Bruxelles célèbre la démocratie : le Prix Victoire Ingabire face aux vents contraires
Entre appels à la justice internationale et hommage aux défenseurs des droits humains, la 15ᵉ édition a réaffirmé qu’il n’y a pas de paix sans vérité.
Le 28 février 2026, en Belgique, le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RIFDP) a procédé à la remise du Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, marquant ainsi sa quinzième édition.
À cette occasion, une foule nombreuse, venue des quatre coins du monde, a assisté à une cérémonie haute en couleur et riche en moments forts.
Une édition placée sous le thème « Give to gain – Donnez pour gagner ».
Inspiré par le courage et le leadership pacifique de Victoire Ingabire Umuhoza, ce prix distingue toute personne physique ou morale qui s’illustre, par des moyens non violents, dans la promotion de la démocratie, de la paix, de la liberté d’expression et des droits humains. Il récompense également celles et ceux qui contribuent activement au rapprochement des peuples, au dialogue et à la justice sociale, en vue d’améliorer les conditions de vie des populations de la région des Grands Lacs africains.
Différentes personnalités ont prononcé des discours de circonstance à l’occasion de cet événement.
Marie Louise GAKWAYA, coordinatrice du RIFDP Belgique
Marie-Louise Gakwaya, coordinatrice du RifDP Belgique, a exprimé son immense honneur de prendre la parole à l’occasion de la 15ᵉ édition du Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, placée sous le thème « Give to gain – Donnez pour gagner », emprunté à ONU Femmes pour le 8 mars. Elle a souligné que ce thème résonne profondément dans les cœurs, les histoires personnelles et collectives, ainsi que dans le parcours même de Victoire Ingabire Umuhoza, qui donne son nom à ce prix.
Elle a expliqué que la création de ce prix par le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix visait à reconnaître et à amplifier un message puissant : le courage, la vérité et le don de soi ne sont pas des faiblesses, mais des investissements pour l’avenir des peuples. Elle a insisté sur le fait que « donner pour gagner » consiste à donner sa voix quand tout le monde se tait, son temps quand tout semble perdu, et parfois même une part de sa sécurité pour défendre celle des autres.
Marie-Louise Gakwaya a rappelé que, trop souvent, le monde confond gain et accumulation de richesses, de pouvoir ou de privilèges. Elle a précisé que cette cérémonie célèbre une autre forme de gain : celle de la dignité, de la justice et de la paix, qui se mesure à ce que l’on partage et à ce que l’on transmet aux autres.
Elle a souligné que « donner pour gagner » implique d’accepter, de regarder la souffrance en face, de reconnaître les victimes de violences politiques, de conflits répétés, d’exil forcé, d’emprisonnements injustes et de violences faites aux femmes et aux enfants. Selon elle, là où d’autres se détournent, les lauréats choisissent d’écouter et d’agir.
Elle a également insisté sur le fait que ce principe consiste à refuser la haine. Dans la région des Grands Lacs africains, particulièrement au Rwanda, mais aussi au-delà, le prix de la haine ethnique, politique ou sociale est tragique. Marie-Louise Gakwaya a affirmé que donner, c’est briser ce cycle : tendre la main à l’autre, donner une chance à la vérité et offrir du temps au dialogue, ce qui permet de gagner quelque chose d’infiniment précieux : un avenir commun.
Elle a rendu hommage aux femmes et aux hommes qui considèrent que l’engagement pour la démocratie et la paix n’est pas un slogan, mais une manière de vivre. Elle a rappelé que le prix illustre une vérité fondamentale : il n’y a pas de paix sans justice, ni de justice sans courage.
S’adressant aux lauréats, elle a déclaré que leur présence représente non seulement une reconnaissance, mais aussi un engagement renouvelé. Elle les a remerciés de continuer à porter la flamme de la démocratie et de la paix et de donner leurs forces, leurs talents et leurs convictions, rappelant que leur combat est partagé par tout le réseau.
Marie-Louise Gakwaya s’est ensuite adressée à la jeunesse, l’encourageant à ne pas croire que l’engagement est inutile ou que tout est joué d’avance. Elle a précisé que « donner pour gagner » peut commencer par de petits gestes : s’informer, refuser les discours de haine, soutenir les initiatives de paix, défendre un camarade victime d’injustice, ou utiliser les réseaux sociaux pour construire et non détruire. Chaque geste et chaque parole comptent.
Enfin, elle a lancé un défi à tous ceux qui présents dans la salle : qu’allaient-ils concrètement donner après cette cérémonie ? Selon elle, répondre à cet appel permettrait au prix de devenir une source d’inspiration permanente, un rendez-vous avec la conscience individuelle et collective, et une invitation à agir pour un monde meilleur.
