Rwanda-RDC. Rencontre Tshisekedi-Kagame à Luanda le 06 juillet 2022 : un jeu de dupes ou une opération de Com pour chacune des parties?

Contexte

 

Alors que la RDC accusait ouvertement le Rwanda d’avoir envahi son territoire et avoir pris le contrôle de quelques localités notamment Bunagana à la frontière entre l’Ouganda, la RDC et le Rwanda,  les présidents congolais Félix Tshisekedi et rwandais Paul Kagame auraient  entamé un « processus de désescalade ». Le président angolais João Lourenço, organisateur d’un sommet tripartite à Luanda, a annoncé, mercredi 6 juillet, que les deux chefs d’État sont parvenus à un accord de cessez-le-feu. Ce qui pourrait apaiser les tensions au Nord-Kivu, frappé par les violences du conflit entre l’armée congolaise  et l’armée rwandaise qui agit sous le couvert des rebelles du M23.

 

Non sens et anomalies diplomatico-médiatiques très indicatifs

 

Pas de communiqué final et conjoint

 

La première anomalie et qui n’a pas échappé aux observateurs avertis de ce genre de comédies est que le sommet ne fut pas sanctionné par un communiqué final conjoint. Un message subliminal pour dire que chacun à la latitude de présenter ce qui en est sorti comme il l’entend.

 

Cessez-le-feu convenu entre deux parties non belligérantes!

 

A l’issue de ce sommet tripartite, le Chef de l’Etat angolais, hôte de ce sommet, a annoncé que les deux parties (RDC et Rwanda) étaient parvenus à un “accord de cessez-le-feu”. Premier non sens : le Rwanda n’a jamais reconnu qu’il était en guerre avec la RDC. Comment alors aurait-il conclut un accord de cessez-le-feu avec la RDC? En droit et en technique d’Etat-major, un cessez-le-feu est conclu entre deux belligérants, mais jamais entre des parties qui déclarent n’être pas en guerre entre elles.

 

L’annonce de ce qui est sorti du sommet de Luanda use savamment de la langue de bois pour présenter les résolutions prises de façon qu’elles restent vagues et larges et dans lesquelles chacun des protagonistes peut de se retrouver et interpréter à sa faveur.

 

Comme nous alors le voir, les deux protagonistes ne se sont faits pas priés et se sont engouffrés dans la brèche. Mais l’un joue, hélas !, perdant!

 

Manœuvre de chacune des parties pour cueillir quelques fruits de cette rencontre

 

Version congolaise 

 

Aucun document de Luanda n’a été diffusé mais, d’après la présidence congolaise, les parties auraient  décidé d’adopter un « processus de désescalade » et une feuille de route. Selon Kinshasa, cette feuille de route note la « volonté de normalisation des relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali » et prévoit « la cessation immédiate des hostilités », « le retrait immédiat et sans condition du M23 de ses positions au Congo ». Mais le groupe rebelle n’était pas, officiellement, représenté à la table des discussions. Et il a d’ailleurs déclaré que ce cessez-le-feu ne l’engageait pas par la voix de son porte-parole Willy Ngoma. parlant à partir de son QG de Kigali.

 

Version rwandaise

 

A Kigali, on lance des cris de victoire en soulignant notamment la remise en scène du M23 imposée à la RDC qui aurait accepté cette fois-ci  de négocier avec ce groupe qu’il avait qualifié de “terroriste”. Mais surtout la presse de propagande du FPR insiste pour dire que ce seraient les FDLR qui seraient visées par l’entente de Luanda.

 

Efforts et bonne volonté de la RDC pour résoudre le problème des FDLR mais annihilés par le régime Kagame

 

Dans la volonté (ou le zèle ) de la RDC à poursuivre le processus de désarmement et le  rapatriement au Rwanda des réfugiés hutu, beaucoup a été fait dans ce secteur bien que le Rwanda s’obstine à ne pas reconnaître les efforts fournis et la progressivité dans leur diminution et leur anéantissement résultant notamment de toutes les actions armées unilatérales ou conjointes à l’endroit des FDLR .

