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Géopolitique  de l’Afrique des Grands Lacs.  Etapes dans la réalisation du « modèle rwandais » 

modele-rwandais-imageIntroduction

Comme nous l’indiquions dans un article précédent (Echos d’Afrique du 08/08/2016) :

« Nous appelons « modèle rwandais », un régime qui serait installé dans un autre quelconque  pays du monde et qui aurait les caractéristiques du régime installé au Rwanda depuis 1994. ».  

Nous avions alors indiqué les principales caractéristiques du « modèle rwandais  à savoir :

  • Un régime dictatorial d’après les normes généralement reconnues en science  politique ;
  • Un régime qui ne peut être critiqué ni dans la presse ni dans les institutions internationales, mais au contraire qui ravit ses thuriféraires en les rémunérant grassement ;
  • Un régime pour lequel même les institutions internationales sont promptes à mentir ou à falsifier les statistiques quand il faut le défendre. »

Dans l’étude de la Géopolitique dans la région des Grands Lacs en Afrique, il est intéressant de se pencher sur les étapes qui ont abouti à imposer un régime clanique et dictatorial dans un des pays les plus surpeuplés et les plus pauvres du monde, dictature qui risque de passer dans l’Histoire comme le « modèle rwandais » car elle est en passe d’être implantée dans toute la région des Grands Lacs.

Le présent article a pour but de faire découvrir les étapes de la conquête du Rwanda, d’abord pour y essayer un « modèle rwandais », ce qui fut atteint  en 1994,  et par la suite, tenter  d’y instaurer une nouvelle dynastie tutsi qui étendra son influence dans toute la région dans un avenir plus au moins proche.

Etapes

[1]  1986-1988 : Prise de conscience que la reconquête du Rwanda par le armes, par les Tutsi, était désormais possible.

Après près de 27 ans d’exil dans les pays voisins et plusieurs tentatives infructueuses de reconquérir par les armes le pouvoir au Rwanda, les féodo-monarchiques peuvent se consoler. En ce début de 1986, leurs descendants nés ou en ayant grandi en Ouganda viennent de prendre le pouvoir dans ce pays à la faveur d’une rébellion  dirigée par Yoweri Kaguta Museveni, un ougandais de la tribu hima affiliée aux Tutsi, et dans laquelle ils s’étaient engagés en masse. Désormais, quasi maîtres de l’Ouganda dans l’armée dans laquelle ils étaient dominants (vice-ministre de la Défense, chef des  Renseignements militaires, chef des Services logistiques, chef du Service médical, plusieurs commandants des grandes unités…), les ex-réfugiés tutsi rwandais ( car  entretemps  naturalisés ougandais ), même les plus sceptiques, prirent alors conscience que s’ils sont parvenus à conquérir l’Ouganda, s’emparer militairement du modeste Rwanda de leurs ancêtres n’était qu’un jeu d’enfant. Il suffit d’être déterminé et de s’en donner les moyens.

[2]  1988-1990 : Cette période fut mise à profit pour l’élaboration des plans stratégiques en vue de la reconquête. C’est à cette époque que l’organisation dénommée « Rwandese Welfare Foundation » (RRWF), qui se présentait comme culturelle et qui regroupait les réfugiés rwandais en Ouganda, se transforma en une organisation politico-militaire, le Front Patriotique Rwandais (FPR). La lutte armée, comme moyen de conquête du pouvoir au Rwanda, fut adoptée lors du congrès des réfugiés rwandais tenu  à Washington aux USA du 17 au 20 août 1988. Le FPR deviendra ainsi une structure politique accompagnatrice de la conquête militaire et entreprendra des recrutements.

[3]  1990-1992 : Le caractère international de la guerre déclenchée le 01 octobre 1990  étant évident, les Tutsi et leurs souteneurs vont très vite s’atteler à légitimer cette  guerre d’agression.  Fort de la complicité des grandes puissances  occidentales, et constatant la naïveté du régime de Juvénal Habyarimana qui croyait en la bonne foi de ses anciens alliés français et belges alors qu’ils se moquaient de lui, l’Ouganda de Yoweri Museveni s’employa à faire occuper par les éléments tutsi de son armée, une portion du territoire rwandais . Cet objectif fut atteint dès juin 1992. Ainsi, les éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda pouvaient désormais être reconnus  comme une alternative au régime démocratique hutu en place depuis 1961. Ce qui fut vite acquis, ouvrant ainsi la voie aux négociations.

[4]  1992-1993 : Parallèlement à l’occupation d’une portion du territoire rwandais, le FPR occupa aussi le terrain politique en manipulant les opposants internes pour en faire ses alliés objectifs notamment par la signature d’un pacte à Bruxelles en juin 1992 par l’entremise des puissances occidentales.  Ces opposants à Habyarimana se retrouveront  comme des « dindons de la farce »après la conquête militaire du Rwanda par le FPR en 1994 comme nous allons l’indiquer plus loin.

[5]  1994 : L’assaut final pour la prise du pouvoir par les armes au Rwanda par la minorité tutsi fut déclenché le 06 avril 1994. Ce jour-là, un commando du FPR parvint à abattre l’avion dans lequel se trouvait le président Juvénal Habyarimana qui revenait d’un sommet régional tenu en Tanzanie. Il fut tué avec toute sa suite tout comme le président du Burundi Cyprien Ntaryamira qui voyageait avec lui. Le lendemain, Paul Kagame, qui commandait l’armée tutsi du FPR, ordonna une offensive générale sur tout le front  à savoir le long de la frontière avec l’Ouganda, sa base arrière, et dans Kigali où il disposait des milliers de combattants acheminés par la force des Nations Unies « la MINUAR » commandée par un général canadien au nom de Roméo Dallaire, Kagame refusera tout cessez-le-feu et même exigera le départ des troupes des Nations Unies qui ne seront plus appelées qu’après juillet 1994 quand il aura conquis tout le pays. Il va alors prétendre avoir « arrêté un génocide », ce qui constituera par la suite la seule source de légitimité de son pouvoir et de jouir de l’impunité totale pour ses crimes de guerre et contre l’humanité commis au Rwanda-même et dans les pays voisins.

[6]  1994-1995 : Début des désillusions des « dindons de la farce »

Les Hutu, qui ont aveuglément accompagné les Tutsi venus d’Ouganda dans leur conquête mais  sont, aujourd’hui, soit morts assassinés par leurs anciens alliés tutsi ou se retrouvent en exil ou en prison ou bien alors ils rasent les murs au Rwanda comme « Hutu de service » car considérés comme des « génocidaires » de père en fils. En effet, ils étaient nombreux à avoir œuvré à ce que le FPR gagne du terrain tant politique que militaire, à avoir même trahi les institutions du pays au profit d’un ennemi qui l’attaquait de l’extérieur et à avoir démoralisé les forces armées qui, pourtant les défendaient ainsi que leurs biens. Tout cela dans l’espoir d’être associé au régime qui allait remplacer celui de Habyarimana. Cette catégorie était si confiante et fière de son jeu politique qu’elle était adoubée par la Communauté internationale à travers la presse des mêmes puissances qui avaient décidé d’offrir le Rwanda aux Tutsi et qualifiaient ces opposants de  « Hutu modérés », d’opposants « démocrates ». Ils étaient encouragés, par divers moyens, à accompagner (les yeux fermés) les conquérants tutsi qui, eux,  avaient leur  agenda caché.

