Interview « imaginaire » de Stéphane Audoin-Rouzeau au Courrier de l’Idaho

L’interview ci-après est imaginaire. Elle est supposée avoir a été réalisée à Paris le 1er avril 2020 sous forme humoristique. En effet, le 1er avril est par excellence le jour réservé à l’humour en Belgique comme en France !

 

Stéphane Audoin-Rouzeau, préfacier et caution académique de Guillaume Ancel, bien connu de nos lecteurs[1], nous a fait l’honneur d’accorder une interview au Courrier de l’Idaho. Il revient sur les étapes d’une carrière ambitieuse marquée par une exigence morale toute particulière.

 

Stéphane Audoin-Rouzeau, vous êtes un spécialiste de la Guerre 1914-1918, comment se fait-il que votre nom ait été abondamment cité pour la présidence la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda et au génocide des Tutsi (1990-1994) ?

 

Je reconnais que la chose est moins évidente pour le grand public que pour le monde de la recherche. Il est vrai que je n’ai aucune légitimité sur ces questions mais où est le problème ? Justement, un regard neuf permet parfois d’aborder les questions sous un angle nouveau. Et puis, pour tout vous dire, mon sujet d’origine était très valorisant tant que le centenaire de 14-18 approchait. Mais maintenant… vous connaissez l’adage : la fête passée, adieu le saint.

 

Alors, j’ai trouvé un truc imparable : Comme vous le savez, le génocide des arméniens s’est produit pendant la période que j’étudiais. Je m’en suis donc servi comme joker pour étendre ma compétence. Mon coup de génie a été de dire que j’avais été confronté à l’une des premières souches du virus du génocide, ce qui me qualifiait automatiquement pour la suite. Bien sûr c’est un fantastique bobard mais, avec un peu d’aplomb, c’est passé comme un mail à laposte.net. Il y a même un magistrat, président de Cour d’assises, qui m’a écouté béatement comme expert dans un procès alors que je l’enfumais grossièrement.

 

Au début, j’avais bien pensé à la Shoah car il y a des montagnes de crédit à la clé. Mais c’était déjà très pris, impossible d’atteindre le haut de l’affiche avec une telle concurrence. Et puis, à bien regarder, le génocide des Tutsi était nettement plus rentable. Non seulement, il n’y a pas grand monde de sérieux sur le plan académique, mais c’est un excellent investissement. Certes, le PIB du Rwanda est proche de celui d’Haïti, mais Kigali peut malgré tout se montrer extrêmement généreux, avec les aides massives qu’il reçoit et l’argent qu’il a volé en RDC. Et en France, entre « les amis démocrates des dictateurs »[2] qui sont les relais de Kigali et ses lobbies omniprésents, c’est le Pérou.

 

De toute façon, tout le monde ressent une telle culpabilité que si vous prétendez pouvoir empêcher que ça recommence, vous n’avez plus qu’à donner votre numéro de compte en banque, et vous pouvez écrire tout ce que vous voulez.

 

Pour moi, c’est devenu assez vite lumineux : même si personne en France n’a jamais contesté l’existence du génocide des Tutsi, tout le monde, notamment les universitaires, était tétanisé dès qu’on évoquait celui-ci. C’était vertigineux : un merveilleux boulevard s’ouvrait à celui qui proclamait être dans le camp du bien. On pouvait tout dire, tout faire, bâillonner ses contradicteurs, les insulter, les calomnier. Il suffisait de prononcer les mots magiques : négationniste, révisionniste[3].

 

À vous entendre cela semble un jeu d’enfant. Pourtant ça ne doit pas être facile d’abuser son monde sur une pareille échelle.

 

Détrompez-vous. Prenez le cas de José Kagabo, qui m’a énormément inspiré : candidat aux primaires du FPR à l’élection présidentielle du Rwanda de 2003, il a ensuite rédigé, sur ordre de Kigali, le fameux rapport Mucyo, une construction grossière échafaudée pour faire pièce à l’instruction Bruguières qui menaçait de dévoiler la responsabilité de Paul Kagame dans l’attentat déclencheur du génocide. Il a même représenté officiellement l’ambassade du Rwanda à Paris lors d’un colloque au Sénat sur « La vérité des acteurs » en Avril 2014, où il a vainement essayé de faire pièce à la mise en évidence des responsabilités écrasantes de Kigali dans le drame rwandais. Pour ses bons et loyaux services, Kagame en a fait un sénateur rwandais.

