Les tentatives de Paul Kagame de déstabiliser le Burundi, entamées depuis 1991, continuent. Décryptage

Les tentatives et les actions de Paul Kagame pour déstabiliser le Burundi, entamées depuis 1991, continuent. Décryptage [Série 11]

 

Introduction

 

Rwanda-Burundi : syndrome des faux jumeaux

 

Avec presque la même superficie (27.834 km2 pour le Burundi et 26. 338 km2 pour le Rwanda), une population identique répartie dans trois communautés (Hutu, Tutsi, twa) et parlant une même langue : le Kirundi est similaire au Kinyarwanda hormis quelques petites variantes linguistiques). Le qualificatif de “jumeaux’’ semble convenir pour désigner les deux Etats, le Burundi et le Rwanda. Mais leur réalité sociologique et leur évolution politico-historique appellent à être plus nuancée.

 

Deux monarchies faussement identiques

 

Certes le Rwanda et le Burundi furent des monarchies féodales depuis des siècles avant l’arrivée des européens. Au Burundi comme au Rwanda, le pouvoir était détenu par une lignée tutsi de laquelle était choisi le roi (“Mwami” en langue locale) régnant. Au Burundi la dynastie régnante était celle des “Baganwa” et veillait à se placer au-dessus de la mêlée des ethnies hutu-twa-tutsi.

 

Quoique tutsi eux-mêmes, les Baganwa entendaient n’être d’aucune ethnie et faisaient tout pour le faire admettre. Au Rwanda, les dynasties se succédaient souvent par des révolutions de palais ou des éliminations sanglantes entre les clans tutsi. Les deux principaux clans qui se disputaient le pouvoir monarchique étaient les ‘‘Abega” et les “ Abanyiginya”.

 

Le dernier acte de cette lutte pour le pouvoir entre tutsi remonte en 1886 quand les “Abega” sont parvenus à s’emparer du trône en tuant le roi ‘‘nyinginya’’ Mibambwe IV Rutarindwa. La reine-mère Kanjogera et ses frères Kabale et Ruhinankiko, parent éloigné de Paul Kagame, ont assuré la régence du trône en attendant la majorité du prince Yuhi Musinga.

 

Pendant la période coloniale (1900-1962), que ce soit la colonisation allemande (1900-1918) ou la tutelle de la Belgique (1918-1962),  ces puissances européennnes s’appuyeront sur les structures étatiques qu’elles ont constatées dans ces deux territoires à leur arrivée, selon le principe dit d’“Indirect rule”.

 

Au Burundi où le Mwami et le clan régnant des Baganwa traitaient ses sujets de la même façon en se plaçant au-dessus de la mêlée. Les colonisateurs vont associer sans distinctions les tutsi comme les hutu dans la gouvernance indirecte du pays. Il y avait donc avant 1960 plusieurs hutu qui étaient des chefs ou des sous-chefs.

 

Au contraire, au Rwanda, où la dynastie tutsi régnante considérait les hutu comme des êtres inférieurs, les colons vont aller dans le même sens et s’appuyer sur les seuls tutsi  considérés comme des êtres plus intelligents que les hutu et les twa. Ces colons  vont ainsi asseoir leur autorité dans ce territoire en s’appuyant et en renforçant les structures de la domination tutsi.

 

Ainsi, seuls les enfants des notables tutsi pouvaient fréquenter less rares écoles publiques d’où les hutu étaient ouvertement inadmissibles (Groupe Scolaire Indatwa d’Astrida). Les rares hutu scolarisés le seront dans des séminaires catholiques qui, officiellement, les destinaient à ne devenir que prêtres.

 

Conséquence : en 1959, à l’éclatement de la Révolution populaire de novembre 1959, sur les 52 chefs que comptaient le Rwanda, il n’y avait aucun hutu. Et sur les 120 sous-chefs, il n’y avait qu’un seul hutu Dominique Mbonyumutwa qui deviendra le premier Président de la République après l’abolition de la monarchie le 28 janvier 1961.

 

Etats devenus indépendants le même jour mais dans des cadres politico-sociaux différents

 

Dès leur accession à l’indépendance le 1er juillet 1962, le Burundi et le Rwanda furent administrativement séparés. Le Rwanda devint une république tandis que le Burundi resta une monarchie jusqu’en 1966. Les dirigeants de ces deux entités s’efforcèrent d’entretenir les rapports de bon voisinage qui ne furent pas exempts de crises.