Effectivement après la conquête en juillet 1994, ces « Hutu modérés » seront associés à un soi-disant « Gouvernement d’Union Nationale » et occupèrent même des postes apparents au plus haut niveau (président de la République, Premier ministre, Vice-Premier ministre, etc.) mais dont les  vrais patrons étaient des Tutsi venus d’Ouganda (Vice-président avec  son propre Cabinet doublant celui qui était  présenté comme effectif). Ces Tutsi  les utilisaient pour se donner le temps de s’adapter à leur nouveau pays conquis et surtout pour la consommation externe pour faire prévaloir que ces Hutu avaient été récompensés pour leur appui à la conquête.

Une année après leur aventure, les « Hutu modérés » commencèrent à se rendre à l’évidence qu’ils s’étaient trompés mais il était trop tard  pour eux mêmes et malheureusement pour tout le peuple. Ils furent alors éliminés un à un. Ceux qui n’étaient pas assassinés étaient jetés en prison ou trouvaient la mort dans des conditions mystérieuses.  Les rares plus chanceux parvinrent à s’exiler et depuis plus de 20 ans, ils broient du noir.


 

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A l’époque (1991-1994), ces Hutu étaient très courtisés et médiatisés par la presse occidentale qui les présentait comme « des vrais patriotes, le salut du Rwanda après Habyarimana, les garants de l’unité et de la sécurité des Rwandais  etc… ». Hélas, aujourd’hui, la même presse ne parle plus de ces politiciens hutu dits « modérés » des années 1991-1994 et quand elle en parle, c’est pour évoquer leur naïveté et pour vanter l’habileté politique des Tutsi qui les ont utilisés. En effet, qui entend encore parler des personnalités comme Pasteur Bizimungu, Seth Sendashonga, , Dismas Nsengiyaremye, Théoneste Lizinde ou encore Anastase Gasana ?

[7]  1995-1998 : Le FPR commence à honorer sa part du contrat avec les superpuissances. En effet, la soldatesque tutsi de Kagame est mise en avant pour  conquérir le Zaïre pour le compte des Superpuissances occidentales qui, désormais, dominent le monde. Ce sera l’occasion de jauger le degré de l’impunité dont jouira désormais le régime tutsi au Rwanda et dans la région: les massacres dont furent victimes les réfugiés hutu en RDC, que d’aucuns qualifieront de « génocide » seront tout simplement occultés et même les quelques rapports qui en parlent seront aussitôt mis sous le boisseau.

[8]  1996-2000 : Toujours pour honorer sa part du contrat, le FPR contribue à rendre l’Est de la RDC un territoire qui échappe au pouvoir central à défaut de faire sécession mais exploité par les multinationales. Désormais, depuis 1996, le Rwanda est devenu le principal pays de la région exportateur de minerais jadis introuvables sur son territoire comme le coltan, l’or, le diamant,…

[9]  2000-2003 : Paul Kagame est jugé assez mûr et assez sûr pour apparaître au grand jour comme le « délégué », le « bras armé »  des superpuissances dans la région. Il est appelé alors  à mettre fin à la longue période dite de transition instaurée au Rwanda depuis sa conquête militaire du Rwanda en 1994 et d’organiser un semblant d’élections pour légitimer sa prise du pouvoir par les urnes.

[10]  2003-2010 : Consolidation du « modèle rwandais »tant sur le plan interne que régional. Désormais présenté comme un président élu à presque 100% des voix par les Rwandais, Kagame va être présenté comme un modèle en Afrique  et ce modèle est mis à l’essai pour son imposition dans les Etats voisins. Une fausse image d’un Rwanda en plein « boom économique » grâce à un « homme providentiel » qu’est Paul Kagame est véhiculée par les plus grands médias du monde qui n’hésitent même pas à manipuler les statistiques ou à occulter les rapports les plus réalistes.

[11]  2010-2017 : Préparation de l’opinion à la fondation d’une nouvelle dynastie « tutsi-ega ». Kagame étant un tutsi du clan « bega », son clan fonderait une nouvelle dynastie qui remplacerait celle de « tutsi-nyiginya » qui a régné sur le Rwanda jusqu’en 1959.  Les Rwandais sont amenés à crier haut et fort que personne d’autre n’est capable de régner sur le Rwanda sauf Paul Kagame ou celui qu’il désignerait. Des millions de pétitions sont signées parfois par des analphabètes, et acheminées au Parlement avec une forte médiatisation internationale   pour prouver que les Rwandais souhaitent que Kagame soit leur « président à vie ». Il s’en suivra un amendement de la Constitution, suivi d’un référendum pour l’adopter et tout fut joué avant fin 2016.

Pour la suite, après 2017, mais en tout cas avant 2034, Kagame se proclamera « roi du Rwanda » sous le nom de règne de Kagame Ier  ou alors il aura déjà installé son fils Ivan Cyomoro au trône. Il en a eu le feu vert de la part de ses créateurs.

Ce rapide passage en revue des étapes de la conquête du pouvoir au Rwanda par un groupe de Tutsi venus d’Ouganda montre que tout est piloté de l’extérieur. Autrement dit, que le peuple rwandais subit les événements conçus et pilotés par les puissances étrangères, ayant comme bras armé Paul Kagame et sa clique.

Perspectives d’avenir

2017 : L’année marquera de toute évidence le début du règne de Kagame Ier, dont le royaume devrait englober à terme l’actuel Rwanda, le Burundi,  les deux Kivu, l’Ouest de la Tanzanie et l’Ouest si pas l’entièreté de l’Ouganda. Cela pourrait prendre du temps pour faire prendre forme à ce royaume ou cet empire. Mais les Tutsi et leurs commanditaires sont connus pour être très patients. Il suffira de semer le chaos partout autour du Rwanda de Paul Kagamé (Burundi, Est de la RDC, Tanzanie et pourquoi pas en Ouganda), ce qui rendrait aux yeux du monde ce royaume moyenâgeux de Paul Kagame   comme le seul « havre de paix et de postérité » dans la région mais surtout ferait occulter le contentieux causé par la conquête et le servage de la majorité du peuple rwandais ( Hutu, Twa  et Tutsi de l’intérieur) par une bande de Tutsi armés venus d’Ouganda en 1994. Un peu comme ce que l’on observe ailleurs. Depuis le démembrement de l’Irak, le chaos provoqué en Libye, la disparition de l’Etat au Yemen, la campagne en cours visant la disparition de la Syrie en tant qu’Etat…il ne reste au Moyen Orient qu’un seul Etat sans problème car stable, organisé et prospère : c’est l’Etat d’Israël. Qui ose encore parler, dans les instances internationales, du conflit israélo-palestinien ? Qui peut encore oser proposer une solution définitive à ce conflit ? Personne, car ce n’est plus prioritaire ni d’actualité compte tenu de la situation dans la région. C’est ce rôle que l’on veut  faire jouer le Rwanda de Paul Kagame dans la région des Grands Lacs.

