Dans les coulisses de la visite de Paul Kagame en France:  Diplomatie parallèle ou transmission de messages subliminaux?

La presse officielle, tant de Kigali que de Paris, annonce le séjour à Paris du dictateur rwandais Paul Kagame les 17 et 18 mai 2021. L’un des événements phares qui marqueront cette visite du tyran rwandais en France seront des audiences qu’il va accorder à quelques officiers des Armées françaises en service au Rwanda entre 1988 et 1994 comme l’indique le média le plus pro-Kagame de Paris, Jeune Afrique.

 

Ces officiers et diplomates ayant servi au Rwanda et dans la région lors de la conquête militaire du Rwanda par les éléments tutsi de l’Armée régulière de l’Ouganda sous le commandement de Paul Kagame, ont été triés sur le volet et leurs rôles et messages à porter, soigneusement déterminés.

 

Dans les lignes qui suivent, nous allons passer en revue les messages que vont porter ces officiers à Paul Kagame en les classant par catégorie. Ce sera aussi l’occasion d’indiquer qui parmi ces “ heureux élus” va porter tel ou tel message lors de leurs entretiens avec Paul Kagame programmés pour les 17-18/5/2021 à Paris.

 

Messages à faire passer

 

– Règlements de compte personnels avec la hiérarchie ou d’autres corps de défense.

 

Ce sera pour certains officiers l’occasion de régler leurs comptes personnels avec la hiérarchie militaire avec laquelle ils eurent maille à partir à l’époque. Ou alors l’occasion pour se venger de certaines unités d’élite des Armées françaises à qui ils n’auraient pas réussi à imposer des ordres ridicules et irréalistes venant d’un officier de bureau déconnecté des réalités du terrain et en plus manipulé et désinformé par les complices de Kagame à l’ époque.

 

Ce sera le cas du Général de Corps d’Armée (2S) Jean Varret qui fut Chef de la Mission Militaire de Coopération au Rwanda de 1990 à 1993. Celui-ci, manipulé par l’opposition intérieure pro-FPR, a gardé une dent contre le 1è Régiment des Parachutistes d’Infanterie de Marine (1RPIMa) au Rwanda en 1991 qui n’avait pas obtempéré à ses ordres de faciliter l’infiltration des combattants du FPR venus d’Ouganda dans la zone sous contrôle des FAR. Ce sera pour lui une occasion de vider son venin sur ce Régiment et sur la hiérarchie militaire de l’époque qui l’avait désavoué.

 

Il en sera de même pour le Colonel Gendarme René Galinié, qui fut Attaché de Défense à Kigali jusqu’en 1991. Désigné aussi Conseiller militaire du Chef d’Etat-Major des FAR à l’invasion du FPR le 01 octobre 1990, au lieu justement de conseiller l’Etat-Major, il se considérait seulement comme interlocuteur du seul Président Habyarimana et à ce titre, il ne communiquait pas avec l’Etat-Major lui-même et est resté dans ce mutisme jusqu’à son remplacement en 1991 par un autre officier plus opérationnel et moins prétentieux. C’est sûrement son incompétence comme conseiller militaire aujourd’hui trente ans après, présentée comme une clairvoyance, qu’il doit faire miroiter aux yeux de Kagame pour lui montrer qu’il l’a indirectement aidé dans sa conquête militaire du Rwanda.

 

– Rappeler des services occultes rendus à Kagame pendant sa guerre de conquête

 

Les deux officiers, le Général Varret et le Colonel Galinié font partie de ceux qui doivent faire prévaloir les services occultes rendus à Kagame pour sa conquête, mais c’est surtout l’ancien Ambassadeur de France à Kampala de 1990 à 1995, Monsieur Yannick Gérard qui sera le principal porteur de ce message subliminal.

 

Il devrait en effet rappeler que c’est à travers lui que la France a œuvré pour que l’agression caractérisée du Rwanda par les éléments de l’Armée de l’Ouganda ne soit non seulement pas condamnée par la Communauté internationale, mais soit présentée et imposée au régime de Juvénal Habyarimana comme “une guerre civile” déclenchée par des réfugiés tutsi ! Jamais ailleurs au monde, ni dans les annales du HCR, on n’avait qualifié les officiers généraux, les officiers supérieurs d’un pays membre de l’ONU encore de “réfugiés” alors qu’ils étaient déjà ”Ministre de la Défense, Chef des Renseignements militaires, Commandants des Divisions, Brigades et Bataillons…’’. Mais, à l’invasion du Rwanda, ceci fut admis grâce notamment aux pressions de la France sur son supposé allié.

