Rwanda : La chasse aux personnalités hutu par le FPR à l’étranger a commencé bien avant 1994.

« L’article   “Rwanda : La chasse aux personnalités hutu par le FPR à l’étranger a commencé bien avant 1994” avait été publié sur ce site le 11 novembre 2014. Pour des raisons techniques en rapport avec la gestion du web, son lien a été malencontreusement corrompu. Nous reproduisons l’article car il garde toute son actualité » [Admin].

Il est généralement admis que la chasse aux anciens dignitaires du régime Habyarimana a commencé après la prise du pouvoir par la rébellion tutsie du FPR en juillet 1994. Les documents d’archives de l’époque montrent que les agents du FPR qui allaient plus tard devenir des dignitaires du régime FPR après sa prise du pouvoir avaient commencé à harceler et à proférer de fausses accusations aux personnes ciblées bien avant 1994. Un des cas illustratifs de ce constat est celui de Protais Zigiranyirazo.

 

Monsieur Protais Zigiranyirazo avait été préfet de Ruhengeri jusqu’en 1989. Il est allé alors faire des études à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) au Canada. C’est là où il se trouvait quand le FPR lança son attaque de conquête du Rwanda à partir de l’Ouganda le 01 octobre 1990. Par après, il y rencontrera un certain Fidèle Makombe, un Zaïrois d’origine rwandaise qui se recommandait de l’homme d’affaires bien connu de Goma Monsieur Victor Ngezayo, par ailleurs une vieille connaissance de Zigiranyirazo. Ne se doutant de rien, il le laissa entrer dans son entourage d’autant qu’il le considérait comme un frère. Quelle ne fut la surprise de Protais Zigiranyirazo quand en 1993 il fut convoqué par un juge de Montréal pour être signifié qu’il était accusé d’avoir « proféré des menaces de mort » !

 

Comme le souligne le journal paraissant à Montréal « La Presse » du 31 juillet 1993, la plainte avait été déposée par deux personnes, à savoir un certain Jean Paul Kimonyo et Fidèle Makombe lui-même ! Les plaignants prétendaient que le 12 février 1993, dans la station de Métro Berri-UQAM de Montréal, Zigiranyirazo aurait lancé aux deux individus la menace verbale suivante : « Je vais vous tuer » ! Autre découverte surprenante, Fidèle Makombe se présentait devant le tribunal comme étant « Président de la Ligue Rwandaise des Droits de l’Homme » tandis que Jean Paul Kimonyo se disait « Coordinateur du Collectif des Associations Rwandaises du Canada ».

 

Après la prise du pouvoir par le FPR en 1994, Fidèle Makombe rentra au Rwanda et occupa des postes importants dans le système FPR notamment comme magistrat du Parquet où il a continué et de plus belle à faire la chasse aux personnes jugées indésirables par le nouveau régime. Quant à Jean Paul Kimonyo, il fut vite nommé Conseiller à la Présidence de la République en même temps attaché de presse du Président tout en étant membre de diverses commissions régulièrement mises en place par le régime comme la Commission Mucyo…

 

Protais Zigiranyirazo n’était pas au bout de ses peines. Dans son exil après la prise du pouvoir par le FPR, celui-ci n’avait plus besoin de faire inventer à ses agents des scénarios invraisemblables comme à Montréal pour embarrasser Zigiranyirazo. Il suffisait désormais de décréter «  qu’il a commis le génocide ». C’est ce qui fut fait et en 2000 Protais Zigiranyirazo fut arrêté par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) pour : entente en vue de commettre le génocide, génocide, complicité de génocide, extermination comme crime contre l’humanité, assassinat comme crime contre l’humanité.

Après 10 ans de détention préventive Zigiranyirazo sera enfin jugé et sera acquitté de tous les chefs d’accusations. Entre-temps on aura noté au passage que ceux-là même qui l’avaient injustement accusé au Canada en 1993 étaient les mêmes qui ont tenté de le faire condamner, devant TPIR à Arusha, mais en vain.

 

Ces vieux agents du FPR dont Fidèle Makombe et Jean Paul Kimonyo qui furent des pionniers dans la chasse aux innocents avant même la prise du pouvoir par l’organisation qu’ils servaient en 1993 ne désarment pas. Maintenant que Zigiranyirazo est libre mais cherche un pays d’accueil, ces agents du FPR ne manquent pas de faire resurgir l’incident imaginaire du Métro de Montréal pour dissuader les services de sécurité des pays susceptibles de l’accueillir en invoquant de possibles « troubles à l’ordre public » dont il pourrait être la cause.

 

Espérons que les instances habilitées sauront déjouer les manœuvres de ces manipulateurs qui tentent de recycler leurs mensonges de 1993 au Canada même après l’acquittement de leur cible privilégiée qu’est Monsieur Protais Zigiranyirazo.

 

Emmanuel Neretse

 

 

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