Le peuple rwandais, mais aussi les autres peuples de la région des Grands Lacs, devraient se préparer à affronter ce que les maîtres du monde leur préparent avec Paul Kagame comme bras armé dans un avenir proche et tirer des leçons du chaos et de la désolation semés au Moyen Orient et au Maghreb qui profitent aux mêmes maîtres du monde parrains de Paul Kagame  et à leurs supplétifs locaux au mépris des peuples concernés.

Emmanuel Neretse
22/09/2016

Rwanda. Isolé dans la région des Grands Lacs, les conseillers de Paul Kagamé lui trouvent un point de chute : l’Afrique de l’Ouest

guinnée - Kagame

Introduction

Le régime installé au Rwanda en 1994 après la conquête militaire du pays par des éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda fonctionne selon un schéma simple et même grossier mais qui, jusqu’il y a peu, s’est montré plutôt efficace. En effet, pour mater impitoyablement mais en toute impunité une population hostile militairement conquise, le régime personnifié par le général-président Paul Kagame a utilisé et utilise encore des méthodes qui ont fait ses preuves ailleurs et sous d’autres époques.

A l’intérieur, la population est maintenue dans la terreur et la peur par des agents du régime et les milices du parti au pouvoir qui ont quadrillé le pays selon un système de maillage  complet du territoire par tranches de 10 ménages. La population est fermement découragée à parler et à même penser politique, laissant la clique anglophone venue d’Ouganda  et dont on ne connaît ni les contours ni les règles de fonctionnement, la conduire comme un troupeau. La seule activité politique qui lui est permise est de chanter les louanges de Paul Kagame et de verser la cotisation du parti au pouvoir.

A l’extérieur le régime a fait du mensonge et de la dissimulation son cheval de bataille à l’intention des visiteurs. Pour les chercheurs et autres organisations internationales, la manipulation des statistiques est la règle pour chaque responsable ou service consultés. Le tout dans le but de cacher ce qui ne marche pas ou la situation réelle mais de jongler avec les chiffres pour présenter les quelques modestes progrès mêmes les plus naturels.

Parallèlement, le régime investit lourdement dans des « contrats de communication » signés avec les grands médias du monde devant lesquels il ouvre ses caisses sans compter pourvu qu’en contrepartie le régime soit présenté sous un meilleur jour ou alors ses crimes complètement occultés.

Enfin, pour continuer à jouir de l’impunité et de présenter une fausse image de cette dictature dans le monde, le régime recourt aux puissants lobbyings occidentaux qui, moyennant payement, usent de leurs réseaux pour promouvoir Paul Kagame à tort et à travers. Celui-ci s’est pour cela entouré de « conseillers » qui ne sont d’autres que d’anciens chefs de gouvernements ou ministres dans leurs pays qui sont des grandes puissances et qui brandissent leurs cartes de visite pour épater les dictateurs à qui ils assurent l’impunité et l’aura internationale.

Première faille dans l’édifice FPR de Paul Kagame : les relations avec ses voisins.

Longtemps occulté, l’isolement du régime de Paul Kagame dans la région des Grands Lacs saute actuellement aux yeux. Tous ces voisins sont exaspérés par son arrogance et son ingérence dans les affaires d’autres Etats, ses actes de déstabilisation, son sabotage des efforts des organisations régionales…tout cela sans que ces organisations ne puissent le condamner ni même le dénoncer afin de ne pas s’attirer les foudres des puissances occidentales qui l’utilisent comme leur agent dans la région. Un petit aperçu des actes de Paul Kagame contre certains de ses voisins est très instructif.

1. La République Démocratique du Congo

Ce pays fut envahi depuis 1996 par les armées de Paul Kagame avec la bénédiction de la Communauté Internationale. Prenant le relais de l’occupation officielle, les rébellions successives créées et soutenues parle Rwanda ont transformé le pays et ses institutions en un « no man’s land » où seul les sujets de Paul Kagame peuvent se mouvoir en toute tranquillité. En effet, avec les multitudes d’intégrations des combattants des rébellions de Kagame en RDC, l’armée et la police de ce pays compte plus d’officiers supérieurs d’origine rwandaise (des Tutsi) que ceux des plus de 200 ethnies congolaises confondues. Idem sur le plan politique. Personne ne peut dénoncer cet état de choses.

2. La Tanzanie

Ce pays le plus stable et le plus démocratique de la région, est lui aussi confronté à la mégalomanie et à l’impunité dont jouit le FPR de Paul Kagame. Celui-ci n’a pas hésité à menacer de mort l’ancien président tanzanien Jakaya Kikwete lorsqu’il avait osé dire que le régime de Kagame devrait parler avec son opposition comme cela se fait ailleurs. Curieusement aucune voix dans la  Communauté Internationale n’a condamné cette sortie de Paul Kagame jusqu’à la fin du mandat de Kikwete en octobre 2015. Au contraire  il était et reste considéré au Rwanda comme un « empêcheur de tourner en rond » pour avoir exprimé une vérité qui fâche Paul Kagame.

3. Le Burundi

Le maillot faible de la région des Grands Lacs offre une illustration éclatante de l’impunité dont jouit Paul Kagame et du parti-pris de la Communauté Internationale. Après avoir insulté publiquement le président du Burundi en affirmant qu’il ne devait pas  être considéré comme le président de ce pays, Paul Kagame a appelé publiquement à travers la presse officielle ( Radio, TV…) la population du Burundi à fuir vers le Rwanda en avril 2015 en lui disant qu’un génocide était imminent. Les fugitifs trouvaient des bus qui les attendaient à la frontière et recevaient tout de suite le statut de réfugié. Il a accueilli les éléments qui ont tenté de prendre le pouvoir par les armes en mai 2015. Aucune condamnation de la part de la Communauté Internationale. Une fois les réfugiés installés dans les camps, des recrutements suivis des entraînements militaires commencèrent. Des armes et munitions furent acheminées du Rwanda au Burundi pour maintenir l’insécurité qui sera  présentée comme un « début du génocide ».

