Côte d’Ivoire: Gbagbo ne cède rien, situation humanitaire dramatique

L'ambassadeur de France Jean-Marc Simon et Alassane Ouattara le 7/4/2011 à Abidjan_© AFP

ABIDJAN (AFP) 09.04.2011 | 08:30 | Par Thomas MORFIN

Le président sortant Laurent Gbagbo, toujours retranché dans sa résidence d’Abidjan défendue par des centaines d’hommes, n’a pas cédé un pouce de terrain vendredi, tandis que l’ONU qualifiait d' »horrifiantes » les informations sur la situation dans l’ouest du pays.

Après avoir lancé la veille un appel solennel à l’unité, Alassane Ouattara, le président internationalement reconnu, est confronté, après l’offensive éclair de ses troupes jusqu’à la capitale, à l’immense défi de rétablir la sécurité.

A Abidjan, l’ambassade de France a affirmé que la résidence de l’ambassadeur avait été attaquée, pour la deuxième fois en moins de 48 heures, par des forces loyales à Laurent Gbagbo. Le camp Gbagbo a aussitôt démenti.

Selon l’ambassade, la résidence a été la cible de deux tirs de mortier et d’un tir de roquette « à partir de positions tenues » par des éléments loyaux à M. Gbagbo, vendredi à 16h00 (heure locale et GMT).

Et l’ambassade a menacé: « La France rappelle que conformément à la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU, les Forces impartiales (mission onusienne Onuci et force française Licorne) sont en droit de mettre en oeuvre leur mandat afin de prévenir l’usage d’armes lourdes par toutes les parties du conflit ».

Mais Ahoua Don Mello, porte-parole de Laurent Gbagbo, a démenti toute attaque.

« Nous démentons formellement l’attaque de la résidence de l’ambassadeur de France. Toutes les armes lourdes de la résidence du président Gbagbo (qui jouxte le bâtiment, ndlr) ont été détruites, eux-mêmes (les Français) l’ont affirmé », a-t-il dit.

« Ce sont des manoeuvres dilatoires pour attaquer (la télévision d’Etat) RTI, qui vient de reprendre, et la résidence du président Gbagbo », a ajouté le porte-parole.

Selon des habitants, le signal de la RTI a effectivement repris vendredi dans plusieurs quartiers d’Abidjan. D’après ces témoignages, la télévision diffusait, outre des séries télévisées, un bandeau déroulant qui appelait à la mobilisation et à la prière et qui démentait que les forces pro-Gbagbo aient attaqué la résidence française.

A New York, le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Alain Le Roy, a déclaré que les troupes fidèles à Laurent Gbagbo avaient renforcé leurs positions et étaient toujours en possession de chars et d’armes lourdes.

Les forces pro-Gbagbo ne sont qu’à un kilomètre de l’hôtel dans lequel Alassane Ouattara a son quartier général, a affirmé M. Le Roy, parlant à la presse après une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la crise en Côte d’Ivoire.

Ce responsable a par ailleurs souligné que les Nations unies refusaient d’être impliquées dans toute stratégie visant à « couper les vivres » à Laurent Gbagbo.

« Nous n’avons rien à voir avec cela. Que les choses soient claires. Nous ne soutenons en rien cela, et nous n’y prenons pas part », a insisté M. Le Roy, alors que les forces pro-Ouattara ont évoqué l’idée d’affamer Laurent Gbagbo.

Vendredi en milieu d’après-midi et en début de soirée, des combats à la mitrailleuse lourde et à l’arme légère ont fait rage dans le périmètre qui englobe la résidence de M. Gbagbo, la RTI et l’école de gendarmerie, trois bastions du président sortant, ont rapporté un journaliste de l’AFP et un habitant.

Charles Blé Goudé, le leader des « jeunes patriotes » de Laurent Gbagbo, a appelé vendredi à un « dialogue inter-ivoirien », dans un entretien à la chaîne de télévision France 24.

« C’est la seule issue pour contrôler cette crise », a déclaré M. Blé Goudé, surnommé « le Général de la rue » pour sa capacité à mobiliser les masses estudiantines.

Après l’impasse politique née de l’élection présidentielle du 28 novembre et l’enlisement militaire, Abidjan, livrée aux pillards, est confrontée à l’urgence humanitaire.

« Abidjan est une tragédie humaine », a déclaré le représentant du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha) en Côte d’Ivoire, Carlos Geha, ajoutant que l’eau manquait depuis quatre jours.

« La plupart des magasins, toutes les petites épiceries ont été pillés, tandis que le prix du pain, des cigarettes, du sac de blé… a triplé au cours de ces dernières 48 heures, depuis qu’il y a eu une accalmie », a-t-il souligné.

Dans l’ouest du pays, contrôlé par les forces pro-Ouattara et où plusieurs organisations humanitaires ont dénoncé des massacres de centaines de personnes, les informations collectées par les enquêteurs de l’ONU sur les droits de l’homme sont « absolument horrifiantes », a déclaré à Genève le Haut commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay.

« Au cours de la seule journée d’hier, ils ont trouvé 118 corps dans les trois villes de Duékoué, Bloléquin et Guiglo, dans l’ouest du pays », a indiqué Mme Pillay dans un communiqué.

« Certaines des victimes semblent avoir été brûlées vives », a précisé son porte-parole.

« La situation à Abidjan est également épouvantable », a déclaré Mme Pillay.

Les agences de l’ONU ont demandé l’ouverture de couloirs humanitaires pour venir en aide aux populations fuyant les violences.

A Duékoué, quelque 30.000 personnes, souvent affamées, s’entassent dans une mission catholique.

M. Ouattara a demandé à ses forces « de prendre toutes les dispositions pour assurer le maintien de l’ordre et la sécurité des biens ».

Faisant écho à une demande de M. Ouattara, l’Union européenne a annoncé vendredi la levée des sanctions frappant les ports d’Abidjan et de San Pedro (premier port d’exportation du cacao au monde), tout comme celles pesant sur plusieurs entreprises liées notamment au secteur du cacao.

L’UE imposait jusque là un embargo sur les deux ports pour faire pression sur Laurent Gbagbo et le contraindre à céder le pouvoir.

D’autre part, le regroupement des expatriés vers le camp militaire français de Port-Bouët à Abidjan, près de l’aéroport international, par la Force Licorne s’est poursuivi vendredi, ainsi que les évacuations vers plusieurs pays de la région. L’ONU et les militaires français ont aussi poursuivi les évacuations de diplomates étrangers.

 

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