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Le « modèle rwandais » en passe d’être généralisé dans la région des Grands Lacs africains

Stratégie-du-Chaos-890x395_cDéfinition et  contours du modèle

Il s’agit d’un régime imposé par la force à la population d’un pays donné et qui doit se maintenir en instituant un état policier comme système de gouvernement. Cela est possible sous quelques conditions : la clique au pouvoir ne doit bénéficier d’aucune légitimité sauf celle des armes ; d’où la nécessité d’être surarmée et perpétuellement en état de guerre.

Le régime doit bénéficier d’une impunité totale due à une désinformation de l’opinion internationale qui doit brandir le caractère « exceptionnel » de ce régime, chaque fois que ses crimes sont soulevés. Enfin, les puissances initiatrices de ce modèle doivent assurer à tout moment la publicité de ce régime en vendant son image auprès des médias, qu’elles contrôlent par ailleurs, et auprès des organisations internationales.

En contrepartie, les superpuissances qui initient ce genre de régime en tirent de grands profits en termes de géopolitique. En effet, un tel régime installé, dans un quelconque pays, est lourdement redevable à la puissance qui l’a créé. Sans aucune légitimité populaire, s’il doit se maintenir par les armes, c’est la superpuissance qui doit assurer sa survie dans ce domaine.

Une moindre campagne médiatique ou même une mise au grand jour de ses crimes afin de maintenir la main mise sur une population qui l’abhorre, risquerait de le mettre à nu et de le faire tomber à tout moment. La superpuissance doit donc veiller au grain et constamment contrôler et orienter ce qui doit être dit concernant le régime fantoche qu’elle a installé. C’est pourquoi un tel régime ou plus exactement sa quintessence, à savoir la force armée, n’est en réalité qu’un appendice de l’armée de la superpuissance qui l’a installé et qui compte lui confier des missions dans la région et au monde où la même superpuissance ne compte plus envoyer ses propres soldats.

Initiateurs

Les initiateurs de ce modèle sont les puissances anglo-saxonnes qui, depuis la chute du mur de Berlin, sont devenues le seul chef à bord du vaisseau mondial. Elles ont alors redessiné la carte du monde tel qu’elle devait se présenter à moyen terme, c’est-à-dire dans les 25-50 ans à venir, à compter de la fin des années 80.

En ce qui concerne la région des Grands Lacs africains, il fut décidé qu’il en était fini que les pays soient dirigés par des leaders issus des majorités populaires ou des personnalités charismatiques. Ce sont désormais des groupes minoritaires dans leurs pays respectifs ou mêmes des étrangers qui sont successivement hissés au sommet du pouvoir dans ces pays depuis la fin des années 80.

Expertise

Pour réaliser ce plan, le leader de ces superpuissances occidentales, à savoir les Etats Unis d’Amérique, ont eu recours aux pays européens qui ont colonisé ces pays et qui fournissent leurs expertises permettant aux Américains de choisir les acteurs locaux et de jouer sur les antagonismes traditionnels.

Pour l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique, c’est la Grande Bretagne qui s’en occupe, tandis que pour la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi, c’est évidemment l’ancienne puissance coloniale qu’est la Belgique qui est sollicitée.

Exécutants et acteurs locaux

Les acteurs locaux sont clairement identifiés et sont conditionnés pour jouer leurs rôles respectifs afin d’accompagner l’exécution de ce plan. Un groupe minoritaire visible et soudé qui aspire accéder au pouvoir mais qui n’aurait jamais eu l’occasion d’y accéder  démocratiquement est d’abord identifié. Il est médiatisé à outrance, financé et armé sans réserve jusqu’à ce qu’il apparaisse comme une force incontournable sur la scène politique et militaire.

Parallèlement, une autre  force politique est vite mise en place et fortement soutenue.  Celle-ci est constituée des ennemis des personnalités au pouvoir souvent pour des raisons sans rapport avec la politique, ou des présumés délinquants ou criminels qui ont tout intérêt à voir le régime en place tomber. Mais, le plus souvent, les antagonismes ancestraux entre les composantes de la population sont alors exacerbés pour servir de paravent au petit groupe choisi par les superpuissances pour prendre le pouvoir. Le processus est alors présenté comme une lutte interne des forces politiques et sociales dont les unes sont présentées comme négatives et d’autres progressistes.

Prétexte et couverture

Quel que soit le régime en place dans le pays-cible, il sera accusé de violations massives des droits de l’homme, de discrimination envers la minorité ethnique…Une rébellion sera alors lancée à partir d’un pays voisin qui aura pour devoir de lui servir de base arrière et de le soutenir en hommes et en matériels. Si d’aventure le régime agressé tente de résister en se défendant bec et ongles, il sera alors accusé de commettre un « génocide », ce qui légitimerait alors son renversement et la diabolisation  de la majorité de la population vouée désormais à se soumettre au nouveaux maîtres.

Modus operandi

Pour imposer le modèle défini par la super-puissance et à implanter dans les pays ou régions concernés, celle-ci use d’une stratégie globale que certains analystes ont déjà qualifié de : « Désinformation et stratégie du chaos ».

L’analyste politique Patrick Mbeko a développé ce sujet dans un article paru le 10 juin 2012 en l’illustrant par le cas du Rwanda . Il disait alors : « Les similitudes entre ce qui se passe en Syrie et ce qui s’est passé au Rwanda dans les années 90 sont frappantes. Au Rwanda, une commission d’enquête internationale, après avoir passé deux semaines dans le pays (dont deux heures seulement dans la zone contrôlée par le FPR/APR de Kagame), avait statué que le gouvernement du président hutu Juvénal Habyarimana menait une politique de génocide contre la minorité tutsie. Le problème, et c’est ce qui est renversant, c’est que certains membres de la Commission se sont retrouvés au service du FPR après sa prise du pouvoir en juillet 1994! De quoi s’interroger sur l’impartialité de la Commission durant les enquêtes (…).

Pendant la guerre civile qui a complètement ravagé le pays des collines, les grands médias occidentaux n’avaient de cesse de louanger Paul Kagame, le bras exécutant des puissances anglo-saxonnes (plus la Belgique), le décrivant comme un « démocrate » qui se bat pour la liberté et la démocratisation du Rwanda. La plupart des crimes contre les civils commis par les cellules clandestines de l’Armée patriotique rwandaise (APR) disséminées un peu partout sur le territoire rwandais furent attribués au gouvernement Habyarimana. Comme l’a si bien relevé Roland Hureaux, « il est même arrivé à Kagame de massacrer tous les habitants d’une région et d’inviter ensuite la presse internationale, toujours naïve, à contempler des méfaits qu’il imputait à son adversaire. » La presse était-elle naïve? Pas si sûr. Elle savait très bien ce qu’elle faisait, un peu comme dans le cas syrien aujourd’hui.

Que se passe-t-il dans ce pays? Nous assistons là à une opération de déstabilisation fomentée par des stratèges occidentaux en tête desquels les Américains. Les enjeux sont énormes.

 Je n’entrerais pas dans les détails. Mais comme moi, vous avez tous constaté que la plupart des massacres, si pas tous, sont systématiquement attribués au président Bachard El-Assad. Or, ces massacres bien calculés sont l’œuvre de la nébuleuse Armée Syrienne Libre (ASL) composée des terroristes de tout acabit soutenus par les Occidentaux et les pétromonarchies du Golfe (…).

Pourquoi ce modèle fascine les USA et leurs alliés européens ?

kagame clinctonLe modèle fascine la Superpuissance dans ce sens qu’il rencontre toutes ses conceptions de comment l’Afrique d’après la Guerre Froide devrait être gérée. En effet, avec ce modèle, les Etats Unis n’ont plus à composer « diplomatiquement »  avec des régimes des pays africains qui, même pauvres et faibles, sont quand même des pays souverains ayant un siège aux Nations Unies.

Un pays dirigé par une minorité impopulaire, qui impose sa loi sur la majorité de la population  par la terreur et qui ne survit que par l’impunité et le black-out dans les médias sur ses crimes que lui garantissent les même Etats Unis, consacrera le pays aux mêmes Etats Unis et se sentira comme sa colonie. Son armée  ne sera qu’un supplétif des forces américaines destinées à intervenir dans les régions et dans les conflits que les USA doivent mener mais sans vouloir y envoyer directement ses GI’s.

Coups réussis :

  1. Ouganda : 1986

Profitant de l’instabilité consécutive à la chute du dictateur Idi Amin Dada et de l’incapacité de Milton Obote d’imposer son autorité, les puissances anglo-saxonnes ont alors opté pour un régime militaire fort dominé par la minorité hima du sud-ouest de l’Ouganda et apparentée aux Tutsi. Elles ont alors armé et soutenu la rébellion dite de NRM dirigé par Yoweri Museveni, un Hima ougandais, dont les combattants étaient essentiellement des Rwandais d’ethnie tutsi. Ceux- ci s’empareront du pouvoir en janvier 1986 et depuis lors, ils ont soumis les autres peuples d’Ouganda et de toute la région qui ne leur sont pas apparentés et cela en toute impunité et avec le soutien des puissances qui les ont promus et dont ils servent de supplétifs dans la région. L’éradication de l’influence francophone dans la région des Grands Lacs à commencer par le Rwanda, le contrôle des richesses du Zaïre (RDC) surtout de sa partie Est en attendant sa sécession, le démembrement du Soudan, constitueront  la « feuille de route »  tracée à Yoweri Museveni et à ses combattants tutsi ou affiliés de la région. Il va s’en acquitter presque à la perfection.

  1. Ethiopie : 1991

En 1991, profitant de l’image désastreuse que reflétait le régime de Mengistu Hailé Mariam surnommé le « Négus rouge », la superpuissance a conçu, formé, équipé et financé une rébellion issue de la minorité ethnique tigréenne et  qui s’est vite emparée du pouvoir à Addis Abeba sous la houlette de Melès Zenawi. Cette minorité, qui constitue moins de 10 % de la population de l’Ethiopie, fut donc promue pour dominer les ethnies majoritaires que sont les Oromo et les Amhariques. Parallèlement, l’armée tigréenne, devenue l’armée éthiopienne équipée et entrainée par les USA, recevait pour mission d’intervenir dans la corne de l’Afrique pour y remplir les missions définies par Washington. Il lui sera alors assigné principalement la tâche de contenir le chaos en Somalie sans que les USA ne soient encore obligés d’y envoyer directement leurs soldats réguliers.

  1. Rwanda : 1994

Dès 1990, les combattants tutsi qui avaient pris le pouvoir à Kampala en 1986 se lancèrent à la conquête du petit Rwanda beaucoup moins défendu  que l’Ouganda dont ils s’étaient rendus maîtres avec la bénédiction de la Superpuissance. Après près de quatre ans de résistance acharnée de la population hutu rwandaise, la milice de la minorité tutsi soutenue par l’Occident et ayant sa base arrière en Ouganda se rendra maître du Rwanda en juillet 1994. Depuis lors, la minorité tutsi qui avait été chassée du pouvoir en 1959 par la Révolution populaire, règne de nouveau sur la majorité hutu qu’elle a de nouveau réduite en servitude de façon sournoise. Mais dès sa conquête du Rwanda, la milice tutsi venue d’Ouganda et alors connue sous l’appellation de APR (Armée Patriotique Rwandaise) a entamé ses missions de servir de supplétif aux forces américaines dans la région sous la couverture de « Armée Rwandaise » ou de «  Rwanda Defense  Forces ».

  1. RDC, ex-Zaire : 1997

Continuant sur leur lancée, les combattants tutsi qui avaient conquis l’Ouganda une décennie plutôt et puis le Rwanda depuis 2 ans, ont alors, en 1996, entrepris la conquête du Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo, dont ils se sont emparés après une guerre éclaire qui n’a duré que six mois.

Les moyens de renseignements sophistiqués mis à leur disposition par la superpuissance leur avaient permis de localiser et de massacrer les milliers de Hutu partout où ils se trouvaient dans la jungle équatoriale où ils avaient trouvé refuge et  qu’ils croyaient impénétrables.

Depuis cette époque, la minorité tutsi contrôle indirectement le pouvoir dans cet immense pays qu’est la RDC avec une population de plus de 50 millions d’âmes de plus de 200 ethnies.

A cet effet, des « rébellions tutsi » successives sont créées à partir de l’Est frontalier avec le Rwanda qui leur sert de base arrière.

N’ayant aucune force et surtout aucune volonté de les mater, le régime installé à Kinshasa se tourne vers  la Communauté internationale donc vers la Superpuissance et celle-ci  impose chaque fois l’intégration de ses éléments dans les hautes instances militaires et politiques du pouvoir. Résultats des courses :  « les Tutsi congolais » qui ne représentent même pas 1 % de la population totale et que même d’aucuns ne considèrent pas comme réellement des Congolais, sont plus représentés dans le commandement de l’armée et de la police, dans les services de renseignement, dans l’administration centrale… que le reste des ressortissants des deux cents ethnies composant la population congolaise.

Après cette consécration, l’armée de la minorité tutsi du Rwanda sera élevée au rang de « gardien de la paix » dans la région et dans toute l’Afrique et recevra pour cela des moyens pour aller imposer la « Pax Americana » au Soudan (Darfour), au Sud Soudan et tout ceci sous la bannière des Nations Unies et donc aux frais des contribuables du monde entier.

En cours de réalisation

John Kerry, secrétaire d'Etat américain, avec Pierre Nkurunziza, président du Burundi, le 4 août 2014 à Washington/rfi.com.

John Kerry, secrétaire d’Etat américain, avec Pierre Nkurunziza, président du Burundi, le 4 août 2014 à Washington/rfi.com.

Dans un article publié le 21 avril 2015, la journaliste Marie Laure Cimpaye se posait la question de savoir si le modèle rwandais n’était pas en train d’être imposé au Burundi.

Quelques mois plus tard, force est de réaliser qu’elle avait vu juste. En effet le Burundi, entre avril et mai 2015, a été victime d’une Révolution de Couleur ou tentative de changement de régime, orchestrée par les USA, la France et la Belgique, qui devait aboutir à un Coup d’Etat, celui du mercredi 13 mai 2015, qui a échoué. Depuis le mois d’août 2015, des assassinats ciblés contre les hautes personnalités burundaises sont organisés depuis Kigali.

Des bataillons de l’armée rwandaise ont été préparés pour intervenir directement au Burundi afin de renforcer les militaires burundais qui sont gagnés au plan du putsch. Ils ont déjà un plan d’occupation du pays et de neutralisation des Imbonerakure et des policiers. Le CNARED se retrouve en Europe et prépare son déploiement au pays comme gouvernement de transition qui serait spontanément reconnu par les USA, la Belgique, la France et Londres. C’est le sujet central des réunions en cours à Bruxelles, Paris et Luxembourg.

Selon nos informations, il ne fait aucun doute qu’un plan d’assassinat du président Nkurunziza a été finalisé. Des experts israéliens en attentats et des tireurs d’élites burundais et rwandais reçoivent les derniers réglages! Une somme de deux millions de dollars américains a été investie dans le plan. C’est désormais le Mossad qui pilote et coordonne depuis Kigali!

Nous avons posé la question à notre informateur de savoir si les Américains, après ce qui s’est passé au Rwanda en 1994, sont prêts à provoquer d’autres massacres. Il nous a été rétorqué : »Vous êtes naïfs! Le massacre viserait les Hutus présentés comme des Imbonerakure. Ils ont été suffisamment diabolisés que l’opinion internationale mettrait des décennies avant de découvrir l’imposture! Avec l’attentat manqué contre le chef d’état major, le SNR dispose des pistes sur les commanditaires des attentats. Les puissances occidentales doivent passer à la vitesse supérieure. C’est déjà décidé. C’est pourquoi tous les membres du gouvernement du CNARED ont été appelés en Europe. Le camp Radjabu a été exclu car proche des Islamistes!

Pour brouiller les pistes, le Secrétaire d’État Adjoint des USA chargé de la sécurité en Afrique Centrale a été dépêché à Bujumbura pour faire croire que le gouvernement de Nkurunziza est sollicité pour faire cesser les violences et dialoguer avec l’opposition. L’ambassadeur des Pays Bas au Burundi vient d’effectuer une visite de courtoisie auprès du Ministre des Relations Extérieures pour dire que l’enveloppe destinée à la bonne gouvernance a été maintenue. A vrai dire, c’est un code pour financer l’opposition et appuyer le plan de renversement des institutions considérées comme contraires à l’Accord d’Arusha! La bonne gouvernance est synonyme de réorganisation des élections même par une minorité au service des intérêts des Occidentaux! ».

Que faire?

 
Selon notre informateur, la garde présidentielle est très sollicitée. L’ancien vice-président de la Cour constitutionnelle vient de sortir un témoignage par la plume d’un journaliste belge. Le récit vise à montrer qu’il a fait le bon choix et qu’il est heureux et non point hanté par ses mensonges! C’est une stratégie de séduire certains proches de Nkurunziza surtout après avoir constaté qu’il a renforcé la sécurité autour de lui.

Soit le commando doit réussir à dénicher un groupe qui acceptera de l’assassiner et dont le gros des éléments sera par après vite éliminé. C’est le scénario de Laurent Désiré Kabila. Soit les satellites vont continuer à traquer le chef de l’Etat et permettre une attaque éclair par un drone à partir du Rwanda. Comme le président aime rester à Ngozi, la tâche serait facile pour un drone venant de Nyamata ou Huye (Butare). Une fois le président assassiné, les militaires burundais gagnés au complot s’empresseraient de prendre la RTNB et un général (ancien du CNDD FDD maintenant en exil) s’exprimerait de même qu’un autre général ex–FAB pour appeler l’armée au calme tandis que la neutralisation de la police et des Imbonerakure battrait son plein. Les putschistes sortiraient de la prison sous les acclamations des habitants de Bujumbura comme lors de la tentative du 13 mai dernier!

Les USA et Israël croient dans le plan. Londres et Paris soutiennent timidement. La Belgique est 100% partante même si elle aurait préféré que Nkurunziza soit capturé et envoyer à La Haye. Le scénario Laurent Gbagbo. Pour ce qui a été retenu par les Américains, c’est une fin tragique de Nkurunziza comme Kadhafi.

Conclusion partielle

L’actuel président burundais Pierre Nkurunziza est un martyr qui a le malheur de se retrouver au mauvais endroit et au mauvais moment ; n’importe quel président non issu de la minorité choisi par les USA et leurs sous-traitants dans la région, subirait le sort qu’il est en train de subir et finirait comme il va finir, c’est-à-dire assassiné.

Objectifs à moyens terme

pax-americana21. Kenya

Le sort réservé à ce pays naguère la plus grande puissance économique de l’Afrique de l’Est et un creuset culturel inestimable est qu’elle soit soumise, un jour elle aussi, à une bande armée issue d’une minorité ethnique et donc ayant constamment besoin de l’appui financier et diplomatique de la superpuissance pour se maintenir et jouir de l’impunité comme c’est le cas au Rwanda depuis 1994.

2. Tanzanie

Pour avoir pu asseoir une réelle démocratie dans la région, la Tanzanie constitue la bête noire du dictateur installé à Kigali par les puissances anglo-saxonnes. Aussi, la minorité a-t-elle reçu le feu vert de ces puissances pour la déstabiliser et si possible y installer un régime semblable à celui installé à Kigali en 1994.

Pour les stratèges des puissances anglo-saxonnes qui imaginent des schémas pour les pays de la région, la Tanzanie est à la merci de la puissance militaire de la minorité tutsi d’autant plus que ses services de sécurité (armée, police, services des renseignements) sont truffés des agents tutsi qui y ont été introduits à la faveur de la généreuse  naturalisation que le pays a offert aux Tutsi depuis les années 60.

Conclusion générale

La Superpuissance qui s’est retrouvée seule maître du monde après la chute du mur de Berlin avec ses alliés, s’en foutent éperdument du bonheur et du bien-être des autres peuples du monde.

Dans chaque région du monde, ils ont élaboré des stratégies pour y défendre leurs intérêts et y faire régner leur loi sans état d’âme et sans aucune considération des peuples concernés.

Au Moyen Orient et au Maghreb, il s’agit de casser les États aux structures fortes et d’y laisser régner le chaos politique pourvu que les multinationales continuent à puiser le pétrole à vil prix et sans risque de pénurie. Pourvu que l’État d’Israël continue d’être la seule puissance de la région dont les orientations dicteront la diplomatie internationale en ce qui concerne cette région.