Face à ces actes commis au grand jour, certaines ONG et les Etats-Unis ont rendu publics ces actes de déstabilisation du Burundi provenant du Rwanda. Comme toujours,  la réponse de Paul Kagame fut de brandir un chantage : il menace d’expulser les réfugiés burundais qui se comptent à plus de 250 mille. Encore une fois, la Communauté Internationale est obligée de s’incliner devant lui et de fermer les yeux sur ses actes condamnables par le droit international.

Les organisations régionales commencent à souffrir sérieusement de ses caprices à l’exemple de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

L’opposante Victoire Ingabire présidente du Parti FDU-Inkingi est détenue depuis 2010 et a été condamnée à 15 ans d’emprisonnement. Elle avait présenté son cas devant la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples sise à Arusha en Tanzanie. La requête a été déclarée recevable et fondée. L’affaire devait s’ouvrir le 04 mars 2016. Mais à la surprise  générale, le gouvernement rwandais a déclaré in extremis qu’il ne peut pas comparaitre dans cette affaire car il s’est entretemps retiré du protocole d’accord qui institue la Cour. Il échappe ainsi et à peu de frais à une condamnation pour violation des droits de l’homme devant une cour ad hoc. Pourtant, face à cette énormité, aucune condamnation et même aucun commentaire dans la presse occidentale comme si ce nième pied de nez à la Communauté Internationale  était toléré et même souhaité.

Bouée d’oxygène : Afrique de l’Ouest

Face à ce Bérézina diplomatique qui risque de mettre à nu le roi du Rwanda Paul Kagame, ses lobbies se devraient d’agir vite. C’est le sens que l’on doit donner à l’intérêt subit de l’anglophone et surtout francophobe Kagame aux pays du pré-carré français de l’Afrique de l’Ouest comme le Sénégal et la Guinée Conakry. C’est le président guinéen Alpha Condé qi a révélé le pot aux roses.

Après l’avoir reçu en grandes pompes à Conakry, le guinéen a déclaré devant la presse que ce sont des personnalités comme… Bernard Kouchner et Tony Blair qui lui ont recommandé Paul Kagame afin qu’il lui dise comment il a fait pour réussir !  Entendez par là, violer les droits de l’homme sans être dénoncé, présenter une fausse image à l’étranger alors qu’à l’intérieur c’est catastrophique.

Par cette opération, les conseillers de Kaul Kagame que sont les hommes d’affaires Bernard Kouchner et Tony Blair promettent à Kagame de redorer son blason. A l’interne, ils espèrent continuer à berner l’opinion comme quoi tout va à merveille et à l’internationale, ces nouveaux alliés souvent naïfs lui seront d’un grand soutien dans les organisations  internationales comme l’UA ou l’ONU. En même temps le brouhaha que va faire les médias francophones dont on sait que la plupart ont signé des contrats de communication avec Paul Kagame, en vantant les « mérites » du dictateur mais qui est aussi grand détracteur de la France, amènera cette puissance moyenne à chaque fois faire profil bas devant Kagame ou quand il s’agit de parler de ses actes.

Enseignement 

Comme les peuples de la région des Grands Lacs qui, depuis des décennies, sont malmenées selon des stratégies pensées par des prédateurs occidentaux présentés comme « conseillers » des autocrates africains choisis et promus par eux et qui doivent les appliquer sur le terrain, les peuples de l’Afrique de l’Ouest risqueraient-ils, eux aussi, de se réveiller et constater que leurs vrais décideurs sur leur sort s’appellent … Bernard Kouchner ou Tony Blair ?  Nous ne le leur souhaitons pas. Mais comme on dit en Kinyarwanda : «Usenya urwe, umutiza umuhoro »

Nous ne le leur souhaitons pas. Mais comme on dit en Kinyarwanda : «Usenya urwe, umutiza umuhoro »[1]

Emmanuel Neretse


[1] A celui qui détruit son logis tu prêtes une serpette.

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Le « modèle rwandais » en passe d’être généralisé dans la région des Grands Lacs africains

Stratégie-du-Chaos-890x395_cDéfinition et  contours du modèle

Il s’agit d’un régime imposé par la force à la population d’un pays donné et qui doit se maintenir en instituant un état policier comme système de gouvernement. Cela est possible sous quelques conditions : la clique au pouvoir ne doit bénéficier d’aucune légitimité sauf celle des armes ; d’où la nécessité d’être surarmée et perpétuellement en état de guerre.

Le régime doit bénéficier d’une impunité totale due à une désinformation de l’opinion internationale qui doit brandir le caractère « exceptionnel » de ce régime, chaque fois que ses crimes sont soulevés. Enfin, les puissances initiatrices de ce modèle doivent assurer à tout moment la publicité de ce régime en vendant son image auprès des médias, qu’elles contrôlent par ailleurs, et auprès des organisations internationales.

En contrepartie, les superpuissances qui initient ce genre de régime en tirent de grands profits en termes de géopolitique. En effet, un tel régime installé, dans un quelconque pays, est lourdement redevable à la puissance qui l’a créé. Sans aucune légitimité populaire, s’il doit se maintenir par les armes, c’est la superpuissance qui doit assurer sa survie dans ce domaine.

Une moindre campagne médiatique ou même une mise au grand jour de ses crimes afin de maintenir la main mise sur une population qui l’abhorre, risquerait de le mettre à nu et de le faire tomber à tout moment. La superpuissance doit donc veiller au grain et constamment contrôler et orienter ce qui doit être dit concernant le régime fantoche qu’elle a installé. C’est pourquoi un tel régime ou plus exactement sa quintessence, à savoir la force armée, n’est en réalité qu’un appendice de l’armée de la superpuissance qui l’a installé et qui compte lui confier des missions dans la région et au monde où la même superpuissance ne compte plus envoyer ses propres soldats.

Initiateurs

Les initiateurs de ce modèle sont les puissances anglo-saxonnes qui, depuis la chute du mur de Berlin, sont devenues le seul chef à bord du vaisseau mondial. Elles ont alors redessiné la carte du monde tel qu’elle devait se présenter à moyen terme, c’est-à-dire dans les 25-50 ans à venir, à compter de la fin des années 80.

En ce qui concerne la région des Grands Lacs africains, il fut décidé qu’il en était fini que les pays soient dirigés par des leaders issus des majorités populaires ou des personnalités charismatiques. Ce sont désormais des groupes minoritaires dans leurs pays respectifs ou mêmes des étrangers qui sont successivement hissés au sommet du pouvoir dans ces pays depuis la fin des années 80.

Expertise

Pour réaliser ce plan, le leader de ces superpuissances occidentales, à savoir les Etats Unis d’Amérique, ont eu recours aux pays européens qui ont colonisé ces pays et qui fournissent leurs expertises permettant aux Américains de choisir les acteurs locaux et de jouer sur les antagonismes traditionnels.