 

Mais en parallèle à l’EHESS, dans le milieu universitaire comme dans les médias, il est devenu incontournable dès qu’il s’agissait de parler du génocide des Tutsi. Imaginez la France à la fin des années 40, avec un Vychinski ou un Beria parlant français, enseignant à Normale Sup, ou à la Sorbonne, en tant que spécialistes de la révolution russe et des droits de l’homme sous Staline. Et sans la moindre protestation du milieu universitaire. Étonnant, non ? D’ailleurs, on lit souvent, dans les hommages qui lui sont rendus, des allusions au rôle de formateur qu’il a joué pour une génération de chercheurs. Il est vrai qu’il fut un maître : moi-même, en tant qu’imposteur, j’ai trouvé là une méthode parfaite pour ma reconversion.

 

Merci pour cet exposé de votre éthique, mais pouvez-vous tout de même dévoiler quelques aspects concrets ?

 

Tout d’abord, j’avais une thésarde qui me semblait plutôt bonne, Hélène Dumas- vous ne trouvez pas qu’elle a beaucoup de charme ? Elle m’a bien servi pour me rapprocher de Kigali.

 

En trois coups de cuillère à pot, je suis parti faire allégeance. J’ai serré toutes les mains importantes, avalé tous les anacondas : la perspective de dizaines d’années à se goinfrer, cela vaut bien une grosse indigestion, non ? J’en parle dans mon bouquin Une initiation : Rwanda 1994-2016.

 

Comme dans toutes les initiations, il faut prononcer quelques engagements forts et on vous ouvre toutes les portes. En fait, si vous voulez travailler au Rwanda, il ne suffit pas d’être un simple chercheur bien intentionné, il faut prêter solennellement serment sur le rapport Mucyo pour obtenir l’agrément de la CNLG et de son Goebbels, JD Bizimana.

 

Et par-dessus tout, il ne faut jamais prononcer certains noms, comme ceux de Boutros – Boutros Ghali, Amadou Deme, Hourrigan, Carla Del Ponte, Cynthia Mac Kinney, l’ambassadeur et congressiste américain Robert Krueger. Sans compter Pierre Péan, Charles Onana et Judi Rever. À Kigali, ce sont des sortes de jurons qui les rendent particulièrement nerveux. Mais sinon, ce sont des gens extrêmement sympathiques, ils s’occupent de tout, ils vous prennent en charge, ils vous indiquent les gens à interroger et ils vous fournissent tous les éléments de langage. Franchement, pour un chercheur comme moi, hautement respectueux de la déontologie et de la rigueur académiques mais aussi pressé qu’incompétent, c’est idéal.

 

Voilà comment on devient, aux yeux des médias, un grand spécialiste du Rwanda et du génocide. Ces ballots n’ont pas compris que pour faire des recherches au Rwanda, il faut donner des gages à la CLNG, voire au DMI. Il faut manger des couleuvres à tous les repas, sinon, estimez-vous heureux de pouvoir quitter le Rwanda manu militari, comme Stam et Davenport. Demandez donc au jeune Piton…

 

Et puis, il y a eu aussi une sorte de petit miracle. On dit qu’il y a un Dieu pour les crapules, je ne suis pas loin de penser que c’est vrai : j’ai fait une rencontre merveilleuse comme il ne s’en produit pas deux dans une vie : Guillaume Ancel.

 

Guillaume Ancel ? Pourtant il a reconnu dans nos colonnes qu’il était un mythomane doublé d’un imposteur.

 

Oui, Guillaume est un hyper-mythomane d’une étoffe tout à fait rare, un beau parleur qui ment avec un tel aplomb qu’aucun universitaire ou journaliste n’a jamais osé le confronter aux énormités qu’il raconte avec de magnifiques trémolos dans la voix. J’ai tout de suite perçu chez lui une absence de scrupule et un sens des affaires absolument identique aux miens. D’évidence, un partenariat s’imposait : je suis donc devenu, sa caution universitaire, sa « rigueur académique ».

 

Son gros défaut, cependant, est que comme tous les mythomanes, il veut toujours en faire plus et risque parfois le dérapage fatal. Tenez, à Bruxelles, le voilà qui raconte que les magistrats instructeurs français lui avaient demandé de valider l’expertise complètement falsifiée des juges Trevidic – Poux. Un gros bobard : juridiquement, c’est proprement inconcevable. Heureusement, l’assemblée était conquise d’avance et personne n’a relevé l’énormité. Mais Kigali a tout de suite compris le risque : cet ahuri risquait de détruire 12 ans de magouilles, et surtout le deal entre Kagame et certains représentants des pouvoirs publics français qui cherchent à l’innocenter en douce dans le dossier de l’attentat, pour normaliser le business.

