Rwanda : Kagame chamboule ses services de sécurité

Le président Paul Kagame/photo Umuseso

Quelques jours après l’émoi soulevé par les révélations sur les plans concoctés par les responsables des services secrets rwandais pour assassiner les opposants vivant en exil, l’homme fort de Kigali vient de changer les hommes à la tête de ses services des renseignements civil et militaire.

Certains de ces responsables peuvent être considérés comme en disgrâce ou sanctionnés. C’est le cas du colonel Dr Emmanuel Ndahiro jusque là chef du « National Security Service »(NSS) qui surtout en tant que médecin personnel de Kagame supervisait de fait tous les services secrets. Avec son adjoint le Lt colonel Gatete Karuranga, ils ont été remis à la disposition du ministère de la Défense sans autre précision sur leurs attributions. Ces deux barbouses paient certainement pour avoir échoué à assassiner dans leur exil sud-africain les officiers qui ont fui Kagame à savoir le général Kayumba Nyamwasa et le colonel Patrick Karegeya.

A la tête du NSS est nommé le général-major Emmanuel Karenzi Karake qui jusque la dirigeait l’Académie militaire de Nyakinama mais surtout qui sortait de prison après des mois de détention. Sa nomination à ce poste n’est pas nécessairement une promotion. Au contraire, c’est pour lui une voie de garage surtout qu’il sera surveillé par le redoutable colonel Dan Munyuza qui désormais s’occupera de la sécurité extérieure dans ce NSS. L’on se souviendra d’ailleurs que même le « hutu de service » Marcel Gatsinzi a occupé symboliquement ce poste et que le général Kayumba Nyamwasa est passé par là avant de quitter définitivement les fonctions militaires.

Un autre poids lourd qui peut se considéré comme « limogé » est le colonel Tom Byaruhanga. Jusque là commandant de la Garde présidentielle, il est muté au ministère pour diriger un tout nouveau service bidon spécialement créé pour lui et appelé « lutte anti-terroriste ». Il paie sûrement de ses relations familiales avec des personnalités qui se sont éloignées de la galaxie Kagame comme l’homme d’affaires et ancien secrétaire particulier de Kagame David Himbara aujourdh’ui réfugié en Afrique du Sud, Mesdames Mart Baine limogée à la tête de la juteuse « Rwanda Revenue Autority » et Rosemary Museminali éphémère ministre des Affaires étrangères.

Comme étoiles montantes, on peut citer le général de Brigade Richard Rutatina et le capitaine Patrick Karuretwa. Le premier était le conseiller du président en matière de sécurité. Il devient désormais le chef des renseignements militaires (J2), la tristement célèbre DMI. Il est remplacé au poste de conseiller du président par le capitaine Karuretwa qui jusque là s’occupait de la « sécurité » de la fille de Kagame prénommée Ange. Les affaires restent donc en famille.

Il est clair que la tentative d’assassinat du général Kayumba Nyamwasa et ses répercutions, les avertissements du MI5 anglais aux exilés rwandais de Londres quant à leur sécurité, les fuites révélant les conversations téléphoniques des officiers de Kagame chargés d’éliminer des opposants…, tout cela l’aurait influencé dans le chambardement de ses services secrets. La question est de savoir quel effet cela peut produire. Peut-on confectionner un habit neuf avec des vieux tissus ?

Ghislain Mikeno
EdA Press

 

Vous pourriez être intéressé(e)

Agathe Kanziga : justice française ou acharnement politique au service de Kigali ?
A la Une
0 partages995 vues
A la Une
0 partages995 vues

Agathe Kanziga : justice française ou acharnement politique au service de Kigali ?

Jean-Claude Ndungutse - 30 juillet 2026

La diplomatie française restera certainement dans les annales de l’Histoire. Peut-on encore dire que la France a une diplomatie ? Ou faut-il plutôt parler d’une diplomatie qui,…

Dominique de Villepin : l’homme qui peut rendre à la France sa grandeur
A la Une
0 partages954 vues
A la Une
0 partages954 vues

Dominique de Villepin : l’homme qui peut rendre à la France sa grandeur

Jean-Claude Ndungutse - 30 juillet 2026

On a longtemps reproché à Dominique de Villepin de ne pas être un homme du terrain, de ne pas être un élu local. Mais cette critique doit…

Le procès Rwamucyo : quand la justice rencontre la raison d’État
A la Une
0 partages768 vues
A la Une
0 partages768 vues

Le procès Rwamucyo : quand la justice rencontre la raison d’État

Emmanuel Neretse - 21 juillet 2026

Le procès en appel du Dr Eugène Rwamucyo, conclu le 17 juillet 2026 par la confirmation de sa condamnation à vingt-sept ans de réclusion criminelle, dépasse largement…

Les plus populaires de cette catégorie