Pour l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique, c’est la Grande Bretagne qui s’en occupe, tandis que pour la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi, c’est évidemment l’ancienne puissance coloniale qu’est la Belgique qui est sollicitée.

Exécutants et acteurs locaux

Les acteurs locaux sont clairement identifiés et sont conditionnés pour jouer leurs rôles respectifs afin d’accompagner l’exécution de ce plan. Un groupe minoritaire visible et soudé qui aspire accéder au pouvoir mais qui n’aurait jamais eu l’occasion d’y accéder  démocratiquement est d’abord identifié. Il est médiatisé à outrance, financé et armé sans réserve jusqu’à ce qu’il apparaisse comme une force incontournable sur la scène politique et militaire.

Parallèlement, une autre  force politique est vite mise en place et fortement soutenue.  Celle-ci est constituée des ennemis des personnalités au pouvoir souvent pour des raisons sans rapport avec la politique, ou des présumés délinquants ou criminels qui ont tout intérêt à voir le régime en place tomber. Mais, le plus souvent, les antagonismes ancestraux entre les composantes de la population sont alors exacerbés pour servir de paravent au petit groupe choisi par les superpuissances pour prendre le pouvoir. Le processus est alors présenté comme une lutte interne des forces politiques et sociales dont les unes sont présentées comme négatives et d’autres progressistes.

Prétexte et couverture

Quel que soit le régime en place dans le pays-cible, il sera accusé de violations massives des droits de l’homme, de discrimination envers la minorité ethnique…Une rébellion sera alors lancée à partir d’un pays voisin qui aura pour devoir de lui servir de base arrière et de le soutenir en hommes et en matériels. Si d’aventure le régime agressé tente de résister en se défendant bec et ongles, il sera alors accusé de commettre un « génocide », ce qui légitimerait alors son renversement et la diabolisation  de la majorité de la population vouée désormais à se soumettre au nouveaux maîtres.

Modus operandi

Pour imposer le modèle défini par la super-puissance et à implanter dans les pays ou régions concernés, celle-ci use d’une stratégie globale que certains analystes ont déjà qualifié de : « Désinformation et stratégie du chaos ».

L’analyste politique Patrick Mbeko a développé ce sujet dans un article paru le 10 juin 2012 en l’illustrant par le cas du Rwanda . Il disait alors : « Les similitudes entre ce qui se passe en Syrie et ce qui s’est passé au Rwanda dans les années 90 sont frappantes. Au Rwanda, une commission d’enquête internationale, après avoir passé deux semaines dans le pays (dont deux heures seulement dans la zone contrôlée par le FPR/APR de Kagame), avait statué que le gouvernement du président hutu Juvénal Habyarimana menait une politique de génocide contre la minorité tutsie. Le problème, et c’est ce qui est renversant, c’est que certains membres de la Commission se sont retrouvés au service du FPR après sa prise du pouvoir en juillet 1994! De quoi s’interroger sur l’impartialité de la Commission durant les enquêtes (…).

Pendant la guerre civile qui a complètement ravagé le pays des collines, les grands médias occidentaux n’avaient de cesse de louanger Paul Kagame, le bras exécutant des puissances anglo-saxonnes (plus la Belgique), le décrivant comme un « démocrate » qui se bat pour la liberté et la démocratisation du Rwanda. La plupart des crimes contre les civils commis par les cellules clandestines de l’Armée patriotique rwandaise (APR) disséminées un peu partout sur le territoire rwandais furent attribués au gouvernement Habyarimana. Comme l’a si bien relevé Roland Hureaux, « il est même arrivé à Kagame de massacrer tous les habitants d’une région et d’inviter ensuite la presse internationale, toujours naïve, à contempler des méfaits qu’il imputait à son adversaire. » La presse était-elle naïve? Pas si sûr. Elle savait très bien ce qu’elle faisait, un peu comme dans le cas syrien aujourd’hui.

Que se passe-t-il dans ce pays? Nous assistons là à une opération de déstabilisation fomentée par des stratèges occidentaux en tête desquels les Américains. Les enjeux sont énormes.

 Je n’entrerais pas dans les détails. Mais comme moi, vous avez tous constaté que la plupart des massacres, si pas tous, sont systématiquement attribués au président Bachard El-Assad. Or, ces massacres bien calculés sont l’œuvre de la nébuleuse Armée Syrienne Libre (ASL) composée des terroristes de tout acabit soutenus par les Occidentaux et les pétromonarchies du Golfe (…).

Pourquoi ce modèle fascine les USA et leurs alliés européens ?

kagame clinctonLe modèle fascine la Superpuissance dans ce sens qu’il rencontre toutes ses conceptions de comment l’Afrique d’après la Guerre Froide devrait être gérée. En effet, avec ce modèle, les Etats Unis n’ont plus à composer « diplomatiquement »  avec des régimes des pays africains qui, même pauvres et faibles, sont quand même des pays souverains ayant un siège aux Nations Unies.

Un pays dirigé par une minorité impopulaire, qui impose sa loi sur la majorité de la population  par la terreur et qui ne survit que par l’impunité et le black-out dans les médias sur ses crimes que lui garantissent les même Etats Unis, consacrera le pays aux mêmes Etats Unis et se sentira comme sa colonie. Son armée  ne sera qu’un supplétif des forces américaines destinées à intervenir dans les régions et dans les conflits que les USA doivent mener mais sans vouloir y envoyer directement ses GI’s.

Coups réussis :

  1. Ouganda : 1986

Profitant de l’instabilité consécutive à la chute du dictateur Idi Amin Dada et de l’incapacité de Milton Obote d’imposer son autorité, les puissances anglo-saxonnes ont alors opté pour un régime militaire fort dominé par la minorité hima du sud-ouest de l’Ouganda et apparentée aux Tutsi. Elles ont alors armé et soutenu la rébellion dite de NRM dirigé par Yoweri Museveni, un Hima ougandais, dont les combattants étaient essentiellement des Rwandais d’ethnie tutsi. Ceux- ci s’empareront du pouvoir en janvier 1986 et depuis lors, ils ont soumis les autres peuples d’Ouganda et de toute la région qui ne leur sont pas apparentés et cela en toute impunité et avec le soutien des puissances qui les ont promus et dont ils servent de supplétifs dans la région. L’éradication de l’influence francophone dans la région des Grands Lacs à commencer par le Rwanda, le contrôle des richesses du Zaïre (RDC) surtout de sa partie Est en attendant sa sécession, le démembrement du Soudan, constitueront  la « feuille de route »  tracée à Yoweri Museveni et à ses combattants tutsi ou affiliés de la région. Il va s’en acquitter presque à la perfection.