 

Kigali a d’ailleurs réagi avec sa pugnacité rageuse habituelle : dorénavant Ancel devrait réciter, mot à mot, chacune de ses interventions sans s’écarter d’une ligne. On lui a donné un iPAD contenant un scénario dont il ne doit pas dévier et qu’il débite comme un catéchisme. On lui laisse uniquement le choix des effets de tribune : le vibrato, l’œil humide, enfin tout ce qui peut chauffer une salle déjà conquise. Pour ça, il est parfait. Comediante, tragediante

 

Eh bien, figurez-vous que malgré ce verrouillage, l’incorrigible bougre nous en a encore commis une énorme à l’EHESS, le 29 Mai 2019, lors d’un débat organisé avec la LDH : parlant de son rôle de petit capitaine en Yougoslavie, il dit : «  A Srebrenica j’avais la plus grande armada aérienne disponible depuis la deuxième guerre mondiale à ma disposition. On pouvait stopper le massacre en 10 minutes !« . Il s’est carrément attribué les cinq étoiles du commandant en chef de l’OTAN en Yougoslavie, Eisenhower en quelque sorte lors du débarquement de Normandie ! Il n’a aucune limite dans le bidonnage.

 

Là encore, c’est passé car le débat était animé par Nahum-Grappe. Non seulement elle n’y connaît strictement rien,  mais elle ne s’aviserait pas de remettre en cause quelqu’un qui à ma caution dans les locaux même de l’EHESS. Quant à Hartmann, l’ex – collaboratrice de Carla Del Ponte, et Faucheux, la jeune thésarde de service, elles se pâmaient d’admiration. Et de toute façon, comme dans tous les cénacles d’une qualité telle que mon exigence la conçoit, il y avait presque plus de monde sur l’estrade que dans la salle.

 

J’avoue qu’il m’inquiète un peu, par moment, ce cher Guillaume. Mais c’était tout de même une bonne affaire, jusqu’ici. Un bilan globalement positif, en somme. Grâce à son aide et mon sens tactique, je me retrouvais parmi les rois du pétrole, un parrain, un capo. Je faisais des propositions qu’on ne pouvait pas refuser. Qui sait jusqu’où j’aurais pu aller si je n’avais pas été trahi.

 

Pourtant, vous avez eu le prestige d’être rapporteur de la Mission d’études en France sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse. Qu’est-ce qui vous chagrine ?

 

Oui, jusque-là, tout allait bien. Nous avions d’ailleurs fait un excellent travail, surtout aux yeux de Kigali. Rendez-vous compte : en 383 pages, nous avons réussi l’exploit de parler 89 fois du Rwanda, et 75 fois des Tutsi sans jamais dire un seul mot du Congo-RDC ou du Burundi.

 

Pas un seul mot sur les rapports Garreton, Gersony et le Rapport Mapping, ni même sur le génocide avéré des Hutu du Burundi en 1972, ou celui soupçonné de 1993 contre eux, au même endroit. Pas la moindre petite allusion aux possibles agissements génocidaires du FPR contre les Hutu du Rwanda avant, pendant, et après 1994. Ni, bien évidemment, à ses crimes de même nature en RDC dont parle le Rapport de Mapping.

 

Imaginez, dans les 561 pages de ce rapport, l’APR, les soudards de Kagame sont accusés, pas moins de 800 fois, de crimes de guerre et il est écrit plus de 40 fois que ces crimes pourraient être qualifiés de crimes de génocide devant un tribunal adéquat.

 

Plus forts que David Copperfield, nous avons tout escamoté. Et pas un des nazes de la commission n’a osé broncher, ni d’ailleurs aucun autre universitaire. Il faut dire qu’on était intouchables, tout nous était permis.

 

Avouez que c’est du sur-mesure pour Paul Kagame. Alors normalement, j’aurais dû palper des dividendes royaux en présidant la commission sur les archives que Macron avait promise à Kagame. J’avais convaincu le Président Macron, qui pense l’histoire en termes de repentance, tout marchait comme sur des roulettes. Je crois que j’ai dû être trop confiant. Il faut dire qu’entre les médias (Braeckman, Cros, St Exupéry, Soudan, Medhi Ba, Larcher, Bourmeau, Kaci, Malagardis, Ayad, Servenay, Collombat, De Vulpian, Arfi,…) et les ONG (Licra, LDH, FIDH, SOS Racisme), la désinformation battait son plein. Comment aurais-je pu douter ?

