RDC : le mythe des FDLR, alibi d’une guerre sans fin ?

Guerre de Paul Kagame en RDC : ballon d’oxygène pour Donald Trump, empêtré dans sa guerre au Moyen-Orient ?

 

Contexte 

 

Les 17 et 18 mars, des représentants de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda se sont réunis à Washington pour discuter de la mise en œuvre des accords de paix de Washington, un pas crucial vers la stabilité régionale. Parmi les mesures convenues, on compte le désengagement progressif des forces rwandaises du territoire congolais et la levée des mesures dites défensives auxquelles s’est engagé le Rwanda.

La RDC s’est, de son côté, engagée à intensifier ses efforts pour neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

 

Controverses, non-dits et confusions

 

Controverses

La première controverse concernant ces mesures convenues, qui laissent croire qu’il s’agit d’un jeu de dupes pour la partie rwandaise, est venue d’Olivier Nduhungirehe. Dès l’annonce dans les médias de ce qui est sorti de la rencontre de Washington, Olivier Nduhungirehe, ministre des Affaires étrangères et surtout propagandiste du régime dictatorial de Paul Kagame, s’est déchaîné contre la BBC Kinyarwanda-Kirundi (Gahuzamiryango), qui, dans ses nouvelles sur la région, avait diffusé l’information selon laquelle le Rwanda avait été sommé de retirer ses troupes de RDC. Il reproche à la BBC Gahuzamiryango d’avoir ainsi insinué que le Rwanda avait des troupes en RDC, alors que le régime a toujours affirmé le contraire.

Pourtant, l’information de la BBC est véridique. Il semble donc qu’Olivier Nduhungirehe et le régime qu’il sert aient été choqués, car ils tiennent un double langage sur ce point, selon qu’il s’adresse à l’opinion interne au Rwanda ou à l’opinion internationale : « Pas de troupes rwandaises en RDC » pour l’une, et « Oui, nous y avons des troupes » pour l’autre.

 

 

 

 

Confusions et exigences vagues

Les annonces des mesures convenues à l’issue de cette rencontre restent très générales. Aucun calendrier précis n’a été rendu public, ni concernant le retrait des forces, ni concernant les mécanismes de vérification. La RDC aurait une fois de plus accepté et s’est engagée à neutraliser les FDLR.

Les exigences restent donc vagues en ce qui concerne le Rwanda et une mission impossible est donnée à la RDC :

– le Rwanda doit retirer progressivement ses troupes ;

– la RDC doit neutraliser les FDLR.

– le Rwanda doit retirer progressivement ses troupes.

Conséquences : Kagame ne bougera pas tant que les FDLR ne seront pas neutralisés, et Tshisekedi ne sait pas qui sont les FDLR ni où ils se trouvent dans la partie de la RDC sous son autorité et son contrôle. Un cercle vicieux !

 

Avis et considérations

 

Objectifs et buts inavoués :

 

Depuis son retour au pouvoir en 2024, Donald Trump, qui a pour slogan « Make America Great Again » (MAGA), mène des guerres dans plusieurs régions du monde, notamment pour imposer son nouvel « Ordre (Désordre) mondial », selon lequel le « Droit international » classique de l’ONU doit être remplacé par le « Droit du plus militairement fort ». Il est maintenant empêtré dans le golfe arabo-persique. Il envisage également de détruire Cuba ou d’y installer un pouvoir à sa botte.

 

Il devrait donc mettre fin à au moins une des guerres en cours dans plusieurs régions du monde. Il tente ainsi de reprendre la main sur un dossier sensible : la guerre de Paul Kagame au Rwanda en RDC, car c’est le plus facile à arrêter grâce à ses pressions sur les belligérants.

 

Ce faisant, il sauverait au moins le peu de crédibilité qui lui reste dans l’opinion africaine, et il pourrait se présenter comme « faiseur de paix » tout en continuant à faire la guerre ailleurs. Dans ce contexte, Trump et Kagame peuvent et semblent réduire Tshisekedi en bourrique !