En Afrique centrale, il s’agit de promouvoir des régimes minoritaires qui ne pouvaient espérer jouir d’aucune légitimité et de les surarmer et les laisser intimider et asservir les habitants et en échange être utilisés comme bras armé des superpuissances dans la région sans qu’elles y interviennent ouvertement.

Ainsi donc, sauf accident de parcours, le « modèle rwandais », à savoir un régime minoritaire impopulaire et illégitime, mais surarmé et suréquipé par la Superpuissance jouissant de l’impunité pour ses crimes, promu dans les médias par les services de propagande de la même puissance, en échange de sa soumission totale aux desiderata de la Superpuissance dans son plan de redessiner une  région donnée, a encore devant lui une vingtaine d’années pour se généraliser en Afrique.

Malheurs aux peuples  qui se sont retrouvés ou se retrouveront sur la trajectoire de cet ouragan « made in America » et qui traverse la région des Grands Lacs depuis les années 80. Tels fut le cas pour les Amhariques et les Oromos en Ethiopie, les Baganda et Acholi en Ouganda, les Hutu au Rwanda, les Bakongo, Gbandi, Baluba, Batetela, Nande, Hunde, Bashi… en RDC.

Le même sort est en train d’être scellé pour les Hutu au Burundi. Ce sort sera aussi scellé  pour les peuples majoritaires du Kenya et de Tanzanie selon les plans géopolitiques à moyen terme (50 ans) initiaux tels qu’établis dans les années 80. Certains ont parlé ou parlerons encore « d’Empire Hima-Tutsi » mais en pratique et plus terre à terre, c’est le modèle rwandais pensé dès la fin des années 1980, institué en 1994, qui aura été imposé à tous les  peuples  de la région.

Quel salut pour ces peuples ? La trajectoire de l’outil lancé à leur conquête et à leur soumission peut-elle être infléchie ? Si oui, par qui et comment ? Réfléchir à cette problématique et tenter de trouver des réponses à ces interrogations, c’est déjà faire signe d’une volonté de survie.

Emmanuel Neretse
07/10/2015

France-Rwanda. Attentat du 6 avril 1994 : Affaire judiciaire ou affaire diplomatique ?

Un Dassault Falcon 50 semblable au jet présidentiel de Juvénal Habyarimana/wikipedia

Un Dassault Falcon 50 semblable au jet présidentiel de Juvénal Habyarimana/wikipedia

Le juge anti-terroriste français Marc Trévidic qui avait repris à son compatriote Jean-Louis Bruguière l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 dans lequel ont péri les chefs d’Etats rwandais et burundais ainsi que trois citoyens français,  a annoncé avoir bouclé le dossier et s’apprête à rendre publiques ses conclusions.

Pour rappel, l’on se souviendra que cette affaire avait connu des rebondissements politico médiatiques dès l’émission de mandats d’arrêt par le juge Bruguière contre neuf proches du président rwandais Paul Kagame en 2006.

Kigali avait alors brutalement rompu les relations diplomatiques avec Paris. Le régime du FPR avait, dans la foulée, produit un rapport sur l’attentat du 6 avril 1994 (alors que jusque là il avait toujours déclaré que cette enquête n’était pas dans ses priorités) connu sous l’appellation de « Rapport Mutsinzi » qui, après des mensonges et des manipulations dont le ridicule se dispute à la naïveté, avait conclu que « l’avion avait été abattu par les proches du président Habyarimana » sans toutefois en donner l’identification précise. Parallèlement,comme pour faire chanter Paris, le régime du FPR de Paul Kagame a produit un autre rapport dit « Rapport Mucyo » dans lequel il accusait nommément des hauts responsables politiques français ainsi que plusieurs officiers des Armées Françaises  « d’avoir pris part au génocide », pas moins !

Entre-temps, en 2007, la droite avait accédé au pouvoir à Paris avec l’élection de Nicolas Sarkozy qui choisit comme ministre des Affaires Etrangères un des amis et soutiens de longue date du dictateur rwandais Paul Kagame, un certain Bernard Kouchner.

C’est alors que la magie de la diplomatie va s’opérer pour essayer d’évacuer un dossier judiciaire encombrant. Sur conseil de Bernard Kouchner, comme il l’a lui-même reconnu ultérieurement, une des inculpés, le Major Rose Kabuye, va venir se faire arrêter en Allemagne et se faire déporter à Paris. Le but était de permettre aux puissants et coûteux avocats mandatés par Paul Kagame d’avoir accès au dossier, ce qui va leur permettre de lancer une contre-offensive tous azimut. Un nouveau juge d’instruction avait déjà été désigné en la personne de Marc Trévidic secondé par Nathalie Poux. Les relations diplomatiques entre Kigali et Paris furent, comme par enchantement rétablies et, cerise sur le gâteaux, le président de la République Française lui-même effectua une visite au Rwanda en compagnie de Bernard Kouchner et au cours de laquelle il a reconnu en le regrettant « un certain aveuglément de la France » pour avoir à un moment de l’histoire, soutenu le régime hutu.

La route ayant ainsi été balisée, la feuille de route tracée par l’autorité politique, il ne restait qu’au juge d’instruction d’accomplir les formalités administratives et procédurales nécessaires pour qu’il évacue ce dossier gênant pour les relations entre la France et le Rwanda de Paul Kagame que certains politiciens français croit incontournable dans la région et donc que le fait de l’amadouer vaut le coup de sacrifier quelques principes comme celui de poursuivre partout tout terroriste qui s’en est pris à la vie des officiers français. Or Paul Kagame en a au moins six à son  actif qu’il a tués entre  le 6 et le 8 avril 1994, et la France officielle en est au courant. Marc Trévidic et Nathalie Poux se rendront donc au Rwanda accompagnés d’experts en balistique et des géomètres. Dès leur retour en France, ils se rendront compte que les seules expertises balistiques et géomètres ne suffiraient pas à offrir une fenêtre de sortie à travers laquelle le FPR de Paul Kagame pourrait échapper. C’est alors qu’ils ont eu recours à un « acousticien » qui, après une retraite dans un domaine militaire au centre de la France, produisit « un rapport d’expertise » qui enfin pouvait servir de base pour disculper le FPR de Paul Kagame. En effet notre « magicien-accousticien » affirmait que d’après le bruit qu’il avait perçu lors des simulations, il pouvait affirmer que les missiles qui ont descendu l’avion présidentiel avaient été tirés à partir du domaine militaire de Kanombe et non de la colline de Masaka.

Les juges Trévidic et Poux approuvèrent ces conclusions et l’expertise de l’acousticien qui a été recruté sur le tard et en catimini et qui a effectué ses simulations au centre de la France supplanta ceux des balisticiens et géomètres qui eux s’étaient rendus au Rwanda. Il n’en fallait pas plus que la presse du monde entier ameutée par les lobbys de Paul Kagame crie victoire et assène derechef que le Falcon 50 avait bel et bien été abattu par les extrémistes hutu de l’entourage du président Habyarimana.

C’est à la suite de cette euphorie que le juge Trévidic a annoncé triomphalement qu’il venait de boucler l’enquête et qu’il allait bientôt donner ses conclusions définitives. Par la voix des avocats de Paul Kagame, on saura que sans aucun doute le Juge Trévidic s’apprêtait à annoncer « un non-lieu » et que les proches de Paul Kagame seront entièrement blanchis dans ce dossier qui sera ensuite classé sans suite au grand soulagement d’une certaine classe politique et de  la diplomatie française.

Seulement voilà : on dirait que le mauvais sort s’acharne sur le juge Trévidic. Avant même qu’il n’annonce son non-lieu attendu, la BBC Two vient de diffuser un documentaire qui donne, avec force détails, les preuves de la responsabilité de Kagame dans cet attentat. Même parmi les personnes inculpées et contre qui les mandats d’arrêt avaient été lancés, certains affirment savoir que c’est le FPR de Paul Kagame qui a commandité l’attentat. Curieusement, le juge, qui les connaissait et qui savait comment il pouvait les toucher n’a pas cherché à les entendre mais s’est empressé de déclarer que le dossier était clos. C’est le cas du général Kayumba Nyamwasa, une des personnalités qui avaient été inculpées par le juge Bruguière et  qui vit en Afrique du Sud d’où il déclare à qui veut l’entendre qu’il est prêt à témoigner et montrer comment c’est Paul Kagame qui a commandité l’attentat, mais que personne ne veut venir l’entendre ou ne veut le convoquer ! En clôturant le dossier, le juge Trévidic osera prétendre qu’il ne connaissait pas un potentiel témoin au nom de Kayumba Nyamwasa ?

Quels sont les intérêts en jeu pour que ces énormités soient tolérées ?

Dans le cas d’espèce, il est évident que le régime du FPR de Paul Kagame tire sa légitimité du mensonge qui consiste à dire qu’il est venu pour arrêter le génocide ! Il serait alors catastrophique pour lui s’il était admis qu’en réalité c’est lui qui a déclenché le génocide en assassinant l’homme qui constituait « une digue » qui retenait les passions et la haine ethniques latentes exacerbées par la guerre initiée par le même FPR de Paul Kagame en 1990 .

En ce qui concerne la France, la visibilité est moins évidente. Les intérêts de certaines corporations locales  viennent se greffer à ceux des lobbies mondialistes pour qui l’honneur ou la voix de la France sont le dernier de leurs soucis pour offrir ce spectacle incompréhensible quand il s’agit de la position de la France en ce qui concerne le Rwanda depuis 1994.

Emmanuel Neretse
07/10/2014

Rwanda : Pourquoi l’affaire Kizito Mihigo est louche

kizito mihigo-confessionLes ennuis de Kizito Mihigo ont commencé après le discours du président Kagame prononcé en janvier 2014 peu après l’assassinat en Afrique du Sud de son ancien Chef des renseignements extérieurs, le colonel Patrick Karegeya. Kagame avait alors dit qu’il n’était pas comme des « chanteurs qui peuvent même louer les ennemis de son gouvernement ». Auparavant, le jeune musicien, talentueux et populaire Kizito Mihigo avait sorti une chanson dans laquelle il disait que toutes les victimes de la MORT sont à déplorer, que ce soit par génocide, par assassinat ou par mort naturelle. Pour les observateurs avertis, une telle déclaration du président Kagame équivalait alors à une condamnation sans équivoque de ce musicien même s’il ne l’avait pas nommé. Les choses vont alors se précipiter. Kizito Mihigo va tomber en disgrâce et traîné devant la « justice du pays » mais selon un scénario étrange :

Une « disparition » avant l’arrestation

Le musicien Kizito Mihigo a d’abord été porté disparu peu avant le début de la commémoration officielle du 20è anniversaire du génocide le 07 avril 2014. Même la police avait alors nié savoir où il se trouvait. Ce n’est qu’après la semaine de deuil, que la police a admis avoir arrêté l’intéressé et l’a alors montré à la presse nationale et internationale le 14 avril2014.

Un prévenu exhibé au public et à qui on permet de s’exprimer devant la presse

Au Quartier Général de la Police à Kacyiru, K. Mihigo, menotté, a alors été exhibé à la presse ; chose incroyable, il a été sommé de répondre aux questions que lui posait le policier et dans ses réponses il reconnaissait les faits qui lui étaient imputés en promettant d’en dire d’avantage plus tard. La presse ameutée quant à elle, n’avait droit de poser aucune question.  Ce show est unique dans la procédure pénale car les présumés criminels n’ont pas le droit de s’adresser à la presse au cours de la procédure que ce soit au niveau de la police ou celui du Parquet.

Une affaire portée devant un tribunal non compétent

Les accusations portées contre Kizito Mihigo et pour lesquelles il plaide coupable sont très graves : atteinte à la sécurité de l’Etat, collaboration avec des groupes terroristes, s’opposer aux programmes du gouvernement et incitation à la désobéissance… Des faits punissables d’une peine d’emprisonnement à perpétuité. Pourtant, Kizito Mihigo a été déféré devant le plus bas échelon de la hiérarchie juridictionnelle du Rwanda à savoir « le tribunal de base » autrefois appelé « le tribunal de canton » et ailleurs « Tribunal de proximité »  ou « Juge de Paix ».  Au Rwanda même, le Tribunal de Base ne connaît que des infractions passibles de 5 ans de prison maximum. Or, c’est devant ce tribunal que Kizito Mihigo accusé « d’atteinte  à la sécurité de l’Etat, de terrorisme et de trahison »  crimes punissables de la peine d’emprisonnement à perpétuité (et pour lequel il plaide coupable)  est admis à comparaître sans que personne n’ose dire que ce tribunal n’est pas compétent.

Un avocat qui se désiste quelques heures avant l’audience

Comme si cela ne suffisait pas, Kizito allait déclarer devant ce tribunal de proximité, non compétent pour juger les faits très graves qui lui sont reprochés et pour lesquels il plaide coupable, que l’avocat qu’il avait depuis son arrestation venait de se désister tout juste quelques heures avant sa comparution. Il a alors demandé d’obtenir un délai supplémentaire pour trouver un nouvel avocat. Evidemment rien n’a été dit sur les motifs du désistement de dernière minute de cet avocat. Mais pour ceux qui connaissent le système, il n’y a pas de doute qu’il aurai été en désaccord avec les services de sécurité qui gèrent ce dossier et qui multiplient des entorses aux lois et aux procédures judiciaires « visibles » que le régime dictatorial et illégal du FPR a promulgué pour paraître fréquentable dans le concert des nations

Un délai scandaleusement court accordé aux accusés pour comparaître avec les nouveaux avocats

Comme pour atténuer le scandale d’avoir amené des prévenus devant un tribunal sans qu’ils soient assistés par des avocats comme le prévoit la loi, le tribunal de base de Kacyiru a accordé DEUX jours à Kizito Mihigo de trouver un nouvel avocat et de se représenter le 24 avril pour la poursuite du procès. Ainsi donc le nouvel avocat que Kizito doit se trouver entre lundi le 22 et jeudi le 24 avril, devra entre-temps avoir pris connaissance du dossier, s’être entretenu avec son client sur la stratégie de défense, faire des contre-enquêtes nécessaires selon l’acte d’accusation du Procureur…ce qui est simplement ridicule, car dans deux jours, il pourra tout au plus avoir rencontré son client une fois pour faire connaissance mais  n’aura pas eu le temps de se pencher sur un aussi lourd dossier. Pourtant c’est ce qui va se passer.

Une large diffusion de l’interview du prévenu avant sa nouvelle comparution, encouragée par la presse du régime

Après avoir annoncé que le procès Kizito Mihigo  pourrait se poursuivre en séance plénière au Stade National sous prétexte que la salle d’audience du tribunal de Kacyiru était exigüe, ceux qui s’étonnaient cette publicité illégale et disproportionnée que le régime voudrait faire de ce procès auront une explication en écoutant les  déclarations de Kizito Mihigo que la presse du régime a largement diffusées. En long et en large, le prévenu reconnaît tous les faits qui lui sont reprochés même les plus graves, dans des termes si généraux que n’importe quel Rwandais qui aurait été en contact avec les opposants au régime vivant en exil serait sans situation. Ces déclarations publiques de Kizito Mihigo qui sont largement diffusées par la presse rwandaise interviennent au moment où le même gouvernement rwandais a interdit, depuis son arrestation, la diffusion des chansons et compositions du même Kizito sur les antennes des radios rwandaises sous peine des sanctions graves. Sur le plan judiciaire, c’est une première qu’un prévenu de crime grave se défende ou reconnaisse ses crimes dans la presse avant même la tenue de son procès et que la partie qui l’accuse (le Parquet, donc le gouvernement) soit l’agent de cette large diffusion dans la presse.

Les Tutsi pour une fois divisés

On savait que les combattants tutsis issus de l’armée ougandaise qui se sont emparés du pouvoir à Kigali en 1994, regardaient avec mépris les autres tutsi même ceux qui les avaient rejoints venant du Burundi ou de l’ex-Zaïre. Les Tutsi restés à l’intérieur du Rwanda étaient quant à eux considérés comme des « collaborateurs des régimes hutu » et donc à considérer comme de seconde zone dans le Rwanda que les ressortissants d’Ouganda venaient de conquérir. Plusieurs tutsi dits « de l’intérieur », entendez, ceux qui sont nés et  qui ont toujours vécus au Rwanda jusqu’en 1994) en ont payé le prix  par le sang ou par l’exil : Assiel Kabera, Joseph Sebarenzi, Valens Kajeguhakwa, … Kizito Mihigo est de ceux là.  

Alors en plaidant coupable  « de terrorisme, association de malfaiteurs, complot contre le Chef de l’état », …bref de tous les plus grands crimes contre la sécurité de l’Etat, Kizito Mihigo ou plutôt ceux qui le prennent en otage entendent fédérer tous les Tutsi autour du risque du « retour des Hutu » au pouvoir au Rwanda

En guise de conclusion, nous disons que le dossier « Kizito Mihigo »est complexe et se situe dans la droite ligne des luttes intestines entre les Tutsis qui ont repris le pouvoir au Rwanda en 1994. Le jeune tutsi Kizito Mihigo qui avait tout juste 13 ans en 1994 et qui est réellement un rescapé du génocide  contrairement aux autres jeunes tutsi de sa génération qui sont rentrés au Rwanda après la conquête du pays en 1994, ne doit pas faire la même lecture de l’histoire que ces autres « frères » tutsi.  Mais lorsqu’il le dit publiquement et que de par sa notoriété, il ose l’exprimer en chanson, il a alors franchi la ligne rouge et est devenu paria dans la « fratrie ».

Les manœuvres juridico -médiatiques auxquelles nous assistons n’ont pour objectif que de distraire l’opinion sur les crimes de Kagame et au même moment être une occasion de ressouder la cohésion des Tutsi traversée par le clivage «  ougandais/ rwandais ».

L’affaire Kizito Mihigo, est donc à suivre… C’est une affaire interne du clan Kagame,  mais qui a (ou aura) des répercussions sur le plan national et régional.

Emmanuel Neretse
23/04/2014

Joyce-Banda, présidente du Malawi

Afrique : désespoirs mais aussi des espoirs

Joyce-Banda, présidente du Malawi

Joyce-Banda, présidente du Malawi

Ces derniers mois, j’ai peu écrit sur l’Afrique. Mon retour en Asie, après 22 années d’absence, a sans doute absorbé mon attention et mon inspiration rédactionnelle. Je n’ai cependant pas cessé d’observer ce qui se passait sur le continent noir. La reconnaissance par la Cour Pénale Internationale de la culpabilité de Thomas Lubanga m’a même fait réagir, dans un précédent article, alors que je me trouvais encore en Thaïlande. Il est vrai que ce seigneur de la guerre et moi avions une longue histoire « commune », depuis 2001, et qu’il m’était difficile de rester muet face à cette conclusion (provisoire ?) d’un long processus judiciaire.

À la veille de mon retour en Afrique, je trouve cependant nécessaire de faire le point et de reprendre la plume. L’actualité africaine a été assez abondante, ces derniers temps. Elle fut souvent plutôt déprimante et c’est sans doute aussi cet élément qui a rendu mes retrouvailles avec l’Asie du Sud-Est encore plus exaltantes : comment, en effet, ne pas comparer négativement les stagnations africaines au dynamisme asiatique ?

Les récentes nouvelles d’Afrique m’ont aussi amené à me remettre en cause et à regretter certains de mes écrits passés, en particulier au sujet de pays que je croyais bien connaître. De cela aussi, il sera question dans cet article. Il y a malgré tout eu quelques informations porteuses d’espoirs et je vais aussi les évoquer.

Commençons par les mauvaises nouvelles. Elles concernent plusieurs pays.

La République Démocratique du Congo, d’abord. Dans un livre paru en 2006[1], j’avais exprimé certains espoirs à l’égard du jeune président de ce pays, Joseph Kabila, et j’avais souhaité sa réélection, cette année-là. Il est vrai que, lors de ce scrutin, son rival était Jean-Pierre Bemba, un criminel de guerre notoire dont j’avais dénoncé les épouvantables méfaits dans mon premier ouvrage. L’option Kabila me semblait donc, et de loin, la moins mauvaise pour l’avenir du Congo/Zaïre. Je l’avais d’ailleurs rencontré et il m’avait donné l’impression d’être un homme sachant écouter. Un homme qui ne prenait ses décisions qu’après mûre réflexion et seulement après avoir recueilli l’opinion des uns et des autres.