 

Gouvernements de Joseph Kabila

 

Durant le régime de Kabila fils, on rappellerait les actions menées contre les FDLR alors que ce sont elles qui avaient notamment sauvé le régime de son père et lui avait même sauvé la vie avant qu’il ne remplace son père.

 

Rapatrier le Haut Commandement des FDLR en 2003

En 2003, Joseph Kabila a livré à Kagame tout le Haut Commandement des FDLR qui se croyait sous sa protection et a autorisé que son ancien Boss à Kinshasa, James Kabareba, survole le territoire congolais avec un hélicoptère militaire rwandais armé pour venir les embarquer et les débarquer à Kigali.

 

Opérations conjointes Umoja Wetu I et II

Depuis 2009, Joseph Kabila et Paul Kagame ont lancé des opérations conjointes au nom de code “Umoja Wetu” pour soi-disant éradiquer les FDLR de la RDC. Mais en réalité il s’agissait de tuer tout réfugié hutu se trouvant au Sud et surtout au Nord Kivu. Ainsi des membres de familles monoparentales, femmes et enfants ne sachant pas où étaient leurs pères,  étaient massacrés simplement parce qu’ils étaient hutu et reconnaissaient avoir eu un membre de leur famille qui a appartenu aux Forces Armées Rwandaises (FAR) avant 1994. Certaines ONG parlent de plus de 1500 morts au cours de ces opérations et de plus de 500 rapatriés de force au Rwanda alors qu’ils étaient sous la protection du HCR et de la MONUSCO.

 

Opérations des Forces Spéciales de Kagame sur le territoire congolais

Le même Joseph Kabila a autorisé des opérations des Forces Spéciales de Kagame opérant sur le territoire congolais sous l’uniforme des FARDC ou en tenue civile pour répondre aux exigences de Kagame chaque fois que ses services des renseignements avaient localisé un réfugié hutu quelque peu instruit ou ayant réussi à s’autosuffire économiquement.

 

Gouvernement Tshisekedi

 

Dès son accession inespérée au pouvoir, Félix Tshisekedi, sur conseil des faiseurs de rois de la région, a tout fait pour contenter le dictateur du Rwanda Paul Kagame et chouchou de la Communauté internationale. En moins de deux ans, il en a fait plus que ce que Kabila fils a fait pendant dix ans. Tenez :

En septembre 2019, il a autorisé l’assassinat du Commandant en chef des FDLR par les Forces Spéciales de Kagame sur le sol congolais.

Quelques mois après, il a procédé au rapatriement forcé des dépendants (familles et enfants des FDLR supposés regroupés dans des zones de rassemblement et sous la protection du HCR (Kanyabayonga, Kisangani, Walikale), violant ainsi les conventions internationales. Mais pour être bien vu par Kagame, il était prêt à tout.

Dans la foulée, il a arrêté et livré à Paul Kagame des responsables politiques des FDLR dont certains ont la nationalité congolaise comme leur ancien Porte-parole qui était un civil.

 

En définitive, l’on peut dire sans risque de se tromper que la RDC n’a rien compris dans le jeu de Paul Kagame. Ce jeu consiste à tout faire pour pérenniser le mythe des FDLR, prétexte à ses invasions successives de la RDC. Pour ce faire, il doit s’opposer à toute initiative visant à trouver une solution durable et définitive du problème des FDLR.

 

Pourtant, la solution à ce problème est à portée de main, car elle consiste seulement à favoriser le retour des réfugiés et autres volontaires au Rwanda. L’argument massue de Paul Kagame que constitue le “génocide” ne tient pas toujours. Il convient en effet de se poser la question pertinente et courageuse de savoir si les enfants et petits enfants des ‘‘génocidaires’’ sont tous ‘‘génocidaires’’ et d’y donner une suite appropriée. C’est un principe fondamental que la responsabilité pénale est individuelle. La culpabilité du crime de génocide ne peut se transmettre par hérédité.