À l’occasion du 15ᵉ anniversaire du Prix Victoire Ingabire Umuhoza, elle a rappelé que la véritable victoire se mesure non pas en trophées ni en applaudissements, mais en vies transformées, en murs abattus et en ponts construits entre des peuples longtemps opposés. Elle a souhaité que le thème « Give to gain – Donnez pour gagner » continue de guider les choix politiques, les engagements citoyens et les relations quotidiennes, et qu’il inspire à donner aujourd’hui pour construire le monde de demain.
Elle a terminé en remerciant toutes celles et ceux qui, dans l’ombre ou sous les projecteurs, dont Victoire Ingabire Umuhoza, donnent pour que d’autres puissent simplement vivre, soulignant que ces actions démontrent que donner, c’est vraiment gagner.
Maitre Philippe Larochelle : Avocat et défenseur de Victoire Ingabire
Lors de la cérémonie de remise du Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la démocratie et la paix, Maître Philippe Larochelle, avocat de Victoire Ingabire Umuhoza, a livré un message à la fois grave et engagé.
Il a d’abord rendu hommage aux femmes qui, malgré les pressions et les épreuves, continuent de faire vivre la flamme de la liberté. Selon lui, ces femmes incarnent la résistance pacifique, le courage moral et l’espérance d’un avenir fondé sur les droits et la dignité.
Évoquant la situation de sa cliente, Maître Philippe Larochelle a souligné que Victoire Ingabire Umuhoza ne bénéficie pas de protections que la justice internationale reconnaît habituellement aux prisonniers politiques ou aux détenus d’opinion, souvent regroupées sous l’expression informelle des « règles Mandela ». Il a affirmé que Victoire Ingabire demeure, à ses yeux, une « otage » d’un système politique qu’il qualifie de dictatorial au Rwanda. Il a dénoncé les souffrances infligées à de nombreuses personnes, évoquant un pays qu’il a décrit non pas comme « le pays aux mille collines », mais comme « le pays aux mille mensonges », pour illustrer ce qu’il considère comme une réalité marquée par la désinformation et la répression.
Maître Philippe Larochelle a également pointé ce qu’il estime être un échec majeur de la justice internationale. Selon lui, les mécanismes censés garantir l’équité et protéger les droits fondamentaux n’ont pas toujours joué pleinement leur rôle. Il a soutenu que les autorités de Kigali parviennent, dans certains cas, à influencer ou instrumentaliser des procédures judiciaires au-delà de leurs frontières.
Enfin, il a dénoncé ce qu’il qualifie « d’exportation des persécutions judiciaires », affirmant que des opposants ou des voix critiques feraient l’objet de poursuites ou de pressions même en dehors du Rwanda.
Son intervention s’est voulue un appel à la vigilance, à la solidarité internationale et à la défense constante des principes de justice, d’indépendance judiciaire et de liberté politique.
Les lauréats de l’Édition 2026
Au total trois lauréats ont reçu le prix.
- Roza Moro : Journaliste et analyste géopolitique espagnole
Madame Rosa Moro est une journaliste diplômée et experte des sources d’information africaines, reconnue pour son travail en Espagne au sein d’organisations spécialisées sur l’Afrique. Elle collabore avec le Comité Umoya à Madrid et contribue à des publications critiques sur la géopolitique africaine. Ses analyses, comme son article intitulé : « L’accord de non-paix entre le Congo et le Rwanda », témoignent de son esprit critique et de son engagement pour la vérité.
Dans son discours d’acceptation, Rosa Moro a exprimé sa profonde gratitude au Réseau international des Femmes pour la Démocratie et la Paix, au jury, aux participants présents, ainsi qu’à sa famille et à ses collègues d’Umoya en Espagne. Elle a décrit l’honneur immense que représentait pour elle de recevoir un prix portant le nom de Victoire Ingabire Umuhoza, qu’elle admire pour son courage, sa dignité et sa persévérance face à plus de quinze années d’épreuves. Elle a souligné que la lutte pour la vérité et la justice est coûteuse mais nécessaire, et que Victoire incarne une héroïne pour de nombreuses personnes à travers le monde.
Elle a également rendu hommage à Juan Carrero, vice président du comité des membres du jury, qualifié de radical dans son engagement, en soulignant son exemple de loyauté et de détermination envers Victoire Ingabire, les peuples d’Afrique et tous les opprimés.
