Réaction du parti FDU-Inkingi à la lettre du ministre des Affaires étrangères de la République du Rwanda, Vincent Biruta, à Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union Africaine

Monsieur Moussa Faki Mahamat,

Président de la Commission de l’Union Africaine Addis-Abeba.

 

Objet : Réaction du parti FDU-Inkingi à la lettre vous adressée le 03/3/2024 par Monsieur Vincent Biruta, ministre des Affaires étrangères de la République du Rwanda.

 

Monsieur le président,

 

Le parti FDU (Forces Démocratiques Unifiés), un parti politique d’opposition au pouvoir rwandais voudrait apporter quelques observations à la lettre du 03/3/2024 vous adressée par Monsieur Vincent Biruta, Ministre des Affaires étrangères du Rwanda en date du 03/3/2024.

 

Dans cette lettre, il apparaît à tout observateur avisé que le gouvernement rwandais, qui nie depuis le début, sa présence en République Démocratique du Congo (RDC) aux côtés du M23, se démasque au grand jour en voulant orienter en faveur de ce même M23, les affaires internes du Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine.

 

En effet, l’on peut se poser légitimement la question de savoir pourquoi le Rwanda s’oppose avec autant d’énergie aux efforts visant à contenir la rébellion du M23 et à stabiliser l’Est de la RDC.

 

En quoi le Rwanda est concerné quand il s’agit d’examiner la situation sécuritaire à l’Est de la RDC si ce n’est rien d’autre qu’une reconnaissance que, qui dit M23, dit implicitement les Forces de Défense Rwandaises, qui ont agressé la RDC au grand jour et ont conquis des pans entiers des territoires de ce pays. Il adopte sans détour une position d’avocat de la rébellion du M23, comme il a d’ailleurs tenté de le faire au sommet de Bujumbura, en demandant que le M23 soit associé aux sommets sur la RDC, alors qu’il s’était volontairement retiré du processus de Nairobi.

 

Dans cette lettre, Monsieur Vincent Biruta, Ministre des Affaires étrangères du Rwanda, ressort le fallacieux narratif autour des FDLR pour noyer le poisson. Le terme est cité 7 fois dans cette lettre de 4 pages, alors qu’on traite de la question du M23. Et de fait, lors du déclenchement de la guerre, le M23 lui-même n’en a fait aucunement mention pour justifier sa lutte armée. La lettre ne fait au passage aucune mention des opérations conjointes RDC-Rwanda visant ces mêmes FDLR (Opération Umoja Wetu, Amani Leo, Kimya I, Kimya II). Le dernier rapport des experts de l’ONU accuse même le Rwanda de recruter d’anciens membres des FDLR et de les re- déployer en RDC.

 

Le parti FDU rappelle que l’insécurité permanente de l’Est de la RDC a atteint son paroxysme avec l’arrivée du Front Patriotique Rwandais ( FPR) au pouvoir à Kigali en juillet 1994 et le lot de réfugiés que ce même FPR a déversé au Zaïre de l’époque, avant d’aller les massacrer en se cachant derrière une rébellion de l’AFDL contre le Maréchal Mobutu, depuis 1996 et de déverser les rescapés un peu partout dans la région.

 

Depuis lors un cycle infernal de violences perdure et a déjà occasionné la mort de plus de dix millions de personnes innocentes. C’est l’un des conflits les plus meurtriers depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ces violences sont l’œuvre de groupes armées multiformes qui opèrent en RDC et dans lesquels le Rwanda a toujours été impliquée au haut niveau, que ce soit dans leur création ou dans leurs opérations militaires. On aura vu l’AFDL, le CNDP , le RCD ou encore le M23 mais les éléments constitutifs sont les mêmes et l’identification de leurs responsables militaires sur le terrain n’a pas d’ambiguïté: ils sont des anciens ou actuels officiers de l’APR (Armée Patriotique Rwandaise) devenue RDF (Rwanda Defence Force).

 

A chaque incursion de l’armée rwandaise en RDC, la stratégie de communication du régime est toujours la même : d’abord nier avec force, puis, une fois acculé avec force détails, justifier sa présence en terre congolaise par celle des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Or, le champ des opérations dépasse de loin les zones suspectées d’abriter ces FDLR, accusés, d’après Kigali, d’avoir trempé dans le génocide au Rwanda en 1994. Cependant les observateurs bien avertis savent que plus de 80% d’éléments FDLR sont pour le moment des jeunes dont la moyenne d’âge est 30-35 ans et qui par conséquent avaient l’âge de moins de 10 ans au moment du génocide. Ils n’auraient donc pas pu commettre le génocide.

 

Le régime du FPR veut faire l’amalgame autour des rescapés des multiples attaques armées évalués à 245.000 âmes selon le décompte partiel du HCR. Même si ces citoyens rwandais ont été déchus de la protection du HCR en vertu de la clause de cessation, il n’empêche que ce sont des réfugiés.