Comment ai-je pu me tromper à ce point ? Peut-être Kabila junior s’est-il retrouvé prisonnier du système qui l’avait porté au pouvoir ? Toujours est-il qu’une fois réélu, en 2006, il n’a pas su répondre aux attentes de son peuple. Dans la partie orientale du pays, la situation est toujours aussi dramatique. Des chefs de guerre continuent à commettre des exactions et à vivre sur le dos d’une population qui n’en peut plus. Le plus notoire d’entre eux, Bosco Ntaganda, contre lequel la CPI a émis un mandat d’arrêt, a même été réintégré avec ses hommes au sein de l’armée nationale, ce qui lui a permis de continuer à « régner » en toute impunité sur le Nord-Kivu et à exploiter les ressources minières de cette province. Déjà dans mon premier livre[2], j’avais décrit, pour les dénoncer, les méfaits de cet homme, qui était alors le bras droit de Thomas Lubanga, en Ituri. Depuis, Bosco Ntaganda semble avoir surpassé son chef de l’époque, pour ce qui est des atrocités. Il n’a d’ailleurs jamais cessé de recruter et d’utiliser des enfants soldats, crime pour lequel la culpabilité de Lubanga vient d’être reconnue. Or, contrairement à ce dernier, Bosco Ntaganda n’a jamais eu à répondre de ses actes, que ce soit devant la justice nationale ou devant la CPI. Général de l’armée congolaise, il a pu continuer à mener ses activités criminelles et à s’enrichir en toute quiétude, au grand désespoir de la population subissant son joug. Tout cela avec l’approbation du président Kabila, qui est allé très loin dans ses compromissions vis-à-vis du Rwanda de Paul Kagame. Si ces compromissions avaient permis un retour à la paix et à la tranquillité au Kivu, peut-être le jeu en eut-il valu la chandelle. Mais cela n’a pas été le cas, et ce sinistre jeu a seulement permis à Bosco Ntaganda et à ses comparses de continuer à prospérer, et au Rwanda de pérenniser son quasi protectorat sur le Kivu. Il y a quelques jours de cela, le président congolais a semblé résolu à mettre un terme aux exactions de ce seigneur de la guerre. Malheureusement, ayant sans doute eu vent des intentions présidentielles, Bosco a eu tout le temps de quitter Goma avec ses hommes. Il serait parti avec des véhicules et des stocks importants d’armes et de munitions. Je doute fort que l’armée congolaise soit en mesure de l’appréhender. Les crimes de Bosco Ntaganda contre la population du Kivu vont donc vraisemblablement continuer.

Par ailleurs, le dernier mandat de Joseph Kabila a été marqué par plusieurs assassinats de journalistes. Au moins neuf journalistes ont été tués durant les cinq dernières années. Le plus célèbre de ces victimes fut Floribert Chebeya, assassiné à Kinshasa en juin 2010, probablement par de hauts responsables de la police. Tous ces meurtres sont restés impunis.

Enfin, il y a eu les calamiteuses élections présidentielles de novembre dernier, qui ont vu la « victoire » de Joseph Kabila. Nul ne semble avoir été dupe, ni le peuple congolais, ni la communauté internationale. Ces élections n’ont été qu’une coûteuse mascarade.

Oui, en ce qui concerne la République Démocratique du Congo, j’avoue m’être trompé. Mais reconnaître une erreur d’appréciation ne signifie nullement qu’il eut fallu, en 2006, souhaiter la victoire d’un Jean-Pierre Bemba. C’eut été opter pour la peste en lieu et place du choléra. Et c’est bien cela qui est désespérant, quant on essaye d’analyser la situation congolaise : il ne semble pas y avoir d’alternative crédible. Aucune personnalité ne semble avoir émergé de la fange qu’est devenue, depuis trop longtemps, la politique de ce pays. Tchisekedi, le candidat malheureux des dernières élections, a trop souvent, au cours de sa longue carrière, loupé le train de l’Histoire. Aujourd’hui, il est trop âgé pour pouvoir incarner l’avenir et la relève. J’aime beaucoup ce vaste pays, j’aime son peuple, tous deux riches en potentialités, mais je ne vois malheureusement aucun signe à l’horizon permettant d’espérer un renouveau et un relèvement dans un avenir proche.

Du Mali est venu une série de nouvelles attristantes. Dans le passé, j’ai souvent vanté la démocratie malienne, qui me semblait être un exemple pour le reste de l’Afrique. Force est de constater que cette démocratie a fait faillite et que le pays est aujourd’hui au bord du gouffre. A Bamako, l’homme qui avait mis fin à la dictature a été renversé par un quarteron de capitaines ignares un mois avant la date prévue pour les élections présidentielles. Dans le nord, une rébellion composite a su balayer l’armée gouvernementale pour s’emparer de la totalité de cette immense mais désertique région. Certes, les Touaregs avaient sans doute des raisons de se rebeller. Kadhafi avait su faire miroiter aux Touaregs la possibilité de la création d’un vaste État saharien. Nombre d’entre eux s’étaient ralliés au dictateur libyen qui les avait armés et entraînés. Aujourd’hui, ces soldats perdus du kadhafisme sont de retour chez eux, au Nord Mali, avec armes et bagages. Ils semblent résolus à réaliser le rêve d’un État bien eux. Mais leurs « compagnons de route » islamistes algériens semblent être parvenus à les manipuler pour atteindre des objectifs beaucoup plus inquiétants, tant pour le pays que pour l’ensemble du Sahel. Déjà, ce sont ces djihadistes intégristes qui semblent avoir pris le contrôle effectif de Tombouctou, quelques heures après la chute de cette cité au passé prestigieux. Le faible gouvernement de transition laborieusement mis en place à Bamako, après la piteuse reculade des apprentis putschistes, saura-t-il reconquérir le nord du pays et surtout rallier à lui les Touaregs ? Un accord avec ces derniers semble aujourd’hui essentiel, afin de parvenir à faire face au danger mortel  représenté par les fous de Dieu de l’AQMI. Et surtout, il ne faut pas perdre de vue que ce qui se passe actuellement au Mali est susceptible de se reproduire ailleurs. D’autres pays de la région doivent également faire face à la fois au danger islamiste et au retour de mercenaires surarmés par Kadhafi. La Mauritanie, le Niger et le Tchad pourraient à leur tour être déstabilisés. Le calme est loin d’être revenu en Libye. Dans le sud de ce pays, des affrontements sanglants ont opposés les Toubous à d’autres tribus. Or, les Toubous peuplent aussi et surtout le nord du Tchad, où ils se sont souvent opposés, par le passé, au pouvoir central. Ce pays, coincé entre la Libye et le Soudan où la guerre est loin d’être terminée, pourrait bien se retrouver entraîné dans une dangereuse escalade.

C’est en effet du Soudan et du Sud Soudan que nous sont parvenues d’autres nouvelles calamiteuses. L’indépendance du Sud ne semble pas avoir permis un retour à la paix et à la stabilité. Le pouvoir de Khartoum continue à faire face à la rébellion, tant au Darfour que dans le Sud-Kordofan. Les grands médias n’en parlent guère, mais une guerre atroce semble se dérouler dans cette dernière région, bien loin des caméras. La République du Soudan du Sud, quant à elle, n’est pas parvenue désarmer ou à intégrer les anciens groupes armés, et les clashs entre groupes ethniques continuent à faire des centaines de victimes. Comme si cela ne suffisait pas, un conflit ouvert avec le Soudan, pour le contrôle de la zone pétrolifère d’Abyei, est en train de dégénérer. Le statut de cette région disputée entre le Nord et le Sud aurait dû être résolu avant l’indépendance du Sud. Cela n’a pas été le cas. Aujourd’hui, c’est par les armes que les deux voisins choisissent de le régler.

Dans la série des coups d’État militaires idiots et inutiles, il convient de dire un mot de celui qui s’est  produit le 13 avril dernier en Guinée Bissau alors que les élections présidentielles étaient prévues pour le 26 du même mois. Ce petit pays lusophone est coincé entre la Guinée Conakry et le Sénégal. Il fut la première colonie portugaise d’Afrique à avoir su arracher son indépendance du Portugal, dès 1973, avant même que la « Révolution des Œillets » n’ait eu lieu à Lisbonne. La lutte de libération fut menée par un leader hors pair, le mythique Amilcar Cabral[3], malheureusement assassiné à l’instigation des services secrets du vieux dictateur Salazar, six mois avant l’indépendance. Depuis le début des années 80 la Guinée Bissau, l’un des trois pays les plus pauvres du monde[4], est affecté par une instabilité chronique. Plusieurs coups d’États et même une guerre civile[5] ont eu lieu. La raison fondamentale de ces troubles à répétition semble être la tentative de prise de contrôle du pays par les puissants cartels de la drogue colombiens. La position géographique de ce pays est idéale pour les trafiquants. Il n’est pas très éloigné des côtes sud-américaines et l’archipel des Bijagos compte des centaines d’îles, un grand nombre d’entre elles sont désertes. Cet archipel permet donc de débarquer discrètement la cocaïne, par voie aérienne ou maritime. La marchandise est ensuite acheminée vers l’Europe, avec la complicité de hauts gradés bissau-guinéens, grassement payés par les seigneurs de la drogue colombiens. Le pays est également un lieu de blanchiment de l’argent sale. Chaque fois qu’un dirigeant cesse de plaire aux cartels, il est donc opportunément écarté par des militaires aux ordres. Ce phénomène mafieux est également observé dans d’autres pays d’Afrique. On se souvient qu’un mystérieux avion non identifié avait été retrouvé, il n’y a pas très longtemps, dans le désert malien. Comme on le sait, c’est au Mali qu’a eu lieu, le mois dernier, un autre coup d’État absurde. Simple coïncidence ?

Pour ne pas être accusé d’ « afropessimisme », je terminerai cet article avec deux bonnes nouvelles. Récemment, deux pays ayant connu des dérives autocratiques, voire dynastiques, ont connu une évolution positive.

D’abord le Sénégal. Ce pays a longtemps constitué l’exception démocratique de l’Afrique francophone. Il avait connu une alternance politique exemplaire, en l’an 2000. Maître Abdoulaye Wade, tenace opposant, fut alors élu, mettant ainsi un terme à quarante années de pouvoir socialiste. Malheureusement, le nouveau président a commis les abus qu’il dénonçait chez ses prédécesseurs. Il a même peut-être fait pire, puisque qu’il a tenté de favoriser son fils Karim pour lui succéder. N’y étant pas parvenu, il n’a pas hésité à violer la constitution sénégalaise pour se présenter une troisième fois à l’élection présidentielle, malgré son âge respectable[6]. Pour Maître Wade, ce fut la candidature de trop, puisqu’il fut battu au second tour, le 25 mars dernier, par son ancien premier ministre, Macky Sall. La bonne nouvelle est qu’il a su concéder gracieusement sa défaite, allant jusqu’à féliciter le vainqueur. Le Sénégal a donc fait l’expérience d’une seconde alternance politique et pacifique. Il convient de s’en réjouir.

Enfin le Malawi ! Ce pays, on le sait, est cher à mon cœur, puisque j’y ai vécu un total de six années : d’abord quatre années à l’époque de la dictature d’Hastings Kamuzu Banda, puis deux années sous le régime démocratique. Comme au Congo/Zaïre, il semblerait que j’aie commis une assez sérieuse erreur d’appréciation au sujet du président. J’avoue que Bingu wa Mutharika me plaisait. Il avait su éloigner de son pays le spectre de la famine, en faisant de l’agriculture sa priorité. Sa politique a eu des résultats spectaculaires, puisque le Malawi est redevenu exportateur de maïs. Dans mon dernier livre[7], je dressais un portrait relativement flatteur du président Bingu, réélu en 2009. Malheureusement, son second mandat semble avoir été catastrophique. Lui aussi a succombé aux sirènes de l’autocratisme. Lui aussi a sombré dans des dérives dynastiques. Lors de son premier mandat, son parti, le DPP, n’avait pas la majorité au Parlement. Bingu a donc dû composer et manœuvrer pour mettre en œuvre sa politique. Lors de sa réélection de 2009, le DPP a obtenu la majorité absolue des sièges de députés. Le fait d’avoir le Parlement à sa botte semble avoir fait perdre la tête au président Bingu. Durant son second mandat, il s’est révélé beaucoup plus autoritaire que lors du premier. Sa politique économique a été un échec. Le pays subit des ruptures d’approvisionnement de carburant récurrents qui paralysèrent l’économie. Des manifestations d’ « indignés » malawiens furent durement réprimées par les forces de l’ordre. En 2009, Bingu avait choisi Madame Joyce Banda, alors ministre des affaires étrangères, pour concourir à ses côtés comme vice-présidente. À ce poste, cette dernière semblait être destinée à lui succéder. Cela n’a pas empêché le président de promouvoir son propre frère Robert Mutharika. Ce dernier devint ministre des affaires étrangères avant d’être désigné par le DPP comme candidat aux prochaines élections présidentielles[8]. Madame Banda s’opposa à de telles dérives. Elle fut alors expulsée du parti au pouvoir. Sans se laisser intimider, elle créa sont propre parti, le Parti du Peuple, tout en demeurant vice-présidente. La santé fragile du président ne devait cependant pas permettre au plan qu’il avait imaginé de se réaliser. Bingu fut victime d’un accident cardiaque le 6 avril 2012 auquel il n’a pas survécu. Les responsables du parti et du gouvernement ont d’abord cherché à cacher sa mort, en prétendant que le président avait été transféré dans un hôpital sud-africain. En réalité, c’était le cadavre de Bingu qu’ils avaient expédié en Afrique du Sud, sans doute pour gagner du temps. Ils pensaient en effet parvenir à effectuer un coup d’État constitutionnel qui aurait permis à Robert Mutharika de succéder à son défunt frère.  C’était sans compter sur les radios étrangères et sur l’internet, qui permirent au peuple du Malawi d’apprendre le décès du président, malgré le silence officiel. C’était sans compter, aussi, sur la détermination de Madame Joyce Banda. Résolue à appliquer la constitution et donc à assurer l’intérim,  elle a tout de suite contacté les plus hautes autorités judiciaires et constitutionnelles du pays, ainsi que les responsables de la police et de l’armée. Tous la reconnurent comme présidente. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union Européenne publièrent des communiqués exigeant le respect de la constitution. Soumis aux pressions conjuguées de l’intérieur et de l’extérieur du pays, le gouvernement n’eut d’autre alternative que d’annoncer le décès du président et de s’engager à appliquer la constitution. C’est ainsi que Madame Joyce Banda put prêter serment comme présidente, lors d’une cérémonie au Parlement, le 7 avril. Elle occupera la plus haute fonction de l’État jusqu’au terme normal du mandat du président Bingu, c’est-à-dire en mai 2014.

L’accession de Joyce Banda à la présidence de la République est porteuse d’espoir et ce, à plus d’un titre. D’abord, elle confirme la nature pacifique du peuple du Malawi, qui, depuis l’indépendance, a toujours su éviter la violence lors des transitions politiques. Une fois de plus, le recours aux armes a été évité. Ensuite, le fait que le nouveau chef de l’État soit une femme est aussi un signe encourageant. Elle est la deuxième femme africaine à accéder au pouvoir, après Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria depuis 2005. De plus, au Malawi, bien avant son entrée en politique, Joyce Banda s’était fait connaître en tant qu’activiste de la cause des femmes. À l’âge de 25 ans, alors qu’elle vivait au Kenya, elle n’hésita pas à fuir avec ses enfants pour échapper à la vindicte d’un premier mari violent. À son retour au pays, elle créa diverses organisations pour la promotion de la femme. En 1997, elle fut la co-lauréate (avec le président Joaquim Chissano du Mozambique) du « Africa Prize for Leadership for the Sustainable End of Hunger[9] »  de « Hunger Project », une organisation non gouvernementale basée à New York. Elle a utilisé le montant du prix pour créer la Fondation Joyce Banda, une organisation qui assiste les orphelins, tellement nombreux au Malawi, du fait de la pandémie du VIH/SIDA.

Le profil de la nouvelle présidente du Malawi est donc un bon augure pour l’avenir de ce pays. Il reste à espérer qu’elle saura utiliser au mieux les deux années de son mandat pour poursuivre la lutte contre la famine entamée par son prédécesseur tout en apportant une plus grande attention à la justice sociale, à la promotion de la femme, et à l’éducation des orphelins.

Il ne convient donc pas de sombrer dans l’afropessimisme, même si les nouvelles venues du Sahel ne sont guère encourageantes. La Zambie, en octobre dernier, nous a donné une brillante leçon de démocratie[10]. Le Sénégal et le Malawi quant à eux ont su sortir avec sagesse de situations potentiellement périlleuses. Puisse l’exemple de ces trois pays être contagieux dans le reste du continent africain.

Hervé Cheuzeville,  15 avril 2012

(Auteur de trois livres: “Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale“, l’Harmattan, 2003; “Chroniques africaines de guerres et d’espérance“, Editions Persée, 2006; “Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé“, Editions Persée, 2010)

Source : http://cheuzeville.net/


[1] « Chroniques africaines de guerres et d’espérance », Editions Persée, 2006

[2] « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique Centrale », L’Harmattan, 2003

[3]Amilcar Cabral (1924-1973), fondateur du PAIGC (Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo VerdeParti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert), le mouvement de libération qui mena la lutte pour l’indépendance tant en Guinée Bissau que dans l’archipel du Cap Vert.

[4]Sa principale ressource est la noix de cajou, dont il est le troisième exportateur mondial.

[5]En 1998-99.

[6]Il est né en mai 1926.

[7] « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Editions Persée, 2010

[8]Prévues pour 2014.