 

En effet, en 1963, les rapports entre le Burundi et Rwanda furent entachés par l’attaque, à partir du Burundi contre le Rwanda dirigé par Grégoire Kayibanda, par une rébellion formée principalement par des réfugiés tutsi rwandais qui avaient fui le Rwanda suite aux événements de novembre 1959. Au Burundi, c’était sous le règne du roi Mwambutsa. Cette attaque marquera négativement, pour longtemps, les relations entre les deux gouvernements. La nouvelle incursion des miliciens des réfugiés tutsi sur le territoire rwandais à partir du Burundi qui eut lieu en 1967 raviva la tension entre le Burundi et le Rwanda. Celle-ci ne diminuera qu’en mars 1967, lorsque le Burundi et le Rwanda signèrent un compromis sur le statut de réfugiés. Le président Micombero s’engagea à désarmer les combattants tutsi…

 

Une étude détaillée de la situation de ces deux états à leur accession à l’indépendace comme indiqué dans le paragraphe précédent, permet de saisir et de comprendre l’état de leurs relations près de 60 ans plus tard, c’est-à-dire l’époque que nous vivons à la rédaction de ces lignes en 2021.

 

Fuite et installation des monarchistes tutsi rwandais au Burundi

 

Lorsqu’ en novembre 1959 éclata la Révolution populaire au Rwanda, les monarchistes regroupés politiquement dans le parti UNAR tenteront de mâter l’insurrection en assassinant les leaders hutu considérés comme meneurs de cette insurrection. Mais l’autorité de tutelle belge ne permit pas l’extermination de tous les leaders hutu et même, les protégea.

 

Après le référendum du 25 septembre 1961 supervisé par l’ONU et dans lequel le peuple rwandais se prononça à une très large majorité pour un régime républicain et le rejet de la monarchie féodale, les monarchistes tutsi vont fuir en masse, mais en bon ordre comme il l’avait commencé en 1959, vers les pays voisins préférant l’exil que de vivre dans un Rwanda gouverné par les hutu, leurs anciens serfs comme ils le disaient.

 

En considérant les catégories sociales de ces monarchistes tutsi et les pays où ils se sont éxilés, on comprendra mieux quelques répercutions historiques qui vont affecter la région pendant plus de trois décennies après la Révolution de 1959.

 

Ainsi, les principaux leaders du parti monarchiste l’UNAR ainsi que des jeunes intellectuels tutsi choisiront le Burundi comme pays d’éxil. Tandis que les grands notables de la Cour royale et leurs proches se replieront en Ouganda. Le reste des tutsi moyens s’exileront en Tanzanie et au Congo-Kinshasa, actuel RDC.

 

Les jeunes cadres et intellectuels tutsi repliés au Burundi prendront littéralement ce pays en otage et mèneront, à partir de ce pays, des actions pour tenter de reconquérir le pouvoir au Rwanda par les armes: les attaques des tristement célèbres terroristes “Inyenzi” qui ont duré de 1961 à 1968. Mais c’est au Burundi même qu’ils seront les plus nuisibles pour la stabilité et la gouvernance de ce pays comme nous allons le détailler dans les paragraphes qui suivent.

 

Ces extrémistes tutsi rwandais vont petit à petit convaincre la monarchie burundaise, et surtout les cadres tutsi, qu’ils étaient ménacés si les hutu continuaient à être représentés en force dans les instances de l’Etat. Ainsi, en 1965, ils avaient presque réussi à renverser l’équilibre séculaire qui prévalait au Burundi même avant l’indépendance dans le partage du pouvoir entre hutu et tutsi. Ils seront les maîtres d’œuvre et les auxiliaires de l’armée du Capitaine Michel Micombero qui venait de renverser la monarchie en 1966 et surtout de la milice du parti unique dénommée JRR qui ont exécuté le génocide contre les hutu de 1972.

En effet, ce sont les réfugiés tutsi rwandais qui faisaient les listes des hutu parmi les élèves ou étudiants des établissements qu’ils fréquentaient pour les remettre aux militaires et aux JRR qui venaient les ceuillir et les embarquer pour aller les exécuter et les jeter dans des fosses communes.

