Acharnement judiciaire contre Agathe Habyarimana : quand le CPCR refuse de tourner la page

Le mois de mai 2025 restera marqué par une décision que beaucoup qualifient déjà d’historique : le non-lieu rendu en faveur de Madame Agathe Kanziga Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, assassiné dans l’attentat du 6 avril 1994.

 

Après 18 années d’enquêtes, dix juges d’instruction successifs, des commissions rogatoires au Rwanda et même l’examen de pièces issues du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le verdict est tombé : aucune preuve. Ni plan secret en vue de commettre un génocide, ni existence d’un supposé “clan Akazu” qu’elle aurait dirigé.

 

L’ordonnance de 80 pages rendue à Paris est limpide : toutes les accusations qui pesaient sur cette femme de 82 ans sont dépourvues de fondement.

 

Une veuve suspecte à vie

 

Exfiltrée du Rwanda par l’armée française le 9 avril 1994, soit trois jours seulement après l’assassinat de son mari, Agathe Habyarimana n’a jamais été témoin du génocide déclenché par cet attentat. Pourtant, installée en exil en France, sa vie a été réduite à un feuilleton judiciaire interminable : soupçons, enquêtes, accusations répétées.

 

En 2008, le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR), dirigé par Alain et Dafroza Gauthier, a relancé la machine. Depuis lors, la veuve du président est maintenue sous pression permanente, malgré l’absence de preuves et alors même que le TPIR – instance internationale créée pour juger les principaux responsables – n’a jamais jugé utile de l’inculper.

 

Le rôle trouble du CPCR

 

Derrière cet acharnement se profile toujours le même acteur : le CPCR.
Officiellement créé pour défendre la mémoire des victimes, ce collectif s’est mué en instrument politique au service du régime de Kigali. En France, il s’acharne à transformer chaque Hutu exilé en suspect permanent, multipliant plaintes et pressions sur le parquet antiterroriste.

 

À chaque décision favorable à Mme Habyarimana, le CPCR revient à la charge, quitte à inventer de nouveaux chefs d’accusation comme “l’entente en vue de commettre le génocide” – pourtant rejetée jusque par le TPIR notamment le procès Bagosora. Cette obstination n’a plus rien à voir avec la justice : c’est une stratégie de harcèlement judiciaire.

 

Une justice instrumentalisée

 

Cette situation révèle un malaise plus profond : l’instrumentalisation de la justice française. Comment expliquer que, trente ans après les faits, les mêmes accusations ressurgissent encore et encore, malgré l’absence totale de preuves ?

 

La concomitance avec la relance du dossier Callixte Mbarushimana, pourtant blanchi en 2024 avant de voir son dossier rouvert en mai 2025 sous la pression du CPCR, alimente les soupçons. Le procédé est identique : multiplier les procédures pour entretenir un récit officiel, au détriment de la vérité judiciaire.

 

Un double standard flagrant

 

Les juges français viennent d’écarter toutes les charges contre Mme Habyarimana. Mais dans le même temps, le parquet s’acharne à poursuivre d’autres figures hutu, donnant l’impression d’un deux poids, deux mesures.

 

D’un côté, le silence sur l’attentat du 6 avril 1994, pourtant déclencheur direct du génocide et jamais jugé. De l’autre, l’acharnement contre une veuve octogénaire, accusée sans preuves depuis trois décennies.

 

Cet écart illustre la pression constante exercée par les relais du régime de Kigali sur les institutions françaises.

 

Trente ans de persécution

 

Pour Mme Habyarimana, le prix est lourd : trente ans de soupçons et de procédures injustifiées ; trente ans à être désignée comme coupable idéale. ; trente ans à être “tuée deux fois” : une première par l’assassinat de son mari, une seconde par la persécution judiciaire.

 

À 82 ans, Agathe Habyarimana incarne moins une coupable qu’une victime expiatoire, dont la seule “faute” est d’être la veuve du président dont la mort a tout déclenché.

 

Vers une réécriture de l’histoire

 

Ce non-lieu n’est pas seulement une victoire personnelle : c’est un tournant historique. Il fragilise deux piliers du récit officiel du Front patriotique rwandais (FPR) : le mythe d’une “préparation du génocide” par le régime Habyarimana, jamais démontrée ; la fiction de l’“Akazu”, recyclée depuis 1992 comme justification politique.

 

Les réseaux sociaux s’en sont fait l’écho : « Non-lieu historique pour la veuve du président Habyarimana : la justice française brise enfin un tabou du narratif du FPR. »

 

Et beaucoup de commentateurs rappellent : si Mme Habyarimana est blanchie, le prochain tabou à lever devra être l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994, classée sans suite en France.

 

Conclusion : pour une justice véritable

 

L’acharnement du CPCR et de ses relais ne rend pas hommage aux victimes. Il travestit la justice et détourne l’attention des vrais dossiers.

 

Il est temps de tourner la page de cette chasse judiciaire et d’ouvrir enfin les enquêtes restées dans l’ombre. Car une question demeure, centrale et incontournable : qui a abattu l’avion du président Habyarimana le 6 avril 1994 ?

 

Tant que cette question restera sans réponse, la vérité sur le Rwanda sera confisquée.

 

Gaspard Musabyimana

 

 

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