[9]« Prix Afrique pour un leadership en faveur d’une fin pérenne de la faim »

[10]Voir mon précédent article intitulé « Vive la Zambie ! »

 

 

Le bilan des années Paul Biya : trente ans de régression généralisée au Cameroun

Paul Biya

Paul Biya/photo journalducameroun.com

LE BILAN DES ANNÉES PAUL BIYA: TRENTE ANS DE RÉGRESSION GÉNÉRALISÉE AU CAMEROUN — [UNE ANALYSE DE SERGE OLIVIER ATANGI]
LE BILAN DU REGIME BIYA
Voici comment se présente le bilan de Paul Biya après 30 ans à la tête du Cameroun.
-La corruption a projeté le Cameroun au rang de porteur du flambeau de tous les pays du monde, éloignant de lui tous les investisseurs étrangers créateurs d’emplois. Paul Biya a réussi de la sorte à faire du Cameroun un pays humilié, discrédité et ridiculisé.
– Les écoles et universités, délabrées, abandonnées à elles-mêmes et dont les équipements vétustes ne répondant plus aux normes logiques dispensent un enseignement d’une autre époque qui ne prépare plus les jeunes à être compétitifs sur le plan international ou à être utilisables localement.
Les recommandations des Etats Généraux de l’Education sur la révision et la refonte des programmes, remis au Gouvernement depuis 1995 ont été classées sans suite. Ainsi par exemple, le retrait de l’examen du Probatoire n’a jamais été fait et le Cameroun est le seul pays au monde où il existe encore et ne correspond plus à rien sur le plan international.
Les éminents enseignants de ce Comité proposaient la professionnalisation de l’éducation qu’exige le contexte économique actuel en spécifiant que le système éducatif camerounais est resté tributaire des orientations de l’époque coloniale qui formait des clercs pour les besoins de l’administration et des sociétés privées existantes. Et qu’aujourd’hui, il forme en grande partie des consommateurs, des demandeurs et non des créateurs d’emplois. Ils ont insisté sur le fait qu’il s’agissait, à travers les programmes scolaires d’assurer une pré-préparation à l’insertion socio-économique des produits de l’école. 17 ans après, rien n’a encore été fait dans ce sens et les écoles et universités continuent à donner un enseignement déconnecté de toute réalité sur le terrain. C’est sans surprise qu’aucune université du Cameroun ne figure parmi les 500 meilleures du monde ni les 100 d’Afrique. Une véritable honte.
Fallait-il s’attendre à autre chose avec des universités qui accueillent des étudiants ayant obtenu une moyenne de 6 sur 20 au Baccalauréat et dont les derniers approvisionnements en livres dans les bibliothèques datent de la période d’Ahmadou Ahidjo. Des universités qui ne connaissent pas d’internet, cet instrument de travail qui est devenu incontournable tant pour les étudiants que pour les enseignants. Des universités qui ne disposent pas de laboratoires équipés en appareils et en produits permettant aux étudiants des facultés scientifiques qui les ignorent complètement et aux professeurs de faire des expériences. Des universités où les enseignants, totalement démoralisés et démobilisés depuis la réduction drastique de leurs salaires ont vu en plus leurs primes de recherches supprimées, ce qui ne leur permet plus, comme par le passé, de se documenter ou de faire des missions d’études dans de grandes universités occidentales pour une mise à jour de leurs connaissances et de leurs enseignements. Ainsi, ils ont continué depuis plusieurs années à répéter les mêmes cours déjà dépassés et non actualisés dans un monde qui va déjà à une vitesse infernale. Des universités victimes de l’indisponibilité permanente de leur éternel ministre qui a déserté ses bureaux pour la politique, les meetings et les campagnes de maintien de Paul Biya au pouvoir.
– Malgré les nombreuses ressources naturelles que Dieu a mises à la disposition du Cameroun pour en faire une des nations les plus riches et des plus prospères de la planète, ce pays, dévasté comme par un tsunami et ruiné par Biya et un groupe de mafieux est devenu l’un des plus pauvres et des plus endettés du monde. Ils se sont partagés les terrains et les immeubles de l’Etat, certains confisquant tout simplement les maisons de fonction dans lesquelles ils étaient logés par l’Administration.
-Les détournements de la fortune publique se chiffrent, selon un expert de l’Administration de Biya à plus de 3000 milliards de Fcfa par mois depuis qu’il est au pouvoir, étude réalisée sur quelques ministères seulement.
– L’eau et l’électricité sont inaccessibles à la grande majorité des camerounais. Un reportage du journaliste Pierre Léger sous le titre: ‘’Cameroun: Humains et animaux se disputent les sources’’, paru dans le journal Quotidien Mutations du 07 Février 2012 est dramatiquement révélateur de la situation que vivent les camerounais. Il en ressort que dans la partie septentrionale du pays, Régions du Nord, Extrême-Nord et Adamaou, seulement 29% de la population de près de 8 millions d’habitants a accès à l’eau potable et que le reste se dispute les points d’eau avec les animaux, ce qui est à l’origine du choléra et des autres maladies liées à la pollution de l’eau qui déciment les populations depuis des années. Ce pourcentage est sensiblement le même sur l’ensemble du territoire national. Il ajoute que dans les villes, même dans la Capitale et dans les quartiers voisins de la Présidence de la République, les populations se ravitaillent dans des sources sans tenir compte des latrines creusées en amont et faute de mieux se contentent de la bouillir ou dans les puits, sources et marigots, points d’eau dont elles ignorent tout des techniques de traitement et, lorsqu’une épidémie survient, la propagation se fait en un temps éclair. C’est le cas de la ville de Douala où plus de 85.000 cas de choléra ont été recensés avec 2500 décès en 2011.
Il cite aussi un responsable chargé des problèmes de la santé publique qui dit qu’il y a 30 ans, toutes ces villes disposaient d’un réseau de bornes fontaines publiques. Cette période coïncide avec l’arrivée de Biya où plus rien n’a été fait, laissant le réseau existant se détériorer dangereusement, exposant ainsi la vie des millions de personnes.
– La gestion du téléphone et de l’électricité est abandonnée entre les mains des sociétés étrangères qui arnaquent les populations avec la complicité des membres de la famille, du parti et de l’administration de Biya qui en sont les principaux actionnaires sous des identités de couverture. AES Sonel, refoulé des autres pays d’Afrique et d’ailleurs à cause de son incompétence, n’a jamais pu résoudre le problème des coupures intempestives d’électricité qui, depuis des années paralysent des villes entières pendant des mois, portant un coup dur à une économie déjà comateuse.
-Les grandes banques, pillées, par Biya, sa famille et les cadres de son parti ont fait banqueroute et ont confisqué des milliards de Francs CFA de dépôts des épargnants, paralysé complètement l’économie et ont mis dans la rue des milliers d’employés. Les promesses de remboursement de leur argent n’ont jamais été tenues pour la plupart et beaucoup sont morts de rancœur et de misère laissant une famille sans revenus et désemparée.
-Une pléthore de généraux de l’Armée, séniles comme Biya, affairistes et corrompus, nommés par pour leur compétence mais pour rétribuer les villages qui font le plus allégeance à Biya, a pris le pays en otage Une bonne partie de l’énorme budget du Ministère de la Défense sert à leur entretien et paie leurs nombreuses prétendues évacuations sanitaires et leurs vacances dans les luxueux hôtels du monde entier avec leurs familles ou leurs maîtresses. Ils sont à la tête d’une grande armée dont les agents sont payés énormément et jouissant de gros privilèges pour garantir leur loyauté envers Biya.
-La criminalité a pris des proportions alarmantes et les gens ne savent plus à quels saints se confier. Même retranchés chez eux, ils sont assassinés, dépouillés de leurs biens et leurs femmes et filles sont violées devant eux. Cette insécurité est telle que le Cameroun est devenu, sur le plan international une destination à risques que beaucoup de pays déconseillent à leurs citoyens, éloignant ainsi de nombreux investisseurs étrangers et ces milliers de touristes qui déferlaient dans le pays et y laissaient beaucoup de devises. Tout ce drame se joue face à une Police corrompue, mal préparée, mal équipée et inefficace. La priorité de Biya est moins la protection du peuple que la création des milices suréquipées pour sa sécurité personnelle et dont les agents, presque tous de sa tribu, jouissent d’énormes privilèges y compris celui de l’impunité.
-Les frontières du territoire national, mal sécurisées permettent à des assaillants des pays voisins de venir prendre en otage toute une ville, d’opérer toute une nuit en toute quiétude et de s’en retourner sans la moindre résistance face à une armée pléthorique, mal utilisée et reconvertie à toutes sortes d’exactions sur le peuple et au vol à main armée.
-Les retombées du pétrole qui n’ont pratiquement jamais servi au développement du pays, permettent à Biya, comme son argent de poche, à financer des sectes, organiser ses séjours en Europe avec sa famille et de grandes délégations d’individus qui émargent sans qu’on sache pourquoi sur le Trésor public, faire ses campagnes électorales et organiser les fêtes. Rien qu’en 2011, la Fête des Armées et celle des 50 ans d’indépendance ont coûté au Cameroun la somme de 500 milliards de Fcfa chacune. 1000 milliards! de quoi fournir de l’eau potable et de l’électricité à des milliers de camerounais, équiper les hôpitaux et sauver des vies humaines, relancer l’économie, construire des écoles et acheter des bancs pour ces enfants de tout l’arrière pays qui suivent les cours assis à même le sol qu’ils se partagent avec les chiques, les scorpions et autres microbes vecteurs de maladies.
– Les hôpitaux, ainsi que les centres de santé des zones rurales, construits sous la digeance de l’ancien Président, abandonnés, manquent d’équipements, de remèdes de première urgence et de personnel et sont devenus de vrais mouroirs autour desquels se sont installés des fabricants de cercueils, une affaire florissante dans laquelle les agents des impôts ont depuis mis l’œil.
-La misère est devenue le lot quotidien des camerounais qui, résignés comme des condamnés à mort dans des cellules obscures et n’ayant plus de larmes pour pleurer, attendent le moment fatidique qui va les délivrer de l’enfer de ce monde. Les ressources du pays étant confisquées par la famille de Biya et une poignée d’individus et de généraux qui représente moins de 5% de la population mais qui détient les 80% de la richesse du pays face à une masse pauvre et totalement démunie ne pouvant ni se soigner ni payer l’école aux enfants ni s’offrir plus d’un repas par jour. Au fait, la famine est devenue un des rudes fléaux auxquels les populations font face depuis l’arrivée de Biya au pouvoir et la montée vertigineuse des produits de premières nécessités sur le marché est venue enfoncer le clou. L’abandon des paysans, le manque d’une bonne politique agricole et le détournement systématique de l’argent destiné aux projets agricoles a fait que le Cameroun a, depuis perdu cette autosuffisance alimentaire qui faisait sa force et une des grandes réalisations de son ancien Président.
– Le Cameroun est devenu l’un des pays d’Afrique ayant le plus grand nombre d’émigrants dans les pays du monde entier. Les gens de toutes les conditions, de toutes les professions et de tous les âges, fuyant la misère, désertent le pays tous les jours et par tous les moyens. Il faudra un jour, sous un autre régime, penser à déposer des gerbes de fleurs dans la déserts et océans de l’Afrique du Nord devenus le tombeau de beaucoup de camerounais sur leurs chemins vers les pays occidentaux pour honorer leurs mémoires.
-La fuite des cerveaux est telle que la plupart des jeunes formés dans les grandes écoles du pays désertent dès la première occasion et que ceux qui font leurs études à l’étranger ou tout simplement bénéficiaires d’un stage ou d’un séminaire ne reviennent plus. Ils fuient la misère, les salaires minables, l’insécurité, les affectations arbitraires, les mauvaises conditions de travail et l’extrême tribalisation des plans de carrières. Beaucoup de camerounais ont déjà rejoint des pays comme le Canada qui ont un programme de recrutement des cadres des autres pays. Avant l’arrivée de Biya, peu de camerounais quittaient le pays pour s’installer ailleurs et ceux qui faisaient des études à l’étranger programmaient leur retour le jour même ou les premières semaines qui suivaient l’obtention de leurs diplômes. Actuellement le Cameroun est le pays d’Afrique qui compte plus de la moitié de son élite intellectuelle à l’étranger.
Les Etats Unis d’Amérique par exemple comptent actuellement près de 1000 médecins camerounais, près de 3000 ingénieurs et des centaines d’enseignants et chercheurs qualifiés qui ont déjà, par amour pour leur pays tenté plus d’une fois un retour mais n’ont trouvé que des blocages et un refus systématique de les insérer dans le processus de développement.
-Une politique de division, et de promotion de la haine entre les tribus tellement poussée que n’eût été la maturité des populations, le pays serait entré depuis dans une guerre civile ou un génocide. Certaines tribus et groupes sociaux sont marginalisés, humiliés et écartés de tout développement et de tout avantage. Tel est le cas des Régions du Nord, Extrême-Nord et Adamaoua qui ont longtemps subi les effets de la rancune de Biya et des siens à l’encontre de Ahidjo. Les hauts postes de responsabilité dans le commandement, l’administration, la sécurité, les missions diplomatiques et les postes de gestion sont détenus à presque 75 % par les gens de la petite tribu de Biya. Les entrées dans les grandes écoles et dans les services administratifs sont dans le même pourcentage qui est un peu plus élevé en ce qui concerne les services de sécurité.
Biya a fait de la préservation de l’unité nationale un des thèmes favoris de ses campagnes électorales et s’en félicite comme s’il n’y croyait plus lui-même après tout ce qu’il a fait pour la détruire. Mais il faut reconnaître que cet équilibre n’a jusqu’ici été possible que par la seule volonté du peuple dont la plupart des tribus ont plus de choses qui les séparent que celles qui les lient et susceptibles de les conduire à des affrontements en permanence, ont malgré les frustrations du régime et les provocations, opté pour la tolérance et la paix. Certains ont encore en mémoire les périodes tristes du maquis et en ont raconté aux plus jeunes toujours prêts à en découdre pour les en dissuader. Tous ont suivi à travers les médias ce qui s’est passé dans des pays voisins et en ont recueilli les réfugiés avec leurs fardeaux de misères. Personne ne voudrait que Cameroun bascule dans une telle spirale de violences dont la fin est incertaine. Biya est malhonnête de voler cette victoire au peuple.
Après 30 ans à ne rien faire sauf à voler l’argent du pays et à concevoir ses Grandes ambitions qui jusqu’ici sont inconnues des camerounais, quand finalement il décide depuis quelques mois à les réaliser, il concentre tous les grands projets dans sa Région natale.
-Une politique d’intimidation permanente qui a contraint une bonne partie des Camerounais qui avaient d’abord cru à l’instauration d’une véritable démocratie et s’étaient inscrits dans un parti politique de leur choix, à regretter leurs erreurs. Etiquetés “d’opposants” et/ou “d’anglo-bamis’’,c’est-à-dire d’ennemis au régime, écartés des postes de responsabilités parce que objets d’une grande méfiance, ils ont malgré eux déserté les autres formations politiques pour revenir au Rdpc pour leur sécurité, celle de leurs familles et pour bénéficier eux-aussi des promotions sociales. Les Régions du pays qui ne votent pas pour Biya sont écartées de tout projets de développement et leurs ressortissants marginalisés dans les concours administratifs et promotions sociales. Les chefs des autres partis sont pourchassés, maltraités, détenus et interdits de toutes manifestations et mobilisations de leurs militants. Certaines Région!
s acquises à Biya leurs sont interdites lors des campagnes électorales ou pour toutes tournées pour rencontrer ceux qui, bravant les répressions sont restés leurs militants. L’intimidation et les frustrations sont si grandes que le Cameroun est depuis redevenu presqu’un pays à parti unique.
-80% des jeunes sont désœuvrés, désespérés et sans repères bien que titulaires, pour beaucoup d’entre eux, de diplômes universitaires. Après avoir attendu des années que l’Etat leur donne des opportunités de travail puisqu’il est le seul à en avoir encore, ou après voir tenté plusieurs concours administratifs aux frais de participations très élevés que leurs origines tribales ne leur permettaient pas de passer ou par manque d’argent pour les acheter car les places se vendent très cher et qu’il faut aussi connaître le réseau pour ne pas se faire arnaquer, se sont reconvertis, pour gagner leur pain quotidien dans les métiers de bendskineurs ou de callboxeurs ou de vendeurs de friperie, nouvelles professions créées sous Biya pour eux. Aucun projet à long ou à court terme n’est prévu pour préparer leur insertion sociale et pour leur donner du travail. Une jeunesse totalement ignorée, à qui le Président s’adresse une fois l’an de la Su!
ite d’un hôtel en Suisse pour ne pas la rencontrer et affronter ses yeux, livrée aux sectes et au sein de la quelle la dépravation s’est installée par manque d’éducation civique et morale.
-L’agriculture, l’élevage et la pêche artisanale ont été abandonnés, les ingénieurs et autres cadres d’encadrement des populations rappelés dans les bureaux des ministères à se tourner les pouces, condamnant ces braves gens des zones rurales qui représentent plus de 70% de la population à une vie misérable et précaire. Cette situation a poussé les plus jeunes de tous les sexes dans les villes où, désœuvrés, ils vivent de vol et de prostitution pour les filles dont certaines ont à peine 12 ans. L’exode rurale qui n’a jamais été aussi forte, a vidé les villages de leurs forces vives. En effet, l’arrière pays, totalement ignoré par l’administration de Biya qui n’y va que pour les campagnes électorales, ne bénéficie d’aucun plan de développement et ne connaît pas d’eau potable, pas d’électricité, pas de centres de santé, pas de télévision et parfois pas de signal radio. Rien qui puisse retenir un jeune plein d’énergie et d!
’aspirations dans cet enfer.
-Le tissus industriel a été totalement détruit par la pression fiscale et les exactions des agents des impôts qui découragent toute initiative. Depuis que Biya est au pouvoir, toutes les grandes sociétés prospères, créées par Ahidjo ou par son encouragement et dont il en était très fier et qui ont fait le bonheur des camerounais ont fermé leurs portes. Les investisseurs expatriés, sont partis s’installer dans d’autres pays d’Afrique à un plus faible taux de corruption. Les sociétés parapubliques ont été privatisées et bradées à vils prix aux proches de Biya et de son épouse, laissant dans la rue des milliers d’employés sans ressources qui, depuis plus de 20 ans, revendiquent leurs droits sans le moindre espoir de les recevoir un jour. En plus, aucune entreprise ou usine d’envergure n’a été créée sous Biya, les opérateurs économiques ayant perdu toute confiance au régime.
-Une fonction publique pléthorique, indisciplinée, incompétente et corrompue que constitue une masse d’agents mal payés qui a vu son salaire amputé de sa moitié et qui ne survit que par la corruption et autres trafics car tous les services sont monnayés. Elle est au service de Biya seul et traite la population avec mépris et arrogance. Ces agents passent plus de temps dans leurs villages pour les meetings du parti, les campagnes électorales et les nombreuses fêtes du parti sans la moindre considération du service public pour lequel ils sont payés. Leur maintien en fonction et leurs promotions dépendent du nombre de voix que Biya obtient dans leurs villages. Ainsi ils s’y impliquent sans réserve et y investissent les moyens financiers et matériels de leurs services.
C’est le corps de métier où on peut entrer et prendre sa retraite des années après sans avoir été dans un recyclage ou une formation de mise à niveau, car aucune rubrique destinée à cet n’est prévu dans le budget des ministères sauf dans quelques structures telles que les services de sécurité.
-La création d’une nouvelle classe de riches constituée de fonctionnaires qui ont puisé énormément et impunément dans les caisses de l’Etat et sont devenus très riches et très puissants au détriment de cette classe traditionnelle d’hommes d’affaires qui, patiemment et laborieusement s’était constitué une fortune, avait créé des Entreprises qui offraient de nombreux emplois aux camerounais et qui ont fait faillite à cause de la pression fiscale et de l’arnaque de ses agents ou délocalisé leurs affaires pour d’autres pays de la sous- région. Cette nouvelle classe arrogante et insolente qui n’investit pas au pays et ne peut être créatrice d’emplois se distingue par des signes ostentatoires dont ils se targuent: gros cylindrés de luxe, châteaux au pays comme à l’étranger, comptes bancaires très fournis à l’étranger et au pays, train de vie démentiel, appartenance à une secte ou à un ordre ésotérique, perversion avec une attirance particulière par le sexe avec de nombreuses femmes et maîtresses (des 2 sexes!) qu’ils entretiennent à prix d’or. Mebe Ngo’o l’actuel ministre de la Défense et son prédécesseur Ze Meka en sont les prototypes. Tout leur est permis sauf de regarder du côté du pouvoir de Biya . Ceux qui, comme Titus Edzoa ou ceux qu’on a appelé le G11 ont trahi ce pacte secret et tenté le diable sont en prison pour le méditer.
Mendozé Gervais qui a vidé l’argent du compte public des redevances audio-visuelles dont il était le seul détenteur et signataire des chèques et qui a mis la CRTV en faillite et envers qui la Justice a établi un détournement de plusieurs milliards de Fcfa de l’argent du peuple est en liberté et n’a jamais été inquiété. D’autres hauts cadres de la République à qui il est reproché moins croupissent dans des prisons. Depuis plusieurs années, une Justice tatillonne, bouffonne et corrompue dans toute sa structure, cherche par toutes les acrobaties et incantations occultes des motifs d’incrimination et usent de tous les dilatoires pour les garder en ces lieux jusqu’au départ/mort de Biya. Leur crime est tout simplement d’avoir pensé qu’il est mortel et d’avoir envisagé un Cameroun après lui et sans lui et sa Chantoux. C’est cette Justice qui a toujours trahi le peuple en l’aidant chaque fois à tricher les élections, détournant ainsi la !
volonté du peuple qui la paie. Une Justice inféodée à Biya qui décide des poursuites judiciaires ou pas à l’encontre des personnes impliquées dans des actes criminels en fonction de ses humeurs et des services rendus dans le sens de la conservation son pouvoir. Le ridicule est tel que, pour la même procédure et à responsabilités égales, certains sont en prison et d’autres jamais inquiétés, sont en liberté et/ou en poste au gouvernement.
-Deux autres classes de riches, créées par Biya sont celles des Marchés publics et des Gestionnaires de crédits. La première est constituée d’une bande d’escrocs qui n’ont pas été à l’école pour la plupart et qui, par la corruption, le trafic d’influence, le faux et les marchés publics non exécutés ont sérieusement détourné l’argent du Trésor public. Grands contributeurs du Parti au pouvoir, Ils verseraient, non seulement leur sang comme le dit Cavaye Yégue Djibril, éternel Président rdépéciste de l’Assemblée Nationale, s’agissant de l’engagement des populations des Régions du Nord pour Biya, mais aussi ils y ajouteraient la tête de leur mère pour qu’il soit éternel au pouvoir. Cette activité est devenue pratiquement une profession et beaucoup d’entre eux se sont retrouvés députés à l’Assemblée Nationale à la recherche d’une immunité parlementaire pour leurs nombreux crimes économiques contre la Nation et pour joui!
r de ces importantes sommes qui leur sont versées chaque année pour des prétendus projets de développement dans leurs circonscriptions, projets jamais réalisés par beaucoup.
La deuxième catégorie est celle des Gestionnaires des crédits dans les diverses administrations publiques et qui, avec la complicité de leurs ministres avec qui ils se partagent les retombées, passent des marchés fictifs, exigent d’importantes rétro-commissions, falsifient les documents, procèdent à des surfacturations et transferts illicites des deniers publics pour détourner l’argent des caisses de l’Etat. Tous d’une même tribu, ils font la pluie et le beau temps dans le pays. Leurs détournements ont pour simple unité de valeur le milliard.
-Le réseau routier construit par Ahidjo, complètement détérioré ne permet plus aux populations de l’arrière pays de ravitailler les grands centres urbains et de se faire de l’argent alors que leurs produits pourrissent le long des pistes par manque de possibilité de les évacuer. Voyager dans le pays est devenu un danger permanent, compte tenu du grand nombre de personnes qui meurent tous les jours sur des routes endommagées et non entretenues. Les sommes énormes destinées chaque année à cet effet sont détournées par leurs gestionnaires. C’est à la tête de ce ministère que Jean Baptiste Bokam, ancien et modeste agent de la Caisse Nationale de la Prévoyance Sociale a fêté son premier milliard juste après un an en fonction et en a encore soutiré plusieurs avant d’en être écarté. Il est revenu vite à d’autres postes plus hauts pour continuer les mêmes opérations. Zang Ambassa qui y est passé aussi a tellement volé qu’il s’est exilé volontairement vers les pays où il a placé son argent. Au fait, on l’a aidé à prendre le large avant l’ouverture des enquêtes. Bernard Mesengue Avom vient d’en être débarqué avec un trou évalué en milliards de Fcfa pour lequel il n’est nullement inquiété. De la tribu de l’épouse de Biya comme le sont aussi les deux premiers, il attend sûrement une autre promotion.
-Le Cameroun a disparu de la scène internationale avec la politique de la chaise vide que pratique son Président depuis sa prise de pouvoir. Ce qui a pour conséquences la perte de l’influence et du prestige du pays dans le monde et des opportunités de postes de travail prestigieux sur le plan international alors que le pays dispose de nombreuses ressources humaines à compétences mondialement reconnues. Il s’est fait arracher la construction des sièges des grandes institutions régionales et sous-régionales alors qu’il était le premier favori.
-Le pilotage à vue du pays sans une vision à long terme et sans projection dans le future. Les plans quinquennaux qui faisaient prévoir les réalisations à venir ont été renvoyés aux calendes grecques et remplacés par une gestion quotidienne ne prévoyant ni perspective d’avenir ni une vision stratégique sur le développement. Alors que pour des questions aussi fondamentales que la lutte contre la pauvreté, les maladies, l’évolution démographique, le développement des ressources humaines, l’urbanisation ou la préservation de l’environnement il faut plusieurs années sinon des décennies d’efforts suivis.
Ce type de gestion savamment calculé favorise toutes sortes de détournements. Pour eux, il s’agit de gérer le présent convaincu que demain ils ne seront plus là. C’est le carpe diem des épicuriens qui entendent jouir le moment présent alors qu’on y est sans se casser la tête pour l’avenir. Du coup, le suivi des projets, qui ne sont exécutés chaque année qu’à près de 55% alors que les fonds prévus ont été détournés, n’est pas nécessaire puisque ce n’est pas leur réalisation qui intéresse.
Cette politique d’improvisation quotidienne fait que le Cameroun est toujours surpris par les évènements. Comment comprendre par exemple que pour des carnets de passeport par exemple, que l’administration achète à moins de 4000 frs l’unité et revend à presque 60.000 frs y compris les dépenses liées aux autres pièces à présenter pour son obtention, une vraie aubaine pour les caisses de l’Etat, il en vienne à manquer pendant plusieurs mois, généralement vers la fin d’année, juste parce qu’ils n’ont pas été commandés à temps comme si on ne savait pas que le stock allait s’épuiser. Et cela est récurrent.
Cette période correspondant à celle où des milliers d’étudiants inscrits dans des universités étrangères doivent quitter le pays, car c’est désormais en grands nombres qu’ils fuient les universités du Cameroun et les opérateurs économiques voyager pour conclure des contrats juteux ou s’approvisionner en produits pour les fêtes de fin d’année, il est facile d’imaginer le préjudice qu’une administration irresponsable occasionne au peuple et au pays.
Biya a promis faire du Cameroun un pays émergent en 2035. Il faut pourtant avouer que dans les conditions actuelles de travail et des mentalités que lui-même a mises en place et continue sponsorise par la nomination des personnes peu recommandables pour conduire ce processus et par le pillage systématique des ressources, le pays vole plutôt en sens inverse à l’allure d’un Boeing qui a atteint sa vitesse de croisière avec pour pilote un certain Biya Paul bi Mvondo Barthélémy.
– Le mensonge, l’arrogance et le mépris au service du peuple. Biya et son administration ne se sentent pas la moindre obligation de rendre compte au peuple de la gestion de leur pays et de leurs ressources. Si les camerounais connaissent par cœur les salaires, et avantages de Obama, Sarkozy et autres dirigeants du monde ou peuvent les lire sur internet, ils ignorent totalement combien ils payent leurs Président, ministres, députés et généraux, ni combien ils dépensent pour le fonctionnement de leurs hôtels particuliers. Entendre par hôtels particuliers une notion qui veut dire que le Trésor public prend en charge toutes leurs dépenses personnelles en plus de leurs faramineux salaires: les domestiques, les voitures des épouses, la nourriture, la boisson, les alcools, les frais médicaux, les papiers hygiéniques, les jouets des enfants et petits fils et autres garnitures de leurs épouses. Ils partent en retraite avec ces privilèges.
Tout cela est tabou et sans la moindre transparence comme l’est la santé du Président. Le journaliste Pius Jawé a purgé un an de prison ferme parce qu’il a eu le culot d’écrire que Biya a eu un malaise. N’allez pas leur demander de payer leurs impôts puisque c’est pour les engraisser que les autres camerounais le font. Les camerounais ne savent pas ce que leur rapportent leur pétrole ou leurs péages, ni comment cet argent est utilisé. C’est tabou, c’est un secret d’Etat et pourtant c’est leur argent.
Tout cela sans le moindre égard envers le peuple qui croupit dans une misère abjecte et sans nom. Pour un pays où les gens tirent le diable par la queue, c’est trop lui demander. C’est irresponsable, indécent et provoquant.
Quand, obligés de rendre compte d’une situation au peuple, ils dénaturent les faits, changent les données, donnent la version qui les arrange dans ce sens qu’il ne faut pas laisser croire que la responsabilité incombe à l’administration de Biya, version souvent arrogante, truffée d’incohérences et d’incongruités et dénuée de tout bon sens et de toute moralité.
Le Président qui ne passe que quelques mois de l’année dans son pays parce qu’il a fait de la Suisse sa première patrie est, contrairement aux autres dirigeants dans le monde, totalement indisponible et inaccessible (Dieu est plus accessible que lui). Il ne s’adresse au peuple qu’en de rares circonstances, n’accorde aucune interview, ne connaît du pays que les 10 chefs lieux des Régions qu’il a visités en de rares occasions et n’a aucun contact avec le peuple dont il ignore les problèmes et les souffrances.
– Les droits de l’Homme sont constamment violés par des arrestations et des détentions arbitraires des opposants et des journalistes dont certains ont trouvé la mort dans les prisons ou dans les cellules de la Police, de la Gendarmerie ou du CENER, cette Police secrète tant redoutée des populations parce qu’ils ont eu le courage de dénoncer le pillage des biens et le détournement des fonds publics par la bande à Biya ou tout simplement de parler de l’épouse du Président de la République en des termes qui ne lui plaisaient pas.
Les libertés fondamentales de réunions et de manifestations sont les plus férocement réprimées, parfois dans le sang comme dans le cas du massacre de près de 450 enfants en Février 2008.
-Une administration irresponsable, tatillonne, bouffonne, sclérosée, incompétente, trop lourde et trop compliquée qui manque d’initiatives et peine à trouver des solutions aux défis multiples qu’affronte le pays et aux moindres problèmes du peuple. Vraie catastrophe pour le développement dont elle est le frein principal, elle est prise en otage par une caste d’administrateurs civils tous du RDPC et formés dans une sorte d’Ecole du parti qui enseigne plus la répression servir Biya, le Parti et se servir que de servir le pays.
Une administration qui n’a jamais su intégrer la notion du temps et des urgences dans son programme et où cette notion de responsabilité n’existe pas et du coup celle d’assumer les conséquences de ses actes et de ses défaillances quel qu’en soit le préjudice pour le pays si on est d’une certaine tribu ou sous la protection d’un parrain du sérial. Les scandales ne sont pas un handicap à la nomination à un poste supérieur comme si s’en était la rétribution.
Une administration où des postes sont créés non pas parce qu’ils sont utiles pour le peuple. mais pour récompenser des individus ou des villages qui se s’illustrent dans l’exercice de faire maintenir Biya au pouvoir. Ainsi le Cameroun se retrouve avec une multitude de ministères et de structures à attributions imprécises dont les charges sont très Lourdes pour un peuple déjà aux abois et dont les titulaires passent leur temps dans les activités politiques au profit de Biya. Comment comprendre qu’un pays comme les Etats Unis d’Amérique qui a une population de 320 millions d’habitants, une superficie de près de 100 millions de km2 et des potentialités financières énormes fonctionne avec 15 ministères et un nombre correspondant de ministres et que le Cameroun, pays très pauvre et très endetté dont la population n’est que de 20 millions pour une superficie de 475 milles km2 se retrouve par la seule volonté de Biya avec 46 ministères , 10 secrétariats d’Etat et près de 70 ministres et assimilés, payés, lavés, nourris et blanchis par l’argent du peuple à ne rien faire, avec un budget en milliards à gérer/détourner chaque année pour chacun.
C’est trop demander au peuple pour le plaisir du prince qui dans cette logique, en 30 ans de pouvoir n’a pas nommé moins de 300 ministres, soit une moyenne de 10 par an. Chacun d’eux a copieusement trouvé dans les caisses de l’Etat la récompense à son soutien ou à celui de son village pour Biya. Certains y sont revenus plus d’une fois, cumulant plusieurs postes à la fois comme si le Cameroun manquait de cadres.
-Biya est un cynique manipulateur qui par la corruption et l’intimidation a su inféoder toutes les structures du pays. Même le clergé dont il utilise les plus hauts dignitaires pour valider son mécanisme de destruction du peuple a appris, au grand dam des populations qui comptaient sur sa protection à fermer la bouche et les oreilles sur toutes les misères qu’il fait vivre à ses compatriotes et même à pactiser avec lui. On en a vu dans une Commission électorale vomie par les camerounais et la communauté internationale sans que jamais il en dénonce les imperfections et les fraudes. Un autre nommé au Comité de la Communication alors que le temps d’antenne était refusé aux partis d’opposition et que Biya avait soutiré du Trésor public une somme de plus de 3 milliards de Fcfa pour imprimer ses affriches de champagne électorale y était à l’aise comme un poisson dans l’eau. Pour couronner tout cela, ces Eminences n’ont pas hésité d’organiser d!
es cultes interreligieux et des messes de soutien et d’action de grâce en l’honneur de ce bourreau du peuple. Complicité ou simple complaisance? Comment expliquer ce silence de l’Eglise qui, comme par un pacte occulte choisit d’appliquer cette philosophie des trois singes de la sagesse chinoise. Trois singes dont chacun se couvre une partie du visage avec les mains: les yeux pour dire que je ne vois rien, les oreilles pour dire que je n’entends rien et la bouche pour dire que je ne dis rien. Notre clergé a depuis, ajouté un autre singe avec ses mains sur son nez pour dire que je ne sens pas la pourriture de ce régime dont les odeurs nauséabondes étouffent le peuple. Mais déjà, au sein du clergé, des voix que Mrg Tonye Bakot, Président de la Conférence épiscopale des évêques du Cameroun qualifie en termes à peine voilés de brebis galeuses ou de transfuges, s’élèvent de plus en plus pour dénoncer cette coalition hors nature avec un régime corrompu, assassin et pilleur des biens du peuple qu’il a rendu misérable et qui a humilié le pays.
– En 1996 Biya a fait modifier la Constitution par l’Assemblée nationale et en 2008 les mêmes articles ont été re-modifiés pour permettre le renouvellement indéfinitif du mandat présidentiel et lui conférer une impunité à vie contre toute poursuite judiciaire à son encontre à la fin de son mandat. Conscient des crimes dont il est l’auteur sur le peuple et soucieux du sort que ses compatriotes vont lui réserver et à sa famille comme à certains autres présidents africains, il lui fallait cette disposition qui le met, selon lui à l’abri et le place au rang d’un irresponsable de ses actes, juste comme un fou. ce texte dont la stupidité et l’inconscience relèvent de la préhistoire et n’engagent que ceux qui en ont pris l’initiative stipule que :’’Les actes accomplis par le président de la République, sont couverts par l’immunité et ne sauraient engager sa responsabilité à l’issue de son mandat “.
C’était là une partie du bilan de Biya à la tête du Cameroun depuis 30 ans. A vous d’en juger.
CRY MY BELOVED COUNTRY!
Serge Olivier Atangi.
Thiesvision.com le Dimanche 4 Mars 2012 