 

L’ampleur de ce génocide contre les hutu est en train d’être exposée à l’opinion seulement en ce 2020-2021 soit plus de 48 ans plus tard grâce au travail de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), instance prévue dans les Accords inter-burundais d’Arusha signés en 2003.

 

Depuis 1968, les réfugiés rwandais renonceront à la lutte armée jusqu’à l’invasion armée du Rwanda par le FPR (Front Patriotique Rwandais) le 1er octobre 1990 à partir de l’Ouganda. Mais depuis 1990, les mêmes monarchistes tutsi du Rwanda vont s’atteler à déstabiliser de plus belle le Burundi parallèlement à leur conquête du Rwanda. Et après la conquête du Rwanda, ils tenteront d’installer au Burundi un régime dont le modèle serait celui qu’ils ont installé au Rwanda en 1994. Ils sont d’autant plus encouragés dans cette entreprise que les mêmes “puissances” qui les ont soutenus pour restaurer la monarchie féodale tutsi au Rwanda sont gênées par l’existence au Sud, d’un Burundi républicain et démocratique et donc à abattre pour ne pas servir d’exemple au peuple rwandais conquis et soumis à une clique tutsi depuis 1994.

 

C’est ce que nous allons exposer dans les lignes qui suivent.

 

Contexte général

 

On ne le rappellera pas assez : la rivalité politique entre les deux principales ethnies des territoires de l’Afrique centrale sous tutelle belge et devenus des Etats indépendants en 1962 que sont le Burundi et le Rwanda, constitue le fil conducteur de la vie politique et sociale dans ces pays. Ce problème devenu criant à la veille de l’indépendance de ces pays,  fut différemment géré dans chacune de ces entités. Le seul dénominateur commun est que la solution préconisée ici et là et présentée un moment comme définitive et radicale se révèle toujours illusoire et même catalyseur de ce conflit.

 

Ainsi, depuis son indépendance et surtout à partir de 1966 quand la monarchie fut abolie et cela jusqu’en 2000, les autorités successives ont décrété que les ethnies hutu , tutsi et twa n’existaient pas au Burundi et quiconque osait prononcer ce vocable était  condamné pour “divisionnisme”. Pourtant, les mêmes autorités ne tardèrent pas à se retrouver face à leurs contradictions. En 1972, le régime du Colonel tutsi Micombero déclara que les hutu voulaient le renverser et qu’en représailles plus de 500.000 hutu instruits furent tués dans ce qui est toujours considéré, et avec raison, par certains comme “un génocide contre les hutu”.

De même, en 1988, sous la présidence du Major tutsi Pierre Buyoya qui venait de renverser un autre officier tutsi le Colonel Jean Baptiste Bagaza, l’armée monoethnique tutsi n’hésita pas à raser avec des chars, des hélicoptères de combat et même en y répandant du Napalm, des collines de deux communes du Nord du pays de Ntega et Marangara, sous prétexte qu’elles étaient habitées par des hutu défavorables au régime tutsi et que c’était de là que pourrait provenir une rébellion armée des hutu.

 

L’apothéose fut atteinte en octobre 1993 quand l’armée monoethnique tutsi a assassiné, au grand jour, après l’avoir torturé dans les jardins du Mess des officiers, le tout premier Président hutu qui venait d’être élu démocratiquement à peine trois mois auparavant, feu Melchior Ndadaye. Les officiers et hommes de troupes tutsi qui l’ont assassiné disaient qu’ils ne pouvaient pas tolérer qu’un hutu soit Président de la République et donc constitutionnellement leur Commandant en Chef. Pour eux, c’était impensable. Depuis lors, le régime tutsi a alors admis que les ethnies hutu et tutsi coexistent bel et bien au Burundi contrairement à ce que le même régime faisait croire à la population et surtout au monde.

 

Ce constat fut à la base de l’Accord de paix d’Arusha signé entre le régime tutsi et différentes rébellions hutu en 2000 sous les auspices de Nelson Mandela ancien Président d’Afrique du Sud d’après Apartheid. Des quotas furent fixés montrant comment les tutsi et les hutu doivent être représentes dans les différentes instances et institutions du pays : Gouvernement, Armée et Police, Instances Judiciaires, Diplomatie, Administration Centrale, Sociétés para-étatiques … Ce principe fut inscrit dans la Constitution et tout régime doit s’y conformer.