 

Même l’OIF tombait aux mains de Mushikiwabo. Avec tous les harcèlements et les assassinats d’opposants qu’elle a avalisés, la voir danser quasiment enlacée avec Brigitte, à Erevan, c’était énorme. Et jusqu’au non-lieu des spadassins de Kagame pour l’attentat, un 24 Décembre ! Un vrai cadeau de Noël.

 

J’allais devenir un nabab académique avec deux euros d’investissement intellectuel : le pactole. Si seulement cet infâme pourceau ne m’avait pas trahi (sanglot).

 

Pardon, mais de quoi parlez-vous ?

 

Mais de Duclert, voyons ! Au sommet, il faut surtout se méfier de ses propres amis. Et pourtant, il avait été parfait pour massacrer Blaise Wilfert-Portal, l’inconscient qui avait imaginé me critiquer dans les cahiers Jean Jaurès. Jamais un mot plus haut que l’autre : mon ami par ci, Don Stefano par là. Le fourbe, dire que c’est moi qui l’ai fait rentrer à la Coupole, convaincu qu’il était d’une loyauté indéfectible à mon égard.

 

Et au moment fatidique, il me vole la place, le bâtard maudit. Me voilà obligé de digérer officiellement cette humiliation, mais il ne perd rien pour attendre. J’aurais sa peau, croyez-moi. Je vais dissoudre le corpus de tous ses thésards dans de l’acide sulfurique. Je l’écorcherai vif de mes propres mains et j’utiliserai sa tête comme presse-livre dans ma bibliothèque personnelle, porca madonna.

 

Tant d’efforts réduits à néant, j’écume de haine. Dire que j’avais même arrêté de signer des pétitions grotesques avec Ancel, Vulpian, Ternon, Saint Exupéry, de la Pradelle, Maison et consorts, comme celle qui s’en prenait à Filip Reyntens pour le Que-Sais-je ? sur le génocide des Tutsi qui avait rendu Paul Kagame littéralement ivre de rage. Quand tous les fous-furieux habituels s’en sont pris à la justice française pour lui mettre la pression sur l’affaire de Bisesero, je me suis fait discret pour ne pas contrarier les augures car ça se bousculait ferme au portillon. Peine perdue. Aussi, j’ai tout de même demandé à Ingrao d’en faire une pour me soutenir en expliquant, sans rire, que j’étais un spécialiste incontestable du dossier rwandais. Mais Duclert, au lieu de se tirer, s’est précipité comme une hyène affamée.

 

J’ai bien essayé de déchirer notre foutu rapport d’un seul coup pour passer ma rage, mais 383 pages, c’est un peu épais. Je vais essayer les fléchettes sur son portrait, en attendant l’heure du châtiment.

 

Tout de même, ce n’est pas si grave, votre réputation de chercheur est établie.

 

La belle affaire : avec tout ça, comment vais-je traiter par le mépris l’humiliation que m’a infligée Me Epstein, ce gamin, dans son livre « Un génocide pour l’exemple » ? C’est vraiment le seul qui m’ait parfaitement épinglé et qui ait vu clair dans mon jeu lorsque je témoignais aux assises contre un génocidaire. Voilà ce qu’il dit de moi :

 

Pour lui aussi, c’est la première fois. Stéphane Audoin-Rouzeau ne s’en cache pas et précise d’emblée qu’il n’est pas un spécialiste du pays des mille collines. Son approche est intéressante, elle pourrait presque sembler honnête. Pourtant, quelque chose sonne faux dans cette façon de minauder avec le président du tribunal, cette bonne éducation bourgeoise, la mèche toujours ordonnée et le ton professoral. L’homme explique qu’il est entré dans le Rwanda, comme Paul dans le christianisme. (…)

 

Le président l’interroge et un juré veut en savoir plus. Il lui demande :

 

« Quel fut dans l’histoire le premier génocide?» Il précise : « Est-il possible de dater le premier moment de l’histoire où une population a souhaité éradiquer un peuple qui ne lui ressemblait pas, au simple motif qu’il constituait une entité différente de la sienne?» Il voudrait savoir si l’on peut « considérer le massacre des Indiens d’Amérique par les Espagnols comme le premier génocide ».