Bosco Ntaganda: Le « killer king » du Nord-Kivu

Roi de la contrebande, kidnappeur, criminel de guerre et… general

10 fevrier 2012 ( MO* ) —

Bosco Ntaganda

Bosco Ntaganda est l’araignée tissant sa toile de violence et de mise à sac au Nord-Kivu, dans l’est du Congo. Ce Terminator organise des enlèvements, passe des matières premières en contrebande au Rwanda et est activement impliqué dans la déforestation du Parc des Virunga. Et bien que Ntaganda soit recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, il coule des jours paisibles à Goma, à quelques mètres à peine de la frontière rwandaise. Une situation qui s’explique par le fait que Bosco Ntaganda sert, en réalité, les intérêts du Président congolais Kabila ainsi que ceux de son homologue rwandais, Paul Kagame.

kidnappeur (1)

Fabrice se recroqueville sur le banc. Il répond à peine à nos premières questions et marmonne dans sa barbe. Toutefois, lorsque nous lui demandons comment il a été enlevé, les mots commencent à venir. « C’était l’horreur. Je pensais vraiment avoir atterri en enfer. »

Le chanteur Fabrice Munfiritsa jouit d’une renommée mondiale au Nord-Kivu. Sa musique y est beaucoup appréciée, car il défend fièrement ses racines. Celles-ci sont ancrées à Masisi, surnommée la Suisse du Congo, un territoire à présent majoritairement aux mains du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple). Pendant des années, cet ancien mouvement rebelle tutsi a combattu l’armée congolaise avec l’appui du Rwanda, avant d’être lui-même intégré à cette armée.

L’enlèvement de Fabrice s’est fait tout en subtilité. Le vendredi 4 novembre 2011, le musicien décide de faire rapidement quelques courses en rentrant chez lui le soir du studio. Tout à coup, un 4 x 4 diffusant de la musique de Fabrice passe à proximité de notre homme. Ses occupants saluent amicalement Fabrice et lui proposent de le reconduire chez lui. Ne se doutant de rien, le chanteur embarque dans le véhicule. Une fois à bord, les occupants lui pointent immédiatement une arme dans le dos et lui ordonnent de s’asseoir à même le sol du véhicule. Fabrice est alors emmené dans une maison où il est enfermé dans la cave. Le fil plastique utilisé pour lui immobiliser les bras lui laissera des cicatrices à vie.

La femme de Fabrice est morte d’inquiétude, lorsque son mari ne rentre pas à la maison ce soir-là et qu’il ne répond pas non plus à son GSM. Elle appelle un frère de Fabrice qui prend, à son tour, contact avec des amis. À la fin du week-end, la moitié de Goma recherche Fabrice. La police et le gouverneur promettent de mettre tout en œuvre pour retrouver le chanteur. Mais sans grand résultat, si bien que le dimanche éclate une révolte massive. Les rues de Goma sont barricadées. La population proteste contre les rebelles, l’impunité, le manque de mesures énergiques prises par les autorités. Elle en a ras-le-bol.

Cette action semble porter ses fruits. Le lundi, à la fine pointe de l’aube, des habitants d’un village proche de Goma entendent des paroles décousues, des cris et des chants. Se laissant guider par ceux, ils découvrent Fabrice dans un trou dans le sol, totalement désorienté et sous l’emprise de stupéfiants. Il raconte qu’on lui a injecté une substance et forcé à s’agenouiller dans le trou. « Fais ta dernière prière ! »

Ce sont là les derniers mots dont il se souvient. Il sait qu’il a commencé à prier et à chanter, mais est incapable de dire le nombre d’heures qui se sont écoulées entretemps. « Je ne savais plus rien, si ce n’est que je me trouvais en enfer. » Fabrice raconte comment il a été contraint un jour de regarder une de ses connaissances se faire décapiter devant lui. « Ils ont alors mis son cadavre dans un sac qu’ils ont lesté de pierres. Ils m’ont ensuite forcé à les accompagner jusqu’au lac Kivu, où ils l’ont jeté dans l’eau. »

Fabrice est conduit à l’hôpital sous la surveillance de la garde présidentielle, qui le considère plus comme un prisonnier qu’un malade. Il n’a droit à aucune visite et n’est pas non plus autorisé à passer le moindre coup de téléphone. Il est demandé à Fabrice de poser avec une affiche électorale de Kabila, ce qu’il refuse de faire. En fin de compte, son réseau le ramène à Kinshasa, un second enlèvement en quelque sorte, la garde présidentielle se refusant à le laisser partir.

Personne n’a revendiqué le premier enlèvement, mais tous les faits pointent dans la direction du Président congolais Kabila. Selon les dires de ses amis, Fabrice avait, au cours de la campagne précédant les élections présidentielles, refusé de composer une chanson en faveur de Kabila, alors qu’il l’avait fait pour son opposant Vital Kamerhe, très apprécié au Kivu. Durant notre entretien, Fabrice reste lui-même vague à ce sujet. Il refuse de donner la raison qui justifie, selon lui, son enlèvement. Il avoue, par contre, avoir été questionné concernant sa musique et ses textes. Par la suite, les amis de Fabrice désigneront Bosco Ntaganda comme coupable.

criminel de guerre promu au rang de général

Ntaganda est le maillon entre Kabila et le Président rwandais Paul Kagame. « Le mariage de raison conclu fin 2009 entre Kabila et Kagame repose sur Ntaganda », nous confie Kris Berwouts, expert du Congo.

Né en 1974 dans la région de Bigogwe au Rwanda, Ntaganda déménage, enfant, à Masisi (Nyamitaba). En 1990, à l’âge de 17 ans, il rejoint l’armée tutsie de Kagame pour envahir, au départ de l’Ouganda, le Rwanda dirigé par la majorité hutue depuis plus de 30 ans. Ils occupent le nord du pays. Quatre ans et un génocide plus tard, ils s’emparent du pouvoir au Rwanda.

En 1996, l’armée rwandaise envahit le Congo qu’elle conquiert avec l’aide de Laurent Désiré Kabila. Au moment où Kabila père n’écoute plus suffisamment Kagame, les Rwandais lancent, au départ de l’est du Congo, une nouvelle guerre avec leur propre armée et toutes sortes de milices « locales », au sein desquelles le rôle tenu par Ntaganda ne cesse de s’amplifier. En 2008, il succède à Laurent Nkunda comme numéro deux du CNDP.

Selon les termes de l’accord conclu entre Kagame et Joseph Kabila en 2009, le CNDP est intégré à l’armée congolaise. « D’aucuns prétendent que c’est l’armée congolaise qui est intégrée au CNDP » poursuit Kris Berwouts. « Le fait est que le CNDP contrôle à présent tant le nord que le sud du Kivu. Jamais à ce jour, il n’a été puissant. »

L’accord prévoit de même que l’armée congolaise pourchassera dorénavant les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libéralisation du Rwanda), reliquats de la milice fondée par les organisateurs du génocide rwandais et ennemi héréditaire de Kagame. Ce dernier dispose ainsi, en quelque sorte, d’une armée congolaise dans le Nord-Kivu, tout autant à ses ordres qu’à ceux de Kabila. Et qu’est-ce que Kabila y gagne, lui ?

