Le sort de la RDC sera scellé dans moins de 30 jours. Décryptage.

Un petit rappel historique et du contexte

 

L’on se souviendra qu’en 1996, le Zaïre (qui redeviendra la RDC), fut envahi par les armées tutsi de la région (Ouganda, Rwanda et dans une moindre mesure le Burundi sous Buyoya II), présentées comme “troupes des rebelles tutsi-congolais dits Banyamulenge” sous l’acronyme de AFDL, décidées à renverser le maréchal Mobutu.

 

Cet objectif qui fut atteint en mai 1997 avec la prise de Kinshasa et l’exil de Mobutu Sese Seko. Mais au passage, les troupes tutsi de Paul Kagame, sous le commandement de James Kabarebe, ont démantelé, à coups d’obus de mortiers et des rafales de mitrailleuses, les camps des réfugiés Hutu de l’Est du Zaïre.

 

Les rescapés furent poursuivis à travers toute la jungle de la RDC et tués si rattrapés. Quelques miraculeux parviendront à atteindre Bangui en Centrafrique, Brazzaville au Congo et même pour certains Libreville au Gabon. Ce qui signifie qu’ils ont fait plus de 2.000 Km à pieds dans la forêt tropicale, échappant aux morsures des serpents venimeux, aux maladies liées à cet environnement, à la faim et la soif… mais surtout aux balles des kalachnikov et des grenades lancées par des soldats tutsi à leurs trousses et commandés par James Kabarebe.

 

Dans la foulée, à Kinshasa, James Kabarebe sera nommé “chef d’Etat-major général des Armées de la RDC”. Il occupa ce poste près de 2 ans avant d’être remercié par Laurent Désiré Kabila, le tombeur de Mobutu. Mais depuis lors ( 1998), Paul Kagame et encore plus son ancien aide de camp James Kabarebe, n’ont jamais accepté d’avoir perdu le commandement des Armées du Congo et surtout leurs troupes n’ont jamais réellement quitté le territoire congolais.

 

Pendant ces trois décennies de règne de Kagame sur le Rwanda, les puissances dont il défend les intérêts dans la région en échange de son impunité et de la publicité à lui faire dans leurs médias, lui trouvent chaque fois un prétexte politico-militaire pour qu’il reste acteur politique et militaire en RDC.

 

Selon ce schéma, de temps en temps, il crée, ex-nihilo, une rébellion de tutsi congolais qui se termine ou se calme avec l’intégration de ces combattants dans les FARDC et aux postes de choix, tandis que les cadres politiques sont promus à des postes prestigieux du gouvernement : vice-présidents, ministres d’Etats, ministres, sénateurs, députés, etc.

 

C’est ainsi qu’en 1998, Kagame a lancé le RCD-Goma qui obtiendra l’intégration de tous ses commandants militaires dans les FARC aux grades au moins de colonel et aux postes de choix. Celui qui était présenté comme chef du RCD-Goma, Azarias Ruberwa, a fini comme vice-président de la RDC et chargé des questions de défense et de sécurité.

 

Quelques années plus tard, Paul Kagame lancera le CNDP et mit à sa tête son proche, le tutsi Laurent Nkunda. Celui-ci, à la tête des troupes tutsi, s’emparera de presque toute la province du nord Kivu avant d’être prié de céder et de se replier au Rwanda où il vit encore car rien n’était perdu dès lors que ses officiers étaient intégrés au sein des FARDC et que l’armée de Paul Kagame occupait toujours l’Est de la RDC.

 

Ne supportant pas la routine et le calme régional, Paul Kagame lancera, en 2010, le M23, présenté comme une nouvelle rébellion de Tutsi congolais. Très vite, le M23 va conquérir le Nord Kivu et même son chef-lieu, la ville de Goma, habitée par une population de plus d’un million d’âmes.

 

Sur pression de l’ONU, par une brigade spéciale ayant une mission offensive au sein de la MONUSCO et constituée de contingents provenant de l’Afrique du Sud, de Tanzanie et de Malawi, le M23 évacuera, non seulement la ville de Goma mais aussi et surtout les territoires du Nord-Kivu. Leurs chefs comme leurs troupes trouveront accueil en Ouganda et au Rwanda et on entendra plus jamais parler d’eux pendant près de 10 ans.