 

Au Rwanda voisin, l’évolution politique et sociale fut à l’opposé du Burundi. Depuis l’indépendance, les ethnies hutu, tutsi et twa furent maintenues et reconnues sans complexe. Depuis 1973, le régime d’alors instaura même un système d’équilibre ethnique pour garantir à chaque ethnie ce qui lui est dû proportionnellement à son poids dans la population du pays.

 

Actions de Paul Kagame dans la déstabilisation du Burundi

 

1. Pendant sa guerre de conquête du Rwanda : 1990-1994

 

En 1991, Paul Kagame qui alors venait de prendre le commandement en chef du FPR après la mort du Gen Fred Rwigyema, va exacerber la méfiance entre hutu et tutsi du Burundi. Cela lui était d’autant plus facile qu’il avait des liens solides dans ce pays. L’on se souviendra en effet que c’est au Burundi que Rutagambwa s’est exilé en novembre 1959, avec sa femme et le petit Paul Kagame. Peu après, le père Rutagambwa alla vivre en Ouganda laissa sa famille (femme et enfants dont trois filles et un petit garçon) à Bujumbura. L’enfant grandira à Bujumbura jusqu’à peu près à l’âge de 6 ans avant de rejoindre son père à Kampala.

 

C’est donc sur base de cet attache avec le Burundi, et surtout par le biais de sa femme Jeannette Nyiramongi elle aussi issue de ces familles exilées au Burundi, que Kagame devenu Commandant en Chef de l’Armée du FPR, voyant sa réserve de recrutement fondre au sein des tutsi de l’armée ougandaise et des réfugiés des camps comme Nakivale, va, depuis début 1991, s’employer à recruter des jeunes tutsi vivant au Burundi. La campagne de recrutement, encouragée par le régime du Major Buyoya, devenait si intense que certaines classes des écoles et certaines facultés de l’Université se vidaient de tous ses éléments tutsi à vue d’oeil. Cette situation exacerba la méfiance entre jeunes hutu et tutsi burundais car les premiers s’inquiétaient de ce qui se passait, tandis que les seconds jubilaient en laissant entendre que leurs frères rwandais vont enfin arriver au pouvoir dans ce pays, comme eux, au Burundi.

 

En 1993, le même Paul Kagame a été à la base sinon l’architecte de l’ignoble assassinat du premier président hutu du Burundi démocratiquement élu, à savoir feu Melchior Ndadaye, tué le 22 octobre 1993 à peine moins de trois mois après son investiture.

 

L’on se rappellera que sous l’impulsion du courant démocratique initié après le sommet de la Beaule et le fameux discours du président français François Mitterrand, plusieurs régimes, souvent militaires des pays francophones d’Afrique, ont cédé et ont admis la démocratisation chez eux à commencer par l’introduction du principe du multipartisme chez eux mettant ainsi fin au règne du parti unique. Le Burundi ne fut pas en reste et dès 1991, le Major Pierre Buyoya, qui avait saisi le pouvoir par un coup d’état militaire en 1987 et qui politiquement entendait s’appuyer sur le traditionnel parti unique l’UPRONA (Union pour le Progrès National) comme l’avaient fait ses prédécesseurs, lâcha du lest en autorisant le multipartisme. C’est alors que des jeunes intellectuels, des hutu pour la plupart, qui avaient été longtemps réfugiés au Rwanda pour échapper au génocide de 1972, se sont engouffrés dans cette brèche en fondant un parti politique. Parmi ces jeunes cadres on peut citer Melchior Ndadaye, Domitien Ndayizeye, Cyprien Ntaryamira, Sylvestre Ntibantunganya…Ils fondèrent le parti Sahwanya FRODEBU (Front pour la Démocratie au Burundi) qui se lança dans l’arène politique.