Cet accord lui garantit l’incarcération au Rwanda du leader du CNDP, Laurent Nkunda, qui avait menacé d’envahir l’ensemble du Congo. Après l’arrestation de ce dernier, Ntaganda devient, en tant que leader du CNDP, général dans l’armée congolaise et partant…, l’homme le plus puissant du Nord-Kivu.

« L’arrestation de Nkunda a suscité le mécontentement d’une partie du CNDP qui n’entendait pas laisser tomber son leader charismatique », explique encore Kris Berwouts. « Cette aile pro-Nkunda qui continue d’exister, Ntaganda doit s’efforcer de la satisfaire. Elle constitue de même une menace pour Kagame, alors que l’élite tutsie s’effrite et que des hommes forts, tels que l’ancien chef d’état-major de l’armée, Kayumba Nyamwasa, et l’ex-patron du renseignement rwandais, Patrick Karegeya, se détournent de Kagame, en 2010, pour rechercher un soutien au Congo en vue d’attaquer ce dernier. » Quelqu’un comme Ntaganda, qui contrôle le CNDP, s’avère dès lors un pion essentiel pour Kagame.

Pour Kabila aussi, Ntaganda s’avère cependant d’une grande utilité. Écoutons Kris Berwouts : « Avec le CNDP, Kabila a mis dans sa poche la seule puissance qui lui permettait de stabiliser quelque peu l’est du Congo, tout en servant ses intérêts électoraux. Ainsi, durant les élections, seul Kabila a pu mener campagne dans les territoires aux mains du CNDP. » Toutefois, le CNDP est resté un État dans l’État, il a instauré sa propre administration à Masisi et est aujourd’hui perçu par une grande majorité de la population plutôt comme une menace que comme une protection, et cela, ce n’était pas vraiment prévu au programme.

Ntaganda veille, par conséquent, aux intérêts tant de Kagame que de Kabila. C’est ce qui explique pourquoi en 2009, il est devenu général de l’armée congolaise, alors même que la Cour pénale internationale avait lancé, trois ans auparavant, un mandat d’arrêt contre lui pour crimes contre l’humanité dont, en première instance, l’enrôlement d’enfants-soldats. L’ONU recherche également Ntaganda pour sa responsabilité militaire dans le massacre de Kiwanja (2008), qui a coûté la vie à 150 personnes au moins. « L’État congolais, partie à la Cour pénale internationale, a l’obligation de collaborer avec nous à l’arrestation de Ntaganda. À l’instar de ce qui s’est passé avec Thomas Lubanga », nous confie Sonia Robla, porte-parole de la Cour pénale internationale.

Entretemps, au Nord-Kivu, beaucoup de personnes ont une peur bleue de Ntaganda. Et c’est bien compréhensible, quand on sait que notre homme est apparemment responsable de l’enlèvement de personnes auxquelles il estime devoir donner une leçon. Comme Fabrice. Et comme la méthode employée ressemble comme deux gouttes d’eau à celle utilisée dans l’enlèvement de Sylvestre Bwira, le président de la société civile de Masisi, Ntaganda est fortement suspecté d’être lui aussi l’auteur de l’enlèvement du chanteur. L’ombre de Ntaganda planait d’ailleurs encore plus clairement sur ce dernier cas.

kidnappeur (2)

Le 30 juillet 2010, le fervent défenseur des droits de l’homme, Sylvestre Bwira, adresse une lettre ouverte au Président Kabila, dans laquelle il se plaint de ce que des ex-rebelles, qui ont perpétré des crimes graves, peuvent, tout simplement, continuer à travailler dans l’armée présente dans l’est du Congo. Il y cite nommément Ntaganda et déplore que le Congo cautionne l’impunité en ne l’extradant pas vers La Haye. Sylvestre Bwira y demande, par ailleurs, à faire valoir l’autorité de l’État à Masisi – une référence à l’administration parallèle – de même qu’à faire respecter par les ex-membres du CNDP, tout comme c’est le cas pour tous les autres soldats, le principe de rotation dans l’ensemble du territoire congolais et donc, de ne pas céder à leur exigence de rester affectés dans l’est du Congo.

Quelques jours plus tard, M. Bwira reçoit un coup de téléphone d’un certain colonel Janvier qui prétend travailler au Cabinet de Ntaganda et le convoque. Se sentant de plus en plus menacé, M. Bwira n’obtempère pas. Il est alors kidnappé le 24 août, tandis qu’il s’apprête à s’enfuir à Kinshasa.

« Deux militaires se sont approchés de moi et m’ont dit : ou tu grimpes dans notre voiture, ou bien on te sabote ici. » Après quelques minutes de discussion, j’ai dû me coucher sur le sol de leur véhicule, puis ils ont étendu leurs jambes sur moi. J’ai été enfermé dans une cave, peu de temps après midi, et mes bras ont été immobilisés à l’aide d’un fin fil en plastique. » Le même mode opératoire donc que celui employé par la suite pour ligoter le chanteur Fabrice. « Au beau milieu de la nuit, on m’a bandé les yeux, puis jeté à l’arrière d’un 4 x 4, la roue de secours posée sur moi. Le matin, nous sommes arrivés dans une remise souterraine. J’ai entendu dire : « Prends ce truc et mets-le au cachot. »

Toute la discussion s’est déroulée en rwandais. « Le cachot est plein », ont répliqué les geôliers. Nous avons alors roulé vers une autre planque – en fait, un trou dans le sol recouvert de grumes – où j’ai été emprisonné jusqu’au soir. Ils m’ont alors hissé de ce puits à l’aide d’un crochet, le fil plastique entaillant profondément la peau de mes bras jusqu’au sang. Nous sommes repartis en voiture, puis, après quelque temps, avons poursuivi notre route à pied. Cela montait, il faisait de plus en plus froid. Lorsqu’en raison de mes yeux bandés, je déviais du chemin ou je tombais, ils me frappaient avec un bâton.

Nous sommes finalement arrivés à une troisième planque souterraine où régnait une énorme puanteur et où je m’enfonçais dans une sorte de fange. À tâtons, je me suis traîné jusqu’à un endroit plus sec où j’avais l’impression de sentir des bouts de bois. Ce n’est que le matin venu que j’ai vu que la fange, c’était en fait des cadavres en décomposition et que le bois, c’était les ossements de personnes décédées. Je n’ai rien eu à manger. Deux jours plus tard, ils m’ont sorti du trou à l’aide d’un crochet et un colonel a commencé à me faire subir un interrogatoire. Pour quelle raison est-ce que je voulais m’enfuir de Masisi ? Pourquoi l’administration parallèle devait-elle disparaître ? Pourquoi est-ce que je ne défendais que ma propre communauté ? Je lui ai dit que je me battais pour tout le monde.

« Si c’est vraiment le cas, pourquoi n’as-tu pas défendu une femme tutsie qui avait été violée ? » Le mariage de raison conclu fin 2009 entre Kabila et Kagame repose sur une seule personne : Bosco Ntaganda.J’ai admis qu’il m’arrivait parfois de manquer à mon devoir. « Nous n’allons pas te tuer », a déclaré le colonel après quelque temps. J’ai entendu, par la suite, de la bouche des geôliers, que mon enlèvement avait fait beaucoup de vagues, tant sur le plan national qu’international. « Mais qui es-tu donc pour qu’autant de gens militent en faveur de ta libération ? », m’ont questionné les militaires. »

Sylvestre Bwira doit sa libération à la résistance locale. Si certains membres d’ONG européennes l’avaient déjà abandonné depuis longtemps, ce n’est pas le cas de son réseau qui a même organisé une gigantesque manifestation en faveur de sa libération dans la petite ville de Sake, à 30 km de Goma, menaçant de recourir à la violence en cas d’échec. Les résultats ne se sont alors pas fait attendre : Bwira a été libéré. « Ils m’ont injecté une substance, puis abandonné dans la forêt », poursuit Sylvestre Bwira. « J’avais l’impression d’être paralysé. Tout est devenu chaud. J’étais terriblement fatigué. J’ai vu au loin un feu, un village et me suis traîné jusque-là. Je ne pouvais pas marcher. C’est à peine si je parvenais à manger ; j’étais couvert de sang. Au départ de ce village, j’ai atterri à l’hôpital de Goma.

En novembre 2010, M. Bwira fuit aux Pays-Bas, car il ne se sent plus en sécurité ni à Goma ni à Kinshasa. Depuis qu’il vit à La Haye, où il bénéficie toujours d’une aide psychiatrique, sa famille fait l’objet d’une traque systématique. Son oncle Aloys Bahati et son frère Kubuya Kiahi ont disparu, à une semaine d’intervalle, en octobre 2011 et personne ne les a plus revus depuis. Le frère cadet nous raconte que leur vie est sans cesse en danger. « Je me retourne sans arrêt pour voir si je ne suis pas suivi. Je ne sors plus après 17 h. Mon père se terre et ne reste jamais longtemps au même endroit. Nous recevons quasiment chaque jour des menaces de mort par téléphone. Le gouverneur et la police ne font rien. C’est pour cela que la population était tellement en colère lorsque Fabrice s’est fait enlever : les rebelles peuvent agir en toute impunité. »

René, un bon ami de Sylvestre Bwira, ne se sent lui non plus pas en sécurité à Goma. « Si je reste ici, c’est uniquement à cause de mon travail ici », ajoute-t-il. « Mais nous avons peur et nous ne parlons jamais aux étrangers, car nous ne savons pas à qui nous avons à faire. Ntaganda et ses sbires doivent partir d’ici dans les plus brefs délais, mais personne n’ose le dire, depuis que Sylvestre Bwira s’y est risqué dans une lettre.

Fabrice a été enlevé tout juste deux semaines avant les élections présidentielles. Tout le pays était en ébullition et assurément le Kivu. Bon nombre d’habitants y ont le sentiment d’être progressivement annexés par le Rwanda. Ils affirment que des paysans rwandais achètent, par l’entremise de Congolais, des terres pour leur bétail. Chaque autochtone vous dira que l’on assiste à une immigration rampante au départ du Rwanda.

« L’immigration au départ du Rwanda est un fait avéré », nous confie Kris Berwouts, expert du Congo. « Des soldats congolais rwandophones m’ont désigné leurs homologues rwandais. Le recensement électoral constitue à chaque fois l’occasion de donner à des Rwandais un passeport congolais. » Sur le plan électoral, cette « rwandisation » a peut-être bien mis du beurre dans les épinards de Kabila. Selon la version officielle, Kabila a obtenu plus de voix qu’escompté dans la région densément peuplée du Kivu ; toutefois, le débat fait rage quant au degré de fiabilité des résultats des élections. Les hommes de main de Ntaganda se sont en fait assurés que seule la propagande pro-Kabila soit diffusée à certains endroits, tout en intimidant la population afin qu’elle ne vote pas pour d’autres candidats.

roi de la contrebande

La domination du CNDP dans l’est du Congo se fait aussi sentir sur le plan économique. Le spectre de Ntaganda ne plane en outre jamais bien loin, certainement dans le secteur minier. Certains analystes misent sur la démilitarisation du commerce des matières premières grâce à la récente loi Dodd-Franck votée aux États-Unis. Cette loi contraint en effet les entreprises cotées à la bourse de New York à communiquer publiquement la provenance de leurs matières premières, en précisant, par conséquent, explicitement si elles proviennent de groupes armés. Elle vise donc aussi de grandes marques électroniques, telles que Motorola, Apple, Philips et Samsung, qui ont recours à l’étain et au coltan.

En réaction à la promulgation de cette loi, le Président a interdit, en septembre 2010, toute exploitation minière artisanale au Congo. Il entendait, de la sorte, remettre de l’ordre dans ce secteur en le débarrassant de ses circuits criminels. Dans la pratique, c’est l’inverse qui s’est produit dans le Nord-Kivu : des militaires de haut rang ont détourné l’interdiction minière de sorte à étendre leur commerce illégal. Et le fait que Kabila ait levé cette interdiction en mars 2010 n’y a pas changé grand-chose ; le mal était déjà fait.

MO* a infiltré les réseaux du CNDP en vue de dresser la carte des routes empruntées par les contrebandiers dans l’est du Congo. Le départ de l’une d’entre elles se situe à Numbi, un petit village localisé à l’ouest du lac Kivu. « Plusieurs mines d’étain sont gardées par des ex-soldats du CNDP », nous confirme Henri Nkeng, expert de la MONUSCO, la force de stabilisation de la paix des Nations Unies. Ce dernier travaille à Numbi, pour le compte de l’International Tin Research Institute, à la mise sur pied d’un système de certification devant permettre la traçabilité des matières premières. Nkeng : « Seuls les sacs étiquetés ‘hors zones de conflit’ dans les centres d’achat créés par nos soins peuvent être exportés. Nous excluons toutes les matières premières provenant de mines exploitées par les rebelles ou l’armée. »

Pour l’instant, c’est là la théorie. Dans la pratique, le circuit de la contrebande tourne à plein régime, nous confie un villageois qui loue sa maison comme entrepôt. « Les matières premières sont chargées dans des sacs et recouvertes de haricots, puis ces sacs sont acheminés par porteur à Goma. »

Après avoir suivi une cargaison de « haricots », nous arrivons à Kalungu, un village à mi-chemin entre Numbi et Goma. C’est là que les porteurs, au terme d’une marche de cinq heures, viennent livrer leurs 50 kilos de matières premières camouflées pour lesquelles ils sont payés une vingtaine d’euros.

C’est jour de marché à Kalungu. Un peu partout, on y vend des mangues et des bananes. Tout comme les « haricots », celles-ci sont acheminées par camion. « Je charge des haricots 4 à 6 fois par semaine », raconte un chauffeur. « Je facture de 8 à 12 euros par sac. En cas de contrôle du camion, je donne un matabiche aux agents et je poursuis ma route. »

« Les matières nous sont livrées dans des camions de fruits et légumes », confirment quelques acheteurs à Goma, qui s’approvisionnent à Numbi. « Des véhicules militaires congolais viennent ensuite les chercher chez nous, avant de les transporter à la frontière où ils passent le relais à leurs homologues rwandais. » La bonne entente entre le CNDP et les soldats rwandais n’est pas neuve. Elle est, en outre, facilitée par le fait que ces deux groupes appartiennent à la même ethnie et partagent le souvenir de guerres communes.

Les matières premières franchissent la frontière à Goma en empruntant la cahoteuse Rue des Acacias. C’est là qu’est localisée, à quelques mètres à peine de la frontière rwandaise, la résidence hypersécurisée de Bosco Ntaganda, le parrain de cette mafia des matières premières. À cet endroit, la frontière n’est rien de plus que quelques blocs de pierre séparant la partie congolaise et rwandaise de la rue. Les villes de Goma et Gisenyi sont tellement imbriquées l’une dans l’autre que le trafic se déroule en fait véritablement en zone urbaine.

En décembre 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies a publié le rapport final du groupe d’experts planchant sur le Congo. Ceux-ci y décrivent en détail la manière dont Ntaganda contrôle la zone s’étendant sur quelques centaines de mètres entre les deux postes-frontière officiels à Goma. Ntaganda se rend de même régulièrement au Rwanda. Deux ex-officiers du CNDP, dont un membre de la famille de Ntaganda, vivent encore dans le quartier. Selon le rapport de l’ONU, rien que ce poste-frontière rapporterait quelque 12.000 euros par semaine à Ntaganda.

À chaque fois que des matières premières sont acheminées au Rwanda, Ntaganda boucle toute cette zone. « Les membres du CNDP opèrent en toute indépendance de la hiérarchie militaire officielle. « La plupart d’entre eux n’écoutent que leurs anciens supérieurs », soupire le colonel Mputu Pende, chef du parquet militaire de Goma. « Nous recevons des menaces à chaque fois que nous tentons d’arrêter des officiers impliqués dans l’exploitation minière illégale. » Le rapport de l’ONU décrit de quelle manière des agents qui sont intervenus en juin 2011 contre des trafiquants ont été désarmés et ligotés par les hommes de Ntaganda.

bûcheron illégal

D’après les experts des Nations Unies, Ntaganda ne possède pas seulement la station-service S. Pétrole Congo à Goma, mais aussi une meunerie exploitée par sa femme. Par ailleurs, ils décrivent entre autres, dans leur rapport, de quelle manière Ntaganda a été impliqué dans le trafic de 450 kilos d’or. Ntaganda est propriétaire de grandes fermes à Ngungu, dans le territoire de Masisi, où il aime passer le week-end. De surcroît, Ntaganda exerce également une certaine emprise sur le business local du charbon de bois. Principale source d’énergie de Goma, celui-ci est difficile à trouver en raison de la pénurie de bois dans la région. Le seul endroit où il reste du bois, c’est dans le Parc des Virunga tout proche, le plus ancien parc naturel d’Afrique inscrit, au demeurant, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le CNDP y tient de nouveau un rôle dans la production illégale de charbon de bois.

Septembre 2011. À proximité de Burungu, où Laurent Nkunda avait, il y a plusieurs années de cela, donné son fiat à la déforestation du Parc des Virunga, s’est développé tout un village à la lisière de ce qui fut jadis le parc. Nous pouvons y voir des milliers de sacs de charbon de bois entassés. Après quelques heures de marche, force nous est de constater qu’un énorme pan de la forêt a disparu. Et l’arrivage incessant de nouveaux sacs de charbon de bois nous indique que la production tourne encore à plein rendement.

Il est frappant de constater que tout le monde parle le rwandais dans cette filière. Mon guide me confie que la majorité d’entre eux sont récemment arrivés ici du Rwanda. Un villageois qui nous suit tout le temps se fâche lorsque nous abordons le sujet. « Nous sommes tous Congolais », affirme-t-il d’un air menaçant. Le directeur belge du Parc des Virunga, Emmanuel de Mérode, admet ne pas maîtriser la situation dans la partie sud-ouest du parc.

Burungu se situe à proximité de Kitchanga, le port d’attache, durant de nombreuses années, de Ntaganda, mais aussi un territoire CNDP par excellence. Et si cette production de charbon de bois à grande échelle perdure, sans le moindre tracas, dans ce joyau du patrimoine mondial de l’UNESCO, cela n’est possible qu’avec l’accord de Bosco Ntaganda, qui offre sa protection en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes. Dans leur rapport, les experts des Nations Unies pointent également du doigt Bwiza et Tebero, deux autres endroits où le CNDP se remplit les poches grâce à la production de charbon de bois.

C’est là la énième illustration de ce que représente le « régime » au Nord-Kivu. Dans l’optique de défendre leurs intérêts, Kagame et Kabila ont conclu un accord mis en pratique par Ntaganda. Ce deal apporte une tranquillité toute relative et parfois véritablement violente, tourne en dérision l’État de droit, fait fi des traités internationaux et entrave la reconstruction de la région. À l’exception de l’opulence au Rwanda et dans les royaumes mafieux. Et quiconque ose émettre des critiques risque sa vie. De nombreux Congolais se demandent pour quelle raison la MONUSCO, jusqu’à nouvel ordre la plus grande force de paix des Nations Unies au monde, demeure aussi passive. Il semblerait bien que la communauté internationale se soit résignée à laisser son royaume à Ntaganda.

Auteur:
Stefano Valentino, John Vandaele et Anneke Verbraeken

Article de Mondiaal  Nieuws (http://www.mo.be)

Bosco Ntaganda, criminel de guerre au service de Kagame et Kabila

Le mensuel flamand MO vient de publier un article au titre bien révélateur « Les raisons pour lesquelles Kabila et Kagame ne veulent pas livrer Ntaganda à la Cour pénale internationale ». A la Une du journal qui date du 25 janvier 2012 se trouve une photo satellite localisant la résidence de ce criminel de guerre à Rue des Acacias à Goma à quelques mètres de la frontière avec le Rwanda. Le sous-titre de l’article montre également de quel homme il s’agit : « Le tueur-roi du Nord Kivu ».

L’article souligne que Bosco Ntaganda est criminel de guerre : il a été inculpé de ce fait par la Cour pénale internationale mais ce mandat d’arrêt n’a pas été suivi d’effet. Comment expliquer cela? Parce qu’il sert les intérêts du président congolais Joseph Kabila et de son collègue rwandais Paul Kagame.

