Résurgence du discours de haine ethnique au Rwanda, quel présage ?
Le génocide des tutsis et les massacres de grande envergure des hutus en 1994 hantent toujours l’esprit des Rwandais. A ce jour, les plaies ne sont pas encore totalement fermées, ceci prendra des années voire des siècles. Les propos tenus récemment à l’espace tweeter d’une journaliste de la radio nationale rwandaise, s’en prenant de manière déshumanisante aux Rwandais de l’ethnie hutue, réveillent les vieux démons et allument en ce moment les réseaux sociaux.
L’expérience du passé sert en réalité de leçon à qui veut s’en souvenir. Le discours de haine ethnique dans la politique rwandaise a souvent été une arme de guerre. Elle est utilisée comme moyen de combat idéologique dans les périodes de tensions internes.
A l’heure actuelle, il est extrêmement choquant et ahurissant d’entendre de tels propos qui s’attaquent arbitrairement à une des trois ethnies rwandaises juste pour l’humilier. La journaliste et son invitée n’ont pourtant pas l’air d’ignorer à quel point la corde ethnique est particulièrement sensible au Rwanda.
Les Hutus pris pour cibles, qualifiés de « chiens »
Pour mieux appréhender la gravité des propos tenus, il faut bien cerner le sens du mot « chien » dans le contexte discursif rwandais. Ce mot est un qualificatif insultant et déshumanisant qui met en opposition « homme » et « chien ». Le premier renvoie aux qualités humaines supérieures incarnées par la force et l’audace masculines. Le deuxième est une chosification dégradante et humiliante qui ne vit qu’au dépend du premier. Traiter son interlocuteur de chien, c’est d’une part lui enlever les qualités humaines, et d’autres parts le renvoyer à l’asservissement et au sentiment de lâcheté et d’inutilité.
La polémiste du jour a bien conscience de ses propos qu’elle argumente ignominieusement de manière suivante : « les Belges ont tenté d’humaniser ces esclaves en leur facilitant l’accès au pouvoir mais en vain car le petit du chien ne peut jamais devenir le petit de la vache». La polémiste qui se surnomme « Marie Marie » ne mâche pas ses mots et se lâche sans complexe, vilipendant que les Hutus « sont restés des chiens pendant 400ans », la période de la monarchie tutsie.
Le silence du gouvernement rwandais et le déchainement des réseaux sociaux
Le gouvernement rwandais est sensé veiller à ce que personne, quel que soit le statut, ne ravive les tensions ethniques. Le gouvernement est sensé combattre l’idéologie génocidaire quelle que soit la communauté ciblée, sans exclusion. Ces propos non condamnés laissent penser que l’idéologie génocidaire n’a de sens que lorsqu’elle ne vise que les Tutsis. Or, toute idéologie malveillante ou tout comportement ravivant les tensions ethniques doit être anticipé, traqué et condamné. Le statut de la journaliste, le positionnement de son invitée suivi du silence de l’autorité compétente sont des éléments troublants qui semblent cautionner ces propos médiocres.
Les réseaux sociaux rwandais opérant surtout en dehors du pays, s’emparent de cette affaire et se déchainent à tout-va pour exprimer, chacun en fonction de sa sensibilité, ses interrogations et son désarroi.
Quel présage ?
A moins que l’on ait une mémoire courte, autrement on ne peut pas si vite oublier les propos qui ont précédé le génocide et les massacres de 1994. Nous sommes bientôt en 2024, trente ans après les pires tragédies de l’histoire rwandaise. Le climat politique actuel semble subir une forme de pression politique et diplomatique. C’est une période de grande vigilance dans la mesure où, en référence au passé, la situation peut s’enflammer très vite et de manière irrécupérable. Sans pour autant être prophète du malheur, il faut néanmoins s’inquiéter de l’intention de tels propos prononcés en ce moment et appeler ainsi tout le monde à la vigilance et à la retenue.
Faustin KABANZA
Le 08/09/2023
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