 

Le Major Buyoya, sous la bannière du tout puissant ex-parti unique UPRONA, accepta d’organiser des élections présidentielle et législative ouvertes et transparentes étant presque sûr que ce n’était qu’une formalité car il allait les gagner haut-la main. Mais à la surprise générale, lors de l’élection présidentielle de juin 1993, le jeune (39 ans ) et presque inconnu Melchior Ndadaye remporta avec plus de 65 % des voix. Le parti Sahwanya FRODEBU de Melchior Ndadaye allait renforcer sa victoire en lui accordant une majorité absolue au Parlement élu en rafflant plus de 80% des sièges à pourvoir.

 

Le Major Pierre Buyoya accepta sa défaite et remit le pouvoir à Melchior Ndadaye en août 1993. Mais c’était sans compter sur la colère et la frustration de l’armée monoethnique tutsi que le Burundi s’était construit depuis 1972 quand les derniers éléments hutu de l’armée furent éliminés et depuis lors aucun hutu n’était plus admis dans l’Armée ou la Police (Gendarmerie).

 

Depuis son investiture, les officiers tutsi n’ont donc jamais cessé de manifester par des gestes même perceptibles par les profanes, qu’ils n’admettaient point qu’un hutu comme Melchior Ndadaye soit considéré comme “leur Commadant en Chef” comme le stipulait la Constitution. C’est ainsi qu’il faillit être renversé lors de son premier voyage à l’étranger comme Président au sommet de la Francophonie à l’Ile Maurice en septembre 1993. Mais ce n’était que partie remise. Dans la nuit du 21-22 octobre 1993, des militaires commandés par des officiers subalternes de l’unité blindée stationnée à Bujumbura sont venus le ceuillir dans son lit et sa femme et ses enfants ont juste eu le temps et la chance de se réfugier à la résidence d’une ambassade voisine. Le pauvre président sera alors conduit dans un camp militaire et le lendemain matin au Mess des officiers près de l’Etat Major de Bujumbura où il fut humilié et torturé à mort quand il fut étranglé par un caporal tutsi aux mains énormes surnommé “Kiwi” pour la noirceur de son teint, au moment où les officiers supérieurs sifflaient leurs coupes de champagne en rigolant.

 

Des coïncidences troublantes laissent penser que Paul Kagame était à la base et à la manœuvre pour ce coup d’état sanglant contre Melchior Ndadaye. De sources diverses et toutes sûres, Paul Kagame séjournait à Bujumbura depuis quelques jours avant le coup d’état du 22 octobre 1993. Dans l’hôtel où il logeait, il recevait, non seulement les anciennes autorités politiques du Burundi de l’époque Buyoya, mais surtout des officiers supérieurs de l’Armée tous tutsi comme indiqué. Plus inquiétant, certaines informations font état que dans la nuit fatidique du 21-22 octobre 1993 et le jour suivant, Paul Kagame lui-même aurait suggéré aux officiers putschistes qui venaient d’assassiner le Président Melchior Ndadaye, de ratisser plus large en éliminant tous ceux qui, de son entourage ou de même bord politique, constitutionnellement pourraient le remplacer si la Communauté Internationale l’exigeait. C’est ainsi que le Président de l’Assemblée Nationale, le Vice-President (pourtant tutsi), le Ministre de l’Intérieur, le Chef des Services de Renseignements etc., furent recherchés à la loupe et tués la même nuit ou le jour suivant. Celui qu’ils ne retrouvaient pas, la consigne était donnée par radio d’éliminer ceux de sa famille présents sur les lieux. Ce fut le cas de celui qui était alors Ministre des Affaires Etrangères, un certain … Sylvestre Ntibantunganya. Et tout ça, selon les témoins, sous la supervision du Major Kagame qui agissait pour couvrir le Major Pierre Buyoya battu aux élections mais qui entendait préserver le pouvoir tutsi au Burundi pour mieux appuyer la reconquête du Rwanda par les mêmes tutsi et qui venait de commencer.

 

2. Après la conquête du Rwanda en 1994

 

En 1994 plus exactement le 06 avril, Paul Kagame va encore endeuiller et semer la désolation au Burundi en assassinant un second Président hutu du Burundi Cyprien Ntaryamira tué dans l’attentat terroriste au cours duquel un commando de Paul Kagame tira des missiles Sol-Air sur l’avion à bord duquel étaient les Chefs d’Etats du Rwanda et  du Burundi à son approche pour atterir à l’aéroport de Kanombe venant d’un sommet régional à Dar Es-Sallam en Tanzanie. La suite, on la connaît : l’attentat  fut l’élément déclencheurs des massacres interethniques au Rwanda, qualifiés de génocide, mais qui permirent à Paul Kagame de conquérir le pouvoir dans un pays décapité et dont les instances de sécurité et de défense étaient débordées et en plus sous embargo.