Rosa Moro a reconnu que le combat pour la vérité est long et difficile, rempli de défis et de sacrifices, mais qu’il est soutenu par des personnes comme Victoire Ingabire et Juan Carrero, ainsi que par d’autres qui continuent de résister malgré la souffrance. Elle a conclu en exprimant sa gratitude d’avoir pu partager ce chemin avec eux et de faire partie de ce réseau engagé pour la démocratie, la justice et la liberté.
- Chef Charles A. Taku : Avocat international des droits humains
Charles A. Taku, avocat camerounais, est reconnu pour son rôle dans la défense des droits humains devant le TPIR, la Cour pénale internationale et d’autres juridictions internationales, où il a toujours promu l’équité, la dignité et la justice.
Charles Taku a d’abord exprimé sa profonde gratitude au Réseau international des Femmes pour la Démocratie et la Paix ainsi qu’aux membres du jury pour lui avoir décerné le Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix 2026, une distinction qu’il considère comme un immense honneur. Il a dédié ce prix à sa mère, Helen Atabong Asaba Fontem, qui lui a transmis le sens de la justice, et a rendu hommage à Victoire Ingabire Umuhoza pour la confiance qu’elle lui a témoignée en lui confiant sa défense.
Dans son discours, Charles Taku a souligné les défis persistants auxquels Victoire Ingabire est confrontée dans sa détention injuste. Il a appelé la communauté internationale – le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’Union européenne et les mécanismes africains – à intervenir pour garantir sa liberté et le respect de ses droits fondamentaux. Il a rappelé l’engagement indéfectible de Victoire Ingabire pour la démocratie, la paix et la justice au Rwanda et dans la région des Grands Lacs, tout en réaffirmant sa propre détermination à soutenir ses efforts et ceux du peuple rwandais pour la justice, la liberté et les droits humains universels.
- Père Serge Desouter : Missionnaire belge engagé pour la justice
Père Serge Desouter, âgé de 87 ans, consacre, depuis plus de dix-huit ans sa vie au peuple rwandais, le considérant comme des visages et des amitiés concrètes plutôt que des
chiffres. Ancien missionnaire, il dénonce les dérives du système actuel rwandais et milite pour une paix véritable fondée sur la justice et la mémoire, malgré menaces et obstacles. Porté par sa foi chrétienne, il s’engage à donner voix aux victimes et à préserver la vérité face à l’oppression.
À 87 ans, le Père Serge Desouter a exprimé sa profonde gratitude pour le Prix Victoire Ingabire Umuhoza pour la Démocratie et la Paix, qu’il considère comme un hommage non seulement à lui, mais à sa fidélité au peuple rwandais. Il a rappelé que son engagement, né d’un lien personnel et humain avec les Rwandais, ne repose ni sur une stratégie ni sur une posture morale, mais sur des années de partage, de travail, de prière et de deuil avec eux. Il a dénoncé les dérives du régime actuel et la manipulation de la vérité à des fins politiques, soulignant que le Rwanda ne se réduit pas à ceux qui prétendent gouverner en son nom et que les Rwandais sont avant tout des individus avec des noms, des cœurs et des histoires.
Père Serge a également affirmé sa confiance en la force des consciences silencieuses et dans le poids de la vérité, même
face à la propagande et à la peur. Porté par sa foi chrétienne, il croit que la justice finit toujours par triompher et que les peuples ne sont pas condamnés à vivre dans la crainte indéfiniment. Ce prix, selon lui, symbolise que le courage et la fidélité portent du fruit et lui donne la responsabilité de témoigner, de transmettre la mémoire et d’appeler à une justice universelle, au nom de ceux qui n’ont pas voix au chapitre et qui continuent d’espérer malgré les épreuves.
Prix Jeunesse engagé
Au cours de la cérémonie, deux Prix « Jeunesse engagée » ont été décernés à deux lauréats : Max Komeza, reconnu comme un jeune leader engagé, et Cynthia Mbanza Umutesi, saluée comme une ambassadrice de la solidarité. Ce prix met à l’honneur l’engagement de la jeunesse en faveur de la paix, de la justice sociale et de la démocratie. Les deux lauréats avaient été initialement distingués lors de la précédente édition tenue au Canada le 18 octobre 2025, mais n’ayant pas pu être présents à ce moment-là, ils ont reçu officiellement leur prix lors de la cérémonie de l’édition 2026, marquant ainsi la reconnaissance de leur contribution remarquable à la promotion des valeurs démocratiques et humanitaires.
La cérémonie s’est terminée sur une note festive avec Rist Muyizere, fils cadet de Victoire Ingabire Umuhoza, qui a enflammé la scène en jouant plusieurs morceaux de ses meilleures chansons.
Vestine Mukanoheri
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