Rwanda. L’ouverture intempestive de nouvelles ambassades cache mal la multiplication des postes de commandement des escadrons de la mort du FPR

Le 15 juillet 2019, la presse officielle du Rwanda a rendu public un décret présidentiel dans lequel Paul Kagame affectait QUINZE ambassadeurs pour représenter le Rwanda dans les quatre coins du monde. Certains sont des nouveaux dans la diplomatie d’autres permutent avec d’autres en changeant les pays d’affectation.

Ce mouvement diplomatique appelle quelques observations et remarques pour qui s’intéresse à la gouvernance du Rwanda sous le général Kagame.

Nouvelles ambassades ouvertes

On notera d’abord que par ce décret, Paul Kagame ouvre SEPT nouvelles ambassades qui viennent s’ajouter à la trentaine que le Rwanda entretient à travers le monde, sans compter les consulats. Ces nouvelles ambassades sont ouvertes en Angola, au Maroc, en Corée du Sud, au Qatar, à Singapour, aux Emirats Arabes Unis et au Ghana.

Permutations et nominations symptomatiques

 Certaines nominations ou permutations attirent une attention particulière. Ainsi l’ambassadeur Vincent Karega qui était en poste à Pretoria depuis plusieurs années a été envoyé à Kinshasa. Pour avoir couvert plusieurs actes spectaculaires contre les opposants de Paul Kagame vivant en Afrique du Sud, d’aucuns ne doutent pas qu’il va continuer à faire la chasse aux réfugiés rwandais vivant en RDC et dont beaucoup sont sans aucune protection juridique.

De même l’ambassadeur François-Xavier Ngarambe qui était en poste en Suisse est affecté à Paris. Ce tutsi seulement francophone pour avoir vécu uniquement au Rwanda connaît tous les opposants hutu vivant en France et dont certains sont très actifs en politique. Sans aucun doute l’une de ses principales missions est de les faire taire par tous les moyens en coordination avec Louise Mushikiwabo déjà à Paris dans l’OIF et Theos Badege à Lyon dans Interpol.

L’on notera aussi la nomination du général Charles Karamba comme nouvel ambassadeur en Tanzanie. Cet officier inculpé par la justice espagnole pour crimes de guerre et contre l’humanité était jusqu’ici et depuis peu chef d’Etat-major de la Force aérienne.

Pour mémoire, l’on se souviendra que c’est lui qui a convoyé de la frontière ougandaise à Kigali les missiles sol-air qui ont abattu l’avion présidentiel le 06 avril 1994 déclencha le génocide rwandais. S’il est envoyé en Tanzanie, c’est principalement pour suivre de près l’attitude et la connaissance de ce pays face aux visées belliqueuses de Paul Kagame.


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Sachant qu’aucune action militaire ne peut réussir dans cette région si elle n’a pas l’aval de la Tanzanie, Paul Kagame doit s’assurer de la position de cette puissance régionale.

En Afrique du Sud, autre puissance qui compte dans la région et sur le continent, Paul Kagame vient d’y nommer un agent de ses services des Renseignements militaires DMI à savoir Monsieur Eugène Segore Kayihura. Il est clair qu’il va y poursuivre le sale boulot de son prédécesseur à savoir faire la chasse aux opposants réfugiés dans ce pays et dans toute l’Afrique australe.

Disgrâce ou fin de carrière

Ce décret reste muet sur le sort du général Charles Kayonga qui était ambassadeur en Chine et qui vient d’être remplacé par James Kimonyo longtemps conseiller à la présidence. Cet ancien chef d’Etat major qui avait remplacé Kayumba-Nyamwasa à ce poste quand ce dernier a pris le chemin de l’exil, serait-il lui aussi tombé en disgrâce ? L’avenir proche nous le dira. Il en est de même de Jacques Kabare qui était ambassadeur à Paris où il avait été nommé pour seulement être tutsi et francophone (car né et éduqué dans l’ex-Zaïre) mais sans autre qualité ni compétence.