 

Mais toujours par surprise et au moment où l’on s’y attendait le moins, Paul Kagame a relancé, et en force, en 2022, un nouvel M23 et autrement mieux équipé et mieux encadré que même les troupes de l’ONU en RDC ont reconnu que cette rébellion était plus et mieux équipée en matériel et armes sophistiquées que la plupart des armées régulières du Monde.

 

Le gouvernement de la RDC, ne pouvant pas contenir et encore moins, bouter dehors les troupes d’invasion de Kagame, et ne pouvant pas compter sur la MONUSCO qui avouait son incapacité, a alors eu recours aux organisations régionales dont l’EAC (East African Community) que la RDC venait d’intégrer. C’est ainsi que sur le plan politique, deux processus ont été initiés. Celui de Nairobi qui préconisait de réunir tous les groupes armés opérant en RDC qui accepteraient de déposer les armes avec le gouvernement de la RDC dans le cadre du regroupement et la réintégration dans la société.

 

Parallèlement, le processus de Luanda devait veiller au respect d’un cessez-le-feu que tous les groupes armés et les FARDC devraient observer ainsi que la consignation, le désarmement et le cantonnement des combattants de ces groupes.

 

Sur le plan militaire une force dite de l’EAC fut autorisée à être déployée au Nord Kivu pour veiller au respect du cessez-le-feu mais surtout sécuriser les populations qui devraient revenir dans leurs propriétés d’où elles avaient été chassées par le M23/RDF de Kagame. Quatre pays de l’EAC ont alors déployé leurs troupes au Nord Kivu: l’Ouganda , le Burundi, le Soudan du Sud et le Kenya qui en assure le commandement.

 

Mais une année après le déploiement de cette force, non seulement elle n’a pas pu imposer le cessez-le-feu mais a même permis au M23-Kagame à certains endroits d’agrandir ses territoires conquis et les populations à être chassées de leurs biens pour venir s’entasser dans des camps de fortune autour de Goma.

 

C’est donc dans cette situation que le mandat de cette force qui arrive à échéance le 08 décembre 2023 devait être renouvelé ou pas et cela revenaient aux Chefs d’Etats des pays membres de l’EAC. Certains pays souhaitent vivement son renouvellement comme le Kenya, l’Ouganda et bien entendu le Rwanda de Kagame, tandis que d’autres s’y opposent et en premier lieu la RDC qui est la plus concernée car c’est quand même sur son territoire même si elle en a perdu la contrôle.

 

Non renouvellement du mandat de la Force de l’EAC déployée au Nord Kivu

 

Les pays de la communauté d’Afrique de l’Est se sont réunis en sommet en Tanzanie, à Arusha, le vendredi 24 novembre. Parmi les chefs d’État présents, il y avait la tanzanienne Samia Suluhu, Salva Kiir du Soudan du Sud, qui prend la tête de l’organisation et succède au Burundais Evariste Ndayishimiye. Etaient absents Paul Kagame du Rwanda et Félix Tshisekedi de la RDC alors que la situation à l’Est de la RDC était au cœur des discussions, avec notamment la décision de mettre fin à la force de la région déployée au Nord-Kivu. Comble d’ironie, le régime de Kagame était représenté par le général James Kabarebe comme pour rappeler aux congolais qu’il fut leur chef d’Etat-major des Armées depuis 1997, et qu’il reste donc leur patron en termes militaires.

 

Après d’âpres discussions et malgré les menaces du régime de Kagame, l’EAC n’a pas renouvelé le mandat de sa force déployée dans l’est de la RDC. Toutefois, aucun calendrier pour son retrait n’a été fixé par les chefs d’État alors que le mandat de la force arrive à son terme le 8 décembre. Une réunion des chefs d’état-major de la région, devrait avoir lieu avant cette date pour en fixer les modalités. On sait aussi que les combats ont repris dans la zone depuis plusieurs semaines entre les terroristes du M23/RDF et des groupes d’auto-défense les “Wazalendo”, en l’absence de l’armée congolaise, les FARDC prétextant le respect du cessez-le-feu conclu il y a près d’une année mais jamais respecté par Kagame et ses supplétifs du M23.