 

En 1995, fiers et confiants au soutien de Paul Kagame qui venait de se rendre maître du Rwanda avec le concours de certains de leurs collègues, les étudiants du campus universitaire de Bujumbura ont entrepris un nettoyage systématique du campus en tuant tout étudiant hutu et même des professeurs de ce campus. Les survivants fuiront et iront dans le maquis où ils allaient constituer une rébellion armée contre l’armée monoethnique tutsi. Parmi ceux-là on pourrait citer les noms comme Pierre Nkurunziza, Evariste Ndayishimiye, Adolphe Nshimirimana, Alain Guillaume Bunyoni, etc.

 

En 1996, c’est Paul Kagame qui a convaincu le Major Pierre  Buyoya de reprendre les rênes du pays et de déposer le hutu Sylvestre Ntibantunganya qui avait été placé là par les médiateurs de la Communauté Internationale dans la fameuse “Accord de Gouvernement’’  piloté par le mauritanien Ould Abdallah. Le hutu Ntibanyunganya n’etait en effet qu’un figurant président, craintif et sous la supervision des officiers tutsi qu’il ne contrôlait pas, tout en les redoutant. Pour Kagame les choses devraient être claires et Buyoya reprit le par son 2è coup d’etat de juillet 1996.

 

Entre 1998 et 2000, après avoir réinstallé le Major Buyoya  la tête du  Burundi et remis l’armée monoethnique tutsi  de ce pays à son ancien rôle de tout régenter, Paul Kagame maître du Rwanda et de la région ayant pour mission de conquérir le grand Zaire voisin, va associer le Major Buyoya à cette entreprise.

 

3. Pendant le processus de paix inter-burundais

 

Le régime militaire de Buyoya II, depuis que des jeunes hutu avaient pris le maquis préférant “mourir debout au lieu de vivre à genoux devant les militaires tutsi”, fut confrontée à cette rébellion et la guerre civile devenait interminable depuis 1998 malgré les interférences de Paul Kagame. Il devint donc vite évident que seules les négociations entre les belligérants pouvaient ramener la paix au Burundi et donc dans la région. C’est ainsi que les pourparlers entre le régime Buyoya et les rébellions hutu débutèrent en 2000 dans la ville de Tanzanie d’Arusha et sous l’égide du Sage africain et mondial qui avait été le Président de l’Afrique du Sud post- Apartheid de 1994 à 1999, Nelson Mandela lui-même.

De prime abord, la médiation insista pour que la nature du conflit burundais soit définie et entendue de façon consensuelle par les parties en négociation. Les deux parties tombèrent d’accord que le conflit burundais était “politique mais aussi et surtout ethnique entre Hutu et Tutsi du Burundi pour la gestion du pays et la jouissance des biens de ce pays”. C’est alors que Paul Kagame vit rouge car il avait, en ce qui concerne le Rwanda, réussi à écarter le vrai problème Hutu-Tutsi de la table des négociations d’Arusha (1992-et 1993) entre la rébellion du FPR et le régime Habyarimana. Il ne voulait surtout pas que les Burundais s’entendent sur les quotas ethniques dans les instances dirigeantes du pays surtout pas dans l’Armée et dans la Police, car lui-même, après la conquête du pays en 1994, il était en train de construire une armée et une police monoethnique tutsi. Il redoutait donc que son entreprise de “tutsiser” toutes les instances du Rwanda ne soient contrariées cet accord inter-burundais.

 

Heureusement, pour le Burundi, la personnalitéé et la renommée du Médiateur, le Prestigieux Nelson Mandela, eurent raison des tentatives de Paul Kagame de faire accoucher d’une souris la montagne des négociations d’Arusha. Le principe de partage du pouvoir à tous les niveaux entre hutu-tutsi et twa fut retenu dans l’Accord signé à Arusha et les quotas convenus devront désormais être inscrits dans toute Constitution.