  1. Ethiopie : 1991

En 1991, profitant de l’image désastreuse que reflétait le régime de Mengistu Hailé Mariam surnommé le « Négus rouge », la superpuissance a conçu, formé, équipé et financé une rébellion issue de la minorité ethnique tigréenne et  qui s’est vite emparée du pouvoir à Addis Abeba sous la houlette de Melès Zenawi. Cette minorité, qui constitue moins de 10 % de la population de l’Ethiopie, fut donc promue pour dominer les ethnies majoritaires que sont les Oromo et les Amhariques. Parallèlement, l’armée tigréenne, devenue l’armée éthiopienne équipée et entrainée par les USA, recevait pour mission d’intervenir dans la corne de l’Afrique pour y remplir les missions définies par Washington. Il lui sera alors assigné principalement la tâche de contenir le chaos en Somalie sans que les USA ne soient encore obligés d’y envoyer directement leurs soldats réguliers.

  1. Rwanda : 1994

Dès 1990, les combattants tutsi qui avaient pris le pouvoir à Kampala en 1986 se lancèrent à la conquête du petit Rwanda beaucoup moins défendu  que l’Ouganda dont ils s’étaient rendus maîtres avec la bénédiction de la Superpuissance. Après près de quatre ans de résistance acharnée de la population hutu rwandaise, la milice de la minorité tutsi soutenue par l’Occident et ayant sa base arrière en Ouganda se rendra maître du Rwanda en juillet 1994. Depuis lors, la minorité tutsi qui avait été chassée du pouvoir en 1959 par la Révolution populaire, règne de nouveau sur la majorité hutu qu’elle a de nouveau réduite en servitude de façon sournoise. Mais dès sa conquête du Rwanda, la milice tutsi venue d’Ouganda et alors connue sous l’appellation de APR (Armée Patriotique Rwandaise) a entamé ses missions de servir de supplétif aux forces américaines dans la région sous la couverture de « Armée Rwandaise » ou de «  Rwanda Defense  Forces ».

  1. RDC, ex-Zaire : 1997

Continuant sur leur lancée, les combattants tutsi qui avaient conquis l’Ouganda une décennie plutôt et puis le Rwanda depuis 2 ans, ont alors, en 1996, entrepris la conquête du Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo, dont ils se sont emparés après une guerre éclaire qui n’a duré que six mois.

Les moyens de renseignements sophistiqués mis à leur disposition par la superpuissance leur avaient permis de localiser et de massacrer les milliers de Hutu partout où ils se trouvaient dans la jungle équatoriale où ils avaient trouvé refuge et  qu’ils croyaient impénétrables.

Depuis cette époque, la minorité tutsi contrôle indirectement le pouvoir dans cet immense pays qu’est la RDC avec une population de plus de 50 millions d’âmes de plus de 200 ethnies.

A cet effet, des « rébellions tutsi » successives sont créées à partir de l’Est frontalier avec le Rwanda qui leur sert de base arrière.

N’ayant aucune force et surtout aucune volonté de les mater, le régime installé à Kinshasa se tourne vers  la Communauté internationale donc vers la Superpuissance et celle-ci  impose chaque fois l’intégration de ses éléments dans les hautes instances militaires et politiques du pouvoir. Résultats des courses :  « les Tutsi congolais » qui ne représentent même pas 1 % de la population totale et que même d’aucuns ne considèrent pas comme réellement des Congolais, sont plus représentés dans le commandement de l’armée et de la police, dans les services de renseignement, dans l’administration centrale… que le reste des ressortissants des deux cents ethnies composant la population congolaise.

Après cette consécration, l’armée de la minorité tutsi du Rwanda sera élevée au rang de « gardien de la paix » dans la région et dans toute l’Afrique et recevra pour cela des moyens pour aller imposer la « Pax Americana » au Soudan (Darfour), au Sud Soudan et tout ceci sous la bannière des Nations Unies et donc aux frais des contribuables du monde entier.

En cours de réalisation

John Kerry, secrétaire d'Etat américain, avec Pierre Nkurunziza, président du Burundi, le 4 août 2014 à Washington/rfi.com.

John Kerry, secrétaire d’Etat américain, avec Pierre Nkurunziza, président du Burundi, le 4 août 2014 à Washington/rfi.com.

Dans un article publié le 21 avril 2015, la journaliste Marie Laure Cimpaye se posait la question de savoir si le modèle rwandais n’était pas en train d’être imposé au Burundi.

Quelques mois plus tard, force est de réaliser qu’elle avait vu juste. En effet le Burundi, entre avril et mai 2015, a été victime d’une Révolution de Couleur ou tentative de changement de régime, orchestrée par les USA, la France et la Belgique, qui devait aboutir à un Coup d’Etat, celui du mercredi 13 mai 2015, qui a échoué. Depuis le mois d’août 2015, des assassinats ciblés contre les hautes personnalités burundaises sont organisés depuis Kigali.

Des bataillons de l’armée rwandaise ont été préparés pour intervenir directement au Burundi afin de renforcer les militaires burundais qui sont gagnés au plan du putsch. Ils ont déjà un plan d’occupation du pays et de neutralisation des Imbonerakure et des policiers. Le CNARED se retrouve en Europe et prépare son déploiement au pays comme gouvernement de transition qui serait spontanément reconnu par les USA, la Belgique, la France et Londres. C’est le sujet central des réunions en cours à Bruxelles, Paris et Luxembourg.

Selon nos informations, il ne fait aucun doute qu’un plan d’assassinat du président Nkurunziza a été finalisé. Des experts israéliens en attentats et des tireurs d’élites burundais et rwandais reçoivent les derniers réglages! Une somme de deux millions de dollars américains a été investie dans le plan. C’est désormais le Mossad qui pilote et coordonne depuis Kigali!

Nous avons posé la question à notre informateur de savoir si les Américains, après ce qui s’est passé au Rwanda en 1994, sont prêts à provoquer d’autres massacres. Il nous a été rétorqué : »Vous êtes naïfs! Le massacre viserait les Hutus présentés comme des Imbonerakure. Ils ont été suffisamment diabolisés que l’opinion internationale mettrait des décennies avant de découvrir l’imposture! Avec l’attentat manqué contre le chef d’état major, le SNR dispose des pistes sur les commanditaires des attentats. Les puissances occidentales doivent passer à la vitesse supérieure. C’est déjà décidé. C’est pourquoi tous les membres du gouvernement du CNARED ont été appelés en Europe. Le camp Radjabu a été exclu car proche des Islamistes!

Pour brouiller les pistes, le Secrétaire d’État Adjoint des USA chargé de la sécurité en Afrique Centrale a été dépêché à Bujumbura pour faire croire que le gouvernement de Nkurunziza est sollicité pour faire cesser les violences et dialoguer avec l’opposition. L’ambassadeur des Pays Bas au Burundi vient d’effectuer une visite de courtoisie auprès du Ministre des Relations Extérieures pour dire que l’enveloppe destinée à la bonne gouvernance a été maintenue. A vrai dire, c’est un code pour financer l’opposition et appuyer le plan de renversement des institutions considérées comme contraires à l’Accord d’Arusha! La bonne gouvernance est synonyme de réorganisation des élections même par une minorité au service des intérêts des Occidentaux! ».