Ntaganda est roi de la contrebande et un homme superpuissant. Il contrôle de vastes gisements miniers du Nord-Kivu. Un des observateurs se trouvant dans la région et qui suit de près la situation  témoigne: « Bosco est l’un des principaux barons du trafic de minerais. Nommé général des FARDC à l’issue de la politique d’intégration des ex-CNDP, il contrôle entièrement un quartier de Goma […]. Il est effectivement un grand criminel de guerre, un lord war de premier ordre mais il n’est pas inquiété car trop puissant. Il contrôle complètement la frontière avec le Rwanda au niveau de la grande et de la petite barrière ».

En 2008, Bosco Ntaganda a été nommé numéro 2 du CNDP après Laurent Nkunda. Après « l’arrestation » de ce dernier par le Rwanda, Ntaganda est devenu Chef de la CNDP en 2009. Il a été nommé Général, bien que 3 ans plus tôt, la Cour Pénale Internationale l’avait lancé un mandat d’arrêt à son encontre pour des crimes de guerre.

Le journal MO souligne que Bosco Ntaganda sème la terreur dans la région. Ainsi,  il a kidnappé entre autres,  le 4 novembre 2011, un chanteur du nom de Fabrice Munfiritsa, célèbre et aimé dans le Nord Kivu, région dominé par le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple). Grâce à des manifestations, des barricades organisées par la population locale,… le musicien a pu être découvert dans un trou, complètement  désorienté, sous l’effet de drogues lui administrées sans aucun doute par ses ravisseurs.

En juillet 2010, Ntaganda a rendu la vie impossible à Bwira, un activiste des droits de l’homme.Celui-ci se préparait à se sauver à Kinshasa lorsqu’il fut kidnappé le 24 août 2010. En novembre de la même année, il a pu se sauver ver et a regagné les Pays-Bas. Il réside actuellement à La Haye. Sa famille, restée en RDCongo, doit subir des vexations.

L’article avance clairement ses pronostics sur l’avenir du Kivu qui de mois en mois, d’année en année, s’achemine vers une occupation du territoire par la main invisible du Rwanda, au mépris des populations autochtones.

Tout cela se fait au nez et à la barbe de la MONUSCO, qui est pourtant une des plus grandes missions de l’ONU dans le monde.

Keno Mikelu
01/02/2012

A quand un drapeau de Papouasie Occidentale au siège de l’UNESCO ?

Ls Papous-photo television.telerama.fr

Le 13 décembre dernier, le drapeau palestinien s’est élevé doucement dans le ciel gris de Paris, alors que retentissait l’hymne national d’un État qui n’existe pas, en présence de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne. Cette cérémonie consacrait l’admission de l’entité palestinienne au sein de l’UNESCO. Il s’agissait, selon certains, d’un acte de justice légitimant la lutte d’un peuple pour ses droits bafoués.

Je me suis déjà exprimé sur cette question, en rappelant que si l’on peut comprendre les frustrations palestiniennes, on ne saurait ignorer qu’il s’agit d’un conflit bien compliqué, où s’affrontent deux légitimités aussi respectables l’une que l’autre, deux revendications sur un seul et même petit  territoire qu’il serait bien difficile de diviser en deux États, surtout dans les circonstances actuelles. Il me semble aussi que le drame vécu par les Palestiniens a tendance à occulter d’autres tragédies, parfois bien plus cruelles, mais moins médiatisées.

Pourquoi l’opinion publique internationale accorde-t-elle autant d’attention à la question palestinienne, alors qu’elle a ignoré le drame vécu par le Soudan du Sud lors des deux longs conflits imposés par les régimes qui se sont succédé au pouvoir à Khartoum (1956-72 et 1983-2005) et qui causèrent la mort de plusieurs millions de personnes ? Pourquoi ne parle-t-on jamais de Chypre, île méditerranéenne et État membre de l’Union Européenne, dont le tiers nord est occupé militairement par la Turquie depuis 1974 ? Des dizaines de milliers de Chypriotes, chassés de leurs maisons et de leurs terres rêvent toujours au retour au foyer.

Quant au Tibet et au Turkménistan Oriental[1], la montée en puissance de la Chine communiste fait que l’opinion mondiale semble se désintéresser de plus en plus du sort des peuples qui y vivent. Les Tibétains et les Ouïghours continuent pourtant à subir une terrible oppression, mêlant une frénétique colonisation de peuplement, une politique d’aliénation culturelle et une féroce répression politique dans le but d’éradiquer d’anciennes civilisations non chinoises.

Cependant, en regardant le drapeau palestinien hissé devant le siège de l’UNESCO, je pensais alors à un autre peuple, à une autre tragédie encore plus occultée que celle des Soudanais du Sud ou des Chypriotes. Qui, en effet, a entendu parler de la Papouasie Occidentale ?  Le drame vécu par son peuple depuis un demi-siècle est certainement le plus méconnu, dans ce monde moderne qui en compte tellement. Je vais donc tenter, dans cet article, de mieux faire connaître la tragédie papoue afin de faire davantage entendre la voix trop longtemps étouffée de ce peuple.

Qui sont donc les Papous ? Il semblerait que cette appellation de « papou », vienne du malais « papuwah », qui signifie « crépu ». Ce sont les autochtones de Nouvelle-Guinée qui sont effectivement des Noirs à l’abondante chevelure crépue. Cette population négroïde est apparentée aux Aborigènes d’Australie, d’où ils seraient d’ailleurs venus, à une époque très reculée où la Nouvelle-Guinée et l’Australie formaient une seule et même masse continentale. Les Papous commencèrent à pratiquer l’agriculture il y a 9000 ans, en cultivant la canne à sucre et différents types de racines.  3000 ans avant JC, ils maîtrisaient déjà l’irrigation.

Remettons maintenant la Papouasie Occidentale dans son contexte géographique : Il s’agit de la moitié ouest de la deuxième plus grande île du monde par la superficie[2] (après le Groenland), la  Nouvelle-Guinée. Au total, cette île immense compte environ 9 millions d’habitants, ce qui est fort peu. Elle est divisée en deux entités, la frontière entre elles suivant le 141è méridien qui passe en son milieu. La moitié orientale constitue un État indépendant depuis 1975, la Papouasie Nouvelle-Guinée. Ce pays membre du Commonwealth fut autrefois administré par les Allemands[3] et par les Britanniques[4], puis par les Australiens qui facilitèrent son accession à l’indépendance. Cet État souverain compte aujourd’hui 6 millions d’habitants.

La partie occidentale de l’île fut appelée Nouvelle-Guinée Néerlandaise à partir de 1898, avec l’établissement des Hollandais dans ce territoire. Les Pays-Bas n’avaient fait qu’étendre leur domination vers l’est, puisque depuis le XVIIe siècle, ils étaient les maîtres des « Indes Néerlandaises[5] », grâce à leur célèbre VOC[6], la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales.  Les Japonais, comme on le sait, firent une incursion en Nouvelle-Guinée durant la Seconde Guerre Mondiale, avant d’en être chassés par les Alliés, après de très durs combats dans la jungle, durant la bataille du Pacifique. Ces mêmes Japonais avaient auparavant occupé les Indes Néerlandaises.

Durant cette occupation, ils encouragèrent les nationalistes indonésiens, qui proclamèrent l’indépendance du pays immédiatement après la capitulation japonaise, avant que les Hollandais ne tentent d’y reprendre pied. Une longue et terrible guerre s’engagea alors contre l’ancienne métropole, puisque ce n’est qu’en 1949 que les Pays-Bas finirent par reconnaître l’indépendance de l’Indonésie. C’est lors de cette reconnaissance que l’ex-puissance coloniale accepta que toutes ses possessions des Indes Occidentales soient cédées au nouvel État, à l’exclusion de la Nouvelle-Guinée Néerlandaise qui demeura sous le contrôle des Pays-Bas.

Durant les années 50, les Hollandais encouragèrent l’émergence d’une petite élite papoue éduquée qui devait conduire le territoire à l’indépendance. Grâce aux ressources minières, la partie néerlandaise de la Nouvelle-Guinée était à l’époque beaucoup plus développée, économiquement, que la partie sous contrôle australien. C’est l’existence même de ces richesses minières, comprenant, entre autres, du pétrole, de l’or et du cuivre, qui devait causer le malheur des Papous de l’ouest.

Pendant que la Papouasie Occidentale se préparait à l’indépendance, l’Indonésie de Soekarno[7] revendiquait ouvertement le territoire. En mars 1961, les Papous de l’ouest élurent leur premier parlement. Puis, le 1er décembre de la même année, il y a donc exactement 50 ans, le pays devint officiellement indépendant, avec son drapeau et son hymne national. Dès le 18 décembre, le président indonésien Soekarno lança une campagne de « libération de l’Irian » (Irian est le nom avec lequel les Indonésiens désignent la Nouvelle-Guinée). Le 2 janvier 1962, les troupes indonésiennes, sous le commandement du général Suharto, débarquèrent en Papouasie Occidentale, avec le soutien des compagnies minières (essentiellement étasuniennes) et du gouvernement US. 330 000 hommes furent engagés dans cette invasion.

À l’initiative des États-Unis, un accord finit par être conclu entre les gouvernements indonésien et néerlandais. Cet accord prévoyait de confier à l’ONU le règlement du problème. Il prévoyait en outre la reconnaissance des droits indonésiens sur le territoire, à condition qu’ils soient ratifiés par un référendum. Ce dernier n’eut jamais lieu. L’Indonésie invoqua des raisons logistiques, dues à la difficulté du terrain. En lieu et place d’un référendum, Djakarta proposa de réunir les « anciens » du territoire afin qu’ils puissent ratifier l’appartenance à l’Indonésie.

En 1969, 1054 « anciens », nommés par l’administration militaire, furent effectivement rassemblés en présence d’officiers et de fonctionnaires indonésiens, ainsi que de quelques observateurs des Nations Unies. Le vote eut lieu à main levée. Sans surprise, la majorité se prononça pour l’union avec l’Indonésie. L’ONU et la communauté internationale purent alors reconnaître l’appartenance de l’ « Irian Jaya[8] » à l’Indonésie. Ce territoire devint sa 26è province. Cette annexion suscita l’indignation de la population locale, ainsi que des manifestations qui furent chaque fois durement réprimées. La première rébellion armée éclata la même année.

Depuis lors, l’opposition armée et pacifique à l’occupation indonésienne n’a jamais cessé. Les années 1977, 1980 et 1996 furent marquées par de nombreuses manifestations et par des émeutes, qui suscitèrent une violente répression de la part des militaires indonésiens.  Cette répression fut toujours soutenue par les compagnies minières. Même les communautés les plus isolées, qui avaient eu jusque-là très peu de contacts avec le monde extérieur, furent brutalisées. Afin de permettre aux agents des compagnies de prospecter, les militaires indonésiens n’ont jamais hésité à abattre des Papous ou à brûler leurs villages.

En 1965, à Djakarta, la donne politique changea, pour le pire. Le général Suharto, celui-là même qui avait conduit l’invasion de la Papouasie Occidentale, s’empara du pouvoir, à la faveur d’un coup d’État militaire. Il devait ensuite diriger l’Indonésie avec une poigne d’acier pendant plus de trois décennies, toujours avec le soutien actif des États-Unis. Suharto, après sa prise de pouvoir, fit massacrer des dizaines de milliers de communistes (ou supposés tels), à travers tout l’archipel. C’est ainsi qu’il établit son « Ordre nouveau ». Dans le contexte de la guerre froide, avec la guerre du Viêt Nam qui faisait rage à proximité de l’Indonésie, l’anticommunisme de Suharto ne pouvait que plaire à l’administration étasunienne. Durant le règne de ce dictateur impitoyable, les US lui ont accordé une aide militaire estimée à  1,1 milliard de dollars, sans compter des prêts s’élevant à plus de 330 millions, pour ses achats d’armes étasuniennes.

En 1975, Suharto entreprit une nouvelle invasion, toujours avec la complicité bienveillante des États-Unis : il s’empara du Timor-Oriental, petit territoire portugais qui venait de proclamer son indépendance à la faveur de la Révolution des œillets de Lisbonne. Comme la Nouvelle-Guinée, l’île de Timor avait été divisée en deux moitiés lors de l’expansion coloniale des puissances européennes : la partie occidentale faisait partie des Indes Néerlandaises tandis que l’autre moitié demeurait portugaise.

Le FRETILIN[9], mouvement rebelle qui mena la lutte contre la dictature de Salazar, était d’obédience plutôt marxisante, comme l’étaient à la même époque ses « homologues » de l’Angola, du Mozambique et de Guinée Bissau, également en lutte contre le colonialisme portugais. C’est ce mouvement qui proclama l’indépendance du Timor-Oriental en 1975. Une semaine plus tard, l’armée indonésienne occupa le territoire et en fit une nouvelle province d’Indonésie. Tout cela dans le silence complice de la communauté internationale, mises à part quelques protestations des nouvelles autorités portugaises, qui avaient d’ailleurs bien d’autres soucis, à l’époque. Pour cette nouvelle invasion, qui fit au moins 100 000 morts au sein de la population timoraise, 90 % de l’équipement militaire utilisé était d’origine étasunienne. Durant les premières années de l’impitoyable occupation indonésienne, on estime qu’au moins 100 000 autres Timorais périrent de faim et de maladies.

Pendant que, envers et contre tout et dans la plus grande isolation le FRETILIN continuait la lutte contre l’occupation du Timor-Oriental, les Papous persistaient à résister en Papouasie Occidentale. Dans les années 60, le Mouvement Papua Libre avait été créé. Lui aussi mena une lutte armée souvent désespérée contre l’occupant, contre les colons venus de Java et contre les compagnies minières. Le simple fait de revendiquer l’indépendance fut assimilé à un acte de haute trahison par la législation indonésienne, punissable de 20 années d’emprisonnement.

En 1998, la guerre froide était terminée depuis longtemps. Les dictatures anticommunistes se justifiant moins, Suharto se trouvait de plus en plus isolé internationalement. Il  fut contraint de quitter le pouvoir, après 34 années de règne sans partage. Le nouveau gouvernement, plus démocratique, entama une politique de décentralisation. L’Irian Jaya fut divisée en deux régions distinctes. Le président Abdurahman Wahid effectua une visite sur le terrain, durant laquelle il fit quelques petites concessions symboliques aux Papous. Il autorisa le drapeau papou, à condition qu’il flottât à côté – et plus bas – que celui de l’Indonésie.

Cependant, la répression ne devait pas prendre fin. En 2001, Theys Eluay, le chef du mouvement indépendantiste, fut assassiné par les forces spéciales indonésiennes. En 2005, des observateurs australiens estimèrent qu’au moins 100 000 Papous avaient été tués par les militaires indonésiens depuis 1969. Certains avancent même des chiffres beaucoup plus élevés : le nombre total des tués s’élèverait en fait à 400 000. Tout cela n’a pas empêché le gouvernement indonésien de signer, en 2007, la charte des Nations Unies relatives aux droits des peuples indigènes !

Les conséquences de ce demi-siècle d’occupation indonésienne sont multiples. La Nouvelle-Guinée est une île unique au monde, pour son écosystème mais aussi pour les cultures des peuples qui y vivent depuis 40 000 ans. C’est un univers de hautes montagnes et de forêts tropicales, avec un climat très humide. Le Puncak Jaya, point culminant, s’élève à 5020 mètres au-dessus du niveau de la mer ; c’est le sommet insulaire le plus haut du monde. Un cinquième des espèces recensées dans le monde vivent en Nouvelle-Guinée.

Depuis leur arrivée, les Indonésiens et les grandes compagnies minières se sont livrées à une déforestation massive. Les cours d’eau ont été pollués par l’exploitation minière. Dans les zones côtières, les arbres ont été abattus pour créer d’immenses plantations de palmiers à huile, où travaille une population venue essentiellement de Java. Aujourd’hui, un tiers de la population du territoire n’en est pas originaire. La riche culture des Papous est donc gravement menacée. Il existe en Nouvelle-Guinée entre 800 et 1000 langues différentes, que l’on peut regrouper en 30 familles linguistiques. En comparaison, le continent européen ne compte que 230 langues, appartenant 3 grands groupes.

Comme je l’ai écrit au début de cet article, en suscitant tant de convoitises, les richesses minières de la Papouasie firent son malheur. Convoitises du grand voisin indonésien, bien sûr, mais aussi et peut-être surtout des grandes compagnies minières internationales. Pour s’emparer de ces ressources et les exploiter, elles ont soutenu et encouragé les ambitions de Djakarta, avant de les manipuler pour étendre toujours davantage leurs zones d’exploitation, au détriment de la population locale.

L’Indonésie est un grand pays, le quatrième de la planète par sa population[10]. C’est le plus vaste État insulaire au monde. C’est une puissance économique et un marché en pleine expansion qu’il ne faut pas négliger.  Il conviendrait cependant de l’amener à changer de politique en Papouasie, comme cela fut le cas avec le Timor Oriental, où un référendum d’autodétermination put enfin être organisé par l’ONU, en 1999. Ce petit pays put ensuite recouvrer son indépendance pleine et entière, en 2002.

Espérons que le peuple papou puisse lui aussi avoir la chance de se prononcer sur son avenir. Nul doute que ce peuple, avec son riche héritage culturel, rêve de voir un jour pas trop lointain son drapeau s’élever dans le ciel parisien, devant le siège de l’UNESCO. Ses 40 000 ans de présence ininterrompue sur la terre de Nouvelle-Guinée me semblent justifier pleinement une éventuelle appartenance à cette agence des Nations Unies, censée protéger et promouvoir le patrimoine de l’humanité !

Hervé Cheuzeville, 17 décembre 2011

(Auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale« , l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance« , Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé« , Editions Persée, 2010)


[1] Appelé « Xinjiang » par les Chinois
[2]829 200 km²
[3]La Kaiser Wilhems Land (Terre de l’Empereur Guillaume) fut un territoire allemand à partir de 1884. Il comprenait le quart nord-est de la Nouvelle-Guinée. En 1914, il fut occupé par les troupes australiennes. Renommé Territoire de Nouvelle-Guinée, il fut confié à l’Australie par la Société des Nations, après la Première Guerre Mondiale.
[4]Le Royaume-Uni prit possession du quart sud-est de la Nouvelle-Guinée en 1884. En 1906, il le céda à l’Australie, qui en fit le Territoire de Papouasie. C’est à partir de ce territoire que les forces australiennes envahirent la partie allemande de l’île, en 1914. Ce sont ces deux quarts, ex-allemand et ex-britanniques qui constituent aujourd’hui la Papouasie Nouvelle-Guinée, dont la capitale est Port Moresby.
[5]L’Indonésie actuelle
[6] Vereenigde Oost-Indische Compagnie
[7] Ahmad Soekarno (1901-1970), premier président de l’Indonésie.
[8]C’est ainsi que les autorités indonésiennes rebaptisèrent la moitié occidentale de la Nouvelle-Guinée.
[9] Frente Revolucionária de Timor-Leste Independente (Front Révolutionnaire du Timor-Est Indépendant)
[10] 240 millions d’habitants

 

2 Décembre, triste date!

Hô Chi Minh/Google Maps

Chaque 2 décembre j’ai une pensée émue pour un pays qui compte beaucoup pour moi : le Laos, ancien Royaume du Million d’Éléphants. Ce pays fut, pour une grande part, à l’origine de mon engagement humanitaire, à la fin des années 70, lors de l’arrivée en France de milliers de réfugiés de ce pays. Je m’impliquai alors dans leur accueil. Cela me poussa à aller en Thaïlande, dans les camps. J’y suis souvent retourné, y passant chaque année de nombreux mois. Avec d’autres, j’ai crée des écoles primaires dans de petits villages de réfugiés, le long de la frontière laotienne. A la fin des années 80, alors que je me trouvais déjà en Afrique, le gouvernement thaïlandais rasa ces villages – et nos écoles – et expédia leurs habitants dans l’immense camp de Napho, près de la ville de Nahon Phanom. Cette action en faveur des réfugiés laotiens me détermina aussi à étudier la langue, l’histoire et la culture de ce pays. En 1987, j’eus l’occasion d’y travailler quelques mois, pour le compte d’une ONG, et d’y faire l’expérience de la vie en pays communiste, de surcroît occupé et dominé par le trop puissant voisin vietnamien.