 

La responsabilité de résoudre le problème que pose les FDLR doit être celle du gouvernement rwandais et du président Paul Kagame. Qu’on le veuille ou non, nous sommes en présence des citoyens Rwandais, qu »ils soient bons ou mauvais et dont la responsabilité première incombe au gouvernement rwandais,  au lieu d’insister sur ce que la RDC doit faire. Avec courage, l’ancien président tanzanien Jakaya Mrisho Kikwete, lors d’un sommet de la CIRGL, Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs, avait recommandé au gouvernement rwandais d’ouvrir un dialogue avec les Rwandais se trouvant sur le sol congolais, provoquant la colère du président Kagame qui claqua pratiquement la porte de la conférence et l’a menacé de mort.

 

Dans ce jeu de dupes et d’opération de Com, la situation de Félix Tshisekedi est différente de celle de Paul Kagame

 

Dans ces manœuvres politico-diplomatiques, c’est toujours la partie la plus ouverte, transparente et répondant à quelques exigences du monde civilisé, qui en sort perdante. Dans ce cas, c’est la RDC sous le régime de Félix Tshisekedi qui est perdante. En effet, les institutions démocratiques existent et fonctionnent dans ce pays, de façon que les représentants du peuple que sont les membres du Parlement : Assemblée Nationale et Sénat, ont toute la latitude et les pouvoirs de demander des comptes au gouvernement et à son chef. Ils peuvent même prendre des mesures pouvant l’écarter du pouvoir. De plus, la liberté de la presse est garantie en RDC de façon que l’opinion publique peut être informée en temps réel et de façon indépendante des décisions prises par le gouvernement ou par leur président, et mettant en jeu la souveraineté du pays ou les intérêts vitaux de la Nation.

Par exemple, dans le cas des décisions sorties de  cette rencontre de Luanda du 06 juin 2022, comme le dit bien Afrikarabia, « fin mai, le président congolais avait qualifié le M23 de ’’groupe terroriste’’, espérant ainsi faire bouger la communauté internationale, et particulièrement les Etats-Unis. Personne n’a bougé, et en cas d’ouverture de nouveau round de négociations avec le M23, il va maintenant falloir expliquer à l’opinion publique congolaise pourquoi on accepte de négocier avec des ‘‘terroristes’’. Un difficile changement de pied qu’il faudra justifier. »

Tout le contraire en ce qui concerne le dictateur du Rwanda Paul Kagame.  En plus de l’impunité dont il jouit de la part des puissances maléfiques qui régentent le monde et appelées “Communauté internationale”, Paul Kagame n’a pas, lui, cette contrainte,  car il n’a aucun compte à rendre à son opinion publique et encore moins aux instances qu’il a lui-même installées pour l’assister dans l’oppression du peuple rwandais qu’il a militairement conquis en 1994.

 

Challenges de tous les Congolais, toutes tendances confondues

 

A notre humble avis, il faudrait, comme en toute situation, d’abord identifier le problème puis étudier comment le résoudre. Dans ce cas précis, savoir que les FDLR sont plus utiles à Paul Kagame quand elles sont supposées être en RDC que quand elles y seraient démantelées. Passer son temps et dépenser ses énergies en essayant de montrer à Paul Kagame qu’on fait tout pour faire disparaître le problème des FDLR en RDC, alors même qu’il œuvre pour que ce prétexte reste afin qu’il puisse l’utiliser pour chaque fois envahir la RDC quand il veut, est tout simplement une cécité politique. La classe politique congolaise devrait se décomplexer et savoir que l’impunité dont jouit Paul Kagame depuis 1990 doit être amenuisée avant de l’attaquer frontalement et se convaincre que la RDC en a tous les moyens.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

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