Que faire?

 
Selon notre informateur, la garde présidentielle est très sollicitée. L’ancien vice-président de la Cour constitutionnelle vient de sortir un témoignage par la plume d’un journaliste belge. Le récit vise à montrer qu’il a fait le bon choix et qu’il est heureux et non point hanté par ses mensonges! C’est une stratégie de séduire certains proches de Nkurunziza surtout après avoir constaté qu’il a renforcé la sécurité autour de lui.

Soit le commando doit réussir à dénicher un groupe qui acceptera de l’assassiner et dont le gros des éléments sera par après vite éliminé. C’est le scénario de Laurent Désiré Kabila. Soit les satellites vont continuer à traquer le chef de l’Etat et permettre une attaque éclair par un drone à partir du Rwanda. Comme le président aime rester à Ngozi, la tâche serait facile pour un drone venant de Nyamata ou Huye (Butare). Une fois le président assassiné, les militaires burundais gagnés au complot s’empresseraient de prendre la RTNB et un général (ancien du CNDD FDD maintenant en exil) s’exprimerait de même qu’un autre général ex–FAB pour appeler l’armée au calme tandis que la neutralisation de la police et des Imbonerakure battrait son plein. Les putschistes sortiraient de la prison sous les acclamations des habitants de Bujumbura comme lors de la tentative du 13 mai dernier!

Les USA et Israël croient dans le plan. Londres et Paris soutiennent timidement. La Belgique est 100% partante même si elle aurait préféré que Nkurunziza soit capturé et envoyer à La Haye. Le scénario Laurent Gbagbo. Pour ce qui a été retenu par les Américains, c’est une fin tragique de Nkurunziza comme Kadhafi.

Conclusion partielle

L’actuel président burundais Pierre Nkurunziza est un martyr qui a le malheur de se retrouver au mauvais endroit et au mauvais moment ; n’importe quel président non issu de la minorité choisi par les USA et leurs sous-traitants dans la région, subirait le sort qu’il est en train de subir et finirait comme il va finir, c’est-à-dire assassiné.

Objectifs à moyens terme

pax-americana21. Kenya

Le sort réservé à ce pays naguère la plus grande puissance économique de l’Afrique de l’Est et un creuset culturel inestimable est qu’elle soit soumise, un jour elle aussi, à une bande armée issue d’une minorité ethnique et donc ayant constamment besoin de l’appui financier et diplomatique de la superpuissance pour se maintenir et jouir de l’impunité comme c’est le cas au Rwanda depuis 1994.

2. Tanzanie

Pour avoir pu asseoir une réelle démocratie dans la région, la Tanzanie constitue la bête noire du dictateur installé à Kigali par les puissances anglo-saxonnes. Aussi, la minorité a-t-elle reçu le feu vert de ces puissances pour la déstabiliser et si possible y installer un régime semblable à celui installé à Kigali en 1994.

Pour les stratèges des puissances anglo-saxonnes qui imaginent des schémas pour les pays de la région, la Tanzanie est à la merci de la puissance militaire de la minorité tutsi d’autant plus que ses services de sécurité (armée, police, services des renseignements) sont truffés des agents tutsi qui y ont été introduits à la faveur de la généreuse  naturalisation que le pays a offert aux Tutsi depuis les années 60.

Conclusion générale

La Superpuissance qui s’est retrouvée seule maître du monde après la chute du mur de Berlin avec ses alliés, s’en foutent éperdument du bonheur et du bien-être des autres peuples du monde.

Dans chaque région du monde, ils ont élaboré des stratégies pour y défendre leurs intérêts et y faire régner leur loi sans état d’âme et sans aucune considération des peuples concernés.

Au Moyen Orient et au Maghreb, il s’agit de casser les États aux structures fortes et d’y laisser régner le chaos politique pourvu que les multinationales continuent à puiser le pétrole à vil prix et sans risque de pénurie. Pourvu que l’État d’Israël continue d’être la seule puissance de la région dont les orientations dicteront la diplomatie internationale en ce qui concerne cette région.

En Afrique centrale, il s’agit de promouvoir des régimes minoritaires qui ne pouvaient espérer jouir d’aucune légitimité et de les surarmer et les laisser intimider et asservir les habitants et en échange être utilisés comme bras armé des superpuissances dans la région sans qu’elles y interviennent ouvertement.

Ainsi donc, sauf accident de parcours, le « modèle rwandais », à savoir un régime minoritaire impopulaire et illégitime, mais surarmé et suréquipé par la Superpuissance jouissant de l’impunité pour ses crimes, promu dans les médias par les services de propagande de la même puissance, en échange de sa soumission totale aux desiderata de la Superpuissance dans son plan de redessiner une  région donnée, a encore devant lui une vingtaine d’années pour se généraliser en Afrique.

Malheurs aux peuples  qui se sont retrouvés ou se retrouveront sur la trajectoire de cet ouragan « made in America » et qui traverse la région des Grands Lacs depuis les années 80. Tels fut le cas pour les Amhariques et les Oromos en Ethiopie, les Baganda et Acholi en Ouganda, les Hutu au Rwanda, les Bakongo, Gbandi, Baluba, Batetela, Nande, Hunde, Bashi… en RDC.

Le même sort est en train d’être scellé pour les Hutu au Burundi. Ce sort sera aussi scellé  pour les peuples majoritaires du Kenya et de Tanzanie selon les plans géopolitiques à moyen terme (50 ans) initiaux tels qu’établis dans les années 80. Certains ont parlé ou parlerons encore « d’Empire Hima-Tutsi » mais en pratique et plus terre à terre, c’est le modèle rwandais pensé dès la fin des années 1980, institué en 1994, qui aura été imposé à tous les  peuples  de la région.

Quel salut pour ces peuples ? La trajectoire de l’outil lancé à leur conquête et à leur soumission peut-elle être infléchie ? Si oui, par qui et comment ? Réfléchir à cette problématique et tenter de trouver des réponses à ces interrogations, c’est déjà faire signe d’une volonté de survie.

Emmanuel Neretse
07/10/2015

De Tombouctou à Alep: au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux ?

Tombouctou

À Aguelhok, une localité du nord du Mali, un couple non marié vient d’être lapidé, devant plusieurs centaines de personnes contraintes d’assister à la scène. Ce couple avait deux enfants, le plus jeune âgé de six mois seulement. « Allah akbar ! », Dieu est grand, scandent les individus qui commettent cette ignominie. Dieu est sans aucun doute grand, mais Il est aussi et avant tout miséricordieux, selon les préceptes fondamentaux de l’Islam : chacune des 114 sourates du Coran ne commencent-elles pas par cette phrase : « Au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux » ? Or, s’Il est miséricordieux, ne peut-Il pas pardonner à Ses créatures ? Si, aux yeux de bigots à l’esprit étroit, le fait de vivre en couple sans être marié constitue un péché, le fait même de croire en un Dieu miséricordieux devrait empêcher de telles absurdités criminelles, aussi odieuses qu’imbéciles.

