentants du Commonwealth étaient absents? Est-ce une mise en garde ou une rupture?

EdA Press a trouvé un début d’explication dans l’excellent article du journaliste congolais Nicaise Kibel’Bel Oka que nous reproduisons ci-après dans son intégralité.

EdA Press
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Coup de colère ou rupture
Museveni prête serment. Kagame, Zuma et le Commonwealth absents

Jeudi 12 mai 2011, place Kololo Air Strip, il est onze heures quand le président Museveni arrive à la tribune sous des applaudissements nourris de la foule.

Il reçoit tour à tour les présidents Kikwete (Tanzanie), Mway Kibaki et le doyen Arap Moi (Kenya), Jonathan Good Luck (Nigeria), Joseph Kabila (RDCongo) ovationné par la foule des Congolais arborant effigies et drapelets et criant à tue-tête son nom. Enfin, les autres délégations dont la Somalie, Melès Zenawi (Ethiopie), Bob Mugabe (Zimbabwe), Jean Ping (Union africaine) vont aussi gagner la tribune officielle.

12h18′, le président Museveni prête serment qui dure deux minutes. Il tient la Bible de la main droite et jure de respecter la Constitution et les lois du pays.

Deux faits semblent interpeller le public.
D’abord, une certaine agitation est observée au niveau des officiers des services de renseignements. On apprendra plus tard que Museveni était très mécontent de l’arrivée annoncée de Kiiza Besigye à Entebbe alors qu’il avait été bloqué à Nairobi pour ne pas gâcher la fête. Effectivement sa crainte était justifiée. Le cortège de l’opposant avait ébranlé les cortèges de certains Chefs d’Etat dont le Nigérian Jonathan Good Luck qui n’a pas pu gagner le State House à Entebbe.

Ensuite, les absences remarquables de Paul Kagame et Pierre Nkurunziza qui se sont fait représenter.
Ce qui a fait jaser. Comme le faisait remarquer un diplomate, c’est quand même Museveni le grand frère qui fêtait son sacre. C’est lui qui avait aidé à asseoir le pouvoir de Kigali. C’est encore lui qui avait parrainé la candidature de deux voisins (Rwanda et Burundi) dans la East Africa Communauty. C’est avec le Burundi qu’il participe aux opérations de maintien de paix en Somalie, etc.

A cette absence qui a été vécue comme une rupture, il faut ajouter celle de Jacob Zuma. On sait ce que représente l’Afrique du Sud sur le continent. Pêle-mêle, on notait aussi l’absence de Dos Santos (Angola), François Bozize (RCA) dont le pays est envahi par la rébellion ougandaise de la LRA.

Enfin, l’absence de traditionnels amis et soutiens occidentaux du régime Museveni, les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Certes vingt-cinq années de règne sans partage, c’est déjà suffisant mais est-ce que cela peut expliquer le « boycott » des amis du régime ?

Les raisons d’un « boycott » avéré !

Certains observateurs ont trouvé une explication à cela dans les dernières déclarations du président Museveni en faveur du guide libyen centre la communauté internationale. Il a osé le comparer à Nasser (Egypte), Nyerere (Tanzanie), Samora Machel (Mozambique) le qualifiant de vrai nationaliste qui se défend contre l’impérialisme et qui ne sera jamais une marionnette des Occidentaux.

Quant à l’absence de Paul Kagame à la cérémonie (il s’est fait représenter par Bernard Makuza, le Premier ministre), les divergences seraient dues aux accusations de part et d’autre de soutenir les rébellions. Museveni accuse Kagame de porter une main forte à l’opposant Kiiza Besigye dont la côte de popularité donne des insomnies au régime ougandais. Kagame, pour sa part, accuse son aîné de fournir de l’aide (indirectement) aux FDLR pour déstabiliser son pays.

Ces accusations, outre la guerre d’hégémonie que se livrent les deux sur le contrôle des enjeux des Grands Lacs, seraient-elles aussi graves pour boycotter pareille cérémonie ? Enfin, la colère des Occidentaux aurait pour cause, selon certaines sources, le double jeu que le régime Museveni joue en Somalie. D’une part, l’Ouganda à travers son armée participe aux opérations militaires d’imposition de la paix en Somalie avec le Burundi et d’autre part, on accuse la bourgeoisie militaire ougandaise d’entreprendre de juteuses affaires avec les opposants somaliens en leur offrant la formation para militaire par les société militaires privées (SMP) communément appelés Société de gardiennage.

Ce qui, aux dires de certains, serait une politique qui souffle le chaud et le froid et qui tire les dividendes de deux côtés par le sang.
Cependant, même si les relations entre Museveni et Kagame d’une part, et Museveni et les Occidentaux d’autre part sont en dent de scie, il serait hasardeux de croire qu’il a été lâché. Les absences à la cérémonie de son investiture sont une mise en garde et non une rupture. Museveni bénéficie encore du soutien occidental, ne fut-ce qu’avec la présence de ses troupes en Somalie, au sud Soudan, en RD Congo et en Centr’Afrique.

Nicaise Kibel’Bel Oka
Journal Les Coulisses