 

L’Ambassadeur ne manquera pas de faire un bref rappel à Kagame de comment il facilitait ses voyages en France comme ”officier ougandais” avec toutes les facilités diplomatiques, et qu’à son retour, il le présentait comme “chef des réfugies tutsi rwandais voulant rentrer dans leur pays”. Il lui rappellera aussi que c’est grâce à lui, l’Ambassadeur de France à Kampala, que quand les services des Renseignements de France (DGSE) venaient enquêter sur les activités du FPR et les appuis qu’il recevrait de l’Ouganda, ils étaient désinformes ou interdits d’accès à l’information et au retour fournissaient des rapports aussi burlesques que incompréhensibles du genre: “Le FPR n’a pas de base en Ouganda et ne s’approvisionne pas dans ce pays, ils descendaient du ciel et avaient leurs usines de fabrication d’armes et munitions”!

 

– Porter un message officiel à Kagame que l’autorité politique ne peut et ne veut endosser.

 

Tous ces officiers et diplomates ont donc été choisis ou proposés à Paul Kagame pour qu’il les reçoit dans le but de transmettre des messages que l’autorité politique ou la hiérarchie militaire n’osent pas transmettre au dictateur, ouvertement.

Qu’il reconnaisse au moins que si la France ne l’a pas directement aidé à conquérir militairement le Rwanda, au moins elle l’a laissé faire. Et que si elle s’y serait opposée Kagame ne régnerait pas aujourd’hui sur le Rwanda depuis 1994.

 

– Caresser le dictateur et autocrate Paul Kagame dans le sens du poil

 

Enfin, parmi les officiers choisis pour rencontrer Kagame à Paris, deux parmi eux ont reçu la mission d’“idiots utiles” qui doivent montrer que certains officiers des armées françaises lui vouent une admiration plus grande que celle vouée au Général de Gaulle. C’est dans ce sens qu’il faut mesurer les propos scandaleux de l’un d’eux qui dit : « Si on m’avait dit, quand j’étais encore jeune lieutenant, que j’allais rencontrer le général de Gaulle, j’en aurais éprouvé une grande fierté ainsi qu’une grande curiosité” témoigne à Jeune Afrique l’un des officiers français concernés par cette rencontre avec Paul Kagame, qui précise éprouver au sujet du chef de l’État rwandais ‘‘une forme de curiosité respectueuse ».

 

C’est le rôle que va jouer le Général de Brigade (2S) Eric Stanbenrath. Celui-ci a côtoyé Paul Kagame pendant les deux mois (septembre, octobre) que l’officier Ougandais Kagame a passé au Command and General Staff College de Fort Leavenworth au Kansas, USA en 1990, avant d’être rappelé par son pays, l’Ouganda, pour aller commander le Corps expéditionnaire qui devait conquérir le petit Rwanda voisin. Il entend donc rappeler au dictateur tout puissant au Rwanda et en Afrique qu’est devenu le petit Major ougandais Kagame de 1990 au Kansas, cet épisode et demander ses grâces au nom de la France.

 

L’autre, c’est le Général (2S) Patrice Sartre qui, en 1994, commandait le Régiment d’Infanterie des Chars de Marine (RICMa), une des unités de l’Opération Turquoise. Se positionnant plutôt politiquement, il ne cesse de fustiger, dans les tribunes qu’il publie dans les médias pro-Kagame de France, l’entourage militaire et politique de François Mitterrand. Il écrit par exemple dans le Monde : « ...au service de la politique surannée et chimérique d’un président à bout de souffle [François Mitterrand], une coterie politique, diplomatique et militaire se sachant intouchable », mais sans qu’il ne parvienne à prouver comment les unités de l’Opération Turquoise auraient failli à leur mission ni entaché l’Honneur des Armées Françaises. Mais son admiration sans bornes pour le même Kagame suffit à le lui faire rencontrer ne fut ce que pour nourrir l’égo surdimensionné du dictateur et président à vie (roi) du Rwanda.

 

Résultats escomptés

 

Cette campagne de communication vise donc à amadouer le dictateur du Rwanda Paul Kagame et à le convaincre d’accepter les excuses officieuses que les officiels ne pourraient présenter, car politiquement risqué.

 

En même temps les initiateurs comptent faire taire les voix critiques envers la dictature de Paul Kagame au Rwanda dès lors qu’ils seront balancés comme les plus mauvais des Français ou les moins valeureux des soldats de la France s’ils n’ont pas soutenu Kagame et si aujourd’hui ils ne s’agenouillent pas devant lui.

 

Il est encore trop tôt d’évaluer si tous les objectifs de la campagne seront atteints ni quel sera leur impact sur la diplomatie et la politique de défense de la France dans la région et en Afrique. Comme on dit (pas en français) : “Wait and See”.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

 

 

 

 

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