Manifestation pour la libération de Mme Victoire Ingabire Umuhoza , Bruxelles, le 19 juin 2026. Discours du Dr Emmanuel Mwiseneza, V/P_FDU-Inkingi
Mesdames et Messieurs,
Chers amis de Victoire,
Chers compatriotes,
Chers représentants des partis politiques, des associations et de la société civile,
Nous sommes réunis aujourd’hui à Bruxelles, non pas pour demander une faveur.
Nous sommes ici pour exiger un droit.
Le droit à la liberté.
Le droit à la justice.
Le droit pour un peuple de choisir son avenir.
Et ce droit porte aujourd’hui un visage : celui de Mme Victoire Ingabire Umuhoza.
Il y a exactement un an, le régime de Kigali a décidé d’emprisonner une nouvelle fois cette femme dont le seul crime est d’avoir aimé son pays plus que sa propre tranquillité.
Mais en réalité, la persécution de Victoire n’a pas commencé il y a un an.
Elle a commencé le jour où, le 16 janvier 2010, après seize années d’exil aux Pays-Bas, elle prit la décision extraordinaire de rentrer au Rwanda.
Elle savait ce qui l’attendait.
Elle savait qu’elle pouvait être arrêtée.
Elle savait qu’elle pouvait être diffamée.
Elle savait qu’elle pouvait être emprisonnée.
Elle savait même qu’elle pouvait mourir.
Mais elle est rentrée.
Elle est rentrée parce qu’elle refusait que l’exil soit le destin des opposants rwandais.
Elle est revenue parce qu’elle croyait qu’aucune réconciliation durable ne peut être construite sur la peur.
Elle est revenue parce qu’elle croyait que tous les Rwandais, quelles que soient leur origine ou leur histoire, ont droit à la même dignité.
Elle est revenue parce qu’elle est une femme de conviction.
Et l’histoire retiendra qu’elle a eu le courage de rentrer au Rwanda quand tant d’autres avaient choisi le silence, et qu’une femme désarmée aura fait trembler un pouvoir qui se prétend invincible.
À peine arrivée à Kigali, elle fut accusée, humiliée, placée sous surveillance.
Puis arrêtée.
Puis condamnée.
Huit années de prison.
Huit années durant lesquelles on espérait briser son esprit.
Mais on ne brise pas une idée juste.
En 2018, elle fut libérée sous conditions mais en réalité elle était en dehors des 4 murs de Mageragere mais elle était prisonnière chez elle.
Le monde entier espérait alors une ouverture politique.
Mais le régime avait peur.
Peur d’une femme sans arme.
Peur d’une femme sans milice.
Peur d’une femme qui n’a pour seule force que la vérité, le courage et le soutien du peuple.
Alors il l’a de nouveau harcelée.
Son parti fut empêché d’exister.
Ses collaborateurs furent arrêtés et beaucoup assassinés. .
Ses déplacements surveillés.
Ses paroles déformées.
Et finalement, le 19 juin 2025, elle fut une nouvelle fois envoyée en prison.
Parce qu’au Rwanda, aujourd’hui encore, penser autrement demeure un crime.
Mais je voudrais dire quelque chose au président Kagame.
Vous avez emprisonné Victoire.
Vous n’avez pas emprisonné son idéal.
Vous avez fermé une cellule.
Vous n’avez pas fermé l’espérance.
Vous pouvez enfermer des femmes et des hommes.
Vous ne pouvez pas emprisonner éternellement tout un peuple.
L’histoire du monde nous l’enseigne.
Aucun régime n’est éternel.
Aucune peur n’est éternelle.
Aucune prison n’est éternelle.
Et aucun peuple n’accepte indéfiniment qu’on pense à sa place.
Toutes les organisations participant à cette manifestation :
Nous exigeons la libération immédiate et sans condition de Mme Victoire Ingabire Umuhoza.
Nous exigeons la libération de tous les prisonniers politiques.
Nous exigeons la fin des disparitions forcées.
Nous exigeons la fin des assassinats ciblés.
Nous exigeons le respect des libertés fondamentales.
Nous exigeons l’ouverture réelle de l’espace politique.
Nous exigeons qu’au Rwanda chacun puisse parler sans craindre la prison.
Parce qu’au fond, notre combat dépasse le destin d’une seule personne.
Notre combat est celui de tout un peuple.
Nous ne voulons pas remplacer une domination par une autre.
Nous voulons un Rwanda où personne n’est emprisonné pour ses opinions.
Un Rwanda où personne n’est exclu à cause de son origine.
Un Rwanda où la justice n’est pas un instrument politique.
Un Rwanda où le pouvoir appartient au peuple et non à la peur.
Je voudrais aussi rappeler ici le rôle que nous avons tous joué.
Depuis des années, les FDU-Inkingi se tiennent aux côtés de Victoire.
Nous avons manifesté.
Nous avons écrit aux institutions européennes.
Nous avons saisi les organisations internationales.
Nous avons sensibilisé les médias.
Nous avons porté sa voix lorsque le régime voulait l’étouffer.
Et nous continuerons.
Nous continuerons demain.
Nous continuerons l’année prochaine.
Nous continuerons aussi longtemps qu’il le faudra.
Parce que certaines causes sont plus grandes que nos intérêts particuliers.
Parce que certaines femmes deviennent des symboles.
Et parce que certaines injustices imposent de ne jamais abandonner.
Mais permettez-moi aussi de dire combien cette manifestation est importante.
Car aujourd’hui, nous ne sommes pas seuls.
Nous sommes ensemble.
Des partis politiques.
Des associations.
Des militants des droits humains.
Des femmes et des hommes venus d’horizons différents.
Nous ne pensons pas toujours de la même façon.
Nous n’avons pas toujours la même histoire.
Mais nous avons compris une chose essentielle :
Aucun parti, aucune organisation, aucun individu ne pourra, seul, libérer le Rwanda.
Notre force réside dans notre union.
Notre force réside dans notre solidarité.
Notre force réside dans notre capacité à faire passer l’intérêt du peuple avant nos divergences.
Cette unité est notre plus belle victoire.
Et elle est aussi la plus grande peur des dictatures.
Je lance aujourd’hui un appel à l’Union européenne.
Je lance un appel aux Nations Unies.
Je lance un appel aux organisations de défense des droits humains.
Ne détournez pas le regard.
N’abandonnez pas le peuple rwandais.
Ne sacrifiez pas les principes démocratiques sur l’autel des intérêts géopolitiques.
La stabilité sans liberté n’est qu’une illusion.
Le silence face à l’injustice n’est pas la paix.
La paix véritable repose sur la justice, sur la liberté et sur le respect de la dignité humaine.
Chers amis,
Je suis convaincu d’une chose :
Le Rwanda sera libre.
Victoire sera libre.
Les prisonniers politiques seront libres.
Le peuple rwandais sera libre.
Parce que l’histoire n’appartient jamais à ceux qui emprisonnent.
Elle appartient toujours à ceux qui résistent.
Et aujourd’hui, en regardant cette place, je vois des résistants.
Je vois des femmes et des hommes qui refusent de renoncer.
Je vois le Rwanda de demain.
Un Rwanda libre.
Un Rwanda démocratique.
Un Rwanda réconcilié avec lui-même.
Continuons le combat.
Ensemble.
Jusqu’à la victoire.
Vive Victoire Ingabire !
Vive la liberté !
Vive un Rwanda démocratique et réconcilié !
Je vous remercie au nom des organisations partenaires suivants :
FDU-inkingi
RNC
ISHEMA PARTY
PDR IHUMURE
ROC (Nahimana T)
—-
-Fondation FVP
-RiFDP
-JAMBO ASBL
-CLIIR
-Association Victoire pour la Paix -Rouen
-COVIGLA
-APDLIA
-AVICA
-DORPA
-LE PILIER
-RAF (RWANDAN American Foundation)
-Association des Rwandais de Toulouse
-Initiative Humanitaire pour la Région des GL
-IBUKABOSE-RENGERABOSE
-Comité de Soutien à Paul Rusesabagina (Marasinga)
Dr Emmanuel Mwiseneza, Vice-président des FDU-Inkingi
Vous pourriez être intéressé(e)