 

Mais on ne sait pas encore ce que nous réserve le dictateur Paul Kagame d’autant plus que dès le retour d’Arusha de sa délégation au sommet de l’EAC du 24 octobre 2023, sa presse a répandu que ce sommet avait acté que les troupes de l’EAC ne quitteraient pas l’Est de la RDC à la fin de son mandat le 08 décembre mais qu’au contraire elles resteraient pour garantir la sécurité de Tutsi congolais! Et ceci contrairement au communiqué final et officiel du sommet signé par les Chefs d’Etats et mettant fin au mandat de cette force et dans lequel aucune clause ne mentionne cette observation du régime Kagame.

 

Le calvaire du contingent du Burundi et par ricochet du régime Ndayishimiye

 

Le contingent du Burundi, dans cette force de l’EAC, a été déployé au Nord-Ouest de Goma sur l’axe Goma-Sake-Kiwanja et passant dans le territoire de Masisi. Il a installé son poste de commandement dans la localité de Sake située à une quinzaine de kilomètres de Goma et constituant le dernier verrou avant l’accès dans le chef-lieu de la province du Nord Kivu qu’est Goma.

 

Contrairement aux autres contingents, notamment celui du Kenya et de l’Ouganda déployés plus à l’Est, celui du Burundi n’a pas fraternisé avec les chefs militaires du M23/RDF et a continué à assurer l’ouverture de cet axe essentiel pour le ravitaillement de la ville de Goma en produits agricoles frais. Des fois les éléments burundais du contingent se sont heurtés aux infiltrés du M23/RDF qui venaient piller, chasser ou massacrer les populations Hutu, Nande et Hunde exclusivement.

 

Au cours de sa dernière offensive qui a débuté en septembre 2023 et qui est encore en cours, le M23/RDF a même empêché, par le feu, le service logistique du contingent burundais de ravitailler ses éléments avancés positionnés notamment à Kitshanga, Kishishe, … Ce qui a obligé le commandement à retirer ces éléments afin de se regrouper autour de Sake. C’est ainsi que le M23/RDF a conquis sans combat les localités de Kishishe et voisins et qu’il a étendu sa conquête jusque dans le fin fond du territoire de Masisi à Mweso.

 

Parallèlement à cette campagne militaire visant à entraver la mission du contingent du Burundi telle que lui donnée par les chefs d’Etats à travers leurs chefs militaires qui assurent le commandement de cette force, une campagne médiatique était lancée par les cadres politiques (visibles et présentables car les vrais sont à Kigali au pouvoir) du M23/RDF à travers les médias à la solde de Kagame comme quoi l’armée burundaise avait outrepassé sa mission puisqu’elle se battrait côte à côte avec les”Wazalendo” que Kigali continue de qualifier de FDLR!

 

Il n’en fallait pas plus pour que les opposants burundais repliés à Kigali et ceux installés en Occident (en réalité des anciens putschistes fugitifs et recherchés par la justice après l’échec de leur coup de 2015) pour crier partout que le régime de Evariste Ndayishimiye aurait vendu des soldats du Burundi à la RDC comme “mercenaires” et qu’ils seraient actuellement en train de commettre un génocide contre les Tutsi congolais au Nord Kivu. La formule magique de “génocide contre les Tutsi” étant prononcée, ils sont sûrs que tout leur est permis dans le Monde.

 

Il est donc clair que si le dictateur Paul Kagame, avec son M23/RDF, gagnait cette guerre en annexant complétement l’Est de la RDC, le renversement du régime démocratique actuel au Burundi serait non seulement à sa portée mais inévitablement son prochain objectif.

 

La campagne présidentielle et les déclarations floues mais inquiétantes de certains candidats

 

Cette phase de la conquête du Nord Kivu par Paul Kagame sous le couvert du M23 se déroule en même temps que la campagne pour les élections présidentielles, législatives et communales, qui se tiendront le 20 décembre 2023. Pour l’élection présidentielle, tous les 23 candidats déclarés auront soins de montrer qu’ils sont préoccupés par la situation sécuritaire à l’Est du pays en général et au Nord-Kivu en particulier. Ils ne manqueront donc pas de dire comment une fois élus ils comptent rétablir la Paix et la sécurité dans cette région et surtout aux milliers de déplacés entassés aux portes de Goma retourner dans leurs biens d’où ils ont été chassés par le M23/RDF.