 

5. Heurs et malheurs du régime CNDD-FDD de Pierre Nkurunziza:  2005-2010.

 

Pierre Nkurunziza était le chef politique de la principale rébellion hutu du CNDD. D’après l’Accord d’Arusha, le tutsi Pierre Buyoya devait alterner à la présidence avec un hutu pendant la période de transition allant jusqu’aux élections de 2005. Le Major Buyoya alternera donc avec le hutu Domitien Ndayizeye à la Presidence. Et en ce 2005, ce fut Pierre Nkurunziza qui fut élu Président non pas par suffrage universel comme le prévoyait la Constitution mais, exceptionnellement et compte tenu de la situation de sortie d’un  conflit ayant duré 10 ans, par l’Assemblée Nationale. Et ce n’est qu’en 2010 qu’il sera élu pour un premier mandat au suffrage universel.

 

Pendant tous ses mandats Pierre Nkurunziza tenait à rester effacé face à un Paul Kagame omniprésent dans la région et tirant les ficelles dans la politique au Burundi.  C’est ainsi que, pour céder aux caprices de Paul Kagame, les services secrets du régime Nkurunziza n’hésitaient pas à lui livrer tout exilé ou tout opposant au FPR de passage au Burundi. Le cas le plus connu est celui de Déo Mushayidi, pourtant un tutsi, ancien cadre du FPR en Suisse, qui fut livré à Kagame en 2002 et qui, depuis lors, y purge sa peine d’emprisonnement à perpétuité. Quant aux hutu livrés, leur liste couvrirait des pages et des pages, …

 

Malgré cette bonne volonté et plusieurs gestes pour caresser Kagame dans le sens du poil de la part du régime Nkurunziza, celui-ci ne trouvera jamais grâce auprès du dictateur tutsi du Rwanda et son sort fut fixé avant la fin de son premier mandat de 2010-2015 : Pierre Nkurunziza  doit être renversé et avec lui, son parti CNDD-FDD.

 

4. Passage à l’acte pour renverser le régime démocratique de Pierre Nkurunziza : mai 2015

 

C’est sous prétexte que Pierre Nkurunziza allait se présenter pour un mandat jugé “anti- constitutionnel” car le troisième selon les comploteurs, (alors que la Cour Constitutionnelle et la Cour de l’EAC, allaient juger qu’il s’agissait d’un 2è mandat  selon la Constitution du Burundi), qu’en mai 2015, une insurrection rondement  menée à Bujumbura et ouvertement soutenue par des puissances étrangères, fut déclechée pour renverser le régime Nkurunziza. L’insurrection et les émeutes, même encadrées, se révélant trainer en longueur, les conspirateurs décidèrent de passer à la vitesse supérieure et opèrent un coup d’Etat militaire le 13 mai 2015. Après quelques heures d’incertitude, le coup d’Etat se révéla avoir échoué, surtout avec le retour inattendu du Président Nkurunziza au Pays, lui que l’on croyait ne jamais plus revenir de la visite qu’il avait effectuée dans un pays voisin.

 

Paul Kagame fut largement impliqué dans cette tentative de renversement du pouvoir au Burundi, que ce soit pour les émeutes et insurrections ou et surtout pour le Coup d’Etat râté du 13 mai 2015. En effet, les insurgés qui lançaient des grenades dans les lieux publics de Bujumbura et qui  tuaient des personnalités ciblées, étaient ravitaillés à partir du Rwanda. Plusieurs véhicules, sous couvert de plaques diplomatiques ou des ONG, ont été interceptés avec des armes et munitions en provenance du Rwanda. Bien plus, l’Ambassade du Rwanda à Bujumbura était le véritable Etat-Major des insurgés à partir duquel ils recevaient des ordres et directives de Kagame transmis par le Major Désiré Nyaruhirira qui était alors Premier Conseiller dans cette ambassade. D’autres rwandais vivant à Bujumbura sous différentes étiquettes (dans les ONG internationales, des privés,etc.) étaient dans le coup et il a fallu les expulser pour avoir l’accalmie et faire échouer le plan de déstabilisation.

 

Enfin, presque tous les putschistes, à commencer par leur chef, l’officier qui avait déclaré à la radio avoir renversé Pierre Nkurunziza et les membres de la junte dont il a cité les noms, ont été exfiltrés de Bujumbura vers Kigali avec armes et bagages comme s’ils allaient en mission officielle. Et c’est de là qu’ils continuent à comploter contre leur pays d’origine.