Corps diplomatique monoethnique

Comme dans tous les services publics sensibles (Commandement de l’armée, de la Police, Service des Renseignements…), le corps diplomatique du Rwanda est presque exclusivement réservé aux Tutsi. Les quelques hutu de service qui y sont nommés sont destinés à la propagande extérieure et sont confinés dans des postes symboliques. Ainsi sur les quinze ambassadeurs concernés par ce décret une seule est d’ethnie hutu. Il s’agit de Madame Yasmin Amri Sued, la fille de feu Amri Sued Ismaël qui fut longtemps ambassadeur sous le régime Habyarimana et après. Sa fille a été nommée ambassadeur en Corée du Sud.

Vivre au-dessus de ses moyens

Ouvrir et entretenir une ambassade coûte cher. C’est pourquoi même les grandes puissances ne les disséminent pas dans chaque pays du monde. Ces pays regroupent souvent les pays par région et ouvrent une ou deux ambassades couvrant les autres. Le Rwanda de Paul Kagame semble être plus nanti que toutes ces puissances car au rythme où il y va, il battra bientôt le record d’avoir des ambassades dans les 180 pays du monde.

A part les ambassades ouvertes dans chacun des pays voisins, d’autres sont difficilement défendables. Comment en effet le Rwanda peut se permettre d’ouvrir cinq ambassades en Afrique australe alors qu’une seule pouvait les couvrir efficacement ? Mais Paul Kagame a une ambassade à Pretoria, à Maputo, à Harare, à Lusaka, à Windhoek et peut-être bientôt à Gaberones.

De même Paul Kagame ouvre des ambassades en cascade en Afrique de l’Ouest alors qu’une ou deux pourrait faire l’affaire. Une ambassade à Abuja, à Abidjan, à Dakar, à Accra et bientôt à Bamako et à Ouagadougou… comme pour épater davantage ces pays qui prennent naïvement et faussement Paul Kagame comme un leader hors pair et omniscient !

Au Moyen Orient, Paul Kagame étonne aussi en se permettant d’ouvrir et d’entretenir des ambassades dans presque tous les pays alors qu’une ou deux suffiraient à les couvrir. Comment en effet le Rwanda peut avoir une ambassade au Caire, une autre à Ryad, une autre à Jérusalem, une autre à Dubaï, une autre à Doha et bientôt une autre à Bagdad?

En Asie du Sud Est, le même phénomène s’observe. Paul Kagame y ouvre des ambassades qui sont tellement proches que ses ambassadeurs passent leurs Week-end ensemble! Le Rwanda a en effet une ambassade à Beijing, à New Delhi, à Singapour, à Séoul, à Tokyo … sans parler de celles en Australie et Nouvelle Zélande.

Conclusion

Après ce constat, on peut affirmer sans grand risque de se tromper que les ambassades que Paul Kagame ouvrent intempestivement à travers le monde ne sont pas de vraies ambassades au sens diplomatique du terme et selon les conventions de Vienne. Ce sont plutôt des antennes de l’organisation terroriste qu’est devenue l’ancienne rébellion tutsi du FPR qui s’est emparée du Rwanda en 1994 et qui sème la terreur dans toute la région et bientôt dans le monde entier. Ses fausses ambassades sont aussi des succursales des sociétés commerciales de Paul Kagame et sa clique qui pillent le Rwanda et les pays voisins principalement la RDC. C’est pourquoi ces antennes et ses succursales doivent être disséminées à travers le monde au prix du contribuable rwandais qui est saigné à blanc depuis 25 ans.

P.S: Selon le dernier décompte effectué en juillet 2019, le Rwanda comptent 42 ambassades à travers le monde. Ceci sans y inclure des consulats qui sont encore plus nombreux. Peu de puissances peuvent rivaliser avec lui en termes de représentations diplomatiques. Mais comme ce ne sont pas de vraies ambassades mais plutôt des postes de commandement des escadrons de la mort du régime et des points de chute ou des planques des trafiquants du dictateur tutsi Paul Kagame, personne ne peut s’en étonner.

Emmanuel Neretse
Bruxelles, le 31/07/2018

 

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