Procès Claude Muhayimana en France : Plaidoiries et réquisitoires

Rappel

Depuis le 22 novembre 2021 se déroule à Paris le procès de Claude Muhayimana. Ce citoyen franco-rwandais est accusé de « complicité par aide et assistance » pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité ». Claude Muhayimana a été chauffeur au sein d’un hôtel touristique ”Guest House de Kibuye”, dans l’Ouest du Rwanda au bord du lac Kivu. Il est accusé d’avoir transporté des miliciens Hutus.

 

Quatrième et dernière semaine du procès : Du lundi 13 au vendredi 17 décembre 2021

 

Lundi 13 décembre:

Un témoin cité par le défense Monsieur Vénuste Misago a déposé par visionconférence à partir du Malawi. Cet ancien enquêteur du TPIR à Arusha a clairement montré et expliqué que les activités de l’accusé Claude Muhayimana en avril 1994 quand il lui a rendu visite, n’étaient pas délictueuses. Il a surtout réaffirmé que entre mi-avril et fin juin 1994 l’accusé Claude Muhayimana avait une crise de paludisme (malaria) grave qu’il a contracté dès son retour de Ruhengeri où il avait transporté la dépouille mortelle du gendarme Mwafrika tué par les combattants du FPR qui encadraient les déplacés tutsi de Bisesero. Il a surtout démontré que les véhicules que l’accusé a conduits en avril 1994 comme lui-même, étaient réquisitionnés par les autorités politiques et/ou militaires du lieu en ce moment et que donc il ne pouvait pas en échapper.

 

Après son audition, s’en est suivi l’interrogatoire de l’accusé. Celui-ci a réaffimé ce qu’il avait déclaré auparavant à savoir qu’il avait été réquisitionné pour le transport des jeunes de la défense civile, et qu’il a en même temps sauvé et fait fuir plusieurs tutsi souvent au risque de sa vie.

 

Enfin l’expert psychiatre est venu donner le résultat de son expertise. Celui-ci s’est borné à dire que l’accusé était bien dans un état normal et qu’il est responsable de ses actes. Et pour donner du baume au cœur des parties civiles, il a conclu en prétendant qu’il serait seulement un ”menteur et un manipulateur”.

 

Mardi le 14 décembre

La journée fut consacrée aux parties civiles.

* Monsieur Marcel Kabanda, ancien Président d’IBUKA-France, a ouvert le ban en ressassant les sempiternels dogmes du FPR: planification du génocide, tout hutu est Interahamwe, le FPR a envahi le Rwanda pour arrêter le génocide, etc.

* C’est Madame Daphroza Gauthier vice-présidente du CPCR dont son mari Alain est président qui a monopolisé le micro. Dans une longue déposition que son mari Alain Gauthier a rapportée sur plus de six pages sur son site. Daphroza Gauthier a exposé sa version personnelle de l’histoire du Rwanda de 1954, année de sa naissance à 1994, année de la reconquête par les armes du  pouvoir au Rwanda par le FPR. Quelques affabulations devenues doctrine officielle du régime de Paul Kagame qui règne sur le Rwanda depuis 1994 : le Rwanda du temps de la monarchie féodale, était un paradis sur terre comme il l’est depuis 1994 ; au Rwanda comme au Burundi coexistent difficilement des bons et des mauvais ; en 1973, elle devait avoir un laisser-passer délivré par le préfet pour aller de Kigali à Butare car tutsi etc. Par contre, rien sur les faits précis reprochés à l’accusé.

* Monsieur Alain Gauthier comme partie civile et président du CPCR a lui aussi eu l’occasion de dérouler la liste des personnalités contre lesquelles il a porté plainte en France. Il a insisté pour demander à l’Etat français d’extrader sans hésiter les exilés hutu réclamés par le régime de Paul Kagame. Enfin il a demandé et même exigé à la Cour de suivre l’exemple des précédentes cours qui ont condamné les innocents qu’il avait accusés comme Pascal Simbikangwa.

* C’est la plaidoirie de Me Mathieu Quinquis, avocat de la LICRA, qui a fermé le ban cette journée.

 

L’évocation même de la LICRA qui est la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme, a fait trembler, sur les bans de la défense et dans l’assistance. Ensuite par son éloquence et sa poésie, il en remettra une couche. S’adressant directement aux jurés il a asséné : “Ici des témoins sont venus répéter pendant plusieurs jours que sans les chauffeurs, les tueries auraient été ralenties, limitées, entravées. Que les interahamwe, que les miliciens, que les gendarmes n’auraient pas pu atteindre aussi facilement les collines de Bisesero, de Karongi ou de Gitwa. Ils disent tous qu’il y aurait eu moins de morts, moins de blessés. Claude MUHAYIMANA vous dit ne pas avoir pu s’opposer parce qu’il avait peur. En réalité il n’évoque qu’une crainte diffuse, une inquiétude. Claude MUHAYIMANA vous dit qu’il n’a pas refusé parce qu’il était menacé. Par ailleurs, contrairement à ce qu’il prétend, d’autres ont refusé“.

 

Mercredi 15 décembre

La journée a été consacrée à la réquisition du Ministère public et à la plaidoirie de la défense.

* Le Ministère public était représenté par Mesdames Aurélie Belliot et Myriam Fillaud. Elles se sont donc relayées à la barre. Après la réthorique et les dissertations d’usage c’est Myriam Fillaud qui a requis 15 ans de réclusion à infliger à l’accusé Claude Muhayimana.

* Pour la défense c’est Maître MATHE qui a plaidé. Dans un exposé clair et une lecture intelligeante et impartiale de l’histoire récente du Rwanda, l’avocat a conclu en disant que Claude Muhayimana n’est coupable de rien et que donc les jurés devraient se prononcer en conséquence.

 

Le Président a alors évoqué les questions qu’il va poser le lendemain. Il a demandé aux parties de s’en saisir et de donner leur sentiment à l’ouverture de la dernière séance. Puis l’accusé aura la parole en dernier et la Cour se retirera pour délibérer.

 

Nous attendons donc le verdict.

 

Emmanuel Neretse

 

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