 

6. Diabolisation du régime CNDD-FDD : 2015-2020

 

Ayant malgré tout été élu et commencé son mandat en 2015, le Président Pierre Nkurunziza allait alors connaître les pires moments pour une personnalité ou une formation politique. “La Communauté Internationale” (en fait les lobbies qui ont créé et promu Kagame) va frapper fort pour mettre à genoux Pierre Nkurunziza et son parti, le CNDD-FDD. L’Union Européenne va lui infliger de lourdes sanctions économiques injustes, et au même moment, le Conseil de Sécurité de l’ONU dans va le placer à son agenda comme étant un régime et un pays qui menacerait la Paix du monde.

 

Entretemps, les putschistes et dirigeants des insurgés armés de mai 2015 qui, entretemps, ont trouvé asile au Rwanda où ils mènent une “dolce vitae” dans des villas de Kigali, vont se constituer et être reconnus sous recommandation de Paul Kagame, comme les seuls sources d’informations des commissions de l’Union Africaine ou celle des Droits de l’homme de l’ONU siégeant à Genève… Leurs allégations contre le Burundi seront reprises mot à mot comme des conclusions des enquêtes menées sur le Burundi. La palme en ce domaine revient au Sénégalais Doudou Diegne de la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève et qui est en charge du Burundi mais dont les informateurs ne sont d’autres que les instigateurs des émeutes meurtrières de mai 2015 comme Pacifique Nininahazwe ou des dirigeants des rébellions nées après l’échec du Putsch du 13 mai 2015 comme Alexis Sinduhije leader de RED Tabara, tous domiciliés à Kigali et voyageant à travers le monde  avec des passeports diplomatiques délivrés par le Rwanda.

 

7. Sabotage des efforts et initiatives pour réhabiliter le régime démocratique du CNDD-FDD : 2020-2021

 

La succession de Pierre Nkurunziza s’étant passée pacifiquement et démocratiquement à travers des élections ouvertes et transparentes en mai 2020, même si sa mort subite en juin de la même année a assombri la fête de cette victoire, son successeur, Evariste Ndayishimiye, s’est fixé, dans son programme et en priorité, de faire réhabiliter l’image du Burundi, à commencer par la levée des sanctions injustes qui lui ont éte imposées. Certains de ses interlocuteurs, dont l’Union Européenne, ayant jugé sa démarche honnête et légitime, ont commencé à étudier comment lever ces injustes sanctions. Mais c’était sans compter sur la tenacité et la nocivité de Paul Kagame dont les lobbies sont installés au coeur même des instances dirigeantes de l’Union Européenne.

 

Au moment où nous rédigeons ces lignes, une bataille acharnée se livre entre les lobbies pro-Kagame au sein de l’Union Européenne pour qui les sanctions contre le Burundi devraient être maintenues et les réalistes qui estiment que rien ne les justifie et que s’il fallait prendre des sanctions contre un quelconque régime dans la région, il faudrait commencer par celui de Kagame au Rwanda.

 

Conclusion

 

Pour conclure, nous reproduirons seulement à l’intention des dirigeants du Burundi, quelques dictons ou proverbes locaux ou d’ailleurs. Il nous revient que le régime d’Evariste Ndayishimiye est très enthousiaste pour se jeter dans les bras de Paul Kagame. Et pour montrer sa bonne volonté, il serait prêt à tout lui accorder de ce qu’il exige.

Nous nous dirons :

  1. Ubyinana na mukeba ntahumbya! (traduction littérale : « Une femme qui danse avec sa rivale ne doit jamais baisser les yeux » = Il faut rester vigilant face à ses ennemis.
  2. Ubyina na ryo ntakura ikirenge (traduction littérale : « Qui danse avec la jalousie ne lève pas le pied » = Il faut se montrer prudent en compagnie de ses ennemis.
  3. Iyagukanze ntibamo inturo (traduction littérale : « La (bête) qui t’a fait peur n’est pas un chat sauvage » = Il ne faut pas croire qu’un méchant puisse devenir inoffensif.
  4. Pour diner avec le diable, il faut se munir d’une longue cuillère.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

 

 

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