Le mois de juillet : huit dates qui ont marqué l’histoire du Rwanda
Emmanuel Neretse - 1 juillet 2026« Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le revivre » ( George Santayana). L'histoire d'une nation ne se résume pas à…

6 millions de voix pour la justice – et le silence des bourreaux
Gaspard Musabyimana - 21 juin 2026Alors qu'Amnesty International lance une pétition mondiale pour briser trois décennies d'impunité en République démocratique du Congo, les crimes du M23/RDF à Goma, dans le Kivu et…

Qui salit vraiment l’image du Rwanda? Le pouvoir face à ses propres contradictions
Vestine Mukanoheri - 21 juin 2026Depuis plusieurs années, les autorités rwandaises accusent leurs opposants de ternir l'image du pays à l'étranger. Pourtant, les critiques formulées par les organisations internationales, les chercheurs et…
Les plus populaires de cette catégorie

Rwanda–Belgique : Maxime Prévot joue-t-il une partie perdue d’avance ?
Emmanuel Neretse - 17 juin 2026
Jean-Damascène Bizimana : le paradoxe d’un ministre de l’Unité qui divise
Gaspard Musabyimana - 17 juin 2026
Conflit à l’Est de la RDC. Vers un retrait total et effectif des troupes de Paul Kagame de RDC?
Emmanuel Neretse - 11 juin 2026




















![Paul Kagame a fait main basse sur le commerce juteux de la friperie et sur la culture et la vente du cannabis [Série 8]](https://www.echosdafrique.com/wp-content/uploads/2021/07/cannabis-Kagme_Marijuana-250x161.jpg)