 

Ces réfugiés, qualifiés abusivement de génocidaires, ont toujours exprimé leur envie de rentrer au pays par des voies pacifiques et avec des garanties sécuritaires sur le plan politique et social.

 

Par ailleurs, il sied rappeler que les FDLR constituent pour le Rwanda un bon prétexte pour commettre des violations des Droits de l’homme dans la région. Dans un récent rapport des experts de l’ONU, les jeunes réfugiés rapatriés sous l’étiquette des FDRL se sont, en effet, retrouvés au front à l’Est de la RDC. Le rapport parle d’au moins 250 combattants recyclés.

 

Le ministre Biruta parle aussi de Tutsi congolais qui seraient privés de leurs droits. Depuis quand le régime rwandais s’est posé en avocat de l’ethnie Tutsi dans la région des Grands Lacs ? Cette façon de voir les choses est dangereuse pour la sécurité globale de la région comme le dit si clairement le rapport Masire-OAU (Rwanda the preventable genocide) : « Enfin, nous exhortons les dirigeants africains à examiner les implications pour le continent d’un principe géopolitique entièrement nouveau, énoncé par l’actuel gouvernement rwandais, qui implique qu’un gouvernement peut intervenir dans les affaires d’un autre pays chaque fois qu’il déclare que ses proches sont en danger ». Cela est d’autant plus vrai pour la RDC qui compte plus de 450 ethnies et dont certaines sont également présentes de part et d’autre de ses frontières. Pourquoi cette singularisation de l’ethnie tutsi si elle ne cache pas un plan pour le moins expansionniste ? Pourquoi ne parle-t-il pas des victimes du M23 comme celles de Kishishe ou des victimes dans d’autres tribus dans les régions de l’Ituri et ailleurs ?

 

Dans sa lettre, le ministre Biruta propose les accords de Nairobi et Luanda. En violant le cessez- le feu et en lançant des opérations de grande ampleur, durant la tenue des pourparlers de Nairobi, le M23 s’est lui-même exclu de ce processus. Quant aux accords de Luanda, leur pierre angulaire était le cantonnement des rebelles du M23. Celui-ci n’a jamais eu lieu. Bien au contraire, le M23 a intensifié les combats, obligeant même la MONUSCO à adopter une position défensive autour de la ville de Goma.

 

Cet entêtement du M23 est dû au soutien du Rwanda qui ne fait plus l’ombre d’aucun doute et qui a été dénoncé plusieurs fois par les USA, la France, la Belgique et même l’UE. Sans compter les nombreux rapports des experts de l’ONU.

 

Dans ces circonstances, voir Kigali demander le retour aux accords de Nairobi et Luanda relève de l’hypocrisie.

 

S’agissant des réfugiés congolais présents sur le sol rwandais, encore une fois, ils sont l’œuvre du pouvoir rwandais qui a exploité la fibre ethnique et le bellicisme pour les pousser à l’exil. Aujourd’hui, ils constituent un réservoir dans lequel le Rwanda puise des combattant à envoyer au front à l’Est de la RDC.

 

Verser aujourd’hui les larmes de crocodiles sur le sort de ces réfugiés congolais tente de faire oublier les incidents de Kiziba en février 2018 au cours desquels la police rwandaise avait tiré à balles réelles sur ces réfugiés qui manifestaient pour avoir plus de nourriture ou rentrer chez eux. HRW et AI en ont fait des rapports exhaustifs.

 

 

Sans se voiler la face, le véritable enjeu de ces guerres à répétition à l’Est de la RDC est le pillage des richesses minérales de ce pays. Elles sont en effet convoitées par des multinationales régionales et internationales avec Paul Kagame comme principal sous-traitant et les FDLR comme fonds de commerce. C’est sous cet angle qu’on doit lire toute la hargne du régime du FPR contre les forces de la SADEC et du Burundi, qui tentent de contenir la rébellion du M23 soutenue par le même Rwanda.

 

Les FDU renouvellent leur appel à Paul Kagame de s’inscrire dans la logique de la paix et du respect des conventions internationales en termes d’inviolabilité des frontières des pays voisins, et plus particulièrement l’article de la Charte Constitutive de l’Union Africaine art. 4(a) et (g).

 

Les FDU estiment que la seule voie de parvenir à la pacification de l’Est de la RDC en particulier et la Région des Grands Lacs en général est la démocratisation du Rwanda. Un régime sans partage au Rwanda, dominé par une seule force politique, en l’occurrence le FPR, sans contrepouvoir, restera une source d’instabilité pour la sous-région.

 

C’est dans cette seule configuration que le peuple rwandais, congolais et burundais jouiront de la plénitude des leurs droits à la sécurité et seront dans un environnement d’œuvrer pour leur développement socio-économique viable et durable.

 

Les FDU soutiennent sans réserve les efforts de la SADEC visant à ramener la paix en RDC ainsi que les différentes médiations régionales visant à désamorcer toute escalade militaire sous régionale.

 

Fait à Bruxelles, le 06 mars 2024
Placide Kayumba,
Président

 

 

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