 

On impose à la RDC une mission impossible : neutraliser un groupe que personne ne voit réellement. Trump et Kagame savent très bien ce qu’ils font. Les États-Unis sont une puissance qui dispose de satellites militaires capables de surveiller chaque mouvement, chaque groupe armé, chaque position sur le terrain en temps réel. Le concept « FDLR » est une pure fiction de Trump et Kagame. Sinon, il faudrait demander aux États-Unis où se trouvent leurs bases claires et vérifiables.

 

Si la RDC ne « neutralise » pas. , le Rwanda reste. Si le Rwanda reste, la RDC ne peut pas « neutraliser ». Un cercle vicieux, un piège, donc un mythe de Sisyphe est infligé à la RDC.

 

Recommandations

 

L’histoire récente des accords de paix dans la région montre que leur succès dépend largement de la volonté politique réelle des parties prenantes, mais aussi de leur capacité à contrôler les groupes armés non étatiques.

 

La RDC, tout en se pliant aux exigences de Donald Trump, le « faiseur de guerres et de paix », doit rester vigilante face à Paul Kagame et surtout augmenter la capacité des FARDC à résister et à riposter en cas de provocation, et, si possible, à se placer en position de force avant d’entamer des négociations inévitables.

 

En ce qui concerne le Rwanda, l’opposition politique au régime dictatorial du FPR de Paul Kagame ne devrait pas se réjouir prématurément des sanctions prises contre ce régime et son armée. Tant que les racines du régime du FPR ne seront pas éradiquées et qu’une alternative crédible ne s’imposera pas sur la scène politique, ce ne sont pas des sanctions prises par un imprévisible Trump qui auront raison de Paul Kagame et de son régime. Ses lobbies étant encore puissants aux États-Unis et en Occident, il a encore des jours devant lui pour continuer à asservir le peuple rwandais.

 

En guise de conclusion partielle sur ce sujet, sur lequel nous reviendrons, nous tenons à déclarer ce qui suit :

 

Dans cette tragédie que constitue la guerre de Paul Kagame en RDC depuis 3 décennies, le président des États-Unis, Donald Trump, est pour le moment le seul à pouvoir stopper le spectacle ou le laisser perdurer.

 

Aucun des deux acteurs de cette tragédie, Paul Kagame et son régime d’une part, le gouvernement de la RDC et ses FARDC d’autre part, ne devrait s’illusionner et mal évaluer les mesures et décisions du metteur en scène Trump.

 

La RDC ne devrait pas croire que, parce que Donald Trump frappe l’armée de Paul Kagame avec des sanctions, il aurait définitivement rompu avec le régime de ce dernier, qui serait donc en sursis et n’agresserait plus la RDC. Ce serait une erreur, car le même Trump est capable d’alléger ses sanctions ou de les rendre inefficaces, s’il se rend compte que la présence des troupes de Kagame en RDC constitue une pression sur ce pays afin de permettre aux États-Unis de s’imposer stratégiquement en RDC et dans la région, et d’empêcher l’influence économique de la Chine.

 

De même, le régime de Paul Kagame ne devrait pas croire que, grâce à ses puissants lobbies qui font pression sur Trump, celui-ci ne le fera pas tomber. Il se tromperait lourdement. Si Donald Trump, qui souhaiterait recevoir le prix Nobel de la paix en octobre prochain, avant les élections de mi-mandat qu’il risque de perdre à cause des guerres qu’il a menées ou qu’il n’a pas pu arrêter, se rend compte que le régime de Paul Kagame risque de l’empêcher de mettre fin au conflit à l’est de la RDC, objectif le plus atteignable pour son palmarès dans ce domaine, il n’hésiterait pas à œuvrer pour le faire tomber, sans utiliser les armes, mais en renforçant et en multipliant les sanctions.

 

À suivre donc…

 

Emmanuel Neretse

 

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