 

Les candidats présidents ont commencé à parler de cette question dans des meetings publics et en tentant de vendre leur potion magique qui permettrait de ramener la paix et la sécurité au Nord Kivu.

 

C’est ainsi que celui qui est présenté comme le “poids-lourd” mais qui est aussi l’homme le plus riche de la RDC et surtout le plus “cosmopolite” (au moins trois origines différentes) à savoir Moise Katumbi, fut le premier à tenir un meeting électoral à Goma. Il a alors juré qu’une fois élu, il ramènerait la paix et la sécurité au Nord-Kivu en mois de six mois,…, mais sans détailler comment il comptait s’y prendre.

 

Certains analystes n’hésitent pas à affirmer que Moise Katumbi promet à Paul Kagame qu’une fois président, il négocierait avec lui à travers son M23/RDF pour qu’il cesse les combats et ainsi donner l’impression du retour de la paix en échange d’une autonomie de cette province qui serait désormais gouvernée par les M23 et l’intégration de ses chefs militaires dans la hiérarchie des FARDC restructurées. D’autres disent même que ces négociations auraient commencé en coulisses sous les auspices de certaines puissances occidentales. Vrai ou faux? L’avenir proche nous le dira.

 

L’ombre sur le bilan du président en fin de son premier mandat

 

La guerre imposée par Paul Kagame au Nord Kivu restera comme une tâche noire dans le blanc éclatant du bilan du quinquennat de Félix Tshisekedi. Il aura beau rappeler que les deux années de son mandat se sont passées sous une gestion consensuelle avec son prédécesseur Joseph Kabila lequel avait à plusieurs reprises autorisé l’entrée des troupes rwandaises en RDC sous le prétexte fallacieux de traquer et éradiquer  “les rebelles Hutu des FDLR”. On se souvient des opérations Kimia I et Kimia II, Sokola I, Sokola II, etc., mais rien n’y fera. Il pourrait aussi évoquer le fait que le M23/RDF est apparu en 2022 alors qu’enfin, le gouvernement unitaire de l’Union sacrée commençait à peine à restructurer et rééquiper les FARDC, peine perdue!

 

Même le plus médiocre des candidats se présentera contre lui en brandissant le fait qu’il a été incapable d’assurer la paix et la sécurité à l’Est de ce grand pays convoité. Mais ne demandez surtout pas à ce candidat de dire comment il compte faire pour ramener cette paix à l’Est.

 

Quelles perspectives?

 

Dans ce drame que vit le peuple congolais depuis trois décennies et qui semble être à son  paroxysme en cette fin 2023, trois scénarios peuvent être imaginés.

 

Le pire scénario

Le pire serait que Paul Kagame et son M23 obtiennent, par négociations ou alors par les armes, le contrôle total et intégral du Nord Kivu et en même temps désignent (en sous main) ceux qui devraient détenir le pouvoir politique et militaire à Kinshasa.

 

Le moindre mal

Le moindre mal serait que, sans reconquérir, totalement le Nord Kivu, le pouvoir de Kinshasa parvienne à rester autonome par rapport à Paul Kagame et entretemps assure la montée en puissance des FARDC pour que le moment venu il lance une contre-offensive foudroyante et bouter l’ennemi hors du territoire de la RDC. Mais cette option requiert non seulement les moyens économiques mais surtout diplomatiques et médiatiques car cette réaction patriotique risquerait de foirer si elle n’était pas présentée comme “une guerre juste et légitime” à l’opinion et aux décideurs, surtout occidentaux.

 

L’idéal

L’idéal serait que la contre-offensive soit lancée avant les élections du 20 décembre pour que cette action soit tenue en compte dans le choix des nouveaux dirigeants. Mais comme ceci semble matériellement irréaliste vus les délais courts, si la force de la SADC attendue était déployée avec un mandat offensif clair et les moyens conséquents avant le 20/12, les populations martyrisées du Nord Kivu, même si celles de certains territoires ne pourront pas voter, ne l’oublieraient jamais. Croisons les doigts!

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

 

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