Au sujet du livre “Enquêtes sur un attentat” de Charles ONANA

Nous venons de suivre l’interview que le Dr Charles Onana a accordée à “Radio Courtoisie” à Paris, le 09 mai 2023 au sujet de son livre susmentionné.

Comme d’habitude l’auteur a répondu avec brio à toutes les questions du journaliste à qui il a révélé toute l’étendue de son érudition et surtout sa démarche intellectuelle en dehors de tout conflit d’intérêt, qui l’a conduit à s’intéresser à ce qui se passe dans la région des Grands Lacs depuis trois décennies, alors que comme camerounais d’origine rien ne le prédestinait à être spécialiste du Rwanda et de la RDC. C’est pourquoi ses admirateurs, dont nous mêmes, souhaitons qu’à l’occasion d’une probable autre interview de l’auteur sur son livre, il pose quasi aux intervieweurs et à travers eux, à l’opinion publique, ces quelques questions auxquelles un auditeur moyen doté de la logique élémentaire, ne peut trouver de réponse.

 

1. Une certaine presse occidentale et africaine, les journaux comme “Libération”, Jeune Afrique; les chaînes de France Média Monde (FMM), le groupe public d’audiovisuel comprenant RFI, FR24, TV5 Monde, …, à qui sa toute puissante PDG Marie-Christine Saragosse a donné ordre de censurer systématiquement Charles Onana sur ces chaînes publiques, sont convaincus et prêchent partout que l’attentat du 06 avril 1994 à Kigali et qui a coûté la vie au président du Rwanda Juvénal Habyarimana et à celui du Burundi Cyprien Ntaryamira et leurs suites, est bien l’œuvre des extrémistes hutu de l’armée sous Habyarimana qui lui reprochaient “d’être modéré”.

 

Ces médias citent même certains anciens officiers des FAR comme ayant planifié et commis cet attentat terroriste. C’est ainsi qu’ils citent le nom du colonel Théoneste Bagosora et du colonel Laurent Serubuga.

Et là où ça devient totalement incompréhensible et inédit dans l’Histoire judiciaire du Monde, c’est que les présumés coupables désignés au public pour cet attentat demandent eux-mêmes à être jugés pour cet acte, mais que tous les Tribunaux et Cours du Monde refusent de juger l’affaire de l’attentat du 06 avril 1994.

 

Ainsi, feu le colonel Bagosora, qui vient de décéder, tout au long de son procès au TPIR qui a duré dix ans et pendant toute la durée de sa détention qui a duré 26 ans, n’a cessé de demander que le TPIR devrait aussi enquêter afin de juger sur l’attentat dont tout le monde considère, et avec raison, comme l’élément déclencheur du génocide dont il était accusé.

 

Mais le TPIR a toujours refusé de juger cette affaire alors que le présumé coupable de ce crime le suppliait lui-même d’en être jugé. C’est inédit !

 

De même, le colonel Serubuga, lui aussi jeté en pâture par la même presse qui le désigne comme commanditaire de cet attentat car il serait chef d’Etat Major des FAR à l’époque, alors qu’il avait été admis à la retraite de l’armée en juin 1992, vit, depuis des années en France et donc s’il le fallait, il est aux mains de la justice de ce pays pour le juger pour l’attentat terroriste du 06 avril 1994 qui, non seulement a coûté la vie à deux chefs d’Etats africains en exercice, mais aussi à trois citoyens français pour lesquels les familles demandent justice depuis des décennies.

 

Mais la France répond aux familles que l’affaire doit être classée car il y a un non-lieu. Mais parallèlement, la presse et les milieux politiques de la même France continuent à prêcher que l’attentat est l’œuvre des extrémistes hutu dont le colonel Serubuga pourtant vivant en France et qui ne cesse de demander que l’affaire de cet attentat soit jugée pour que les familles des victimes aient justice. Mais en vain. C’est inédit!

 

2. Une autre nouveauté ou plutôt un mystère dans cette affaire de l’attentat du 06 avril 1994.

L’on se souviendra que le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a été créé par la résolution n° 955 du 8 novembre 1994 du Conseil de Sécurité, à la suite des conclusions d’une commission d’experts instituée par le Secrétaire général de l’ONU pour: “enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis au Rwanda entre le 1 janvier et le 31 décembre 1994.”

 

Mais dès le début de ses travaux pour remplir ce mandat, les mêmes instances de l’ONU qui l’avaient mis en place, ont tout fait pour limiter son mandat et l’orienter dans le sens de leurs préférences politiques.

 

Ainsi, les premiers procureurs qui ont essayé d’enquêter aussi sur l’attentat du 06 avril 1994 furent tout simplement sommés de ne pas s’occuper de cette affaire (Richard Goldstone, Louise Arbour) et ceux qui se sont obstinés à poursuivre les enquêtes furent limogés ou dessaisis (Carla Del Ponte).

 

Finalement c’est le gambien Hassan Boubacar Jallow, nommé procureur du TPIR en 2003, qui étonnera l’opinion mais aussi qui ouvrira les yeux aux observateurs naïfs qui croyaient à l’équité de la Justice internationale.

 

Lorsque la question de l’attentat du 06 avril 1994 fut soulevée pour demander que cet acte considéré comme l’élément déclencheur du génocide soit aussi jugée, il déclara que: “le mandat du TPIR était d’enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis au Rwanda entre le 1 janvier et le 31 décembre 1994, moins la date du 06 avril 1994”.

 

Personne n’a eu l’occasion ni l’opportunité de lui demander pourquoi cette date était exclut du calendrier de l’année 1994.

 

3. L’attitude la France est depuis 2007 la plus ridicule et donc la plus incompréhensible des communs des mortels. Les politiciens qui se succèdent aux affaires dans ce pays (hormis la parenthèse de 2012-2017), rivalisent d’efforts non seulement pour s’auto-flageller devant Paul Kagame mais surtout en refusant justice à leurs citoyens morts en mission commandée au Rwanda tout en affirmant en connaître les coupables à savoir les “extrémistes hutu”. Dans ce chapitre Nicolas Sarkozy, son ancien ministre Bernard Kouchner et le nouveau président Emmanuel Macron, se bousculent au podium de génuflexion devant Paul Kagame.

 

**********

 

Les choses sont claires comme de l’eau limpide. Si la France et sa Justice refusent obstinément de juger l’affaire qui a coûté la vie à ses citoyens dans un attentat terroriste comme crime de guerre et donc imprescriptible, c’est qu’elle protège quelqu’un ou une quelconque entité.

 

Si l’ONU qui a mis en place un Tribunal avec mission d’enquêter et de juger les crimes commis du 01 janvier au 31 décembre 1994, mais retira du calendrier la date du 06 avril 1994, c’est que cette organisation veut protéger quelqu’un ou une quelconque entité qui a commis quelque chose à cette date désormais effacée du calendrier annuel.

 

La question est de savoir qui l’on protège ? En agissant de cette façon qui frise le ridicule, la France et l’ONU protègent qui? En tout cas pas les “extrémistes hutu” pourtant accusés par les mêmes puissances d’avoir commis cet attentat alors même que ces hutu ne cessent de demander que l’affaire soit jugée.

 

Il ne faut pas être docteur en droit ou en sciences politiques et encore moins en communication pour déceler la perfidie de ce qui est appelé  “communauté internationale” en ce qui concerne l’Histoire récente du Rwanda (1990-….). Ainsi va le Monde!

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

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