Réaction de Max Segasayo à l’émission de Sylvestre Nsengiyumva au sujet de la traitrise supposée du président Habyarimana

L’émission « Kabeho Kanyarwanda » du 21 février 2022.

 

Bonjour Sylvestre,

 

Je viens d’écouter ton émission d’hier, le 21 février. Comme toujours, c’est avec un certain déphasage dans le temps que, ici, sur le sous-continent nord-américain, nous pouvons écouter les émissions produites en Europe.

 

Primo, je réagis au vif pour répondre aux deux pistes de réflexion que tu suggères pour résoudre l’énigme que nous soumet le titre de ton émission « Kuki Habyarimana yagambaniye ingoma ye? », à savoir que :

1. Habyarimana avait peur des « Banyenduga » au point d’aller ourdir une alliance avec le tandem Museveni et Rwigema aux fins de voir ce dernier lancer une attaque factice, destinée à faire sortir Habyarimana du prétendu dilemme dans lequel l’Histoire l’avait enfermé « Abanyenduga et Impunzi ».

2. Habyarimana a toujours été un unariste, fidèle à ses convictions de jeune universitaire et prisonnier des aventures politiques de son beau-père à l’époque de la Révolution.

 

Moi, je l’affirme sans équivoque : aucune de ces deux options ne résiste à une analyse un tant soit peu profonde. Habyarimana ne détestait pas et ne craignait pas les « Banyenduga ». Je ne peux pas commenter sur ses fréquentations personnelles, mais si on analyse son action politique, tout particulièrement dans les années 80 et 90, il a démontré qu’il pouvait travailler avec ceux que tu appelles les « Banyenduga », y compris avec ceux dont le parcours singulier pouvait en avoir fait des ennemis politiques. Je déteste la tendance qu’on voit ici et là, de vouloir réécrire l’Histoire au « subjonctif de l’imparfait » mais je connais personnellement des parents de politiciens de Gitarama qui ont été victimes du Coup d’État de 1973 et qui sont prêts à repenser ces tristes évènements dans le sens de la réconciliation. De même, je vois le président Habyarimana comme quelqu’un qui était capable d’un même mouvement de rebâtir la concorde plutôt que quelqu’un de rongé par la haine et la peur.  Pour ce qui est de ses convictions de jeunesse, je pense que s’il fallait regretter quelque chose, ce serait plutôt que, comme les gens de sa génération, Habyarimana serait resté prisonnier de l’idéologie « hutuiste » de la période post-Révolution. Peut-être, lui, un peu moins que les autres…


A lire aussi : Le président Juvénal Habyarimana, traitre de son régime? On croit rêver!


Secundo, après avoir réfléchi à l’argumentaire de Gasana, même agrémenté des faits que relate Nkiko, je le trouve fort peu convaincant. A moins d’y ajouter des révélations plus percutantes, je trouve que sa compréhension de ce segment de notre Histoire est boiteuse. Au mieux, c’est une analyse comme on en a vu d’autres, mais une analyse qui n’intègre pas beaucoup d’autres éléments factuels. L’intervention de l’Ambassadeur Swinnen, elle aussi est trop sommaire pour emporter notre conviction. Mise à part, l’argument d’autorité dont tu l’affubles, je ne lui trouve pas plus de mérite. Pour aller au fond de ma pensée, je soupçonne que les convictions du trio : Gasana – Nkiko – Swinnen (il faut y ajouter aussi : Sylvestre) proviennent toutes d’un même creuset : les histoires de cabaret échafaudées pendant les années folles du printemps démocratique rwandais (91-94) où tout était permis pour lézarder le socle de la légitimité du pouvoir du Président Habyarimana.

 

Pour terminer, j’abonde dans le même sens qu’Enoch Ruhigra et je suis d’autant plus heureux de le faire que, Enoch, lui a l’avantage de l’avoir connu de plus près comme homme politique. Oui! Habyarimana a commis des erreurs d’analyse stratégique. Mais une faute d’analyse n’est pas un acte tortueux de trahison.

 

Bien à toi,

 

Max

 

 

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