Pourquoi donc penser au Laos, le 2 décembre de chaque année ?
C’est le 2 décembre 1975 que le Royaume du Laos fut aboli, remplacé par une « République Démocratique Populaire Lao ». Le magnifique drapeau rouge, frappé de trois éléphants blancs fut remplacé par le drapeau du mouvement communiste laotien. Depuis les années 50, le Laos avait tenté de rester en dehors de la guerre qui faisait rage dans le pays voisin, le Viêt Nam. Mais les accords de Genève de 1954 scellèrent le destin du Laos. Au lieu de permettre un retour à la paix, le départ des Français et la division du Viêt Nam entre nord et sud amenèrent le déclenchement d’une nouvelle guerre. Dans cette guerre, le Laos fut impliqué malgré lui. Car le Nord-Viêt Nam communiste utilisa les confins orientaux du Laos pour acheminer des hommes et du matériel au Sud-Viêt Nam pro-occidental. La fameuse « piste Hô Chi Minh » était entrée dans l’Histoire. Il n’a pourtant jamais été assez dit que cette piste légendaire passait en fait en territoire laotien, violant ainsi la neutralité et la souveraineté du pays. Afin de masquer cette occupation de fait de l’est du Laos, le régime communiste d’Hanoï créa de toutes pièces une « rébellion » laotienne, dans la zone où passait la fameuse piste. Le Neo Lao Hak Xat[1] était né. Pour diriger ce mouvement « frère », les Vietnamiens choisirent un Laotien de père vietnamien, Kaysone Phomvihane[2]. Cet homme consacra toute sa vie à la communisation et la vietnamisation du Laos. Afin de masquer aux yeux du monde le caractère vietnamien du mouvement communiste laotien, un homme de paille fut trouvé pour le « diriger ». C’est ainsi que le « prince rouge », Souphanouvong[3], apparut sur la scène politique.  C’était un authentique prince laotien, de surcroît demi-frère du prince Souvanna Phouma[4], chef du gouvernement neutraliste du pays. Véritable histoire de famille que cette politique laotienne, puisque le chef de la droite pro-américaine n’était autre que le prince Boun Oum[5], cousin des deux premiers.
C’est cette utilisation du territoire laotien par le régime communiste de Hanoï qui décida le président Kennedy à faire intervenir directement les Etats-Unis dans ce conflit. Pendant une décennie, la partie orientale du Laos fut abondamment bombardée par les B52 étasuniens, sans pour autant parvenir à empêcher les armes et les hommes de rejoindre les maquis viêt cong[6] du Sud-Viêt Nam, via la piste Hô Chi Minh. Aujourd’hui encore, au Laos, 38 années après la fin de ces bombardements, des engins non explosés continuent à tuer des civils laotiens.
Les accords de Paris de 1973 marquèrent le début du retrait des forces étasuniennes du Viêt Nam et la fin des bombardements. Ces accords ne furent qu’un marché de dupes, puisque les communistes nord-vietnamiens profitèrent de ce désengagement US pour intensifier leurs infiltrations au Sud, toujours via le Laos, et lancer leur offensive finale du début de 1975. Fatidique et dramatique année que cette année-là, qui vit l’ensemble de l’ex-Indochine Française basculer dans l’interminable nuit communiste, marquée par tant de drames et de tragédies sans nom. Le 17 avril, après un long et terrible siège, Phnom Penh, la capitale du Cambodge, tombait aux mains des fanatiques Khmers Rouges. Eux aussi étaient une émanation du communisme nord-vietnamien. Mais, leur nationalisme xénophobe les avait fait rompre, quelques années plus tôt, avec leur encombrant allié. Cette rupture allait provoquer, trois années plus tard, la première guerre entre États communistes, qui se solda par l’occupation vietnamienne du Cambodge. Le 30 avril, les troupes régulières nord-vietnamiennes, déguisées en « Viêt Cong », s’emparaient de Saigon, la capitale du Sud. Par une humiliante ironie, les nouveaux maîtres devaient rapidement la rebaptiser « Hô Chi Minh Ville », du nom de l’ancien leader nord-vietnamien, décédé six ans plus tôt. L’année suivante, la fiction d’un Sud « libéré » par les Sudistes disparaissait définitivement, avec l’unification officielle du Viêt Nam sous le nom de « République Socialiste du Viêt Nam », Hanoï en devenant la capitale.
La Laos bascula plus lentement. Le gouvernement d’union nationale se maintint encore quelques mois. Mais, le 2 décembre, les masques tombèrent. Le Neo Lao Hak Xat, qui contrôlait déjà le pays et la réalité du pouvoir, contraignit le prince Souvanna Phouma à démissionner. Les politiciens proaméricains s’enfuirent en Thaïlande. La République Démocratique Populaire Lao fut proclamée et le prince Souphanouvong devint son premier président. Fonction purement honorifique, puisque la réalité du pouvoir était détenue par le secrétaire-général du parti, Kaysone Phomvihane.   Le changement de régime au Laos fut à peine commenté par les grands médias internationaux, qui avaient pourtant fait leur Une, des jours durant, de la chute de Phnom Penh et Saigon, 7 mois auparavant. Je me souviens avoir lu, alors, un bref article dans « Le Monde », en pages intérieures. La même indifférence internationale ignora longtemps la présence des troupes vietnamiennes au Laos. Cette occupation de fait du pays permit au régime communiste de Kaysone de perdurer, malgré l’exode massif de centaines de milliers de Laotiens à travers le Mékong, le fleuve qui délimite la frontière avec la Thaïlande. Cette présence militaire vietnamienne permit aussi de contenir puis de réduire la résistance armée anticommuniste, en particulier celle de la minorité Hmong, au nord du pays. Pour ce faire, des bombardements chimiques furent utilisés (la fameuse « pluie jaune »). Là encore, les réactions internationales furent inaudibles. Des milliers de fonctionnaires, d’anciens militaires et de bonzes furent envoyés en « séminaires » (pudique appellation des camps de rééducation). Nombre d’entre eux n’en sont jamais revenus, à l’instar du roi, de la reine et du prince héritier[7] qui, eux aussi, connurent ce sort tragique.
La fin de guerre froide puis la disparition de l’Union Soviétique ne permirent pas au Laos de retrouver sa liberté. Ce pays fait aujourd’hui partie des cinq derniers États communistes de la planète[8].  Infortuné peuple lao ! Rien ne le prédestinait à figurer parmi les derniers à subir le joug communiste. Ce peuple de paysans n’avait pourtant pas attendu Karl Marx et Lénine pour expérimenter une sorte de communautarisme agraire, des siècles durant. Le Laos n’avait pas de classe ouvrière, et il ne comptait pas de grandes propriétés avec employés agricoles asservis, comme aux Philippines.  La seule et unique raison pour laquelle le Laos est devenu communiste – et l’est demeuré jusqu’à ce jour – c’est sa proximité géographique avec le Viêt Nam. Ce dernier pays compte aujourd’hui plus de 90 millions d’habitants, pour 331 000 km². Le Laos, avec 236 000 km², a moins de 7 millions d’habitants, y compris une forte minorité d’origine vietnamienne. L’avenir de ce paisible pays semble donc scellé. Tant que le voisin vietnamien restera communiste, le peuple laotien continuera à subir ce régime imposé de l’extérieur. En Afrique, des pressions internationales ont contraint les pires dictatures à passer la main ou à ouvrir l’espace politique à des partis d’opposition. Au Cambodge voisin, ces mêmes pressions ont contraint le Viêt Nam à retirer ses troupes en 1989 et, après une transition supervisée par les Nations Unies, un système multipartite y a été mis en place. Certes, Hun Sen, l’ancien chef communiste provietnamien, est toujours le chef du gouvernement. Mais la monarchie a été restaurée, et l’opposition joue son rôle. D’opposition, il n’en est nullement question au Laos. 36 années après la proclamation de la RDPL, 19 années après la mort de Kaysone, le parti révolutionnaire populaire lao[9] continue de régner en maître. Le régime de Vientiane est toujours un régime à parti unique, comme au bon vieux temps. Certes, le Laos s’est ouvert économiquement depuis la fin des années 80. Il est même devenu une destination touristique à la mode. Mais cette ouverture a surtout profité aux apparatchiks du parti, qui se sont enrichis en faisant affaire avec des capitalistes sino-thaï venus de Thaïlande pour investir dans tous les secteurs de l’économie laotienne. Comme en Chine, comme au Viêt Nam, on a assisté à la naissance d’un capitalisme sauvage, drapé des oripeaux du communisme. Mais, si ce système hybride a permis un réel décollage économique en Chine et au Viêt Nam, ce ne fut pas le cas du Laos, qui demeure l’un des pays les plus pauvres de la planète.
Aujourd’hui, nombre d’anciens réfugiés, ou d’enfants de réfugiés, rentrent d’Amérique ou d’Europe pour tenter leur chance dans leur pays d’origine. Il faut donc espérer que leur influence permettra un jour au Laos de s’ouvrir politiquement, et de décoller économiquement. Pour ma part, je continue à avoir la nostalgie du pays du Millions d’Éléphants, et je pense fort à lui, en ce 2 décembre.
Hervé Cheuzeville, 2 décembre 2011
 (Auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale », l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance », Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Editions Persée, 2010)
Kemal Mustafa Ataturk- photo/cmcalibeyrouth.lfcali.edu.co

Oui, la Turquie est européenne !

Kemal Mustafa Ataturk- photo/cmcalibeyrouth.lfcali.edu.co

Kemal Mustafa Ataturk- photo/cmcalibeyrouth.lfcali.edu.co

Je reviens d’un fort intéressant voyage en Turquie convaincu que ce pays fait bel et bien partie de l’Europe. Durant ce séjour, je ne me suis jamais vraiment senti dépaysé. J’ai découvert un pays authentiquement méditerranéen, un peuple travailleur, ouvert et accueillant. J’y ai vu des infrastructures modernes qui n’ont rien à envier à celles des pays appartenant déjà à l’Union Européenne. L’euro y circule et y est d’ailleurs largement utilisé (certainement davantage qu’au Royaume-Uni !).  La laïcité à la turque m’a séduit. Elle semble bien enracinée malgré l’ « islamisme » supposé du gouvernement en place. En Turquie, la religion reste à sa juste place : à la mosquée, au sein des familles et dans le cœur des croyants. Elle n’est pas ostentatoire et elle est peu visible dans l’espace public, contrairement à ce qui se passe dans la plupart des pays musulmans ou dans certaines rues de Paris ou de Marseille. L’islam turc est tranquille et tolérant.

Les Turcs sont de grands consommateurs de leur raki national et leur viticulture est en plein essor. Ils ne rêvent pas à un retour vers un prétendu âge d’or ou à une soi-disant pureté islamique originelle. Ils savent que leur nation est l’héritière de différentes civilisations et que leur héritage culturel n’est pas uniquement turc et musulman. Ils sont fiers qu’Hérodote et Thalès aient vu le jour et vécu sur cette terre qui est leur. Ils chérissent les vestiges des civilisations antiques qui parsèment leur territoire.  Par-dessus tout, ils continuent à vénérer le père fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk, dont ils vantent avec fierté l’œuvre et le caractère visionnaire. Son image est encore partout visible, 73 ans après sa disparition, et sa marque semble à jamais indélébile.
La Turquie devrait être traitée avec respect par les États membres de l’Union Européenne. Sa candidature mérite d’être considérée sérieusement, au moins autant que celles de la Serbie et de la Croatie. Par ces temps de crise financière et de stagnation économique, l’UE peut-elle vraiment se permettre d’ignorer ce marché de 80 millions d’habitants, ce pays au taux de croissance annuel insolent (9%) ?
D’un point de vue diplomatique, voire militaire, la Turquie, membre de l’OTAN, est amenée à jouer un rôle important dans la région. On l’a vu avec le dossier iranien, on va le voir avec la crise syrienne. Son exemple de sereine laïcité et de développement économique soutenu peut servir de modèle attractif pour les pays arabes qui continuent à chercher leur voie, entre islamisme et démocratie, après avoir connu leur « printemps ».
Les arguments avancés pour s’opposer à la candidature turque ne tiennent pas. Certains prétendent que, géographiquement, la Turquie ne se trouverait pas en Europe. Une partie importante de son territoire, frontalier de la Grèce et de la Bulgarie, se situe pourtant indéniablement sur notre continent. Par ailleurs, sait-on vraiment où se termine l’Europe et où commence l’Asie ? L’île de Chypre, Etat membre de l’UE, n’est-elle pas bien plus à l’est qu’Istanbul, Izmir ou Bodrum ? N’est-elle pas plus proche du Liban, voire de l’Egypte, que de la Grèce ? N’a-t-on pas tendance à considérer la Géorgie ou l’Arménie comme des nations européennes, alors qu’elles se trouvent au nord-est de la Turquie ? Est-ce l’appartenance religieuse de la majorité des Turcs qui ferait d’eux un peuple non européen ? Que dire, alors, des Bosniaques et des Albanais, sans parler des Kosovars, qui, eux aussi, sont majoritairement musulmans ? Ne sont-ils pas Européens ?
Les liens entre la Turquie et l’Europe ne sont pas seulement géographiques. Ils sont également historiques. Cette histoire commune fut parfois mouvementée (prise de Constantinople, siège de Vienne, bataille de Lépante, etc.) mais les relations franco-anglaises ou franco-germaniques le furent-elles moins ? N’oublions pas que Soliman le Magnifique fut un allié utile pour François Ier, permettant à ce dernier de desserrer le carcan habsbourgeois enserrant son royaume. Louis XIV, lui aussi, entretint de bénéfiques relations avec la Sublime Porte. Enfin, comme je l’ai déjà rappelé, une partie de notre culture gréco-latine et judéo-chrétienne plonge ses racines en territoire turc.
On ne devrait pas craindre la poursuite de négociations franches et honnêtes entre l’UE et la Turquie. Il s’agit d’une occasion unique de poser clairement les problèmes qui font encore obstacle à l’adhésion de ce pays et de tenter de les résoudre. Désireuse d’entrer dans l’Union Européenne, la Turquie fera certainement les efforts nécessaires pour que ces problèmes trouvent une solution satisfaisante.
Quels sont-ils, ces problèmes ?
En premier lieu, il y a la douloureuse question de Chypre. Depuis 1974, la Turquie occupe militairement le tiers nord de cette île. Nicosie est la dernière capitale coupée en deux. Des dizaines de milliers de Chypriotes ont perdu leurs maisons, leurs terres, et, 37 ans plus tard, ils sont toujours réfugiés dans la partie sud, dans l’attente d’un hypothétique retour chez eux. Parallèlement, des dizaines de milliers de paysans turcs pauvres venus d’Anatolie ont été installés dans la partie nord, où la Turquie a créé une soi-disant « République Turque de Chypre du Nord » qui n’a jamais été reconnue par la communauté internationale. Ankara continue à ne pas reconnaître l’État chypriote, alors que ce dernier est désormais membre de l’Union Européenne. Le problème est complexe, mais il n’est pas insoluble. Il nécessite un certain nombre de concessions de la part de la Turquie mais aussi de celle du gouvernement chypriote. Les négociations UE-Turquie pourraient permettre de résoudre ce problème qui n’a que trop duré. La Turquie devrait retirer ses troupes – et ses colons – de l’île et dissoudre cette fiction de République Turque de Chypre du Nord. En contrepartie, le gouvernement chypriote ferait de sérieuses concessions à la minorité turque en lui accordant un poste de vice-président, un quota de sièges à l’Assemblée Nationale ainsi qu’un certain nombre de postes ministériels, le tout garanti par la constitution. Les personnes déplacées par l’invasion de 1974 devraient avoir la possibilité de rentrer chez elles et de récupérer leurs biens. La Grèce, de son côté, devrait officiellement renoncer à toute velléité d’union avec Chypre.
En second lieu, c’est le problème des minorités nationales qui devrait être abordé lors des négociations entre Ankara et l’UE. La Turquie pourrait s’engager à respecter davantage les droits fondamentaux des peuples non turcs vivant en Turquie, ainsi que ceux des minorités religieuses. La langue et la culture kurdes devraient êtres sauvegardées et promues, ainsi que celles des autres minorités. La Turquie n’est d’ailleurs pas le seul pays qui aurait besoin de faire des efforts dans ce domaine : la France, pourtant membre fondateur de l’UE, n’a toujours pas signé la charte européenne sur les langues régionales. La liberté de culte des Chrétiens et des Juifs devrait être intégralement respectée par les autorités turques : cette liberté ne se limite pas à la seule pratique religieuse. Elle inclut aussi le droit de construire des églises ou des synagogues sans entraves, ainsi que celui d’assurer un enseignement religieux aux enfants et aux adultes. Je pense en particulier à la question des séminaires. Le dernier séminaire orthodoxe a fermé depuis des années. Sans séminaire, l’Église n’est plus en mesure de former des prêtres, et c’est donc sa survie même qui est en jeu, sur cette terre qui l’a vue naître et croître, il y a près de deux millénaires.
Le troisième problème qui reste à résoudre est lié au précédent. Il s’agit du respect des droits de l’Homme. Même si des progrès ont déjà été réalisés, la Turquie doit continuer dans cette voie, elle en est d’ailleurs consciente. Des engagements formels et contraignants sont donc à prendre par le gouvernement turc. Les libertés fondamentales devront être mieux respectées. La police et la justice turques auront à améliorer leurs performances. En ce domaine aussi, d’autres pays, pourtant membres de l’UE, ont des efforts à faire. Il arrive, même en France, qu’une justice d’exception condamne un homme sans preuve ni aveux.  Les journalistes turcs, quant à eux, devraient pouvoir effectuer leur travail libres de toutes contraintes et sans pression aucune.
La dernière question à régler est essentiellement historique. Il s’agit de la reconnaissance du génocide arménien. De nombreux citoyens européens sont les descendants des rescapés de cette tragédie de 1915 qui trouvèrent refuge en France, en Belgique ou ailleurs. Pour ma part, je n’aime pas voir les hommes politiques se mêler d’Histoire. Il conviendrait d’ouvrir les archives afin que les historiens turcs, arméniens et autres puissent travailler librement sur ces douloureux évènements. Les résultats de leurs recherches devraient pouvoir être publiés, diffusés et commentés en Turquie et ailleurs. Les programmes de l’éducation nationale turque devraient aborder objectivement cette période de l’histoire du pays. Là aussi, la Turquie n’est pas le seul pays devant réexaminer sereinement son passé : la France et l’Allemagne, par exemple, ont entrepris une telle tâche, qui est encore loin d’être achevée. Enfin, l’ouverture de la frontière turco-arménienne permettrait le développement des échanges économiques, culturels et politiques entre les deux pays voisins.
Les quatre problèmes ci-dessus ne sont pas les seuls obstacles à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Ce pays fait face à de nombreux défis, comme celui du développement de ses régions orientales, encore largement sous-développées. Mais, dans ce domaine, l’Europe pourra jouer un rôle positif, comme celui qu’elle joua jadis en Espagne, au Portugal ou en Grèce.
On le voit, l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne n’est pas pour demain. Mais les négociations doivent se poursuivre sereinement, dans le respect mutuel. Les Turcs doivent être convaincus de la bonne foi des négociateurs européens et de leur désir d’aboutir. La position hostile prise par Nicolas Sarkozy à l’égard de l’entrée de la Turquie est pour le moins regrettable. Pourquoi les autorités turques seraient-elles inclines à faire des concessions si elles sont persuadées que leurs partenaires européens n’ont pas la volonté d’accueillir leur pays au sein de l’UE ?
Les négociations en cours sont cruciales. Elles représentent une occasion unique de régler définitivement des problèmes anciens qui n’ont que trop duré.  Il convient donc de les poursuivre et de les mener à leur terme. Ainsi, le moment venu, la Turquie pourra enfin devenir un membre à part entière de l’Union Européenne, pour le plus grand bien de tous.
Le règlement de la question chypriote contribuera certainement à un apaisement définitif des relations gréco-turques. Cela permettra à la Grèce (et à la Turquie) de réduire considérablement son budget militaire. Athènes bénéficiera sans doute aussi du dynamisme économique de son voisin oriental.  Vu la crise traversée par la Grèce, tout cela ne pourra être que positif et pour ce pays et pour l’Europe.
La Turquie est devenue, pour beaucoup d’Européens, une destination touristique populaire. Il faut espérer que cela contribuera à affaiblir le sentiment de méfiance qui est encore trop largement répandu en  Europe. Ce sentiment est en effet largement dû à une trop grande méconnaissance de ce grand pays et de son peuple.
Hervé Cheuzeville, 30 novembre 2011
(Auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale », l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance », Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Editions Persée, 2010)