L’hypocrisie d’un régime sous perfusion étrangère

Le régime rwandais aime se draper dans une souveraineté de façade, hurlant à qui veut l’entendre que la Belgique incarnerait une puissance néocoloniale, hostile et intrusive.

 

Pourtant, un simple regard sur l’histoire intime de ses élites révèle une réalité autrement plus embarrassante : loin de l’idéal d’indépendance qu’ils professent, ces hommes ont toujours trouvé refuge, protection et avantages dans ce même pays qu’ils vouent aujourd’hui aux gémonies.

 

Lorsque la guerre ravageait le Rwanda entre 1990 et 1994, Paul Kagame, ce chantre autoproclamé de la fierté nationale, n’a pas hésité à mettre sa famille à l’abri à Bruxelles.

 

Son épouse y vécut en sécurité, et sa fille, Ange Kagame, vit le jour à l’hôpital Saint-Pierre de Bruxelles le 8 septembre 1993. Voilà donc un leader qui, tout en menant une guerre dont il espérait émerger vainqueur, considérait déjà que sa propre descendance ne pourrait s’épanouir qu’à l’ombre des institutions belges.

 

Le cas d’Olivier Nduhungirehe est encore plus édifiant. Aujourd’hui, il se répand en diatribes enflammées contre la Belgique, mais son propre parcours en dit long sur son opportunisme.

 

En avril 1994, alors que le Rwanda sombrait, il était confortablement installé en Belgique, poursuivant un master dont la durée s’étira sur dix longues années. Pire encore, dès juillet 1994, il se rendit à l’Office des Étrangers de Bruxelles – précisément celui situé près de la Gare du Nord – pour solliciter le statut de réfugié. Et quel argument avança-t-il ? Il affirma être en danger sous le régime nouvellement en place, se présentant comme le fils d’un ancien ministre du gouvernement Habyarimana.

 

Après avoir suivi toutes les procédures, il obtint la nationalité belge. Quelle ironie, pour un homme qui se veut aujourd’hui le porte-étendard du Rwanda contre toute ingérence étrangère !

 

L’hypocrisie atteint son comble avec l’actuel porte-parole du gouvernement, Alain Mukuralinda, qui, du haut de son piédestal, s’évertue à vilipender la Belgique, la qualifiant d’ennemie du Rwanda. Ce même individu, en 1994, fuyait précipitamment son pays et trouvait refuge à Bruxelles. Protégé par le droit d’asile belge, il fut non seulement reconnu comme réfugié, mais milita activement dans des organisations dénonçant les exactions du FPR.

Hier encore, il louait la Belgique pour sa protection et sa générosité ; aujourd’hui, il la stigmatise comme une force impérialiste.

 

Et ce ne sont pas des cas isolés. La sœur de James Kabarebe vécut de longues années en Belgique sous le statut de réfugiée. Ruki Karusisi, Édouard Ngirente, Vincent Biruta et bien d’autres ont bénéficié du système universitaire belge, y forgeant leur parcours académique, avant de retourner au Rwanda pour donner des leçons de souveraineté.

 

Que reste-t-il, alors, de cette prétendue indépendance dont se glorifie le régime de Kigali ?

Derrière les discours grandiloquents, la vérité est cruelle : lorsqu’ils en eurent besoin, ces hommes n’hésitèrent pas à s’en remettre aux institutions belges, à solliciter protection et statut juridique, à bénéficier d’un système qu’ils abhorrent désormais par posture politique.

 

Cette schizophrénie institutionnelle trahit un fait indéniable : le régime rwandais n’est souverain que dans ses discours. Dans la réalité, il demeure profondément dépendant des structures et des bienfaits de ceux qu’il qualifie aujourd’hui d’ennemis.

 

Ainsi, la propagande ne saurait masquer l’évidence : l’histoire personnelle de ces dirigeants est la plus grande réfutation de leurs propres slogans. Le vernis de leur souveraineté craque sous le poids de leur passé. Et nul ne peut feindre d’ignorer cette contradiction abyssale.

 

Norman Ishimwe 

 @NormanIshimwe

 Source :  X

 

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