Depuis quelques mois, le Mali du nord a été pris en otage par des groupes armés se revendiquant d’un Islam qui n’a rien à voir avec celui qui est pratiqué par les habitants de cette région depuis des siècles. L’Islam sahélien a permis l’éclosion de grandes civilisations, comme en témoignent les mosquées et les mausolées de Tombouctou, ville fondée par les Touareg au XIe siècle. Ces vestiges d’un lointain passé ont fait rêver des générations de voyageurs et d’explorateurs, comme René Caillié[1], aujourd’hui malheureusement oublié. Or, les soudards barbus qui ont assassiné cet homme et cette femme à coups de pierres sont les mêmes qui ont profané les monuments qui firent la gloire de Tombouctou. Ces soi-disant musulmans n’ont pas hésité à détruire les tombeaux de saints musulmans, vieux de plusieurs siècles, qui étaient autant de témoignages d’un passé prestigieux. Ils ont même osé s’attaquer à la Grande Mosquée de la ville. Dans leur inculture crasse, ils justifient leurs actes sacrilèges en affirmant que la vénération de mausolées est une forme d’idolâtrie, contraire à l’Islam. Il convenait donc de détruire cet héritage architectural, partie intégrante du patrimoine mondial.

Pendant que de tels forfaits sont commis dans le nord du Mali, la « communauté internationale » a les yeux tournés vers la Syrie. Or, en Syrie comme au Mali, les mêmes drapeaux noirs du djihad sont brandis. En Syrie comme au Mali, des militants barbus et fanatiques, souvent venus d’autres pays, sont à l’œuvre pour imposer leur conception obscurantiste de l’Islam. Certes, tous les révoltés syriens ne sont pas des djihadistes fanatisés. Mais ces derniers sont bien là, ils ont de l’argent, ils sont bien armés, et ils bénéficient même du soutien de certains pays, au premier rang desquels figure l’Arabie Saoudite. Au Mali, ce sont des indépendantistes touareg laïcs qui ont déclenché la rébellion. Leurs revendications semblaient légitimes. Ils se plaignaient d’être des citoyens maliens de seconde zone, d’être marginalisés. Ils estimaient leur culture et leur langue menacées. Ils finirent par proclamer l’indépendance de leur région, en profitant du désordre causé à Bamako par des militaires putschistes. Mais, en l’espace de quelques mois, les hommes du MNLA[2] ont été chassés des principales villes du nord par les groupes armés des fondamentalistes musulmans, soutenus par AQMI[3]. Les gens d’Ansar Eddine ou du MUJAO[4] n’ont que faire de l’indépendance de l’Azawad ou de la défense de la culture touareg. Leur objectif dépasse largement les limites du Mali du Nord : ils rêvent d’étendre le djihad et leur conception d’un Islam extrémiste et intolérant à tout le Sahel, voire à toute l’Afrique, et de porter des coups à l’Europe toute proche. Les chefs de l’insurrection touareg ont donc naïvement ouvert les portes de leur contrée aux pires ennemis de leur culture ancestrale. Ce sont ceux-ci qui aujourd’hui s’acharnent à démolir leur héritage architectural le plus sacré. Toujours eux qui, ayant commencé par fouetter, lapident à présent les personnes dont le mode de vie n’est pas en accord avec leur vision étriquée de la morale.

Les leaders du monde occidental se sont résolument engagés à chasser le président Bachar el-Assad du pouvoir. Les grands médias étasuniens et européens ont eux aussi pris parti pour l’opposition armée syrienne, dans une couverture très partisane du conflit en cours. Loin de moi l’idée de vouloir défendre le régime en place à Damas. Cependant, je crains pour le peuple syrien, au cas où la rébellion l’emporterait. Ce peuple syrien est composite. La Syrie compte de nombreux citoyens résolument modernes, laïques et démocrates, qui rêvent d’une société ouverte et tolérante, d’un régime démocratique. Ce peuple syrien est loin d’être homogène. Les minorités, tant nationales que religieuses, sont très nombreuses. Quel sera le sort de ces Syriens laïques, de ces Kurdes, de ces Chrétiens, de ces Druzes et de ces Alaouites si, par malheur, la composante djihadiste de la rébellion parvenait à s’imposer, comme ce fut le cas au Mali du Nord ?

Au Mali, il conviendrait de favoriser une forme d’union nationale, qui intégrerait aussi le MNLA, afin d’établir dans le pays un régime démocratique respectueux des minorités. Les grandes puissances, l’Algérie[5], la CEDEAO[6], l’Union Africaine devraient aider le nouveau régime malien à chasser les groupes armés qui contrôlent le nord du pays.

En Syrie, les diplomaties occidentale, russe et arabe devraient mener des efforts concertés afin de favoriser l’ouverture de négociations entre les autorités en place et l’opposition démocrate, en vue de l’instauration d’un gouvernement de transition. Ce dernier aurait pour tâche de jeter les bases d’un nouveau régime démocratique et inclusif, respectueux des droits des minorités nationales et religieuses.

Si on laisse s’installer durablement un « Sahelistan[7] » au nord du Mali et dans le Sahara, si les djihadistes parviennent à prendre le pouvoir à Damas, je crains fort que toutes les conditions soient réunies pour une conflagration majeure, aux portes mêmes de l’Europe.

Hervé Cheuzeville, 1er août 2012

(Auteur de trois livres: “Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale“, l’Harmattan, 2003; “Chroniques africaines de guerres et d’espérance“, Editions Persée, 2006; “Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé“, Editions Persée, 2010)


[1] René Caillié (1799-1838), voyageur français, premier Européen à être allé à Tombouctou, déguisé en Arabe (en 1828), auteur de « Journal d’un voyage à Tombouctou et à Djenné dans l’Afrique Centrale ».

[2] Mouvement National de Libération de l’Azawad

[3] Al Qaïda au Maghreb Islamique

[4] Mouvement pour l’Unicité et le  Jihad en Afrique de l’Ouest

[5] N’oublions pas qu’AQMI est une émanation du GIA (Groupe Islamique Armé) algérien et que l’immense Sahara algérien jouxte le Sahara malien désormais contrôlé par AQMI et ses alliés d’Ansar Dine et du MOUDJAO.

[6] Communauté Economique des Etats d’Afrique Occidentale

[7] Pour reprendre l’expression de Laurent Fabius, ministre français des Affaires Etrangères.