 

Le professeur sèche puis botte en touche, reconnaît qu’il n’est pas un spécialiste des génocides. Si le témoin n’est ni spécialiste du Rwanda, ni des génocides, on peut s’interroger sur les raisons de sa présence. (…)

 

Par chance, le monde académique, particulièrement celui que je promeus, est assez étanche aux discours profanes. Publié dans une revue historique, un tel aveu aurait gravement pénalisé ma stratégie de reconversion. Finalement, c’est tout de même assez piquant de déclarer, avec la parfaite sincérité requise dans une enceinte judiciaire, que je suis incompétent dans un domaine où je brigue des responsabilités stratosphériques, sans que cela n’ait le moindre effet sur autre chose que mon amour-propre. Dans n’importe quel autre domaine, j’aurais trouvé mes affaires dans le couloir en arrivant au bureau. Mais chez les universitaires, cela n’a aucune importance du moment que, comme vous dites, ma réputation est établie. Nous sommes des gens extrêmement courtois, et surtout prudents.

 

Désormais, quelles sont vos perspectives ? Allez-vous revenir à vos premières amours de tranchées ou à celui des Mille Collines ?

 

Je ne sais pas encore. Pérone est un merveilleux parc d’attractions pour moi, mais c’est moins bien payé qu’à Disneyland, à responsabilité égale. Tandis que Kigali est d’une immense générosité, bien que très exigeant sur les résultats. Voyez comment a fini Mucyo dans des escaliers officiels …

 

Tout de même, il y a plus de rendement à attendre du champ des études génocidaires : même si je n’y comprends rien, je pourrai toujours bidonner. Claudine Vidal ne fonctionne que quand on lui change les piles, je vois mal qui pourrait désormais observer que mes analyses des massacres rwandais sont d’une superficialité navrante, comme elle l’a fait dans son article les Voyages de Stéphane-Audoin-Rouzeau[4].

Et puis, il reste Hélène Dumas, toujours prête à rendre service. Voyez la déclaration qu’elle a faite récemment à VOA-Afrique sur le colloque consacré à l’Afrique des Grands lacs au Sénat, le 9 Mars 2020. Un modèle de désinformation servile au bénéfice de Kigali. Quand je vous dis qu’elle est bonne.

 

Elle reprend mot pour mot les éléments de langage du régime avec un zèle propre à faire pâlir les gens d’Ibuka, ou de la CNLG, qui ne sont pourtant pas des tendres : elle n’hésite pas à diffamer Judi Rever et à lui prêter des écrits qu’elle n’a jamais produits, idem pour Charles Onana.

 

La plupart des intervenants ont affirmé qu’ils n’entendaient pas nier le moins du monde la réalité du génocide des Tutsi, même Dupaquier l’a reconnu, c’est dire. Pourtant, elle laisse clairement entendre qu’on aurait affaire à des disciples de Faurisson, conformément à la doctrine de Kigali qui veut que toute personne parlant des crimes du FPR, avant, pendant, et après le génocide de 1994, soit un complice direct des génocidaires. C’est d’ailleurs une doctrine très pratique pour échapper à la justice internationale, régler les affaires de son pays avec un despotisme digne des pires dictatures et éliminer sans pitié journalistes et opposants un peu trop impertinents.

 

Elle est comme ça, Hélène, elle n’a peur de rien. Surtout pas des propos fétides sur un ton très professoral dans lesquelles elle ment soigneusement. Par exemple, elle dit, dans cette interview à VOA-Afrique, que Judi Rever explique dans son ouvrage que le génocide des Tutsi était mérité. Comme l’a si bien noté Me Epstein, c’est aux élèves qu’on juge les maîtres. Pourtant, je me sens dépassé. Même les services de renseignement rwandais ont plus de scrupules…

 

D’ailleurs, j’y pense à propos de mon avenir, elle pourrait m’apprendre le kinyarwanda. Je suis sûr que Paul Kagame apprécierait, si un jour je dois de nouveau témoigner en justice, de voir que je fais l’effort de parler sa langue alors qu’il est dans le box des accusés pour crimes contre l’humanité ou génocide. Et puis, sincèrement, vous ne trouvez pas qu’elle a beaucoup de charme, Hélène Dumas ?

 

EdA Press

 

 


Notes 

[1]http://www.echosdafrique.com/20190402-le-genocide-des-tutsi-au-rwanda-est-un-fantastique-business-interview-imaginaire-et-humoristique-de-guillaume-ancel

[2]https://www.msf-crash.org/fr/publications/guerre-et-humanitaire/les-amis-democrates-des-dictateurs

[3]https://theconversation.com/ecrire-sur-le-rwanda-les-compagnons-de-route-du president-kagame-85546

[4]https://journals.openedition.org/lectures/24102

 

 

 

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